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Contenu rédigé par CéCédille
Classement des meilleurs critiques: 1.025
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Commentaires écrits par
CéCédille "C.C." (Bordeaux -France-)

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Voici des ailes
Voici des ailes
par Maurice Leblanc
Edition : Poche
Prix : EUR 5,10

3.0 étoiles sur 5 La petite reine, 4 juillet 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Voici des ailes (Poche)
Les débuts de la bicyclette (1898), la découverte de ses pouvoirs mécaniques et érotiques par deux couples qui pédalent dans la France rurale d'avant l'automobile, vers la Bretagne. On célèbre la nature, l'émancipation de la femme. On change de partenaire mais pas de monture. Naïf et rétro, mais plein d'un charme désuet !


Mémoires sur les Grands-Jours d'Auvergne: (1665)
Mémoires sur les Grands-Jours d'Auvergne: (1665)
par Esprit Fléchier
Edition : Poche
Prix : EUR 7,00

4.0 étoiles sur 5 La foule des grands jours, 9 mars 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Mémoires sur les Grands-Jours d'Auvergne: (1665) (Poche)
Le 25 septembre 1665, un long cortège de carrosses arrive aux portes de Clermont, en Auvergne, où se pressent tous les notables et la foule venus les accueillir. Ce sont des magistrats venus de Paris, avec leur suite, spécialement investis par des lettres patentes du 31 août 1665 signées du roi Louis XIV, avec mission de rendre la justice dans cette lointaine province de langue d'oc.
C'est une juridiction d'exception, "vulgairement appelée les Grands-Jours" selon les propres termes des lettres patentes qui fixent minutieusement le ressort de la compétence, les infractions à poursuivre et la manière de procéder.
C'est donc la foule des grands jours (l’expression vient-elle de là ?) qui accueillit ces prestigieux missi dominici, et les notables qui firent assaut de discours, harangueurs qui ne voulurent rien perdre de leurs études passées, et qui prétendirent se mettre en réputation par une ostentation fort ennuyeuse de leur méchante éloquence, dit Fléchier (p. 84) qui accompagnait les magistrats et se fit le chroniqueur de leur session. Son récit est un véritable compte rendu judiciaire, vivant comme une chronique de Pascale Robert-Diard !

On a peu d'éléments sur la manière de rendre la justice sous l'Ancien régime. Le compte rendu des Grands-Jours en donne de nombreux exemples intéressants, avec des statistiques : douze mille affaires jugées, semant l'épouvante dans toute le région (p. 312) prétend Fléchier. Chiffre sans doute exagéré, comme les historiens le démontreront. Mais le répression n'est pas d'apparence : les aristocrates qui ont abusés de leurs pouvoirs sont visés autant que les voleurs de poules. Beaucoup ont pris le maquis - à supposer qu'il existât en Auvergne ! -.

On voit défiler les justiciables. Nombre ressemblent à ceux d'aujourd'hui. D'autres sont de leur temps. Voici un curé qui exhorte ses fidèles à ne pas payer les impôts injustes. Voici de pauvres filles mères infanticides dont le nouveau-né a été déterré par un chien qui devient le premier témoin à charge. La preuve du crime est là, mais comment trouver la coupable ? "Le juge, qui était un vieux raffiné, ordonna qu'on visiterait toutes les filles du village, et qu'on verrait s'il s'en trouverait point quelqu'une qui eu du lait..."
Ce sont aussi les "humeurs peccantes" des cours de justice, toutes les sentences de la multiplicité des juges locaux, royaux, seigneuriaux ou même ecclésiastiques, des officiers de justice, qui peuvent être évoquée par ces "grands juges", et ce, sans appel. Beaucoup d'affaires civiles aussi.
La justice royale est égalitaire, efficace, insensible aux pressions. Il lui arrive même de faire des arrêts de règlement : Elle met bon ordre dans les poids et mesures, dans les abus fiscaux, De ce fait, elle n'est pas impopulaire. Les Grands-Jours sont la justice de proximité des Parlements. Ils apportent la modernité dans un monde encore féodal. Un siècle plus tard, crispés sur leurs privilèges, les Parlements symboliseront la vaine résistance au changements révolutionnaires.

