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Contenu rédigé par laetitia
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laetitia

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Dalva
Dalva
par Jim Harrison
Edition : Broché
Prix : EUR 9,43

3.0 étoiles sur 5 Retour sur la terre des ancêtres, 19 août 2016
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Dalva est une femme qui semble avoir réussi dans la vie. Diplômée d'université, ayant un métier qui lui assure une vie confortable, elle a comme les gens de sa génération et ceux qui ont fait des études supérieures beaucoup voyagé et a parcouru l'Amérique.
Elle n'a pas vraiment d'attaches: les hommes sont souvent de passage dans sa vie. Cependant, certains sont trop fortement présents en elle, comme Duane , un jeune Indien Sioux, venu travailler et vivre à la ferme que possède ses parents.Elle -même a du sang sioux. A 15 ans, elle tombe amoureuse de lui et se retrouve enceinte. Elle doit abandonner son enfant. Elle apprend plus tard qui est Duane, mais cela ne la détourne pas de lui.
A la mort du grand-père de Dalva, le passé est de nouveau exhumé quand il laisse ses propres écrits sur sa vie et sur l'histoire des ancêtres.
Ce sont ces notes qui incitent Dalva à demander à Michael, un ex-petit ami universitaire à venir mettre de l'ordre dans les papiers de la famille car c'est une mine d'informations historique.

Ce travail de classement est l'occasion pour elle de se rattacher à la ferme familiale, donc à la terre de ses ancêtres et à leur histoire intiment liée à celle des Indiens, de leur lutte pour récupérer leur terre dont le gouvernement les a spoliés. Vivre sur la terre des ancêtres pour Dalva, comme pour ceux qui vivent dans cette ferme, en pleine nature, loin de tout, c'est vivre avec un passé qui s'invite dans leur quotidien, qui les imprègne, qui leur impose son rythme, mais qui étrangement les tranquillisent, les abrite d'un monde dans lequel ils ne se retrouvent plus, qui les protège de tous les doutes qui les assaillent. C'est un compromis avec le monde et avec leur vie.

Ce qui est fantastique chez Jim Harrison c'est la concision avec laquelle il dépeint une atmosphère en quelques lignes tout est dit et décrit et la façon poignante de parler d'un homme dont la jeune mariee ,qu'il sait condamner, va mourir et qui malgré tout vivent leur lune de miel dont chacun sait qu'elle sera l'issue. Il y met pour eux les rêves, les projets qui habitent tous jeunes mariés et il y ajoute la promesse que cet amour n'aura pas été vain. Enfin le fait de retrouver des noms comme de "Crazy Horse", "He dog" ou "Touch the clouds"et de redécouvrir leur histoire est un privilège.

Le seul reproche qu'on pourrait faire, c'est la longueur du roman qui en passant d'une histoire à l'autre ne s'arrête pas suffisamment sur chaque histoire et passe très souvent d'une époque et d'une histoire à l'autre très vite si bien qu'on perd parfois le fil du récit et on se perd dans les époques et au niveau des personnages.

Lire Jim Harrison en anglais est aussi quelque chose de très particulier, une aventure en soi.


Légendes d'automne
Légendes d'automne
par Jim HARRISON
Edition : Poche
Prix : EUR 7,50

3.0 étoiles sur 5 A l 'écart du monde..., 1 août 2016
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Trois histoires, trois vies mais une tragédie commune.
A première vue, ces hommes sont l'incarnation parfaite de la réussite à l'américaine. Il sont appréciés dans leur travail, ont des postes à responsabilités, des revenus plus que confortables, sont reçus dans la bonne société. Il s'en satisfont jusqu'au jour où après avoir rencontré la femme dont il vont tomber éperdument amoureux cette dernière est assassinée ou s'en va:leur monde s'effondre. Face à cet anéantissement, la haine, le doute et le désespoir les assaillent jusqu'à ce qu'une sorte d' apaisement s'installe.
Pour ne plus être submergé par cette violence qui a envahi la société américaine, violence encouragée et légitimée par l'Etat lui -même et la Constitution qui accorde à tout citoyen le droit de posséder un arme et d'en faire usage , la nécessité de se retirer du monde, de se couper de la société s'impose à ces hommes pour essayer de guérir...

