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Contenu rédigé par P-henri Thoreux
Classement des meilleurs critiques: 1.884
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Commentaires écrits par
P-henri Thoreux "p-henri.thoreux" (France)
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5 Original Albums
5 Original Albums
Prix : EUR 21,00

5.0 étoiles sur 5 All That Jazz, 29 septembre 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : 5 Original Albums (CD)
Ce coffret de cinq disques* de jazz ressortis opportunément par la marque Verve, du grenier des années cinquante, procure un petit vent de fraîcheur qui vient subtilement caresser les oreilles en ce début langoureux d'automne.
A l'écoute de ces véritables bijoux musicaux on ne peut s'empêcher d'éprouver une indicible nostalgie pour la merveilleuse époque, pleine d'insouciance et de légèreté qui se met tout à coup à revivre.

Stan Getz y déploie évidemment toute la tendresse saxophonique dont il était capable.
La grâce de ses improvisations vous saisit dès les premières notes du East of the sun qui entame l'album West Coast Jazz. Les pieds en éventail comme sur la pochette au graphisme délicieusement daté, on se détend sans aucune arrière pensée ni remord. Ça s'écoule tranquillement et c'est bon comme l'eau d'une fontaine. Autour de notre homme, s'épanouit la fine fleur de la cool attitude : Shelly Manne ou Stan Levey (batterie), Leroy Vinnegar (contrebasse), Conte Candoli (trompette), Lou Levy (piano).
Et puis, ça défile sans qu'on fasse attention au temps qui passe : Four, Suddenly it's spring, Night in Tunisia, Summertime, Shine...

Autant le dire, tout est du même cru d'exception dans ces albums dont les millésimes s'étendent de 1955 à 1958. Entre autres pépites, on a droit à une petite virée à Stockholm où Stan fait le bœuf avec des musiciens qui, bien que venant du froid, ne dédaignent pas le réchauffement climatique (Bengt Hallberg, piano, Gunnar Johnson, bass, Anders Burman, drums), et une fin en forme de petite apothéose avec Chet Baker, qui se laisse aller à de pulpeuses ballades dans lesquels le rythme des saisons se calque sur celui de ce doux bop, qui vous fait voyager à l'instar des errances de Jack Kerouac entre beat, blues et swing...


Introduction à la pensée complexe
Introduction à la pensée complexe
Prix : EUR 7,99

6 internautes sur 7 ont trouvé ce commentaire utile 
2.0 étoiles sur 5 Une pensée compliquée, 2 mai 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Introduction à la pensée complexe (Format Kindle)
Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Voilà qui pourrait peut-être résumer le cheminement intellectuel suivi par Edgar Morin dans cette Introduction à la pensée complexe, qui bien que succincte, s’avère d’un abord des plus ardus, tant les notions exposées frisent souvent l’inintelligible.

Sont-ce les idées ou bien la manière de les présenter ? On penche assez rapidement pour la seconde hypothèse, tant l’auteur semble fuir la simplicité, par crainte peut-être de tomber dans le simplisme.
Il annonce d’ailleurs la couleur dès les premières pages : « Nous vivons sous l’empire des principes de disjonction, de réduction, et d’abstraction dont l’ensemble constitue ce que j’appelle le paradigme de simplification. »
A le croire, le responsable de cette schématisation excessive de la pensée, ce serait le bon vieux Descartes, qui aurait commis une faute majeure “en disjoignant le sujet pensant (ego cogitans) et la chose étendue (res extensa) et en posant comme principe de vérité les idées claires et distinctes...”

Le cher Edgar n’annonce rien de moins qu’une nouvelle révolution dont il serait en quelque sorte le porte-étendard. Elle consiste à substituer au “paradigme de disjonction/réduction/unidimensionnalisation”, celui de “distinction/conjonction”, qui permettrait d’après lui “de distinguer sans disjoindre, d’associer sans identifier ou réduire.”
Ressentant probablement la nécessité de préciser sa réflexion, il se lance dans une délicieuse digression au sujet de ce nouveau paradigme, “qui comporterait un principe dialogique et translogique, qui intégrerait la logique classique tout en tenant compte de ses limites de facto (problèmes de contradictions) et de jure (limites du formalisme). Il porterait en lui le principe de l’Unitas multiplex, qui échappe à l’Unité abstraite du haut (holisme) et du bas (réductionisme).”

Autant le dire tout de suite, même avec la meilleure volonté du monde, il devient vite très difficile de suivre le philosophe, sauf à vouloir se perdre dans une forêt de concepts tous plus nébuleux les uns que les autres, et dont on voit de moins en moins à mesure qu’on avance, les débouchés pratiques. Cette opacité est d’autant moins tolérable qu’elle se teinte d’un mépris assez épais pour tout ce qui précède la nouvelle ère dont il serait le prophète. Ainsi Edgar Morin n’hésite pas à affirmer que “nous sommes dans la préhistoire de l’esprit humain”, et qu’à ses yeux, “seule la pensée complexe nous permettrait de civiliser notre connaissance.”
Le problème est que cette “pensée complexe” ressemble sous sa plume, à une sorte de grand foutoir où tous les contraires s’affrontent, et dans lequel les circonlocutions et les périphrases masquent mal le fait qu’on tourne en rond.
Lorsqu’il veut prendre de la hauteur, ce n'est pas mieux car il se met alors à généraliser à tout-va : “si le concept de physique s’élargit, se complexifie, alors tout est physique…/… et la biologie, la sociologie, l’anthropologie sont des branches particulières de la physique…/… Et si le concept de biologie s’élargit, se complexifie, alors tout ce qui est sociologique et anthropologique est biologique…”

