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Contenu rédigé par Luc B.
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Commentaires écrits par
Luc B.
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Le nom des gens  (César 2011 de la Meilleure Actrice)
Le nom des gens (César 2011 de la Meilleure Actrice)
DVD ~ Jacques Gamblin
Proposé par plusdecinema
Prix : EUR 5,89

8 internautes sur 15 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 QUI PRETEND QU'IL N'Y A PAS DE BONNES COMEDIES EN FRANCE ?, 15 mars 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le nom des gens (César 2011 de la Meilleure Actrice) (DVD)
Cela aurait pu être une aimable comédie romantique de plus, s'il n'y avait ce ton bien particulier, assez rare dans le cinéma français. Cette manière très légère et parler de choses graves, et oser le terrain politique, social, comme savent le faire les Anglais.

LE NOM DE GENS commence par tracer l'itinéraire des parents des deux protagonistes. Premières séquences extrêmement drôles, avec un principe narratif original et astucieux : chaque génération d'un même personnage peut se croiser au sein d'une même scène. Ainsi Arthur adolescent reviendra régulièrement commenter les choix de vie d'Arthur adulte !

Il y a d'abord Arthur Martin, qui nous raconte d'où il vient, sa mère née Coen, la rencontre de la mère et du futur papa, dont Arthur nous dit : « je n'ai jamais pu imaginer mon père jeune ». Ainsi le rôle du père, à tous les âges, sera joué par le même comédien, l'excellent Jacques Boudet, qui a 70 balais ! La famille Martin se passionne pour toutes les nouveautés technologiques, le futur, rejetant tout ce qui se rapporte au passé, à la guerre, à leurs origines juives. Il y a aussi Bahia Benhmamoud, dont le père algérien émigré en France rencontre une gauchiste tiers-mondiste féministe anti-nucléaire. Bahia est très impliquée dans la vie politique, elle couche avec tous les hommes de droite pour en faire des hommes de gauche ! De son côté aussi il y a quelques non-dits, des secrets, des sujets qui fâchent. Et Arthur et Bahia vont se rencontrer

Il y a dans ce film tous les ingrédients d'une bonne comédie. Un rythme soutenu, des réparties qui font mouche, une mise en scène enlevée et tonique, s'autorisant des moments de folie-douce, des moments de poésie, comme ce travelling latéral qui passe d'un banc à un autre, Arthur et Bahia adultes étant assis sur le premier, Arthur et Bahia enfants, étant assis sur le second. LE NOM DES GENS est très ancré dans une réalité sociale, rythmé par l'actualité politique du moment (la scène du vote !) mais sans jamais céder à la caricature. A travers cette série de portraits (chaque personnage est attachant, profond, mention au père de Bahia, joué par Zinedine Soualem) commence à poindre des thèmes plus profonds. Nos origines, notre culture, la diversité de la France, la notion de république, l'engagement, les tabous, les idées-reçues. La question centrale du film pourrait être : voit-on les gens tel qu'ils sont, ou tel qu'on aimerait qu'ils soient ? Chaque personnage possède sa part de secret et renvoie une image qui n'est pas forcément la bonne.

Comme toute bonne comédie qui se respecte, l'élément moteur est le personnage féminin, et donc l'actrice chargée de l'interpréter. Sara Forestier est tout bonnement incroyable. Un cyclone. Comme lui reproche Arthur dans une scène : « tu me fais du vent, trop de vent, j'n'en peux plus ! » (qui renvoie au « j'ai besoin de changer d'atmosphère, et mon atmosphère, c'est toi » de Jouvet à Arletty !). Son entrain à convertir les adhérents UMP en gauchistes baba-cool est jubilatoire, comme son désir de sauver les homards (quelle belle scène !). Sara Forestier me rappelle Catherine Deneuve dans LE SAUVAGE, ou Adjani dans TOUT FEU TOUT FLAMME. Elle ose. Comme cette scène où elle prend le métro totalement nue ! Jacques Gamblin est aussi impeccable (comme d'hab), spécialiste de la grippe aviaire et incarnant un des derniers jospinistes de France ! Toute la distribution est juste, Michelle Moretti très touchante sur la fin, Jacques Boudet (vu chez Robert Guédiguian) et Zinedine Soualem.

Certains diront que ces deux familles sont, chacune dans leur genre, légèrement caricaturale. Évidemment ! Et heureusement ! C'est le principe même de la comédie. Grossir les traits, pour mieux faire voir les détails, les failles, le revers des choses. Et ça marche, car ce film est merveilleusement bien écrit, équilibré, et le tonus des comédiens font le reste. Quand certains réalisateurs de comédie se plaignent du peu de cas que la "profession" fait de leur art, qu'ils jettent un oeil sur ce film. Voilà une comédie digne de ce nom, qui ne surfe pas sur la nostalgie d'une France disparue, le comique-troupier d'antan, ou le gag rabâché. Ici, on s'aère l'esprit, le rire est frais, et il est pertinent.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (14) | Permalien | Remarque la plus récente : Dec 14, 2011 9:35 PM CET


Le Grand Sam
Le Grand Sam
DVD ~ Stewart Granger
Proposé par DVDMAX
Prix : EUR 8,31

3 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 J'AI LA MEMOIRE QUI FLANCHE..., 11 mars 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Grand Sam (DVD)
LE GRAND SAM, réalisé par Henry Hathaway en 1960, fait partie de ces films dont je pensais garder un souvenir exact. Fréquemment diffusé au temps de l'ORTF, il évoquait une des plus belles bagarres générales du cinéma. J'avais en mémoire une horde de types saouls comme des cochons qui se battent dans toute la ville, et précisément dans des rues couvertes de boue, à la fin du film. Pour l'avoir revu très récemment, il y a bien une bagarre générale, mais pas à la fin - au début - et pas dans une rue - mais dans un saloon, et elle dure royalement deux minutes... Et il y a bien une bagarre dans la rue et dans la boue, mais elle n'est pas générale, car ne concerne que trois personnages. Et bien moins longue que celle, homérique, filmée par John Ford dans L'HOMME TRANQUILE.

Le syndrome des SEPT MERCENNAIRES, classique du western vu et revu, auréolé gamin, et qui apparaît 30 ans plus tard se trainer en longueur, et multiplier les scènes improbables. Ainsi, LE GRAND SAM, bien qu'étiqueté western, tient davantage de la comédie romantique, musclée par quelques distribution de mandales, comme si George Cukor s'était égaré au delà des Rocheuses. Le résultat n'est pas désagréable, mais ça reste un peu poussif. Résumons l'intrigue. Sam et George viennent de faire fortune avec leur mine d'or. George demande à son ami de lui ramener la femme qu'il aime, Jenny, avec qui il correspond depuis trois ans. Lorsque Sam déniche enfin la dulcinée, celle-ci, domestique dans une riche maison, est déjà mariée ! Ne voulant décevoir son ami, Sam lui ramène une autre femme, Michèle Bonnet, une stripteaseuse française au passé trouble...

