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Contenu rédigé par M. Cyrille
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Commentaires écrits par
M. Cyrille
(MEMBRE DU CLUB DES TESTEURS)    (VRAI NOM)   

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Trashed
Trashed
par Derf Backderf
Edition : Album
Prix : EUR 22,00

4.0 étoiles sur 5 Beat It Generation, 16 avril 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Trashed (Album)
Trashed est la nouvelle œuvre complète (ou roman graphique) de Derf Backderf après Punk Rock & Mobile Homes et Mon ami Dahmer.

Prologue

Après avoir relaté ses années de lycée au côté du futur tueur en série Jeff Dahmer, John Derf Backderf est revenu sur une de ses jeunes années. C’est Trashed, une bd autobiographique faite au début de sa carrière, complètement revue dans une nouvelle version étendue. Et au lieu d’en refaire une histoire vraie, Derf Backderf l’augmente pour en faire un roman graphique situé à notre époque et non au début des années 80, avec des personnages inspirés de personnes réelles, à commencer par le narrateur lui-même.

De quoi parle Trashed ? Du métier d’éboueur aux Etat-Unis, et de tous les corollaires qui peuvent en découler. Trashed est découpé en plusieurs parties, qui sont autant les actes d’une tragédie complète que de sujets possibles. Elle commence avec trois planches sur l’histoire de la gestion des déchets par les hommes depuis la création de la civilisation, enchaîne sur un prologue, enquille quatre saisons de camions-poubelles et se conclut avec un épilogue.

Eté

Il fait trop chaud, dès le matin, dès l’aube.
La journée passera encore trop lentement, pleine de sueur,
De collègues immoraux ou idiots,
Toujours prêts à compliquer l’horreur,
Tandis que la pause déjeuner, elle, n’aura plus jamais de saveur.
Le monde est une immense daube.

Jets de déchets, pressage de couches, puanteurs presque matérielles
Montagnes de crottes de chiens trempées,
Electro-ménager du siècle dernier et pièces détachées,
Tout ça est supportable quand, avant le dîner industriel,
Il faut vider les restes d’une famille expulsée.

Meubles trop lourds, fauteuils trop luxueux,
Livres déjà lus, cassettes obsolètes,
Plusieurs vies englouties dans la machine à la bouche édentée
Qui meurt toujours de faim, chaque jour, inlassable.

Les gens sont consommables et la civilisation se jette.

Automne

Il pleut, forcément, il va falloir mettre sa pelure,
Une seconde paire de gants, ramasser des feuilles à la pelle,
Mais s’il ne s’agissait que de feuilles, je n’aurai pas droit aux regards durs,
Condescendants, humiliants, de mes semblables à la vue belle,
Tandis que nous nous enfonçons vers le dépotoir.

Le roi des déchets nous accueille, graveleux, content même,
De sa position unique mais cachée, au milieu des habitations
Dont les occupants jamais ne se doutent de l’immensité si profonde et blême
Du tas d’ordure qu’ils génèrent.
Plus haut qu’une cathédrale,
Plus étendue que la ville de Prague,
Il coupe le monde et ouvre celui de la planète déchets.

Les cons.

Hiver

Il faut compter sur les problèmes matériels, les fils électriques
Qui s’accrochent à la benne ou les déchiqueteuses trop lourdes
Qui cassent le dos et les mains,
Nettoyer les branches d’un ami du maire,
Faire partie de la campagne électorale, tout ça pour un salaire de misère.

Sourire aux crétins néo-nazis, soulever des blocs moteurs,
Subir les sarcasmes des éboueurs du recyclage.
Je leur ferai déplacer, à tous, des montagnes de briques.

Parfois, on trouve des trésors vintage, des cassettes au format
Depuis longtemps disparu, des magazines cultes introuvables,
Des meubles en bon état, des outils utilisables, du matos potable.
Parfois, comme le dit Magee mon coloc instable, il est avec nous : le karma.

Ca me rappelle la fois où on a explosé un piano dans la benne.
Les notes s’enfuyaient, fausses ou justes, sans logique, sauf celle de la folie.
On aurait cru un concerto pour poubelle mineure.
Elle jouait pour nous, les invisibles, les larbins, les éboueurs.

Elle nous a fait oublier ceux trop lâches pour trier leurs produits dangereux,
Ceux qui laissent des tonnes de déjections canines, d’animaux morts, de métal rouillé
Qui se cachent sous le vernis de la société,
Tranquilles, sûrs d’eux.

Printemps

Les encombrants, c’est du pain béni pour Wile E,
Notre petit chef en chef.
On lui ramène tout ce qui peut se revendre,
Comme si son salaire indécent ne lui suffisait pas,
Sa position de fonctionnaire non plus, ce pourri.

Les nouveaux changeront-ils tout ça ?
Arrêterons-ils de nous prendre pour des larbins,
Auront-ils de la décence ?

L’année va recommencer, et je ne sais pas si je dois continuer.
Tel Sisyphe, nous ne viendrons jamais au bout de cette tâche
Sans cesse renouvelée,
Quotidienne et écœurante malgré sa nécessité.

Epilogue

J’ai rencontré Derf Backderf cette année. Il m’a fait une jolie dédicace sur son album Punk rock et mobile homes, où les héros de Trashed faisaient déjà une apparition le temps d’une planche. Ils trouvent l’oncle du héros en train de dormir sur sa tondeuse, planté au fond d’un trou du cimetière, cuvant son whisky.

Avec Trashed, Backderf fait une véritable étude sociologique. Au-delà des petites histoires et galères qui émaillent le livre et en font son déroulement parfaitement chronologique sur une année, il croque tous les problèmes, les travers et les imperfections de ceux qui rejettent de la matière, quelle qu’elle soit. Je lui ai dit qu’il était un peu le nouveau Michael Moore. Il a ri, en ajoutant « Yes, but thinner I hope ! ».

Car le sujet est bien plus profond qu’il n’y paraît. Il fait apparaître l’incivilité et le dédain de la majorité silencieuse sur ceux qui connaissent, au fond, bien trop de leur vie. Il égratigne les profiteurs et les planqués des administrations, décortique les abus de pouvoir, les sociétés privés et les banques qui font tout pour rentabiliser ce qu’une saisie peut fournir. Les déchets comme une métaphore du résultat concret du libéralisme capitaliste.

Mais il dénonce surtout l’inconséquence des consommateurs que nous sommes tous. Du sac-poubelle bas-prix qui se dégrade à la moindre goutte de pluie à ceux qui jettent sans regarder, de ceux qui se croient à l’abri alors qu’ils se débarrassent du porno qu’ils n’oseraient jamais affirmer posséder, l’hypocrisie générale de cette gigantesque montagne de nuisances dont nous sommes tous responsables suffit pour affirmer que nous courons droit vers notre propre extinction.

Selon les chiffres rassemblés par Backderf, l’Europe serait en avance sur le recyclage par rapport aux Etats-Unis, mais cela reste encore trop peu. A priori, certaines villes des USA comprendraient désormais qu’il faut recycler 100% de nos déchets. San Francisco y travaille, ils seraient à 80% de recyclage effectif.

Pour parler d’un sujet aussi repoussant, le trait purement underground de Backderf est parfait. Il n’édulcore rien mais le côté cartoonesque et les bonnes blagues qui s’y trouvent dégoupillent le désespoir d’un monde d’ordures. En noir et blanc avec de simples dégradés de vert informatiques pour rehausser les reliefs ou les fonds, l’ambiance n’est donc jamais sombre tant le propos s’en charge.

Se terminant sur un véritable résumé de l’état actuel de la gestion des déchets, Trashed n’est donc ni une bande dessinée comique, ni un manifeste, mais une véritable réflexion autour de personnages losers et pathétiques mais fortement attachants et surtout, réels. Nos éboueurs JB et Mike philosophent tout en ramassant les capotes usagées, et tout le propos de Backderf est là : supprimer le gouffre superficiel qui séparent ces deux mondes a priori incompatibles. Comment faire autrement lorsque son boulot consiste à ramasser des torpilles jaunes ?

Venez donc voir plus de choses comme celles-ci sur brucetringale.com !


Donjon Zénith, tome 1 : Coeur de canard
Donjon Zénith, tome 1 : Coeur de canard
par Lewis Trondheim
Edition : Album
Prix : EUR 10,95

Aucun internaute (sur 1) n'a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Un article dont VOUS êtes le héros, 31 janvier 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Donjon Zénith, tome 1 : Coeur de canard (Album)
Donjon est une série finie mais pas vraiment terminée de trente-six tomes et cinq tomes bonus, tous parus chez Delcourt. La série a été traduite dans plusieurs langues, notamment en Anglais et en Tchèque.

Vous connaissez peut-être les livres dont vous êtes le héros, où l’on vous propose d’incarner un personnage qui doit faire des choix. Le principe est simple : découpé en paragraphes numérotés, vous devez décider du chemin à suivre et des actions à mener à la fin de courts chapitres. Votre personnage possède des caractéristiques, et à l’aide de dés et de règles, vous influez sur vos actions et celles des personnages non-joueurs du livre, ainsi que sur des concepts plus étranges comme la chance. Je vous invite à découvrir le Donjon de la même façon. Vous êtes prêt ? Alors affûtez vos dés à dix faces, taillez votre crayon de papier de bois, c’est parti, l’aventure Donjon commence au 1.

1

Quatre tours noires dont la plus haute est visible à dix jours de marche… Une porte en plomb cachée au cœur des marais infects… Des kilomètres de couloir tapissés de mousse et de salpêtre… Des échelles, des monte-charges, des escaliers jusqu’aux entrailles de la terre… C’est le donjon.

Vous avez mis des mois à parvenir à cet endroit où les trésors pullulent, enfin d’après les histoires de certains aventuriers que vous avez croisés dans les auberges de Terra Amata. D’autres vous ont prévenu que vous y trouverez votre perte, car ils recèlent bien plus de pièges et de monstres inamicaux que de pièces sonnantes et trébuchantes. Mais qu’importe ! Vous y voilà, vous n’allez pas reculer maintenant ! Entrez donc y occire tous les orques qui n’attendent que de se faire embrocher par votre heu… votre quoi au fait ?

Si vous avez opté pour la panoplie du barbare classique genre Conan, slip en peau de bête, bottes fourrées et épée à deux mains, vos points de vie sont égaux au résultat d’un lancer de 2D6+2 (deux dés à six faces + 2 points). Une fois notés, courez en 12.

Si vous êtes une jeune prêtresse-guerrière bardée de cuir rouge et imbattable à l’arc, vous possédez 2D6-2 points de vie (deux dés à six faces - 2 points), puis vous pourrez tirer un trait vers le 38.

Mais si vous n’avez foi qu’en la magie et les longs manteaux peu pratiques, lancez votre premier sort au 90. Par contre, vous n’obtenez que 1D6+2 points de vie.