Au bout du compte, à travers cette optique globalisante, tout repère s’efface, tout relief s’estompe, et si tout devient possible, rien ne prend vraiment forme. On apprend par exemple que “le monde est à l’intérieur de notre esprit, lequel est à l’intérieur du monde” ce qui nous fait une belle jambe, ou que “la biologie de la connaissance nous montre qu’il n’y a aucun dispositif dans le cerveau humain qui permette de distinguer la perception de l’hallucination , le réel de l’imaginaire…” Édifiant n’est-il pas ?
Mais à quoi bon vouloir progresser sur le chemin de la connaissance, quand rien ne nous permet de savoir si nous sommes sur la bonne voie ? Comment espérer conduire un raisonnement qui vaille si nous ne pouvons même pas tabler sur la cohérence de notre intellect ?

On peut certes s’interroger sur les paradoxes apparents et les incertitudes que la science moderne fait surgir, mais que peut-on réellement attendre de concret d’une démarche qui “loin de tenter une unification rigide”, se fait fort “d’assurer une connexion souple, mais indispensable, entre ouverture systémique et brèche gödelienne, incertitude empirique et indécidabilité théorique, ouverture physique/thermodynamique et ouverture épistémique/théorique ?”
Et comment peut-on entrevoir une issue pragmatique aux problématiques qui assaillent le monde si l’on admet comme ce discours nous y invite, “que la relation anthropo-sociale est complexe parce que le tout est dans la partie qui est le tout…”
La boucle semble bouclée, mais au bout de ce périple qui promettait de joindre l’alpha et l'oméga, le voyageur fait le constat qu’il n’a pas décollé du point de départ !

Cet opuscule, précisons-le, n’est qu’un concentré des solutions ébauchées dans les six épais volumes de ce qu’il a intitulé “La Méthode”, peut-être par analogie avec le discours du même nom, d’essence cartésienne.
Il faut admirer la patience des lecteurs qui ont pu parvenir au bout d’un tel pensum, sans doute écrit avec ce style plombé et redondant dont cet ouvrage donne un aperçu. On peine à réprimer un sourire lorsque, sans doute pour excuser les incessantes références à sa propre oeuvre, Edgar Morin déclare avec gravité : “Je suis un auteur qui s’auto-désigne”, tout en précisant non sans fausse modestie: “Je veux dire que cette exhibition comporte aussi de l’humilité…”
Il est enfin permis de s’interroger sur un homme qui dit “étouffer dans la pensée close, la science close, les vérités bornées, amputées, arrogantes” (Le Paradigme Perdu), ou qui affirme que “la maladie de la théorie est dans le doctrinarisme et le dogmatisme, qui referment la théorie sur elle-même et la pétrifient.”
Comment occulter que dans le même temps, il ne s’est jamais vraiment échappé de la pensée marxiste, si simplificatrice, si arrogante, si sectaire, affirmant notamment en 2012: “je vois clairement que j'étais marxien avant d'être marxiste, puisque je suis redevenu marxien avant de devenir méta-marxiste.” Et un peu plus loin: “j'ai toute ma vie, dans toute mon oeuvre, été fidèle à la perspective marxienne de mon adolescence.” (Introduction à l’ouvrage pour et contre Marx).
Comprenne qui pourra...
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (10) | Permalien | Remarque la plus récente : May 27, 2016 2:26 PM MEST


Les fondements philosophiques de la mécanique quantique
Les fondements philosophiques de la mécanique quantique
par Grete Hermann
Edition : Broché
Prix : EUR 31,00

Aucun internaute (sur 1) n'a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 De Kant aux quantas, une même incertitude, 17 avril 2016
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les fondements philosophiques de la mécanique quantique (Broché)
On sait l'impact des théories scientifiques promues par Isaac Newton (1643-1727) sur la réflexion philosophique de son époque, et au delà. Par un raccourci à peine excessif on pourrait dire qu'elles furent à l'origine du mouvement intellectuel des Lumières qui illumina le XVIIIè siècle.

Ce n'était certes pas la première fois que la science marquait de son empreinte la pensée philosophique.
Depuis l'horizon de l'Antiquité, l'influence d'Archimède ou d'Euclide fut certainement immense. Lors de la Renaissance, Galilée et Copernic eurent de même un impact décisif sur le monde des idées, battant en brèche au passage certaines convictions religieuses.
Mais avec Newton, le choc fut plus grand encore. Car à la suite de ses découvertes, c'est la méthode scientifique même que certains penseurs anglais tels John Locke (1632-1704) ou David Hume (1711-1776) tentèrent d'appliquer à la philosophie. En France le principe séduisit Voltaire et d’une manière plus générale, les promoteurs de l’Encyclopédie.

