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Contenu rédigé par David
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Commentaires écrits par
David (Versailles)
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Ma nuit chez Maud
Ma nuit chez Maud
DVD ~ Jean-Louis Trintignant

5.0 étoiles sur 5 Ce film baigné de considérations philosophiques et du jeu constant de la séduction passe toujours aussi bien le passage du temps, 26 août 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Ma nuit chez Maud (DVD)
« Ma nuit chez Maud » est le 3ème des 6 « Contes moraux » d'Eric Rohmer, écrit et réalisé par le cinéaste, filmé en 35 mm, sorti en 1969 en noir et blanc. Le générique de début annonce les noms principaux des acteurs de manière minimaliste : il n'en est pas réellement un suivant notre regard d'aujourd'hui. La fin est aussi annoncée très sobrement en un plan coupé net.

L'on replonge délicieusement dans cette époque de la fin des années 1960 : Économat, voitures et mobilier de l'époque, tous ces anciens objets du quotidien comme les postes de radio indépendants, et surtout que l'on fumait partout ; même le rituel de la messe accusait quelques différences.
Toujours le plaisir de revoir la belle prestance de Jean-Louis Trintignant, ingénieur catholique (qu'il assume) travaillant chez Michelin et étudiant les mathématiques et les lois de probabilités en loisirs et pour son plaisir éthique.
Aux alentours de Clermont-Ferrand - ville native de Blaise Pascal -, quelques jours avant Noël il aperçoit une jeune femme blonde jouée par Marie-Christine Barrault à la messe et se sent immédiatement attiré et imagine tout de suite un bonheur à deux. Il la suit dans les rues du centre mais la perd.

Il retrouve (par hasard ?) son camarade de lycée communiste perdu de vue depuis quinze ans, Vidal, joué étonnement par Antoine Vitez, qui lui révélera dans un sourire amer : « La vie de célibataire en Province n'est pas une chose extrêmement réjouissante » et tous les deux de disserter autour d'une table de café sur le « Pari » de Blaise Pascal avec les probabilités de réalisation d'une action.

Son ancien ami retrouvé l'emmène dîner le soir de Noël chez Françoise Fabian la brune divorcée jouant Maud - sa bonne amie mais qui ne souhaite pas devenir sa moitié. Maud témoigne : « Où qu'on aille on est condamné à la Province ». Pascal en filigrane revient toujours dans leur débat, où ils passent la soirée à discuter de la morale, la religion, l'opposition jésuite/janséniste, la politique, la notion détaillée du Pari entrevu par Pascal, la question de choix et non-choix dans l'existence, de mariage et des filles, de l'être et ses actes.
Eux trois avec le ton badin de la séduction qui plane sans cesse et que l'on devine, mais que personne ne souhaite avouer, surtout pas le presque timide J. Louis qui se laisse légèrement commander par la belle Françoise. Chacun se raconte tour à tour. Devenu duo, la caméra surprendra J. Louis chez Maud et ils se rapprocheront implacablement.
Eric Rohmer filme « Les jeux de l'amour et du hasard modernes »... ou bien « 24 heures de la vie d'une femme et d'un homme »...

Aucun ne se laisse aller à être négligé devant l'autre ; le surmoi est constamment à l'œuvre par Rohmer. Grâce à une morale et le respect des bonnes manières, le héros J. Louis restera très maître de lui-même (en apparence ?) : car l'on sait bien ce qu'il va arriver entre eux deux...

Tout au long de la projection, les interprètes fument lorsqu'ils s'ennuient, pour avoir une contenance, même en intérieur.
Jean-Louis paraît toujours sérieux. « Manque de spontanéité » le décrit Françoise. « Gaie avec vous mais sinistre avec les autres » s'accuse-t-il lui-même. Ou « Je me lie assez difficilement » révèlera-t-il facilement à sa belle blonde ultérieure. Et elle : « Vous êtes cachottier ».

On reconnaît aisément le rythme lent et gorgé de finesse d'E. Rohmer, avec une certaine préciosité, un dialogue constant très dense, toujours écrit, concentré sur des réflexions profondes que les acteurs doivent s'efforcer de révéler de manière aussi naturelle que lors de simples conversations. Et les amours qui naissent devant nous.

Et puis par le fait d'un autre hasard (« J'aime bien profiter du hasard » lui fera dire Rohmer), il retrouvera tout de suite après sa belle jeune blonde initiale, étudiante, accusant douze ans de différence avec lui, qu'il ne voudra plus quitter.
Il aura passé deux nuits successives aux côtés de deux femmes différentes, et ressentira à chaque reprise une attirance. Le timide aura dépasser ses peurs, à travers cette saison d'hiver où la neige viendra s'inviter avec une heureuse conséquence. Les vacances de fin d'année amplifient-elles toujours le mal-être des gens seuls, qui s'interrogent et alors se confient davantage ? Les corps se réchauffent mieux serrés...

Le rituel de la messe débute et encadre le film. Serait-ce pensable aujourd'hui ?

Étonnante présence de Antoine Vitez, metteur en scène de théâtre essentiel durant la seconde moitié du XXème siècle, et qui ne joua guère que dans une petite dizaine de films. Le théâtre avait pris tout la place. Marie-Christine Barrault avec son si beau sourire, Françoise Fabian avec son ton espiègle, Jean- Louis Trintignant avec sa maîtrise. Ils forment le quatuor des amours rapprochements timides, libres et heureux pour certains.

Jean-Louis avait-il déjà choisi la jeune fille blonde dès le début, comme une apparition dû au hasard pur ou la providence ; ou est-ce que ce choix correspond à ce que Maud le rejette même aimablement ?
On sent un jeu très spontané des actrices (était-ce la volonté du réalisateur), qui se distingue de celui du héros, plus mesuré, intérieur, restant d'abord sur la défensive avant de pourvoir laisser s'exprimer ses sentiments. Est-ce la marque des timides ?

Toujours étonnantes ces incursions philosophiques, afin qu'elles ne paraissent pas fabriquées et viennent s'immiscer le plus naturellement au sein d'une conversation entre amis. Portant une austérité sublimée, que certains pourront trouver hautaine et un peu surannée.
Ces dialogues au sujet de Pascal, que Jean-Louis entretient avec Vidal et Maud, sont directement inspirés de l'émission « L'Entretien sur Pascal » captée en 1965 entre Brice Parain et le père dominicain Dominique Dubarle, que Rohmer avait filmée pour la télévision télévision et qui figure en supplément au sein du DVD. Ces réflexions ont dû cheminer intérieurement chez le cinéaste.

Comment vouloir disserter via le cinéma sur des considérations philosophiques légitimes (la morale des gens et leurs actes, leurs décisions, non-décisions, leurs choix/non choix et les tiraillements qu'ils impliquent, se conformer à son avis sans le changer') sans qu'elles paraissent déplacées, professorales, sonnant faux ou tombant à côté de l'intérêt du spectateur, venant aussi démobiliser l'énergie du spectateur et le plaisir de la projection ?

La caractéristique que l'on collera à ce genre de film d'un pur cinéma « d'auteur », exigeant, parfois quasiment littéraire, qui demande attention voire même une complicité implicite du spectateur devant l'intense dialogue, en plus en référence directe à Blaise Pascal, mais qui passe remarquablement la rampe du passage du temps. Avec ceux qui auront la chance de le découvrir pour la première fois'
Rien à voir avec d'autres réalisteurs de la célèbre « Nouvelle vague », dont Rohmer fut le moins jeune (des autrs Chabrol, Truffaut, Godard, Rivette...).
On discerne ce rythme maintenu tout en restant fluide et non pesant, qui aurait pu alourdir le film, avec cette simplicité apparente, peu de silences mais qui servent alors aux protagonistes à aiguiser leurs propos, et d'écarts de langage et de comportement impulsifs. un raffinement et respect envers le spectateur quelques soient les postures et lieux révélés, et une manière qui paraît presque spontanée de filmer, sans sophistication apparente. L'action s'efface devant ce flot de paroles ?