Au delà du récit, il y a la manière de le raconter, et la personnalité du chroniqueur. Esprit Fléchier, le bien nommé, est un jeune ecclésiastique (33 ans), attaché au représentant du roi, le maître des requêtes M. de Caumartin. Il est devenu le précepteur de son fils, lorsque sa mère est morte. Sainte-Beuve, qui rêve un peu, veut croire qu'il est aussi l'amant de sa nouvelle et jeune épouse. C'est un abbé de cour et de salons. Il en a la vivacité et la sagacité de plume, trempée dans la préciosité de son temps.
Mais c'est aussi un grand prédicateur, comme Bossuet. Il fait l'éloge funèbre de Turenne. Il a l'éloquence de la chaire. Il est représenté sur la fontaine Saint-Sulpice à Paris, aux côtés de Bossuet , Fénélon et Massillon. Il finit évêque de Nîmes, en pays camisard, laissant le souvenir de sa bonté et de son infatigable dévouement à toutes les misères. Le duc de Saint Simon, avare de louanges, n'en dira que du bien !
Fléchier a un ton. Il manie l'humour noir. Il ironise, se moque, s’intéresse aux petites affaires de la cour et aux belles dames. Il ne fait pas que raconter les turpitudes et les manquements. On peut imaginer son scrupule à publier son manuscrit, lui qui donnait plutôt, et avec bonheur, dans l'épigramme, qui allait être élu, en même temps que Racine, à l'Académie Française, et qui entamait une très respectable carrière ecclésiastique. Le fait est que cet écrit disparait pendant près de deux siècles !
La passionnante préface de Yves-Marie Bercé raconte les circonstances dans lesquelles le manuscrit ne fut exhumé qu'au milieu du XIXème siècle, avec une préface de Sainte-Beuve qui en fit la louange. Confronté aux notes du greffier Dongois, conservées aux archives du Parlement de Paris, il permet aux historiens de documenter chaque affaire. Pour quatre mois, du 26 septembre 1665 au 30 janvier 1666, les Grands-Jours ont examinés en réalité 1360 affaires criminelles, ont prononcé 692 condamnations, dont 450 prononcées par contumace (parmi lesquelles 347 condamnations à mort). Il y eu 23 condamnations à mort effectives, 22 envois aux galères et 21 condamnation au fouet. Le total des amendes prononcées s'est monté à 607 064 livres.
Justice plus clémente que sa réputation. En l’absence des condamnés, on brûle en public leur effigie. On rase leur château.
Le texte de Fléchier est plein de trouvailles. Quelques années avant La princesse de Clèves, il illustre le roman précieux dans une incise préliminaire. Il s'émerveille des paysages d’Auvergne "qui sont d'un vert bien plus frais et plus vif que celui des autres pays". Il décrit la société locale, remarque les jeunes et jolies femmes. Il s'amuse de la rage des gens de toutes conditions à danser à tout propos la bourrée, mais aussi la goignade, fort peu recommandable et qu'un évêque n'hésite pas à excommunier comme barbara saltatio (p. 266-267).
Sainte-Beuve (p. XIX) dit justement que Fléchier "considère les Grands-Jours comme une sorte de tragi-comédie, et il y dispose le touchant, l'horrible, le gai avec alternative et comme on assortit des nuances".


