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Contenu rédigé par Présence
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Présence
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Péchés Mignons, Tome 1
Péchés Mignons, Tome 1
par Arthur de Pins
Edition : Album
Prix : EUR 10,95

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Décomplexé et mignon, 27 août 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Péchés Mignons, Tome 1 (Album)
Il s'agit du premier tome d'une série de 4, indépendants les uns des autres. Il est paru initialement en 2006, entièrement réalisé par Arthur de Pins, scénario, gags, dessins, mise en couleurs. Ce créateur est également l'auteur des séries Zombillénium et La marche du crabe.

Ce tome est un recueil de 44 gags en 1 page au parfum érotique. Il met en scène un personnage appelé Athur que le lecteur peut ou non prendre comme un avatar papier de l'auteur. Arthur se retrouve dans des situations à caractère sexuel où il n'est pas toujours à son avantage. Pour commencer, il informe ses amis, un par un au fur et à mesure qu'il les croise, qu'il a une nouvelle copine et ils lui donnent tous un conseil différent pour la première nuit, autant de conseils irrémédiablement incompatibles entre eux. Dans le deuxième gag, il effectue une course à pied et gagne à la photo de fin grâce à l'élan donné par une spectatrice exhibitionniste.

De page en page, le lecteur peut assister à une nuit d'amour au cours de laquelle Arthur s'endort au grand dam de sa compagne d'un soir, à un boulot de maintenance pour les cabines d'essayage d'un magasin de sous-vêtements féminins, à l'indécision quant à s'offrir une passe avec une prostituée, au comportement étrange d'un personnage en peluche dans un parc d'attraction. Arthur se comporte parfois aussi en frustré, à harceler une femme en la suivant, à rêver d'une relation avec une passante, alors qu'il est attablé avec sa copine en train de lui parler, à fantasmer sur la femme en train de mener son entretien d'embauche, à tenter d'intéresser sa copine en se traçant un sudoku sur le ventre. Bien souvent, il se retrouve dans la position du loser, pas à la hauteur, lâché, humilié, et même dans la position du partenaire attaché sur un lit aux mains d'une dominatrice avec de l'expérience.

Ces histoires sont initialement parues dans le magazine Fluide Glacial, et cet album est paru dans la collection Fluide-G dont l'appellation évoque le fameux point Gräfenberg (aussi connu sous le nom de point G). Effectivement chaque gag se tient sur fond de relation sexuelle, soit évoquée, soit explicite. Arthur de Pins représente les corps dénudés, aussi bien masculin que féminin, sans hypocrisie, c’est-à-dire en montrant également les organes génitaux (seins, sexe), mais sans gros plan sur eux, sans cuisses largement écartées, sans sexe en érection, et sans gros plan sur la pénétration. D'un point de vue visuel, il s'agit donc plus d'un ouvrage à ranger dans la catégorie érotisme.

Dès la couverture, le lecteur comprend que l'approche graphique de l'artiste n'est pas celle du photoréalisme. Arthur est représenté avec une tête beaucoup plus grosse que la normale. Il se produit un étrange phénomène visuel parce que ce mode de représentation évoque celui de l'enfance, où les bambins ont tendance à dessiner des têtes plus grosses que le corps, donnant plus d'importance aux émotions et à la personnalité qu'au reste du corps. Cette impression est encore accentuée par les yeux qui occupent souvent plus d'un tiers du visage, à nouveau pour renforcer les émotions.

Une fois cette approche acceptée, le lecteur se rend compte que cette manière de dessiner en exagérant la proportion de la tête a pour effet de déplacer le point focal des dessins vers les individus, reléguant finalement leurs activités au second plan, y compris les rapports sexuels. C'est une façon très originale de s'éloigner des habitudes des BD érotiques ou même pornographiques, souvent obnubilées par la perfection esthétique des corps et la performance physique, voire recourant systématiquement aux clichés de sexes masculins d'une taille telle qu'ils ne rentrent pas dans le slip, et par des tailles de bonnets de soutien-gorge qui conduisent à des douleurs dorsales de par leur poids et le déplacement du centre de gravité.