A vrai dire, on ne sent pas Henry Hathaway très à son aise dans ce type d'intrigue. Les scènes de bagarre sont solidement mises en boite, le réalisateur a le sens du cadre, sait mettre en valeur des paysages splendides (superbe format scope) mais le cahier des charges devaient imposer des gags, et là, on reste coi devant des numéros comique dignes des aventures de Terence Hill et Bud Spencer, bruitage incongrus en prime. Les mésaventures de Michèle, et de l'arnaqueur Frankie Canon sont beaucoup plus rigolotes, les scènes les plus réussies étant la rencontre entre Sam et Michèle, la manière dont ils s'apprivoisent, les scènes de l'hôtel, et le voyage du retour. Le rythme ne tient pas toujours le coup (2h00, c'est un peu long...) et la fin s'enlise dans un numéro final de George, répétitif et un peu lourdingue.

Evidemment l'atout principal est John Wayne, dans le rôle de Sam. On savait l'acteur à l'aise dans le registre de la comédie, il le confirme ici, avec oeillades appuyées, ses mouvements de tête comme dans les cartoons de Tex Avery, le Dude hurle, vocifère, grimace, bastonne, roule des yeux, pour notre plus grand plaisir. Face à lui, Capucine, charmante, joue les utilités (n'est pas Katherine Hepburn qui veut...) mais c'est surtout Stewart Granger qui ne semble pas du tout à sa place, appuyant ses effets, hésitant entre le brave prospecteur et le séduisant dandy. Un Dean Martin aurait sans doute rendu le personnage plus crédible, et reformer un an après le duo de RIO BRAVO eût été une belle idée.

Je dois avoir la mémoire sélective, ou autre hypothèse, je n'avais sans doute vu que le début et la fin de ce film, qui me restait comme une aventure intrépide, pleine de rebondissements et de bagarres en tout genre. Il y a en réalité peu de scène d'action. Reste un métrage intéressant par le mélange des genres assez inédit, mais la comédie ne pétille pas assez, moins que le Champagne qu'on l'on boit à la fin, tout prospecteur en Alaska ayant une caisse de millésimée dans sa cabane, c'est bien connu... Il fallait ensuite faire le choix entre un metteur en scène de comédie, ou de film d'action. Henry Hathaway n'était sans doute pas la meilleure idée, à moins que les studios aient souhaité un réalisateur d'expérience, pour contenir un John Wayne tonitruant. Le bon p'tit film pépère du dimanche soir.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (7) | Permalien | Remarque la plus récente : Mar 22, 2011 11:54 PM CET


La forêt pétrifiée
La forêt pétrifiée
DVD ~ Leslie Howard

5 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 ET LA WARNER INVENTA HUMPHREY BOGART..., 7 février 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : La forêt pétrifiée (DVD)
Le précédent commentaire sur LA FORET PETRIFIEE nous dit en substance : ce n'est pas un polar, ça parle trop... Oui et non ! Ça parle trop ? En effet, puisque le film est adapté d'une pièce de théâtre à succès, jouée à Broadway en 1935, avec à l'affiche Leslie Howard et Humphrey Bogart. Lorsque la Warner adapte la pièce pour le cinéma, Leslie Howard exige de garder Bogart comme partenaire. Les studios obtempèrent, ne faisant qu'à moitié confiance dans le potentiel de ce comédien de second plan. Bogart crèvera l'écran, y gagnera ses galons de truand, et deviendra la star que l'on sait. Ce n'est pas un polar ? Pas si sûr... C'est un film dramatique, mais qui préfigure le Film Noir, et tient encore du « film de gangster », avec un vrai suspens, et quelques coups de flingues, il est vrai, très tardifs dans l'action.

L'histoire est celle d'Alan Squier (Leslie Howard, le blondinet Ashley d'AUTANT EN EMPORTE LE VENT) écrivain fauché, qui fait halte dans un restaurant paumé dans le désert de l'Arizona. Il s'éprend de la fille du patron, Gabrielle (Bette Davis) avec qui il partage la passion des poètes français (et oui, en plein désert, on lit du François Villon, et le film se termine par une citation du poète !). Les clients présents n'ont qu'une discussion en tête : le fameux gangster Duke Mantee (Bogart) et sa bande de tueurs traineraient dans les parages, en route pour le Mexique. Or, le restaurant qui fait aussi station-service, est le dernier point de ravitaillement avant la traversée du désert...

Voilà un film singulier. Les premières images nous font penser à un western, avec le désert d'Arizona, le restau paumé, balayé par le vent, et ce voyageur à pied qui arrive dont on ne sait où. Un type bizarre, qui pourrait préfigurer les écrivains de la beat génération, doux, romantique, sensible, et qui trouve en Gabrielle une âme-soeur. Les entendre discuter de la cathédrale de Bourges (dans un film américain de 1936) est assez inédit ! Les premières scènes tiennent de la comédie romantique, sans niaiserie, dominée par des discussions brillantes, intellectuelles. Mais le contexte social n'est pas gommé, avec un échange entre le patron du restau et un client, à propos de la corruption de l'Etat. C'est en cela que LA FORET PETRIFIEE tient du Film Noir, dans ce tissu social en ébullition, les revendications, la tentation de la violence pour régler la pauvreté et le chômage qui frappent. Le patron appartient d'ailleurs à une milice locale chargée d'épauler les autorités. Et bien sûr, la figure de Duke Mantee, qui fascine le petit peuple (le grand père de Gabrielle, qui ne cesse de répéter qu'il a connu Billy The Kid, et que celui-ci lui a même tiré dessus !) autant qu'elle effraie le bourgeois. Autre figure du Film Noir, le personnage féminin, qui s'émancipe, veut se sortir de ses conditions de vie. Il est intéressant de comparer Gabrielle et le personnage de Cora dans LE FACTEUR SONNE TOUJOURS DEUX FOIS, elle aussi dans un restaurant, poussée par les mêmes motivations, mais pas les mêmes solutions pour y arriver ! Un film qui brasse donc beaucoup de genres, de thèmes, des personnages non stéréotypés, et qui dans sa second partie condensera l'action dans la seule salle du restaurant.

