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Contenu rédigé par Emerek
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Emerek
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Les clés du futur
Les clés du futur
par Jean Staune
Edition : Broché
Prix : EUR 24,90

4.0 étoiles sur 5 Un trousseau de clés pour penser le futur, 13 novembre 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les clés du futur (Broché)
Avec un volume de 700 pages, l'auteur renoue avec les sommes encyclopédiques par lesquelles il serait possible de répondre à tous les enjeux auxquels nous sommes confrontés. C'est d'ailleurs indiqué dans le sous-titre du livre : "réinventer ensemble la société, l'économie et la science", sachant que l'auteur aurait même pu ajouter : l'entreprise, l'éthique, la spiritualité, etc. On est alors tenté de brandir le proverbe "qui trop embrasse mal étreint" et c'est vrai que la très large diversité de sujets abordés est susceptible de décontenancer le lecteur - quel que puisse être par ailleurs le talent de Jean Staune à nous offrir une analyse riche, pédagogiquement restituée et gratifiée de très nombreuses illustrations stimulantes. Reste qu'à titre de colonne vertébrale de l'ouvrage, il y a une thèse intéressante : celle selon laquelle justement ces divers domaines sont interreliés. Ainsi qu'il est précisé dans l'introduction : "L'idée majeure de cet ouvrage est que nous subissons actuellement l'effet de cinq grandes révolutions qui sont liées les unes aux autres" (p. 16), les cinq révolutions concernant respectivement les technologies, les sciences, le sociétal, les pratiques économiques et enfin les visions philosophiques et métaphysiques. Précisément, au fil de l'exposé, on a tendance à perdre de vue les interrelations supposées entre ces domaines et il faut attendre la conclusion (p. 659 sqq.) pour que très opportunément ces liens causaux nous soient rappelés. Au bout du compte, d'ailleurs, il n'y a pas vraiment de démonstration de ces causalités mutuelles et c'est plutôt par une espèce d'intuition - peut-être géniale en l'occurrence - que l'ensemble de la construction est supposée tenir. Il n'empêche : l'ampleur du projet et l'intérêt de bon nombre des analyses menées par l'auteur font de ce trousseau de clés (du futur) une contribution passionnante pour aider à penser notre avenir.


L'art du calme intérieur : Un livre de sagesse qui nous ramène à l'essentiel
L'art du calme intérieur : Un livre de sagesse qui nous ramène à l'essentiel
par Eckhart Tolle
Edition : Poche
Prix : EUR 5,90

5.0 étoiles sur 5 Simple et fort, 20 octobre 2016
Certes, ce livre de Tolle est répétitif par rapport au "Le pouvoir du moment présent - Guide d'éveil spirituel" et "Mettre en pratique le pouvoir du moment présent : Enseignements essentiels, méditations et exercices pour jouir d'une vie libérée", (ce dernier qui ne fait lui-même que reprendre des passages du premier). Mais franchement ce n'est pas un problème. Nous ne sommes pas ici dans un registre rhétorique dans lequel, effectivement, on pourrait faire la chasse aux redondances. Au contraire, dans cette veine spiritualiste, la répétition participe de la démarche, l'important étant l'accompagnement méditatif que l'on apporte à la lecture. (Il est vrai alors que, par souci d'économie, on peut se contenter de relire, re-relire, etc., le premier, le bénéfice, je pense, sera le même). Reste que cet ouvrage nous offre quelques belles citations à méditer. Je mentionne quelques exemples : "En vérité, vous n'êtes pas quelqu'un qui a conscience de l'arbre, de la pensée, du sentiment, ou de l'expérience. Vous êtes la conscience dans et par laquelle ces choses apparaissent" (p. 62) ; "Par vous, la nature prend conscience d'elle-même. Elle vous a attendu, pour ainsi dire, pendant des millions d'années" (p. 86) ; "Vous ne pouvez à la fois être présent et vous faire souffrir" (p. 120). Et celle-ci, spécialement simple et forte : "La mort n'est pas le contraire de la vie. La vie n'a pas de contraire. Le contraire de la mort est la naissance. La vie est éternelle" (p. 103).