3

Votre nouveau refuge évite de justesse la masse qui se trouvait au-dessus de vous. Les choses semblent se calmer, vous en profitez pour essayer de comprendre ce qu’il se passe. La surface terrestre est désormais éparpillée en milliers d’îlots comme le vôtre, de tailles et d’aspects divers. Le Donjon n’y a pas résisté et ses tours flottent autour du bâtiment principal, alors que de nombreux êtres volants (dragons mais aussi oiseaux de toutes tailles et dirigeables) s’en échappent. Vous le sentez, partout, c’est la panique.

Vos intentions initiales se retrouvent ainsi réduites au néant, vous ne trouvez pas ? Allez-vous tenter malgré tout de rejoindre le Donjon en sautant d’îlots en îlots au 10 ou souhaitez-vous trouver une autre destination au 70 ?

4

Après de nombreux escaliers et une sorte de monte-charge, Marvin vous amène dans une grande pièce gardé par deux squelettes. Derrière le bureau, un petit homme-oiseau fume une pipe et semble absorbé par divers manuscrits. Il ne lève même pas la tête lorsque vous entrez.

- Bonjour Gardien, voici le nouveau préposé aux règlements intérieurs !
- C’est bien Marvin, tu lui as déjà présenté ses nouveaux camarades ?
- Pas encore.
- Bon dit-il en vous fixant pour la première fois, vous aurez droit à trois jours de congé par an dès la deuxième année. Quant au salaire, il est le même pour tous, mais vous avez le droit de manger à la cantine. Bienvenu parmi nous !
- Il n’y a donc pas de trésor ici ? demandez-vous timidement, maintenant que vous êtes devant le boss en ayant sauté plusieurs niveaux avec une déconcertante facilité.
- Vous êtes client ou quoi ? Mon vieux, vous ne trouverez pas mieux qu’une place ici ! dit alors le Gardien, soudainement avenant.

Il semblerait que votre avenir soit tout tracé, devenant désormais un membre du Donjon à temps complet. Cependant, si vous pensez trouver de nouvelles pistes, rien ne vous empêche de recommencer au 1.

5

Rapide comme le serpent, vous bandez votre arc et tirez là où vos sens exacerbés vous ont informé du danger. Un râle terrible retentit alors.

- Arrgheuflûteuh ! Ça va pas non ? Ça vous arrive souvent, de vouloir transpercer les professeurs de physique appliquée ?
- Heu je quoi ?
- Je ne sais pas ce que vous imaginiez, jeune donzelle, mais je n’ai pas pour habitude de tendre des guet-apens aux visiteurs du Donjon. Je me présente : Professeur Cormor, et ami du comte Hyacinthe de Cavallère.

Cormor est un grand canard très mince sous une robe de bure mitée. Il vous tend votre flèche, définitivement brisée, et ne semble pas le moins du monde incommodé par une blessure quelconque.

- Vous venez voir le Comte ?
- Heu… je… non je pensais trouver quelque trésor pour ma sororité.
- Ah je vois, et bien vous vous êtes trompée, le Donjon ne possède aucune valeur à l’exception de ses nombreux habitants. Du moins actuellement.

Vous voilà un peu étonnée ! Vous aurait-on menti ? Continuez cette passionnante conversation au 71.

6

Sortant la tête de l’eau, le spectacle vous laisse sans voix. Toute la terre est séparée en petits îlots flottants dans les airs, et le Donjon n’est plus qu’un amas de tours et de mottes suspendues éclatées, entourées d’objets volants divers. Les rats quittent le navire !

Désormais, plus rien ne vous oblige à aller chercher un hypothétique trésor dans les restes de ce château. Allez-vous tenter malgré tout de rejoindre le Donjon en sautant d’îlots en îlots au 10 ou souhaitez-vous trouver une autre destination au 70 ?

7

Je m’appelle Marvin, au fait, vous dit-il avec bienveillance, et c’est vraiment dommage que vous ne vouliez pas vous occuper de ce tableau, vous gagneriez plus à vous faire engager qu’à courir l’aventure. Ici, vous tomberez forcément sur plus fort que vous, je peux vous le garantir (le souvenir de la baffe n’est vraiment pas éloigné, vous croyez donc votre interlocuteur sur parole). Je vous disais, c’est vrai qu’on ne comprend pas cette liste d’albums avec les copains (Marvin vous accompagne vers l’entrée de la tour droite, vous aviez raison : c’est plein d’escaliers), parce qu’on est jamais d’accord sur l’ordre dans lequel il faut les lire (ça y est, vous avez commencé l’ascension. Ça risque de piquer les mollets).

Parce que voyez-vous, c’est un peu comme La guerre des étoiles : faut-il suivre l’ordre chronologique, ici représenté par le niveau de chaque album, ou l’ordre de parution, qui permet de se faire une idée de ce que les auteurs ont créé au fur et à mesure et ce qui était prévu dès le début, ou enfin lire par sous-série, restant ainsi toujours dans une ambiance particulière ?

Pour ma part, je préfère l’ordre chronologique, du niveau -400 au niveau 111. Il se rapproche de la lecture par série et permet de bien comprendre les relations et les évènements qui façonnent le Donjon et Terra Amata. Et puis, les personnages sont nombreux et leurs interactions souvent compliquées. Pour Potron-Minet, vous avez Hyacinthe de Cavallère comme personnage principal, le futur Gardien du Donjon. C’est lui qui fera, inconsciemment ou non, grandir le château de son père qui deviendra au fil du temps ce Donjon majestueux dans lequel vous vous trouvez (majestueux, sans doute, vu que vous en êtes déjà à votre 65ème marche et que cela semble encore long, pensez-vous rapidement). Il côtoie nombre de malandrins, car c’est un âge de cape et d’épée, plein d’honneur et de grands sentiments. Saviez-vous que c’était lui, La chemise de la nuit ? Le Gardien, un justicier masqué ! Il y a aussi l’intrigant chef de la police, Jean-Michel, la tueuse à gage Alexandra au corps de déesse, ses amis professeurs et notables, qui, pour ces derniers, étaient tous ses compagnons de faculté. Beaucoup travaillent pour lui maintenant, et même certains de leurs enfants.

Et puis au Zénith, il y a moi, que l’on peut voir dans Mon fils le tueur alors que je n’étais qu’un marmot, et que le Gardien était déjà un notable respecté. Et surtout, mon ami Herbert de Vaucanson, le canard qui deviendra le Grand Khân dans la série Crépuscule. Moi, je deviendrai le Roi-poussière, et je serai très respecté. Notamment parce que je gagne des pouvoirs en perdant des membres. Si je n’ai plus d’ailes, je peux lancer des Tong Deum – cracher du feu si vous préférez. Nous aurons d’autres amis, comme Pipistrelle la chauve-souris et Marvin Rouge, le vrai héros de Crépuscule, un lapin totalement purpurin honni de Zautamauxime. Vous devez connaître Zautamauxime non ? Les lapins qui y habitent ont beaux être lâches, stupides et racistes, ils font la meilleure bière de Terra Amata.

Mais pour l’heure, c’est Herbert et moi qui faisons les beaux jours de Donjon. Bien malgré nous, d’ailleurs. Herbert n’a pas l’âme d’un guerrier, il cache une enfance traumatisante, ce qui fait qu’il préfère jouer aux dilettantes désinvoltes. Alors qu’au fond, c’est un bon type, qui ferait tout pour ses amis. Moi, je suis un peu trop crédule, il faut dire que ma mère m’a bien éduqué, avec elle, ça rigolait pas ! Je suis très fort pour la bagarre, mais ma religion – je suis draconiste – n’est clairement pas au point : tenez, si vous m’insultez, je ne peux pas vous frapper ! Rapport à la fierté et au contrôle de soi je crois. C’est comme la connerie de se crever les yeux si on regarde nos propres enfants ! C’est juste pour éviter de s’en occuper que nos anciens prêtres ont créé cette loi. Enfin, il y en a qui croient encore à ces fariboles d’un autre âge, c’est désespérant (tout comme cette montée, qui arrive tranquillement à la 307ème marche).

Si vous désirez savoir où vous emmène ce grand saurien, demandez-lui au 9. Sinon, attendez de voir ce qui se passe au 78.

8

Vous avez raison, vous dit Cormor lorsque vous lui faites remarquer que cette carte ne retrace aucun lieu mais un ensemble chronologique. Le Donjon n’a pas de carte, du moins, je ne pense pas qu’une telle carte puisse exister, même si le Gardien en possèderait un exemplaire - ce dont je doute, les multiples transformations n’ont pas pu être toutes répertoriées, demandez à Herbert, il a découvert des toilettes bouchées de la taille d’un domaine viticole dans Des fleurs et des marmots… Le Donjon est un lieu de repère tout au long des diverses séries, même s’il devient un amas de pierres tenues entre elles par de lourdes chaînes lorsque Terra Amata explose finalement dans Crépuscule. Mais Donjon a une chronologie, une suite logique. C’est elle qui nous guide dans le dédale de ses albums, ce sont les niveaux qui nous explique dans quel monde nous nous trouvons (celui de Hyacinthe qui débute puis règne sur Antipolis, celui de Herbert jeune canard couard qui deviendra un grand guerrier, ou celui de Marvin Rouge, lapin libidineux et arrogant qui finira par comprendre que rien ne vaut l’amitié), c’est elle qui donne la conclusion, forcément un peu décevante, de la Fin du Donjon (tome 111, niveau 111).

Les personnages se battent avec le temps, puisque nous les croisons dans plusieurs séries, voyons leur évolution sans savoir ce qui a bien pu les transformer. Ils ne sont pas des conquérants, des guerriers assoiffés de reconnaissance, de terre, de royaumes, leurs missions n’ont aucun rapport avec la géographie. D’ailleurs, les lieux semblent tous être détachés d’une carte globale, on est loin du Seigneur des Anneaux et de Game of Thrones. La seule ville qui ressemble à une capitale s’appelle Antipolis, soit la non-cité si l’on décompose son nom en anti- et -polis et que l’on s’en réfère au grec.

Il est vrai cependant qu’une carte apparaît comme primordiale dans Crépuscule : la Carte Majeure. Celle-ci décrit toute la planète, qui, ayant explosé, se décompose en îlots indépendants. Cette carte place chaque îlot à une position précise et à un moment donné : elle sera avantageusement remplacée par tout ce qui peut mesurer le temps dès que l’on connaît le moment auquel l’îlot recherché doit apparaître.