L'arrivée de Bogart est un grand moment. Celui-ci adopte une position curieuse, les bras toujours pliés, la tête basse, comme un animal blessé prêt à charger, le regard noir. C'est un tueur implacable, et pourtant, il y a chez lui comme une blessure, qui le rapproche de ses otages. Comme l'écrivain, lui aussi passe sa vie sur les routes, lui aussi cherche un but, lui aussi est épris d'une femme. On le sent bestial et fragilisé à la fois. Et puis il y a ce pacte, entre lui et Alan, étrange, pervers... Alan sait que Gabrielle cherche à échapper à ce désert, partir en France, mais elle n'a pas d'argent. Il a une police d'assurance d'une valeur de 2500 dollars, et fait en sorte que cette somme revienne à Gabrielle. Pour cela il faut qu'il meure, et il s'arrange avec Duke Mantee pour que celui-ci l'abatte. Mantee est évidemment surpris par cette proposition, mais accepte volontiers. Situation de suspens assez inédite... dont je ne dévoilerai pas l'issue, mais sachez que deux versions de l'épilogue ont été filmées.

Si on peut regretter tout de même un excès de théâtralisation dans la mise en scène (la fusillade finale n'est pas filmée mais racontée par une discussion téléphonique), on est séduit par contre par l'interprétation. Bette Davis est cent coudées au-dessus de ses consoeurs, elle apporte beaucoup d'intelligence, de sensibilité, d'épaisseur à son personnage, et ses joutes verbales avec Leslie Howard valent le détour. Si l'action peine à démarrer (pour ceux qui attendaient un polar classique) c'est justement pour laisser ces personnages évoluer, que les spectateurs les adoptent, les comprennent. Même constat avec Boze, pompiste, rustre, amoureux éperdu de Gabrielle, et qui se révèlera un personnage plus fin qu'il n'y parait. Les échanges entre Howard et Bogart sont tout aussi intéressants, sous tension, surtout que le spectateur est au courant du deal entre les deux hommes, mais que Gabrielle l'ignore. Bogart est comme un fauve en cage, à bout de souffle, à bout de nerf, et sa composition est mémorable.

LA FORET PETRIFIEE a été réalisé par Archie Mayo, que je ne connaissais pas. Le scénariste du film est beaucoup plus célèbre : Delmer Daves. Il est l'auteur de ELLE ET LUI réalisé par Léo McCarey (la référence en matière de comédie romantique), et futur réalisateur de 3H10 POUR YUMA, LES PASSAGERS DE LA NUIT, LA FLECHE BRISEE. LA FORET reçu un accueil triomphale, tant critique que public. Ne vous attendez pas à SCARFACE, L'ENFER EST A LUI ou HIGH SIERRA, vous serez effectivement déçus. Mais c'est un bon film, qui sort de l'ordinaire, qui explore une autre facette, plus mélodramatique du Film Noir.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (4) | Permalien | Remarque la plus récente : Aug 31, 2015 2:40 PM MEST


Hadewijch
Hadewijch
DVD ~ Julie Sokolowski
Proposé par plusdecinema
Prix : EUR 14,98

5 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 BRUNO DUMONT NE FAIT RIEN COMME LES AUTRES... TANT MIEUX !, 26 janvier 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : Hadewijch (DVD)
Bruno Dumont a réalisé cinq longs métrages, en douze ans, presque tous couronnés de prix, dont deux prix du jury au festival de Cannes pour L'HUMANITE (1999) et FLANDRES (2006). Parmi la nouvelle génération de cinéaste français, il est assurément un des plus radicaux. Ses films ne sont pas des plus aisés, mais si on s'en donne la peine, ce sont des grands moments de cinéma.

HADEWIJCH raconte l'histoire d'une jeune femme, Céline, qui se prépare à prononcer ces voeux. Devant l'excès de passion qu'elle met dans son amour du christ (jeûne forcé, résistance au froid) la mère supérieure la renvoie à la vie civile. Elle réintègre l'appartement fastueux de son père diplomate, sur l'Ile St Louis à Paris, et rencontre Yassine, un jeune beur, qui la présentera à son grand frère Nassir, qui donne des cours de théologie musulmane dans une cité.

Ce film est une sorte de parcours initiatique, mais à l'envers ! Céline passe par trois phases dans le film. Le christianisme extatique, où seul Dieu a le droit de la regarder, puis une conversation à l'Islam le plus radical, avant un retour aux plaisirs terrestres. A force de vouloir trouver Dieu, elle trouvera les hommes. On pourrait dans un premier temps trouver un peu grossier de tels raccourcis, exprimer des réserves sur certains aspects caricaturaux (le jeune banlieusard voleur de scooter, ou les manipulations intellectuelles de Nassir, recruteur pour les barbus), sauf que le propos de Bruno Dumont ne se situe pas ici. Ce film ne prétend pas dépeindre une réalité sociale, un instantanée sur la vie des beurs de banlieue opposé aux aristos du 1er arrondissement. Il s'agit davantage de montrer la recherche de l'Amour absolu, pur, inaccessible, selon la définition que s'en fait Céline, et son parcours pour l'atteindre. D'ailleurs le réalisateur ne donne pas le mode d'emploi pour comprendre son film, il laisse le spectateur face à ses images.

Et quelles images ! Bruno Dumont fait partie de ces réalisateurs qui donnent du sens aux images. Au cinéma, une image peut être purement descriptive, informative. Si on filme un paysage, l'image peut tout simplement indiquer dans quelle région on se trouve, s'il fait beau, où se situe la maison de machin par rapport à une route... Mais l'image peut aussi servir à traduire l'état psychologique d'un personnage (dans les films muets, un type contrarié, et hop, un plan sur un orage, annonciateur de colère) ou encore transmettre au spectateur un sentiment, une émotion. Un paysage ensoleillé, brumeux, un ciel lourd, des arbres battus par le vent, autant de situations qui toucheront le spectateur différemment. Et à condition aussi de laisser le temps agir, et diffuser le sentiment. Tout cela ne s'obtient pas avec des plans de quatre secondes hachés au montage. Et cela ne signifie pas pour autant que le film doit être long, ou ennuyeux. C'est dans cette veine que s'inscrit Bruno Dumont, qui par un cadrage, des couleurs, une longueur de plan, parviendra à mettre le spectateur dans un certain état. Plans des quais de Seine, de barres bétonnées des cités, de campagne... La mise en scène de Dumont est d'une précision diabolique, tout est pensé et réfléchi. Tout est à l'économie. On a souvent cité Robert Bresson à propos des films de Dumont. Dans un bar, Céline est apostrophée par trois types qui l'invitent à boire un coup. Les quatre personnages discutent, mais Dumont n'en cadre que deux. On se dit : c'est dingue ça ! Pourquoi il ne montre pas les deux autres types qui parlent ? Parce qu'il n'en a pas besoin. L'intérêt n'est pas là, mais d'isoler dans le groupe, Céline et Yassine, que l'intrigue rapprochera ensuite. La scène dans la cuisine, chez Nassir, filmée avec un travelling avant extrémement lent, est d'une pudeur et d'une beauté grandiose. Yassine est maladroit, dépassé, idiot (comme avec la bravade du vol de scooter) face à ce que lui offre Céline.

