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LD (Paris, France)
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Mister Everywhere
Mister Everywhere
par Marc Bernard
Edition : Broché
Prix : EUR 23,00

5.0 étoiles sur 5 Pierre Rissient, ou "je crois avoir un oeil" : autoportrait d'un passeur (3), 25 septembre 2016
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Mister Everywhere (Broché)
Décidément, le mode de l'entretien pour brosser un autoportrait du passeur ayant connu l'époque de la cinéphilie triomphante semble particulièrement prisé ces derniers temps. Bertrand Tavernier y avait eu recours il y a quelques années, avec Noël Simsolo : Le cinéma dans le sang. Jean Douchet a ensuite fait paraître le fruit de ses conversations avec Joël Magny : L'homme cinéma. Puis cela a été le tour de Michel Ciment de répondre aux questions de N.T. Binh : Le cinéma en partage. Cela constitue d'autant moins une surprise dans les cas de Douchet et de Ciment que la parole a toujours été au centre de leur activité critique, à parité pour ce dernier avec l'interview des praticiens et penseurs du cinéma. A en croire Binh et Ciment, l'idée de cet échange est née à la suite du documentaire réalisé par Simone Lainé en 2010, intitulé "Le cinéma en partage", dont le dvd est d'ailleurs gracieusement "offert en supplément" avec le livre.

Ces trois ouvrages, quoi qu'on puisse trouver à y redire ici ou là, brossent pour autant que je puisse en juger des (auto)portraits assez fidèles des personnes concernées. Trois personnalités qu'il est loisible de trouver attachantes, quels que soient ses propres tropismes si l'on est cinéphile et lecteur d'écrits sur le cinéma. Je ne ferai pas mystère que je penche du côté de Positif, la revue au comité de rédaction de laquelle Ciment est en quelque sorte un super-membre (puisqu'il n'y a pas de rédacteur en chef) - je ne pourrais de toute façon guère le cacher puisque j'ai déjà commenté plusieurs des livres de rédacteurs de cette revue, dont Ciment, et que je la cite ici et là. Mais je lis très régulièrement d'autres publications et fais partie des personnes qui, quand bien même elles se sentiraient plus proches d'une chapelle, n'ont pas l'adhésion ou le rejet aveugle. Evidemment, dans le cas de Tavernier une bonne partie du livre étant consacrée à sa carrière de cinéaste, il ne se limite pas à sa formation et à ses activités de critique et d'attaché de presse. Mais dans les trois cas cela leur permet surtout de faire leur histoire personnelle de la cinéphilie depuis les années 60, qui accompagne naturellement le récit de l'accomplissement d'une vie d'intellectuel tournant autour du cinéma. Beaucoup de lecteurs risquent de découvrir que ces trois-là, quelle que soit la réputation qu'on a pu leur faire, ne sont pas sectaires et ont une conception relativement ouverte du rapport au cinéma et à la cinéphilie, quand bien même elle aurait pris des chemins en partie divergents.

En 2016, c'est au tour de Pierre Rissient. Il était temps, et c'était plus que nécessaire - des quatre cités, il est celui dont le nom est le plus ignoré. Dans Mister Everywhere, il répond aux questions du journaliste du Monde Samuel Blumenfeld. Rissient est le plus souvent connu des cinéphiles, pour tout ou partie de ses activités. Mais pas par tous, et ce livre peut venir redresser une injustice et permettre de rendre à César ce qui lui appartient. Il est vrai que, pour nombre de raisons, dont la plupart sont exposées dans le livre, si Rissient est un des hommes de l'ombre les plus influents du milieu du cinéma (et certainement pas qu'en France), il est précisément cela : un homme de l'ombre. Il fallait donc bien un livre pour jeter la lumière sur lui, sur ce qu'il a fait et rendu possible.

Car si j'ajoute Rissient à la liste des passeurs établie ci-dessus, il a également, et peut-être avant tout, été un découvreur et un facilitateur. Ce que je savais de Rissient avant, et ce qui est renforcé à la lecture de ces entretiens, c'est à quel point il a contribué à faire découvrir, émerger, faire connaître et circuler les œuvres et les noms de plus d'un cinéaste (voir pour une première liste la présentation de l'éditeur ci-dessus). De ses activités au Mac-Mahon (de la simple suggestion à la programmation) à celles d'attaché de presse (avec Bertrand Tavernier en particulier) et de distributeur dans les années 50-60, de ses découvertes pendant ses voyages (en particulier en Asie) à celles de sélectionneur ou de conseilleur pour les festivals (en particulier Cannes) dans les décennies suivantes, de ses collaborations directes avec tel ou tel cinéaste à son rôle de producteur exécutif pour d'autres, le livre couvre tout le terrain d'une vie riche d'activités diverses liées au cinéma.

Ce qui était évident pour qui avait déjà entendu Rissient parler et est rendu manifeste par ces entretiens qui lui ressemblent, ô combien, c'est à quel point il a été porté toute sa vie par une conception de la mise en scène, à quel point il peut être intransigeant aussi. Homme que l'on pressent entier, sûr d'avoir raison sur certains points, il reconnaît que le peu de compromis qu'il a faits dans sa vie lui ont joué des tours.* On peut être en désaccord avec lui sur telle ou telle question, et nombre de cinéphiles le seront avec certaines de ses assertions - il m'est ainsi difficile de penser comme lui que le Vertigo de Hitchcock est "une horreur" ou qu'America America est "incroyablement surfait" - mais sa connaissance et sa vision de la création cinématographique depuis un siècle ne peuvent manquer de passionner. En outre, je lui serai quant à moi éternellement gré d'avoir contribué à faire connaître chez nous des cinéastes comme King Hu, Jane Campion ou Lee Chang-dong, mais aussi d'avoir été responsable du regain de certains cinéastes comme Jerry Schatzberg, ainsi que d'un écrivain aussi génial que Jim Thompson, qui était alcoolique et en train de sombrer dans l'oubli.

En dehors de donner sa propre vision du cinéma et de la mise en scène et de définir ce qu'ont été ses diverses activités, Rissient raconte aussi quelques histoires et anecdotes bien senties. Qu'il parle de Fritz Lang, qu'il a côtoyé, de John Ford ou d'autres que Tavernier et lui faisaient venir à Paris et qu'ils étaient obligés de faire changer d'hôtel tous les soirs ou presque tant ils étaient imbibés, de ses admirations (Raoul Walsh) ou de ceux qu'il a trouvés humainement décevants à l'usage, les souvenirs de Rissient sont précieux. On ne regrettera que les moments où il s'arrête un peu trop tôt, alors que l'on sent bien qu'il n'a pas tout à fait terminé son récit. Rissient n'est pas toujours modeste, à l'occasion un peu cassant, mais en définitive, lorsqu'il conclut sur le fait qu'il "croit avoir un œil", on sait qu'on ne peut que lui donner raison et que les façons dont il a choisi de l'exercer sont toutes peu ou prou à admirer.

Avec 250 pages d'entretiens, le livre de chez Actes Sud est généreux, mais il s'avère au bout du compte presque trop court. Mister Everywhere - surnom trouvé par Clint Eastwood, que Rissient a contribué à établir en tant que metteur en scène à prendre au sérieux, en France mais aussi aux Etats-Unis, et qui signe une des préfaces avec Bertrand Tavernier - est quoi qu'il en soit un témoignage précieux de ce qu'aura pu réaliser un passeur cinéphile à une époque où il était bien plus aisé - et nécessaire - qu'aujourd'hui de défricher. Rissient aura eu un impact considérable dans la façon dont la perception de nombre de cinéastes s'est établie et a évolué. Il aura également contribué à (re-)diriger l'activité créatrice de certains. Deux documentaires lui ont été consacrés, dont un qui a été présenté à Cannes cette année. Mais ce livre, avec les bonnes questions et relances de Samuel Blumenfeld, s’imposait. Espérons qu'il aura un lectorat qui ne sera pas que confidentiel, car tous les lecteurs apprendront beaucoup, qu'ils soient des cinéphiles avertis ou non.

* Après avoir dédié le livre à trois amis disparus, il indique ne pas le dédier "aux tartuffes, faux jetons, faux derches, comme le disait Edwin Rolfe 'the fakes, fools, and swines'. Suivez mon regard..." Voilà une entrée en matière qui en dit déjà long sur le personnage.


Chostakovitch: Cello Concertos Nos. 1 & 2
Chostakovitch: Cello Concertos Nos. 1 & 2
Prix : EUR 14,99

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Enfin..., 25 septembre 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Chostakovitch: Cello Concertos Nos. 1 & 2 (CD)
... une réussite complète dans ces deux œuvres. Ces derniers temps, même les plus doué(e)s des violoncellistes en vue n'avaient pas réussi à livrer des versions entièrement satisfaisantes, sans que leur prestation soit forcément en cause d'ailleurs, car elles n'étaient souvent pas idéalement accompagnées - si Sol Gabetta a eu plutôt de la chance pour le 2ème (Chostakovitch : Concerto pour violoncelle n° 2, op. 126 - Sonate pour voloncelle et piano, op.40), cela a été beaucoup moins le cas pour le 1er, dans lequel le Philharmonique de Munich dirigé par Lorin Maazel empâtait plus qu'un peu son interprétation (Shostakovich : Cello Concerto No. 1, Rachmaninov : Sonata For Cello And Piano Op. 1) ; et même si je persiste à avoir de l'admiration pour la version livrée par Emmanuelle Bertrand (Chostakovitch : Concerto pour violoncelle n° 1 op.107 - Sonate pour violoncelle et piano op.40 - Moderato), il faut bien avouer que l'orchestre gallois avec lequel elle joue se caractérise par une acidité certaine.