Le concept de philosophie pragmatique était né. Il sera magnifiquement illustré par Immanuel Kant (1724-1804) qui le portera jusqu’aux confins de la métaphysique. Ainsi Kant sera amené à définir les limites entre les domaines du raisonnement et de la spéculation. S’appuyant sur les données de la science, il fut amené à faire le constat que la connaissance humaine ne pourrait jamais appréhender la nature des choses en elles-mêmes.

Dans ce petit ouvrage assez excitant, c’est précisément cette limite qui s’impose à la raison que Grete Hermann (1901-1984) entreprit de transposer à la science, à l’occasion des découvertes définissant la mécanique quantique.
Celle-ci n'était pourtant pas prédestinée à soutenir une telle thèse. Werner Heisenberg (1901-1976) raconte en effet dans ses mémoires, qu’il fut frappé, lors des débats houleux qui opposaient les physiciens confrontés à cette science déroutante, par l’argumentation d’une jeune mathématicienne.
Celle-ci, en l’occurrence Grete Hermann, refusait à l’époque d'accorder au principe d’incertitude une valeur axiomatique. Tandis que Heisenberg affirmait qu’il était impossible de décrire la désintégration d’éléments radio-actifs autrement que de manière statistique, Grete répondait qu’il ne s’agissait que d’un aveu d’impuissance et qu’il était envisageable selon elle de prédire très exactement le comportement d’une particule, à condition d’en avoir une connaissance complète.

Paradoxalement, c’est un peu l’inverse qu’elle défend dans cet ouvrage, en faisant justement le parallèle entre la philosophie kantienne et la mécanique quantique.
Un des constats bien exposé ici, est que notre connaissance du monde est fondée sur la perception que nous en avons, directement ou par le biais de machines. Cette perception est partie intégrante de ce qu’on cherche à connaître. Elle induit donc une borne à la connaissance expérimentale, qui se heurte tôt ou tard à un plafond de verre infranchissable. Ainsi la mécanique quantique objective le fait que les conditions expérimentales modifient nécessairement le cours naturel des choses, l’expérience elle-même faisant partie du phénomène.

Il n’y a pas de rupture pour autant entre les différentes conceptions, classique ou quantique, de la physique. De même, la relativité d’Einstein n’abolit pas la mécanique newtonienne. Le fait nouveau, c'est l'incomplétude de la connaissance.
Il y a dans l’ouvrage de Grete Hermann une très belle citation d’un philosophe allemand méconnu Ernst Friedrich Apelt (1812-1859), qui vulgarise le concept de relativité de la connaissance humaine, en considérant qu’elle “ne ressemble pas à une surface plane qu’on pourrait embrasser complètement d’un seul regard à partir d’un point élevé, mais plutôt à un paysage vallonné dont l’image complète ne se laisse reconstituer qu’au fur et à mesure à partir de vues partielles. Plusieurs points de vue d’altitudes diverses existent, présentant chacun une perspective différente, et d’où certaines choses tantôt s’offrent, tantôt se dérobent à la vue…”

La mécanique quantique accentue sensiblement ce caractère relatif de la description de la nature. On sait par exemple qu’il n’est pas possible de déterminer simultanément avec précision la vitesse et la position d’une particule. On sait également qu’il est impossible d’objectiver en même temps la nature corpusculaire et ondulatoire de cette même particule…

S'appuyant sur les constats troublants de la physique, Grete Hermann explore la complexité de la relation de causalité qui lie entre eux les phénomènes naturels. Elle en exclut une bonne partie du déterminisme qu’on croyait acquis, notamment depuis que la nature pouvait s'appréhender un peu mieux, avec les merveilleuses horloges galiléenne et newtonienne.
C’est le couple cause-effet qui est mis à mal avec la mécanique quantique. De fait, comme l’observe Grete Herman, “il n’existe pas d’états chronologiquement voisins; il est donc impossible de désigner, pour l’état d’un système, un autre état qui l’aurait immédiatement engendré ou qui en serait immédiatement l’effet..”

Le parallèle entre la physique et la philosophie entrepris par Grete Hermann est très original, car il tend à inscrire les constats scientifiques dans le contexte des postulats philosophiques, à l’inverse de ce qui avait été proposé précédemment au temps des Lumières. Le titre de l’ouvrage lui-même est éloquent : il s’agit bien des fondements philosophiques de la mécanique quantique et non des fondements physiques de la philosophie kantienne...
C’est donc Kant en définitive, qui amène à penser la physique à l’aune des principes constituant l’idéalisme transcendantal, lesquels “ne garantissent pas une connaissance adéquate de la réalité en soi, mais seulement une connaissance bornée de la nature qui en reste à l’appréhension de phénomènes…”
On pourrait songer également au célèbre théorème de Gödel, qui inscrit dans le domaine de la logique cette même limite, en stipulant en substance qu’à l’intérieur d’un système formel, il existe toujours au moins une proposition indécidable…

Cette perspective à la fois incertaine et bornée peut évidement laisser songeur, voire être source de frustration. Mais tout bien pesé, elle constitue peut-être un fort stimulant pour l’imagination. Et on sait que celle-ci est sans limite...