La « conversion » de Céline à l'Islam est une phase passionnante du film, un crescendo de tension, (ils arrivent dans un pays arabe alors que vient d'avoir lieu un attentat) lorsqu'on se rend compte de la manipulation dont elle est victime. Là, c'est par le texte que Céline explique que « votre dieu m'a mené jusqu'à vous, et je suis prête ». Prête à quoi ? On présage du pire. Plus tard, encore ces plans fixes, de Céline et Nassir dans un métro, muets, le spectateur ayant le temps de se rendre compte du désastre qui s'annonce. Dumont enchaîne avec un plan de Paris, très large, silencieux, court, puis l'explosion, et l'écran se remplit de fumée grise, et ça vous noue les tripes. Et ce, sans recours à aucun artifice psychologique ou sentimental (vous savez, le coup de la maman qui passe avec un landau, les gamins qui courent après un ballon, madame qui dit à son mari « à demain »...) mais uniquement par la juxtaposition de plans de cinéma, agencés, réfléchis. Personnellement, j'adhère totalement à ce type de cinéma, dont le maître étalon reste 2OO1 L'ODYSSEE DE L'ESPACE, un cinéma que l'on dit souvent contemplatif. Le film n'est pas le vecteur de l'émotion, il est lui-même, dans sa forme, l'émotion. On retrouve ses caractéristiques chez les frères Larrieu Les derniers jours du monde. Il suffira d'une image à Dumont pour graver son épilogue, Céline dans les bras d'un homme, un vrai, fait de chair et de sang, dernière station de son chemin de croix, revenue des passions spirituelles qui l'avaient menées au pire.

Comme d'habitude, Bruno Dumont emploie des comédiens amateurs. Julie Sokolowski dans le rôle de Céline est tout simplement admirable de justesse et de sensibilité. HADEWIJCH n'est certes pas un film facile (mais le plus abordable de Dumont), mais c'est un film étonnant, qui charrie de nombreux thèmes de réflexion, un objet filmique original, autant cérébral (par son fond) que viscéral (par sa forme).
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (5) | Permalien | Remarque la plus récente : Jan 28, 2011 11:25 PM CET


Un couteau dans l'eau [inclus 1 livret de 8 pages]
Un couteau dans l'eau [inclus 1 livret de 8 pages]
DVD ~ Leon Niemczyk
Proposé par generationcine
Prix : EUR 8,00

13 internautes sur 16 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 PINCE-MI ET PINCE-MOI SONT SUR UN BATEAU..., 18 janvier 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : Un couteau dans l'eau [inclus 1 livret de 8 pages] (DVD)
Il y a presque un demi-siècle entre la réalisation d'UN COUTEAU DANS L'EAU (1962) et GHOST WRITER (2010). Et on y retrouve le même thème : l'enfermement. Dans son dernier film, Polanski met en scène un trio de personnages reclus dans une villa fouettée dans le vent, au bord de la mer. Dans son premier long métrage, trois personnages tenus de cohabiter sur un petit voilier, sur les lacs de la Mazurie.

Au départ de cette histoire, il y a un couple, Andrzej (journaliste sportif) et Krystyna, qui se rendent en voiture jusqu'à la région des lacs, pour un week-end en bateau. Ils manquent de percuter un auto-stoppeur. Ils le prennent avec eux. L'étudiant les aidera même à porter leurs affaires jusqu'au bateau, et avant de larguer les amarres, Andrzej propose au jeune homme de se joindre à eux pour la ballade...

UN COUTEAU DANS L'EAU est donc le premier long métrage de Roman Polanski, après une série de huit courts métrages très remarqués. Un film tourné en Pologne, le seul, avant LE PIANISTE. Polanski y met en scène un huit clos, entre un couple marié, et un jeune étudiant, et y règle déjà ses comptes avec le modèle de société socialiste, proposé alors en Pologne. Andrzej est un parvenu, et représente la classe moyenne, aisée, arrogante, qui a vite oublié les préceptes socialistes. Andrzej est très fier de montrer au jeune étudiant comment il a réussi. D'abord, posséder un voilier, pouvoir prendre un week end, et puis tous ces petits détails, ces éléments de la vie quotidienne, comme les ustensiles de cuisine, un tire-bouchon, et cette poignée de casserole amovible, un gadget ridicule selon le jeune homme, et qui sera le motif du premier affrontement entre les deux hommes. Car Andrzej est bien décidé à montrer qui est le maître. D'ailleurs, n'est-ce pas pour humilier le jeune homme qu'il l'invite à son bord ? Andrzej fait preuve d'une autorité sur-jouée, y compris avec sa femme, qu'il envoie écoper la cale. Il met aussi le jeune homme à l'épreuve, lui demandant de manier le bateau, sans cesse il lui fait mesurer l'écart qui les distingue, le savoir et la réussite de l'un, face à l'ignorance de l'autre. L'étudiant avouera d'ailleurs qu'il ne sait même pas nager...

Pour seule possession, l'étudiant possède un couteau. Un cran d'arrêt. Polanski met le couteau au centre de son récit, par une mise en scène très intelligente. Ce couteau représente deux choses : la menace, le duel, la violence, qui semble pouvoir éclater au moindre moment. Mais le couteau, avec sa lame qui jaillit par devant (on la rentre, on la sort, on la rentre, on la sort...) est aussi un symbole phallique de fort belles proportions ! Car il est aussi question de cela dans ce film. La domination sexuelle est aussi au centre de cette histoire, Andrzej provoquant le désir chez l'étudiant, désir envers sa femme, tout en lui montrant qu'il est le seul à pouvoir la posséder. Les allusions sont légions, comme lorsque Andrzej souffle dans une bouée en forme de crocodile, tenue à hauteur de son maillot de bain. Il y a la proximité des lieux, lorsqu'on se change, et les regards entre Krystyna et l'étudiant, lorsqu'ils se récitent des poèmes alors qu'Andrzej écoute une retransmission sportive à la radio. Autant de scènes qui rappellent PLEIN SOLEIL où Delon et Ronet se disputaient la belle Marie Laforêt. Bien sûr, la tension ira crescendo, l'autorité et la virilité d'Andrzej seront mises à rude épreuve, mais je m'en voudrais de vous dévoiler la suite de l'intrigue...