Notre mal vient de plus loin: Penser les tueries du 13 novembre
Notre mal vient de plus loin: Penser les tueries du 13 novembre
par Alain Badiou
Edition : Poche
Prix : EUR 5,00

5 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile 
2.0 étoiles sur 5 Le terrorisme islamiste est-il soluble dans le capitalisme ?, 28 août 2016
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Notre mal vient de plus loin: Penser les tueries du 13 novembre (Poche)
Avec constance, intransigeance et une habilité qu’on ne saurait lui nier, Alain Badiou poursuit son combat contre le capitalisme. C’est probablement le combat de sa vie. Face à un capitalisme qui s’étend, se renforce, prend des formes nouvelles, il reprend avec pugnacité son même discours critique pour dénoncer ce système économique et ses conséquences sur les peuples. Le capitalisme responsable de tant de maux ! Ainsi, des tueries du 13 novembre que Badiou entend présenter comme un effet en droite ligne du capitalisme et de son idéologie corrélative, le libéralisme. Le petit essai qui traite de cette question est la reprise d’un séminaire de l’auteur prononcé 10 jours après l’attentat. Précisons, à cet égard, que mettre en exergue cet événement singulier a quelque chose de paradoxal, puisque une analyse en tous points identique pourrait être mobilisée pour d’autres faits du même ordre, notamment terroristes, passés, présents et à venir ; pour les attentats du 11 septembre à New York, comme ceux de Londres en 2005, de Madrid en 2004, de Bali en 2002, etc., etc., puisque c’est à chaque fois et définitivement le capitalisme qui est en cause. L’analyse des méfaits du capitalisme à la Badiou dispose de la même caractéristique que l’aluminium dans les processus de production : elle est infiniment et à 100% recyclable.
Allons un peu plus dans le détail du discours. Le monde selon Badiou se divise en trois catégories : 10% de nantis qui possèdent 86% des ressources, 50% qui n’ont rien et 40% – les classes moyennes – qui disposent du reste (14%). Jusque-là, grosso modo, on peut suivre le philosophe ; après tout, il ne fait que reprendre des statistiques bien établies. C’est la thèse qu’il tire de cette typologie qui fait davantage problème, notamment lorsqu’il développe ce qu’il appelle « les subjectivités réactives » (chapitre III). Les riches et les classes moyennes sont porteurs d’un premier type de comportement : le contentement de soi et l’arrogance (p. 39-40). Badiou ne fait pas dans la dentelle : en particulier, la classe moyenne « est poreuse au racisme, à la xénophobie, au mépris des démunis » (p. 32). La population démunie, « masse africaine, asiatique dans son écrasante majorité » (p. 31), mais aussi « les représentants internes à nos sociétés de cette masse – les ouvriers de provenance étrangère, leurs enfants, les réfugiés, les habitants des sombres cités, les musulmans fanatiques (sic) – » (p. 41) oscillent, quant à elle, entre deux attitudes : le « désir d’Occident » et la « subjectivité nihiliste » (p. 39). Ce tropisme nihiliste est ainsi LA cause des violences, exactions, massacres terroristes que nous sommes amenés à déplorer jour après jour. Par frustrations interposées, le capitalisme a généré le fascisme dans les années 30. Aujourd’hui, il crée le terrorisme islamiste qui, dès lors, constitue un « fascisme contemporain » (p. 45). D’ailleurs, la qualification d’islamiste ne vaut rien aux yeux de Badiou. Pour lui, « la religion n’est qu’un vêtement, elle n’est aucunement le fond de l’affaire, c’est une forme de subjectivation, pas le contenu réel de la chose » (p. 46).
En définitive, cette thèse n’a rien d’original. Elle est très répandue dans les milieux de la gôche et du gauchisme. Peut-être Badiou ne s’en distingue-t-il que par une expression particulièrement exacerbée, alliant haine de l’Occident, mépris des classes moyennes et disculpation complète de l’islam politique.
Cette thèse semble tellement évidente à son auteur qu’il ne cherche même pas à en administrer la preuve. Ses insuffisances sont pourtant criantes :
– Le fait que la quasi-intégralité des actions de type terroriste de ces dernières décennies relève de l’islam fondamentaliste et guerrier n’est pas neutre. Ce n’est pas un « vêtement » dont on pourrait changer au gré de l’humeur. Bizarrement Badiou cite ce qui lui semble être le contre-exemple du franquisme qui a bénéficié de complicités catholiques. Pourtant, il n’y a rien dans le franquisme qui s’apparenterait à un nihilisme de déshérités comme ce serait le cas avec les djihadistes et peut-être, dans une certaine mesure, avec les nazis païens…
– En l’occurrence, rien dans les discours, les écrits et les attitudes des terroristes islamistes ne s’apparente à une contestation du capitalisme : eux sont contre les croisés et les Juifs et non les riches en tant que tels ; ils mènent le djihad, nullement la révolution ; etc. Pour qualifier un mouvement, il paraît difficile de ne pas tenir compte de ce qu’en disent ses protagonistes eux-mêmes…
– Alors que la pauvreté est très bien distribuée de par le monde, notamment en Afrique, en Asie, en Amérique du Sud, les réactions réputées nihilistes touchent tout particulièrement des islamistes. Si les facteurs économiques étaient à ce point déterminants et si les considérations religieuses étaient à ce point subalternes ne devrait-il pas y avoir une meilleure répartition des violences terroristes avec leurs habillages idéologiques et religieux ad hoc ?
– L’idée même que les auteurs d’attentats islamistes seraient massivement des représentants de la catégorie des pauvres, que ce soit dans les sociétés occidentales ou au Sud, est contestable. En tout cas, les contre-exemples sont légion. Une seule illustration : un rapport du Centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l'islam (novembre 2014) montrait que parmi les jeunes tentés par l’islam radical, les 2/3 étaient issus des classes moyennes et 17% provenaient des catégories socioprofessionnelles supérieures. Certes, le fait qu’il s’agisse de familles ayant contacté le CPDSI crée un biais statistique indéniable, renforçant probablement les deux pourcentages en question, mais pas au point d’inverser totalement les résultats.
Bref si les facteurs économiques, notamment les excès du capitalisme, jouent un rôle incontestable dans les comportements de radicalisation et dans le passage à l’acte terroriste, pour autant, il ne s’agit certainement pas d’une causalité seule et unique. En particulier, les facteurs religieux ne sauraient être aussi facilement balayés. Les omettre c'est se priver de bien comprendre les phénomènes et s'interdire définitivement de les résoudre.