Il est ces dernières années devenu évident que la violoncelliste américaine Alisa Weilerstein était en train de rejoindre le haut du panier de la jeune génération. Il ne faudra pas plus que ce nouveau disque consacré aux deux concertos pour violoncelles de Dimitri Chostakovitch - Chostakovitch: Cello Concertos Nos. 1 & 2 - pour faire office d'ample confirmation.

Tout d'abord, c'est toujours une bonne nouvelle que de trouver ces deux œuvres réunies. Nombre de violoncellistes s'étant colleté aux concertos de Chostakovitch ces dernières décennies, on ne peut pas avancer que l'une de ces deux œuvres est franchement délaissée. Cela dit, le 2ème reste tout de même moins fréquenté, au concert et au disque, que le 1er. Dès la lecture des notes de pochette, les choses sont claires : Alisa Weilerstein, comme le dédicataire des deux œuvres, Mstislav Rostropovitch, pense que Chostakovitch s'est bien plus livré dans le 2ème Concerto, et semble avoir une affection particulière pour lui. Si l'on va beaucoup répéter à son propos qu'Alisa Weilerstein a joué Chostakovitch devant Rostropovitch, il est évident à l'entendre que, si elle a su entendre ses conseils, elle n'est pas un clone du maître. Lorsqu'on l'entend jouer ces œuvres, une douzaine d'années plus tard, on ne peut que se dire qu'elle a complètement assimilé ses remarques, en particulier celle, centrale, l'engageant à exprimer les sentiments sans les mettre en bandoulière.

A l'aise dans les passages rapides, adepte d'une vélocité qui ne tourne pour autant jamais à la pyrotechnie sans âme, elle sait tout aussi bien tourner les phrases élégiaques propres au compositeur sans les laisser s'affaisser sur elles-mêmes et sans les surcharger de pathos. Dans les deux concertos, en particulier dans le 1er mouvement du 2ème, les développements peuvent ainsi se charger de tout leur poids et de tout leur sens, sans jamais tomber dans le marasme qui menace certaines interprétations.

Encore faut-il préciser qu'elle est considérablement aidée en cela par un Orchestre de la Radio bavaroise sur lequel on sait qu'on peut le plus généralement compter mais qui est ici partout adéquat. Le 1er a été enregistré sans public, le 2ème lors d'un concert, mais il n'y a de déficit d'engagement à noter dans aucun des deux cas. Pablo Heras-Casado enregistre beaucoup et ce que j'ai pu entendre m'a semblé très variable. J'avoue avoir été contrairement à beaucoup très peu convaincu par ses prestations avec le Freiburger Barockorchester dans Schumann (Schumann: Violin Concerto). Mais franchement, une fois posé qu'il est là à la tête d'un orchestre bien différent, j'aurais mauvaise grâce à trouver à redire à ce que fait l'orchestre dans ces œuvres et/ou à sa direction. On pourra toujours trouver tel moment pas tout à fait assez abrasif ou tel effet un peu appuyé, la Radio bavaroise fait bien mieux qu'assurer le minimum syndical du début à la fin des deux concertos.

Pour revenir au violoncelle, il est très bien capté dans les deux œuvres. La prise de son est assez naturelle pour qu'il n'y ait pas de déséquilibre flagrant entre soliste et orchestre. Que son violoncelle déploie son chant ou qu'il laisse filer des traits plus acerbes, tout est audible sans être indûment mis en avant. Cela est dû à une captation bien réalisée, sans aucun doute, mais surtout à la technique remarquable d'Alisa Weilerstein, que l'on ne sent jamais en difficulté alors même qu'elle "y va", qu'on ne peut lui reprocher de rester sur la réserve.

Au bout du compte, peut-être la version la plus satisfaisante de ces deux œuvres réunies depuis un bon bout de temps. Espérons que nous aurons l'occasion de voir Alisa Weilerstein un peu plus en concert dans nos contrées prochainement, et saluons Decca pour avoir contribué à cette réussite - alors que ce label, comme beaucoup d'autres, ne sort plus qu'au compte-gouttes des albums qui ressemblent à autre chose qu'à des produits jetables, on ne peut qu'espérer qu'ils sauront continuer à mettre en valeur au mieux, comme ici, les musiciens les plus talentueux de leur écurie.


Tctchaikovsky-Chostakovitch/String Quartets
Tctchaikovsky-Chostakovitch/String Quartets
Prix : EUR 16,99

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Russissime, 24 septembre 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Tctchaikovsky-Chostakovitch/String Quartets (CD)
Non, il n'y a pas eu de Quatuor Oïstrakh comme il a pu y avoir un Trio Oïstrakh, avec le Roi David lui-même au violon. Ce sont de jeunes instrumentistes russes qui ont fondé cet ensemble il y a quelques années. Il y a évidemment pire figure tutélaire, et si le premier violon Andrey Baranov n'a sans doute pas cherché ainsi à se mesurer au maître, il a de toute évidence plus d'un atout - mentionnons qu'il a été lauréat du Prix Reine Elisabeth en 2012.

C'est de toute façon l'ensemble qu'il faut saluer et pas le seul primarius. Encore un quatuor d'un haut niveau qui vient se placer sur un podium particulièrement fréquenté aujourd'hui. Même s'il y a abondance de biens dans le domaine du quatuor, ce premier enregistrement les propulse à mes oreilles immédiatement aux côtés des meilleurs. Dans ce programme taillé sur mesure pour un quatuor russe - 2ème de Tchaikovsky, 8ème de Chostakovitch - ils affichent dans le même mouvement une technique des plus assurées et un caractère bien trempé.

Flattés par une prise de son chaleureuse qui donne du corps à l'ensemble, captés plutôt globalement sans que cela se fasse trop au détriment de la netteté - seul les contours du son du violoncelle peuvent parfois sembler un petit peu flous - ils se montrent également à l'aise chez les deux compositeurs. Il faut entendre, dans le Tchaikovsky, les dernières minutes de l'Andante, en tout point merveilleuses : quelle maîtrise dans la conduite du discours, dans la tension comme dans les épanchements douloureux. Mais c'est dans le 8ème Quatuor de Chostakovitch qu'ils peuvent donner toute leur mesure. Celui qui reste probablement le plus connu des 15 Quatuors de Chostakovitch a connu de bien belles versions ces dernières années, de celle du Quatuor Jerusalem à celle du Quatuor Pacifica (mais c'est de toute façon leur intégrale tout entière qui est à saluer). Mais aucune sans doute n'est aussi coruscante. Avec le Quatuor Oïstrakh, on ne risque pas d'oublier ce que ce Quatuor porte en lui de douleur et de violence - rappelons pour mémoire que Chostakovich le composa à Dresde, encore largement meurtrie au tout début des années 60. Tout dans cette version m'a semblé frappé au coin de l'évidence, à commencer par le poids du Largo, qui pour autant ne s'enlise jamais, à l'extrême virulence de l'Allegro molto, un des plus extraordinaires qu'il m'ait été donné d'entendre. Une technique sans faille, cela ne suffit pas, mais il est indéniable qu'elle les aide considérablement dans cette débauche expressive qui laisse pantois. Tout le reste est à l'avenant, d'une force peu commune, manquant à peine de nuances ici et là, et on ne peut pas ne pas se demander ce que Chostakovitch d'une part, Oïstrakh d'autre part, se seraient dit à l'écoute de cette interprétation. Quoi qu'il en soit, cela m'étonnerait que ce dernier aurait trouvé à redire à ce qu'un tel ensemble porte son nom. Quel plus bel hommage à l'un des plus extraordinaires musiciens du 20ème siècle (Oistrakh : Artiste Du Peuple?) qu'un tel enregistrement, réalisation exemplaire à tous les points de vue et révélation fracassante d'un ensemble qui ne manquera pas de compter, dans la vie musicale russe et, espérons-le, ailleurs.

J'ajoute qu'à la suite du 8ème, on trouve l'Elégie, qui n'est autre que la transcription d'un des plus beaux airs de son opéra Lady Macbeth de Mzensk, et la Polka transcrite de son ballet L'Age d'or.