Sous couvert de faire de l’humour sur le dos de la fantasy, en ridiculisant des aventuriers qui se feraient battre au bingo par des dames âgées ou en invitant le libéralisme au sein du Donjon, Sfar et Trondheim s’attachent à parler de sujets plus vastes : les mécanismes de la justice, du travail, de l’amour, du terrorisme, de la paternité et surtout de la religion sont étudiés entre autre grands thèmes. Même si elle reste ludique, la série adopte souvent un ton sombre sans aucune pitié ni pour ses personnages ni pour le lecteur, notamment dans la série Monster. Donjon ne pouvait donc pas se contenter de cartographier des lieux qui auraient pu représenter ces thèmes, comme le Mordor représente le mal dans le Seigneur des Anneaux, il leur fallait une dimension plus universelle et surtout moins représentative visuellement. Cela permet également d’expliquer que rien n’est figé, qu’un jeune canard caustique peut devenir un tyran, ou qu’une brute épaisse peut devenir un sage. Par leurs actes et les évènements auxquels ils sont confrontés, le lecteur se rend compte que rien ne s’explique simplement.

C’est pile à ce moment que vous vous demandez si ce canard va se taire un jour. Tout en vous parlant, vous vous êtes tous deux rapprochés de l’entrée du Donjon, au-dessus des douves, et vous apercevez un petit homme en grand manteau, fumant la pipe et n’ayant pas l’air commode. A coup sûr, c’est le Gardien. Assurez-vous en au 34.

9

Je ne sais pas encore vraiment… vous répond Marvin doucement (trop doucement selon les poils de vos avant-bras). Je me demande si je dois vous emmener voir le Gardien pour vous présenter comme le nouvel intendant des tableaux du règlement intérieur, ou attendre d’arriver au sommet pour vous faire descendre par les airs. Qu’est-ce que vous en pensez, vous ?

Qu’allez-vous lui répondre ? « Ho moi ? Une reconversion me semble tout à fait honorable dans ces conditions… » ? Dans ce cas, pensez à changer votre épée contre un tournevis en 25. Si vous préférez tenter de battre cette pipelette de dragon à la loyale ou dans le dos, rendez-vous au 14.

10

Le chemin est malaisé, imaginez : vous devez sauter d’îlot en îlot, tout en essayant de garder votre cap sur le Donjon, alors que tout est en mouvement, que les hauteurs se modifient parfois sans crier gare, et que vous devez de temps en temps essayer de grimper sur un îlot supérieur. Je sais, vous êtes un optimiste dans l’âme, mais il faut se rendre à l’évidence : vous allez finir par vous retrouver au 14.

C’est pourquoi penser à trouver autre chose qui mènerait au 70 me semble bien plus approprié. Mais c’est vous qui voyez.

12

On ne vous avait pas menti : la porte en plomb cachée dans les marais mène bien dans les tréfonds du Donjon ! Evidemment, il aurait été plus pratique d’avoir une torche pour vous éclairer, puisqu’il y fait plus sombre que dans un roman de James Ellroy… Heureusement, tout est prévu : vous en décrochez une quelques dizaines de mètres plus loin, après vous être tant bien que mal dirigé en tendant les bras (et touché, par la même occasion, quelques secrétions inconnues et désagréables). Désormais éclairé, vous comprenez que le sol sur lequel vous vous tenez est une passerelle de pierre entre deux tours qui plongent dans les ténèbres et s’élèvent vers un plafond lointain. Tout autour, des dizaines d’escalier, de paliers, de ponts de cordes et de murs s’enchevêtrent en un labyrinthe souterrain a priori gigantesque.

C’est pas gagné ! Si la vue vous plaît, vous pouvez toujours tenter de décrypter les runes gravées sur l’entrée de la tour gauche, au 75. Mais si vous pensez tenir une ascension de marches de longue haleine (on ne vous a pas surnommé le grimpeur pour rien !), la tour droite vous attend au 22.

14

Cela devait arriver : à force de visiter des endroits dangereux, de vouloir se frotter à des orques sans âme et de faire des jeux de mots pourris, vous avez trépassé. Vous êtes cané, lessivé, refroidi, repassé, trépané, cuit, rôti, clamsé, fini quoi. Mais bon, rien n’est perdu ! Reprenez vos dés, votre crayon et recommencez au 1, de nouvelles aventures vous attendent ! Vous pouvez même, si vous le désirez, recommencer au dernier paragraphe qui vous a mené ici, mais dans ce cas, vous n’aurez pas la possibilité de trouver de nouveaux objets ou des informations de valeur.

15

Je vais vous présenter au Gardien, pardi, c’est lui qui décidera de votre sort. Après tout, vous êtes sur son domaine sans avoir été invitée et avec d’évidentes intentions belliqueuses. Mais n’ayez crainte, il est très magnanime.

A priori, le Gardien serait le petit homme avec une pipe sur le pont-levis dont vous vous rapprochez tout en écoutant Cormor. Vérifiez sa magnanimité au 34.

22

Un dragon relativement petit (c’est-à-dire grosso modo de votre taille) vous fait face. Il est rouge, porte une coiffe ridicule en os et ne semble pas rigoler. Il a même l’air balèze, à bien y regarder. Vous commencez à peser le pour et le contre d’une attaque frontale (soit côté coiffe soit côté cache-sexe) mais c’est à ce moment qu’il vous adresse la parole.

- Ah ben il était temps ! Ca fait trois semaines qu’on attendait la réfection du tableau de ce niveau. Vous aurez fini quand ?
- RRRAAAAAH faites-vous en vous ruant sur ce dragon arrogant, l’épée fièrement dressée.
- PAF fait le dragon en vous filant une grosse baffe que vous n’avez pas vue venir. Vous n’êtes pas là pour la réfection du tableau ? Vous cherchez un trésor comme les autres clients ?
- Mmfg oui marmonnez-vous en tentant de remettre votre mâchoire en place.
- Aaah pardon pardon, fallait prévenir, on n’a pas l’habitude de voir des aventuriers tenter de lire les instructions du Gardien. Ce sont les règles du Donjon, remémorées avec la liste des albums de la série. Mais on n’y comprend pas grand-chose.

Ce Donjon vous semble de plus en plus éloigné de ce qu’on vous en a raconté, mais votre nouvel ami dragon va vous éclairer au 7.

23

Malgré votre optimisme, la terre ne s’arrête pas de trembler. Au contraire, elle semble même se fragmenter de plus en plus… Vous voilà projeté dans les airs, vous agrippant comme vous le pouvez à l’herbe sous vos pieds, invoquant tout ce qui vous est sacré et serrant les fesses, car d’autres morceaux de Terra Amata sont lancés dans tous les sens autour de vous. Et votre îlot fonce rapidement vers un autre qui semble plus lourd et donc, moins véloce !

Tentez votre chance ! Lancez deux dés : si vous faites plus de 6, vous vous aplatirez contre votre cible au 14. Si vous faites moins de 6, vous l’évitez (et lévitez) au 3.

25

Parfait ! vous dit Marvin en tapant ses mains de satisfaction. Le Gardien va être content. J’aurai peut-être droit à une heure de congé aujourd’hui.

Vous poursuivez votre route dans un dédale de couloirs en vous demandant s’il ne serait pas plus judicieux d’insulter Marvin et de quitter de suite ce bâtiment infernal au 66 ou si votre nouvelle place ne mérite pas qu’on s’y attarde un peu au 4.

34

Le Gardien vous jauge avec méfiance (car vous aviez raison, c’est bien lui ! Votre entraînement est vraiment formidable).

- On peut vous aider mademoiselle ? Vous voulez une place ? On manque de nourriture pour les zombies ces temps-ci.
- Je ne pensais pas vraiment finir comme ça, je cherchais plutôt un possible trésor.
- La parole de Cormor est un trésor en soi, mais à votre place, je foncerai troquer mon arc contre des sorts ou une grosse épée, conseil d’ami.

Et ils vous abandonnent sans autre forme de politesse. De vrais machos, ces châtelains.

Machos sans aucun doute, mais pas sans ingratitude : vous avez la vie sauve et leur conseil semble avisé ! Si vous optez pour une épée à deux mains, vos nouveaux points de vie sont égaux au résultat d’un lancer de 2D6+2, puis courez en 12. Si vous préférez définitivement tomber les armes pour un grimoire poussiéreux, lancez votre premier sort au 90 avec 1D6+2 nouveaux points de vie.

38

Tandis que vos pas vous rapprochent inexorablement d’un pont-levis peu accueillant, des bruits suspects se multiplient autour de vous (il faut dire que vous êtes dans un sous-bois peu éclairé). Votre entraînement de prêtresse-guerrière (le fameux Veritaserum), vous l’a appris : vous êtes suivie !

Et il vous a aussi appris comment il fallait se charger des inconvenants qui suivent les jeunes filles sans se présenter. Vous allez montrer à ce goujat votre sens de l’hospitalité ! Lancez deux dés : si vous faites plus de 6, vous pourrez ramasser le goujat au 5. Si vous faites moins de 6, rendez-vous au 89.

40

Bien que vous n’ayez jamais tenté cette formule dans un tel état de stress, vous faites de votre mieux tout en perdant un maximum de mana (2 points de vie, quand même) et hurlez à plein poumons « HOR !! ». Un mur invisible vous enveloppe alors et devrait vous protéger en cas de collision ou de chutes d’objets lourds. C’est alors qu’autour de vous, Terra Amata explose littéralement, projetant des morceaux de planète un peu partout dans les airs, et vous avec ! Votre morceau de terre fonce bien malgré vous vers une masse imposante à quelques mètres au-dessus et…

…la suite ce de suspense insoutenable se trouve au 3 !

42

Vous voici arrivé au bout de votre périple. Ce n’est pas vraiment une fin, puisque il n’y a jamais de vraies fins, uniquement des conclusions qui peuvent changer avec le temps, mais votre voyage à travers le Donjon est ici arrivé à son terme. Rien ne vous empêche d’y retourner, d’y rechercher des sensations nouvelles ou anciennes, de l’appréhender par quel côté que ce soit : dessinateur, série, période, ambiance, chronologie. La richesse de Donjon tient non seulement dans son univers et ses personnages, mais également dans ses absences, où les histoires manquantes nous poussent toujours à imaginer, jouer avec les hypothèses et les envies. Donjon est un formidable conte pour adultes et adolescents, qui n’est jamais premier degré, se redécouvre à chaque lecture et reste une expérience unique de la bande dessinée franco-belge. Vous avez trouvé le trésor, vous pouvez rentrer triomphant !

44

En regardant bien la carte, vous commencez à comprendre la nature multiple du Donjon. Et également pourquoi vous voici embarqué dans un article labyrinthique ! Le premier jeu de rôle à avoir connu le succès est Donjons & Dragons, de Gary Gigax et Dave Arneson, dans les années 1970. Un nouvel univers ludique en fut issu, développant les jeux de plateau (boardgames) stratégiques ou non (wargames), invitant des auteurs de SF, d’heroïc-fantasy, d’horreur et d’aventure dans le monde sérieux des jeux de société. C’est également de ce nouveau genre de jeu que sont issus les livres dont vous êtes le héros. Sur cette base de fantasy et de jeux de rôles, Sfar et Trondheim, en pleine ascension après avoir été intronisés au plus grand nombre par la collection Poisson Pilote de Dargaud, décidèrent de créer une série humoristique autour d’un Donjon, en prenant tous les clichés du genre pour les retourner avec leur ton moderne, comme si la série Friends se passait en armure.