Le pouvoir du moment présent - Guide d'éveil spirituel
Le pouvoir du moment présent - Guide d'éveil spirituel
par Eckhart Tolle
Edition : Poche
Prix : EUR 6,80

2 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Limpide, 22 août 2016
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le pouvoir du moment présent - Guide d'éveil spirituel (Poche)
Les mauvaises langues diront qu’Eckhart Tolle est trop médiatique, qu’il accumule les succès de librairie, qu’il gagne plein de pognon avec ses enseignements spirituels, etc., etc. Il reste que ce petit livre à destination du « grand public » est un petit joyau d’une puissance et d’une précision assez extraordinaires. Beaucoup se sont essayés à l’exercice ; peu atteignent ce résultat : ou trop banal, ou cucu, ou au contraire, trop abscons avec des incursions dans le pseudo-scientifique bien navrantes… Rien de tel avec ce guide d’éveil spirituel – le sous-titre de l’ouvrage – qui est d’une justesse remarquable. L’expression qui me vient à l’esprit pour caractériser au mieux ma perception à la lecture de ce texte est : « cela coule de source ». À comprendre bien sûr dans son sens courant d’« être évident », d’« aller de soi », mais aussi et avant tout, dans son acception première : Tolle est fort d’une Source magnifique qui se répand en cours limpides au grand bénéfice du chercheur en spiritualité. À lire, relire et méditer.