Je n'ai pas encore cité dans ce commentaire le Quatuor Borodine, mais c'est parce que je le gardais pour la bonne bouche. Chez l'un comme chez l'autre compositeur, les Borodine ont évidemment livré parmi les gravures les plus essentielles. Pour ce qui est du 8ème de Chostakovitch, rappelons qu'on le trouve dans la première intégrale - Chostakovitch : Intégrale des Quatuors à cordes - mais aussi dans l'extraordinaire florilège plus tardif - Chostakovitch : Quatuors à cordes n° 2, 3, 7, 8 et 12. Pour Tchaikovsky, l'intégrale s'impose là aussi : Tchaïkovski : Quatuors à cordes (intégrale) - Souvenir de Florence. On ne saurait oublier d'indiquer le remarquable dvd qui permet de les voir faire ces deux œuvres et deux autres des mêmes compositeurs sur une seule galette (mais avec un son moyen, il faut bien le reconnaître) : Tchaikovsky Quatuors A Cordes 1 & 2 & Chostakovitch Quatuors N° 3 & 8. Que des diamants bruts, à peu de choses près.

Cela n'enlève toutefois pas grand-chose à la réussite du Quatuor David Oïstrakh, à qui l'on souhaite une vie aussi longue que celle des Borodine.


Brahms: String Quartet No.1, String Quintet No.2 by Belcea Quartet (2009-02-24)
Brahms: String Quartet No.1, String Quintet No.2 by Belcea Quartet (2009-02-24)
Proposé par FHL Store
Prix : EUR 38,58

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Les Belcea dans Brahms : un peu hautain à l'occasion, mais aussi chaleureux et plein d'élan, 6 septembre 2016
Et depuis qu'EMI, le grand label qui l'avait bien mis en valeur l'a laissé tomber, le Quatuor Belcea continue son bonhomme de chemin, dans des concerts et des disques en règle générale de très haut niveau. Chez Zig-Zag Territoires, ils ont gravé quelques galettes depuis maintenant quelques années. Ce qui les a occupés ces dernières années - jouer l'intégrale des Quatuors de Beethoven - s'est aujourd'hui non seulement concrétisé dans un coffret de CD (Beethoven : Intégrale des Quatuors) mais aussi dans un coffret dvd ou blu-ray que je ne peux que recommander chaleureusement (bien que je sois loin de l'avoir regardé en entier) : Comp Str Qrts Qrts / Comp Str Qrts Qrts - blu-ray

Les deux premières phrases du paragraphe ci-dessus, je les ai reprises telles quelles de mon commentaire sur le dernier disque Brahms du Quatuor Takacs, qui fait quant à lui les beaux jours du label anglais Hyperion. Mais quel dommage que ces ensembles, toujours aussi excellents, ne soient plus mis en valeur comme il y a quelque temps. Ces labels, qui continuent à faire enregistrer, souvent dans de très bonnes conditions, des musiciens au sommet de leur talent, n'ont hélas pas la force de frappe qui leur permettrait de remettre sur le devant de la scène des artistes qui le mériteraient pourtant tout autant, sinon plus, que beaucoup d'autres. Il n'est certes pas vraiment dans la nature des Quatuors d'être starisés, mais ceux qui le sont le méritent-ils vraiment plus en 2015 que les Belcea, Takacs, Hagen, Prazak, Pavel Haas, Jerusalem, Pacifica (liste non limitative)?

Il reste que les disques précédents de ces ensembles majeurs ne sont pas à délaisser, tant s'en faut. Je connaissais les Belcea essentiellement pour leurs disques consacrés au répertoire plus récent, essentiellement leurs Bartok et leurs Britten. Les avoir entendus si extraordinaires dans Mozart lors d'un concert à la Biennale du Quatuor à Cordes à la Cité de la Musique en janvier 2014 m'a fait me pencher sur leurs disques EMI des années 2000, en particulier les Mozart et Brahms. Le Mozart - Mozart : Quatuors à cordes K465 "Dissonance" et K499 "Hoffmeister" - est très réussi, même si je n'y ai pas retrouvé toute la maturité qui se faisait jour dans le concert de l'année dernière ; il faut noter que ces disques ont été réalisés dans la première composition du Quatuor Belcea, la 2ème violon et le violoncelliste ayant changé depuis. Très proche des Berg, ils y donnent néanmoins plus qu'un goût de leur talent.

Le disque Brahms adjoint le Quatuor Op. 51 No. 1 au Quintette à cordes Op. 111 (le deuxième). Comme, à la suite de Mozart, Brahms a conçu ses quintettes à cordes en adjoignant un alto au quatuor (plutôt qu'un violoncelle, à la manière de Schubert), il fallait un altiste mieux que compétent. Il n'y avait pas besoin d'aller le chercher bien loin, étant donné que les Belcea ont travaillé de près avec les Berg : c'est Thomas Kakuska, leur altiste, qui vient renforcer les rangs.

Le second Quintette à cordes date de 1890, et c'est un des sommes dans le paysage si riche que forme l'ensemble de la musique de chambre du compositeur. Cet Opus 111 fait logiquement une bonne partie du prix de cet enregistrement. Mais le Quatuor, œuvre admirable s'il en fût, est loin d'être un simple complément, et leur interprétation frappe par la pertinence des tempos et la justesse des climats.

Le Quintette s'impose parmi les plus belles versions que je connaisse. Non pas qu'il n'y ait pas tout à fait admirable ailleurs - j'aime pour ma part énormément le Quatuor Hagen avec Gérard Caussé (Quintette à cordes n°1 & n°2), pour une vision sans doute dans l'ensemble plus finement réglée et équilibrée que celle des Takacs et Lawrence Power, que j'affectionne pourtant tout autant (Brahms : String Quintets / Quintettes à cordes). Je ne sais pas jusqu'à quel point les couleurs mordorées de cette œuvre doivent entraîner l'adjectif 'automnale', mais il est certain que les Belcea, pas plus que les Takacs, ne laissent jamais le climat automnal s'installer véritablement, y compris dans l'Adagio. S'ils peuvent en remontrer à d'autres en termes de chaleur et de plénitude sonore mais aussi de tension, peut-être ne faut-il pas attendre de leur part des alanguissements durables. L'Adagio, qui ne se donne pas comme ému, est cependant aussi captivant que finalement émouvant. Avec ses phrases magnifiquement galbées à l'alto et au violoncelle, il est conduit avec une volontaire absence de pathos qui pourrait nuire à la perception que l'on en a et à sa place dans l'œuvre, n'était le jugement sûr qui préside à son exécution et le fait échapper à la sécheresse. Il reste que les Takacs me semblent y faire entendre une douleur pleine de distinction qui étreint sans doute plus que la version un peu hautaine qu'en donnent les Belcea. Le 3ème mouvement, bénéficiant comme partout des traits très assurés du violoncelle d'Alasdair Tait, charme par son élan. Le dernier mouvement rejoint les autres pour sa vigueur (et leurs foucades, maîtrisées à la perfection). Partout, ce sont donc la sonorité épanouie (restituée par une prise de son aérée, à peine trop réverbérée) et l'énergie justement canalisée qui sont à admirer.

En conclusion, s'il me fallait conseiller une version relativement récente du 2ème Quintette, je conseillerais volontiers avant tout celle des Takacs ou des Hagen, surtout si l'on préfère avoir les deux Quintettes ensemble. Cela étant, ce disque des Belcea fait mieux que se défendre, et si l'on ne peut que regretter qu'ils n'aient pas enregistré d'autres œuvres de Brahms, ce couplage reste mieux qu'un pis-aller, ces deux œuvres splendides trouvant là une interprétation pas loin d'être magistrale.

Puisque j'en étais à parler des Hagen, excellents dans les Quintettes à cordes, je rappelle que leur version du Quintette avec piano (tenu par Paul Gulda), pour être idiosyncrasique, n'en est pas moins un moment de musique très vivifiant - Brahms-Quintette Piano (disponible comme le précédent et tous les autres disques DG des Hagen en pressage à la demande sur le site d'Arkivmusic lorsque les occasions proposées par des vendeurs tiers sont un peu trop onéreuses).

Signalons pour terminer que les nouveautés, pour ce qui est de la musique de chambre de Brahms, sont parfois de très grande qualité : le copieusement enregistré Quintette avec clarinette vient ainsi de bénéficier de deux versions qui sortent du lot - d'une part avec Martin Fröst à la clarinette (et Janine Jansen comme premier violon, grand luxe) Clarinet Quintet & Trio, d'autre part avec Anthony McGill et les Pacifica Mozart / Brahms : Clarinet Quintets - et les Sonates pour violon et piano sont à mon humble avis exceptionnellement servies par Corey Cerovsek et Paavali Jumppanen - Brahms:the Violin Sonatas.

NB En 2016, le Quatuor Belcea a ré-enregistré ce 1er Quatuor, mais c'est surtout qu'ils livrent enfin les trois. C'est d'autant plus une excellente nouvelle que le double cd comprend également une version du Quintette avec piano gravée avec Till Felllner. Ceux qui les ont entendus jouer cette œuvre en concert en gardent un souvenir ému. Un album qui fait très, très envie par un des très grands quatuors du moment (avec un pianiste non moins talentueux) : Quatuors à cordes N°1 à N°3 - Quintette pour piano et cordes. Par ailleurs, ils ont également fait paraître l'année dernière, cette fois-ci dans un enregistrement plus récent capté en vidéo, une exceptionnelle nouvelle intégrale des quatuors de Britten : Britten / the Complete String Quartets.