Effectivement, en découvrant les gags, le lecteur constate également qu'Arthur de Pins montre une prédilection pour une certaine morphologie féminine. Il ne semble pas obsédé par les poitrines, mais ses personnages féminins disposent bien de rondeurs très agréables à la vue. En fait elles apparaissent même potelées, avec des petits bras dodus, des cuisses très arrondies et un postérieur confortable (comme en atteste le dessin de couverture). Ce mode de représentation est indéniablement sexué, avec des seins formés, mais il évoque également une forme d'enfance, ou d'innocence. Le lecteur n'a pas l'impression de lire des fantasmes pédophiles, mais il se produit une forme de distanciation, et de dédramatisation. Cela induit que ces gags ne donnent jamais l'impression d'être malsains ou de mettre en scène des rapports de force sous-jacents dans lesquelles les femmes pourraient être assimilées à des victimes. Il n'y a pas de fantasme de domination, il n'y a pas d'affrontement. Le plus souvent ce sont les femmes qui tiennent la dragée haute à Arthur, qui ont la position dominante. Lorsque l'une d'elles se retrouve dans une position d'humiliation potentielle (une dame montrant ses fesses à cause d'un poisson d'avril collé qui lui remonte le bas de sa robe), le lecteur n'y voit que le gag visuel, sans volonté de dégrader l'individu.

Le lecteur s'immerge donc dans des gags de nature érotique, décomplexés et bon enfant. En outre la nudité féminine apparaît dans 22 gags sur 44, c’est-à-dire que ce n'est pas un dispositif systématique pour être sûr de retenir l'attention du lecteur mâle. Le plaisir des yeux n'est pas non plus réduit uniquement à celui lié à la nudité. Arthur de Pins est un artiste complet et le reste des images s'avère tout aussi intéressant. Au fil de ces pages, il représente de nombreux décors, toujours avec cette approche un peu acidulée, mais ce qui ne l'empêche pas de créer des endroits pleinement développés et concrets : tables dans différents bars et cafés, quelques lits, des cabines d'essayage, un trottoir avec une devanture fermée par un rideau métallique, des bureaux de travail, des immeubles parisiens, une scène de théâtre, une télécabine pendant la saison de ski, une salle de sport, une plage naturiste, un chemin de randonnée en pleine montagne, un parc où se déroule un cours de taï-chi, etc. Le lecteur peut également apprécier la diversité des tenues vestimentaires, la mise en couleurs acidulées, ou encore le travail de réflexion sur la façon de simplifier les formes sans perdre de leur pouvoir d'évocation (à nouveau une composante qui peut évoquer des illustrations pour enfant, mais avec une densité d'informations visuelles s'adressant à des adultes).

Le premier gag repose sur l'idée de la performance sexuelle, mais il ne s'agit pas d'une performance d'ordre athlétique, plutôt d'ordre psychologique. Arthur se demande comment s'y prendre cette première nuit. L'auteur utilise à plusieurs reprises le thème de l'insécurité masculine (légitime) pour faire rire. Il utilise également la manière dont les individus mâles pensent parfois avec ce qu'ils ont entre leurs jambes plutôt qu'avec leur vrai cerveau. Cela conduit Arthur à se fourrer dans des situations dont il ne ressort pas grandi. Ces gags mettent en avant la naïveté du mec, donnant ainsi le beau rôle à la nana. La situation est présentée de manière à mettre en évidence la bêtise du comportement d'Arthur, sans cruauté consciente de la part de sa copine du moment. De temps à autre, il arrive qu'Arthur soit à même de formuler une réflexion qui le mette à son avantage dans la relation, mais c'est loin d'être la majorité.

L'intégralité des gags repose sur l'éventualité ou la réalité d'une relation sexuelle entre Arthur et une belle demoiselle. Il s'agit de situations frivoles qui ne sous-entendent pas d'engament à moyen ou long terme. Systématiquement Arthur est attiré par le physique d'une femme, il n'est quasiment jamais question de la personnalité de l'un ou l'autre des 2 partenaires. La tonalité est à la gaudriole, pas à la comédie dramatique. Les histoires sont racontées du point de vue d'Arthur qui est le personnage récurrent, apparaissant dans toutes les pages. Cela n'empêche pas que ces dames aient une personnalité et qu'elles puissent prendre des initiatives, et régulièrement l'ascendant sur Arthur. Le thème central est donc celui de l'attraction physique qui conduit à des flirts plus ou moins heureux et à des aventures d'une nuit qui se passent plus ou moins bien.