Le Moment est venu de dire ce que j'ai vu
Le Moment est venu de dire ce que j'ai vu
Prix : EUR 14,99

4 internautes sur 7 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 L'imprécateur, 17 avril 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Moment est venu de dire ce que j'ai vu (Format Kindle)
Ce livre a ceci de particulier, qu’il échappe à la retape pré-électorale dans laquelle s’inscrivent nombre d’insipides opuscules politiciens. Il relève bien davantage à l’évidence du pamphlet qui fut un genre prisé lorsque les opinions n’étaient pas encore devenues de vains mots.

Quoique un peu désabusé, car témoignant d’une destinée quasi révolue, le propos fait souvent mouche car il a du style et du panache. Philippe de Villiers écrit bien et cette seule qualité mérite à elle seule des éloges.
On retrouve la classe, la fougue et la sincérité du chouan, vibrant plus que jamais de toutes ses racines aristocratiques et de son tempérament rebelle.
Mais on trouve également beaucoup d’excès, de convictions à l’emporte-pièce, et toutes les œillères idéologiques qui bridèrent son parcours en dents de scie, dont on retient avant tout le beau succès du Puy-du-Fou, et pas mal de ratages plus ou moins magnifiques.

Il est difficile de situer Philippe de Villiers sur l’échiquier politique. Ni vraiment à droite, sa famille naturelle, mais de laquelle il a souvent fait sécession, ni à gauche, qu’il exècre, mais avec laquelle il est prêt à certains compromis dès qu’elle exalte le concept de la nation souveraine. Pour la même raison, il côtoya souvent de très près le Front National sans jamais s’y associer… Enfin, comme cet ouvrage le démontre, il n’a pas grand chose d’un libéral.
En réalité Philippe de Villiers peine à se départir de ses gènes, qui le conduisent tantôt à se montrer sous un jour chevaleresque et quelque peu “vieille France”, et tantôt à se comporter de manière méprisante, si entière, si rentre-dedans, qu’il décourage toute sympathie durable.

Lassé de la politique et ayant abandonné toute ambition, il met à jour dans son dernier ouvrage, au titre un peu ronflant, quelques turpitudes du monde politique, mais qui les ignorait vraiment ?
Il dézingue à tout-va, insistant sur le caractère fluctuant, contradictoire et veule des convictions affichées par ses congénères, mais dans le tourbillon qu’il provoque c’est le bébé qui part avec l’eau du bain. Tout y passe. La classe politique dans son ensemble est qualifiée de “crapaudaille”, qui “a déclassé la France et l’a précipitée dans une impasse alors qu’elle avait mandat de la rétablir en sa grandeur…”
Même les gens avec lesquels il fit cause commune, furent de faux-amis. Ainsi son alliance avec Philippe Séguin et Charles Pasqua, fut de son propre aveu bien plus circonstancielle que sincère. La foi du premier s’évapora en respectueuses lâchetés devant Mitterrand lors du référendum sur le traité de Maastricht. Pire encore, après avoir fustigé l’Europe de Bruxelles, Séguin s’en accommoda fort bien lorsque son intérêt personnel l’exigea. Quant au second, il apparaît sous la plume du Vendéen sous les traits d’un homme sans foi ni loi, à part la sienne…
Cela dit, Philippe de Villiers a tendance à occulter le fait que lui aussi participa au jeu. Et s’il pourrait presque convaincre qu’il fut le seul à être honnête, doté de convictions et fidèle à ses principes, il ne fera pas oublier que ce fut au prix d’une intransigeance cassante, de ruptures navrantes, et d’un enfermement idéologique confinant parfois à l’absurde.

Tout au long de ce livre, la charge la plus violente, lancinante, qui revient sans cesse au fil des pages, c’est celle qui vise la Mondialisation, le Capitalisme, le Progrès, et in fine l’Amérique.
Outre son caractère désuet, imprégné d’un parfum d’ancien régime, et d’une nostalgie vaine de la France de jadis, cette vindicte participe hélas du tsunami morbide dans lequel se perd un pays refusant de voir la réalité, et incapable de s’adapter au nouveau monde. Par exemple, lorsque le chevau-léger s’attaque au libre-échange et à la mondialisation, il sombre dans la caricature. Ainsi, critiquant le traité ALENA et la perspective d’un éventuel accord trans-atlantique entre l’Europe et les Etats-Unis, il n’hésite pas à affirmer “qu’il nous faudra supprimer ce qu’il reste de nos protections et nous mettre à parité avec le moins disant social, écologique, sanitaire et culturel américain. Entreront chez nous librement la viande aux hormones, les farines animales, les volailles lavées à l’acide et à la chlorine, gorgés de pesticides interdits…”

Son aversion du progrès le fait condamner sans nuance toutes les techniques utilisées par l’agriculture moderne, responsables selon lui d’un “empoisonnement général”. “Depuis l’eau qu’on boit, l’air qu’on respire, où flottent de fines particules, la nourriture qu’on ingère et qui est chargée de molécules neurotoxiques…” Il éructe sa haine autant que son incompréhension de manière plutôt confuse face aux projets des nouveaux “technoprophètes” de la Silicon Valley. Sans doute hanté par le péché originel dont son éducation l’a empreint, il va jusqu’à voir dans le logo de la firme Apple “la pomme du Livre, croquée, rongée jusqu’au trognon même…”