Rites de passage
Rites de passage
par William Golding
Edition : Broché
Prix : EUR 13,15

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Trilogie maritime, 13 février 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Rites de passage (Broché)
Un jeune aristocrate, Edmund Talbot, plein d'avenir administratif et fort de puissantes recommandations, s'embarque sur un vaisseau de guerre de la marine anglaise à destination de l'Australie du XVIIIème siècle, "down under". Long et périlleux voyage effectué en compagnie d'un peintre de marine et de sa famille, d'un révérend à l'esprit torturé, d'un libre penseur révolutionnaire, le tout sous le commandement d'un capitaine ombrageux, entouré d'officiers ambitieux et d'un équipage toujours prêt à la mutinerie quand la tempête se calme. Ce petit monde va vivre, durant ce long voyage que seul l'ennui devrait accompagner, toutes les aventures qui remplissent une vie et révèlent les caractères.
Il y a donc là, et au premier degré, un formidable roman d'aventures, dont on ne dira rien de plus, pour le laisser à l'appétit du lecteur, avec la seule recommandation de lire la Trilogie maritime dans l'ordre en commençant par Rites de passage, puis Coup de semonce et enfin La cuirasse de feu.
Les fidèles de Patrick O’Brian, C. S. Forester, Alexander Kent y trouveront l'univers parfaitement reconstitué de la grande période de la marine à voile. Le dictionnaire de Falconer, souvent invoqué par Talbot, le héros de Golding, accompagne la virtuosité de l'auteur à manier la langue des marins et à faire revivre cette longue traversée, dans la puanteur d'un vieux vaisseau de guerre, l'inconfort de la vie à bord, dans les tempêtes comme dans la pétole.
Rien ne se passera en apparence, mais tous les passagers seront définitivement transformés par les péripéties psychologiques de cet étonnant voyage. Le navire, comme l’île de "Sa majesté des mouches", constitue un monde à part, un microcosme, un monde parallèle. S'y joue, à toute petite échelle, tout le jeu social, avec ses classes, ses préjugés, ses rivalités, ses affrontements. La reconstitution est époustouflante !
Les atouts de l'écrivain sont éclatants. Dans un belle langue classique, il explore les tréfonds de l'âme humaine. La forme d'un journal de bord tenu par Edmund Talbot pour complaire à son puissant protecteur, donne un ton particulier au récit. Le lecteur partage les humeurs, les préjugés, les incertitudes, les enthousiasmes de ce héros snob, naïf, attachant malgré ses ridicules.
"Rites de passage" a valu à William Golding rien moins que le prix Booker (Booker Prize) en 1980, et surcroît le Nobel de littérature en 1983 !


To The Ends of the Earth - BBC [DVD] [Import anglais]
To The Ends of the Earth - BBC [DVD] [Import anglais]
DVD ~ Benedict Cumberbatch
Prix : EUR 17,99

10 internautes sur 10 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Trilogie maritime, 13 février 2016
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : To The Ends of the Earth - BBC [DVD] [Import anglais] (DVD)
Adaptation réussie du chef d’œuvre de William Golding (La trilogie maritime). Benedict Cumberbatch incarne à merveille Mr Talbot. Reconstitution superbe du vaisseau malmené par le mauvais temps. Attention : pas de version française ! Seulement disponibles des sous-titres en anglais, qui permettent de savourer une très belle langue !


En canot sur les chemins d'eau du roi : Une aventure en Amérique
En canot sur les chemins d'eau du roi : Une aventure en Amérique
Prix : EUR 8,49

3.0 étoiles sur 5 Raspail toujour prêt !, 14 novembre 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : En canot sur les chemins d'eau du roi : Une aventure en Amérique (Format Kindle)
En 1949, Jean Raspail décide de traverser une grande partie du Canada et de l'Amérique du Nord avec trois amis scouts sur deux canoë. Il suivent « les chemins d'eau du roi », sur les traces d'un père jésuite, Jacques Marquette et d'un explorateur, LouisJolliet, qui firent le trajet en 1673.
Sur leurs traces, de mai à décembre 1949, le jeune Raspail (24 ans) remonte depuis Trois-Rivières par le Saint-Laurent jusqu'aux Grands Lacs, pour redescendre par le Mississippi jusqu'à la Nouvelle-Orléans. L'aventure est périlleuse, car il faut remonter le courant, passer des rapides, traverser des lacs immenses et agités comme des mers intérieures. L'expédition est courageuse aussi car tout se fait à la force des bras, qu'il s'agisse d'avironner ou de portager les canoës et l'équipement sur des sentiers souvent vertigineux et glissants. Avec très peu d'argent, beaucoup d'encouragements, puisqu'ils sont honorés à chaque étape, et une belle santé, l'équipe atteint son but, ce que n'avait pu faire leurs infortunés prédécesseurs.