Ce premier tome (sur 4) propose une approche du comique érotique tout à fait rafraîchissante. Arthur de Pins a choisi une approche graphique à l'opposé de la production habituelle, donnant un air mignon et inoffensif à ses personnages, ce qui dédramatise les relations et évite de tomber dans le racolage vulgaire et les anatomies stéréotypées. Il se tient également à l'écart de toute velléité dramatique, pour rester dans un registre humoristique léger et coquin. Les gags sont irrésistibles, avec une forme de gentillesse et de prévenance à l'opposé du sentiment de frustration ou de grossièreté qui peut être associé avec la galipette.


James Bond Volume 1: VARGR
James Bond Volume 1: VARGR
par Warren Ellis
Edition : Relié
Prix : EUR 18,69

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Une version de James Bond à échelle humaine, 27 août 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : James Bond Volume 1: VARGR (Relié)
Ce tome est le premier d'une série indépendante de toute autre. Il n'est pas nécessaire de disposer de connaissances préalables sur le personnage de James Bond, pour pouvoir l'apprécier. Il contient les épisodes 1 à 6, initialement parus en 2015/2016, écrits par Warren Ellis, dessinés et encrés par Jason Masters, avec une mise en couleurs de Guy Majors. La couverture du recueil a été réalisée par Masters, les couvertures des épisodes par Dom Reardon.

Comme dans tout bon James Bond qui se respecte, l'histoire commence par une scène muette de course-poursuite de 10 pages au terme de laquelle James Bond est révélé et l'ennemi est neutralisé. À Brixton, un trio de squatteurs teste une nouvelle drogue récréative qui semble avoir des effets secondaires sur la peau. De retour d'Helsinki, James Bond se rend dans les bureaux du MI6 à Vauxhall Cross, pour débriefer. Comme à son habitude, il flirte avec Moneypenny (la secrétaire) qui a du répondant. Puis il expose le résultat de sa mission à M. Ce dernier lui indique qu'il va devoir se charger d'une enquête jusqu'alors menée par 008, sur un trafic de drogue de synthèse en provenance de Berlin. Bond fait un petit tour à l'armurerie pour voir le quartier-maître (Quartermaster, surnommé Q) qui lui confie des balles de type G2R (projectile invasif).

Dès son arrivée à Berlin, Bond est pris en charge par Dharma Reach, une agente de la branche locale du MI6 qui commence à le chauffer dans le taxi qui les emmène. Dans l'agence, il fait connaissance du responsable Carney, et des agents Samira Dar & Godwin Soames. Ils le dirigent vers les laboratoires médicaux d'un certain Slaven Kurjak, un survivant d'un camp de concentration serbe.

Dans les années 2010, Warren Ellis initie plusieurs projets, certains sur des personnages existants, d'autres dont il est le détenteur des droits de propriété intellectuelle. Le lecteur a ainsi le plaisir de découvrir une nouvelle incarnation de Moon Knight (From the dead) et de Karnak (The flaw in all things) pour Marvel, de Supreme (Supreme: Blue Rose) pour Image Comics, de Blackcross pour le Projet SuperPouvoirs. Il plonge dans 2 séries indépendantes : Trees avec Jason Howard, et Injection avec Declan Shalvey. A priori, le lecteur ne sait pas trop ce qui a pu attirer ce scénariste dans ce personnage, d'autant qu'il doit composer avec la société qui gère cette propriété intellectuelle, c’est-à-dire un niveau de contrôle et d'ingérence supplémentaire.

Le connaisseur de James Bond est rassuré : les éléments principaux du mythe sont bien présents. Moneypenny est à son bureau, dans une version un peu différente de d'habitude, tout en préservant les courts échanges de flirt. M. est bien à son bureau, sarcastique comme il se doit sur les exploits et les méthodes très personnelles de l'agent 007. Le lecteur voit passer l'indispensable Q, et même Bill Tanner. Bond tient mordicus à conserver son Walther P99. Il n'y a pas beaucoup de gadgets technologiques, juste les projectiles invasifs, et les prothèses cybernétiques développées par les laboratoires Kurjak. Il y a bien une femme fatale, mais il n'y a pas de partie de jambes en l'air. James Bond est dépeint comme un vrai professionnel, un peu sarcastique, sérieux et efficace. Warren Ellis le présente comme un homme dur pour qui la fin justifie les moyens, avec une conviction morale de devoir mettre un terme aux individus qui imposent leur volonté par la force et pour qui la vie humaine des autres n'a pas de valeur. Il n'oublie le goût du personnage pour le bourbon et lui offre la possibilité de déguster un verre de Pappy van Winkle de 20 ans d'âge.