Par contre, peu d'émotion exprimée ; davantage lors des rapprochements et des corps qui se touchent ; comme une envie d'amour seulement, qui parcourt un circuit différent et doit alors apprendre à se révéler par les mots, avec maîtrise de soi et davantage d'intellectualisme. Également peu de référence à la vie « matérielle » de chacun ; hormis tout ce qui a changé de cette époque, elle pourrait presque se transposer aujourd'hui vis-à-vis des propos. Il s'échappe des préoccupations quotidiennes de chacun, pour s'investir dans ce qui occupe les esprits : la pensée et l'amour.

Ce film reçu le prix Méliès en 1969 et représenta la France lors de la cérémonie de l'Oscar du meilleur film en langue étrangère en 1970, sans le remporter.


Ballif - L'intégrale pour flûte
Ballif - L'intégrale pour flûte
Proposé par gildisc
Prix : EUR 11,99

4.0 étoiles sur 5 L’œuvre pour flûte de Claude Ballif : intéressant, cohérent, homogène, non révolutionnaire, le concerto étant le plus ambitieux, 23 août 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Ballif - L'intégrale pour flûte (CD)
Claude Ballif (1924-2004) est un compositeur français qui fut membre du GRM (Groupe de Recherches Musicales) pendant une décennie (1953-63) et professeur au CNSM de Paris pendant vingt ans (1971-90). De 1954 à 56 il fréquenta les fameux cours de Darmstadt. À 77 ans, il prit la direction du « département de la musique » pour le compte du gouvernement Vénézuélien. Nous reviendrons plus loin sur la commande de la première pièce par l’Orchestre Simon Bolivar de Caracas.

Sur ce disque l’on note le grand écart des pièces tournant autour de la flûte, en sonate, seule ou en concerto, toutes en un seul mouvement. Car leur composition s’échelonne de 1958 à 2000, en passant par 1959, 1961, 1977. D’où une certaine uniformité qui s’en dégage. Le compositeur avait 78 ans au moment de la sortie de ce disque en 2002.
Plusieurs photos en noir et blanc disséminées au sein du livret le montrent au piano et à sa table de composition.
Le flûtiste soliste vénézuélien José Garcia-Guerrero, membre fondateur de l’Orchestre Simon Bolivar de Caracas dont il est flûte solo, semble bien maîtriser chacune des pièces dont il créa le Concerto qui ouvre ce disque.

1 « Un délire de dédales » : 4ème concert symphonique inédit pour flûte et orchestre opus 49 (1999-2000) de 22’, commande de l’Orchestre Simon Bolivar, Caracas, fondé en 1975 (Venezuela). Apparemment elle figure comme l'avant-dernière œuvre datée du compositeur. Ce concerto fut enregistré sur le lieu même de ses dédicataires et commanditaires, à Caracas, sous la direction de son chef Manuel Hernandez-Silva. Les autres pièces de petit effectif le furent à Paris.
Cet orchestre ne fait pas partie des plus prestigieux de la scène mondiale, mais à noter qu’il fut tout de même dirigé par notamment Eduardo Mata, Zubin Mehta, Mstislav Rostropovitch, Krzysztof Penderecki et qu’il eut le privilège d’accompagner nombre de solistes et chanteur(se)s que nous connaissons tous.

Ce concerto demeure le plus ambitieux et récent des pièces du disque, où le soliste-flûtiste dut créer « une tablature de quarts de ton pour assurer la précision de [son] exécution ». À propos de son titre, le livret rappelle « la passion évidente du compositeur pour les labyrinthes », dont il écrivit en 1980 une pièce : « L’habitant du labyrinthe ».

Elle sonne bien, entre la partie soliste qui surplombe l’orchestre sans que ce dernier vienne prendre l’ascendant, et les sonorités momentanées cristallines des percussions appréciées par leur éclat si vif qui éclatent au fil de l'oeuvre (wood-block, marimba, vibraphone, xylophone…). L’orchestre n’est pas démonstratif, avec des respirations et des réintroductions parfois diaphanes (de la harpe par exemple).

Belle intégration continue de la flûte, sans qu'elle prédomine trop. Elle surplombe forcément en brusques accents dans les aigus tout en sachant devenir plus douce et apaisée, parfois dansante. « L’utilisation des quarts de ton favorise la plénitude, la force expressive » confirme le livret. Qui continue : « Les jeux de « miroirs » entre les épisodes, l’orchestre léger ou bondissant, les trajets concentriques et toujours surprenants, une science magnifique des alliages de timbres donnent au soliste « arabesques », fluidité, mouvance, expression, « variations ». Les émouvantes « cadenza » sont parfaites aussi en leurs proportions temporelles. Il s’échappe beaucoup de lumière de ces « Dédales » dont Ballif a le secret, ne quittant ce fil d’Ariane : la magie du son ».
Parfois l'on perçoit des contours acérés et des suspensions tendres, où l’on est captif devant les coutours de la flûte et la direction qu’elle va emprunter.

2 « Sonate pour flûte et piano » opus 23 (1958) de 17’, créée en 1963, avec ici Philippe Keler au piano en plus du soliste :
Le piano se déploie tout à fait dans la lignée sérielle avec la flûte plus libre dans sa partition. Cette dernière paraît moins surprenante que le piano, et plus fluide. Est-ce dû à sa sonorité plus douce et moins percussive ? Ou à ses écarts moins manifestes d’octaves, plus transparente.

De brusques accélérations en replis, de tournoiements et fines dentelles sonores en sons aigus soufflés avec force : les contrastes s’offrent et se mélangent. Elle finit douce, comme en arche et filigrane, les silences s’épaississant de plus en plus entre eux. Pièce assez longue pour cette sonate en duo contemporaine, dont chacun des instruments éclaire l’autre tour à tour. « Ce chef-d’œuvre de grâce, où « tout n’est qu’ordre et beauté », est le miroir vivace » d’un vers de Dante [placé] en exergue à la fin de la partition : « Quanto grazzia e dolcezza si vede il loro ». [livret]

3 « Mouvements pour 2 » opus 27 pour flûte et piano (1959) : tout à fait dans la continuité de la précédente, peut-être avec moins d’éclat. Elle mélange l’organisation sérielle dans la lignée de A. Webern dans sa première partie, puis de l’aléatoire de J. Cage dans la seconde.

4 « Solfeggieto n°1 » opus 36 pour flûte seule (1961), créée en 1975 : un exercice pour flûte seule avec de brusques contrastes de registres et de dynamiques, entre accélérations puis de doux recueillements. Elle ouvre le cycle des quinze « Solfeggieti » pour instruments solistes, répartis sur une trentaine d’années. On pense forcément à la grande pièce de référence du répertoire « Density 21,5 » d’E. Varèse (1936).

5 « Chant de l’innocent », pièce facile pour flûte seule (1977) : plus lente et moins dans de brusques accélérations stridentes. Plus recueillie et donc « facile ».
« Ce délicat joyau, nimbé de rêve, évolue au sein d’une atmosphère de tendresse chuchotée, les nuances allant du « mezzo piano » au « pianissimo » évanescent, « quintuple piano ». L’indication « sans vibrer et niais » du premier tiers de cette œuvre, les sons harmoniques, fluides », laissent flotter – hors d’un temps mesuré – ces volutes étirées, fugacement plus vives et plus aigües dans la partie centrale » [livret].

Un parcours flûté non totalement révolutionnaire mais très unifié pourrait-on écrire et juger de ce programme, mais toujours intéressant même s’il n’y a pas forcément beaucoup de frissons. Une relative douceur dont viennent s’exprimer des stridences subites et des agitations comme incontrôlées et extrêmement rapides.

L’utilisation de la flûte avec un autre instrumentarium vient apporter une diversité bienvenue. L'on pense toujours aux créations passées de Pierre-Yves Arthaud, grand spécialiste de ce répertoire avec toutes ses flûtes plus grandes les unes que les autres, barrée de sa belle barbe, qui fit tant pour repousser les limites de son instrument.

L’on pense noter la relative parcimonie des pièces composées dans le catalogue du compositeur : une cinquantaine de pièces si l’on regarde le nombre d’opus (op. 36 en 1961 à l’op. 49 en 2000). Alors que l’introduction du livret avance la centaine.
Une autre petite remarque : la calligraphie du logo « soupir » des éditions de ce disque a été réalisée par Philippe Leroux. S'agit-il du compositeur ?
En clin d'oeil passé ce disque reproduit la galette d’un disque vinyle, avec ses sillons noirs.


