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Contenu rédigé par Bruce Tringale
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Bruce Tringale (France)

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L'ADOPTION T01
L'ADOPTION T01
par Monin
Edition : Album
Prix : EUR 14,90

5.0 étoiles sur 5 L'art d'être grand-père, 9 septembre 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'ADOPTION T01 (Album)
Orpheline suite à un séisme dans son Pérou natal, Quinaya est une fillette de 4 ans adoptée par un couple français.
Ce tome 1 raconte l’amour naissant puis inconditionnel entre l’enfant déracinée et Gabriel, son grand-père français et bourru qui s’obstine à ne pas vouloir s’attacher à une gamine ne partageant pas son patrimoine génétique.

Rien que la prose du début (« Durant quelques minutes la terre trembla de plaisir ? de froid ? Un seisme de 8.4 . Ce bon vieux Richter en eût rougi de plaisir »!) et l’on sait qu’on tient là du grand Zidrou, certainement un des auteurs franco-belge aussi prolifique que Joann Sfar. L’adoption est une BD de conquête, semblable au coup de foudre amoureux : quand bien même vous seriez blasé, prédisposé à dire qu’on ne peut plus vous la faire, rien absolument rien ne vous protégera de la déflagration émotionnelle de cette histoire d’amour sur le tard entre un enfant et son grand père.

Pourtant en écrivant les grandes thématiques de cette histoire, on est pas sûr de se taper ça après une journée de boulot: Qinaya se rappelle de ses parents disparus, on y aborde la vie sexuelle de nos seniors, les grands drames de la vie (un vieillard a dû apprendre à survivre à son enfant décédé) qui côtoient les petites sorties de route (l’incompréhension qui règne entre Gabriel et son fils de 45 ans).

Lu comme ça, on pourrait se croire chez Ken Loach alors qu’il n’en est rien. Zidrou n’est pas un triste sire mais un amoureux de la vie, des parenthèses de grâce qu’elle peut offrir quelle que soit l’épreuve. Ses personnages sont des résilients qui continuent en dépit de tout mais jamais par dépit. Et l’histoire de la petite Qinaya, belle à pleurer, réveille ce que nous avons de meilleur en nous : l’empathie, la compassion, un altruisme pur et désintéressée pour une enfant autre que la nôtre , totalement affiliée à notre famille d’êtres humains.

Zidrou est il un scénariste ou un peintre ? Par petites touches d’humour, il trouve les voix de ses personnages mêmes les plus anodins, il donne leurs fréquences qui vont nous permettre de les capter, de les ressentir, de les comprendre sans les juger.
Il y a bien sûr Quinaya qui cumule tous les instants de pureté quasi divine que nous offre l’amour inconditionnel d’un enfant à ses parents, ses stratégies à la fois si simples et si élaborées pour se faire aimer, sans langage autre que de l’authenticité; Une innocence qui nous ramène au Paradis Perdu d’une vie perdue et qui ne demande qu’à vibrer encore !

Une allégorie admirablement plantée par Arno Monin dès la couverture : Qinaya et son grand père se toisent silencieux, séparés par la frontière symbolique de la terrasse du jardin. Qinaya semble éclore de la pelouse, du vert de la vie, son regard est invisible mais confiant tandis que son grand père sur du béton gris, semble sidéré. L’ombre de Qinaya rampe aux pieds de son papi pour induire le mouvement de l’enfant à se faire adopter paisiblement tandis que son ombre à lui, comme une bonne partie de sa vie, est derrière lui. De ces deux mondes va naître une rencontre. Celle qui fera grandir Quinaya, surmonter son deuil et agrémentera la vie du vieux bougon.

L’adoption aurait pu s’appeler La réappropriation ; ce moment où l’arrivée d’un enfant pousse l’adulte un peu plus vers sa propre mort (Claremont avait écrit de très jolies pages là dessus dans le Lifedeath des X-Men) mais aussi dans la réappropriation dans ce qui lui reste à vivre. L’occasion d’avoir une seconde chance d’exprimer des émotions inconnues ou interdites de sa jeunesse. Le bonheur de s’oublier totalement pour un être vierge de tout jugement sur votre histoire personnelle et familiale. Gabriel se laisse peu à peu apprivoiser par Quinaya qui le révèle à lui-même et à cet adage voulant que nos enfants nous donnent la vie.

Ce travail n’aurait jamais pu être accompli sans le travail exemplaire d’Arno Monin. L’alchimie entre les mots et l’image font que chaque page s’apprécie au ralenti . J’ai scruté chacune des planches de Monin, comme un album de famille ou chaque photo m’était précieuse. Proche du photo-réalisme, certains diront de Sandoval, Monin distille des moments où le corps complète les silences ou les émotions de ses personnages. Lorsque Quinaya évoque la mort de ses parents au Pérou par un simple dessin, la séquence est muette. Pas besoin d’en voir plus pour comprendre que ce n’est pas la première fois que la fillette sublime son traumatisme.

En bonus, de nombreux croquis de Monin témoignent de sa virtuosité à croquer le langage corporel de l’enfant et à, saisir en quelques traits les sailles de joie pures, de tristesse, de fantaisie et de malice de la petite péruvienne. Un travail qui mérite d’être d’autant plus souligné que l’enfant n’a que très peu de dialogue et que le dessin nous permet de nous l’approprier.

Soutenu par un dessinateur virtuose et une fin d’une intensité telle que si vous ne versez pas votre petite larme, c’est que vous n’avez pas de coeur, voici un album qui arrive à point nommé dans notre France Bleue Déprime. Cette adoption, c’est aussi celle du lecteur là où la vie semble plus grande et si minuscule face au rire d’un enfant. Et le soleil jamais plus doux qu’une caresse sur une joue endormie.


Lettre à Momo [Blu-ray]
Lettre à Momo [Blu-ray]
DVD ~ Karen Miyama
Prix : EUR 23,90

5.0 étoiles sur 5 Quand Taniguchi rencontre Miyazaki, 9 septembre 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Lettre à Momo [Blu-ray] (Blu-ray)
Retrouvez cet article en intégralité et en images sur le blog Bruce Lit ( brucetringale.com), le rendez vous des amoureux des Comics Mangas Bd.

Cette Lettre à Momo est un bien curieux objet. A juste titre qualifié de Ghibly Like, ce dessin animé est profondément attachant et pourrait être un film de Miyazaki écrit et dessiné par Taniguchi, celui de Quartier Lointain.
L’amateur de Miyazaki sera effectivement en territoire connu, celui, comme chez Neil Gaiman autre grand admirateur du maître, de l’incrustation du fantastique et du merveilleux dans un quotidien souvent douloureux. Les Yokai sont des démons qui rappellent parfois les Sylvains de Mononoké et surtout le bestiaire du Voyage de Chihiro, à priori des créatures punies par leur créateur, et dont le besoin de rédemption se superpose à celui d’une héroïne en quête initiatique.

Les Yokai sont des créatures un peu rustres, un peu sales, un peu vulgaires dont on comprend que leur gourmandise a créé leur perte voire celle d’autres humains. Leur puissance est neutralisée par les caprices de Momo produisant un effet comique subtil entre cette enfant qui n’attend plus rien de la vie et ces démons qui veulent-littéralement-la croquer à pleine dents. Certaines séquences, notamment une poursuite épique avec des sangliers en colère, introduisent l’humour bouffon japonais à base de poses stupides et de pets radioactifs dont les fans d’animés sont coutumiers.

Côté bestiaires, Lettre à Momo propose des créatures surnaturelles au design plutôt simple : des griffes, des dents pointues, des sourcils absents et des yeux exorbités, un sourire plus inquiétant que rassurant, le tout avec des fondations mythologiques inscrites dans des parchemins japonais. Là encore, on est dans le folklore puisque dernièrement, les monstres de L’attaque des Titans obéissait au même cahier des charges. Enfin, le final propose un déchaînement de créatures gluantes, invertébrées et rampantes qui rappellent encore une fois Mononoké.