Les lecteurs habitués de Warren Ellis savent que ses scripts sont très exigeants pour les dessinateurs. Il leur réserve plusieurs séquences muettes ou quasi muettes dans lesquelles les images portent toute la narration. Jason Masters est mis à l'épreuve dès la séquence d'ouverture. Les films de James Bond ont habitué les spectateurs à des séquences pré générique toutes en action spectaculaire, dans des endroits originaux. Pour le coup, la bande dessinée ne peut pas rivaliser sur le même plan, et Ellis préfère une simple course poursuite. Ce premier contact avec les dessins de Jason Masters montre un artiste soucieux de donner corps aux environnements. Il dessine de manière réaliste, avec une approche photographique, sans pour autant noyer l'œil du lecteur dans un niveau de détail trop grand. Le lecteur peut voir l'aménagement urbain, les façades des bâtiments, les matériaux et les outils de chantier. Le dessinateur utilise des traits fins pour détourer les formes.

Le lecteur découvre donc un environnement réaliste et propre sur lui, avec des aplats de noir qui deviennent plus important lors de l'affrontement physique pour rendre compte de la brutalité des coups portés. La séquence d'ouverture commence par des plans éloignés, pour devenir de plus de plus serrés alors que Bond rattrape son ennemi. Effectivement, le scénariste a opté pour une ouverture très terre à terre et à échelle humaine. Masters raconte la séquence de manière claire et efficace, avec une bonne tension narrative, sans l'aide de mots pour attirer l'attention sur un détail, ou pour suppléer une faiblesse graphique.

Jason Masters représente des individus à la morphologie normale, sans musculature exagérée., avec des tenues vestimentaires ordinaires. Ses dessins participent à conserver une dimension réaliste au récit, sans verser dans l'aventure grand spectacle et les prouesses physiques impossibles. Il s'acquitte avec rigueur de ses recherches de référence pour montrer des quartiers ou des façades reconnaissables des différents endroits où se rend James Bond : Londres, Berlin, la Norvège. Tout du long, les décors sont détaillés, avec une forme de lissage. Par exemple dans un entrepôt, tous les cartons d'emballages ont exactement la même taille la même forme, et la même surface lisse et sans aspérité, sans même un marquage ou une étiquette. Le recours à des aplats de noir plus importants lors des combats physiques se répètent pour donner de la consistance à la violence.

De temps à autre, Jason Masters utilise l'infographie pour ajouter un effet différent. Il peut s'agir de la reprise d'une image sur un écran de tablette, inséré par infographie, ou des dégâts causés par un projectile intrusif dans le corps d'un ennemi (sous la forme d'une radiographie). Le lecteur peut regretter l'apparence un peu aseptisée des dessins (sauf pour les blessures par balle ou par un objet contondant). En revanche il admire la rigueur et la lisibilité de la narration graphique. Non seulement chaque séquence se lit toute seule, sans difficulté de compréhension, mais en plus chaque séquence muette (il y en a au moins une par épisode) se montre à la hauteur du scénariste, sans tomber dans le cliché visuel, sans jouer sur l'image qui épate (mais en restant dans l'objectif de raconter en montrant).

Warren Ellis propose donc une aventure sur fond d'espionnage. Le lecteur retrouve bien cette forme d'espionnage propre à James Bond : un soupçon de géopolitique, un criminel avec des visées qui provoquent de nombreuses pertes en vie humaine, des séquences d'action bien conçue (par opposition à un simple enchaînement de postures sans logique de déplacement). James Bond est amené à se déplacer à plusieurs endroits du globe. Il fait travailler ses méninges autant que ses poings. À l'évidence, le scénariste a pris le parti de jouer sur un autre terrain que la version cinématographique. Il se tient à l'écart des femmes fatales, des gadgets technologiques qui en mettent plein la vue et des scènes d'action à grand spectacle. Il s'attache à imaginer une motivation solide pour le criminel et à créer des opposants originaux pour Bond.