Cela est aussi vrai au niveau du dessin. Le tout premier Donjon est Cœur de Canard, dessiné par Trondheim. Grand fan de Carl Barks, il a pour habitude de faire des albums avec des personnages aux têtes d’animaux, notamment dans sa série Lapinot. Son humour peut être franchement dynamique comme un film de Laurel et Hardy ou simplement rendu par les dialogues et les bons mots. Son trait est simpliste, une simple courbe peut remplacer deux yeux, mais il n’oublie pas les détails des décors, des véhicules, peut charger une case d’éléments quotidiens. Les personnages rappellent les bandes dessinées pour enfants du franco-belge des années 50 et 60 (comme les Schtroumpfs de Peyo), mais le décor est plus réaliste, détaillé, joue avec les ombres et les effets de colorisation numérique. On est loin d’une vision romantique et adulte de la fantasy, des dessins pleins de muscles de Barry Windsor Smith, de la poésie de la Quête de l’Oiseau du temps et de l’ironie respectueuse des Légendes des Contrées Oubliées (une série en trois tomes de Ségur et Chevalier, qui officiaient dans le principal magazine de jeux de rôles français des années 80 et 90, Casus Belli).

Mais l’univers est bien là, Sfar et Trondheim n’évitent aucun passage obligé du genre : monstres, trésors, quêtes, couloirs interminables, tours immenses, barbares, magiciens, dragons, géants, ils apparaissent tous à un moment ou à un autre. Avec la multiplication des dessinateurs, la série se diversifie de plus en plus. Sfar et Trondheim peuvent alors de parler de nombreux thèmes sous couvert d’albums uniques (la série Monster) et développer un grand nombre de personnages, la plupart apparaissant dans deux des trois sous-séries principales (Potron-Minet, Zénith et Crépuscule).

Vous le sentez, un certain mal de tête commence à vous envahir. Ces runes doivent être maudites ! Vous vous réfugiez dans une autre partie du Donjon, au 22.

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Avec un grand PLOUF sonore, vous vous enfoncez dans les eaux plus profondes qu’elles n’en ont l’air de la mare avoisinante. Retenant votre souffle (ou lançant un sort de RES, - 1 point de vie), vous vous trouvez face à une petite équipe armée d’habitants des Profondeurs. Ils n’ont pas l’air très accueillant et manque de bol, vous ne comprenez rien à ce qu’ils racontent. C’est alors que tout tremble encore plus, comme si la terre avait implosé. Vous sentez que la masse d’eau bouge totalement, et que vos compagnons paniquent autant que vous.

Retournez vite respirer de l’air et admirer le nouveau paysage au 6.

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Décidément, votre Tronsfar est rouillé ou alors il s’agit d’une autre langue écrite. Quoi qu’il en soit, vous ne comprenez rien à ces runes et vous approchez de plus en plus du mur (comme si ça allait aider) pour déchiffrer ou découvrir un quelconque artifice lorsque quelqu’un (ou quelque chose) lance un énorme « MMH MHH » dans votre dos. Glacé de sueurs froides, vous vous retournez lentement…

… et vous rendez fissa au 22.

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« GROS LEZARD QUI PUE ! » hurlez-vous à Marvin avant de courir à en perdre haleine. Vous avez eu un instant d’appréhension lorsque vous l’avez crié, pensant à un piège, mais non, Marvin est là, vous fixant d’un air mauvais tout en vous regardant fuir, bouillant mais immobile.

Et bien, c’était un sacré coup de poker, mais vous vous en êtes tiré ! Cependant, vous n’avez pas réussi le quart de votre mission initiale et ressentez une certaine amertume à ce sujet. Vous allez donc sans aucun doute retourner au 1 en faisant un autre choix que celui qui vous a mené jusqu’ici.

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Voyageant tant bien que mal, vous voilà sur un morceau de terre quasi désertique, ayant en son centre une petite hutte en terre, comme un igloo des sables ou une mesa mexicaine, n’ayant qu’une entrée par le haut, accessible via une échelle. De la fumée en sort mollement. Assis en tailleur devant la hutte, un draconiste vient de remarquer votre présence et vous hèle.

- Venez donc vous asseoir avec moi, j’ai fini ma méditation quotidienne. Comment vous sentez-vous ?
- Plutôt bien malgré les circonstances, mais j’ai un peu faim.
- Gilberto va vous ramener quelque chose, GILBERTO ! crie-t-il soudainement en se retournant vers la hutte. Ramène quelque chose à manger, nous avons un invité. Mon nom est Orlondow, je m’occupe désormais de tous les draconistes, y compris le Roi-poussière. Est-ce que vous aussi vous cherchez les objets du destin ?
- Les quoi ?

Orlondow vous explique alors que la terre vient d’imploser car Herbert n’est plus le détenteur des objets du destin. Ces objets sont au nombre de sept : l’épée du destin, sa ceinture du destin et son fourreau rétif, les bottes du destin, le manteau du destin, la pipe du destin, les lunettes du destin, l’anneau du destin et enfin la clé du destin. Elles ont toutes un ou plusieurs pouvoirs et des contraintes. Les posséder toutes fait apparaître l’entité noire qui prend alors possession de votre corps. Seul Herbert a réussi à tous les rassembler, et devint ainsi le Grand Khân. Ces objets, des artefacts puissants qui sont souvent l’apanage des histoires d’heroïc-fantasy, peuvent servir de métaphore des actions que tout un chacun devrait réaliser au cours de sa vie, rassemblant divers aspects de la connaissance. Sfar ayant fait des études de philosophie, Donjon tend souvent à avoir un sous-texte fort, toujours interrogateur et pertinent. Comme les objets du destin donnent des pouvoirs, Donjon rejoint les meilleures histoires de super-héros, celles où des questions sur la responsabilité de chacun sont soulevées. Cormor est un des personnages les plus humains de la série, alors que sa nature d’automate devrait l’en épargner. En tant que quasi-robot, il a besoin d’une flamme de vie (fournie par un démon très ancien) afin d’obtenir une conscience, même s’il lui est impossible de mentir, comme dans les lois d’Asimov qui définissent les règles de la vie artificielle.

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Lucy
Lucy
DVD ~ Scarlett Johansson
Proposé par MEDIAZONE
Prix : EUR 8,35

2 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 D.O.A., 4 août 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Lucy (DVD)
J'ai presque envie de défendre ce film. Le problème avec Besson c'est qu'il a toute la critique contre lui et que quoi qu'il fasse, son personnage transparaît derrière ses films donc tout est faussé. Et là, ça faisait longtemps que j'avais pas vu un Besson que je trouve regardable.

Déjà, il fait une heure vingt, ça digresse pas en blabla débile ou en scènes inutiles. Et puis l'idée de base est totalement pourrie donc on sait que c'est de la SF sans prétention. Et surtout, la musique d'Eric Serra n'est pas prédominante et pénible comme d'habitude.

Le premier quart d'heure est fantastique. On a le spin doctor de la série Borgen (un Suédois donc) qui joue les cowboys excités et drogués en face d'une Scarlett qui ressemble à une pute de Sin City, elle aussi totalement à l'ouest, et là, miracle, Besson utilise des stock shots.

Oui oui, comme Ed Wood. Et quels stock shots ? Des images de documentaires animaliers avec des gazelles et un léopard... Comme Bouzard dans son second tome de The Autobiography of me too quand il veut acheter un vinyle des NY Dolls dans une braderie. Pareil. Ca m'a tué, je me suis dit, y a ptêt moyen qu'on rigole.

Après on a l'impression de revoir des scènes de Nikita ou Léon, avec Scarlett traînée dans des couloirs d'hôtel luxueux entourée de yakuza armés jusqu'aux dents, et après ça, ça retombe car on a Morgan Freeman qui donne un cours sur l'humanité et le big bang et on n'y croit plus.

A la fin, ça donne un mix de Léon, 2001, Matrix, Taxi (la scène de poursuite en bagnole est franchement réussie, et rien que pour ça ce film mérite mon respect, parce que celles des Taxi sont nazes), The Game, bref, c'est n'importe quoi, ça bouffe à tous les rateliers mais ça passe carrément bien, c'est efficace. C'est un album de Van Halen quoi.


V pourVendetta
V pourVendetta
par Alan Moore
Edition : Relié
Prix : EUR 28,00

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5.0 étoiles sur 5 Street Fighting Man ou (la vertu inattendue de la connaissance), 31 juillet 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : V pourVendetta (Relié)
On ne présente plus V pour Vendetta mais on va le faire quand même : composée d’un nombre indéterminé d’épisodes (entre dix et douze), la série a d’abord été éditée en noir et blanc puis a été complétée par plusieurs épisodes, cette fois-ci en couleurs, dans le magazine anglais Warrior. Il a ensuite été repris intégralement par Vertigo (DC Comics), traduit en VF chez Zenda éditions et finalement repris par Delcourt, Panini dans une nouvelle traduction puis récemment par Urban qui reprend la première traduction.

Je me souviens parfaitement de ma première lecture du premier tome de V pour Vendetta. J’avais lu Watchmen, et j’étais monté à la ville, ce qui signifiait trois quarts d’heure de train. Tentant vaguement nous-même d’élaborer des scénarios pour nos jeux de rôles favoris (L’appel de Cthulhu, Stormbringer, Paranoïa), lire une nouvelle œuvre d’un génie potentiel signifiait quelque chose. Ma lecture finie peu avant mon arrêt, je n’éprouvai qu’un seul sentiment : un profond dégoût.

Comment faire mieux que ça ? Comment s’approcher d’un tel niveau ? Comment devenir aussi intéressant, haletant ? L’avenir semblait bien morose, et aucun talent ne pointait son nez, pas après avoir été brinquebalé avec tant de précision.

V pour vendetta est une des premières œuvres maîtresse de Moore, où le jeune scénariste de trente ans utilise sa culture déjà conséquente pour élaborer une pièce de théâtre en trois actes. Il y multiplie les références, détourne déjà les codes du super-héros et propose clairement sa vision utopiste de la société. Mais elle n’est pas exempte de défauts.

N’ayant pas eu de velléités de remplacer ma première version de Zenda, qui comporte six tomes au format européens, je ne sais pas si l’ordre des différents prologues et histoires courtes suivent le même schéma dans les dernières rééditions. J’espère que les trop nombreuses fautes de grammaire et d’orthographes ont été corrigées, mais je suis certain qu’aucune partie ne surpasse la première.