Brahms:String Quartet No.1
Brahms:String Quartet No.1

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5.0 étoiles sur 5 Les Belcea dans Brahms : un peu hautain à l'occasion, mais aussi chaleureux et plein d'élan, 6 septembre 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Brahms:String Quartet No.1 (CD)
Et depuis qu'EMI, le grand label qui l'avait bien mis en valeur l'a laissé tomber, le Quatuor Belcea continue son bonhomme de chemin, dans des concerts et des disques en règle générale de très haut niveau. Chez Zig-Zag Territoires, ils ont gravé quelques galettes depuis maintenant quelques années. Ce qui les a occupés ces dernières années - jouer l'intégrale des Quatuors de Beethoven - s'est aujourd'hui non seulement concrétisé dans un coffret de CD (Beethoven : Intégrale des Quatuors) mais aussi dans un coffret dvd ou blu-ray que je ne peux que recommander chaleureusement (bien que je sois loin de l'avoir regardé en entier) : Comp Str Qrts Qrts / Comp Str Qrts Qrts - blu-ray

Les deux premières phrases du paragraphe ci-dessus, je les ai reprises telles quelles de mon commentaire sur le dernier disque Brahms du Quatuor Takacs, qui fait quant à lui les beaux jours du label anglais Hyperion. Mais quel dommage que ces ensembles, toujours aussi excellents, ne soient plus mis en valeur comme il y a quelque temps. Ces labels, qui continuent à faire enregistrer, souvent dans de très bonnes conditions, des musiciens au sommet de leur talent, n'ont hélas pas la force de frappe qui leur permettrait de remettre sur le devant de la scène des artistes qui le mériteraient pourtant tout autant, sinon plus, que beaucoup d'autres. Il n'est certes pas vraiment dans la nature des Quatuors d'être starisés, mais ceux qui le sont le méritent-ils vraiment plus en 2015 que les Belcea, Takacs, Hagen, Prazak, Pavel Haas, Jerusalem, Pacifica (liste non limitative)?

Il reste que les disques précédents de ces ensembles majeurs ne sont pas à délaisser, tant s'en faut. Je connaissais les Belcea essentiellement pour leurs disques consacrés au répertoire plus récent, essentiellement leurs Bartok et leurs Britten. Les avoir entendus si extraordinaires dans Mozart lors d'un concert à la Biennale du Quatuor à Cordes à la Cité de la Musique en janvier 2014 m'a fait me pencher sur leurs disques EMI des années 2000, en particulier les Mozart et Brahms. Le Mozart - Mozart : Quatuors à cordes K465 "Dissonance" et K499 "Hoffmeister" - est très réussi, même si je n'y ai pas retrouvé toute la maturité qui se faisait jour dans le concert de l'année dernière ; il faut noter que ces disques ont été réalisés dans la première composition du Quatuor Belcea, la 2ème violon et le violoncelliste ayant changé depuis. Très proche des Berg, ils y donnent néanmoins plus qu'un goût de leur talent.

Le disque Brahms adjoint le Quatuor Op. 51 No. 1 au Quintette à cordes Op. 111 (le deuxième). Comme, à la suite de Mozart, Brahms a conçu ses quintettes à cordes en adjoignant un alto au quatuor (plutôt qu'un violoncelle, à la manière de Schubert), il fallait un altiste mieux que compétent. Il n'y avait pas besoin d'aller le chercher bien loin, étant donné que les Belcea ont travaillé de près avec les Berg : c'est Thomas Kakuska, leur altiste, qui vient renforcer les rangs.

Le second Quintette à cordes date de 1890, et c'est un des sommes dans le paysage si riche que forme l'ensemble de la musique de chambre du compositeur. Cet Opus 111 fait logiquement une bonne partie du prix de cet enregistrement. Mais le Quatuor, œuvre admirable s'il en fût, est loin d'être un simple complément, et leur interprétation frappe par la pertinence des tempos et la justesse des climats.

Le Quintette s'impose parmi les plus belles versions que je connaisse. Non pas qu'il n'y ait pas tout à fait admirable ailleurs - j'aime pour ma part énormément le Quatuor Hagen avec Gérard Caussé (Quintette à cordes n°1 & n°2), pour une vision sans doute dans l'ensemble plus finement réglée et équilibrée que celle des Takacs et Lawrence Power, que j'affectionne pourtant tout autant (Brahms : String Quintets / Quintettes à cordes). Je ne sais pas jusqu'à quel point les couleurs mordorées de cette œuvre doivent entraîner l'adjectif 'automnale', mais il est certain que les Belcea, pas plus que les Takacs, ne laissent jamais le climat automnal s'installer véritablement, y compris dans l'Adagio. S'ils peuvent en remontrer à d'autres en termes de chaleur et de plénitude sonore mais aussi de tension, peut-être ne faut-il pas attendre de leur part des alanguissements durables. L'Adagio, qui ne se donne pas comme ému, est cependant aussi captivant que finalement émouvant. Avec ses phrases magnifiquement galbées à l'alto et au violoncelle, il est conduit avec une volontaire absence de pathos qui pourrait nuire à la perception que l'on en a et à sa place dans l'œuvre, n'était le jugement sûr qui préside à son exécution et le fait échapper à la sécheresse. Il reste que les Takacs me semblent y faire entendre une douleur pleine de distinction qui étreint sans doute plus que la version un peu hautaine qu'en donnent les Belcea. Le 3ème mouvement, bénéficiant comme partout des traits très assurés du violoncelle d'Alasdair Tait, charme par son élan. Le dernier mouvement rejoint les autres pour sa vigueur (et leurs foucades, maîtrisées à la perfection). Partout, ce sont donc la sonorité épanouie (restituée par une prise de son aérée, à peine trop réverbérée) et l'énergie justement canalisée qui sont à admirer.

En conclusion, s'il me fallait conseiller une version relativement récente du 2ème Quintette, je conseillerais volontiers avant tout celle des Takacs ou des Hagen, surtout si l'on préfère avoir les deux Quintettes ensemble. Cela étant, ce disque des Belcea fait mieux que se défendre, et si l'on ne peut que regretter qu'ils n'aient pas enregistré d'autres œuvres de Brahms, ce couplage reste mieux qu'un pis-aller, ces deux œuvres splendides trouvant là une interprétation pas loin d'être magistrale.

Puisque j'en étais à parler des Hagen, excellents dans les Quintettes à cordes, je rappelle que leur version du Quintette avec piano (tenu par Paul Gulda), pour être idiosyncrasique, n'en est pas moins un moment de musique très vivifiant - Brahms-Quintette Piano (disponible comme le précédent et tous les autres disques DG des Hagen en pressage à la demande sur le site d'Arkivmusic lorsque les occasions proposées par des vendeurs tiers sont un peu trop onéreuses).

Signalons pour terminer que les nouveautés, pour ce qui est de la musique de chambre de Brahms, sont parfois de très grande qualité : le copieusement enregistré Quintette avec clarinette vient ainsi de bénéficier de deux versions qui sortent du lot - d'une part avec Martin Fröst à la clarinette (et Janine Jansen comme premier violon, grand luxe) Clarinet Quintet & Trio, d'autre part avec Anthony McGill et les Pacifica Mozart / Brahms : Clarinet Quintets - et les Sonates pour violon et piano sont à mon humble avis exceptionnellement servies par Corey Cerovsek et Paavali Jumppanen - Brahms:the Violin Sonatas.

NB En 2016, le Quatuor Belcea a ré-enregistré ce 1er Quatuor, mais c'est surtout qu'ils livrent enfin les trois. C'est d'autant plus une excellente nouvelle que le double cd comprend également une version du Quintette avec piano gravée avec Till Felllner. Ceux qui les ont entendus jouer cette œuvre en concert en gardent un souvenir ému. Un album qui fait très, très envie par un des très grands quatuors du moment (avec un pianiste non moins talentueux) : Quatuors à cordes N°1 à N°3 - Quintette pour piano et cordes. Par ailleurs, ils ont également fait paraître l'année dernière, cette fois-ci dans un enregistrement plus récent capté en vidéo, une exceptionnelle nouvelle intégrale des quatuors de Britten : Britten / the Complete String Quartets.