Festival Interceltique de Lorient: 25 Ans
Festival Interceltique de Lorient: 25 Ans

4.0 étoiles sur 5 À travers cette compilation d’airs de la 25ème édition, un panorama des airs celtiques traditionnels et d’autres plus modernes, 22 août 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Festival Interceltique de Lorient: 25 Ans (CD)
Ce disque est le reflet de la 25ème édition de ce festival né en 1970 à travers cet esprit et cette Fête celtique, presque sacrée : la grande famille des sonneurs, des groupes invités, des artistes connus ou de découvertes, un parfum de concours mais surtout avec l’envie de se faire plaisir et de le faire ressentir par le public venu chaque fois et année plus nombreux.

Reprises de formes traditionnelles, télescopées et adjointes à un esprit plus rock ou jazzy, avec des réminiscences cinématographiques peut-être, des instants recueillis voire émouvants, donnant tout de suite après le change à un air de fête , de danse et des pas qu’ils impliquent soudainement : en fait ces festival et disque sont les témoin et reflet de l’amour de la musique folklorique qui reste tant vivace en Bretagne et ailleurs bien sûr, et aussi la volonté de garder son identité ; car elle n’est plus à sauvegarder aujourd’hui : elle a déjà passé ce stade.

Dans sa présentation au sein du livret, Jean-Pierre Pichard écrit à sa première ligne : « Il est des pays qui ont su, qui ont pu conserver une identité forte ». Puis « les peuples celtes ont réussi le tour de force d’exister encore au XXème siècle, sans doute grâce à la magie d’une potion ambrée dont ils ont gardé le secret. »
« Il y a 25 ans, le Festival Interceltique a donc eu l’idée de regrouper à Lorient les créateurs de ces minorités sœur, non pour qu’elles se referment sur leurs propres problèmes, mais pour qu’elles montrent leur joie de vivre dans une grande fête ouverte, à la fois vitrine, lieu de rencontre et moteur de création. »
« Ce disque est une tranche de vie du festival. »

Concours de sonneurs, l’élite des bagadoù se dispute la 1ère place de ce Championnat national, nouvelles sonorités importées ou pur retour aux sources… : l’apport d’une légère modernité vient modifier les codes le répertoire plus traditionnel de toute cette culture.
On pense aussi à l’hommage rendu à tout cet esprit breton à travers ces nouvelles générations : à la fois un retour aux sources au répertoire traditionnel-source des pratiques festives, en même temps qu’un élargissement à des formes nouvelles, l’alchimie devenant plus ou moins réussie. Une modernité dans la tradition : pourquoi pas si elle est bien intégrée ; mais alliance délicate.

Capitale pendant dix jours de huit nations celtes (avec les bretons), enracinée dans la Bretagne mais rendez-vous rendu maintenant mondial, elle place en exergue toutes ces contrées différentes mais qui se trouvent ici unies dans la culture, les rites et la musique. Parade en costumes traditionnels où chaque danseur veut être le plus beau, fest-noz improvisés, concerts atypiques ou imprévus sur une place, ce disque ne peut témoigner que de cet esprit et non pas de nombreuses facettes du réel Festival InterCeltique et toutes ses ramifications musicales déployées. Le plus prestigieux des festivals celtiques, le plus grand, le plus apprécié sûrement. Une nation régionale derrière sa culture.
Ce festival ayant toujours lieu pendant les vacances, libérées des contraintes quotidiennes et sûrement tournées vers l’esprit festif.

Petit détail de la diversité des 15 plages, à cette date de 1995 (certaines découvertes d’alors ne le sont plus aujourd’hui) :

Rythme endiablé du Bagad de la Kevrenn Alre enregistré devant un public : un grand plaisir dans la pure tradition (1), lent émouvant et nostalgique complainte des célèbres Chieftains (« ambassadeurs internationaux de la musique irlandaise depuis plus de 30 ans ») se terminant dans un ample mouvement dansé (2) ou le restant (6), la harpe celtique si émouvante de Marianig Larc’hantec dans la plus pure tradition celtique (3), bel entrain irrésistible d’un folk celtique du groupe Iron Horse, rendu grâce au violon et à la cornemuse très entraînante et finissant de manière plus rock par notamment la présence d’une basse (4), un puisant chant de chœur d’hommes russe « Cor y Brythoniaid » - champion du monde des chœurs gallois – plus éloigné du pur esprit breton (5), lente et nostalgique mélodie bretonne du l’ensemble Kerbayou, « créé pour être l’ambassadeur du FIL à l’étranger » dans une complainte répétée à la puissance bombarde (6), un chant en breton de Gilles Servat, grande figure bretonne, moins réussi par le grain de la voix râpeuse et moins travaillée et une mélodie trop sirupeuse (7), en public, avec notamment la cornemuse galicienne de de Carlos Nunez et un violon électrique en solo, sur un mélange d’un instrumentarium plus breton [dommage de la présence du tambour] (8), une verve un peu commerciale du jeune ensemble The Mollag band, digne de comédies musicales (9), beau jeu de la cornemuse écossaise seule de Fred Morrison en public, grand spécialiste de son instrument et ayant remporté de nombreux concours (10), un rock dans la veine d’un hard-rock lent, de Brenda Wootton dans le répertoire de Richard Gwendal (11), l’accordéon diatonique bienvenu de Alain Pennec dans une suite de danses An Dro, l’un des meilleurs interprètes bretons (12), un lent unisson de cornemuses Pipe Band sur un tapis sonore de cordes (13), une captation très enlevée notamment à la flûte et à la caisse claire de l’ensemble musical des Asturies Llan De Cubel (14), de Marc Steckar et en public, un mélange de cuivres et de musiciens bretons (dont la bombarde évidemment) dans un esprit jazzy (15).

Celles que j’ai moins appréciées dans ce panorama ; 5, 7, 9, 11.

L’on revit un peu de l’esprit de cette fête a posteriori : un témoignage tronqué et partiel.
Le meilleur entrain nous procure ce plaisir et ce regret de ne pas être breton…


Hifi Home
Hifi Home
Proposé par EliteDigital FR
Prix : EUR 24,95

4.0 étoiles sur 5 Une musique électronique assez douce, sans la routine exclusivement percussive, avec des effets inventifs et qui s’écoute bien, 22 août 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Hifi Home (CD)
Un album relativement « ancien » dans le repertoire de musique électronique, datant de 1999, sans notice, précisant seulement le titre des plages et le minimum d'informations comme le contact du programmateur. Deux autres gros plans photographiques indistincts sont seulement proposés sur les 4 pages de la pochette plastifiée.

Une électronique douce et moderne, fluide, justement qui évite le côté « simplement » percussif et qui ménage des temps morts, des latences, des contre-temps (5), qui sait surprendre, tout en restant dans un fluide et une vague torpeur et une retenue du rythme.
Le tout s'écoute non pas comme musique d'ambiance mais agréablement, avec un grain homogène même si des bribes saillantes et plus marquées se dessinent et se produisent.
En 6 intervient la pulsation plus marquée mais sans qu'elle soit déplaisante, avec un dialogue volontairement perturbé et flouté entre un homme et une femme, comme un extrait radio.
La 8 se perçoit comme un peu trop écourtée, prometteuse par une belle introduction qui finit abruptement au bout d'une minute.
La plage 10 un peu trop pulsée aussi, entraînant un entêtement trop marqué.

Au final une électronique souple, qui évite les excès faciles, avec des ondes dirigées, des éclats et bips électroniques sans justement trop de ruptures de rythmes au sein d'une même plage qui en viendraient trop à rompre la teneur, et sans longueurs : du coup l'ensemble demeure assez fluide bien que morselé par ses 14 plages séparées sans transition entre elles.
Une cascade d'effets employés, propices à le réécouter après sa découverte, même si parfois certaines incursions sont jugées comme un peu courtes.
Juste cette remarque que la pochette n'incite pas à spontanément le choisir en premier choix.