Pour Jim Harrisson, c'est forcément au sein de la nature et donc loin des passions et des ambitions que cette reconstruction commence. C'est le seul endroit qui semble encore posséder les vertus propices à effectuer un travail de libération de toute idée de vengeance, de haine qui nous détruit et qui empêche la rédemption: notion essentielle ancrée chez bon nombre d' Américains dont Harrison fait partie.

Dans cette nouvelle société moderne américaine, le couple, la famille et l'amour semblent des entités vouées à disparaître ou qui ne peuvent qu'être anéanties. Plus personne n'éprouve le besoin de créer des liens, ou pire, n'en voit plus l'utilité et ceux qui cherchent encore un sens ne peuvent le trouver qu'en s'excluant du monde.

Pourtant,Jim Harrison nous démontre le contraire: tout en étant parfaitement lucide sur la violence de la société américaine, il nous confirme qu'il y a encore une note d'espoir à travers la rencontre et l'expérience amoureuses,même éphémères, toujours capable de réenchanter nos existences et de faire sens.


Malcolm Saison 1 Coffret Classique - DVD
Malcolm Saison 1 Coffret Classique - DVD
DVD ~ Beth Grant

4.0 étoiles sur 5 Quelques problèmes avec l'autorité, 28 juillet 2016
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Malcolm Saison 1 Coffret Classique - DVD (DVD)
Au départ, c'est une famille moyenne américaine de 4 frères , mais là s'arrête la comparaison avec les autres familles normales. Car les quatre frères adorent inventer des expériences et faire des bêtises qui dépassent les bornes.Bref, un véritable challenge éducatif à relever pour les parents LoÏs et Hal.
Prenons l'aîné, Francis, 16 ans , maître dans l'art de provoquer volontairement ou non des catastrophes et déjà à son actif un nombre impressionnant d'infractions. Après un énième défi à l'autorité envers sa mère , elle décide de l'envoyer dans une Ecole militaire où pense t-elle il apprendra les valeurs de respect. Erreur car c'est le commandant Spangler qui fera les frais de ses bêtises. (un excellent comédien).
Les parents ne sont pas plus gâtés avec Reeze et Dewey qui ont hérité du caractère irresponsable et égoïste de leur aîné. Seul Malcolm sort du lot, mais son statut de surdoué le met à l'écart des autres élèves. Pourtant côté bêtise il en a à revendre aussi.

Enfin , Loïs, la" Mère" ou comme ses enfants l'appelle le "Procureur".Mieux vaut ne pas croiser son regard quand elle est en colère . Tous la craignent mari compris. C'est qu'elle connaît bien ses fils et sent quand ils préparent un mauvais coup.

Puis, le père Hal, un ancien rebelle dans sa jeunesse, rêveur, complètement dépourvu d' autorité, qui adore sa femme mais ne prendra pas le risque de la contredire. Il est souvent l'allié de ses fils.

C'est une comédie bourrée d'humour mais également de moments très émouvants et qui met vraiment à mal toutes les valeur si chères à l'Amérique: la notion du bien et du mal, dire la vérité, accepter les conséquences de ses actes. La notion d'amour maternel en prend un sacré coup et ça fait un bien fou.
Les dialogues sont très travaillés, les acteurs qui jouent les enfants et les parents sont très professionnels, ça sonne toujours juste. Ils savent chanter, jouer une pièce de théâtre, danser et faire une chorégraphie en roller.
Les situations sont très variées, originales mêmes quand elles font appel à la vie quotidienne.
On n' aimerait pas les avoir pour voisins , mais épisode après épisode on les aime de plus en plus.
Mettons nous deux secondes à la place de Loïs. Quoique finalement non .
Une super série pour tous même si l'humour ici est plus réservé à un public adulte..