Au total, Philippe de Villiers maîtrise mal sa fougue. Certaines de ses imprécations sonnent juste, notamment lorsqu’il vilipende le mercantilisme, le matérialisme, la cupidité du monde et la lâcheté, la versatilité des politiciens.
Mais ces vices ne sont pas d’aujourd’hui.
Surtout, cela ne le met pas à l’abri de certaines contradictions. Lorsqu’il rappelle qu’il fut soutenu financièrement par Jimmy Goldsmith, devenu milliardaire grâce au capitalisme, à l’industrie et à la mondialisation. Ou bien lorsqu’il ramena fièrement de Los Angeles en 2012 le Thea Classic Award, qu’un jury international décerna au “plus beau parc du monde”, en l’occurrence la cinéscénie du Puy du Fou, sans doute son plus beau titre de gloire...
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Apr 19, 2016 11:59 PM MEST


Goldberg Variations
Goldberg Variations
DVD ~ J.S. Bach
Prix : EUR 21,37

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Le chant de l'âme, 14 décembre 2015
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Goldberg Variations (DVD)
On pourrait presque trouver excessive la perfection technique quasi chirurgicale de ce trio à cordes ; ou bien trop sophistiquée, l'élégance épurée à l'extrême de ce clair obscur en blanc, gris et noir, dans lequel trois gracieuses silhouettes féminines s'emploient à revisiter les si envoûtantes variations Goldberg.
Mais ce serait sévère, et surtout ce serait passer à côté de l’impressionnante modernité de cette œuvre, ainsi transfigurée. Et faire peu de cas du lyrisme intense et enivrant qui en caractérise chaque variation et qui s'exprime ici avec une sorte d'évidence aérienne.
Car il s'agit bien d'une nouvelle expérience, démontrant toute la puissance du génie de Jean-Sébastien Bach et sa capacité indicible à donner consistance au chant de l'âme. On ne peut en somme, qu'admirer la magistrale interprétation de la transcription de Dimitry Sitkovetsky, ainsi que la prise de son excellente, faisant ressortir la richesse harmonique de ce chef d'oeuvre décidément en dehors des contingences temporelles.
Seul vrai reproche, la ponctuation étrange de certains intermèdes par le bruit dérangeant d'un volet électrique, laissant peu à peu entrer la lumière sur cette fantasmagorie musicale...
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Crosseyed Heart
Crosseyed Heart
Prix : EUR 10,27

1 internaute sur 3 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 L'essence du blues stonien, 22 octobre 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Crosseyed Heart (CD)
Keith Richards, parvenu au terme de maintes péripéties, au seuil de la sagesse et du grand âge, veut manifestement laisser son empreinte en nom propre.
L'âme damnée des Rolling Stones, sur le visage duquel le temps a buriné ses sillons vengeurs, ce guitariste hors norme, aussi foutraque qu'inspiré, ne veut pas rester seulement l'ombre sardonique de Mick Jagger. Émergeant des dernières fumées des fêtes stoniennes, son opus en solo tente de démontrer qu’il ne fut pas qu’une puissance occulte. Sous ses airs quelque peu démoniaques, on découvre qu'il sait aussi donner de la voix. Et pour ceux qui en doutaient, quoi qu'ayant cosigné tous les grands tube du groupe, il prouve qu'il sait aussi faire des chansons.
On dira peut-être qu'il envoie la purée sans ménagement. Que ses rocks sont un peu bourrins. Qu'il assène parfois la rythmique avec un marteau pilon... Mais au diable les esprits chagrins. Derrière l'infanterie lourdement armée, il y a plus que des nuances. Et celles-ci sont puisées aux sources du bon vieux blues dont un des exemples les plus purs est le titre Crosseyed Heart, qui ouvre humblement à la seule guitare acoustique et au chant cette session.
Il y a du rock également, très massif, très dense qui déboule avec la puissance d’une rivière en crue (Heartstopper, Amnesia, Trouble, Substantial Damage), mais aussi un lot de balades mélancoliques ou quelque peu désabusées (Robbed Blind, Nothing On Me, Sucpicious, Illusion, Just A gift, Goodnight Irene, Lovers Plea) et même quelques échos moelleux de reggae (Love Overdue). Au total, un amalgame musical savamment dosé, homogène et juste un brin toxique pour ne pas faire mentir la réputation...
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Step Back
Step Back
Prix : EUR 16,93

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Mort, où est ta victoire ?, 22 octobre 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Step Back (CD)
C'est dans les vieux pots qu'on fait les meilleures soupes prétend le dicton. Et ça pourrait s'appliquer à quelques récentes productions musicales émanant de vieux de la vieille de la génération pop-rock, celle-là même qui jeta ses plus belles contributions durant les années soixante.
Johnny Winter, mort en 2014, laissa avec son album Step Back sorti juste après sa disparition, un chant du cygne qu'on n'attendait plus guère eu égard à l'état de faiblesse qu'il manifestait lors de ses dernières apparitions publiques. Mais le bougre avait encore du ressort et un sacré jus, qu'il exprima de toutes ses forces dans cet ultime hommage au Blues.
Pour magnifier l'éclat de ces reprises, il s'entoura de quelques pointures : Eric Clapton, Billy Gibbons, Joe Bonamassa, Ben Harper, Brian Selzer, Dr John et j'en passe. Ça donne un ensemble très pêchu, sans ferment révolutionnaire mais dans lequel l'émotion court intacte au fil des ensorcelants slides que délivre avec rage et passion le plus fameux guitariste albinos que la Terre ait porté...
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (10) | Permalien | Remarque la plus récente : Jul 19, 2016 10:47 PM MEST