Strasnoy / An Island Far
Strasnoy / An Island Far
Prix : EUR 16,99

4.0 étoiles sur 5 Mélange du chant, de la parole aux instruments de chambre à travers 3 compositions : pas excessivement novateur mais à découvrir, 31 juillet 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Strasnoy / An Island Far (CD)
Ce disque sorti en 2014 fut publié aux éditions du Chant du Monde, mettant notamment le célèbre Ensemble 2e2m (acronyme signifiant Études et expressions des modes musicaux) à l’œuvre avec son chef actuel Pierre Roullier, ancien brillant flûtiste ayant pris la suite de son fondateur Paul Méfano à la direction depuis 2005

Oscar Strasnoy est un compositeur, chef d'orchestre et pianiste de nationalité française et argentine né le 12 novembre 1970 à Buenos Aires. Il a étudié le piano, la direction d'orchestre et la composition notamment aux conservatoires de Buenos Aires et Paris, où pour il a obtenu au sein de ce dernier le Premier prix à l'unanimité.
Ce jeune compositeur a obtenu de nombreuses bourses et de multiples commandes de la part d'institutions européennes, nord et sud-américaines. Il a notamment été artiste en résidence à la Villa Médicis hors les murs (1999). Bien qu’il ne soit pas encore très connu, ses compositions ont été jouées et représentées régulièrement. Il fut aussi compositeur en résidence à l'Ensemble 2e2m pour la saison 2005-2006.
En tant que chef d'orchestre, il a pu diriger cet Ensemble, comme l'Orchestre National d'Ile de France, les orchestres philharmoniques de Radio-France et Nice. Malgré son jeune âge, il a été le compositeur invité du Festival Présences 2012 avec une rétrospective de ses œuvres en quatorze concerts. Il vit à Berlin.

Ce disque propose trois de ses compositions pour petits effectifs : « Six songs for the unquiet traveller » (2004) pour petit ensemble et mezzo-soprano solo, « Naipes » (1995) pour 5 instrumentistes et « Ecos » (2009) qui se compose de 14 séquences, chacune mettant en scène une voix qui récite une parcelle d’une histoire et un seul instrumentiste.
Le compositeur a écrit le livret, précise la genèse de ses pièces et s’exprime sur ses motivations, son but et ses difficultés à vaincre. Il est toujours très intéressant de capter la parole du compositeur envers le souci de composer ses pièces en le ramenant à son contexte personnel.

1. « Six songs for the unquiet traveller » (2004) pour petit ensemble et mezzo-soprano solo.
Celle-ci met en musique six poèmes d’Alberto Manguel, élaborés avec le compositeur avant leur création à Londres.

« Le problème de mettre en musique un texte, qu’il soit dramatique ou poétique, est aussi vieux que le monde. Il ne s’agit pas de traduire un langage vers un autre, même pas de compléter avec des images musicales des images littéraires, je crains que ce type de travail n’apporte rien. Je crois plutôt que texte et musique interagissent et se complètent une fois qu’ils arrivent à proposer deux dramaturgies parallèles. (…) Verbe et musique ont une fonction particulière dans cette double stimulation. »
« L’important, c’est de capter le « moment initial » du poème, un moment l’englobant « avant les paroles ». Dans mon cas précis, je pourrais citer trois moments de la création : d’abord je suis en silence face à un texte qui m’envoie des images et des sons. Ensuite j’imagine une musique « autour » de ces images et ses sons. Et puis, il y a ce dernier moment décisif où une mélodie intrinsèque aux paroles (non pas à sa signification) s’incorpore à la musique : elles deviennent inséparables. »

Ce cycle en anglais rappelle parfois « Pli selon pli » de Boulez ou le « Pierrot Lunaire » évidemment pour les œuvres marquantes du siècle dernier, mais de manière plus modeste. Et un plaisir de la miniature à écouter avec couleurs, fourmillements, jeu, que l’on perçoit et devine aussi chez les instrumentistes, notamment lors de la dernière plage, très vive, bancale et chatoyante. La meilleure pièce du disque, même si la voix de la norvégienne Ann-Beth Solvang accuse une légère sécheresse dans cette acoustique.

2. « Naipes » (1995) : le titre signifie « cartes à jouer ».
« Le rapprochement entre ces petites pièces de musique et les cartes est justement là où la musique perd sa prétention éducatrice et éleveuse d’âmes et s’érige humblement en amusette. J’ai écrit la plupart de ces pièces en 1995, quand j’étais encore étudiant au conservatoire. Quelques années plus tard, lors d’une série de concerts en Russie, j’en ai ajouté une et ai écarté les plus fanées. Les titres sont capricieux comme leur forme : « oh », un soupir, « portico », une porte, « séduction ».

Ces cinq pièces sont assez brèves : de moins d’une minute à moins de quatre minutes, le tout en formant douze. Au tout début des coups de griffures font naître un style, qui devient ensuite doux et délicat, diffus, non spectaculaire d’effets, avec des sonorités trainantes, hésitantes et davantage d’introspection, de replis. De petites traces musicales, humbles mais intéressantes et délicates, et suffisantes pour plaire. Une écrite ciselée et un travail soigné dans cette interprétation fine et qui l’est tout autant.

3. « Ecos » (2009) revient dans un autre effectif-instrumentiste, disséminé comme des pièces du petit Poucet… On comprendra plus tard l’histoire contée…
Le disque commence la 1ère plage par l’introduction du cycle, avec des paroles entrecoupées entre des figures musicales.

Le compositeur décrit l’origine du cycle comme une commande du directeur du Festival des Arcs lui demandant de participer à l’édition 2009 en créant quatorze petites pièces en hommage aux célèbres « Sequenze » de Luciano Berio – un monument de la musique de la seconde moitié du XXème siècle. Intimidant…
Ayant balayé l’importance originelle du style de son prédécesseur, il choisit « l’archétype littéraire : un conte de fées qui introduit un élément perturbateur, distrayant, une interférence, une tension dramatique pour remplacer la virtuosité de Berio ».

« Chaque pièce est donc l’écho lointain (un accord, un son) d’une « Sequenza », écrit pour le même instrument. Les fragments de Cendrillon (dans les versions de Perrault et Grimm), dits par l’instrumentiste pendant qu’il joue, servent à articuler la forme, lui donner un élément extérieur, un contexte imagé et une direction affective. Une musique pure est juste une musique, encore plus insignifiante qu’une odeur. Mais dès qu’on l’approche d’un texte (objet tout autant acoustique que la propre musique), les deux se mettent à vibrer dans une autre direction et se teintent l’un à l’autre d’une aura qui les sublime. »

C’est ensuite un cycle, en épisodes d’une à deux minutes, sur l’histoire de Cendrillon, récités en français et entrecoupée de plages d’instruments. Chaque instrument utilisé au sein de chaque plage vient illustrer le propos du récitant(e), distillant le suspense. Le petit drame se joue, sur un mode plus léger qu’il ne fut réellement. La distorsion change l’histoire, parfois avec des onomatopées, avec la musique ralentit la progression de l’histoire contée.

On sent les micros proches des instruments, notamment de la harpe. Sans lire les propos du compositeur, au début l’on pense que ce sont les instrumentistes qui parlent ; mais non, cela paraît difficile. Et en fait si, ce sont bien eux qui récitent le texte par bribes, d’un ton susurré, par moments légèrement humoristique dans leur manière. Car chacun conte bien un épisode de l’histoire, poursuivi par l’instrumentiste suivant sur un instrument différent. L’histoire se clôt comme le conte de Perrault et Grimm, par le bonheur après les péripéties de l’héroïne.

Elle reste un peu naïve par le texte employé, mais d’une grande cohérence. Un hommage, beaucoup plus consensuel que les « séquences originelles » et moins virevoltant, âpre et novateur. La timidité des interventions ne vient pas surprendre l’auditeur une fois qu’il a compris le procédé. L’on devine aisément l’origine du conte, ainsi présenté ainsi dans son homogénéité successive.
L’on aurait pu souhaiter davantage de prouesses techniques, d’avancées modernes, mais tel n’était pas son propos.

Au final, un disque soigné des possibilités du compositeur, ciblé sur 3 pièces différentes, où les « Six songs » sont les plus intéressantes.