Léviathan
Léviathan
par Boris Akounine
Edition : Poche

3.0 étoiles sur 5 Sur les traces de la baleine en or, 26 juillet 2016
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Le célèbre commissaire français, le commissaire Gauche est chargé d'élucider la mort de 10 domestiques et de leur maître Lord Littleby qui est survenue rue de Grenelle à Paris, le 15 mars 1878.
Le commissaire penche en premier lieu pour un crime crapuleux, mais abandonne bien vite cette piste quand est retrouvé le shiva en or dans la Seine, pièce la plus précieuse du riche collectionneur, Lord Littleby.
C'est finalement à bord du "Léviathan", paquebot de luxe dont les passagers appartiennent à l'aristocratie et qui assure le trajet de Southampton à Calcutta , que le commissaire va poursuivre son enquête. Il a déjà regroupé ses suspects.Ne reste plus qu' à trouver la trame, le mobile et le criminel...
Lorsque le commissaire a enfin mis la main sur l'assassin et que l'affaire paraît close, le commissaire est retrouvé assassiné...

C'est une enquête captivante car elle est menée par un célèbre commissaire français et un non moins fameux détective russe Eraste Fandorine.
La particularité réside aussi dans le fait que chacun des suspects mène sa propre enquête sur les autres et la relate sous forme de journal intime.
A plusieurs reprises l'affaire semble entendue mais un nouvel élément vient systématiquement relancer l'enquête.La paranoÏa gagne un certain nombre de suspects.

Enfin, il y a des moments très amusants notamment dans les relations entre les Anglais et les Français à bord concernant les décisions à prendre au sujet du fameux trésor. Chacun revendiquant pour son propre pays ce trésor et ayant à l'avance décidé à quoi il servirait. Certains traits de nos amis britanniques vous paraîtront tout à fait en correspondance avec une certaine actualité. Nous, aussi, Les Français, en prenons pour notre grade.

Seul bémol, le format est trop long pour l' intrigue.Le récit aurait gagné à être écourté.


Le Roi des Aulnes
Le Roi des Aulnes
par Michel Tournier
Edition : Poche
Prix : EUR 9,20

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5.0 étoiles sur 5 L'impensable, 21 juin 2016
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Roi des Aulnes (Poche)
Abel Tiffauges est convaincu qu'il est voué à un destin exceptionnel. Il pense que tout concourt à la réalisation de ses desseins puisque la Providence elle-même semble ne dresser aucun obstacle en travers de sa route. Pour lui, tout est signe dans le monde et il lui incombe de déchiffrer ces signes pour comprendre le monde et le posséder.

C'est en la personne de l'enfant, pense -t-il , que l'explication de tout réside . L'enfant d'avant la chute: celui qui n'a pas encore connu la souillure avec le passage à la puberté, celui qui n'est encore que pureté, innocence qui symbolise l'unité préservée par opposition au monde de l'adulte celui de la séparation du cocon originel, de la puberté et de l'anéantissement du monde de l'enfance. Monde adulte auquel Tiffauges refuse d'adhérer, de participer.

Abel est un ogre, un prédateur d'enfants, un homme dont le monde et inversé et où le salut réside dans la possession de l'enfant, de tous les enfants afin d'essayer de reconstituer son unité première à lui Tiffauges.

Sa nature monstrueuse prend son plein essor au moment de la deuxième guerre mondiale où il est envoyé en Allemagne pour y travailler. Cette rencontre avec un pays en proie lui aussi à une inversion complète de ses valeurs et de ses lois avec l'idéologie nazie est le terreau idéalement propice sur lequel Tiffauges va pouvoir accomplir librement ses forfaits. C'est que dans cette Allemagne un autre Ogre, Hitler, est à l'oeuvre, lui aussi, qui enrôle toute une jeunesse destinée à lui être sacrifiée pour le bien du pays et pour sa plus grande gloire. Ils ont tous deux oublié et dévoyé la signification de la Phorie qui est de porter l'enfant afin de lui faire franchir les obstacles. Ils l'ont au contraire élevé, éduqué dans le seul but de le condamner à mort.