In the Mood for Love
In the Mood for Love
par Frédérique Toudoire-Surlapierre
Edition : Broché
Prix : EUR 22,40

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Deux ouvrages, parfaitement complémentaires (l'un en anglais l'autre en français), sur In the Mood for Love, 4 septembre 2016
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Ce commentaire fait référence à cette édition : In the Mood for Love (Broché)
Dans le milieu du cinéma, il y a des hommes de l'ombre, mi-esthètes mi-praticiens, qui font beaucoup pour faire parvenir jusqu'à nous des films venus de pays plus ou moins éloignés. A l'époque, pas si lointaine, où les œuvres de certaines contrées n'avaient pas droit à une diffusion aussi large que celle qu'elles peuvent à l'occasion avoir aujourd'hui, ces personnes ont été précieuses pour les faire connaître et les mettre en valeur aussi bien que possible. En France, nous avons Pierre Rissient, dont le rôle majeur pendant plusieurs décennies commence seulement à être un peu plus largement mis en exergue, parce qu'à défaut d'écrire il est à présent plus volontiers prêt à se confier. En ce qui concerne le cinéma asiatique, en particulier celui qui n'avait pas encore forcément sa place dans les grands festivals, à commencer par Cannes, nous savons bien ce que nous devons (ex. King Hu) à cet ancien attaché de presse devenu conseilleur de premier ordre sur les talents à faire émerger de par le monde. Sans que le parallèle soit exact, dans les pays anglophones ils ont Tony Rayns. Journaliste et historien de cinéma collaborant à de nombreuses revues, il a lui aussi été praticien (traducteur, attaché de presse), et a travaillé comme Pierre Rissient - sans doute moins souvent de façon aussi cruciale - directement avec des réalisateurs aussi notables que Wong Kar-wai et Edward Yang. A l'instar de Rissient, le nombre de films où on le voit crédité au générique pour une raison ou une autre est impressionnant, et les commentaires qu'il livre dans les éditions dvd sont souvent bien informés et intéressants. C'est ainsi lui qui vient de livrer un commentaire audio pour l'édition Criterion du chef-d'œuvre d'Edward Yang, A Brighter Summer Day - The Criterion Collection (dvd) / A Brighter Summer Day - The Criterion Collection (Blu-ray). Avant cela, il s'était déjà chargé de le faire pour l'édition Criterion d'In the Mood for Love - Criterion Collection - Import USA Zone 1 (dvd) / Criterion Collection: In the Mood for Love (Blu-ray).

Il était donc tentant de lire ce que Rayns avait à écrire sur ce qui est devenu le film-phare de Wong Kar-wai, In the Mood for Love (2000). J'ai choisi pour l'occasion de ne pas revoir le film. Après tout, la réussite de ce genre de texte est aussi liée au fait qu'il est capable d'évoquer un art éminemment audiovisuel par les mots. J'ai également repris dans la foulée un livre consacré au film par des critiques français, publié aux Editions de la Transparence en 2005 (après la sortie de 2046) : In the Mood for Love.

Ces deux ouvrages s'avèrent parfaitement complémentaires, le premier plus nettement sur le versant descriptif et contextuel, le deuxième plus analytique. Tony Rayns explique dans son avant-propos qu'il a été associé une petite quinzaine d'années avec la société de production de Wong Kar-Wai, Jet Tone, et que c'est un désaccord avec WKW sur le matériel de presse de Ashes of Time Redux (2008) qui a mis fin à cette collaboration. En bon professionnel, même s'il fait ici et là quelques remarques sur le fait que WKW met les nerfs de ses collaborateurs à rude épreuve et sur ses errances telles qu'elles peuvent se manifester dans ses films, il ne règle pas de comptes et livre un texte dans l'ensemble exempt de ressentiment.

Tony Rayns consacre de nombreuses pages dans son premier chapitre à détailler le film séquence par séquence. Même si c'est toujours un peu fastidieux, outre le fait que cela aidera les lecteurs qui comme moi n'auront pas revu le film depuis quelque temps, il y livre déjà quelques éléments de contexte utiles. Ce sont toutefois les deux chapitres suivants, le cœur de l'ouvrage, qui intéresseront au premier chef. Soyons honnête : si l'on avait déjà regardé les suppléments des éditions dvd française et américaine référencées ci-dessus, voire déjà lu des articles et entretiens sur la question (voir par exemple le recueil de textes parus dans la revue Positif Wong Kar Wai), on n'apprendra pas énormément de choses. En revanche, si l'on arrive avec pour seule connaissance celle du film, j'imagine que ce petit ouvrage sera une mine. Le récit de la genèse et des choix effectués par WKW au tournage et au montage (ex. le choix de ne pas montrer ni les époux ni la scène d'amour entre les personnages de Maggie Cheung et Tony Leung) est fort bien fait. Rayns détaille en outre les scènes plus comiques se déroulant dans la chambre 2046, qui ont été impitoyablement coupées par WKW et qu'on peut voir dans certaines éditions dvd - on y voit notamment les deux acteurs pasticher la scène de danse de John Travolta et Uma Thurman dans Pulp Fiction ! Le livre, comportant comme toujours dans cette collection du BFI pas mal de photogrammes bien reproduits, se termine sur une série de notations diverses que Rayns n'avait pas eu la place d'insérer dans le corps du texte, concernant des acteurs (ex. Rebecca Pan, devenue le type même de la génération de Shanghaïens arrivés à Hong Kong dans les années 50 ; détail des scènes coupées).

Evidemment, on sera un peu déçu si l'on cherche un niveau d'analyse esthétique assez élevé. Pour cela, il vaudra mieux se diriger vers le livre des Editions de la Transparence, qui lui a pour défaut d'évacuer (à part quelques mentions) ce qui fait le cœur de l'ouvrage du BFI, mais qui propose beaucoup plus en terme d'étude du film tel qu'il nous est donné de le voir. Si l'on lit l'anglais, je conseille donc nettement d'acquérir les deux ouvrages, tant ils se complètent. Le livre en français recueille quatre textes, dont trois ont été rédigés par des critiques de Positif. Adrien Gombeaud, le coordinateur du Dictionnaire du cinéma asiatique, dans un excellent article intitulé "Paravents et étoiles filantes" se penche sur "l'esthétique de l'écran", sur le secret et le dévoilement progressif qu'organise WKW. Les deux articles suivants, ceux de Franck Kausch et de Frédérique Toudoire-Surlapierre se concentrent quant à eux sur "la fêlure", "la faillite de tout lien" et l'aliénation d'une part, la répétition d'autre part. Suite et répétition, là encore : Jean-Christophe Ferrari se demande si 2046 est bien une suite de In the Mood for Love, tout en montrant comment s'y travaille le rapport au temps et à la mémoire. On pourra estimer ici et là que tout cela est un poil trop conceptuel ou verbeux, mais tout au moins la prose de ces quatre-là vole-t-elle assez haut sans pour autant considérer le film qu'elle a choisi pour objet d'étude comme un simple prétexte : elle l'éclaire, ô combien. On trouvera là aussi une série de beaux photogrammes, à peine moins bien reproduits que ceux du BFI.

Avec ces deux ouvrages, on aura une bonne base de réflexion sur ce film (et sur ceux qui l'ont précédé, notamment celui qui a le plus à voir avec In the Mood for Love, Days of Being Wild / Nos années sauvages (1990), et celui qui l'a suivi, 2046). Si l'on trouve le recueil d'articles et d'entretiens Wong Kar Wai en occasion, cela vaut également la peine de l'acquérir, aussi bien pour certains des articles que pour les entretiens, avec WKW mais aussi avec ses plus proches collaborateurs, comme par exemple le fidèle chef décorateur et monteur William Chang.

A noter qu'un beau livre apparemment richement illustré vient de paraître en anglais : WKW: The Cinema of Wong Kar Wai. J'en ignore pour l'instant tout, mais s'il est autre chose que purement décoratif, pourquoi pas ?


In the Mood for Love Huayang Nianhua
In the Mood for Love Huayang Nianhua
par Tony Rayns
Edition : Broché
Prix : EUR 15,96

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Deux ouvrages, parfaitement complémentaires (l'un en anglais l'autre en français), sur In the Mood for Love, 4 septembre 2016
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Ce commentaire fait référence à cette édition : In the Mood for Love Huayang Nianhua (Broché)
Dans le milieu du cinéma, il y a des hommes de l'ombre, mi-esthètes mi-praticiens, qui font beaucoup pour faire parvenir jusqu'à nous des films venus de pays plus ou moins éloignés. A l'époque, pas si lointaine, où les œuvres de certaines contrées n'avaient pas droit à une diffusion aussi large que celle qu'elles peuvent à l'occasion avoir aujourd'hui, ces personnes ont été précieuses pour les faire connaître et les mettre en valeur aussi bien que possible. En France, nous avons Pierre Rissient, dont le rôle majeur pendant plusieurs décennies commence seulement à être un peu plus largement mis en exergue, parce qu'à défaut d'écrire il est à présent plus volontiers prêt à se confier. En ce qui concerne le cinéma asiatique, en particulier celui qui n'avait pas encore forcément sa place dans les grands festivals, à commencer par Cannes, nous savons bien ce que nous devons (ex. King Hu) à cet ancien attaché de presse devenu conseilleur de premier ordre sur les talents à faire émerger de par le monde. Sans que le parallèle soit exact, dans les pays anglophones ils ont Tony Rayns. Journaliste et historien de cinéma collaborant à de nombreuses revues, il a lui aussi été praticien (traducteur, attaché de presse), et a travaillé comme Pierre Rissient - sans doute moins souvent de façon aussi cruciale - directement avec des réalisateurs aussi notables que Wong Kar-wai et Edward Yang. A l'instar de Rissient, le nombre de films où on le voit crédité au générique pour une raison ou une autre est impressionnant, et les commentaires qu'il livre dans les éditions dvd sont souvent bien informés et intéressants. C'est ainsi lui qui vient de livrer un commentaire audio pour l'édition Criterion du chef-d'œuvre d'Edward Yang, A Brighter Summer Day - The Criterion Collection (dvd) / A Brighter Summer Day - The Criterion Collection (Blu-ray). Avant cela, il s'était déjà chargé de le faire pour l'édition Criterion d'In the Mood for Love - Criterion Collection - Import USA Zone 1 (dvd) / Criterion Collection: In the Mood for Love (Blu-ray).