Le Col du chaman
Le Col du chaman
par Stan Jones
Edition : Broché
Prix : EUR 19,00

3.0 étoiles sur 5 Meurtre en Alaska, 13 août 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Col du chaman (Broché)
Un thriller qui a pour cadre l’Alaska et c’est peut-être cette vaste région du monde qui constitue, en définitive, le principal héros du roman… Au fil des pages, on se rend compte de l’attachement de l’auteur pour ce territoire dont il est originaire – Stan Jones est né à Anchorage. Le récit est plutôt bien mené sur fond d’enquête policière après un assassinat au harpon de pêcheur. On atteint une espèce de point d’orgue avec l’évocation d’un vieux sage, mort plusieurs décennies auparavant, venu enseigner la « source d’intelligence » à ses congénères. La dernière partie du roman, censée retracer la traque du principal suspect du meurtre, m’est apparue en revanche un peu décevante : on dirait que l’auteur hésite justement entre la poursuite aventurière digne d’un vrai thriller et le récit documenté d’expéditions arctiques avec force détails sur les motoneiges et les campements. On finit quelque peu par s’enliser dans les congères… Mais, bon, il n’en reste pas moins que ce « Col du Chamane » constitue une lecture agréable pour l’été et créera un singulier contraste entre les chaleurs de la plage et la bise du Grand Nord…


La sentinelle de Lisbonne
La sentinelle de Lisbonne
par Richard Zimler
Edition : Broché
Prix : EUR 23,50

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un très bon Zimler, 13 août 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : La sentinelle de Lisbonne (Broché)
Le Portugal confronté à la récente crise économique. Une ambiance glauque faite d’étalage exhibitionniste des plus riches, de corruption éhontée, de viols de jeunes filles… Un assassinat et le suicide d’une adolescente. Et pour mener l’enquête un inspecteur de police américain, venu s’installer au Portugal ; personnalité complexe confrontée aux affres de son enfance. Zimler excelle tout particulièrement pour décrire les psychés, les caractères troublés, les gestes, les attitudes qui en disent long, les jeux de miroir d’une âme à l’autre… À mon avis, ce dernier livre de Richard Zimler n’atteint pas la profondeur du précédent, Les Anagrammes de Varsovie, qui avait pour cadre l’enfer nazi en Pologne, mais constitue cependant un très bon cru.


L'acceptation profonde : Dire oui à  la vie... et se transformer
L'acceptation profonde : Dire oui à la vie... et se transformer
par Jeff Foster
Edition : Broché
Prix : EUR 18,50

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Simple et profond, 30 juillet 2016
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'acceptation profonde : Dire oui à la vie... et se transformer (Broché)
Les livres de Jeff Foster, celui-là en particulier, relèvent le défi de paraître sur le fond le plus éloigné possible de la pensée occidentale – approche de la « non-dualité » – tout en étant, par la forme, parmi les plus accessibles de ce genre pour les Occidentaux. Bref, simple dans la forme et profond quant au contenu spirituel. Utilisant des images – notamment celle des vagues et de l’océan reprise à l’envi –, n’hésitant pas à multiplier les exemples, à recourir inlassablement aux répétitions, Foster se veut le plus proche possible de son lecteur et touche tout à la fois à l’intime et au quotidien. « L’acceptation profonde » me paraît très complémentaire d’un autre livre de Foster – « Une absence extraordinaire : La libération au milieu d'une vie ordinaire » – : le premier offre peut-être un développement plus construit traitant de thématiques telles que la souffrance, la relation à autrui et les addictions ; le second fait plutôt se succéder les aphorismes ; mais dans les deux cas on retrouve cette même idée, par exemple reprenant une formulation de l’auteur, une parmi tant d’autres : « À un certain niveau, ce livre n’est pas nécessaire. Vous êtes déjà un et complet tel que vous êtes. Vous êtes la vie même et vous l’avez toujours été. C’est comme ça – ici et maintenant ! Cet instant est tout ce qui est, et il est complet en lui-même, par lui-même. Il n’y a rien d’autre à faire. Bravo ! Vous pouvez poser ce livre et prendre un bon thé avec un sandwich. » (p.31)