Polanski, avec les moyens du bord (sic !) réalise un film en tous points remarquable. On le sait, Polanski est un grand styliste, un grand narrateur, un grand manipulateur ! Les cadrages sont d'une précision diabolique (hitchcockienne pourrions-nous dire), des angles de vues originaux quand on sait que le plateau n'est qu'un voilier de 8 mètres. Chaque image apporte son idée, son intention, son danger, et ses sous-entendus. Le tout filmé en focale courte, avec des gros plans de visages en amorce, qui renforce cette idée d'oposition, et me rappelle parfois le style de Satyajit Ray (cinéaste indien). UN COUTEAU DANS L'EAU est un thriller psychologique, mais sans scène de bravoure. Tout y est subtil, diffus. Polanski joue sur les petits riens. Précisions aussi qu'en Pologne en 1962, il fallait faire attention à ce que l'on filmait (le film fut d'ailleurs descendu en flamme, mais fera un triomphe en Europe). Plus que de l'angoisse, comme dans ses réalisations futures, Polanski distille un sentiment de menace. Andrzej offre sa position de bourgeois, et le corps de sa femme en pâture à un jeune homme en marge, croyant qu'il contrôlera la situation, et en sortira grandi. Rien n'est moins sûr. Le colosse s'érode (pardon...). La fin nous laisse sur un sentiment amer, de dégoût profond. Pas sûr qu'aucun des trois personnages ne fasse bonne figure à la fin du récit. Déjà Polanski avait peu de foi dans le genre humain.

Jolanta Umecka interprète Krystyna. Au départ, dans la voiture, avec une monture de lunettes effrayante, son potentiel sexuel est proche du zéro ! Et Polanski va faire évoluer son personnage, insidieusement, plus souriante, en maillot, les cheveux détachés, et même nue, dans une courte scène, jusqu'à ce qu'elle devienne le véritable enjeu sexuel de ce combat de coqs. Malmenée par Andrzej, elle trouvera le moyen de se venger de son arrogance. Leon Niemczyk joue le rôle d'Andrzej, avec des faux airs de Michel Vitold, cet acteur de théâtre français qui a aussi écumé toutes les séries de l'ORTF ! Et Zygmunt Malanowicz interprète le jeune étudiant. Ils sont tous les trois remarquables, et participent à la réussite de ce film, où, comme dans GHOST WRITER, il est question de manipulation intellectuelle, de domination d'un monde sur un autre, et d'épilogue ambiguë.

Noir et blanc - format 1:37 - 1h35
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (4) | Permalien | Remarque la plus récente : Jul 20, 2011 9:26 AM MEST


L'ennemi public
L'ennemi public
DVD ~ James Cagney
Proposé par cinebox
Prix : EUR 7,88

7 internautes sur 8 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 UN DES DEUX OU TROIS PILIERS DU GENRE QUI DONNERA NAISSANCE AU FILM NOIR, 5 janvier 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'ennemi public (DVD)
Le genre FILM NOIR se divise de différents sous-genres, comme le film de détective, le film de prison, ou le film de procès. Mais il tient son origine dans un genre bien particulier : le film de gangsters. Ce type de films fleurit dès la fin des années 20, et se nourrit de l'actualité : pauvreté, violence urbaine, et la Prohibition (loi anti alcool, votée en 1919). Dès lors, les metteurs en scène peuvent s'engager sur un terrain plus réaliste, plus social, en décrivant les styles de vies de leurs contemporains, mais aussi la corruption des institutions, et les spectateurs, eux, sont ravis de voir à l'écran des gangsters devenir les héros des histoires qu'on leur raconte. Ces nouveaux héros, ces bad guys, deviennent des personnages emblématiques, ce qui posera quelques soucis de censure par la suite, et amènera les producteurs à recentrer leurs films non plus sur le méchant, mais sur le gentil, qu'il soit flic, journaliste, avocat ou détective.

A Hollywood, le studio WARNER BROS s'est fait une réputation dans les films de gangsters ultra-réalistes. L'un des premiers et des plus célèbres aujourd'hui, est L'ENNEMI PULIC, que tourne William Wellman en 1931. Le schéma scénaristique sera repris des milliers de fois : ascension et chute d'un caïd. En l'occurrence, Tom Powers (= pouvoir !) que l'on suit dès l'âge de 10 ou 11 ans, qui erre dans les rues avec son ami Matt, vivent de menus larcins, avant d'être pris sous l'aile de Puty Nose, un obscur caïd de quartier. Après un casse manqué, et lâché par leur mentor, Tom et Matt refont surface quelques années plus tard, travaillent pour Paddy Ryan dans le trafic d'alcool, et gravissent les échelons de la hiérarchie de la pègre...

A l'origine, c'est Edward Woods qui devait interpréter le rôle de Tom, et un certain James Cagney devait lui donner la réplique dans le rôle de Matt. Mais la même année, Cagney tourne LE MILLIONNAIRE de John C. Adolfi et explose dans un second rôle. La production décide donc de le mettre en vedette, et le casting est inversé. A Cagney de jouer le personnage de Tom Powers, ce qui en fit une véritable star. Cagney surpasse toute la distribution, par sa présence, son regard de fou, son sourire carnassier, ses cheveux en bataille. Il campe un personnage violent, insensible à la pitié, et sa composition va très loin, jusqu'à écraser sur le visage de sa partenaire un demi pamplemousse, sans que l'on sache vraiment si cela était écrit dans le script ! Une scène hallucinante, comme celle où Tom apprend que son chef est mort dans un accident de cheval : il se rend à l'écurie, et abat le canasson ! Autre caractéristique de Cagney, son débit de parole ultra-rapide, auquel on était peu habitué trois ans après l'avènement du cinéma parlant. Face à lui, Leslie Fenton, qui interprète brillamment Nails Nathan, un caïd dandy, qui nous rappelle le jeu d'Adolphe Menjou. Et Jean Harlow, déjà très célèbre grâce à HELL'S ANGELS l'année précédente, mais donc la prestation est assez secondaire. Crime de lèse-majesté (pardon aux fans!) mais la blonde platinée à l'air plutôt godiche, les épaules voutées, la démarche trainante, et un ton très théâtrale un peu faux, sauf dans une scène, où assise sur les genoux de Cagney, elle lui dit que lui est différent des autres hommes, car il n'est ni gentil, ni drôle, ni aimable, ni prévenant, et c'est pour cela qu'elle l'aimera toujours ! Je lui préfère l'actrice qui joue le rôle de madame Ryan, moins sophistiquée, mais plus belle et sulfureuse lorsqu'elle profite d'une cuite de Cagney pour coucher avec lui.