Si Tiffauges agit en toute impunité, c'est parce que le monde autour de lui vacille: la guerre a facilité son travail car elle a renversé les règles, le chaos a remplacé l'ordre. C'est aussi et surtout parce qu'il opère dans un monde obscur comme lorsqu'il s'adonne à la photographie. Un passion qui amplifie ses fantasmes puisqu'elle transforme le réel en mythe: l'enfant photographié est dématérialisé et devient donc une image et de ce fait objet de tous ses fantasmes et le passage à l'acte n'est déjà plus pour lui aussi effrayant puisque l'enfant est déshumanisé comme sanctifié.

D'ailleurs, ce n'est pas une coÏncidence si Abel se réfère aux textes bibliques et si l'éducation religieuse qu'il a reçue a fortement façonné sa personnalité car la religion exalte la pureté, l'innocence de l'enfant et exècre la sexualité adulte ,coupable de tous les péchés donc condamne quelque part ce nécessaire passage à l' âge adulte.

C'est un aveuglement dont semble frapper les adultes qui ne distinguent pas les Tiffauges qui eux sont pourvus d' un oeil profond (c'est le sens de son nom d'ailleurs) et de leur double maléficié (oeil malade) et qui pensent que ces êtres ne sont enfantés que lorsque se présentent des conditions historiques particulières et refusent de s' interroger sur la "part de monstruosité" que chacun recèle et qui resurgit comme un terrible rappel préférant croire qu'il s'agit d'une anomalie extérieure à la condition humaine.

C'est un roman très dense, compact, parfois angoissant du fait de l'extrême lucidité et de l' intelligence dont son héros est pourvu.
Il est plus que difficile de résumer et d'analyser ce roman parce que l'auteur s'y est déjà brillamment livré tout au long du roman .
Ses interprétations bibliques, symboliques et psychanalytiques sont passionnantes. Son style est parfait.


L'an premier du siècle: (1919)
L'an premier du siècle: (1919)
par John Dos Passos
Edition : Poche

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 L'Amérique conquérante, 21 mai 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'an premier du siècle: (1919) (Poche)
En ce début du 20ème siècle, l'Amérique est parcourue par des forces contraires: d'un côté les mouvements ouvriers soutenus par les syndicalistes , socialistes, communistes et anarchistes exigeant des revendications sociales fortes et légitimes. De l'autre, le monde des puissants, des grands trusts, des grosses sociétés et les hommes d'affaires toujours soucieux de développer leurs activités, de s'étendre et d'accroître leurs revenus.
Une inégalité sociale qu'on retrouve jusqu'au sommet de l'Etat car pour accéder à la présidence des Etats-Unis mieux vaut être doté d'une solide fortune qu'on l'ait hérité ou acquise par son travail. Ainsi, tous les espoirs des travailleurs américains mais aussi européens reposent 'ils, en ce début de siècle, sur la personne du candidat Wilson et ses 14 points censés apporter plus de justice sociale.Espoirs qui seront bien vite déçus car, une fois élu, Wilson devra composer avec la réalité et les compromis notamment lors de la signature de la paix après la première guerre mondiale. La fameuse « Société des Nations » qui avait suscité tant d'espoirs chez les peuples ne verra jamais le jour. C'est une paix où les vainqueurs voient une formidable occasion de se partager les richesses des pays vaincus et d'imposer leurs industries et leurs produits à une Europe qui leur doit sa liberation.

C'est une Amérique paradoxale qui se targue d'avoir la Constitution la plus démocratique du monde mais qui oblige en temps de guerre tous les hommes à s'engager, qui les traque dans les rues, mettant ainsi à mal le concept de liberté de conscience puisque tout objecteur de conscience est emprisonné pendant 20 ans et considéré comme un traître.
C'est un pays qui a érigé le principe de liberté d'expression comme un droit fondamental, mais qui n'hésite pas à matraquer et à arrêter toute personne participant à un rassemblement et manifestation de mouvements anarchistes communistes et socialistes.
Mais c'est aussi l'Amérique de la réussite pour certains, celle qui permet avec son système capitaliste l'ascension sociale, l'accès à une vie meilleure et à des responsabilités pour les hommes comme pour les femmes.
C'est également l'époque où les jeunes gens issus de milieux aisés prennent pour prétexte la guerre en Europe pour voyager et échapper au destin concocté par leurs parents( riche mariage et reprise de la société familiale).