La Route
La Route
par Cormac Mccarthy
Edition : Poche
Prix : EUR 6,90

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Fort et troublant, 25 juillet 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : La Route (Poche)
Cela faisait bien longtemps que j’avais entendu parler de ce livre comme étant l’un des classiques incontestés du genre « post-apocalyptique » et, allez savoir pourquoi, l’occasion ne s’était jamais présentée de le lire. Mais cette fois, ça y est ! Quelques jours de repos estival, l’opportunité d’en parler avec un ami et de me le faire prêter, et voilà une lecture menée d’une seule traite. Parce que j’avais le temps, certes, mais surtout parce que le livre ouvert, son contenu et son schéma rédactionnel font qu’il est difficile de s’en détacher.
On connaît l’histoire. Après une catastrophe aussi énigmatique qu’exterminatrice, un homme – sans nom – et son petit garçon – sans nom non plus – se retrouvent sur une route pour rejoindre le sud. Le livre est le récit de leur marche ; avec un but certes, le sud, mais qui paraît tout aussi désespéré qu’il anime leurs pas. Aucune lumière ; une atmosphère de cendres ; des paysages calcinés et monotones ; des bourgs sans vie.
Le livre ne contient qu’un seul chapitre avec des alinéas de quelques lignes ; linéaire comme la route empruntée. On pourrait permuter deux paragraphes à cinquante pages d’intervalles sans être aucunement gêné dans la lecture. Recherche permanente et obsessionnelle de nourriture et d’eau ; quelques rencontres ; des menaces ; même peur tout au long du chemin ; volonté d’avancer : ces ingrédients parsèment de manière égale le sombre quotidien des deux personnages et le récit à la fois précis et crépusculaire qu’en fait l’auteur a quelque chose d’envoûtant. Tout son talent aussi est de laisser percer, par-delà l’angoisse constante des deux personnages et leurs gestes de survie, la rémanence d’une morale. Par une symbolique simple – le feu, les « gentils »… – le père veut léguer à son fils les restes précieux de la civilisation qu’il a connue. Pour que la catastrophe n’ait pas le dernier mot. Fort et troublant.


Une absence extraordinaire : La libération au milieu d'une vie ordinaire
Une absence extraordinaire : La libération au milieu d'une vie ordinaire
par Jeff Foster
Edition : Broché
Prix : EUR 16,70

7 internautes sur 7 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Présence ordinaire…, 11 juin 2016
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Si dans une tentative de classification rationaliste des spiritualités, il s’agissait de situer Jeff Foster, et cet ouvrage en particulier, peut-être le Neo-Advaita, tel que décrit par Dennis Waite dans L'Advaita Vedânta : Théorie et pratique, serait le courant le plus approprié. Mais clairement l’auteur n’a cure des étiquettes. Bien plus, il nous demande « d’oublier tout ce que nous savons, tout ce qu’on nous a appris, tout ce que nous avons lu au sujet de l’éveil spirituel » (4e de couverture). Certes, il n’est pas le seul à proposer une telle attitude et l’on retrouve ce type de propos chez un Tony Parsons ou même antérieurement chez « l’inclassable » Krisnamurti, mais ce qui frappe chez Foster, c’est le rejet radical de la notion de recherche spirituelle. Les formulations abondent dans le livre, par exemple : « La recherche matérielle, la recherche spirituelle, c’est toujours la recherche. Que ce soit la recherche pour des biens matériels ou l’illumination spirituelle, c’est la même recherche, le même mouvement de pensées. C’est un mouvement vers un futur non existant » (p. 30). Ou bien, plus laconiquement : « La libération, c’est la disparition de la recherche de la libération » (p. 99). Face à cette remise en cause de la recherche, le lecteur risque de perdre pied. Après tout, qui accède à ce type de livre et en poursuit la lecture n’est-il pas animé d’un esprit de recherche, spécialement de recherche spirituelle ? Il faudrait donc se départir de ce qui nous incite à lire Foster… Et poussant plus loin encore le paradoxe, l’auteur dit aussi : « L’idéologie contre la pratique spirituelle est simplement une autre idéologie » (p. 158). Bref, pas de recherche spirituelle, mais pas non plus véritablement de critique de la recherche spirituelle : l'ami Jeff n'est pas à un paradoxe près pour nous titiller...
Comme une constante de la littérature spirituelle, le livre vise aussi à nous affranchir de ce que serait un individu – chacun d’entre nous – séparé du reste. « [L]a recherche de toute une vie peut enfin toucher à sa fin, avec la perte de la notion d’être un individu séparé, et un plongeon dans l’Amour inconditionnel » (p. 52). Abandon de la recherche et dépassement de l’individu sont d’ailleurs liés : « [L]orsque la recherche s’effondre, ce qui tombe avec elle c’est le sentiment d’être un individu séparé de tout, le sentiment d’être une petite vague dans un grand océan. Ce n’est pas intellectuel, c’est une chute dans l’Intimité, complétement au-delà de l’intellect, au-delà des mots » (p. 109).
Que reste-t-il alors ? Et bien tout. « Seule demeure l’apparence présente de la vie : les visions, les sons et les odeurs, mais personne n’est là au centre de tout cela. Simplement une absence qui est une présence absolue. Simplement rien, qui joue le jeu d’être tout » (p. 47).
Par la simplicité du contenu et la simplicité de la forme, par la poésie qui se dégage bien souvent du texte, par le don qu’a Foster de produire du koan à longueur de pages, résulte un plaisir de lecture et a minima un sentiment de bien-être à la fois fort et agréable. Petit conseil de lecture : lire cette « absence extraordinaire » au cœur de la nuit, quand règne le silence, avec un total lâcher-prise, mais sans bien sûr « rechercher » ce dernier, peut-être se passera-t-il alors quelque chose…