Vesperae
Vesperae
Prix : EUR 12,23

5.0 étoiles sur 5 Magnifique disque, classé parmi mes disques de chevet. Un pur rayonnement de grâce sacrée déployée du trop peu joué Bencini, 30 juillet 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Vesperae (CD)
Ce disque initialement publié en 1995 chez Auvidis (l’année suivante où il fut élu « Ensemble vocal de l’année » aux Victoires de la Musique classique 1994) a été repris quelques années plus tard chez Naïve, avec une autre photographie du livret. Histoire de le relancer et prolonger sa diffusion.

« Notre programme est constitué d’un choix d’œuvres proposées sous la forme de vêpres à la Vierge, de façon à présenter chaque pièce dans son écrin naturel, dans un contexte liturgique cohérent qui permet d’appréhender le rôle et la véritable coloration de chacune de ces œuvres. »
Cette citation est extraite de la note introductive du chef de cet ensemble – Bernard FABRE-GARRUS (le regretté décédé en 2006) – et précise aussi que « le présent enregistrement est le premier qui lui soit consacré [alors en 1994] ».

L’ensemble des voix de l’ensemble formé à cette occasion est très équilibré : huit chanteurs et chanteuses (2 soprani, 2 hautecontres, 2 ténors, un baryton et une basse), accompagnés de 4 instrumentistes (2 aux orgues positifs, 1 théorbe et 1 grande basse de viole) sont présents sur ce disque, exclusivement consacré à Pietro Paolo Bencini (1675?-1755), qui fut maître de chapelle de Saint Pierre de Rome à la fin de sa vie.
La photo en noir et blanc du dos du livret nous présente tous les protagonistes en situation dans l’édifice, le chef – tenant aussi le rôle de la basse malgré ses 2 paquets de gitanes quotidiennes – dirigeant.

Les très courtes plages pour l’énoncé des antiennes en plain-chant laissent tout de suite place aux différents psaumes, de mélodies vives et alertes. Un enthousiasme, une effervescence, une énergie dynamisante créent une superbe unité et un équilibre très élégant et animé.

Jean Lionnet du Centre de Musique Baroque de Versailles – et dont la rencontre avec « A Sei Voci » a donné lieu à des nouvelles découvertes discographiques et qui fut un collaborateur privilégié de l’ensemble – analyse au sein du livret : « Les antiennes des jours ordinaires sont aussi courtes que possible, pour ne pas prolonger l’office, et sont toujours confiées à un ou deux solistes. (…) Le compositeur joue très simplement de l’alternance solo-chœur. »
(…) Sa musique, dont nous donnons ici quelques exemples, témoigne de la grande vitalité de la vie musicale romaine plus de cent ans après la mort de Palestrina : le langage baroque est arrivé à maturité et on sent poindre dans certains passages, surtout ceux confiés aux solistes, les nouvelles tendances qui ne s’épanouiront qu’après la mort de Bencini, avec Haydn et Mozart. »

Du rythme, de l’allant communicatif, de la fluidité constante avec beaucoup de naturel ; une conduite dirigée avec un très bon fondu des voix sont les fruits de ce travail remarquable. Peu d’instrumentistes, mais qui sont suffisants et se révèlent indispensables au charme de l’écoute.

Les solistes sont superbes de justesse et d’expressivité, y compris les 2 contreténors (Raoul Le Chenadec et Jean-Louis Comoretto) qui « ont du coffre ». Une mention spéciale aux 2 soprani (Susan Hamilton au timbre magique et puissant, Ruth Holton à la douceur plus recueillie, sublime soliste dans l’hymne Ave Maris Stella), qui enflamment et séduisent magistralement les voutes de la Cathédrale de Maguelone (Languedoc-Roussillon).
Le tapis sonore des orgues, du théorbe et la basse de viole dresse un chemin de velours sans aucune secousse pour que les solistes s’expriment.

L’on est capté, envoûté et émerveillé dès les premières mesures. Il n’y a qu’à écouter et se laisser agréablement bercer en savourant la mélodie, l’entremêlement des voix et le travail professionnel des musiciens et chanteurs et chanteuses. Tout paraît simple et couler de soi dans cette écoute qui nous absorbe complètement dans ces accès de douceur : instinct de la ligne et du phrasé, conduite de la ligne vocale, diction précise et élégante, rythme qui nous emporte par une dynamique bienvenue.

Les réécoutes-plaisir sont ne sont jamais déçues. La magie ne se périme pas. Une musique-refuge, une bulle protectrice, rassurante en forme d’écrin magnifique par une subtile prise de son. Que l'on savoure note à note.

Un disque (seulement) récompensé du « 4 f » de Télérama et d’un « diapason d’or ».

« A Sei Voci » : depuis 1977 et malheureusement jusqu’à 2011, une phalange indispensable du baroque et de la Renaissance.


L'effet Aquatique
L'effet Aquatique
DVD ~ Didda Jónsdóttir
Prix : EUR 19,99

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Un petit film romantique de fin prévisible, mais charmant, montrant l’univers des maîtres-nageurs et la naissance des sentiments, 28 juillet 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'effet Aquatique (DVD)
Ce film est malheureusement le dernier de la réalisatrice française Sólveig Anspach, décédée à 54 ans il y a une année. Mais en forme de bel hommage, son film posthume a reçu le prix SACD de la « Quinzaine des réalisateurs » de Cannes 2016.

Il raconte l’attirance immédiate de Samir, grutier de son état, envers Agathe, une jeune maître-nageuse de caractère, aperçue par hasard dans un bar de Montreuil (93). Il décide de la rencontrer par le meilleur moyen qu’il trouve : prendre des leçons de nage à la piscine municipale où elle officie, alors qu’il n’en a pas besoin. Alors qu’elle le croit, Samir prouvera qu’il sait bien nager. Détestant son mensonge, elle lui fait volte-face. Il l’a suivra alors lors d’un improbable congrès de maîtres-nageurs en Islande où elle représente le France. Très amoureux, Samir décide de la suivre et se fait passer pour un conférencier israélien...

L’on navigue longtemps au sein de la piscine Maurice Thorez de Montreuil, avec ses beaux petits carreaux que rappelle l'affiche du film. L’ambiance de la piscine que l’on a tous connus, notamment enfants, avec la pudeur vécue suivant chacun et la manière de se révéler.
Les membres de la piscine sont montrés un peu comme des « cas », chacun à leur manière : l’ancien « harcelé » qui se croit encore séduisant, la chef d’établissement rigide-masculinisée, où chacun évolue en relation dans cet univers avec des relations qu’ils imaginent entre eux (hommes/femmes).
Samir tombe amoureux en assistant à une simple scène, comme frappé par la foudre. Il restera têtu dans ses sentiments et son attirance. Rien ne peut l’en distraire et l’en écarter.

Belle scène du début d’apprentissage des mouvements de brasse où Agathe en vient à porter Samir sur l’eau – lui, observant tout d’elle - puis lorsqu’ils en viennent à plonger ensemble: très beau moment de frôlements, séduisants et suggestifs, instants plus importants qu’un contact plus appuyé. Oui, dans cet endroit les corps se frôlent, se touchent, où l’on se révèle tout entier : l’on voit à qui l’on a affaire en maillot de bain : le timide, le sans complexe, le sûr-de-lui, le macho… L’on ne peut se cacher.

Lui, grand et naïf, un peu passif et comme mené par les évènements, plein de candeur, pas si timide que ça, gentil et ayant de la suite dans les idées…, ne sachant que faire, est bousculé par les évènements et seulement décidé à suivre son nouvel amour dans un plaisir débutant et maladroit. Est-ce sa première amourette ?
L’acteur Samir Guesmi a des airs à Jeff Goldblum, justement héros de l’ancienne série « Timide et sans complexe » du début des années 1980.

Agathe, méfiante, fermée, désinvolte et sûre d’elle dans son univers familier - « maîtresse » - s’humanise au fur et à mesure : elle laisse tomber la cuirasse pour toucher aux sentiments ; arrête justement de refouler cette naissance et accepte finalement l’attirance réciproque. Jalouse de l’intérêt que les autres manifestent à l’égard de Samir ?