Rattle that lock
Rattle that lock
Proposé par BelgraviaTrade
Prix : EUR 9,94

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Esprit du Floyd es-tu là ?, 22 octobre 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Rattle that lock (CD)
David Gilmour, revient en majesté. Après avoir piloté une compilation un peu fade de fragments musicaux retrouvés dans les vieux tiroirs du Pink Floyd, le voici qui se déleste d'un superbe album, entièrement de novo.
Derrière la trouvaille amusante consistant à broder une belle petite rengaine autour de l’accroche musicale de la SNCF (Rattle That Lock), on retrouve intacte, une bonne partie de l’inspiration dont il fit preuve pour donner au groupe dont il incarna la guitare, ses sonorités si planantes, si éthérées, autour des mélodies envoûtantes qui firent les belles heures de la musique psychédélique.
Pas de rupture donc avec le passé, mais quelques resucées savoureuses qui rappellent le bon temps.
Dès l’ouverture, le babil matinal des oiseaux en été, fait place à de somptueuses harmonies qui donnent le ton (5 A.M.). On s’abandonne ensuite complètement aux chansons extrêmement peaufinées pleines de tendresse et d’émotion dans lesquelles le chant déchirant se conjugue avec les extatiques envolées guitaristiques (Faces Of Stone, A Boat Lies Waiting, In any Tongue)
Après une ou deux digressions jazzistiques inattendues, l’ensemble se referme sereinement sur un magnifique instrumental, qu’il faut sans doute prendre comme un message subtil. On veut croire que les chaînes de la temporalité s’estompent devant un flot de promesses : And Then…


Sound of Jazz [Blu-ray]
Sound of Jazz [Blu-ray]
DVD ~ Various Artists

5 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Jazz Me Blues, 31 mai 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Sound of Jazz [Blu-ray] (Blu-ray)
Ce cliché crépusculaire, débordant d'émotion, pris dans un studio de la maison CBS à la fin de l'automne 1957, est tout simplement dévastateur...
On y retrouve nonchalamment installés dans un troublant clair obscur si propice à la révélation du blues, Bille Holiday, Lester Young, Coleman Hawkins et Gerry Mulligan, réunis pour une sublime session.
Fine and Mellow comme dit la chanson de Lady Day. Moment d'intense communion s'il en fut. Regards complices, sourires déchirants, tendresse et suavité… Si émouvant lorsqu’on songe que Billie et Lester, ces deux fragiles et merveilleux génies de la constellation black and blue, ne se retrouveront jamais plus ensemble pour faire de la musique, avant leur disparition prématurée deux ans plus tard, à quelques mois d'intervalle.
Ce moment de grâce absolue, n'est qu'un des joyaux qui sont rassemblés sur ce bluray magique intitulé fort opportunément The Sound of Jazz. Une bonne vingtaine de standards tous plus juteux les uns que les autres se succèdent au cours de cinq séquences magiques. Quant aux artistes, ils sont si nombreux et tous si intensément liés au coeur du jazz qu’on serait bien en peine de distinguer les uns comme plus glorieux que les autres. Il en manque certes, et non des moindres, mais ceux qui sont ici parlent pour les absents. Quelle pléiade mon Dieu !

Laissons nous aller à évoquer tout de même le swing si inimitable de l’orchestre de Count Basie au grand complet, qui fait merveille sur The Count Blues, Dickie’s dream, I left my baby...
Ou bien Henry “Red” Allen qui anime tantôt à la trompette tantôt au chant, une version vitaminée de Rosetta, avec autour de lui Vic Dickenson au trombone, Pee Wee Russel à la clarinette et une section rythmique de compétition (Danny Barker guitare, Nat Pierce piano, Milt Hinton basse et Osie Johnson batterie.
Mentionnons également l’intervention courte mais qui ne peut laisser indifférent du si subtil Thelonious Monk en trio. Il nous livre un Blue Monk tout en dérapages contrôlés...

Remontons encore un peu dans le temps, pour nous retrouver en 1944 avec The Prez au meilleur de sa forme. Avec son chapeau plat, son petit air penché qui contribue sans doute à donner aux émanations mélodiques issues de son sax, une saveur empreinte de délicieuse mélancolie. On retient notamment le fameux On The Sunny Side Of The Street avec la charmante chanteuse Mary Bryant. Avec eux, Illinois Jacquet, quasi alter ego de Lester, Harry Sweet Edison à la trompette, Barney Kessel à la guitare, Big Syd Catlett à la batterie, Marlowe Morris au piano, et Red Callender à la basse. Quel velouté, quelle légereté !