Dès la première planche, la caractérisation des personnages est sans faille. V et Evey nous sont présentés, chacun se préparant à faire sa sortie, ou plutôt son entrée en scène, leur entrée dans notre vie. Ils se griment, se maquillent, tandis que la radio déroule les recommandations du jour. Nous sommes dans une dictature, le couvre-feu doit être de rigueur, nos nouveaux compagnons prennent forcément des risques. On y voit des affiches de cinéma des années 30 et 40 en réponse aux barbelés et aux caméras de surveillance. Bref, cela regorge d’informations en sept cases chrono.

Maîtrisant déjà le rythme d’une histoire, la scène de leur rencontre se termine par un feu d’artifice qui laisse tout le monde pantois, des policiers véreux aux lecteurs, et ce premier prologue promet une aventure sérieuse et adulte, où la revanche a un rôle primordial.

Quelques planches plus loin, V parle à la Justice, ou du moins sa représentation sculpturale, en prenant sa voix. Il lui expose sa déception et son credo : il ne peut y avoir de justice dans une dictature, la liberté y est bafouée, le monde ne peut être abandonné aux mauvais, aux profiteurs, aux tortionnaires, aux violeurs, aux racistes de tout poil et aux individualistes.

Sauvant Evey de policiers véreux, il la prend sous son aile et la mène dans son antre, nommée le Musée des Ombres. Il vient de se trouver un compagnon, un side-kick avec lequel il pourra combattre les méchants. V porte toujours un masque, possède une base secrète, semble jouir d’une richesse inépuisable, utilise des gadgets, maîtrise le combat à mains nues et développe des capacités physiques hors du commun. V est donc bien un super-héros, basé principalement sur le modèle de Batman. Londres peut être gothique.

Pourtant, les frontières entre genres romanesques disparaissent rapidement. V dit porter le masque de Guy Fawkes, un révolutionnaire anglais qui s’avère être en fait plutôt conservateur (je vous laisse vérifier) et porte la culture comme une composante essentielle de l’éducation : dans une dictature, elle est une des premières victimes du régime. Puis après un premier coup d’éclat qui se termine dans un feu d’artifice, Moore et Lloyd nous entraînent dans un univers bien proche de celui qui existait durant la seconde guerre mondiale.

Suite à l’anéantissement nucléaire des principaux continents, l’Angleterre se retrouve isolée et sans ressources. Afin d’économiser les récoltes, les noirs, les juifs, les homosexuels sont déportés dans des camps de concentration, où d’horribles expériences leur sont infligées et où les fours ne brûlent pas de quatre fromages. V en est un des rares rescapés, et nous apparaît donc aussi comme fou. Car il faut l’être pour s’attaquer seul à un régime totalitaire.

Le quatrième de couverture en joue et doit sans doute être le texte d’accroche de l’édition originale. Il nous demande qui est V : un fou ? un terroriste ? un idéaliste ? un anarchiste ? un tragédien ? Ou l’alter ego fantasmé de Moore ? A travers V, le scénariste déroule les incohérences et les contradictions de la nature humaine. En nous rappelant que le vingtième siècle fut celui des extrêmes, laissant les dictateurs et la folie nucléaire dévaster la planète, mettant fin aux bienfaits du progrès et démontrant que Rabelais avait raison il y a déjà plusieurs siècles, Moore décompose toutes les vilenies pour faire de V pour vendetta une bd philosophique, ou du moins, une bd qui pousse à réfléchir quant à notre société et nos relations humaines.

A travers divers personnages ayant tous une caractéristique principale différente (la lâcheté, la cruauté, la froideur, l’arrivisme, la pédophilie et autres joyeusetés), Moore se venge de toutes les injustices qu’il considère comme infâmes via son super-héros inquiétant, seul maître des marionnettes et héraut de l’autre solution finale : l’anarchie.

Contrairement à la vision commune de ce mouvement, l’anarchie trouve ici un messager cultivé qui expose son plan. Loin de n’être que chaos, l’anarchie est mère de la liberté et de la justice, celle du peuple qui prend enfin son destin en main et ne se cache plus derrière des dieux, des maîtres et des dirigeants fatalement humains et corrompus.

Malheureusement, cette volonté didactique rompt le rythme impeccable du premier tome et des moments en creux apparaissent, encadrés par des prologues ou histoires courtes qui peinent à être totalement efficaces. Mais certaines scènes clés, aux longueurs variables mais au contenu nécessaire, relèvent l’intrigue et les intentions premières.

C’est le cas du quatrième tome, Valérie, où toute l’horreur des camps est infligée à Evey. Torturée, humiliée, l’héroïne ordinaire traverse une épreuve qui lui ouvrira la porte de la liberté et de la conscience, de l’empathie et des valeurs fondamentales de l’humanité. On a également droit à la critique des mass media et de leur propagande, au bûcher des vanités et au poids de la rue qui gronde.

J’ai longtemps pensé que Moore ne savait pas choisir ses dessinateurs. Comment définir le trait de David Lloyd ? Il semble travailler en creux, définissant d’abord les pleins pour faire vivre les déliés, créant des planches impressionnistes où le noir prédomine. Ce sentiment de contempler des impressions est rehaussé par la mise en couleur pastel qui aplatit le tout pour créer un monde dénué de relief et de vie. Seul V et ses aptitudes surhumaines semble danser et faire danser ses semblables. Dessiné comme un oiseau à la cape virevoltante, Lloyd en fait le seul personnage iconique de la série.

V le dit lui-même : il n’y a ni chair ni sang sous la cape, juste une idée, immortelle. La conclusion de Moore, qu’il démontre en passant le masque, est que nous sommes tous V, si nous le voulons. Que le salut ne viendra pas d’un héros masqué ou non, mais d’une acceptation collective et unanime.

Claire comme de la roche, les Anonymous revendiquent dès leur création ce masque, devenu un symbole de contre-pouvoir et de révolution, rendu presque possible avec l’avènement de l’internet à grande échelle. Mais il manque encore l’homme de la rue, véritable héros de V pour vendetta.

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Sunny Vol.1
Sunny Vol.1
par Taiyou Matsumoto
Edition : Relié
Prix : EUR 12,70

2 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 We all live in a yellow Datsun car, 10 juillet 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Sunny Vol.1 (Relié)
Sunny est une série en cours de Taiyou Matsumoto. Elle est publiée par Shōgakukan en VO et par Kana en VF.

Sur les cinq tomes disponibles en VO et sans doute dans d’autres pays européens (l’Espagne notamment est souvent en avance sur la France), seuls trois tomes ont été édités en VF pour l’instant.

Lorsque je me remis à la bande dessinée il y a une dizaine d’années, je me retrouvai dans la situation du junior, de l’étudiant découvrant le monde du travail, de l’adolescent qui se met à écouter du rock, du sportif en herbe qui commence à comprendre les résultats des pointures : un terrible sentiment de vertige devant la quantité existante à assimiler.

Et c’est peu de dire que dans le seul domaine du manga, une vie ne suffirait sans doute pas à en faire le tour. Il fallut donc faire un tri, et pour cela, je ne connais qu’une seule méthode efficace, celle de demander conseil aux personnes qui ont la même sensibilité que vous.

Je découvris ainsi Matsumoto, mangaka atypique très éloigné de la production à gros succès que peuvent être Naruto, Detective Conan ou Monster (l’article Monster sera prêt pour la rentrée, il était temps ! Ndlr) . Comme Taniguchi qui fut influencé par la bande dessinée européenne, Matsumoto trouva assez rapidement un style qui le démarque de ses compatriotes.

La première œuvre qui lui valut une renommée conséquente fut en effet Amer Béton, qui a été éditée en France par Tonkham en un volume de plus de 600 planches. Mixant le style de Moebius à celui d’un Peter Bagge qui tord ses perspectives tels des fish-eye, Matsumoto y relate la vie turbulente et tragique de deux très jeunes adolescents en pleine jungle urbaine.

Ayant perdu leurs parents, Blanko et Noiro survivent dans la ville devenue leur terrain de jeu, sans domicile fixes terrorisant les malfrats comme les citoyens ordinaires. Derrière une ambiance de polar, le propos est limpide. Il s’agit de tirer le portrait d’une génération abandonnée, sans éducation ni repères. Malgré leurs méfaits, Blanko et Noiro occupent toute l’attention du lecteur qui s’attache immédiatement à eux et aimerait les sauver de leur condition.

Poursuivant sa carrière avec Gogo Monster, lui aussi édité en France en un seul tome et de même format que Amer Béton, Matsumoto devient plus précis en installant son intrigue très étrange de monstres invisibles au cœur d’une école. Cela fait un peu penser à la série The Kingdom (L’hôpital et ses fantômes) de Lars Von Trier, mais avec des enfants comme personnages principaux.

Puis ce sera Number Five, son œuvre la plus longue jusqu’à présent, et la plus déroutante. Des tueurs à gages évoluent dans un monde codifié à la fois magique et politiquement très semblable à ce qui peut se passer dans les hautes sphères du pouvoir. C’est totalement déjanté, largement psychédélique, et la patte de Moebius y est sans doute la plus présente.

Effectuant un virage à cent quatre-vingt degrés, il dessine ensuite les aventures du Samouraï Bambou, série que je n’ai malheureusement pas finie (mais ça viendra), qui met en scène un samouraï vagabond traditionnel mais qui préfère discourir de philosophie et utilise un sabre en papier.

En 2010, à l’âge de quarante-deux ans, il commence Sunny, une œuvre intimiste sur le quotidien d’orphelins regroupés dans une maison d’accueil. Elle tranche avec tout ce qu’il a fait auparavant mais son style y est immédiatement reconnaissable. Et le thème de l’abandon, toujours en filigrane dans ses mangas précédents, apparaît ici au grand jour. Car Matsumoto a passé son enfance dans ce genre d’endroits, la maturité – ayant dû faire son office – a gommé toute fantaisie. Sunny présente un monde très réel.

Sunny, c’est la vieille Nissan jaune qui elle aussi a été abandonnée dans la cour du foyer, comme la tire à Dédé de Renaud et tous les enfants qu’elle accueille. Elle ne démarre plus et le temps l’a bien abîmée, mais c’est le refuge de la dizaine d’enfants qui cohabitent cahin-caha, partageant ce sentiment de vide provoqué par l’absence de parents. Les encadrants n’y sont pas acceptés.

Dans Sunny, on peut fumer des cigarettes et se passer des magazines pornos. Mais on peut aussi aller sur la Lune, y mourir comme dans Thelma et Louise, ou plus prosaïquement retourner chez soi. Oui, aussi cruel que cela puisse paraître, certains enfants ne sont pas orphelins : leurs parents n’arrivent plus à s’en occuper.