Pourtant, comme chez Miyzaki, ces démons ne sont pas forcément mauvais mais avides de cohabitation avec l’humain. Et, c’est bien l’humain qui est au centre de cette Lettre à Momo. Notre héroïne a résolu trop vite et de manière involontaire son Oedipe. L’animé met en scène de manière exquise la confrontation entre l’instant et le toujours. La colère et le remord. La futilité de la vie face à l’irrémédiable de la mort. Les nombreux monstres rigolos faits pour divertir les enfants ne doivent pas occulter que le sujet principal de Lettre à Momo, c’est le travail de deuil et la survivance à la culpabilité.

En fait, l’horreur et le gore en moins, Momo n’est pas sans rappeler Tyler Locke dans l’indispensable Locke & Key. Rappelez vous, Tyler suite à une dispute avec son paternel, confiait à son ami qu’il aimerait que son père meurt pour lui ficher la paix. Manque de pot, cet ami étant un apprenti tueur en série exauçait son voeu plongeant Tyler dans une culpabilité légitime dont il s’extraira tant bien que mal par la magie, la lutte contre des démons et le sauvetage de sa famille.

La lettre à Momo propose finalement exactement la même histoire en moins effrayant tout de même. Momo a obtenu ce qu’elle souhaitait sur un moment de colère : que son père disparaisse de sa vue. Entre sa mère et elle, la douleur est si grande que chacun tente de préserver l’autre en maintenant l’illusion de l’insouciance, terrain de tous les malentendus. De fil en aiguille, elle prend l’ascendant sur ses démons (ici les Yokai) jusqu’à être en position de sauver la vie de sa mère. Débarrassée du poids de sa dette, Momo est enfin libérée, délivrée, elle ne mentira plus jamais.

Le volet graphique semble, on l’a vu, tout droit sorti des crayons de Jiro Taniguchi. Ce qui frappe d’emblée, c’est la douceur du trait, sa finesse, son sens discret-mais maniaque- du détail. Du pied légèrement cambré de l’adolescente au rayonnage abondant de l’épicerie où Momo fait ses courses en passant par des décors exquis. Le diable est dans les détails dit-on et ces détails d’un village japonais paisible vient contraster avec le tourment intérieur de Momo. Comme chez Taniguchi, la jeune fille n’est pas une enfant insouciante. Elle est, comme le héros de Quartier Lointain, écrasée par son sens des responsabilités et sa volonté de réparer une famille brisée.

Pour autant, c’est une jeune fille calme, un peu peureuse mais ni chouinarde, ni hystérique, ni princesse, ni souillon. L’affiche résume en une séquence son caractère : ses grands yeux ouverts d’étonnement, un langage corporel figé tout en maîtrise d’elle même, la silhouette légèrement inclinée par la curiosité que lui inspirent des événements.

Un peu lent dans son déroulé, avec des couleurs parfois un peu trop délavées et une musique passe partout, cette Lettre à Momo prend tout son sens dans la dernière demi-heure où l’action devient tonitruante et l’émotion d’une réelle puissance. La révélation de la lettre, l’explication finale entre Momo et sa mère ainsi que l’épilogue sont de grands moment de cinéma.


Spider-Man and the Human Torch
Spider-Man and the Human Torch
Prix : EUR 5,90

4.0 étoiles sur 5 Les compères, 30 juillet 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Spider-Man and the Human Torch (Format Kindle)
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Lorsque j’ai terminé ce volume, j’avais envie de sauter dans les gros bras de Dan Slott. Lui dire que je lui pardonnais pour la résurrection de Kraven au vu de l’incroyable boulot fait sur cette mini-série. Voyons : des vilains ringards avec prix du jury au Red Phantom et ses singes savants, du soap en-veux-tu-en-voila, aucun enjeu planétaire, des gentils prisonniers de leurs principes. Ce n’est pas donné à tout le monde de ressusciter notre âme d’enfant, celle qui dévorait les gentilles histoires de Spidey le magasine de Lug, tandis que Strange et Special Strange proposaient des histoires plus sombres avec les chutes de Matt Murdock, de Tony Stark et de Jean Grey.

Pour autant, le travail de Slott est-il infantile ? Que non !
Tout d’abord, Slott n’a rien du tâcheron. Il connait ses Spider-Man par Coeur (sic) et comme pour Miss-Hulk et Superior Spider-Man, il se livre à un délicieux exercice d’équilibriste alternant entre l’irrévérence et l’amour authentique du personnage.
Certains moments sont purement irrésistibles : Johnny Storm qui cherche son meilleur profil sur deux photos analogues, Spidey qui, en souhaitant bien faire, tapisse de toile bien gluante le Quinjet des FF exaspérés. Le meilleur moment de l’album reste lorsque au beau milieu d’une prise d’otage, Peter dévoile à son ami son identité secrète par le langage des signes auquel Johnny ne comprend NIB. A cela, s’ajoute mille et une petites répliques charmantes où Spidey fait preuve de son humour légendaire sans passer pour un abruti….

Cet humour est une partie intégrante de la mythologie du personnage, de ses super-pouvoirs, cette capacité surhumaine de rire de tout avec tout le monde. La force de cette histoire est de réunir les deux clowns de l’univers Marvel, le troisième étant bien sûr Bobby Drake qui ressemble beaucoup à Peter : un type profondément gentil et angoissé à mort qui balance ses vannes sur le champ de bataille pour surmonter son mal être.

Il s’agit donc pour Slott de mettre en image l’amour vache entre les deux super héros rivaux autant en terme de pouvoirs (Johnny liquide –sic-en une image le Vautour avec une simple boule de feu), de super-vilains (Peter roule Doom dans la farine en employant une ruse tordante) et de femmes (Johnny constate effaré le tableau de chasse de Peter Parker : Gwen, Felicia, MJ).

Slott est définitivement le scénariste de l’échange. le succès de son Superior Spider-Man était de remplacer le héros par le vilain pour en constater les limites avant de se rappeler de ses qualités. Ici, c’est pareil : Johnny réalise que les aventures du tisseur constituent la fange du super-héroisme avec ces entrepôts pourris, ces vilains déguisés en animaux, ces enjeux qui ne dépassent pas le quartier quand les FF sauvent les univers qu’ils découvrent. Il n’hésite pas à qualifier les aventures de son ami de série Z alors que celles de son groupe s’apparentent à un blockbuster.

Mais pour paraphraser Sacha Guitry, les comics c’est trop sérieux pour les laisser aux mains de rigolos. Et force de constater que Slott écrit aussi autre chose qu’une farce, l’ensemble étant aussi parfois émouvant, tendre, attachant. Et surtout très malin.
Il aborde avec beaucoup de finesse l’épuisant sentiment de culpabilité de Peter sous un angle nouveau et simple. Lorsque Johnny lui conseille après la mort de Gwen de prendre des vacances, il lui répond que le monde peut attendre de découvrir d’autres dimensions, que les vies des petites gens sont constamment en danger. Qu’il n’a rien pu faire pour sauver son oncle mais que lorsqu’il a donné son maximum pour Gwen, le résultat a été le même : une mort tragique par sa faute. Bien vu !

La force du récit est aussi de superposer les frustrations de nos deux héros, de nous introduire dans leur moi intime, celui qui rêverait d’occuper la place de l’autre. Peter rêve d’une vie d’aventure avec les FF au service de la science, de pouvoir aider son prochain sans se faire poursuivre par les flics et diffamer par J.J.Jameson. Une vie de légèreté et d’insouciance.
Tandis que, et c’est le plus habile tour de passe-passe de Slott, Johnny Storm envie l’existence de Peter Parker, le plus grand loser de l’univers Marvel ! Une tante toujours dévouée et aimante, un cercle d’amis fidèles et des filles magnifiques qui se pâment d’amour sincère pour lui. Un joli conte sur la confrontation entre l’image intime et celle que les autres ont sur nous. Je, moi, les autres.