L’on glisse dans la 2ème partie parmi ces beaux paysages d’Islande, avec le caractère nordique révélé et des pratiques étrangères à nos mœurs (la nudité de la piscine). La raison un peu ironique et improbable de leur venue ici.
Un très ambitieux et imprévu projet palestinien baptisé « Together » montre la belle répartie du suiveur amoureux et têtu devant l’assemblée rassemblée.
Ensuite le héros jouera-t-il l’amnésique ? On le pense, afin de rester dans cet état où l’on s’occupe de lui.

Où l’on plonge alors dans cette ambiance nordique comme un séminaire où tout est permis, y compris les rencontres d’un soir : comme une récréation pour adultes.
Des islandais tout blonds et comme faisant partie d’une tribu différente. L’emploi constant des nouvelles technologies numériques est souligné, où l’on arrive à capter tout même en ces paysages sauvages de pureté.

La dernière scène de subterfuge est belle, mais un peu longue : la boucle est bouclée dans son final prévisible, mais bien amené.
Les deux principaux acteurs jouent bien et sont crédibles ; est-ce peut-être le scénario qui est un peu juste : on aurait encore apprécié ces beaux instants de grâce (l’apprentissage des mouvements dans l’eau, leurs frôlements, la scène de piège dans la piscine, l’ouverture d’assemblée en Islande, les bains à ciel ouvert de là-bas…). Mais parce qu’ils sont courts, ils n’appesantissent pas le rythme délicat et un brin calme.

Samir Guesmi, à la barbe toujours apparente joue l’innocent de la crèche, amoureux, obnubilé et fasciné par sa belle garçonne. Un duo improbable, forcément…

L’eau : liquide amniotique où se mêlent dans ce film sympathie, tendresse sans forcément beaucoup d’audace mais avec douceur dans les gestes et les propos.
La musique vient mêler avec finesse l’alchimie du tout.

Des désirs fragiles, une brune pas farouche qui de brusque va fondre vers son bel Apollon, un ange maladroit mais amoureux, une nostalgie aquatique baignée de délicatesse irradient ce petit film charmant dans un univers d’eau durant toute une partie de film, assez peu représenté au cinéma de cette manière redondante et rituelle, pour tous publics, relativement court (1h23) mais de la bonne longueur, chaleureux et bienveillant, qui fait immanquablement sourire par son romantisme léger, aujourd’hui apprécié.


Tota Puchra Es
Tota Puchra Es
Prix : EUR 18,58

5.0 étoiles sur 5 Le plain-chant sacré tranquille laisse la voie aux dissonnances et frottements vocaux et instrumentaux, dans une continuité, 26 juillet 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Tota Puchra Es (CD)
Jean-Pierre Deleuze est un compositeur belge né à Ath en 1954. Il a poursuivi ses études musicales au Conservatoire royal de Bruxelles et est professeur d'écritures depuis 1989 et d'écritures approfondies depuis 2002 au Conservatoire royal de Mons, toujours en Belgique.
En 1987, il a aussi participé à un stage d'analyse musicale donné par Olivier Messiaen au Centre Acanthes ; cette expérience eut un impact important sur sa vocation pour la composition et son orientation esthétique.

« Tota pulchra es, amica mea » a été composé pour 6 voix d'hommes, orgue, cornet à bouquin, flûte à bec alto et électronique, et fut créé en l'Église gothique Notre-Dame de la Chapelle à Bruxelles le 15 octobre 2010 et dure un peu plus d'une heure. Son projet était de célébrer le 800ème anniversaire de cette paroisse, l'une des plus importantes en son genre nous apprend le livret écrit directement le compositeur.
Ayant voulu tisser un lien entre l'époque de sa construction, les styles employés font le grand écart entre ces deux époques : les manuscrits grégoriens du XIIIème siècle chantés précisément en ce diocèse, et la nôtre. Le choix du compositeur s'est donc porté sur les « Premières Vêpres de l'Assomption ».

Le titre de l'œuvre signifie « Tu es toute belle, mon amie » et est tiré de la première antienne de cet office, dont le texte provient d'un fragment du Cantique des Cantiques (4,7). Elle est constituée de 3 parties qui s'enchainent. La première reprend la série complète des antiennes et hymnes de plain-chant prévus pour cet office, d'abord donné dans le cadre de ce concert-anniversaire. Le compositeur évoque aussi à une reprise une « célébration imaginaire » pour son projet. Seule incartade à notre époque, l'insertion du son de la cloche principale de la chapelle, enregistrée et insérée tout au long de l'œuvre et notamment cette première partie qui nous ramène toujours en cet esprit religieux prégnant et constamment infusé.

Ce plain-chant est si berceur, immuable et rassurant en un unisson. Parfois l'on entend volontairement une seconde voix rajoutée lors des psaumes et le répons (vraisemblablement en tierce), afin d'esquisser une amorce de « polyphonie ». Avec cette alternance de cloches éparses et rythmées de manière régulière au sein de leurs interventions, où l'on devine qu'elles ne sont pas réelles mais enregistrées voire traitées dans leur sonorité.
Un imaginaire contemplatif, aidé d'une très belle restitution des voix, traditionnelles et parfaitement en accord de ce que l'on attend de cette musique restitue cette plénitude consolatrice du plain-chant.
L'Ensemble Psallentes fondé en 2000 est spécialisé en ce répertoire grégorien et le prouve allègrement avec savoir-faire.

L'unicité des voix procure ce bain tranquille et apaisé. Au début l'on pense que l'originalité n'est pas au rendez-vous et que le compositeur s'est contenté de copier à son avantage une partition ancienne ; mais il faut appréhender l'ensemble du cycle dans un même souci. Un léger apaisement organique intervient en 9 avec la reprise des voix, juste avant le Magnificat.

Changement notable dès le début du 1er verset de cette deuxième partie consacrée au Magnificat. Le point commun est le matériau vocal, avec toujours des incursions de la cloche et l'introduction de l'orgue du cornet ou de la flûte, mais où l'on part dans une direction non pas complètement différente mais dans un autre esprit « avec les chanteurs, tous devenus solistes dans une partition polyphonique à six voix, une fusion entre les sons du mode du Magnificat grégorien et ceux du spectre de la cloche » indique le compositeur. Et après ce tapis rassurant l'on apprécie les dissonances proposées.

Dissonnances, frottements délibérés - parfois à la Arvo Pârt - toujours avec ce caractère sacré, mais d'une grande cohérence et continuité d'avec le précédent cycle. Belle alliance colorée de l'orgue et du seul cornet, avec sa sonorité bien mise en valeur avec les voix. Il est rare de l'entendre dans la musique de notre temps, comme la viole de gambe, tellement cantonnée aussi à une époque passée.
Pour cette célébration imaginée, l'on pense forcément à un Jean-Louis Florentz et Olivier Messiaen, avec un parallèle qui tend aussi vers le style de Philippe Leroux, mais ici beaucoup plus tranquille.
L'on attend moins la permanence du flux vocal et l'on est surpris par davantage de mystère et moins de tournures prévisibles. Mais aussi avec la méditation et le martellement de la cloche parcellaire.

Ce jaillissement vocal plus rugueux n'est pas exempt de critiques (timbre du contre-ténor, certaines attaques, tremblements du ténor) parce que les voix sont toutes différérenciées et moins à l'unisson : on perçoit mieux chacune d'entre elles. « L'écriture est contrastée dans l'intention de servir le sens du texte ». Aussi belle tentative volontairement de l'ordre de l'oxymore, qui se clôt dans une cacophonie de cloches et gongs et vient finir comme une élévation du mineur au majeur dans les cloches : un traitement aisé pour un enregistrement et le traitement des sons. L'électronique est donc toute légère sur cette pièce, se limitant au traitement quasi exclusif de la cloche, à l'écho prononcé, amplifié ou « normal ».

La 3ème et dernière partie, « synthèse et conclusion à la fois, s'ouvre librement sur une autre antienne dont le texte provient du Cantique des Cantiques : Nigra sum, sed formosa (« Je suis noire mais je suis belle ») (Cant 1,5). Claudio Monteverdi l'avait aussi utilisée dans ses « Vespro delle beata Vergine ».
Différents textes au début séparés récitent ces cantiques dans différentes langues, d'abord en hébreu (langue d'origine) puis en grec, arménien, français, italien et autres langues proches de la Belgique. Etonnant cornet et mystérieux en 23 ; si ravissant de l'entendre, doux, sans être fort, dans un répertoire éloigné du sien.