Viennent ensuite quelques petits trésors qui permettent de voir ou de revoir des artistes inoubliables dans une atmosphère parfaite, où les cuivres et les bois jouent dans une pénombre feutrée par les fumées de cigarettes. Par exemple, au cours d’une session particulièrement excitante, de Miles Davis avec le soutien superbe mais trop bref de John Coltrane (So what).
Ou bien encore Charlie Parker, Dizzie Gillespie, Roy Eldridge, Coleman Hawkins, Ben Webster, Vick Dickenson, Dicky Wells, Benny Morton, Pee Wee Russel, Jimmie Giuffre, Mal Waldron, Ahmad jamal, Hank Jones, Buck Clayton, Wyton Kelly, Paul Chambers, Gil Evans et j’en passe !

Oh, bien sûr il ne faut pas attendre de miracle. Les images capturées il y a plus d'un demi-siècle sont empreintes à jamais du flou originel et la musique restera pour toujours étouffée par les insuffisances techniques de l'époque.
N'empêche, qu'il est doux de revoir et d'entendre une fois encore la fine fleur du jazz réunie sur ce disque absolument indispensable...
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Une question de taille
Une question de taille
par Olivier Rey
Edition : Broché
Prix : EUR 20,00

6 internautes sur 9 ont trouvé ce commentaire utile 
2.0 étoiles sur 5 Nième pamphlet anti-libéral, 11 avril 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Une question de taille (Broché)
Par un paradoxe troublant, tandis qu'à l'échelle vertigineuse de l'univers, notre monde n'a jamais semblé plus petit et isolé, l'organisation des sociétés modernes semble atteinte de gigantisme. Urbanisme, fortunes, entreprises, tutelles étatiques, administrations, consommation, santé, tout s'emballe.
C'est à cette problématique qu'a entrepris de s'attaquer Olivier Rey : selon lui, en effet, jamais on ne fut si préoccupé de tout mesurer alors que dans le même temps, on a perdu le sens de la mesure...

Il faut reconnaître évidemment la pertinence d'un certain nombre de constats sur lesquels il s'appuie, même s'ils ne sont pas franchement nouveaux.
L'auteur évoque en introduction à son propos quelques délires urbanistiques révélateurs de cette folie des grandeurs. C'est presque devenu un pont-aux-ânes, mais on ne peut que partager l'horreur que lui inspire certaines réalisations immobilières concentrationnaires : barres, tours, immeubles où l'on entasse des milliers d'individus, avec les meilleures intentions « sociales » du monde !
Autre exemple de la course à la démesure, l'automobile. Fantastique instrument de liberté dans l'absolu, elle est devenue par sa multiplication folle, un objet de contraintes, de perte de temps et d'argent. Inutile d'insister sur les monstrueux embouteillages obstruant aux heures de pointes l'entrée ou la sortie des mégalopoles, ou bien les routes des vacances. Chacun en a fait l'expérience....

Non sans justesse, Olivier Rey se livre à quelques observations touchant à l'organisation même de la société dont il fustige les exigences individuelles toujours plus grandes et une dépersonnalisation des institutions. Il en profite pour remettre au goût du jour les critiques faites en son temps par Ivan Illich, dont le nom revient comme un leitmotiv, tout au long de l'ouvrage. S'agissant par exemple de l'instruction publique qu'il compare à une « intoxication », il se désole sans complexe du fait que « les parents, les familles, les adultes en général, par paresse, facilité, découragement, ou simplement parce qu’ils ne peuvent pas faire autrement, renoncent à éduquer les enfants et les jeunes, laissant ce soin à l’institution scolaire qui prétend si bien s’en charger… »
Sur le système de santé devenu pléthorique, il n'est pas plus tendre. Il commence par pointer l'extravagance de la définition proposée par l'OMS en 1946, qui fait de la santé « un état de complet bien-être physique, mental et social, ne consistant pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité ». Toujours sur les traces d'Illich, il part en guerre, à contre-courant des credo actuels, contre les politiques de protection sociale, en affirmant que « ce n'est pas une bonne nouvelle pour les liens familiaux et l'amitié que, lorsque quelqu'un est malade, il soit pris en charge, non par sa famille ou ses amis, mais par la sécurité sociale... »
Élargissant son propos, il en vient à contester la conception matérialiste du bonheur, telle que la connaissent les pays développés, qu'il assimile à une accumulation stérile de satisfactions. Ainsi, écrit-il, « une vie humaine n’est pas un sac où les épisodes viendraient s’entasser (une abondance sans plénitude) mais une chaîne qui les relie faite de moments successifs mais réclamant un sens à cette succession et une fin : la mort. »

Après Illich, c'est Leopold Kohr, qui est appelé à la rescousse, et notamment son ouvrage The Breakdown of Nations, dans lequel il tentait de démontrer qu'il n'y a qu'une seule cause derrière toutes les formes de misère sociale : la taille excessive ! Olivier Rey rappelle le slogan resté fameux, « Small is beautiful » dont s’inspira toute une école de pensée économique et qui servit de titre au manifeste publié dans les années 70 par Ernst Friedrich « Fritz » Schumacher. Ces gens furent en quelque sorte les précurseurs de l'alter-mondialisme qui fleurit de nos jours en marge des chemins officiels et qui se targue de proposer une nouvelle voie, répudiant à la fois les canons marxistes et les sirènes libérales...
Et c'est là que le bât blesse évidemment...