L’histoire se termine sur la rencontre entre la famille Parker (durant l’ère Strazcynski) et celle de Reed Richards. Une ambiance conviviale, brodée de respect et de tendresse mutuelle immortalisée par des photos prises par un drone de Mr Fantastic. Et un pur instant de grâce lorsque Peter rebondit sur les propos du petit Franlin sur son oncle Ben (The Thing) en lui répondant que les oncles Ben ont toujours raison.

Les symboles sont décidément très forts dans cette histoire craquante qui évoquerait le pendant humoristique du travail anthologique de Tim Sale et Jeph Loeb. Le symbole d’un super héroïsme profondément humain, du côté de la vie, versant plus dans la névrose que la psychose post Civil War qui, comme par hasard se déroule juste après. Un monde où dirigés par les deux pithécanthropes Alonso et Quesada, les super héros sont devenus les flics nerveux d’un univers en perpeptuel état d’urgence

Le comble de l’ambiguité en fait : alors qu’enfant je rêvais d’histoires matures et violentes, voici que désormais il n’y a plus que ce genre de récit qui parvient encore à m’émerveiller. Marvel en anglais, à la base, ça veut bien dire ça, non ?


Cet été-là
Cet été-là
par Jillian Tamaki
Edition : Album
Prix : EUR 20,00

5.0 étoiles sur 5 Quand vient la fin de l'été, sur la plage, 30 juillet 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Cet été-là (Album)
Retrouvez cet article en intégralité et en images sur le blog Bruce Lit ( brucetringale.com), le rendez vous des amoureux des Comics Mangas Bd.
Traduit dans nos contrées sous le titre Cet été là, This one summer est un roman graphique écrit par Mariko Tamaki et dessiné par Jillian Tamaki. Après Skim, il s’agit de la deuxième collaboration entre ces deux cousines canadiennes. Une collaboration portées aux nues par l’intelligentsia du circuit indépendant comme Craig Thompson ou Vera Brogsol.

Dans la famille, je-veux-du roman-graphique-pas-trop snob-avec-de-vrais-êtres-humains-à-l’intérieur, je demande Cet été là !
Comme chaque année depuis son enfance, Rose, 13 ans, vient en vacances avec ses parents dans la petite station balnéaire de Awago. Dans ce trou paumé avec une épicerie et une pizzeria pour seuls commerces, elle retrouve son amie Windie, 11 ans, petite fille adoptée rigolote et boulotte.
Pourtant, cet été là, une chaîne d’événements imprévus vont venir bousculer la routine estivale de Rose et ses parents.
Je vous avertis/rassure tout de suite : ces événements n’ont rien de fantastique (Black Hole de Burns) ou de tragique (pas de viols, de meurtres ou d’inceste : Comment j’ai tué Pierre). Notre récit a pour cadre la normalité et la routine de l’existence. Est-ce à dire que Cet été là est ennuyeux ? Et bien non, et ce n’est pas le moindre mérite des Takami que de pondre une histoire sur la vie paisible sans faire bailler son lecteur. Il s’agit de la chronique douce amère de l’été d’une jeune fille profondément attachante qui réveillera en vous un nombre de sensations oubliées.

Cet été là, c’est d’abord un humour subtil associé à une infinie délicatesse dans la description dans la vie dans un petit camping américain. Ne serait-ce que pour nous éviter la beauferie 100% matière grasse de Dubosc, une génuflexion respectueuse s’impose devant les cousines Tamaki.

Si Rose et Windie se servent d’Internet, de portables et toute la quincaillerie new age, la BD parlera d’avantage aux gamins des années 80, ceux des vidéo- clubs. Car toute une partie du récit leur est adressée. Pour tromper leur ennui, les gamines s’amusent à louer des films d’horreur qui les fascinent et les révulsent à la fois : Vendredi 13, Jaws, ou la saga des Freddy sont les seuls films que peuvent s’offrir deux nénettes dans un trou perdu des Etats-Unis.

C’est aussi inconsciemment, un voyage imaginaire au pays de la jeunesse des parents. Et Cet été là joue à merveille la partition de la complicité entre une jeune adolescente et son père faîte de respect, de tendresse et d’humour.
Inversement, Rose entre dans un grave conflit avec sa mère victime d’accès dépressif dont le mystère n’est dévoilé qu’en toute fin du récit. Tout à coup, cette femme murée dans sa souffrance, une souffrance qui la rend antipathique, apathique et incomprise aux yeux de sa fille, devient un exemple de dignité terriblement émouvante. La preuve par mille que derrière toute attitude désagréable se cache un symptôme qu’amour, patience et empathie peuvent décrypter.

Les cousines Tamaki abordent ainsi par petites touches de petits drames qui ne pèsent rien à l’échelle mondiale mais capables de gâcher des vacances : une grossesse non désirée, un géniteur qui se défile, une fausse couche. En fait tous les symboles de la naissance ou de la renaissance. Et tout ça, sans l’ombre d’un cliché.
Rose, est une brave môme attachée à son père qui conçoit ses vacances sans forcément vouloir boire ou sniffer. Ce n’est pas non plus une puritaine obsédée puisque on sent que par moment l’appel hormonal résonne au loin. Et qu’au détour de conversation avec Windie, on aborde quand même la taille des seins qui ne veulent pas pousser et l’intérêt du sexe oral.

Rose, c’est simplement une jolie gamine, bien dans ses tongs qui ne cherche rien de mieux que marcher au soleil couchant avec son père pendant que sa mère pleure, qu’à sentir le poids de son corps se dissoudre dans l’océan, dessiner en silence tandis que sa boulotte de copine se déchaîne devant elle, un très beau moment d’art séquentiel où la justesse des expressions faciales et corporelles m’ont paralysé, ce qui ne m’arrive que très rarement !

Comment font’elles ces Tanaki ? A chaque fois que l’on se croit en terrain connu, elles arrivent à déminer le terrain des stéréotypes avec une grâce admirable : la jolie maigre et la boulotte un peu fofolle évoquent un couple comique façon Laurel et Hardy ? Oui, mais la plus maline n’est pas celle que l’on croit et un incident presque imperceptible viendra plomber leur amitié. Avant que l’insouciance ne reprenne ses droits !
Nos amies enquêtent sur un petit mystère local ? Celui-ci ne se résoudra sans effusion de sang mais avec un zeste de suspense qui viendra perturber la vie paisible d’Awago.

Car mine de rien, Cet été là propose un beau voyage immobile : on y visite brièvement une petite réserve indienne, on y mange quelques barbecues, mais surtout on profite des silences d’une jeune fille qui observe le monde autour d’elle, s’interroge sur ses propres réactions et réalise que cet été là marque peut-être la fin de son enfance. Sans drame. Sans larme. Sans amertume. Juste une résignation emplie de quiétude.

Vous l’avez compris, c’est un coup de foudre que cet amour de vacances qui sent bon les cigales, le rire lointain d’une partie de pétanque, le plaisir du sable chaud sous un pied nu et les cheveux séchés par le sel de mer. Les Tamaki viennent ni plus ni moins d’écrire leur Blankets au soleil. Et comme les vacances, j’aurais souhaité ne jamais finir cette histoire ! Il faut pourtant se quitter, peut-être pour toujours, oublier cette plage Encore un dernier baiser ?


This One Summer
This One Summer
par Jillian Tamaki
Edition : Broché
Prix : EUR 14,18

5.0 étoiles sur 5 Quand vient la fin de l'été, sur la plage, 30 juillet 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : This One Summer (Broché)
Retrouvez cet article en intégralité et en images sur le blog Bruce Lit ( brucetringale.com), le rendez vous des amoureux des Comics Mangas Bd.
Traduit dans nos contrées sous le titre Cet été là, This one summer est un roman graphique écrit par Mariko Tamaki et dessiné par Jillian Tamaki. Après Skim, il s’agit de la deuxième collaboration entre ces deux cousines canadiennes. Une collaboration portées aux nues par l’intelligentsia du circuit indépendant comme Craig Thompson ou Vera Brogsol.