Dix récitantes féminines mélées et superposées, viennent progressivement s’imbriquer comme un vertige, venant de toutes parts en surcouches de toutes ces langues langues et finissent en chuchottements pour l’avant dernière plage (« Tour de Babel »), puis en un apaisement serein, avec toutes ces voix s’éteignant face à l’orgue tenu. L’on constate juste une à deux tapes dans le micro au sein de la dernière plage.

Les chanteurs prennent congé tout en douceur dans un très lent et long diminuendo processionnel, avec la tendre bienveillance des instrumentistes dont le cornet à la sonorité nasalisée et l’électronique discrète qui les accompagne d’un seul son tenu. Un éloignement palpable, ressenti, émane alors de ces belles voix qui viennent expirer doucement ; après une tourne spatiale avec les chanteurs qui se sont réellement mû ? « L’infini du silence » vient tout recouvrer.

Cette pièce tente et réussit une continuité entre l’ancien et l’aujourd’hui, dans un esprit sacré très prenant. L’on regrette juste la première partie trop calquée sur le plain-chant, mais nécessaire à sa mise en place, que l’on comprend après-coup. La notation s’en trouve relevée : je suis passé du 4 au 5 par l’ambiance revélée, insuflée et gardée. Une belle découverte néo contemproaine d’aujourd’hui.

L’on est plongé dans un univers sonore de quasi une seule direction, bien qu’entrecoupée de dissonances voulues en son milieu : l’on ne retient au final que le sentiment allégé d’une grande courbe de tendre rayonnement dépouillé, qui ondule dans un accès de douceur pour la parole de la Bible. On se retire dans un autre monde.
Ensuite l’on y revient notamment par le sentiment de grande paix intérieure qui s’en dégage et que l’on va forcément retrouver, et d’une simplicté bienveillante et généreuse.


Kill Me Again
Kill Me Again
DVD ~ Val Kilmer
Prix : EUR 8,06

5.0 étoiles sur 5 Un bon polar de 1989 qui passe remarquablement le passage du temps, avec la magnifique Joanne Whalley-Kilmer d’alors et son mari, 22 juillet 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Kill Me Again (DVD)
« Kill Me Again » est le premier film américain (de ses 7 films) réalisé par John Dahl et sorti en 1989. Il a notamment reçu le Grand prix du Festival du film policier de Cognac en 1990, référence en la matière.

Philippe Lombard propose sa critique pertinente écrite en plans successifs dans un menu du DVD. Laissons-le citer le réalisateur qui explique son projet.
« « Le film noir est un genre indissociable du cinéma. On n'a jamais arrêté de le renouveler. Demandez à un cinéphile quels sont ses films préférés, il vous citera forcément quelques films noirs. » John Dahl en citerait toute une liste sans problèmes, et c'est ce goût pour le genre qui l'a poussé à réaliser en 1989 son premier, en forme d'hommage. (...)

« Lorsque ce réalisateur de spots publicitaires et de clips vidéo se lance dans le cinéma, il a en tête toute la mythologie du film noir, qu'il espère bien utiliser au premier degré, sans cynisme ni moquerie. Pour s'assurer que son équipe est bien sur la même longueur d'ondes, John Dahl va constituer, avec son coscénariste (et producteur), une compilation des meilleures scènes du « Roman de Mildred Pierce » de Michael Curtiz (1945), « La facteur sonne toujours deux fois » de Tay Garnett (1946), « Key Largo » de John Huston (1948) et « Boulevard du Crépuscule » de Billy Wilder (1950).

« À l'arrivée, ce film « néo-noir » contient de nombreuses références aux classiques du film noir : l'amour pour une femme qui n'inspire aucune confiance (« La griffe du passé » de Jacques Tourneur) ou qui ressemble à l'être aimé disparu (« Sueurs froides » d'Alfred Hitchcock), la femme fatale impure vêtue de blanc (« Le facteur sonne toujours deux fois » de Tay Garnett), la voiture dans le lac (« Psychose » d'Alfred Hitchcock), le nom que donne le détective au concierge du motel est Barrow (Bonnie and Clyde »), avec un couple en cavale aussi recherché, etc... »

Effectivement, ce film a laissé une trace pour ceux qui l'ont vu à sa sortie, par notamment l'ambiance noire, le comportement un peu perdu et désabusé du détective toujours très bien rasé que jouait Val Kilmer, pris dans des faits qui le dépassent, le violent-psychopathe Michael Madsen, la plastique et le charme de la jeune et belle brune Joanne Whalley-Kilmer dès qu'elle apparaît, comme de l'ambiance touffue au scénario diabolique, les belles bagnoles américaines, l'action dans ces règlements de comptes. Tient-il ses promesses de de revoir 25 ans après ?

Pour sûr oui : la belle Joanne alors âgée de 25 ans au fort magnétisme a toujours un charme venimeux, enflammant, irrésistible et ensorcelant dans ce film, surtout par ses postures répétées de séduction. « Inoubliable » comme il est dit d'elle dans le film... ou faisant des « ravages »... mais au casino ! Un rôle de brune piquante et calculatrice, qui devient magnétique en rousse aussi.

C'est effectivement un polar avec des accents hitchcockiens et même un hommage à « Psychose » lors de la scène de la voiture immergée. Et il tient très bien la rampe aujourd'hui.
Juste mentionnons la qualité de la pellicule qui n'est pas parfaite pour un DVD : mais de mon point de vue ce n'est pas le principal.

La musique, par son rituel simple de cordes longuement étirées et surtout son thème lancinant sur quelques notes alternées amène une certaine tension dramatique et participe à la noirceur du film. Rappelle parfois l'atmosphère de « Wall street » d'Oliver Stone tourné deux ans plus tôt, dans ses longs accords traînants aux cordes.

La production fit même appel à un authentique détective privé de Las Vegas afin de donner des conseils à Val Kilmer. Il trouva l'acteur « très convaincant » dans son rôle à l'écran !

Un scénario diabolique, avec des rebondissements, dont le dernier est pas mal trouvé. L'innocent détective qui se trouve embarqué dans de multiples péripéties ne sera finalement pas le perdant...
Une réalisation efficace, qui imite un peu les films des années passées.

Le film a été tourné au Névada et sur les lieux mêmes de l'action. Peu de paysages de désert, mais bien utilisés, même attendus et plutôt disséminées (générique débarrassé d'un quelconque humain, scènes de fuite, fin du film) mais qui servent le film comme une chaude respiration, et renvoie à cet univers américain d'atmosphères parfois arides et désolées qui viennent sublimer l'action. On voyage dans différents lieux, à la fois la ville et surtout la campagne ou des atmosphères désertes et étouffantes.

Parfois le rythme plus lent s'anime subitement, avec des cassures de rythme et de péripéties qui relancent toujours l'intérêt. Sans crier gare, il renouvelle le genre, tout en s'y référant sans cesse.

L'accueil critique du film, après son Grand prix de Cognac, fut excellent. Et Philippe Lombard de citer Maurice Fabre de France-soir : « Ce qui est remarquable dans ce film d'apparence modeste, c'est justement son absence de clinquant, de gratuité et de surenchère. L'intrigue est cousue main, sans une faille. Cela va très vite et chaque séquence sonne juste. Les personnages, comme dans la tragédie, résultent d'une convention et en même temps sont vrais. »

Annie Coppermann surenchérit dans Les Echos : « Un succulent polar à l'ancienne, où tous les clichés, toutes les lois du genre sont respectées sans que jamais le suspense n'en souffre : en est surpris sans cesse, et très heureux, à la fin, de s'être laissé piéger... »

Philippe Lombard finit son article par mentionner les acteurs principaux en devenir dans ce film : Val Kilmer et Joanne Whalley qui se sont rencontrés sur le tournage de « Willow » et venaient juste de se marier avant de commencer ce tournage, second et dernier de leur collaboration à la ville et l'écran. Ils divorcèrent en 1994.
Val Kilmer explosera dans « Les Doors » d'Oliver Stone en 1992, avant de tomber dans l'oubli. Le méchant psychopathe Michael Madsen dans l'un de ses premiers rôles, réitérera un peu ce même personnage dans « Reservoir dogs » de Quentin Tarentino.