Pourtant, ce qui frappe dans cette Amérique décrite par Dos PASSOS ,c'est l'extrême solitude des êtres dans un pays en plein effervescence. C'est le sentiment qu'on a affaire à des individus coupés d'eux -mêmes , évoluant dans un vide existentiel ,d'un pays qui n'est plus rattaché à son peuple, mais qui n'a décidé d'intégrer et de ne reconnaître que ceux qui répondent et correspondent à l'image de réussite sociale et financière qui sera désormais associée à l'Amérique.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Jun 27, 2016 8:44 PM MEST


Le Général de l'armée morte
Le Général de l'armée morte
par Ismaïl Kadaré
Edition : Poche
Prix : EUR 6,90

3.0 étoiles sur 5 L'armée sans repos, 25 avril 2016
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Général de l'armée morte (Poche)
Un général italien est chargé par son gouvernement, plus de 20 ans après la Seconde Guerre Mondiale, de rapatrier les restes des soldats tués en Albanie.Il est accompagné d'un prêtre, lui aussi italien , qui parle albanais et lui sert de traducteur. C'est donc avec fierté et honneur qu'il entame sa mission de recherche des soldats tués. Il se sent investi d'un sentiment noble, au service de familles sans corps à enterrer et d' un pays qui attend lui aussi le retour de ses enfants.

Mais arrivé sur le sol albanais, une atmosphère d'hostilité l'enveloppe durant tout son séjour de plus de 2 ans, entravant sans cesse ses recherches. C'est que,venir sur une terre étrangère, sur une terre où un peuple a lui aussi pleuré ses morts, est vécu par les Albanais comme une nouvelle occupation de leur territoire. Les souvenirs resurgissent: la haine, la rancune sont ravivées par la présence de ce général qui déterre ses morts,qui, par ce geste, ravive les souffrances des Albanais et réactive sans cesse ce passé lié à la guerre, emprisonnant ainsi un peuple dans des souvenirs qui le tourmente sans possibilité pour lui de s'extraire du passé.

C'est également une inversion des sentiments à laquelle on assiste entre le général et le prêtre. On s'attendait à trouver un être rationnel en la personne du général. Et voilà qu'il critique les agissements, par ailleurs criminels, d'un des hommes de cette armée des morts , un colonel ,le colonel "Z"qu'on lui avait demandé de rechercher. Il se découvre une empathie singulière avec ces soldats d'une armée qu'il n'a jamais eu à commander. C'est un sentiment quasi maternel qui l'habite, un sentiment d'intense remords qu'il éprouve envers ses soldats qu'il se reproche de ne pas avoir pu sauver comme une mère qui n'aurait pas su protéger ses enfants. Il se met à l'écoute du désir de ces morts pour essayer de répondre à leur véritable souhait et non à celui des familles.

Quant au prêtre, ce n'est pas l'âme des soldats qu'il cherche à sauver. Point de compassion de sa part, mais le besoin d'accomplir un devoir. Il ne veut pas juger, même quand il apprend la conduite du colonel Z. Il n'est là que pour célébrer l'office rendu aux morts quand ils seront retrouvés. Le rituel prime sur les hommes.

C'est un roman qui peut sembler lent, monotone comme la mission du général, mais c'est aussi et surtout un roman sur le peuple albanais, ses coutumes, son courage, ses relations avec ses voisins, ses luttes. Et en cela, c'est également enrichissant.
Je vous conseille plus particulièrement "les tambours de la pluie".