Dans la famille, je-veux-du roman-graphique-pas-trop snob-avec-de-vrais-êtres-humains-à-l’intérieur, je demande Cet été là !
Comme chaque année depuis son enfance, Rose, 13 ans, vient en vacances avec ses parents dans la petite station balnéaire de Awago. Dans ce trou paumé avec une épicerie et une pizzeria pour seuls commerces, elle retrouve son amie Windie, 11 ans, petite fille adoptée rigolote et boulotte.
Pourtant, cet été là, une chaîne d’événements imprévus vont venir bousculer la routine estivale de Rose et ses parents.
Je vous avertis/rassure tout de suite : ces événements n’ont rien de fantastique (Black Hole de Burns) ou de tragique (pas de viols, de meurtres ou d’inceste : Comment j’ai tué Pierre). Notre récit a pour cadre la normalité et la routine de l’existence. Est-ce à dire que Cet été là est ennuyeux ? Et bien non, et ce n’est pas le moindre mérite des Takami que de pondre une histoire sur la vie paisible sans faire bailler son lecteur. Il s’agit de la chronique douce amère de l’été d’une jeune fille profondément attachante qui réveillera en vous un nombre de sensations oubliées.

Cet été là, c’est d’abord un humour subtil associé à une infinie délicatesse dans la description dans la vie dans un petit camping américain. Ne serait-ce que pour nous éviter la beauferie 100% matière grasse de Dubosc, une génuflexion respectueuse s’impose devant les cousines Tamaki.

Si Rose et Windie se servent d’Internet, de portables et toute la quincaillerie new age, la BD parlera d’avantage aux gamins des années 80, ceux des vidéo- clubs. Car toute une partie du récit leur est adressée. Pour tromper leur ennui, les gamines s’amusent à louer des films d’horreur qui les fascinent et les révulsent à la fois : Vendredi 13, Jaws, ou la saga des Freddy sont les seuls films que peuvent s’offrir deux nénettes dans un trou perdu des Etats-Unis.

C’est aussi inconsciemment, un voyage imaginaire au pays de la jeunesse des parents. Et Cet été là joue à merveille la partition de la complicité entre une jeune adolescente et son père faîte de respect, de tendresse et d’humour.
Inversement, Rose entre dans un grave conflit avec sa mère victime d’accès dépressif dont le mystère n’est dévoilé qu’en toute fin du récit. Tout à coup, cette femme murée dans sa souffrance, une souffrance qui la rend antipathique, apathique et incomprise aux yeux de sa fille, devient un exemple de dignité terriblement émouvante. La preuve par mille que derrière toute attitude désagréable se cache un symptôme qu’amour, patience et empathie peuvent décrypter.

Les cousines Tamaki abordent ainsi par petites touches de petits drames qui ne pèsent rien à l’échelle mondiale mais capables de gâcher des vacances : une grossesse non désirée, un géniteur qui se défile, une fausse couche. En fait tous les symboles de la naissance ou de la renaissance. Et tout ça, sans l’ombre d’un cliché.
Rose, est une brave môme attachée à son père qui conçoit ses vacances sans forcément vouloir boire ou sniffer. Ce n’est pas non plus une puritaine obsédée puisque on sent que par moment l’appel hormonal résonne au loin. Et qu’au détour de conversation avec Windie, on aborde quand même la taille des seins qui ne veulent pas pousser et l’intérêt du sexe oral.

Rose, c’est simplement une jolie gamine, bien dans ses tongs qui ne cherche rien de mieux que marcher au soleil couchant avec son père pendant que sa mère pleure, qu’à sentir le poids de son corps se dissoudre dans l’océan, dessiner en silence tandis que sa boulotte de copine se déchaîne devant elle, un très beau moment d’art séquentiel où la justesse des expressions faciales et corporelles m’ont paralysé, ce qui ne m’arrive que très rarement !

Comment font’elles ces Tanaki ? A chaque fois que l’on se croit en terrain connu, elles arrivent à déminer le terrain des stéréotypes avec une grâce admirable : la jolie maigre et la boulotte un peu fofolle évoquent un couple comique façon Laurel et Hardy ? Oui, mais la plus maline n’est pas celle que l’on croit et un incident presque imperceptible viendra plomber leur amitié. Avant que l’insouciance ne reprenne ses droits !
Nos amies enquêtent sur un petit mystère local ? Celui-ci ne se résoudra sans effusion de sang mais avec un zeste de suspense qui viendra perturber la vie paisible d’Awago.

Car mine de rien, Cet été là propose un beau voyage immobile : on y visite brièvement une petite réserve indienne, on y mange quelques barbecues, mais surtout on profite des silences d’une jeune fille qui observe le monde autour d’elle, s’interroge sur ses propres réactions et réalise que cet été là marque peut-être la fin de son enfance. Sans drame. Sans larme. Sans amertume. Juste une résignation emplie de quiétude.

Vous l’avez compris, c’est un coup de foudre que cet amour de vacances qui sent bon les cigales, le rire lointain d’une partie de pétanque, le plaisir du sable chaud sous un pied nu et les cheveux séchés par le sel de mer. Les Tamaki viennent ni plus ni moins d’écrire leur Blankets au soleil. Et comme les vacances, j’aurais souhaité ne jamais finir cette histoire ! Il faut pourtant se quitter, peut-être pour toujours, oublier cette plage Encore un dernier baiser ?


Le Sommet des Dieux, tome 4
Le Sommet des Dieux, tome 4
par Baku Yumemakura
Edition : Broché
Prix : EUR 18,00

5.0 étoiles sur 5 Le paradis blanc, 16 juillet 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Sommet des Dieux, tome 4 (Broché)
Retrouvez cet article en intégralité et en images sur le blog Bruce Lit ( brucetringale.com), le rendez vous des amoureux des Comics Mangas Bd.

Le sommet des dieux, c'est d'abord l'histoire fictive de l'alpiniste Habu Joji dont on suit le parcours sur deux décennies. Joji est un personnage à priori antipathique : jamais souriant, solitaire, dénué de tout esprit d'équipe, Joji n'a pas d'amis ou d'amour. Son intégration à la société n'est qu’intéressée puisqu'il occupe des emplois saisonniers avant de tout plaquer sans préavis. Dans la dernière partie de l'oeuvre, Joji est même un sans papiers au Tibet.

Habu est accroc à la montagne et le lecteur se rend compte qu'il est accroc à Habu. Au point d'attendre son apparition à chaque page, de dévorer chaque anecdote le concernant, d'essayer de percer les mystères de sa personnalité fascinante. Habu Joji est un être d'exception dont l'unique raison de vivre est la montagne. Une passion à laquelle il sacrifie tout et dont chaque expédition est synonyme de danger de mort.

Car Le sommet des dieux, avant d'être un roman d'aventure portant sur l'obsession aussi épique que Moby Dick, est aussi une véritable enquête haletante dont le dénouement est révélé à la dernière page. L'alpinisme, ce sport solitaire qui se soustrait au regard de l'autre et à toute pression médiatique, est ici livrée au au lecteur qui mesure les risques insensés pour gravir ce que d'aucuns considéreraient comme un bout de rocher.

Mais Le sommet des dieux est aussi un récit historique matinée de fétichisme rappelant Tintin et le fétiche Arumbaya. Car il s'agit de retrouver l’appareil photo de l'alpiniste, cette fois ci bien réel, George Mallory, le premier à avoir vaincu le sommet de l’Everest avant de périr mystérieusement. Taniguchi élabore tout au long de son livre, le parcours de Mallory et les hypothèses l'ayant amené à mourir, seul, en pleine montagne, le corps à jamais incrusté dans la roche. L'aventure, l'histoire, l'exotisme et un zeste de polar avec même quelques scènes d'action toutes droit sorties d'Hergé sont au programme pour une lecture divertissante et facile d’accès.