Il était donc tentant de lire ce que Rayns avait à écrire sur ce qui est devenu le film-phare de Wong Kar-wai, In the Mood for Love (2000). J'ai choisi pour l'occasion de ne pas revoir le film. Après tout, la réussite de ce genre de texte est aussi liée au fait qu'il est capable d'évoquer un art éminemment audiovisuel par les mots. J'ai également repris dans la foulée un livre consacré au film par des critiques français, publié aux Editions de la Transparence en 2005 (après la sortie de 2046) : In the Mood for Love.

Ces deux ouvrages s'avèrent parfaitement complémentaires, le premier plus nettement sur le versant descriptif et contextuel, le deuxième plus analytique. Tony Rayns explique dans son avant-propos qu'il a été associé une petite quinzaine d'années avec la société de production de Wong Kar-Wai, Jet Tone, et que c'est un désaccord avec WKW sur le matériel de presse de Ashes of Time Redux (2008) qui a mis fin à cette collaboration. En bon professionnel, même s'il fait ici et là quelques remarques sur le fait que WKW met les nerfs de ses collaborateurs à rude épreuve et sur ses errances telles qu'elles peuvent se manifester dans ses films, il ne règle pas de comptes et livre un texte dans l'ensemble exempt de ressentiment.

Tony Rayns consacre de nombreuses pages dans son premier chapitre à détailler le film séquence par séquence. Même si c'est toujours un peu fastidieux, outre le fait que cela aidera les lecteurs qui comme moi n'auront pas revu le film depuis quelque temps, il y livre déjà quelques éléments de contexte utiles. Ce sont toutefois les deux chapitres suivants, le cœur de l'ouvrage, qui intéresseront au premier chef. Soyons honnête : si l'on avait déjà regardé les suppléments des éditions dvd française et américaine référencées ci-dessus, voire déjà lu des articles et entretiens sur la question (voir par exemple le recueil de textes parus dans la revue Positif Wong Kar Wai), on n'apprendra pas énormément de choses. En revanche, si l'on arrive avec pour seule connaissance celle du film, j'imagine que ce petit ouvrage sera une mine. Le récit de la genèse et des choix effectués par WKW au tournage et au montage (ex. le choix de ne pas montrer ni les époux ni la scène d'amour entre les personnages de Maggie Cheung et Tony Leung) est fort bien fait. Rayns détaille en outre les scènes plus comiques se déroulant dans la chambre 2046, qui ont été impitoyablement coupées par WKW et qu'on peut voir dans certaines éditions dvd - on y voit notamment les deux acteurs pasticher la scène de danse de John Travolta et Uma Thurman dans Pulp Fiction ! Le livre, comportant comme toujours dans cette collection du BFI pas mal de photogrammes bien reproduits, se termine sur une série de notations diverses que Rayns n'avait pas eu la place d'insérer dans le corps du texte, concernant des acteurs (ex. Rebecca Pan, devenue le type même de la génération de Shanghaïens arrivés à Hong Kong dans les années 50 ; détail des scènes coupées).

Evidemment, on sera un peu déçu si l'on cherche un niveau d'analyse esthétique assez élevé. Pour cela, il vaudra mieux se diriger vers le livre des Editions de la Transparence, qui lui a pour défaut d'évacuer (à part quelques mentions) ce qui fait le cœur de l'ouvrage du BFI, mais qui propose beaucoup plus en terme d'étude du film tel qu'il nous est donné de le voir. Si l'on lit l'anglais, je conseille donc nettement d'acquérir les deux ouvrages, tant ils se complètent. Le livre en français recueille quatre textes, dont trois ont été rédigés par des critiques de Positif. Adrien Gombeaud, le coordinateur du Dictionnaire du cinéma asiatique, dans un excellent article intitulé "Paravents et étoiles filantes" se penche sur "l'esthétique de l'écran", sur le secret et le dévoilement progressif qu'organise WKW. Les deux articles suivants, ceux de Franck Kausch et de Frédérique Toudoire-Surlapierre se concentrent quant à eux sur "la fêlure", "la faillite de tout lien" et l'aliénation d'une part, la répétition d'autre part. Suite et répétition, là encore : Jean-Christophe Ferrari se demande si 2046 est bien une suite de In the Mood for Love, tout en montrant comment s'y travaille le rapport au temps et à la mémoire. On pourra estimer ici et là que tout cela est un poil trop conceptuel ou verbeux, mais tout au moins la prose de ces quatre-là vole-t-elle assez haut sans pour autant considérer le film qu'elle a choisi pour objet d'étude comme un simple prétexte : elle l'éclaire, ô combien. On trouvera là aussi une série de beaux photogrammes, à peine moins bien reproduits que ceux du BFI.

Avec ces deux ouvrages, on aura une bonne base de réflexion sur ce film (et sur ceux qui l'ont précédé, notamment celui qui a le plus à voir avec In the Mood for Love, Days of Being Wild / Nos années sauvages (1990), et celui qui l'a suivi, 2046). Si l'on trouve le recueil d'articles et d'entretiens Wong Kar Wai en occasion, cela vaut également la peine de l'acquérir, aussi bien pour certains des articles que pour les entretiens, avec WKW mais aussi avec ses plus proches collaborateurs, comme par exemple le fidèle chef décorateur et monteur William Chang.

A noter qu'un beau livre apparemment richement illustré vient de paraître en anglais : WKW: The Cinema of Wong Kar Wai. J'en ignore pour l'instant tout, mais s'il est autre chose que purement décoratif, pourquoi pas ?


Dictionnaire du cinéma asiatique
Dictionnaire du cinéma asiatique
par Frédéric Ambroisine
Edition : Relié
Prix : EUR 49,70

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Même quelques années plus tard, une base qui reste indispensable, 30 août 2016
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Dictionnaire du cinéma asiatique (Relié)
Il en est de plus ou moins utiles, et il s'en écrit de (trop) nombreux, sur tout et n'importe quoi. Il n'empêche : un dictionnaire bien conçu, qu'il s'agisse de le consulter pour y trouver des renseignements précis ou de butiner en quête de (re)découverte, peut toujours servir. Ce Dictionnaire du cinéma asiatique, il m'a fait de l'usage depuis sa parution en 2008. Cet épais et lourd volume (640 pages) des Editions Nouveau Monde ayant huit ans, il est évident qu'il a déjà pris un petit coup de vieux. La crise a sévi dans presque toute la zone : les conditions et le volume de production se sont nettement dégradés, y compris dans les pays les plus florissants relativement peu de temps auparavant (Corée, Hong Kong). Il n'empêche que nombre d'œuvres sont venues s'ajouter à celles considérées ici, et on peut imaginer que la place dévolue à certains, même si elle n'était pas ridicule, serait à présent un peu plus grande (ex. Bong Joon-ho, Jia Zhang-Ke). Il reste que, en attendant une très hypothétique nouvelle édition mise à jour, on peut sans problème conseiller de se procurer un outil qui reste une très bonne base.

Qui lit les critiques d'Adrien Gombeaud dans la presse quotidienne ou la revue Positif, où il est rédacteur depuis quelques années, sait qu'il a une prédilection pour le cinéma asiatique. En jetant un œil à la biographie fournie avec ses ouvrages, dans laquelle on peut constater qu'il est diplômé de chinois et de coréen, on comprend que ce n'est pas pour rien qu'il a dirigé ce dictionnaire. S'il est cinéphile tous terrains et si l'on a pu lire sous sa plume des écrits aussi plaisants que Tabac & Cinéma : Histoire d'un mythe ou Une blonde à Manhattan : Ed Feingersh et Marilyn Monroe, ce sont bien ses textes sur le cinéma asiatique que l'on prise particulièrement - il est à noter qu'il n'écrit pas que sur le cinéma, d'ailleurs, comme le prouvent le très intéressant L'homme de la place Tiananmen et Dans les pas du Petit Timonier : La Chine, vingt ans après Deng Xiaoping (que je regrette de n'avoir toujours pas lu). Le maître d'œuvre, auteur d'un certain nombre d'entrées, est évidemment loin d'être seul et il a su s'entourer de spécialistes venus "d'horizons très divers, de l'université comme de l'internet", aussi bien des vétérans défricheurs (Max Tessier, Hubert Niogret, etc) que de plus jeunes collaborateurs passionnés dont les connaissances n'ont parfois rien à envier à celles de leurs aînés.

Comme l'explique Gombeaud dans son introduction, le choix de cette équipe tout terrain a été, même si la définition et la délimitation du champ pose toujours problème, de se cantonner au monde indien et au monde chinois (dans son sens le plus large, sans oublier le Japon bien sûr) - sont donc exclus la Turquie, l'Iran, Israël et la Palestine, qui auraient aussi bien pu s'y trouver si la définition avait été la plus extensive possible. Font l'objet d'une entrée, essentiellement, aussi bien chacune des grandes nations, les fondamentaux de son cinéma y étant explorés, que des genres et sous-genres (anime, chambara, wu xia pian...), des films, des metteurs en scène et acteurs emblématiques de toutes les époques. Gombeaud l'indique dès l'abord : "Les 420 entrées ne couvrent bien entendu pas l'ensemble des acteurs, réalisateurs, films ou spécificités du continent. Des éléments, des noms, sans doute majeurs aux yeux de certains, ont été écartés. De même, les techniciens, producteurs... n'ont pas pu bénéficier d'entrées particulières. Il y aura donc des injustices et des déçus".