C’est le cas de Sei, qui débarque comme nous dans le foyer, timide au look de premier de la classe, il est certain que sa mère viendra le rechercher. C’est aussi le cas de Haruo, dont les cheveux sont devenus mystérieusement blancs, élément perturbateur et presque incontrôlable qui protège les petits orphelins des enfants des maisons : « Ils ne sont pas comme nous. ». Les enfants des maisons, ce sont les enfants qui vivent avec leur famille, dans un cadre formaté et accepté par la société dans son ensemble.

Junsuke et Haruo provoquent tout le monde et font le plus de bruit possible. Seuls dans un univers où les adultes semblent absents, le directeur étant même enfermé et allongé dans sa chambre tel un vampire ou un cadavre, ils ne savent que faire pour s’inscrire dans un monde qui ne les désire pas. Tarô est un géant doux dingue, chantant à tue-tête des comptines pour enfants alors que sa masse s’expose le plus souvent aux intempéries. Alors non, ces orphelins ne sont effectivement pas les bienvenus dans la société des maisons.

Deux heures de télévision par semaine, une vie rythmée par les petites réunions pragmatiques quant au stock de papier toilette et les chapardages entre enfants, par les tentatives du lycéen sympa faisant partie du centre à tempérer ces enfants turbulents. Il faut aussi encadrer un Junsuke qui veut toujours jouer d’un instrument sans savoir en jouer, retenir Haruo de hurler, tenter de donner un peu de joie à tous ceux et celles qui n’ont plus que la tristesse comme meilleure amie.

Excepté une absence presque totale de fabuleux, Sunny présente tout le meilleur de Matsumoto : un trait européen, un rythme toujours changeant entre coup d’éclats d’enfants turbulents et décors quotidiens qui, selon le moment et les petits drames des pensionnaires, paraîtront somptueux ou dénués de tout avenir possible.

Matsumoto n’est plus Moebius, il est devenu un Baudouin, poète amoureux au trait gras, à la narration coupante, aux scènes de cinéma italien, les repas pris dans le salon miteux, la cour décatie, les parents irresponsables ou alcooliques.

Pourtant, n’ayant pas voulu forcer le trait, Matsumoto enlève un maximum de pathos. La joie existe, les sentiments amoureux débutent, la vie reprend toujours ses droits. Chroniques attendries mais réalistes de parias involontaires, Sunny possède un ton unique et une ambiance chaleureuse malgré ses dessins noirs et blancs et son sujet. Elle a une grâce intemporelle qui parle à tous, car ses petites histoires ne racontent pas grand-chose de spectaculaire ou d’exceptionnel, mais dépeint des personnages plus vrais que nature et dénués de malice.

Vivement la suite. Sunny me donne l’impression, a l’instar de la lecture d’un roman de Philip K. Dick, de me retrouver dans ma couette favorite.

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Idées noires : L'Intégrale
Idées noires : L'Intégrale
par André Franquin
Edition : Relié
Prix : EUR 14,00

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Franquinstein, 13 juin 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Idées noires : L'Intégrale (Relié)
Idées noires est une série en deux tomes (dont un en format à l’italienne en A5) ou une intégrale, ayant fait l’objet de plusieurs éditions, chez Fluide Glacial, J’ai Lu ou Dupuis.

La préface est signée par Marcel Gotlib. Delporte appose avant chaque gag un aphorisme ( un peu casse bonbon Ndlr).

Après sa dépression qui le poussa à arrêter sa série phare Spirou et Fantasio, Franquin, en parallèle à sa série principale Gaston, commença à dessiner pour le supplément du magazine Spirou nommé Le Trombone illustré. Dans les pas de leurs confrères de Fluide Glacial et Métal Hurlant, partageant également les interventions de Gotlib, ce supplément de huit pages mettaient en scène une bande dessinée plus adulte, acerbe et caustique.

Tout comme Hergé avant lui qui connut une grave crise qui le poussa à faire sa catharsis avec Tintin au Tibet, Franquin ne pouvait plus dessiner de décors, ni s’occuper de ses personnages : vingt ans de Spirou, qu’il avait tellement enrichi, avaient eu raison de sa motivation.

Griffonnant des monstres de cauchemars lorsqu’ils s’ennuyait en réunion, et désirant rompre avec tous les canons de la bd franco-belge, les Idées noires s’imposèrent dans cette période sombre et pessimiste de la fin des années 70 : crise pétrolière, mouvement punk, fin des trente glorieuses…

Sous des formats divers, allant du strip à la planche complète, Franquin y crée Les idées noires, une série sans héros ni personnage récurrent (à une exception près) mais possédant une bible graphique minimale et immédiatement reconnaissable : des dessins à l’encre de chine la plus noire, de larges aplats noirs, des décors presque inexistants et aucune couleur.

J’ai oublié à quand remonte mon premier contact avec cette série, mais elle arriva si tôt que son impact est indélébilement gravé en moi. Car le trait de Franquin y est celui des derniers Gaston, fourmillant de détails et plein d’énergie, mais coupé de tout relief rassurant. Pour un auteur de bd jeunesse, ce mariage d’un style longuement affiné à celui d’un humour dévastateur et dérangeant réussit magistralement à faire passer des messages forts mais également très désabusés.

Les idées noires présentent comme son nom l’indique des situations comiques sous le signe de l’humour noir, uniquement. Les chutes font mal, le bien ne triomphe jamais, la galerie ici décrite décline tout ce que la race humaine peut engendrer de pire : violence, injustice, bêtise, irrespect de la vie, des êtres et de la Terre, capitalisme inhumain, manque d’empathie, multiplication de l’égoïsme, de l’hypocrisie, de l’ignorance.

Grand amoureux des animaux, Franquin les met en scène avec beaucoup de cruauté. Il leur offrent une vitrine revancharde sur le genre humain tout en fustigeant ceux qui les idéaliseraient : le chien qui pleure sur la tombe de son maître n’a pas compris qu’il ne le reverrait plus, mais attend patiemment que quelqu’un lui rende la baballe prisonnière du cercueil…

Défouloir autant que réflexion sur une société liée au pétrole, à la peine de mort et au surarmement, les Idées noires restent pourtant d’actualité, aucun travers dénoncé n’ayant disparu de nos jours. En fait, il en manque même de nouveaux tant les moyens de se comporter inhumainement se sont développés depuis une quinzaine d’années.

Pourtant, ces strips se lisent et se relisent à l’infini, la qualité de ces blagues s’élevant au meilleur niveau des gags de Gaston. Et puis, malgré tous leurs défauts, tous les humains représentés ont des réactions absolument naturelles : dans leurs mouvements, leurs trognes, leurs dialogues, tout sonne vrai bien que le trait exagère tout.

Un boxeur qui décolle du sol sous les coups de son adversaire entend son entraîneur lui parler de son jeu de jambes : c’est irrésistible de non-sens et d’idiotie. Un vendeur d’armes qui, après avoir déclamé son catalogue de missiles anti-missiles et anti-anti-missiles, se demande pourquoi certains lui achètent encore des missiles ; le bon chasseur utilise la cartouche PANDAN-LAGL (lire « la gueule ») ; la pollution, la science et l’utilisation de l’atome sont le cœur de plusieurs gags sans jamais être répétitifs.

Les monstres des contes prennent vie dans l’obscurité des forêts comme dans la jungle urbaine. Franquin et ses comparses (Delporte, Roba, Gotlib entre autres) traquent les moindres insanités dans un monde en négatif : décors blancs et personnes noires.

Même si cela est vierge de toute actualité politique et de caricature de personnes vivantes, ces planches auraient eu leur place dans Hara-Kiri, voire dans le Charlie Hebdo de nos jours. La bêtise humaine n’ayant pas été éradiquée, les Idées noires restent des rappels lucides et méchants de nos pires travers, des aberrations du monde moderne et des peurs universelles.

Relire les Idées noires, c’est aussi être toujours épaté par l’optimisme de Franquin. Il a beau ne pas prendre de gants avec les chasseurs et les militaires, il parvient à nous faire rire et à faire vivre ses personnages à usage unique, à les rendre vivants en distillant des détails triviaux mais nécessaires. Malgré l’aspect aride de ces planches, elles fourmillent d’informations et prouvent qu’un artiste est surtout un spectateur et observateur. Mais à la longue, cela peut rendre cynique…

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Blast - tome 1 - Grasse Carcasse (1)
Blast - tome 1 - Grasse Carcasse (1)
par Manu Larcenet
Edition : Broché
Prix : EUR 22,50

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 La commedia de Pedrolino, 13 juin 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Blast - tome 1 - Grasse Carcasse (1) (Broché)
Blast est une série finie en quatre tomes. Elle est scénarisée, dessiné, peinte et colorisée par Manu Larcenet, avec quelques aides extérieures. Elle est parue chez Dargaud.

Larcenet est un clown. Perçu depuis un certain temps comme une personnification de la psychose, le clown est un amuseur déprimé.

A côté de Bill Baroud, de ses parodies télévisuelles ou du Retour à la terre, Manu Larcenet a allègrement flouté les frontières entre drame et blagues dans ses séries Les aventures rocambolesques de… ou Les Entremondes, et a toujours dessiné des albums très personnels où toute sa douleur, artistique ou sociale, est sans espoir.

Le combat ordinaire maniait admirablement ses angoisses existentielles et un humour subtil, alternant un dessin simpliste mais expressif avec des planches en noir et blanc inspirées de photographies, où il développait son écriture dans des récitatifs concis et désabusés. Que ce soit le photographe du Combat ordinaire, le dessinateur du Retour à la terre où carrément autobiographique comme dans L’artiste de la famille, ses personnages reflètent un ou plusieurs aspects de leur auteur, que ce dernier utilise sans doute comme exutoire.

Polza Mancini, le personnage central de Blast, n’échappe pas à la règle. Ecrivain culinaire, tas de graisse chauve et imposant, il raconte son histoire de façon très littéraire à deux policiers qui n’en demandent pas tant. Blast, c’est le même principe que Usual Suspects : sous couvert d’une enquête de police, un suspect (ici, de meurtre) raconte sa version. Mais là s’arrête la comparaison, car Blast est d’une noirceur absolue et ne raconte rien d’attirant.

S’étalant sur quatre tomes de deux cent planches chacun, Larcenet déploie une littérature proche de la philosophie, tentant d’élaborer des préceptes de vie, des aphorismes, des vérités humaines, via la bouche de Polza qui explique tous ses choix, tente d’échapper à sa condition et ses angoisses : son père vient de mourir.

De quais de voie ferré en forêt profonde, puis de campings sauvages en maisons cambriolées, Polza traîne son désarroi au milieu d’une faune souvent peu recommandable, et aligne les déconvenues des sans domiciles fixes.