Contre la bienveillance
Contre la bienveillance
par Yves Michaud
Edition : Broché
Prix : EUR 18,00

7 internautes sur 9 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Michaud mi-froid, 28 mai 2016
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Contre la bienveillance (Broché)
La politique n'est pas affaire de bons sentiments ; ce n'est pas une question de bienveillance. L'idée n'est pas nouvelle. Déjà, à la fin du XVIIIe siècle, l'homme de lettres, Nicolas de Chamfort, écrivait : « Il faut être juste avant d'être généreux, comme on a des chemises avant d'avoir des dentelles ». On se souvient aussi que dans les années 70, les auto-étiquetés « nouveaux philosophes », mais aussi les dissidents soviétiques, au premier rang desquels Soljenitsyne, furent la cible de critiques virulentes d'une certaine gauche, plutôt gauchiste : les droits de l'homme, disaient ces derniers, ne peuvent être l'alpha et l'oméga de la politique. Quelle qu'en soit l'importance fondamentale, les droits de l'homme ne peuvent tenir lieu de politique. Que la politique qu'eux-mêmes défendaient pouvait, à son tour, être contestable à bien des égards n'empêchait nullement une pertinence certaine au propos. Pourtant, le temps passant, cette « politique-bienveillance » a perduré. Elle s'est même plutôt confortée, même si au prix d'un retournement : la politique-bienveillance était jadis plutôt de droite, elle est désormais clairement passée à gauche. Aussi, est-il particulièrement intéressant que le philosophe Yves Michaud s'emploie aujourd'hui à la faire descendre de son piédestal. L'exercice critique n'est, certes pas, à sous-estimer ; la prise de risque est indéniable. La politique de l'émotion et de la compassion est, à ce point, ancrée dans le fonds idéologique de notre société actuelle que s'attaquer à elle, c'est prêter le flanc à un énergique retour de bâton. Saluons ainsi l'originalité et le courage de Michaud qui ose titrer : « Contre la bienveillance ». Bien sûr, l'invective n'est pas à prendre au pied de la lettre. Cette qualité qu'est la bienveillance ne saurait être rejetée s'agissant des relations interpersonnelles ou de proximité. Bien au contraire, sur ces plans-là, elle est tout à fait précieuse. Ce que conteste Michaud c'est l'erreur de vouloir faire de la bienveillance, « la base de la relation au sein d'une communauté politique » (p. 14). Il faut bien autre chose pour faire politique : « l'appartenance à une communauté politique se construit sur le renoncement réfléchi et obligé à certaines particularités pour asseoir la souveraineté collective, que les droits sont le corrélat de devoirs assumés, que la Res publica, le bien commun, présuppose ces renoncements qui ne peuvent pas être considérés comme 'allant d'eux-mêmes' ni 'sans dire' » (p. 15).
L'intention de l'auteur étant bien établie, il va alors entreprendre, au travers de trois thématiques ' le fait du fondamentalisme religieux, le fait du populisme et le fait de la realpolitik ', un exercice de dénonciation de l'immixtion de l'émotion et des bons sentiments dans la matière politique. Si alors le propos est très souvent judicieux et incisif, une certaine perplexité du lecteur domine malgré tout. C'est notamment le choix des thématiques qui interroge. À vouloir mettre en relief et critiquer la bienveillance faite politique, on se demande bien pourquoi certaines thématiques, autrement plus évidentes quant au sujet, ne sont pas abordées. Par exemple, s'il est bien une