Le sommet des dieux c'est enfin une véritable ode à la liberté, à la solitude, au recueillement. Une liberté qui fait à la fois rêver et frémir. Le héros mène une vie atypique, libre de toute contrainte et sans engagements. Il parcourt le monde en quête d'émotions fortes, et devient au fil de l'histoire un témoin de ce couloir entre la terre et le ciel que constitue la haute montagne.

Le sommet des dieux montre que l'alpinisme est une discipline n’autorisant aucun relâchement : le corps doit s'adapter au manque d'oxygène, à la déshydratation, au froid intense, aux chutes de pierre, aux avalanches. L'alpiniste dort seul suspendu au dessus du vide, en proie à des hallucinations et la peur. Notre héros est parfois coincés trois jours dans une tente minuscule à attendre la fin de tempêtes, totalement coupés du monde et de toute notion de plaisir. La montagne ne pardonne aucune impatience, aucune erreur de calcul. Autant amante que punisseuse, c'est un être vivant qui traite ses conquérants en bactéries à rejeter.
Face à ce danger permanent, au vide, à l'impuissance, l'escalade acquiert une dimension mythologique. Celle qui transforme son prétendant en élu après avoit traversé mille morts sans Orques ni Dragons pour personnifier le danger. Un élu qui doit peu à peu renoncer à certaines émotions pour se hisser au dessus des hommes. Sans ce talent lui permettant de s'unir à l'immensité, Joji est un être humain assez irritant qui n'a pas sa place dans une société organisée.

La force du récit est de confronter à ce tigre indomptable un personnage tout à fait normal et intégré en la personne de Fukumashi le photographe. Le sommet des Dieux est aussi son histoire, celle où l'on voit un personnage on ne peut plus banal marcher sur les traces d'un indépendantiste pour s'affranchir à son tour de la sécurité étouffante de notre quotirien.
Les alpinistes n'ont rien de suicidaire pourtant. La montagne leur permet de lutter contre la mort et d'apprécier chaque seconde arrachée à la faucheuse. De se pencher au dessus du vide pour y chercher un reflet. De poursuivre sa route en ignorant l’écho des regrets, le froid du doute, l'emprise des erreurs.

Chaque homme au sommet d'une montagne est le dernier homme sur terre. Ou le premier de la création. Celui à qui s'offre l'univers sans partage. Un vertige au delà des mots que Taniguchi traduit admirablement en dessin. Lorsque Joji arrive au sommet d'une montagne, il n'a pas le temps de prendre une photo. Il doit immédiatement redescendre sous peine d'asphyxie, de cécité ou de mort. Il remplit son vide d'immensité, accorde son corps au bruit du vent, converse avec ses absents, se prépare à mourir en se sentant si vivant.

On aurait tort d'y voir pour autant une vulgaire came à l’adrénaline. Le Sommet des Dieux est au contraire la description d'une expérience professionnelle nécessitant une discipline et un ascétisme hors du commun. Lorsque Junji décide de gravir 8000 mètres sans oxygène, ni compagnon, il se prépare pendant dix ans ! Il enregistre chaque recoin de son parcours, acclimate son corps, pèse jusqu'au moindre stylo pour calculer son poids à porter, économise ses mots pour que son souffle le porte au sommet.

C'est ici que se cache l'étrange défi du Sommet des dieux: la confrontation entre le prévu et l'imprévu, l’expérience et la chance, la sagesse et la force brute. Toute les qualités que possède Junji, sorte de Frank Castle de la montagne taciturne et inquiétant avec qui le lecteur se sent pourtant immédiatement en confiance. On pense aussi au Musashi Miyamoto de Vagabond qui intègre au fil de la violence de ses combats une fascinante paix intérieure. Une brute devenue philosophe....

Taniguchi, en ouvrant une brèche de liberté, une lucarne d’oxygène dans nos vie policées avec pour seul horizon notre smart phone, touche encore au coeur. Et s'impose définitivement comme un auteur au sommet....


All-Star Superman + BRD
All-Star Superman + BRD
par Grant Morrison
Edition : Album
Prix : EUR 35,00

2.0 étoiles sur 5 Super Chéri ou Supercherie ?, 1 juillet 2016
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Superman est mourant ! Piégé par Lex Luthor, notre héros a vu sa physiologie altérée par le soleil et obtenu une victoire à la Pyrhus: ce qu’il a gagné en pouvoirs supplémentaires et en intelligence vont progressivement diminuer son espérance de vie. Sentant que sa fin est proche, son premier réflexe est de dévoiler son identité à Loïs Lane. Puis de sauver le soleil, répondre à une question sans réponse, guérir le cancer, affronter Bizaro….

Lorsque l’on commence la lecture de All Star Superman, on ne peut que comprendre pourquoi cette mini série a été bardée d’Eisner Awards et autres médailles en chocolat: l’osmose entre le scénariste et son dessinateur est totale avec un Frank Quitely au sommet de son art, une histoire ambitieuse où Morrison parvient à doser ce qu’il faut de fan-service avec l’apparition de la plupart des acteurs de la mythologie Kryptonienne (sauf Batman).

C’est indéniable: Grant Morrison connait la continuité de l’homme d’acier sur le bout des doigts. Mieux que ses X-Men en tout cas, celui-ci avouant n’avoir lu des mutants que le run Claremont-Byrne, une méconnaissance qui fera la différence entre son travail pour DC et Marvel.
Conçue immédiatement après ses New X-Men, on retrouve dans ce All Star Superman pas mal d’idées déjà évoquées chez les mutants ainsi que certaines obsessions chères à l’auteur: tout d’abord l’angoisse du corps comme réceptacle de la maladie et de la mort.

Comme King Mob des Invisibles ou Jean Grey dans le premier arc E for Extinction, Superman est victime de la trahison de son corps qui le condamne à une mort certaine. Cette mort est activée après une exposition au Soleil, exposition que même un être suprême comme Superman ne peut affronter sans conséquence, tout solaire soit-il. On se rappelle aussi que sa Jean Grey y succombait avant de se métamorphoser une dernière fois en Phénix. Marvel et DC. Superman et Phénix. Dieu et Déesse. La littérature comparée entre ses deux oeuvre de Morrison est furieusement intéressante.

Tout comme celle de Lex Luthor et John Sublime, Prométhées pervers qui tentent de voler la flamme aux Dieux afin de satisfaire leurs égos blessés par la perfection de ces surhommes les renvoyant à leurs failles. Cette même perfection qui finira par détourner Scott Summers du Phénix Jean Grey.
Le meilleur épisode de la série reste celui où Clark Kent rencontre Luthor en prison. Alors que beaucoup reprochèrent à Morrison d’écrire des personnages out of characters pour ses X-Men, force est de constater que sous sa plume Superman reste jusqu’au bout fidèle à sa personnalité curieuse et bienveillante envers cette humanité imparfaite.

Lorsque Clark Kent se trouve face à celui qui a causé sa perte, il n’éprouve aucun sentiment de vengeance ou de rage envers son assassin. Mais de l’incrédulité, beaucoup d’empathie pour la personnalité de Luthor, piégé dans son propre ego malgré son immense intelligence. Une empathie qui fera dire à notre héros que Superman et Luthor avait tout pour être amis.
Un ego n’étant pas sans rappeler celui de son scénariste, à tel point qu’il est amusant de rapprocher Morrison et Luthor: deux chauves spirituels et cyniques, intellectuellement brillants qui ont tué Superman, l’un en tant que scénariste, l’autre en tant que vilain. Deux génies qui souvent se plantent malgré des plans les mieux ourdis…

Car personnellement, toute l’intelligence de ce scénariste a toujours échoué à me toucher. Ici comme ailleurs, l’écriture de Morrison est pénible : hyperactive, dispersée, déstructurée malgré les apparences, il semblerait que l’écossais soit toujours impatient de caser tout ce qu’il a lu, découvert, supposé dans toutes ses oeuvres. Ce qui donne un fouillis lassant à la longue.
Et ce All Star Superman ne fait pas exception à la règle. Les adeptes de l’écriture de Morrison, de ses ellipses brutales et de ses références cachées seront en terrain conquis. Les autres, dont votre serviteur, constateront que le mégalochauve se plante dans les grandes largeurs.