Puisant dans Baudelaire comme dans Céline, Larcenet devient naturaliste dans ce pavé qui doit peut-être son format hors-norme au manga. Blast est une histoire naturaliste dans les deux sens : dans sa représentation, mettant les animaux et la nature au centre de son dessin, et dans son sujet, celui d’une faune humaine rejetée, asociale, malade.

Polza décide de devenir clochard, en se réfugiant dans la forêt, loin des hommes qu’il ne supporte plus depuis que le dernier membre de sa famille a disparu, le seul capable de le contenir. Découvrant au cœur de l’alcoolisme un état d’extase sans précédent (le fameux blast), ce narrateur poète et philosophe, qui s’inscrit dans l’héritage littéraire du clochard céleste, part en quête. Une recherche de la fameuse connexion au monde et aux autres, à la perception complète de l’univers. Toutes les vilenies (drogue, sexe, alcool) sont donc conviées.

Cela ne se passera pas comme prévu, car la réalité est beaucoup moins glorieuse et quitter la société n’est pas une sinécure. Larcenet nous tient cependant en haleine car tout au long de son récit, nous ne savons rien de ce qui s’est passé, la seule information est un nom : Carole Oudinot a eu maille à partir avec Polza. Jusqu’à la fin, nous ne saurons rien des évènements, et les différentes révélations ne sont jamais décevantes.

Cependant, rien ne nous est épargné dans la noirceur et la capacité de l’homme à faire du mal à son prochain. Nulle lumière n’est à portée, nulle sortie possible. Pour cette raison, la lecture de Blast n’a pas réussi à m’émerveiller autant que Presque, qui relatait un service militaire cauchemardesque, ou que On fera avec, autre album court au format à l’italienne parue chez Les rêveurs, sa maison d’édition.

Car Blast est à la fois très long et très rapide à lire. Long tant les aventures de Polza s’enchaînent et court car le dessin a une place prépondérante. Cette longueur, ce chemin presque sans fin pèse sur le moral et sur la résistance, et il est bien nécessaire de faire des pauses pour respirer.

Lorsque Polza parle, Larcenet est écrivain. Lorsque l’on se retrouve à vivre le parcours de ce géant gras, Larcenet peint. Sur des planches en noir et blanc rehaussées de gris, il peint le ciel noir au-dessus de la ville pour rythmer son histoire, dérouler les jours. En contradiction, la nature est magnifiée, chaque animal obtient un statut d’icône. La couleur apparaît lors des blasts de Polza, et sont de vrais dessins d’enfants qui s’intègrent parfaitement. Cela pourrait être du Picasso. Un univers incohérent, au-delà de la compréhension. Cette couleur devient alors subitement effrayante.

Elle apparaît également dans des collages monstrueux, réalisés par un malade mental rencontré à l’hôpital, pornographiques et rageurs, dérangeants. Et enfin, dans la seule bulle d’air de ce long tunnel, les strips en une bande de Jean-Yves Ferri et qui mettent en scène un ours bipolaire.

Le dessin de Blast ne souffre aucune critique. Son auteur trouve que le premier tome n’est pas bien dessiné, mais chaque trait transpire pourtant la souffrance, chaque coup de pinceau est d’une honnêteté sans faille. Jamais Larcenet n’aura autant senti ses planches, et le format hors norme de Blast est une preuve de cette volonté d’exprimer des sentiments profonds uniquement par des images et leur nécessaire contemplation.

La preuve que Larcenet sait transposer des sensations presque inexplicables tient dans quelques planches du second tome. Sans les nommer, notre anti-héros se retrouve à un concert des Red Hot Chili Peppers. A travers tous les auteurs de bd qui s’attellent à décrire le rock, il est celui qui s’approche le plus de la réalité d’un concert, de ce que peuvent déclencher la musique et la performance scénique. C’est enivrant, remarquable, fascinant et magnifique.

Regroupant des thèmes récurrents de Larcenet, comme la paternité, la nature, la vie en société et les exclus, œuvre monstrueuse par son format et son ambition, Blast ne constitue cependant pas une lecture facile et agréable. C’est une œuvre intègre qui propose le meilleur d’un dessinateur qui s’est imposé comme un auteur majeur en quelques albums. Mais c’est également une œuvre anxiogène, et même si, arrivé à la fin, certaines parties gagnent à être relues, Blast ne demande pas à devenir un ami cher.

Je suis sorti heureux de quitter cet univers étouffant. Cette noirceur s’explique aisément sur des poids lourds comme Maus ou Gen d’Hiroshima, car leur dimension historique et leur valeur de témoignage ne peuvent qu’être saluées. Sur une telle œuvre de fiction (enfin, j’espère), le désespoir demande beaucoup plus d’investissement émotionnel. Son succès et son qualificatif de chef d’œuvre ne sont malgré tout pas volés.

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Le retour à la terre, 1 : La vraie vie
Le retour à la terre, 1 : La vraie vie
par Manu Larcenet
Edition : Relié
Prix : EUR 11,99

4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 La commedia de Pulcinella, 11 juin 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le retour à la terre, 1 : La vraie vie (Relié)
Le retour à la terre est une série en cours en cinq tomes de Manu Larcenet, Jean-Yves Ferri et Brigitte Findakly. Elle est éditée chez Dargaud dans la collection Poisson Pilote.

A la fin des années 90, les auteurs prometteurs tels qu’issus de Fluide Glacial ou de l’Association sont approchés par les grands éditeurs. Dargaud lance la collection Poisson Pilote, qui porte ainsi bien son nom, puisque commencé au tout début de l’an 2000, elle ne propose que des auteurs de cette génération.

Manu Larcenet fait partie de la bande de Fluide Glacial, à l’époque entièrement en noir et blanc pour les pages intérieures, avec d’autres auteurs désormais de renom tels que Blutch ou Etienne Lecroart.

Dans sa série Blotch, Blutch transpose le journal à la belle époque et met en scène des alter-ego de ses collègues. Larcenet devient ainsi Larssinet, Gaudelette devient Gouttelette, et le journal se transforme en recueil de dessins humoristiques avec un simple récitatif, version Almanach Vermot.

Larcenet a toujours dessiné et écrit selon ses deux visages : l’un est enjoué, drôle, caustique, fan de punk et d’absurde, comme dans Bill Baroud. L’autre est angoissé, rempli de doutes et de troubles psychosomatiques ou réels. Dans sa collection On verra bien éditée aux Rêveurs de runes, il publie des histoires personnelles et très sombres sur son service militaire ou son statut d’auteur. Quittant la vie de banlieue qui sied à sa culture de la rue pour la campagne, cherchant sans doute un peu de calme, Larcenet voit son ami Jean-Yves Ferri lui proposer une méta-série mettant en scène son alter-ego Manu Larssinet dans cette nouvelle vie. C’est le Retour à la terre.

En cinq tomes, Manu Larssinet dompte donc le retour à la vie à la campagne, et devient un homme et père accompli. Les titres des tomes ne trompent pas : La vraie vie, Les projets, Le vaste monde, Le déluge, Les révolutions. Chacun apporte son lot de tracas quotidiens, des premiers problèmes de connexion internet aux manques de la vie citadine, de la nature indomptable aux joies du potager.

En choisissant la format en demies-planches, Ferri remet au goût du jour les gags de Gaston, maniant un humour de situation proche des sitcoms américaines, où un seul regard peut faire office de blague. Il garde également un scénario en filigrane, où chaque album trouve une conclusion et se concentre sur quelques péripéties déclinées sur plusieurs gags : l’abattage de châtaigner, le dessin pour l’affiche de la fête du cochon, la convention de bd, le week-end du frère citadin…

Cela génère une galerie de personnages touchants et tous attachants, du maire magouilleur à la vieille ancienne résistante, des potes punks aux autochtones rustres mais accueillants, du chat paumé au chien de berger. Ensemble, ils festoient aux Ravenelles (la ferme des Larssinet), recueillent des ravers pourchassés par la maréchaussée, affrontent Paris et ses éditeurs, jouent de la musique et goûtent aux produits de la terre.

Larcenet dessine tout cela simplement, sans fioritures, mais avec un dynamisme fantastique, une science de l’onomatopée, et donne vie à de vrais personnages avec trois traits universels mais qui une fois associés prennent une toute autre signification.

Ferri écrit sa méta-série en mettant en abyme cette même série, menant à une suite de gags métaphysiques sur le personnage de papier et son modèle réel, tout en gardant un réalisme savoureux. Jamais le lecteur n’est perdu ou ennuyé par ces petites scènes parfois anecdotiques.

Parfois, la demie-planche devient une seule case, et le dessin devient un vrai dessin humoristique à la Sempé, le texte du bas remplacé par le titre du gag en haut à gauche. Les couleurs de Brigitte Findakly sont fonctionnelles mais également rassurantes, jamais agressives ou déplacées, soulignant l’état d’esprit d’une série aussi poétique que drôle.

Partageant les valeurs de l’entraide et du partage, les personnages du Retour à la terre essaient constamment de trouver un équilibre entre la modernité du monde et la nature toujours indomptable. Les solutions qu’ils trouvent sont souvent désarmantes de simplicité et célèbrent toujours l’amour de la vie, des enfants, des bonheurs évidents. Tout comme son illustre modèle, ses relectures n’ennuient jamais et rendent toujours euphoriques et heureux. Elle fournit des blagues à la vie de tous les jours, rendent complices : ma fille me demande régulièrement quand allons-nous aux Ravenelles, alors qu’elle pense en fait à un autre endroit.

Publiée entre 2002 et 2008, la série n’est pas officiellement terminée, mais j’ai personnellement peu d’espoir de voir un tome 6 un jour. Cela n’est pas problématique malgré l’évolution du trait de Larcenet, qui devient plus sec et anguleux avec le temps, cherchant sans cesse la vérité dans le mouvement naturel de ses pinceaux.

Grand succès commercial, la série est pourtant moins reconnue que celles que Larcenet développa seul comme Le combat ordinaire ou Blast. Elle ne mérite pourtant pas d’être ignorée tant ses qualités sont nombreuses et son sujet tellement universel qu’elle n’est pas prête de veillir.

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New Day Rising
New Day Rising
Prix : EUR 20,43

1 internaute sur 3 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Le problème est résolu, 15 avril 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : New Day Rising (CD)
Mon monde a changé. J'ai beau me considérer mélomane, j'ai et aurai sans doute toujours un manque complet de culture sur certains types de musique (la cubaine par exemple). C'est embarrassant, mais comme me le faisait remarquer un ami, avec l'âge, c'en est un peu fini, de l'éclectisme. On se connaît mieux soi-même, on sait ce qui nous plaît le plus, on cherche finalement des déclinaisons heureuses de nos goûts.