Le récit est l'occasion d'évoquer le temps des conquêtes et des colonies, le beau langage, le Roy, son drapeau, sa Foi, mais aussi un continent qui garde encore la somptuosité des ses espaces naturels même si l'industrialisation galopante commence à le gâter sérieusement. A défaut d'Algérie française, Raspail rêve d'un pays qui aurait dû rester français, sans insister d'ailleurs sur l'identité de l'auteur de la royale braderie.

Scout, à forte connotation militaire, épris de cérémonies et de parades (camp, couleurs, faisceaux) mais aussi à tendance abbé Cottard (les jeunes scouts ne portent même pas de gilet de sauvetage !), sans grand souci de ses deux « canots de maître», (cinq mètres, une cinquantaine de kilos, en bois léger avec un entoilage étanche) soumis à si rude épreuve et aussi héroïques que leurs passagers, Jean Raspail laisse sa plume s’appesantir de l'affichage ostensible de ses opinions vieille France et de ses manières matamores. Voilà qui gâte un peu le récit de ce voyage dans le temps plein de références savantes et pittoresques et de péripéties nautiques.


Voyage aux Isles : Chronique aventureuse des Caraïbes 1693-1705
Voyage aux Isles : Chronique aventureuse des Caraïbes 1693-1705
par Jean-Baptiste Labat
Edition : Poche
Prix : EUR 12,80

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Père blanc aux Caraïbes, 19 octobre 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Voyage aux Isles : Chronique aventureuse des Caraïbes 1693-1705 (Poche)
Le père Labat est un dominicain original. Il a poursuivi des études scientifiques plutôt que des schismes. Il est vrai qu'en ce début de XVIIIème siècle, ce n'est plus le temps de l'Inquisition, mais celui des colonies. Le père blanc part donc aux Antilles à la fin de l'année 1693. Il il va y déployer des talents dépassant largement ceux de son état de frère prêcheur. Il tient un journal précis de ses activités et de ces curiosités. Et cet homme sait tout faire. Non seulement construire des églises, des habitations, mais aussi des fortifications. Sa curiosité est insatiable, les plantes, les mœurs des habitants, la marine à voile, les flibustiers, les armes, l'architecture.
Prêt à faire le coup de feu, le cas échéant, lors des attaques anglaises, Labat sait aussi être médecin, agriculteur, inventeur (du rhum)... Sans oublier tout à fait d'être prêtre à ses heures perdues, puisqu'il trouve encore le temps de lire son bréviaire, de confesser les fidèles, de célébrer la messe et de baptiser à tour de bras les esclaves, sur le sort desquels il ne s'apitoie guère.
Ce qui lui fait quelquefois un peu défaut, c'est en effet la charité chrétienne, à l'égard d'un certain nombre de ses semblables ecclésiastiques, les jésuites en particulier, auxquels il réserve des flèches assassines, toutes verbales, cela va sans dire, dans un style où son dernier éditeur, l'excellent Michel Le Bris, retrouve la verve de Saint Simon. Il y a bien la griffe du Duc, mais aussi la main experte de l'industrieux Comte (de Saint Simon) en cet homme là ! Il faudrait y ajouter une touche de Fontenelle, de Vauban, de Diderot, sans oublier le Capitaine Crochet. Diable d'homme ! En rédigeant ses mémoires, le père Labat nous fait, selon une expression qu'il affectionne, "bien des honnêtetés".