C'est la loi du genre. Chacun regrettera certains choix, en terme de ce qui a été mis de côté (ex. en ce qui me concerne, les chefs opérateurs, si importants dans la définition du style visuel de certains films et réalisateurs longuement considérés, tels que Wong Kar-wai ou Hou Hsiao-hsien par exemple, les Mark Li Ping Bin, Christopher Doyle, Yu Lik-wai, etc), ou de l'espace consacré à tel ou tel (une page pour Lee Chang-dong, cela me semble trop peu, mais il est vrai qu'une entrée séparée a été réservée au seul Peppermint Candy). Quoi qu'il en soit, même si l'on peut trouver la quantité franchement trop chiche ici, à peine suffisante là, la plupart des ingrédients que l'on s'attend à trouver s'y trouvent, et il y a de quoi se nourrir dans cet ouvrage. Les gens très pointus dans un domaine (anime, arts martiaux...) risquent évidemment d'être déçus car il s'agit d'un ouvrage généraliste, qui couvre à plus ou moins grandes enjambées toutes les périodes et tout le terrain. Mais justement, l'apport de ce type de dictionnaire est de pouvoir donner envie d'aller voir ailleurs que là où nos tropismes nous poussent. De ce point de vue, la réussite est notable.

Car ce dictionnaire fait partie de ceux que tantôt l'on prend plaisir à dévorer, tantôt dans lequel on peut picorer avec profit. Evidemment copieusement illustrées, les pages attirent l'œil avec leurs photogrammes et photos de plateau, affiches, voire couvertures de magazine pour ce qui est des acteurs. Si le texte n'est jamais à proprement parler sacrifié, il est évident que l'iconographie occupe une bonne part de l'ouvrage. On aimerait que la plupart des textes soient un peu plus développés, mais le plus souvent ils arrivent à condenser le propos de telle sorte que l'on n'ait pas l'impression, comme c'est parfois le cas, que c'est le texte qui finit par devenir illustratif. Pour ce qui est du contenu, je sais gré aux auteurs de ne pas avoir choisi entre les anciens et les modernes, entre l'histoire du cinéma et son présent / passé immédiat (en tout cas, celui du moment de la rédaction, il y a une dizaine d'années). Dans le cas du cinéma chinois, riche pour toutes ses générations de cinéastes, cela entraîne à se pencher sur des noms qu'on avait seulement entendu mentionner (si l'on n'a pas déjà une bonne connaissance de l'histoire du cinéma chinois, s'entend). Pour ce qui est du cinéma indien, on est heureux de voir bien servies des figures importantes telles Guru Dutt ou Shyam Benegal, qui s'éloignent inexorablement de nous, peut-être plus encore que Satyajit Ray ou Ritwik Ghatak. Evidemment, pour ce qui est du sous-continent, les auteurs ne choisissent pas entre cinéma d'auteur, films et stars de Bollywood. En dehors des pays, metteurs en scène, comédiens, genres et films, il leur arrive de consacrer une entrée au traitement cinématographique d'un phénomène donné, ce qui est souvent bienvenu (ex. Hiroshima).

Bref, même compte tenu des manques dus à son âge et des frustrations inévitables avec ce type d'ouvrage, il s'agit d'une base qui reste solide et que l'on ne peut que conseiller à qui veut approfondir et faire des découvertes, en particulier dans des domaines ou pour des époques qui ne sont pas a priori ceux vers lesquels on se dirigerait en priorité. A présent qu'il se trouve relativement souvent en occasion à des tarifs raisonnables, on a encore moins de raisons de s'en passer.

En complément sur le cinéma chinois, les anglophones peuvent se diriger avec profit vers le livre du British Film Institute, très bien conçu comme souvent dans cette collection : Electric shadows : A century of Chinese cinema.


Simple Life [Blu-ray] [Import anglais]
Simple Life [Blu-ray] [Import anglais]
DVD ~ Andy Lau
Proposé par ZOverstocksFR
Prix : EUR 5,17

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Un attachement simple, 30 août 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Simple Life [Blu-ray] [Import anglais] (Blu-ray)
Ann Hui n'a pas de chance en France : très peu de films distribués depuis qu'elle a commencé sa carrière à la fin des années 70 ; presque rien en dvd pour faire rattrapage - jusqu'à Une vie simple (2011), seul The Way We Are (2008) avait eu droit à une édition vidéo disponible chez nous. Pour aller vite, disons qu'entre ses films pour le cinéma et pour la télévision, elle semblerait avoir la réputation de s'être spécialisée dans les sujets de société. Si les quelques films que j'ai vus confirment cela, s'il est vrai qu'ils ne dépassent guère leur cadre réaliste, leur justesse et le soin avec lequel ils sont confectionnés font qu'il serait bon que l'on puisse voir un peu plus de sa production. Voici en tout cas une très bonne occasion : Une Vie simple est un film simple, qui ne fait aucun faux pas et touche droit au cœur - ce qui ne signifie pas qu'il ne soit pas élaboré, de son script à l'image (la réalisatrice travaille avec les meilleurs chefs-opérateurs en Asie tels Mark Li Ping Bin ou, comme c'est le cas ici, Yu Lik-wai).

Née en Mandchourie d'un père chinois et d'une mère japonaise, Ann Hui a vécu à Hong Kong à partir de ses cinq ans. Après des études de cinéma en Grande-Bretagne elle retourne à Hong Kong, où elle devient l'assistante du maître King Hu. Parmi ses premiers films, une 'trilogie vietnamienne', qui comprend ce qui est sans doute son film le plus connu en France, Boat People (présenté à Cannes en 1983).

Si l'on en croit ce qui nous en est dit et si elle se consacre effectivement essentiellement à scruter l'état de la société hong-kongaise, alors on peut considérer qu'Une Vie simple n'échappe pas vraiment à ce schéma. Via le rapport entre un producteur d'âge mur et l'employée de maison au service de sa famille depuis quatre générations (voir synopsis ci-dessus), on voit bien comment le film pourrait 'traiter un sujet' et être relativement didactique sur la question. Au lieu de quoi, si le film n'élude rien de ce que cela peut signifier d'accompagner quelqu'un à la fin de sa vie, il ne coche pas toutes les cases à cocher et creuse la relation de ces deux personnages avec délicatesse.

Dans le making-of livré en supplément, un protagoniste dit "on a des grandes stars mais c'est comme un documentaire". Si Deanie Ip n'est pas précisément connue chez nous, elle fait partie de ces actrices-chanteuses de Hong Kong très aimées (et qui a gagné plusieurs prix, jusqu'à ce film-là qui a été pour elle la consécration de son talent d'actrice un peu partout de par le monde). Quant à Andy Lau, on ne le présente plus (Infernal Affairs, Detective Dee, etc). Et en effet, Ann Hui fait se fondre ses deux acteurs ultra-chevronnés dans le contexte, en particulier celui de la maison de retraite dans laquelle se retrouve Ah Tao, avec un naturel confondant. Si l'on peut avoir peur, dans le premier tiers du film, qu'il suive son bonhomme de chemin sans surprise aucune, les petits décalages par rapport aux attentes finissent par être nombreux et rendent le film très intéressant, au-delà même de ce qui fait qu'il ne peut manquer d'émouvoir.

Si des bribes des histoires des autres pensionnaires (le vieux séducteur dispendieux, la fille qui n'en peut plus d'être la seule à avoir la charge de sa mère alors qu'elle a un frère aux abonnés absents...) viennent se glisser avec bonheur dans le récit, c'est bien la relation entre Ah Tao et Roger qui en est le cœur. Que de scènes réussies viennent la ponctuer : Roger qui fait appeler ses amis d'enfance après qu'ils ont mangé la langue de bœuf préparée par Ah Tao ; son retour à la maison, où elle déballe devant Roger tous ses 'trésors' du passé ; la sélection par Ah Tao de la nouvelle employée de maison ; l'échange portant sur les raisons pour lesquelles ils ne sont mariés ni l'un ni l'autre ; le moment où Roger emmène Ah Tao à la projection d'un de ses films, etc. Si la scène où la mère de Roger revient à Hong Kong et rend visite à Ah Tao jette quelques ombres légères sur les relations qu'entretiennent les uns et les autres, si la scène du Nouvel an vient accentuer la solitude du personnage, si l'histoire se fait petit à petit plus dramatique, Ann Hui ne s'appesantit pas et ne se départit jamais de la légèreté de touche qui rend son film si aimable. Ne pas attendre de grands torrents : sur un sujet au fort potentiel mélodramatique, la cinéaste a choisi de rester pudique jusqu'au bout, en ne refusant pas le sentimentalisme mais sans le surdoser. Les ellipses de la dernière partie, particulièrement bien pensées, contribuent à faire naître cette qualité d'émotion rare.