Tout d’abord, parce que pour une série censée fédérer anciens et nouveaux lecteurs, la moitié de ce All Star Superman est purement et bonnement incompréhensible. La pédagogie et l’humilité n’étant pas le propre de Morrison, certains chapitres pour qui débarque dans l’univers de Superman, notamment celui avec Bizarro et l’échappée de l’Underverse sont insupportables, le néophyte n’ayant aucune balise pour s’accrocher.
Certains plaideront que lire du Morrison renvoie finalement le lecteur à sa propre liberté individuelle : celle de s’informer tout seul pour courir après un auteur qui n’a pas le temps de regarder derrière lui. Pour ma part, il sera toujours à la traîne dans le peloton des plus grands: les Alan Moore, les Neil Gaiman ou Garth Ennis.

Des auteurs qui n’ont rien à lui envier en terme de culture encyclopédique mais restent soucieux du plaisir partagé entre lecteurs et créateurs sans y voir une quelconque entorse à leur intégrité artistique.
Lorsque Garth Ennis écrit Battlefields, il fait montre d’une impressionnante érudition historique en laissant à son public les repères nécessaires pour comprendre les enjeux du conflit.
Lorsque Neil Gaiman développe de profonds concepts métaphysiques ou philosophiques pour Sandman, il met toujours en scène, des personnages moins affranchis permettant au lecteur d’être au même niveau d’informations que ses personnages.
Lorsque Alan Moore écrit From Hell ou Lost Girls, il entraîne son lecteur dans d’impressionnants labyrinthes psychologiques tout en laissant des clés ou des annexes pour que le lecteur ait plaisir à y trouver du sens en plus de son chemin.
Lorsque Peter Milligan écrit son Human Target, il est possible de s’installer confortablement dans les aventures torturées de Christopher Chance sans ne rien connaître de sa mythologie éditoriale.

Morrison, lui, est un horrible fat qui se gausse de la réputation qui lui a été faîte et laisse la plupart de ses lecteurs sur le bord du chemin pour faire plaisir à sa nombreuse fanbase. Et tant pis si les autres, pas forcément moins intelligents ou érudits, restent sur le carreau en ne comprenant rien de ce qu’il raconte. C’est oublier qu’en qu’auteur, il est censé toucher à la fois l’intellect et l’émotion de son lectorat.

Or, sauf à de rares moments, Morrison ne réussit ni l’un ni l’autre. Il y a bien quelques jolies scènes entre Loïs et Clark, mais que tout cela est froid, dénué de toute humanité ou d’empathie ! On parle quand même d’une série qui aura mis 3 ans à être finalisée sans que en 12 épisodes ne transparaisse l’angoisse profonde de Superman face à la mort. Bien loin de l’élégiaque et sensible du Whatever Happened to the man of Tomorow ? d’Alan Moore.

Tout ceci est finalement bien décevant venant d’un auteur qui au moment de ses Invisibles promettait que sa série permettrait de connaître le sens de la vie et de la mort. Il y a dans un seul épisode de Sandman plus de profondeur et de consistance que tout ce fatras de machins éparpillés, de personnages qui se redessinent les cils en parlant ou se travestissent sans aucune raison de le faire. Bien loin aussi de l’humilité de Steven Seagle qui parlait lui aussi brillamment de la confrontation de l’homme d’acier face à la maladie et la mort.

Et puis, quand La Mort de Captain Marvel, tout old school et superficiel soit-elle abordait avec une certaine justesse les différentes étapes du processus d’acceptation de la mort et de la maladie, on se dit que Morrison, rappelle ces élèves brillants qui récupéraient leurs copies plein de rouge partout avec la mention: très intéressant mais hors sujet….Un de plus….


Thunderbolts Volume 2: Red Scare (Marvel Now)
Thunderbolts Volume 2: Red Scare (Marvel Now)
par Daniel Way
Edition : Broché
Prix : EUR 15,00

1.0 étoiles sur 5 Thunderstruck !, 29 juin 2016
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Ces pauvres Thunderbolts….Créé par Kurt Busiek dans les 90′s juste après l’épisode Onslaught pour palier à l’absence des FF et des Avengers, cette équipe de super-vilains repentis opérant pour le gouvernement, aura connu tellement de moutures différents, que, comme pour les membres de Deep Purple, il est devenu impossible pour le profane de savoir qui faisait partie de la formation initiale…

Chez Busiek et Nicieza, les Thunderbolts étaient des super-vilains opérant sous la direction du Baron Zemo. Certains comme Radioactive Man et Songbird finiront par se prendre au jeu et assureront la caution morale de la deuxième mouture de l’équipe au moment de Civil War lors du run sensationnel de Warren Ellis (équipe constituée de Norman Osborn, Venom, Penance,Bullseye, Moon Stone et Sword Man).

Au départ de Ellis, le casting est remanié pour assouvir les caprices de Brian Bendis qui intègre Bullseye, Osborn, Venom et Moonstone chez les Dark Avengers. Ce faisant, il videra les Thunderbolts de leur substance pour accoucher d’une souris tandis que Andy Diggle, autre habitué du carnage Marvel (Shadowland, c’est lui…), fit tomber la licence si bas qu’elle finit par trouver du pétrole….

Après que Luke Cage ait briévement dirigé l’équipe nous avons donc à faire ici à une quatrième mouture des Thunderbolts. Celle qui devait enfin achever la rédemption d’une série qui n’aura finalement eu que 12 épisodes d’anthologie, ceux de Ellis, en 20 ans d’existence.

Pour ce faire, le casting était des plus intriguant: dirigés par le général Thaddeus « Thunderbolt » Ross (ah ! ah ! Un Thunderbolt à la tête des Thunderbolts) aka Red Hulk, Venom (aka Flash Thompson), l’indéboulonnable Deadpool, Elektra et le Punisher ! Ne nous leurrons pas, Castle est la star de cette série, la plupart des moments lui étant consacrés….
Enfin, au fur et à mesure de la progression de la série, Samuel Sterns (aka The Leader), le pire ennemi de Hulk intègre l’équipe.

Pourtant, il n’était pas gagné d’avance que la franchise reprenne pied avec Daniel Way l’auteur de l’inénarrable Wolverine Origins, Charles Soule qui dans sa toute jeune carrière multiplie déjà des oeuvres fascinantes (La mort de Wolverine, Civil War 2) et Steve Dillon dont le style graphique est loin de faire l’unanimité. De quoi se demander si qui a bien pu passer dans ce qui reste de cervelle de Joe Quesada et Axel Alonso pour confier ce titre à cette ribambelle de vilains losers…Une certaine alchimie avec le concept des Thunderbolts sans doute…

Tout d’abord, je vous avouerai avoir été plutôt indulgent. Si l’histoire est bonne, qu’importe si le personnage n’agit pas en cohérence avec les canons de sa mythologie…
Frank Castle accepte donc d’être utilisé par un général qui le fait chanter pour assassiner un tyran, lui qui avait clairement envoyé balader le gouvernement américain qui lui proposait de tuer Ben Ladden en toute impunité. Ah ?
Ce stratège génial qui mène seul une guerre de 50 ans, accepte d’être commandé par un vieillard qui foire tous ses plans et clairement responsable de morts civiles…euh…soit !
Et le loup solitaire de l’univers Marvel est désormais capable de travailler avec une équipe de nazes ?

Parce que, au secours, ce Daniel Way, c’est un vrai cauchemar ! En terme de caractérisation de l’action et des personnages, le gars n’en touche pas une ! C’est ainsi que durant la série, tous nos anti-héros se réunissent dans un lieu inconnu, disposent de technologie et de moyens financiers énigmatiques sans rendre de compte à personne ! Fini, le sel des opérations marketing de chez Warren Ellis où un fiasco était transformé en victoire, où le marketing télévisé ressemblait à une opération bourage de crâne !