Pourquoi le saut des baleines
Pourquoi le saut des baleines
par Nicolas Cavaillès
Edition : Broché
Prix : EUR 12,00

4.0 étoiles sur 5 bonds abscons, 24 septembre 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Pourquoi le saut des baleines (Broché)
« Pourquoi le saut des baleines » est la question métaphysico-poétique que développe l'auteur -sans point d'interrogation- dans un petit essai réjouissant et plein de poésie :
« Nous ignorons pourquoi les baleines et autres cétacés effectuent parfois ces sauts stupéfiants au-dessus des mers et des océans, mais les hypothèses ne manquent pas, elles se renforcent même du seul fait que la question n’a pas été tranchée. On dit qu’elles bondissent dans les airs pour déglutir, se débarrasser de leurs parasites, communiquer, séduire en vue d’un accouplement, pécher en gobant, chasser en catapultant, fuir des prédateurs sous-marins comme l’espadon ou le requin, s’étirer, s’amuser, en imposer, ou encore ponctuer un message, une attitude. Aucune de ces explications ne convainc : fâcheusement partielles ou intolérablement saugrenues, toutes ont été contestées. Comme c’est le cas face aux grandes interrogations métaphysiques, elles semblent toutes buter contre l’étroitesse du cerveau et de l’imagination qui les échafaudent. La question serait-elle insoluble ? […] Ainsi la baleine sauterait-elle quia absurdum, parce que c’est absurde ? »
Il est vrai qu'il y a un mystère dans cette formidable projection ascensionnelle, toujours inoffensive, puisque la baleine prend le soin d'éviter de bousculer navires et curieux et exerce son art dans les formes les plus pacifiques, le cachalot de l'Essex ne faisant exception à la règle que par l'exercice isolé et unique dans les annales, d'une légitime défense recevable par toute instance juridictionnelle impartiale.
Nicolas Cavaillès mène l’enquête, comme Georges Pérec, avec une minutie méthodologique malicieuse, où les lois de la physique frôlent celles de la pataphysique. Lecture savoureuse, couronnée par le prix des gens de mer 2015.


Vie de monsieur Leguat
Vie de monsieur Leguat
par Nicolas Cavaillès
Edition : Broché
Prix : EUR 12,00

4.0 étoiles sur 5 Aventures aux Mascareignes, 24 septembre 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Vie de monsieur Leguat (Broché)
Dans «Vie de Monsieur Leguat», paru en 2013, et couronné du Goncourt de la nouvelle, Nicolas Cavailles raconte l'histoire de François Leguat, hugenot français réfugié en Hollande après la révocation de l'édit de Nantes, parti en 1690 fonder avec quelques compagnons une colonie dans les Mascareignes. L'ile d'Eden est Rodrigues. Des pionniers s'y installent. Mais la relève tarde. Ils décident de rejoindre Maurice, quittant le paradis pour l'enfer, la prison et une série de mésaventures. En 1708 est paru à Amsterdam « Voyage et avantures de François Leguat, & de ses compagnons, en deux isles désertes des Indes orientales. T. 1 & 2 / : avec la relation des choses les plus remarquables qu'ils ont observées dans l'isle Maurice... le tout enrichi de cartes & de figures » sous la signature de François Leguat, mais sous la plume de François-Maximilien Misson qui prit quelques libertés avec les faits. le récit de Nicolas Caillavès est plus scrupuleux. Avec une plume élégante et concise il relate l'histoire d'un longue vie (98 ans), pleines d'aventures, au terme de laquelle perce l'émotion. le talent est au rendez-vous, oscillant entre la tradition hagiographique des bollandistes et les « Vies minuscules » de Pierre Michon.


La baleine dans tous ses états
La baleine dans tous ses états
par François Garde
Edition : Broché
Prix : EUR 17,50