Car l'ouvrage à cet instant bascule dans la charge anti-libérale, pour laquelle l'auteur se met à déverser un argumentaire où l'esprit partisan l'emporte sur l'objectivité et le spécieux prend souvent la place du sérieux.
Derrière le légitime questionnement sur la taille des structures, des institutions, des organismes et des sociétés, surgissent hélas nombre d'a priori dont on subodore qu'ils tiennent beaucoup plus de la vision gauchisante, voire parfois anarchiste du monde.
Passons sur la thèse farfelue d’Ivan Illich, préconisant de limiter la vitesse des déplacements de manière à ce qu'elle n'excède pas 25 km/h, car de son point de vue, les grandes vitesses entraînent une concentration néfaste des pouvoirs !
Comment adhérer au principe posé par Kohr, supposant que n’importe quel petit état, monarchie ou république, serait par nature démocratique à l'inverse des grands, qui ne pourraient pas l'être, du seul effet de leur taille ! Les USA sont là pour rappeler qu’une grande nation peut très bien se fonder durablement sur la liberté, et à l’inverse, on pourrait citer des foules de petits régimes totalitaires…
On ne peut davantage être convaincu par les démonstrations en forme de tautologie sur l’impossibilité pour les organismes d’être invariants lorsqu'ils changent d’échelle. En d’autres termes, un homme de 10 mètres de tiendrait pas même debout s’il était proportionné comme nous. C’est certain, mais cela ne prouve en rien qu’une structure doive nécessairement se faire petite pour être viable. Le modèle fédéral sur lequel est bâtie la Suisse s’adapte sans souci aux Etats-Unis…
Enfin, que dire des réflexions de l’auteur lorsqu’il affirme arbitrairement que les trop grands nombres ont quelque chose de satanique, évoquant la colère de Dieu punissant David pour avoir tenté de dénombrer de son peuple ? Que dire de cette étonnante assertion qui voudrait que « la masse semble attirer sur elle les catastrophes et appelle le massacre ? » Surtout lorsque le raisonnement conduit à faire de la dévaluation massive du mark dans les années 30 le facteur déclenchant du génocide hitlérien....

On se retrouve de fait, embarqué dans un discours confus et quelque peu pédant dans lequel émerge à maintes reprises la philosophie de la décroissance, de l'anti-libéralisme et de l'anti-capitalisme dont on nous rebat les oreilles.
L'auteur s'en garde en voilant son propos de maintes précautions oratoires, mais il ne peut par exemple s'empêcher de revenir sur les vertus de la division du travail qui permit à l’industrie de prospérer. Contre celle-ci, Olivier Rey voudrait réhabiliter « les bons outils "conviviaux" de M. Illich, qui augmentent l'autonomie en permettant de faire davantage par soi-même que ce qu'on pourrait accomplir sans eux, au contraire des outils industriels, devenus si démesurés, qu'ils paralysent les facultés personnelles d'agir sur le monde. »
Bien sûr l'artisanat et la conception vernaculaire de la production sont des causes sympathiques, mais il est certain que si chacun devait lui-même fabriquer ses chaussures ou sa voiture, le monde serait quelque peu transfiguré...

Plus graves sont les attaques incessantes et plutôt primaires qu’il adresse à tout bout de champ au libéralisme, dont il voit les méfaits partout, à tel point qu’on peut inférer de cette approche, qu'elle s’inscrit hélas dans l’ignorance méprisante dont il souffre dans notre pays.
On peut en juger sur quelques truismes grotesques, dénonçant par exemple à propos de la condition féminine, « la ruse du système économique moderne, après avoir ruiné l’ancienne position des femmes, de ne leur avoir fait entrevoir une libération qu’à travers une concurrence avec les hommes et un enrôlement dans les rangs des travailleurs salariés ! »
Parfois c’est à la caricature qu’il se laisse aller, quand il dépeint « la force de l’idéologie libérale qui, une fois implantée, anéantit si radicalement la faculté, psychique et sociale, à admettre une limite et à la respecter, qu’elle ne peut que continuer à régner jusqu’à ce qu’intervienne la main invisible de la catastrophe », ou bien encore « le libéralisme prôné par Mandeville au XVIIIème siècle, qui au lieu d'exhorter les individus a la vertu et à la tempérance, les pousserait à rivaliser de richesses, à la soif illimitée d'avoir.»

Tout ça ne fait qu'aboutir au paradoxe de Voegelin, qui en 1950 constatait « le déclin de l'Occident et les progrès inouïs qu'il accomplit dans le même temps », pour conclure sous la forme d’un oxymore, que « c'est le succès même qui entraine le déclin...

Au total, cette longue digression, se caractérise avant tout par son incohérence et ses clichés idéologiques. Partie sur des prémisses intéressantes, elle est menée au terme d’un raisonnement erratique, vers une conclusion nébuleuse, et dénuée de débouchés concrets.
Olivier Rey, se borne à produire un nième pamphlet anti-libéral, sans grande originalité. Il en vient même à remettre en cause le sens des responsabilités sur lequel se fonde l’amour de la liberté, en faisant sienne l’argumentation inepte d’Illich : "quand je me comporte d'une manière responsable, je m'inscris moi-même dans le système". A l’instar de son mentor, il lui préfère la décence, mais malheureusement, il semble l’avoir largement oubliée présentement…
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