Cela doit faire maintenant dix ans que je ne suis plus l'actualité musicale comme avant. J'ai laissé tomber, j'ai eu du mal à tenir à l'évolution, celle venue de YouTube, des sites musicaux où l'on trouve des concerts privés, celle des blogs, des fournisseurs de streaming. Du coup je me suis perdu. Du coup, je me suis tourné vers le passé, celui que je ne connais pas, et j'écoute maintenant essentiellement des intégrales. Désormais, enfin, il est possible de découvrir un artiste autrement que par ses seuls singles, enfin on peut trouver des albums rares dont on nous rabâche les oreilles depuis toujours, enfin il est possible de découvrir des artistes inconnus via les conseils algorithmés de Deezer ou Lastfm. On fait même des découvertes ahurissantes, comme l'album Ophicius. Du coup, l'actualité n'a plus autant d'attraits.

Et puis surtout, le temps des critiques rock omnipotents, gardiens du bon goût, assassins vicieux et crypto-attachés de presse de maisons de disque aussi dirigistes que vénales, est terminé. Enfin, on peut se faire sa propre opinion, enfin on trouve des passionnés à qui la parole est offerte, enfin les petits groupes peuvent diffuser leur musique sans passer par un intermédiaire. Steve Albini en parle bien mieux que moi.

Ca évitera de louper des trucs. Je pense par exemple à Divine Comedy. Pendant des mois, les Inrocks version radio n'ont passé que la chanson Europop tirée du premier album du groupe de Neil Hannon. Ce truc sorti des années 80 me semblait bien trop à la mode, mis en avant par une bande de nostalgiques des années cold-wave synthés, j'ai donc passé mon tour. Alors qu'en fait, ce titre n'est absolument pas représentatif du disque. Résultat, des mois de perdus.

Et avec Hüsker Dü, ces mois devinrent des années. Fan de Sugar depuis les débuts, et comme les Pixies restent pour moi le groupe de référence, il était temps que je découvre leur réelle inspiration, il fallait que je me penche sur les autres œuvres de Bob Mould, ancien chanteur-guitariste-compositeur de Hüsker Dü. Hüsker Dü, c'est une légende, c'est la base d'un large pourcentage de ma musique favorite : le punk mélodique. Mais c'est aussi un groupe peu vendeur après sa séparation, les disques ne sont pas faciles à trouver, ou à un prix bien élevé... Que me dit la critique ? Qu'il faut écouter Zen Arcade, double album, double chef d'oeuvre. Sauf que Zen Arcade ne m'accroche pas. Le son, évidemment, n'est pas à la fête - ce sont les années 80 et le punk pense encore devoir être au rabais -, les titres varient entre l'original, le bon et l'accessoire, et cela se termine par quatorze minutes de bruit, un peu répétitif, un peu vain. Je les oublie.

Avec le récent retour de Bob Mould, qui décide de renouer avec le popcore, cette pop rapide et vitaminée, mélange de punk et de chansons enjouées, cette power-pop qui trouve sa base chez Big Star, ma curiosité sur ce groupe revint à la charge. Il faut dire que le bonhomme fait une tournée qui passe par chez moi et a décidé de mettre dans sa setlist des titres de ses anciennes formations pour obtenir un mélange condensé de son oeuvre.

C'est New Day Rising qui déclencha ce que j'avais loupé auparavant. Où l'on apprend comment écorcher un chat, à célébrer l'été, au droit de fantasmer sur la fille de la colline (en réalité une marque de vodka bue par une amie cancéreuse de Grant Hart, batteur et autre compositeur / chanteur du groupe), à celui de lire des livres sur les soucoupes volantes. Beaucoup plus concis que Zen Arcade, moins expérimental mais plus abouti, il va à l'essentiel sans pause ou presque.

Alors que Zen Arcade multipliait les pistes, ici tout est digéré : la guitare acoustique comme les parties de piano entrent naturellement dans les compositions, plus complexes que le punk de course automobile Nascar des débuts mais toujours rapide et parfois martial (New Day Rising, la chanson). La volonté de faire des disques studios identiques aux concerts est dépassée, le groupe comprend qu'il peut complexifier sa musique tout en restant intègre à son discours. Le son est meilleur mais malgré tout la production n'est pas encore à la hauteur des compositions. Pourtant c'est un disque d'un seul bloc, sans fausse note, à l'identité unique.

Et puis il y a un titre magique, Celebrated Summer. En quatre minutes, tous les étés qui sonnent encore comme des vacances scolaires sont résumés, avec l'hiver très adulte qui pointe lors du pont, étrangement acoustique et calme. Quiet / Loud, la recette des Pixies et de Nirvana... Même s'ils avaient trouvé la bonne formule avec ce New Day Rising, les membres d'Hüsker Dü avaient compris que le rock devait rester adolescent. Ce qui manque cruellement de nos jours, tant le rock sonne adulte, ennuyeux, raisonnable, professionnel. Je vais encore attendre quelques étés avant de me mettre à Alt-J je crois.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : May 22, 2015 10:38 AM MEST


Cendrillon : Bons baisers de Fableville
Cendrillon : Bons baisers de Fableville
par Chris Roberson
Edition : Album
Prix : EUR 22,50

3 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Casino fablesque, 2 mars 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Cendrillon : Bons baisers de Fableville (Album)
Cendrillon Fables est un spin-off (une série dérivée) de la série Fables par Bill Willingham et Mark Buckingham.

Ces aventures sont écrites par Chris Roberson sous la supervision de Bill Willingham, dessinée par Shawn McManus et coloriées par Lee Loughride. Les illustrations de couverture sont le fait de Chrissie Zullo.

Depuis longtemps déjà, Cendrillon a mené des aventures d’espionne dans la série régulière Fables. Une des premières était d’ailleurs plutôt une mission diplomatique, mais par la suite, elles deviennent bien plus dangereuses.

Petit rappel : dans le monde de Fables, les personnages de contes et récits fantastiques ont été repoussés dans le monde commun (le monde réel) par un envahisseur appelé l’Adversaire. Depuis des siècles, ils habitent à Fableville (Fabletown en VO), en plein cœur de New-York, ou à la Ferme, un endroit isolé, pour ceux qui ne sont pas assez humains pour passer inaperçus.

Ici, les références à l’espionnage version James Bond abondent : le ton est à l’amusement et à l’aventure, il y a de la romance et du sexe, beaucoup de voyages dans des décors exotiques, et les titres font références à des classiques du cinéma de 007.

Cet album édité en France par Urban comics contient deux arcs, deux histoires complètes : Bons baisers de Fableville (From Fabletown with love) et Les Fables sont éternels (Fables are forever). Il semblerait que le succès n’ait pas été au rendez-vous aux Etats-Unis, la série semble donc arrêtée pour un bon bout de temps, voire terminée.

Chaque histoire se divise en six épisodes, chacun se terminant par un cliffhanger plus ou moins habile jusqu’à la conclusion. Il s’agit de donner envie au lecteur de se précipiter sur la suite, mais le suspense n’est pas souvent à son comble, car on ne croit jamais que Cendrillon puisse faillir, tout comme son modèle de pellicule.

De la même façon, chaque histoire débute avec une scène d’action dans un lieu exotique ou graphique, puis une mission est assignée. Cendrillon passe même chez Frau Totenkinder, une sorcière très puissante qui joue ici le rôle de Q et fournit donc des gadgets magiques à notre princesse de choc.

Afin de coller à ces précédentes aventures, Roberson utilise le même procédé que Willingham dans Fables : chaque action est commentée, dans des récitatifs, par Cendrillon elle-même. Ces pensées nous apprennent énormément d’informations quant à l’action qui se déroule et aux choix que fait la meilleure espionne du monde.

Car Cendrillon a plusieurs siècles d’expérience, et est un Fable de grande renommée dans le monde commun. Ce dernier avantage lui permet d’avoir une résistance hors-norme, car plus un Fable est populaire, plus de gens croient en lui, plus il est résistant. De plus, Cendrillon est une belle blonde, elle peut donc facilement jouer la fille riche, oisive et sans cervelle qui part en vacances. Elle a même une couverture à Fableville : elle possède un magasin de chaussures, La pantoufle de vair.

Le capital sympathie est donc au plus haut lorsque l’on commence ces histoires. Sans réellement dépoussiérer le mythe de l’agent secret, Cendrillon (enfin, appelez-la Cindy si vous êtes ami(e) avec elle) est donc une femme forte, autant que Blanche-Neige sans doute. Forte, mais dans un sens masculin : c’est elle qui mène la danse, se bat le mieux, gagne contre des brutes épaisses autant que les génies du mal, séduit les beaux gosses un peu dépassés puis les oublie. Cindy a ses Cindy’s boys, mutiques et pas très malins.

Car même si elle dit ne plus croire à l’amour éternel, elle se comporte comme un vrai macho. Dans la série régulière, Cendrillon était présentée comme dangereuse, voire psychotique, tuant calmement des trafiquants, sans état d’âme. Ici, c’est son pendant fantasmé qui est présenté et même si il est toujours agréable de voir une fille jouer un premier rôle, il est toujours dommage de reproduire certains clichés vieillots. Dans Les Fables sont éternels, elle se présente même comme une patriote… Fableville serait donc un pays à part entière, comme les Etats-Unis ou la Syrie.

C’est là que l’erreur se produit : lorsque la parodie, au départ légère, bascule dans le conformisme et abuse des clichés conservateurs. Cendrillon n’est pas une femme libérée, elle reste le pion de Blanche-Neige, de la Bête (qui remplace Bigby, son premier mentor) et de Frau Totenkinder pour un certain statu-quo. C’est une chienne de garde, alors que j’aurai adoré la voir féministe.

Pour autant, l’écriture est fluide et agréable, et les récitatifs de Cendrillon font souvent mouche lorsqu’elle explique ses extraordinaires capacités et tout ce dont elle doit user comme ruses et moyens pour exercer son métier. Le dessin est semi-réaliste et ne fournit pas de nombreux détails. Il oscille entre le bon et le mauvais, sent parfois l’amateurisme. Certaines erreurs anatomiques agressent l’oeil, mais le découpage et les couleurs qui ne sont jamais agressives compensent des traits parfois trop sommaires.

Alors que la première histoire reste originale malgré toutes les recettes utilisées dans les films de James Bond, la seconde est répétitive et sans réel enjeu, la fin n’arrive clairement pas assez vite. Cela a dû précipiter les chutes de vente, malgré les sauts acrobatiques de Cindy dans le désert ou les tours de Londres.

Au final, c’est un bon divertissement, léger et balisé, maniant habilement les flashbacks. Mais en s’éloignant d’une Cendrillon un peu plus originale, avec des histoires somme toute classique pour ses personnages, la série n’a pas su développer le ton que Fables entretient depuis presque deux cent épisodes, où le pire peut arriver, où les intrigues s’entrelacent et où chaque Fable a un rôle à jouer.

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