4.0 étoiles sur 5 Cétologie, 24 septembre 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : La baleine dans tous ses états (Broché)
François Garde, a eu à traiter d'un problème non répertorié dans les enseignements de l'ENA alors qu'il était sous préfet de Marin, à la Martinique : un maire l'appelle parce qu'une baleine s'est échouée sur une plage qu'il faut libérer de ces dix tonnes pourrissantes au soleil des tropiques. L'imagination d'un membre du corps préfectoral n'étant jamais prise en défaut, il décide aussitôt, avec le concours de l'armée, de dynamiter le globicéphale. On imagine le spectacle, les cris du public, la puanteur, les retombées. Bref, l'opération réussit. Le récit est drolatique, mais son auteur en garde un goût amer.
Il y a là sans doute la scène primitive à l'origine de son livre, « La baleine dans tous ses états », où il est question de phares (des baleines, sur l’île de Ré), de rue (de la baleine à St Jean de Luz), de place (de la baleine à Lyon), de rivière (de la baleine au Québec), de nouvelles (La baleine de Paul Gadenne), de chasse, d'usines, d'huile, de marins et de littérature. Comme Melville, qu'il feint de critiquer, mais qu'il prolonge, rien de ce qui concerne la baleine ne lui est étranger, et surtout pas l’Ancien Testament et Le livre de Jonas, qu'il commente finement, donnant envie de le relire, tant est vivant et inattendu ce récit de la rébellion d'un prophète chargé d'une mission impossible, puni d'incarcération dans l'estomac non pas de la baleine qu'imagine toujours le lecteur, mais d'un grand poisson évoqué par le texte biblique. C'est dire qu'on apprend beaucoup et plaisamment dans cet essai plein de fantaisie, de drôlerie et d'érudition.


Soudain, seuls
Soudain, seuls
par Isabelle Autissier
Edition : Broché
Prix : EUR 18,50

6 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Robinsons arctiques, 24 septembre 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Soudain, seuls (Broché)
Un internaute méticuleux s'est amusé à faire le recensement des robinsonnades en littérature. Depuis celle de Defoe, au début du XVIIIème siècle (1719), il en a dénombré au moins deux mille...
Celle que rajoute Isabelle Autissier à la liste mérite le détour. L'essentiel est dans le « soudain » contenu dans le titre : « Soudain seuls ». Un vent catabatique, descendant en trombe des pentes de l'île de Géorgie du Sud fait disparaître le bateau de ce jeune couple parti faire le tour du monde et tenté par l'exploration clandestine d'une réserve interdite aux touristes. Vu sa position géographique dans les cinquantièmes rugissants, l’île déserte est assez loin des clichés tropicaux, avec ses colonies d'éléphants de mer et de manchots royaux. Îles de la désolation, comme les désigne bien Jean-Paul Kauffmann. Dans le décor d'une usine baleinière abandonnée depuis un demi siècle ( Stromness), les tourtereaux parisiens se trouvent confrontés à l'état de nature, assez loin des rêves rousseauistes dès lors qu'il s'agit de survivre en milieu totalement inhospitalier, couvert de nombreux sommets dépassant 2000 m dans la blancheur glacée de l'hiver austral qui fait fuir même les manchots. La lutte pour la survie met à mal le couple modèle, tenaillé par la faim atroce, alors même qu'il séjourne dans le secteur des îles Sandwich …
Cette première partie du livre subjugue le lecteur qui est confronté à l'étrange condition des héros de l'histoire : en un instant, ce n'est pas seulement le voilier qui disparaît, mais la civilisation toute entière, ses outils et ses civilités. Retour immédiat à l'état sauvage dont on redécouvre l'horreur !
Dans ce récit palpitant dont il serait fâcheux de révéler la trame, l'auteur trouve le moyen de traiter du couple, de la presse à sensation, de la déontologie journalistique, de la célébrité, de l'alpinisme, des classes sociales, et autres sujets incongrus dans une robinsonnade. Car il y a dans ce roman une réflexion morale autant qu'une sensibilité à la nature : l'analyse et le rôle du remord donnent à ce texte une dimension qui dépasse le roman d'aventure ou le simple thriller. On songe au Rasoumov de Conrad, (Sous les yeux de l'Occident) ou à ce fait divers récent d'un vieillard malade avouant un crime de jeunesse 69 ans après l'avoir commis. Le commentateurs se sont interrogés sur les raisons d'avouer un crime prescrit. Mais c'est oublier l'aveu et la confession comme moyens de réintégrer l'humaine condition... et la littérature !


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