Evidemment, le film ne serait pas une telle réussite sans des acteurs aussi idéaux. C'est peu dire que Deanie Ip bouleverse. Dans ce qui est une composition de premier ordre - la voir s'exprimer dans le supplément permet de le mesurer encore mieux - rien ne sent la 'performance d'acteur' où l'on finit toujours par se pousser du col. Qu'elle sourie ou ait l'air buté, que l'on considère les expressions de son visage ou sa gestuelle, elle est toujours d'une justesse imparable. Andy Lau, dans un rôle évidemment plus neutre, assez en retrait mais jamais transparent, est totalement au diapason et émeut sans avoir à en remettre. Ces deux très beaux personnages sont servis par des acteurs hors pair et le film, dont l'intérêt ne se limite certes pas à eux, leur doit énormément.

EDITION DVD FRANCAISE Une vie simple & BLU-RAY ANGLAISE A Simple Life - Blu-ray - Import anglais

Pour le dvd français Dissidenz : VOSTF uniquement ; copie de bonne qualité, même si elle sent un peu trop la numérisation ; le supplément (40') comporte quelques moments intéressants, mais il est malheureusement noyé sous une musique synthétique sirupeuse et quelques sentences sans intérêt (précisément ce que le film évite soigneusement).

Les locuteurs natifs et les anglophones (sous-titres en anglais) détenteurs d'un lecteur Blu-ray pourront préférer l'édition Blu-ray anglaise, qui propose une meilleure qualité d'image.

NB Depuis la première rédaction de ce commentaire, Spectrum Films a sorti une bonne édition dvd de Boat People.


The Apostle [Import USA Zone 1]
The Apostle [Import USA Zone 1]
DVD ~ Robert Duvall

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Le Saint-Esprit dans le sang, 29 août 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : The Apostle [Import USA Zone 1] (DVD)
NB Sur la page du dvd français du Prédicateur de Robert Duvall se trouve un synopsis. Celui-ci racontant à peu près toutes les péripéties du film en trois lignes - il est vrai qu'elles sont assez peu nombreuses - je déconseille fortement sa lecture. Il suffira de savoir qu'il s'agit du portrait d'un pasteur pentecôtiste, puis de la communauté qu'il agrège autour de lui après qu'il a dû quitter son milieu familial et son église pour un autre lieu. Prévenons ceux que cela pourrait rebuter qu'on voit le prêcheur à l'œuvre souvent tout au long du métrage : le titre français ne ment pas*, et l'on n'a sans doute jamais entendu "Jesus" autant répété dans un seul film.

Robert Duvall n'est pas que l'acteur talentueux que l'on sait, il a aussi été réalisateur à l'occasion. C'est à vrai dire contraint et forcé qu'il a décidé de réunir des fonds et de réaliser lui-même The Apostle / Le Prédicateur (1997), sur un script qu'il a écrit lui-même dans les années 80 et qu'il n'a jamais réussi à faire financer par un studio. A la vision du film, on n'a aucun mal à comprendre pourquoi aucun studio n'a voulu mettre de l'argent dans ce scénario : il prend bien trop de temps à regarder vivre ses personnages et se soucie trop peu de faire mousser une situation riche de potentialités pour qu'il ait pu susciter l'intérêt des producteurs hollywoodiens. De surcroît, Robert Duvall n'a aucun message à faire passer, pas la moindre thèse : ni sur la religion en elle-même, ni sur le phénomène charismatique, ni sur leurs aspects les moins reluisants, ni même sur la rédemption - le récit aurait facilement pu prendre cette voie et se concentrer de façon conventionnelle sur la rédemption du pasteur pêcheur, mais ce n'est pas vraiment le cas.

En fait, Duvall fait un pas de côté, et réalise là quelque chose d'exceptionnel. Non pas par sa facture, solide mais qui ne brille pas particulièrement par des idées hors du commun. Mais parce qu'il est rare dans le cinéma américain, même si cela arrive de temps à autre, que l'on consacre autant de temps à regarder évoluer des personnages sans qu'il y ait à tout moment une raison dramatique à cela. En injectant un fort coefficient de réalité et d'énergie vitale dans presque toutes les scènes - il a tourné avec des professionnels mais également avec des membres de plusieurs congrégations, non-professionnels - en étirant les séquences autant qu'il est nécessaire, en n'ayant pas peur de montrer la pratique religieuse de façon longue et répétée, il donne à voir et à sentir la façon dont le lien entre le pasteur et la congrégation se crée. Si la deuxième partie du Prédicateur est si précieuse, cela est sans doute dû à la manière dont il montre ce qui peut cimenter une communauté, et plus largement au fait que ce film "transpire" l'Amérique - et je n'écris pas ce mot seulement parce que le film se passe en Floride et qu'il y fait chaud ! ou même parce qu'il rendrait compte d'un phénomène que l'on considère (trop) souvent comme spécifiquement américain. La dimension d'"americana" du film est aussi ce qui le rend si aimable, et comme dans les films 'sudistes' de John Ford, tel Steamboat round the Bend, le relâchement est une partie de ce qui donne au film autant de cachet que de charme.

En France, où l'on n'aime rien tant que fustiger les artistes qui n'ont pas choisi de jeter un regard accusateur sur ce que soi-même l'on n'apprécie guère, The Apostle n'a pas toujours été bien reçu (quand on lui a accordé un peu plus qu'une toute petite parcelle d'attention). L'absence de quelque thèse que ce soit a fait que l'on a reproché à Duvall soit d'être trop révérend soit de n'avoir aucun point de vue. Il me semble pourtant que c'est un des privilèges de l'artiste que de ne pas avoir à condamner ses personnages d'avance, de leur donner une chance d'exister pleinement, dans leur complexité, de les voir être et se transformer sans forcément faire tomber le couperet. Effectivement, Duvall, qui s'est distribué dans un rôle dans lequel il est omniprésent et fait un numéro de charme, rend le personnage sympathique. Mais il ne le fait pas à peu de frais, et la distance critique qu'il a su installer dans la première partie fait que ce charme n'est qu'une partie de ce qui compose ce personnage charismatique. Quoi qu'il en soit, il faut considérer que ce qu'a fait Duvall dans ce film est en fait assez inédit. Ni figure de l'homme bon avec lequel on peut être en parfaite empathie - mettons comme dans Stars in my Crown, de Jacques Tourneur - ni figure d'imposteur ou de franc dérangé, 'Sonny' Dewey est un exalté potentiellement dangereux, mais qui croit vraiment en ce qu'il fait et dit et n'est pas un fou furieux. Dans la littérature et le cinéma américain, en définitive, ce sont ces figures-là qui ont prédominé, en particulier celle de l'imposteur (ex. Elmer Gantry: Le charlatan / Elmer Gantry, le charlatan) mais aussi celle de l'allumé profond (ex. La Sagesse dans le sang / Le Malin, dans lequel il y a également un charlatan). C'est autre chose que dessine Robert Duvall avec son Sonny Dewey, et c'est tout à son honneur d'avoir réussi à le faire exister de cette façon, à plus forte raison car s'il se taille la part du lion, il n'oublie pas comme je l'écrivais plus haut de regarder avec une incroyable générosité les autres personnages.

The Apostle / Le Prédicateur n'est pas le fruit du travail d'un réalisateur de génie, c'est entendu, mais il est aussi rare que précieux. A vrai dire, sur ce type de personnage, le film de Robert Duvall ne ressemble à aucun autre. Près de vingt ans plus tard, alors que ce genre de film a pratiquement disparu dans le cinéma américain, il rend encore plus nostalgique du temps où les personnes ayant de l'argent à Hollywood, et en particulier les acteurs, s'efforçaient de faire autre chose que de tourner dans le tout-venant industriel. Depuis, Duvall a réalisé un autre film atypique et au charme diffus, Assassination Tango (2003). A noter que vient de sortir, directement en vidéo et VOD me semble-t-il, le plus récent Wild Horses (dvd) / Wild Horses (Blu-ray), que je n'ai pour ma part pas vu.

EDITION DVD FRANCAISE UNIVERSAL Le Prédicateur - The Apostle / LANCASTER Le Prédicateur & AMERICAINE The Apostle - Import USA Zone 1

Lancaster ayant repris les éditions Universal telles quelles pour faire de nouveaux pressages, l'édition est la même. Le master propose une définition moyenne, mais l'image et le son sont assez corrects. VF et VO, avec sous-titres français ou anglais. Aucun supplément.

Si l'on possède un lecteur dézoné acceptant les zone 1 et si l'on ne souhaite pas avoir le film en VF - il y a également des sous-titres français et anglais pour accompagner la VO - l'édition américaine est légèrement de meilleure qualité pour ce qui est de l'image, et il offre un making-of et surtout un commentaire audio de Robert Duvall.

* On notera la différence entre le titre français et le titre anglais. Je comprends que le distributeur français ait pu reculer devant ce titre pour un film qui ne se penche pas sur un des apôtres du Nouveau Testament, mais en fait Sonny Dewey s'auto-baptise "apôtre" à un moment du film : il n'est à partir de là plus un simple "preacher" mais est bien devenu un "apostle" (en tout cas autoproclamé).


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