Avec des dialogues longs, ennuyeux, inutiles, Way réalise une prouesse en soi ! Écrire une bande dessinée où les dialogues détruisent le peu d’intérêt d’une intrigue qui s’étire sur 11 épisodes pour n’arriver à rien, Soule, autre tâcheron hors compétition, prenant totalement le contre-pied de ce qui était raconté auparavant…

Lorsque Soule arrive sur le titre, il ne dispose que de deux épisodes pour ranger le bazar de Way. Parce que le grand méchant des Thunderbolts n’est autre qu’Orestez Natchios, le frère d’Elektra, qui meurt aussi vite qu’apparu de nulle part avec une personnalité de moule sur un rocher (grec)…

Quant à la gestion des personnages ,Way et Soule rivalisent d’incompétence. Le général Ross est à mille lieux de l’ambiguité fascinante de Norman Osborn que même Bendis était parvenu à bien écrire !
Ross n’est qu’un vieux moustachu sans aucun charisme, qui radote sur ses missions passées et dont on se demande comment il parvient à juguler ces fortes têtes. Même en tant que Hulk, il ne brille pas, les deux scénaristes étant incapables de rendre les affrontements physiques intéressants et d’imaginer des situations mettant en valeur les pouvoirs de chacun… Ce pauvre Venom ne sert quasiment à rien, Deadpool n’a rarement été aussi peu drôle et pour cause: il est jaloux: fou amoureux d’Elektra (!), il envisage de tuer Frank Castle qui lui a volé sa belle (!!).

Parce que, oui, en terme de direction inédite, nos comparses ont immaginé un running gag imparable: durant chaque mission, excités par l’adrénaline, Frank et Elektra copulent à même le champ de bataille sous le regard jaloux de leurs collègues…
Frank Miller n’est pas encore mort, mais il aurait de quoi se retourner dans sa tombe en constatant que sa fière guerrière taciturne s’est transformée en nymphomane complètement idiote et dénuée de personnalité…

Face à ce carnage, il ne reste plus qu’à aborder le volet graphique et force est de constater que les dessins de Steve Dillon sont plutôt plaisants. Etant donné le volet involontairement comique de cette agence too prick, ses planches sont agréables, aérées et réussissent à faire oublier les logorrhées verbales des uns et des autres en se recentrant sur les personnages.

Oh ! Bien sûr, Dillon fait du Dillon: Hulk change de morphologie entre deux séquences, les décors sont toujours lézardés de fissures et les héros se pincent toujours les lèvres à la moindre contrariété. Mais lorsque le dessinateur de Preacher tire sa révérence, le titre perd étonnamment le rare charme qui lui restait, desservi par les planches hideuses de Jefte Palo.

Au final, cette révolution Marvel aura encore fait pschitt et à l’heure qu’il est, nul ne sait ce qu’il est advenu des Thunderbolts qui ne nous auront foudroyé que par leur sottise. Ce qui est sûr, c’est que Frank Castle et Elektra sans Miller, Ennis et Aaron pour les écrire continuent de traverser des mines de sel à la merci de minables capables de flinguer les plus indestructibles des héros Marvel.

Pour préparer cet article, j’ai appris que Quesada considérait Daniel Way comme faisant partie des meilleurs scénaristes de Marvel….Quant à ce Charles Soule, aux dernières nouvelles, Marvel continue de s’auto-mutiler en lui confiant les Inhumans et Daredevil ! Affligeant !


Thunderbolts Vol. 1: No Quarter
Thunderbolts Vol. 1: No Quarter
Prix : EUR 7,38

1.0 étoiles sur 5 Thunderstruck !, 29 juin 2016
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Ces pauvres Thunderbolts….Créé par Kurt Busiek dans les 90′s juste après l’épisode Onslaught pour palier à l’absence des FF et des Avengers, cette équipe de super-vilains repentis opérant pour le gouvernement, aura connu tellement de moutures différents, que, comme pour les membres de Deep Purple, il est devenu impossible pour le profane de savoir qui faisait partie de la formation initiale…

Chez Busiek et Nicieza, les Thunderbolts étaient des super-vilains opérant sous la direction du Baron Zemo. Certains comme Radioactive Man et Songbird finiront par se prendre au jeu et assureront la caution morale de la deuxième mouture de l’équipe au moment de Civil War lors du run sensationnel de Warren Ellis (équipe constituée de Norman Osborn, Venom, Penance,Bullseye, Moon Stone et Sword Man).

Au départ de Ellis, le casting est remanié pour assouvir les caprices de Brian Bendis qui intègre Bullseye, Osborn, Venom et Moonstone chez les Dark Avengers. Ce faisant, il videra les Thunderbolts de leur substance pour accoucher d’une souris tandis que Andy Diggle, autre habitué du carnage Marvel (Shadowland, c’est lui…), fit tomber la licence si bas qu’elle finit par trouver du pétrole….

Après que Luke Cage ait briévement dirigé l’équipe nous avons donc à faire ici à une quatrième mouture des Thunderbolts. Celle qui devait enfin achever la rédemption d’une série qui n’aura finalement eu que 12 épisodes d’anthologie, ceux de Ellis, en 20 ans d’existence.

Pour ce faire, le casting était des plus intriguant: dirigés par le général Thaddeus « Thunderbolt » Ross (ah ! ah ! Un Thunderbolt à la tête des Thunderbolts) aka Red Hulk, Venom (aka Flash Thompson), l’indéboulonnable Deadpool, Elektra et le Punisher ! Ne nous leurrons pas, Castle est la star de cette série, la plupart des moments lui étant consacrés….
Enfin, au fur et à mesure de la progression de la série, Samuel Sterns (aka The Leader), le pire ennemi de Hulk intègre l’équipe.

Pourtant, il n’était pas gagné d’avance que la franchise reprenne pied avec Daniel Way l’auteur de l’inénarrable Wolverine Origins, Charles Soule qui dans sa toute jeune carrière multiplie déjà des oeuvres fascinantes (La mort de Wolverine, Civil War 2) et Steve Dillon dont le style graphique est loin de faire l’unanimité. De quoi se demander si qui a bien pu passer dans ce qui reste de cervelle de Joe Quesada et Axel Alonso pour confier ce titre à cette ribambelle de vilains losers…Une certaine alchimie avec le concept des Thunderbolts sans doute…

Tout d’abord, je vous avouerai avoir été plutôt indulgent. Si l’histoire est bonne, qu’importe si le personnage n’agit pas en cohérence avec les canons de sa mythologie…
Frank Castle accepte donc d’être utilisé par un général qui le fait chanter pour assassiner un tyran, lui qui avait clairement envoyé balader le gouvernement américain qui lui proposait de tuer Ben Ladden en toute impunité. Ah ?
Ce stratège génial qui mène seul une guerre de 50 ans, accepte d’être commandé par un vieillard qui foire tous ses plans et clairement responsable de morts civiles…euh…soit !
Et le loup solitaire de l’univers Marvel est désormais capable de travailler avec une équipe de nazes ?

Parce que, au secours, ce Daniel Way, c’est un vrai cauchemar ! En terme de caractérisation de l’action et des personnages, le gars n’en touche pas une ! C’est ainsi que durant la série, tous nos anti-héros se réunissent dans un lieu inconnu, disposent de technologie et de moyens financiers énigmatiques sans rendre de compte à personne ! Fini, le sel des opérations marketing de chez Warren Ellis où un fiasco était transformé en victoire, où le marketing télévisé ressemblait à une opération bourage de crâne !