William Wellman mène son récit de main de maître, sans fioriture. Mais il laisse les exécutions hors champs. La dernière scène de règlement de compte est un sommet, filmée de l'extérieur, depuis la rue, avec dans la bande-son des coups de feu, des hurlements et gémissements effrayants. Wellman trouve des angles de vue spectaculaires, des cadrages d'une précision millimétrée, des mouvements de caméra étudiés, des plans larges hallucinants. Ce film enfile un nombre incalculable de scènes inoubliables, comme le casse dans l'entrepôt de fourrures, l'assassinat de Puty Nose, la vengeance finale, Cagney sous une pluie diluvienne, et bien sûr, cette image cauchemardesque de Cagney, le visage bandé, ficelé sur une planche, s'écrasant sur le sol, au pied de son frère ainé.

L'ENNEMI PUBLIC est le prototype du film de gangsters, à l'instar de SCARFACE (Howard Hawks, 1932), et de LITTLE CAESAR (Mervyn LeRoy, 1930, avec Edward G. Robinson) un succès foudroyant, sans concession, dont l'influence sur les maîtres du polar des années 70's est évidente. Un carton pré-générique nous indique qu'il s'inspire de faits réels, et ne fait que décrire la violence des rues. Vingt ans plus tard, un nouveau carton indiquera que les personnages du film sont des voyous, qu'il ne faut pas les glorifier, et que la production décline toute responsabilité d'influence sur le jeune public ! C'est dire la frilosité des studios dans les années 50, par rapport aux années 30 ! James Cagney, entre deux comédies, continuera à interpréter d'autres rôles de ce type, notamment dans LES FANTASTIQUES ANNEES VINGT (1939) et L'ENFER EST A LUI (1949), deux réalisations de Raoul Walsh.

Un classique incontournable, d'une efficacité que les années n'ont pas émoussée.

Format 1:37 - 85 minutes - noir et blanc.
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Peter Ibbetson [Édition Collector]
Peter Ibbetson [Édition Collector]
DVD ~ Ann Harding
Proposé par AAWATA59
Prix : EUR 12,50

10 internautes sur 13 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 I HAD A DREAM..., 23 décembre 2010
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PETER IBBESTON est réalisé en 1935 par Henry Hathaway, d'après le premier roman de George du Maurier (le grand père de Daphnée du Maurier). Ce film est considéré aujourd'hui comme un des plus grands films de cette période, un film onirique, romantique.

L'histoire commence à Paris, au XIXème siècle. Peter et Mary, deux enfants, sont voisins. Ils s'adorent, passent leurs journées à jouer et se disputer. Lorsque la mère de Peter meurt, celui-ci est emmené de force à Londres par un parent éloigné, dans le but d'en faire un gentleman. La séparation entre les enfants est une déchirure indélébile pour Peter. 20 ans plus tard, il est devenu un brillant architecte, et son patron l'envoie auprès de la duchesse de Towers, pour y bâtir de nouvelles écuries. Peter et la duchesse constatent qu'ils ont des pensées en commun, et plus étrange encore, des mêmes rêves, qui remontent à des souvenirs d'enfance...

On l'aura deviné très vite : la duchesse de Towers et Mary (l'amour d'enfance de Peter) ne font qu'une et même personne. Leur liaison déplait fortement au mari de la duchesse, et après une série d'évènements (que je tairais), les amants se retrouvent séparés. Pour se retrouver, ils n'ont qu'une solution : rêver l'un de l'autre. Ce postulat de départ est assez ingénieux, romantique à souhait. Et c'est en cela que PETER IBBESTON sera porté en triomphe par les surréalistes français (Breton, Eluard, Triolet...) qui virent dans cette histoire l'application de leurs théorie, le triomphe du rêve sur la réalité. Comment mettre en scène un tel scénario ? C'est là qu'Henri Hathaway, cinéaste carré, prend tout le monde à contrepied. Son film ne sera pas onirique en termes d'image. Les scènes réelles et fantasmées seront traitées de la même manière. La mise en scène est sobre, colle au récit. La photo est superbe, une profondeur de champs sublime, des nuances de gris infinies. Mais le ton sera sec, aucun élan romantique entre les amants, qui ne doivent échanger qu'un baiser en 1h30, aucune envolée lyrique sur fond de violons pleurnichards. Hathaway détestait le sentimental, et n'aimait pas s'appesantir sur les effets dramatiques. Les première scènes avec les enfants sont admirables, la mort de la mère est un moment poignant et particulièrement pudique : un fauteuil roulant, vide, une couverture tombée à terre, et à l'arrière-plan, dans un reflet de miroir, une religieuse en train de prier près d'un lit. Bien sûr, Hathaway joue constamment sur l'idée de séparation, filmant des portes, des murs, des grilles, qui isolent les personnages. Un film sur la nostalgie de l'enfance aussi. Lorsque Peter adulte part s'encanailler à Paris, et flirte avec une employée de musée, il l'emmène visiter la maison dans laquelle il a grandi, et cherche à retrouver une trace de celle qu'il a aimé jadis. Et ce, alors qu'il est accompagné par une fille dont il pourrait faire un tout autre usage que de jouer à la poupée... surtout que la fille en question est interprétée par Ida Lupino, une véritable bombe !

Mais Peter n'a qu'un coeur, et il appartient à cette jeune Mary. Un amour unique, total, complet, qui s'il est contrarié dans sa vie réelle, sera transcendé dans sa vie rêvée. Pour interpréter Peter, on retrouve un Gary Cooper particulièrement séduisant. Ces premières scènes sont à mon sens ratées, mais il parvient ensuite à insuffler à son personnage un réel sens tragique et romantique. J'ai toujours eu un problème avec la voix de Cooper, qui ne colle pas à son physique, ce ton monocorde, haché, qui sonne généralement faux. C'est davantage par le regard que Cooper fait passer ses sentiments. Il était déjà une grande vedette, de film d'action, de comédie (Lubitsch), et c'est lui qui imposa Hathaway au studio, avec lequel il venait de tourner LES TROIS LANCIERS DU BENGALE. Il retrouvera Hathaway avec AMES A LA MER et LE JARDIN DU DIABLE. Face à Gary Cooper, Ann Harding joue la duchesse. Là encore, Hathaway prend le contre-pied en choisissant une actrice au potentiel érotique assez faible, et affublée d'une coiffure tartignole. Excellente comédienne, Ann Harding crée un personnage très froid, hautain, vêtue de noir au début (puis de blanc par la suite...), qui refoule ses sentiments, et s'interroge sur ce jeune architecte prétentieux et impertinent. La scène du repas avec le mari est formidable, ce dernier glissant entre deux questions anodines sur les travaux de ses écuries : « et depuis quand êtes-vous amoureux de ma femme ? ».