question appréhendée communément avec le registre de la bienveillance, de la compassion, parfois même de la culpabilisation (ou auto-culpabilisation), c'est celle de l'immigration ou des réfugiés. Or, bizarrement un tel sujet n'est pas traité directement par Y. Michaud. S'il l'est, c'est rapidement et au travers du « fait populiste », et plus particulièrement, dans le chapitre correspondant, sous l'angle de la « fracture (') entre populations dites 'de souche' et population d'origine immigrée ». Dès lors, on ne sait pas très bien si le fait populiste serait une conséquence pernicieuse de la présence inopportune de la bienveillance dans le regard politique sur certains sujets ' et donc en particulier l'immigration ' ou si le fait populiste illustrerait lui-même l'excès de bienveillance quant à la manière de l'approcher et de vouloir le contrer : « un peu de pédagogie et de bonne volonté » (quatrième de couverture).
Perplexité aussi du lecteur face aux charges de l'auteur contre certaines idées ou surtout catégories de personnes. Par exemple, les « humanitaires » en prennent plein la figure : « l'action humanitaire (') devient presque toujours un business fructueux, infiltré par les mafias et les escrocs prestataires de services » (p. 114). Je ne pense pas que ce type d'attaque diffamante soit le meilleur moyen pour aider à fonder une politique extérieure tenant compte du principe de réalité et pleinement responsable au regard des conséquences escomptées'
Autre point : si la plupart des analyses de l'auteur sont généralement argumentées et convaincantes (remarquable par exemple sur la déchéance de nationalité ' appendice 3, p. 172 sqq.), d'autres nous laissent sur notre faim. Par exemple, sur les « identités nationales », notion rejetée fermement par Y. Michaud. On peut chercher, « on ne [leur] trouvera jamais une base substantielle » (p. 49), dit-il, invoquant Locke et Hume. Mais, avec ou sans base substantielle, l'identité n'est-elle pas à la fois, et paradoxalement, l'un des fondements et la résultante d'un contrat global implicite, fait de valeurs communes et d'institutions plus ou moins formalisées, entre membres d'une communauté politique ? Parmi toutes les identités disponibles, la nationale n'est-elle pas l'une des plus importantes permettant de terminer la phrase initiée par « je suis » ?
Finalement, même si l'on peut faire la part des choses vis-à-vis d'un titre délibérément provocateur, affichant d'être « contre » la bienveillance, ne faudrait-il pas plus justement situer la place de la bienveillance dans la construction politique, et en particulier dans la formation des droits, plutôt que de la bannir définitivement ? Pensons, par exemple, à un thème qui émerge fortement ces dernières années, celui des droits des animaux et corolairement dans l'espace politique, des devoirs de l'homme envers les animaux. Une disposition telle que la bienveillance ou a minima l'empathie face à la souffrance animale n'est-elle pas de nature à contribuer à la construction de tels droits/devoirs ? Évidemment sans exclusive, en tenant compte d'autres aspects de la question, en mesurant l'ensemble des conséquences envisageables des attitudes proposées, mais en lui reconnaissant toutefois le rôle qui doit être le sien.
Au total, même si l'essai est à recommander pour sa hardiesse et sur bien des aspects, sa grande justesse, subsiste quand même, la lecture achevée, un sentiment mitigé.


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