Avec des dialogues longs, ennuyeux, inutiles, Way réalise une prouesse en soi ! Écrire une bande dessinée où les dialogues détruisent le peu d’intérêt d’une intrigue qui s’étire sur 11 épisodes pour n’arriver à rien, Soule, autre tâcheron hors compétition, prenant totalement le contre-pied de ce qui était raconté auparavant…

Lorsque Soule arrive sur le titre, il ne dispose que de deux épisodes pour ranger le bazar de Way. Parce que le grand méchant des Thunderbolts n’est autre qu’Orestez Natchios, le frère d’Elektra, qui meurt aussi vite qu’apparu de nulle part avec une personnalité de moule sur un rocher (grec)…

Quant à la gestion des personnages ,Way et Soule rivalisent d’incompétence. Le général Ross est à mille lieux de l’ambiguité fascinante de Norman Osborn que même Bendis était parvenu à bien écrire !
Ross n’est qu’un vieux moustachu sans aucun charisme, qui radote sur ses missions passées et dont on se demande comment il parvient à juguler ces fortes têtes. Même en tant que Hulk, il ne brille pas, les deux scénaristes étant incapables de rendre les affrontements physiques intéressants et d’imaginer des situations mettant en valeur les pouvoirs de chacun… Ce pauvre Venom ne sert quasiment à rien, Deadpool n’a rarement été aussi peu drôle et pour cause: il est jaloux: fou amoureux d’Elektra (!), il envisage de tuer Frank Castle qui lui a volé sa belle (!!).

Parce que, oui, en terme de direction inédite, nos comparses ont immaginé un running gag imparable: durant chaque mission, excités par l’adrénaline, Frank et Elektra copulent à même le champ de bataille sous le regard jaloux de leurs collègues…
Frank Miller n’est pas encore mort, mais il aurait de quoi se retourner dans sa tombe en constatant que sa fière guerrière taciturne s’est transformée en nymphomane complètement idiote et dénuée de personnalité…

Face à ce carnage, il ne reste plus qu’à aborder le volet graphique et force est de constater que les dessins de Steve Dillon sont plutôt plaisants. Etant donné le volet involontairement comique de cette agence too prick, ses planches sont agréables, aérées et réussissent à faire oublier les logorrhées verbales des uns et des autres en se recentrant sur les personnages.

Oh ! Bien sûr, Dillon fait du Dillon: Hulk change de morphologie entre deux séquences, les décors sont toujours lézardés de fissures et les héros se pincent toujours les lèvres à la moindre contrariété. Mais lorsque le dessinateur de Preacher tire sa révérence, le titre perd étonnamment le rare charme qui lui restait, desservi par les planches hideuses de Jefte Palo.

Au final, cette révolution Marvel aura encore fait pschitt et à l’heure qu’il est, nul ne sait ce qu’il est advenu des Thunderbolts qui ne nous auront foudroyé que par leur sottise. Ce qui est sûr, c’est que Frank Castle et Elektra sans Miller, Ennis et Aaron pour les écrire continuent de traverser des mines de sel à la merci de minables capables de flinguer les plus indestructibles des héros Marvel.

Pour préparer cet article, j’ai appris que Quesada considérait Daniel Way comme faisant partie des meilleurs scénaristes de Marvel….Quant à ce Charles Soule, aux dernières nouvelles, Marvel continue de s’auto-mutiler en lui confiant les Inhumans et Daredevil ! Affligeant !


HAPPY !
HAPPY !
par Grant Morrison
Edition : Album
Prix : EUR 16,50

2.0 étoiles sur 5 Peau d'âne..., 29 juin 2016
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Happy raconte en moins de quatre épisodes la chute et la rédemption de Nick Sax, ancien flic reconverti dans la tuerie à gages. Misanthrope, cynique, impitoyable et surtout très c**, Sax a des tueurs de la mafia aux trousses et va devoir faire équipe avec un cheval ailé imaginaire pour sauver le soir de noël des enfants victimes de pornographie. Tout un programme...

On se sera assez plaint que l'auteur d'Arkham Asylum multiplie les récits surréalistes où peu entendent de-quoi-qu'y-cause-, pour ne pas se réjouir que, pour une fois, il ait choisi la voie de la simplicité pour un scénario très linéaire. Avec WE 3, c'est d'ailleurs son récit le plus accessible avec un sous-texte analogue: sous fond de poursuite sanglantes, il s'agit de préserver les symboles de l'innocence victime de la perversion adulte : les animaux domestiques transformés en machines de guerre pour We3 et les enfants utilisés en esclaves sexuels.

Le récit est construit de manière très professionnelle avec un prologue, un épilogue efficace, un flashback expliquant la déchéance de Nick Sax et même un deuxième épisode entièrement construit sur une partie de poker. Mais très vite, le lecteur sent que quelque chose cloche (et pas forcément celle de noël). Tout d'abord, il est évident que Morrison a construit son scénario autour de scènes chocs, une par épisode, et qu'il a brodé par la suite : le poker avec la pègre donc, mais aussi un massacre dans un hôpital et la scène d'ouverture avec fellation d'un gars déguisé en cafard et éjaculation faciale.

Happy s'inscrit typiquement dans les récits potaches auxquels Warren Ellis, Mark Millar et Garth Ennis nous ont habitués. Rien de choquant à ça donc. Sauf que jamais les moments Morrison n'égalent les moments Ennis, ceux-ci servant toujours de contrepoint à des histoires tragicomiques avec une vraie fibre sociale et un sens de la dramaturgie faisant que, même dans une grosse farce comme The Pro, il y a toujours un minimum de consistance.

Ici, le seul élément Morissonesque (= écriture chimique influencé par autre chose que par un régime sans gluten) reste la présence dans un récit à la Sin City d'un cheval volant imaginaire censé remettre notre antihéros sur la voie de la rédemption.
Dans les faits, c'est très embarrassant; le résultat n'étant ni comique, ni poétique. Morrison tente de trouver la synergie des Buddy Movies façon Arme Fatale sans jamais y arriver. Car la réaction devant Happy reste plutôt celle de n'importe quel quidam face à Jar Jar Binks : ce qui devait être une créature mignonne et rigolote devient rapidement matière à fantasme d'extermination impitoyable...

Pour le reste, on se demande ce qu'est la légendaire originalité de Morrison devenue... Tout se passe comme s'il voulait se détendre entre deux séries en écrivant une histoire à la Frank Miller où un gros dur à la résistance physique invraisemblable affronte plus pourri que lui, à la Warren Ellis pour mettre en scène un homme imprégné de mépris envers lui même et à l'hygiène corporelle douteuse, à la Garth Ennis pour les jurons .

Mais en disposant de tous ces ingrédients et d'un éditeur prêt à imprimer cette pochade, Morrison ne parvient jamais à faire gicler la mayonnaise... Nick Sax n'a l'étrange poésie du laid de Marv', le bagout et l'ambivalence de John Constantine ou la science du juron de Garth Ennis. Ce n'est qu'un pauvre con vulgaire au sens Berlusconni, antipathique et dont la mort est attendue avec ferveur. Sa logorrhée d'insultes et de jurons tombent à plat et donnent plus dans un pathétique syndrome de Tourette que dans le génie de l'argot de Ennis, d'Hergé ou de San Antonio.

Enfin, comme son copain Millar jamais en retard pour utiliser le viol féminin comme ressort dramatique paresseux, on attendait plus de finesse de Morrison sur la traitement de la pornographie infantile utilisé ici comme un ressort dramatique bidon histoire de changer de la sempiternelle demoiselle en détresse.
Happy est donc un immense gâchis, peut être le Nemesis de Morrison et c'est d'autant plus dommageable que Darick Robertson est en forme: sont trait gras et sale colle parfaitement à la crasse médiocrité des personnages, leur méchanceté et leur idiotie. Robertson arrive à faire passer la pilule graphique de la coexistence d'une brute épaisse tout en muscles et sparadrap avec un cheval volant, ce qui n'est pas le moindre de ses mérites.
Il s'est rarement autant appliqué sur les décors et on aurait tellement préféré qu'il consacre cette énergie à 4 épisodes de The Boys supplémentaires plutôt qu'à...cette ânerie ! Restent les personnages féminins qui semblent toujours frappées de calvitie frontale...


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