PETER IBBESTON est assurément un film original, un sujet en or pour un réalisateur qui aimait relever des défis : tourner les films que les autres avaient refusés ! Hathaway était un homme fin, intellectuel, et cela se ressent dans son film, plus cérébral qu'organique. Je ne le considère pas comme un chef d'aeuvre. Autant la première partie est formidable, rythmée, autant la seconde partie du récit, l'amour en rêve, peut laisser un peu froid, et sur sa faim. Il y a une rupture de ton indéniable entre les deux parties du film. Le défi artistique est réussi, les images sont admirablement composées, mais ce refus d'Hathaway à céder aux ficelles du romantique, de l'onirisme, va sans doute un peu trop loin. le film manque sans doute d'humour aussi. A vrai dire, Peter et Mary ne nous sont pas franchement sympathiques. le problème vient sans doute de là ! Je venais de visionner juste avant VAMPYR de Dreyer (1932, quel chef d'oeuvre !) dans lequel on retrouve aussi, mais dans un autre contexte, des scènes rêvées et fantastiques, dont la beauté absolue et l'ingéniosité donnent la chair de poule. PETER IBBESTON pourrait être rapproché de L'AVENTURE DE MADAME MUIR, autre récit d'amour irréel, tourné par un autre grand intellectuel, Joseph Mankiewicz, mais qui avait devant sa caméra la divine Gene Tierney, ou PANDORA d'Albert Lewin, et qui lui filmait la sulfureuse Ava Gardner... Deux actrices qui ne peuvent laisser indiférent...

Format 1:37, 1h30, noir et blanc, VOST.
2 disques, film et compléments (portrait du réalisateur et présentation du film par un Bertrand Tavernier toujours enthousiaste !). Très bonne qualité d'image.
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Le Syndrome de Fritz
Le Syndrome de Fritz
par Dmitri Bortnikov
Edition : Broché
Prix : EUR 18,25

2 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 LE SYNDROME DE FRITZ : LE CHOC DE CETTE RENTREE LITTERAIRE, 10 décembre 2010
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Né à Samara en 1968, Dmitri Bortnikov est l'une des voix les plus talentueuses de la littérature russe contemporaine. Ajoutant à ses talents de romancier, ceux de biographe de l'étrange, son dernier ouvrage comblera de joie les internautes que nous sommes, pour mieux appréhender un des nôtres.

Enfin ! Un auteur digne de ce nom se penche sur le cas de notre ami Fritz, la dualité incarnée, le Jekyll et Hyde amazonien, dont les chroniques érudites fleurissent depuis des mois ça et là sur ce site. Notre compagnon de route, expert es-cinéma (entre autres talents, car je suis sûr qu'il réussit à merveille les tartes aux pommes) déverse avec la même maestria des commentaires fouillés sur LE SADIQUE DOCTEUR VON KLAUS, LE CROQUE-MORT S'AMUSE, LES VICES ETRANGES DE MISS WARDH, TON VICE EST UNE CHAMBRE CLOSE DONT MOI SEUL AI LA CLE, que sur FILM SOCIALISTE de Jean Luc Godard, LE SILENCE DE LA MER de Melville, MAIN BASSE SUR LA VILLE de Francesco Rosi. A ce point là, ce n'est plus de la gymnastique, cela relève de l'écartèlement ! Fritz se meurt d'amour pour les courbes pulpeuses d'une Edwige Fenech, autant que pour les volutes aériennes du saxophoniste Pharoah Sanders, ou les riffs funky d'un George Clinton, quand ce n'est pas pour les vrombissements diaboliques de la basse de Lemmy dans le KISS OF DEATH de MOTORHEAD. Cet homme-là est une énigme, à l'image de son pseudonyme schizophrénien, mais un atout de première classe pour les internautes avides de découvertes.

LE SYNDROME DE FRITZ est un ouvrage remarquable, qui comblera vos lacunes sur ce personnage, donnera les clés d'un univers torturé, aidera à comprendre sa fascination pour les brunes 95C découpées en rondelle par quelques maniaques du ciseau à bois, autant que pour les travellings insensés d'un Samuel Fuller de 1957. Indispensable.
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The Weather Man
The Weather Man
DVD ~ Nicolas Cage
Proposé par cinebox
Prix : EUR 10,80

4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 LE DESESPOIR DES UNS EST JUBILATOIRE POUR LES AUTRES !, 8 décembre 2010
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Gore Verbinski, avant de connaître le succès avec deux épisodes de PIRATES DES CARAIBES, s'était illustré dans la grosse production musclée, avec LE MEXICAIN (une daube) et un remake de THE RING, fable horrifique. En 2005 il sort ce petit film, THE WEATHER MAN avec à l'affiche les excellents Nicolas Cage et Michael Caine. Les autres commentateurs font la comparaison avec AMERICAN BEAUTY, et je leur donne raison, avec cependant une différence de taille. Le film de Sam Mendès a cumulé de par le monde les récompenses, dont 5 oscars. Le film de Gore Verbinski, lui, a fait un flop total, la recette mondiale engrangée étant inférieure au budget du film, ce qui à Hollywood est considéré comme un crime. Verbinski aurait dû logiquement être passé par les armes...

L'histoire est celle de David Spritz (Nicolas Cage) obscur présentateur météo sur une chaine locale de Chicago, qui voit sa vie partir en vrille. Ce type accumule toutes les déconvenues. Il se prend dans la tronche des verres de soda, des hamburgers, lancés par des téléspectateurs qui le reconnaissent dans la rue, mécontent du temps qu'il fait ! Il est divorcé, mais s'accroche à l'espoir de reconquérir sa femme (merveilleuse scène de la thérapie !). Sa fille de 13 ans, disgracieuse, est la risée de l'école (je vous laisse découvrir la signification de son surnom « pied de chameau »...), son fils de 15 ans hérite d'un tuteur pédophile, et son père se meurt d'un cancer... n'en jetez plus ! Tout ce que Spritz entreprend est un foirage total. On retiendra le discours qu'il tente de faire en hommage à son père, devant un micro, victime d'une panne de courant dès la seconde phrase... Cette malchance confine au grand art !