Et que devient Joanne Whalley depuis ce temps ?

Mathieu Lecerf se posait récemment et aussi la question au sein de « Première », avec les extraits concernant la belle :

« Magnifique brune du cinéma britannique des années 80, épouse médiatique de Val Kilmer pendant huit ans, beauté froide à la sensualité exacerbée, Joanne Whalley a été toutes ces femmes à la fois. Fantasmatique et fascinante, l'une des plus belles actrices du cinéma anglais contemporain, absente du premier plan depuis des années, nous manque aujourd'hui terriblement.
Femme fatale des années 90, héroïne venimeuse du cinéma indépendant, épouse de Val Kilmer, où en est Joanne Whalley aujourd'hui ? »

Et plus spécialement pour « Kill me again » :
« Petit chef-d'œuvre du film noir, c'est en effet en 1989 que le couple le plus glamour et sexy du moment (et donc fraîchement marié) est enrôlé par le brillant John Dahl (« Red Rock West », « Last Seduction »), pour « Kill me again », un bijou de polar où lui campe un privé au bout du rouleau et elle une femme fatale vénéneuse qu'il aurait mieux fait de ne jamais rencontrer. Un résultat culte. »

Il est parfois bon de se replonger dans un bon polar apprécié à une époque, pour s'apercevoir s'il a tenu l'épreuve et l'évolution du temps. S'il y réussit comme celui-là, quoi de mieux ? Un pur plaisir, de constater qu'à l'époque, on avait aussi les mêmes (bons) goûts... Mais l'on n'attendra pas 25 ans pour le visualiser de nouveau, croyez-moi...


Vivaldi: Flute Concertos
Vivaldi: Flute Concertos
Prix : EUR 6,99

5.0 étoiles sur 5 Un réel plaisir d’écouter le soliste se faire plaisir et maîtriser complètement ses partitions, comme cet orchestre de chambre, 19 juillet 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Vivaldi: Flute Concertos (CD)
Ce disque sorti en 2006 chez Warner Classics propose 8 concerti pour flûte et cordes de Antonio Vivaldi (1678-1741), dont les 6 concerti de l'opus 10 (édité à Amsterdam en 1729) avec son tube « La notte », concerto opus 10 n°2 RV 439. Il fut enregistré à Sydney en 2005.
Sur la pochette on voit le flûtiste-soliste comme timide avec le regard baissé, dans une posture humble, regardant son instrument sur une riche banquette élégante rouge éclatant, représentant tout l'esprit du XVIIIè siècle.

La notice commence par replacer le contexte de la flûte de manière historique : « Le' deuxième et le troisième quart du XVIIIe siècle furent l'âge d'or de la flûte traversière, qui avait trouvé sa première forme « moderne » en France vers la fin du XVIIe siècle. Sa sonorité douce et son agilité convenaient parfaitement à l'esthétique de la période galante, avec sa prédilection pour les trilles et autres ornements, et elle fut bientôt considérée comme l'instrument du gentilhomme par excellence, comme en témoigne l'enthousiasme avec lequel Frédéric Le Grand la pratiqua.
« Vivaldi fut le premier grand compositeur italien à faire de substantielles contributions au répertoire de la flûte traversière [dès 1715 environ]. »

Ici l'on perçoit du soliste et de l'Orchestre de chambre Australien fondé en 1975 à Sydney, dirigé par Richard Tognetti du violon solo toute la fougue, le ralenti, le senti, la vivacité avec une attention aux rythmes, l'enflure du son qui enfle et s'apaise aussitôt, le répit, le doigté, la finesse de la dentelle et finesse sonores, sans tremblement intempestif du son dans l'émission. Un écrin souple, fragile, délicat, tout en étant efficace, avec un dialogue instauré avec les cordes de l'ensemble et non un combat sur qui jouera le plus rapide et le plus fort.

Magnifique doigté de Emmanuel Pahud - flûtiste solo du Philharmonique de Berlin depuis 1992 -, le tout bien ciselé encore une nouvelle fois, avec un son clair, un souffle magnifiquement dirigé, néanmoins parfois un peu appuyé - lorsqu'il veut obtenir un forte -, l'élégance de ses trilles, un souffle inaudible : tout paraît simple avec lui, accompagné de cette phalange de chambre de 18 membres avec le chef-violoniste, distinguée et aérienne. Sensibilité dans les adagio et onctuosité réussie dans les attraits du prestissimo et autre allegro.

Éthéré, subtil, délicat, même si c'est toujours le même style et un peu le même morceau inlassablement décliné, tantôt avec davantage de tendresse, de fougue, recueillement ou rapidité. Vivaldi, comme à son habitude puisa, dans ses propres concerti d'autres instruments solo la matière de redonner vie à son précédent matériau. Par exemple des 6 concerti de l'opus 6, seul le 4ème semble être original, nous apprend la notice. Le pari est réussi de sans cesse relancer l'intérêt musical et ne pas laisser s'imprimer les relents d'ennui trop souvent ressentis envers ces partitions proches entre elles. Il lui faut de la fougue mais pas l'expédition de la musique à dessin d'éblouir par une virtuosité personnelle.

L'on y constate l'écart entre des prises plus anciennes comme celle de la célèbre I Solisti veneti de Claudio Scimone avec J. Pierre Rampal : une autre époque, même si cette dernière reste toujours entraînante et a marqué son temps comme un jalon essentiel historique de la musique de chambre de Vivaldi. Mais le rôle et le but de ces nouvelles versions sont de venir détrôner (légèrement ou avec panache) celles qui nous ont précédemment marqués, comme une irrévérence nécessaire. On garde l'ancienne toujours dans sa discothèque, à repasser comme un jalon de l'enfance marquée, à l'origine de bien des découvertes ultérieures pour sûr. Ne la méprisons surtout pas.

Subitement un côté plus lyrique ou une suspension de l'ardeur remplace le rythme galopant et virevoltant. Autre part une analogie avec un chant d'oiseaux par des trilles si fins, purs et délicats n'est pas incongrue (comme en début de 11).
Seul effet frustrant : souvent la durée concise des plages, qui viennent interrompre un plaisir parfait, pur, cristallin et si raffiné. Mais le plaisir repart aussitôt vers une autre mélodie.

L'on regrette juste de petites imperfections/critiques envers les attaques et rendus des violoncelles parfois un peu âcres et rudes au début des plage 5, 9 et 26, comme deux petits coups étrangers à l'ensemble (il me semble) audibles à 1'36 de 25.
De l'entrain, avec le son qui avance et avec le chef qui sait ce qu'il veut et où les musiciens le suivent, avec un recueillement subtil et clair, une position allègre et enjouée qui sert l'ensemble avec entrain.
Ce qui est vivifiant c'est que l'on ne s'appesantit jamais chez Vivaldi, par la forme de ses concertos très définis, et du coup un mouvement peut-être moins apprécié est aussitôt remplacé.

Une réelle classe, une facilité élégante et sensible l'habite, sublimée et exaltée par ce petit ensemble instrumental qui ne se contente pas d'officier mais qui fournit un tapis onctueux, clair et enivrant pour laisser le flûtiste magnifier et sublimer le charme communicatif du compositeur.
Avec une belle prise de son qui exalte, honore et englobe le tout, où l'on entend tout, avec l'ensemble qui respire et une dynamique bienvenue.

Le flûtiste a-t-il tant attendu avant de proposer sa version de ces pièces incontournables de la musique baroque ? Les a-t-il bien travaillées avant de les offrir ? En tout cas il survole son sujet, exigeant envers lui-même et le travail offert.
L'ensemble met bien en évidence l'ensoleillement de cette musique gorgée de soleil, d'éclat ou plus méditative dans une ronde de sens, de grâce et de fraîcheur.
À noter que Richard Tognetti a été ordonné « Australian National Living Treasure » (Trésor vivant national australien) en 1999. Titre étonnant mais prestigieux !


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