Une saga moscovite (Tome 1)
Une saga moscovite (Tome 1)
par Vassili Axionov
Edition : Poche
Prix : EUR 12,50

4.0 étoiles sur 5 Desagrégation d'un peuple, 13 avril 2016
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La famille Gradov est une famille bourgeoise vivant à Moscou, composée de grands intellectuels et ayant déjà donné à la Russie de grands médecins.La révolution russe de 1917 a fait évoluer les mentalités et les plus jeunes des enfants Gradov sont très enthousiastes et prêts à soutenir ce nouveau régime qui prône l'égalité pour tous. De Nina, la future grande poétesse,à Nikita son frère aîné, futur général de l'Armée Rouge en passant par Kyrill fervent partisan de la ligne marxiste.Cependant , les années 1929 et surtout 1930 marquent le début d'une période sanglante pour la Russie avec les purges, la dékoulakisation, les grands procès de Moscou de 1936-1938 ainsi que la fin de toute opposition politique sous peine d'arrestations et de déportations. L'Histoire elle -même fait l'objet d'une falsification dans les manuels soviétiques.Scientifiques et médecins voient leurs découvertes confisquées ou détournées par le régime soviétique.

La peur s'installe chez tous les citoyens car tous peuvent être arrêtés la nuit par la Gépéou ,la police politique, sur simple dénonciation.

Aussi, chacun des membres de la famille Gradov incarne-t-il le sort terrible réservé à tout un peuple à travers les décisions absurdes du régime ce qui les amènera à côtoyer l'enfer des camps de la Kolyma , à subir les tortures ou à être enrôlés par l'armée allemande pour ensuite une fois libres être traités d'ennemi du peuple par les siens et être déportés dans des camps. Pour ceux qui survivent aux camps, le retour à la vie normale n'est jamais un soulagement, mais la certitude d'être désormais coupés d'eux-mêmes et des autres après avoir connu la déshumanisation et l'expérience de l'avilissement. Cette hypnose collective d'un peuple, qui se trouve dans l'incapacité de se révolter face à une idéologie mortifère, se retrouve également dans la fascination des partis de gauche espagnols et français de l'époque. L'aveuglement persiste malgré les publications des journalistes étrangers présents en Russie. Personne ne veut voir ni croire à cette réalité. Schizophrénie des dirigeants, Staline en tête, fustigeant et diabolisant les impérialistes que sont les Etats- Unis et le Royaume -Uni et ,dans un même temps,sollicitant leur aide militaire et alimentaire pour vaincre les troupes hitlériennes qu'ils avaient jusque -là soutenus.

C'est un roman tout à fait à part, vraiment captivant qui mérite qu'on s'y arrête parce qu'il nous donne une mine d'informations sur la vie quotidienne à Moscou et au Caucase . Et malgré l'horreur qui frappe les soviétiques, on découvre une vitalité, un amour de la littérature, du théâtre des arts et surtout de la poésie qui caractérise si bien le peuple russe. C'est incontestablement cet amour qui leur a permis pour bon nombre d'entre eux de tenir jusqu'à présent.

Même si le roman est souvent écrit dans une langue familière voire vulgaire , il faut y voir justement l'influence pernicieuse de l'idéologie communiste qui pervertit les sentiments qui les tire vers le bas comme l'a constaté Nikita après son séjour dans les camps.

Un grand merci à la traductrice car traduire un tel roman est un vrai challenge.


Retour à Killybegs - Grand prix du roman de l'Académie Française 2011
Retour à Killybegs - Grand prix du roman de l'Académie Française 2011
par Sorj Chalandon
Edition : Poche
Prix : EUR 7,10

4.0 étoiles sur 5 Tragédie de la guerre, 7 mars 2016
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Irlande du Nord. Tyrone Meehan est né dans les années 1920 et comme son père et son grand-père avant lui n'a connu que la guerre. Il est élevé dans le culte des héros de l'IRA comme James Connolly,et c'est tout naturellement qu'il rejoindra ses rangs à l'adolescence ayant pris conscience de l'oppression que les Britanniques font vivre à son peuple et ayant lui -même et sa famille été victimes de leur violence.
Il connaît l'emprisonnement, la torture, les privations comme nombre de ses amis.