La réussite du film tient dans le ton. Gore Verbinski ne s'apitoie pas sur son héros. Il l'accompagne, le supporte, il l'aime, il le défend. Le spectateur est du côté du héros. On aimerait que ça marche, car David Spritz fait tout pour ça. Et puis plusieurs scènes sont empruntes d'irréalité, d'étrangeté, voire d'angoisse. Comme celle-ci : Spritz fait du tir à l'arc. Il envoie ses flèches dans un arbre, dans le jardin de son père, quand le second mari de son ex-femme sort fumer une cigarette. Et se retrouve dans la ligne de mire. Envie de meurtre. Spritz bande son arc, vise le type, sans se rendre compte que 10 témoins sont là, dont son père. Et il passe encore pour un déséquilibré. Scène à la fois drôle, pathétique, mais finalement tragique. Ce qui est terrible dans ce film, c'est le regard que portent les autres personnages sur David. Il y a aussi cette scène dans un hôtel de New York, où David se saoule, et voit passer devant sa fenêtre du 20ème étage un Bob l'Eponge géant... Les images de ce film sont remarquablement façonnées, parfaitement cadrées, avec un travail superbe du directeur photo, qui nous offre des plans magnifiques sous la neige, dans la brume.

THE WEATHER MAN est un joli film, une comédie dramatique désenchantée, centrée autour du doute, de l'hésitation, de la défaite, de l'échec, de la remise en cause. Des valeurs généralement rejetées dans le cinéma hollywoodien, ce qui explique pourquoi les spectateurs se sont détournés de ce film. Nicolas Cage traine son regard de chien battu avec talent, Michael Caine est fidèle à lui-même, et on notera dans le rôle du fils, l'acteur Nicolhas Hoult, vu dans SIMPLE MAN et le série SKIN. Et on sera ravi d'entendre dans la bande son le titre « Like a roc » de Bob Seger, au court d'une scène poignante entre David et son père.
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Les Daleks envahissent la Terre
Les Daleks envahissent la Terre
DVD ~ Peter Cushing

7 internautes sur 8 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 ON FREMIT DEVANT LES DALEKS... DE RIRE OU DE PEUR, MAIS ON FREMIT !, 22 novembre 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les Daleks envahissent la Terre (DVD)
LES DALEKS ENVAHISSENT LA TERRE est un film réalisé en 1966 par Gordon Flemyng, qui fait suite au DR WHO CONTRE LES DALEKS (1965), et qui s'inspire d'une série TV à succès : DOCTOR WHO. Cette série est une des plus anciennes et des plus célèbres de la télévision anglaise. Elle est diffusée à partir de 1963, jusqu'en 1989, et on ne compte plus les produits dérivés : bandes dessinées, livres, téléfilm, et métrages de cinéma. Le héros en est donc le Docteur Who, qui voyage dans le temps grâce à un vaisseau de son invention, vaisseau qui de l'extérieur ressemble à une cabine téléphonique ! Le film de Flemyng s'éloigne de la série, opérant plusieurs changements de script, mais les ennemis du bon Doc restent les Daleks.

L'action se déroule en 2150, dans un Londres en ruine. Un policier, Campbell, rencontre par hasard le Docteur Who, sa nièce et sa petite fille, et ensemble se joignent à un noyau de résistants aux prises avec les Daleks. Ces envahisseurs venus d'un autre monde réduisent les humains en esclavage, et les envoient travailler dans une mystérieuse mine... Quel est l'ignoble projet des Daleks, et comment le contrecarrer ? Brrrrrr...

Voilà un aimable divertissement, tout à fait honorable, auquel on s'accroche dès les premières minutes. D'abord parce que le spectateur avisé reconnaîtra sous sa perruque blanche l'acteur Peter Cushing, star de la Hammer, société de production britannique spécialisée dans l'horreur, la SF et le drame gothique. Ensuite parce qu'on reste subjugué par ces extraterrestres, qui prennent la forme d'une grosse boite de conserve à roulettes (y'a des gamins dedans qui pédalent ?) crachent de la fumée mortelle, et parlent avec des voix aussi débiles qu'irritantes. Mais surtout, parce qu'au bout de 15 minutes, on oublie très vite l'aspect très kitsh des décors, pour ne retenir que la vivacité de la mise en scène, et les rebondissements qui émaillent l'intrigue (le message derrière la porte, les deux harpies dans les bois, le contrebandier...). Gordon Flemyng rate à peu près toutes les scènes de comédie, les rares gags tombent à plat, faute à des comédiens qui sur jouent leurs effets (il fallait au cinéma que le film attire tous les publics, contrairement à la série plutôt réservée aux adultes). Mais le scénario est bien foutu. Les résistants sont acculés, doivent se séparaient par petits groupes (ah, le sacrifice du chef paraplégique !) sans nouvelle les uns des autres. Ce sont donc trois intrigues qui se développent, avec poursuites, coups de feu et trahisons à gogo, jusqu'à la grande scène finale, dans la mine et la soucoupe-mère des Daleks. Les morceaux de bravoure et actes héroïques se multiplient. Le plan des Daleks est ahurissant (j'vous dis, j'vous dis pas ?) mais pas autant que la réplique du Docteur Who, qui parvient à dévier la trajectoire d'une bombe atomique de 400 tonnes avec trois planches de bois vermoulues ! Du grand art !

Qu'importe la pauvreté des effets spéciaux, qu'importent les décors en carton et les Daleks à roulettes. D'ailleurs, vous remarquerez que les Daleks n'ont qu'un bras, même pas articulé, avec une ventouse au bout (comme pour déboucher les tuyauteries!) mais tous les tableaux de bords sont équipés de volants et de manettes que seule une main "humaine" peut logiquement manoeuvrer ! Exemple d'une des nombreuses invraisemblances de la chose ! Qu'importe l'interprétation très approximative des (nombreux) seconds rôles. Car ce film se suit jusqu'au bout avec plaisir, un plaisir presque enfantin, qu'il faut déconnecter de toutes références. Il s'y passe 10 fois plus de choses en 10 minutes, que dans 2h40 d'AVATAR et sa 3D rutilante. Du cinoche bricolé avec trois clous et deux bombes fumigènes, certes, mais dans le genre, on ne fait pas mieux !

Ca dure 1h20, et c'est en scope couleur.
Les enfants de 7 ans peuvent même trouver cela génial !
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