Mais comme dans toute guerre, les tragédies changent le cours d'une vie. Aussi, lors d'un affrontement au cours duquel les Britanniques lancent des bombes lacrymogènes, la confusion est telle que les balles de Meehan atteignent mortellement son ami Danniel Finley, figure marquante de l'IRA.
Les services secrets britanniques en profitent et lui proposent de le recruter ou bien de révéler à tous son terrible secret.

Le mensonge et le silence ou la vérité et l'exclusion de sa communauté? voilà les choix auxquels il est confronté. Peut-il réellement se permettre de parler et de se voir exclu lui, sa femme et son fils de la communauté, de l'IRA qui les protège, leur sert de famille, de patrie mais aussi comme tout groupe et communauté les enferme, les étouffe et ne pardonne rien si l'adhésion aux idéaux n'est pas totale.

Comment avouer, et surtout s'avouer, que le rôle qu'il doit jouer désormais lui procure pour la première fois de sa vie l'impression d'être enfin compris, entendu, reconnu et admiré- ironie du sort- non par sa propre communauté mais par l'ennemi de toujours.

Comme dans tous les romans de Sorj Chalandon , le récit est captivant et nous sommes souvent submergés par la souffrance qu'il dépeint, mais c'est aussi la force de son écriture qui convoque toutes les richesses de la langue française afin d'exorciser la souffrance d'un peuple, d'un pays et le traumatisme engendré par celui qui fut si longtemps un héros puis s'effondra dans l'estime de tous.

La langue au secours de la tragédie, du désespoir, celle qui .réussit à dire l'inacceptable, la trahison,et qui permet de raconter la violence du père, de l'ennemi et celle du héros.


Les étoiles du sud
Les étoiles du sud
par Julien Green
Edition : Poche
Prix : EUR 9,30

3.0 étoiles sur 5 Tourments, 15 février 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les étoiles du sud (Poche)
Après la mort tragique de son mari, provoqué par son premier amour,Elisabeth Escridge mène une vie très retirée. Mais à l'occasion des funérailles de son parent Mr Hargrove, elle retrouve son fougueux cousin Billy dont elle tombe amoureuse. Ils se marient et connaissent un véritable bonheur conjugal.Pourtant Elisabeth prend réellement conscience qu'elle est attirée également par d'autres hommes. Cette découverte l'effraie et la tourmente d'autant plus qu'elle vit dans un monde où ce qui est toléré pour les hommes, le plaisir des sens et les multiples maîtresses est totalement proscrit pour les femmes qui seraient mises au ban de la société.
La vie semble reprendre ses droits pour Elisabeth , mais l'Histoire s'invite et bouscule impitoyablement tous ses projets. La guerre civile apparaît comme une évidence même si tous refusent de l'envisager...

Ce deuxième tome est très enrichissant par le nombre de sujets qu'il explore notamment la relation fusionnelle d'Elisabeth envers son premier enfant, quasi incestuelle, puisqu'elle appelle ce dernier du nom de son premier amour et qu'elle lui demande de n'en parler à personne. Elle projette sur cet enfant l'amour qu'elle avait pour cet homme en faisant endosser à son fils un rôle d'adulte et d'amant qu'il n' a pas à assumer.

Le sort des femmes est également au centre de ce tome puisqu'elles n'existent qu'au travers de leurs maris, si elle sont la chance d'être heureuses en mariage. Aussi lorsque les maris sont en voyage d'affaires ou dans l'armée,la solitude est insupportable et pour supporter l'absence , le recours au laudanum est fréquent.Il faut donc meubler ce vide et les bals, les réceptions, les visites et autres promenades en calèches sont là pour palier à ce manque. Le choix d'un amant est parfois également le remède à ce vide existentiel puisque les femmes n'ont ni droit de travailler dans la Haute société ni le droit d'étudier.

Enfin, la guerre de Sécession est dans tous les esprits et déchire les familles et le Nord abolitionniste et le sud esclavagiste sont eux-mêmes parcourus par des dissensions car la vision simpliste du méchant Sud et du bon Nord ne reflète pas les opinions des personnages du roman vivant dans le Sud et bien qu'ayant des esclaves noirs , ils ne sont pas tous partisans de l'esclavagisme.


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