Le tome se termine avec la reproduction de toutes les 22 couvertures alternatives, réalisées par Glenn Fabry, Franceso Francavilla (* 3), Gabriel Hardman (* 3), Jock, Stephen Mooney, Dan Panosian (* 2), Jason masters, Joe Jusko, Aaron Campbell (* 3), Timothy Lim, Dennis Calero (* 3), Robert Hack, Ben Oliver.

Avec cette histoire, Warren Ellis et Jason Masters racontent un bon thriller, rapide et efficace, en conservant une dimension humaine et réalise aux séquences d'action. James Bond apparaît comme un professionnel un peu froid, à la détermination sans faille, un outil efficace pour le MI6. Les auteurs ne se livrent pas une relecture du personnage, encore moins à une déconstruction du genre. 4 étoiles pour un récit plaisant auquel il manque peut-être un peu d'ambition.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Aug 27, 2016 11:01 PM MEST


Biankha, Tome 1 : Princesse d'Egypte
Biankha, Tome 1 : Princesse d'Egypte
par Pat Mills
Edition : Album
Prix : EUR 14,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5 Bon départ, pas d'arrivée, 26 août 2016
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Biankha, Tome 1 : Princesse d'Egypte (Album)
Ce tome est le premier d'une série indépendante de toute. Il s'agit d'une bande dessinée en couleurs, de 46 pages, dont le tome 2 n'est jamais sorti. Elle a été initialement publiée en 2006, coécrites par Pat Mills & Biljana Ruzicanin, dessinée et mise en couleurs par Cinzia di Felice, et traduite par François Peneaud.

Au moyen âge, dans un monastère en Écosse, le jeune frère Eamon est l'un des copistes attelés à la tâche de calligraphier des livres. La salle est surveillée par frère Salomon. L'esprit de frère Eanon divague. Il rêvasse à une ancienne princesse égyptienne, appelée Bi-Ankh-A, fille du pharaon Akhenaton et de la reine Néfertiti, la plus belle femme du monde. Il pense au fait qu'après bien des aventures, elle a amené en Écosse la Pierre de la Destinée. Il se rappelle qu'elle était aussi connue sous le nom de Scota et que les chroniques affirment que l'Écosse fut nommée d'après elle. Mais il se fait surprendre dans sa rêverie par frère Salomon qui l'envoie prendre une douche froide (enfin surtout un seau d'eau glacé) et revêtir une haire, puis aller prier devant une statue de la Vierge. Durant la nuit, Eanon est visité par Biankha qui propose lui de raconter son histoire.

En 1338 avant notre ère, Biankha et son amie Téphie doivent se rendre dans la salle d'audience, car Néfertiti s'apprête à recevoir un dignitaire scythe et son armée. Alors que Téphie vient de sortir de la chambre de Biankha, celle-ci est emmené par la déesse Thouéris dans le royaume des dieux, pour voir le cœur de son père pesé dans la balance d'Anubis. Elle revient dans la chambre d'audience, juste à temps pour l'arrivée du barbare scythe qu'elle remet à sa place avec un coup bien placé. Elle peut enfin aller avertir son père du courroux des dieux, parce qu'il continue à vénérer l'Aton (un dieu unique) en lieu et place d'Osiris et des autres.

Pat Mills est un scénariste très prolifique en Angleterre, auteur de séries comme La grande guerre de Charlie (10 tomes avec Joe Colquhoun), Sláine, ABC Warriors, Marshal Law (avec Kevin O'Neill), ou encore Savage (avec Charlie Adlard). En 1995, il a commencé à travailler pour le marché français avec la série Sha (avec Olivier Ledroit), puis avec d'autres séries originales comme Requiem, chevalier vampire. En 2005, il lance une autre série spécifique au marché français : Broz (2 tomes avec Ardian Smith). Puis arrive Biankha qui n'aura droit qu'à un seul tome.

En ouvrant ce tome, le lecteur a donc conscience qu'il s'agit avant tout d'une curiosité. Il en a la confirmation quand il découvre sur la page de titre (après la couverture) que Pat Mills est associé à un coscénariste (Biljana Ruzicanin) qui n'est même pas mentionné sur la couverture. Cinzia di Felice est un dessinateur qui a réalisé d'autres bandes dessinées, comme par exemple La fontaine dans le ciel. L'ouverture décontenance le lecteur qui ne s'attendait pas à commencer en Écosse. Il est possible d'y voir un clin d'œil malicieux de Pat Mills, pour accrocher d'éventuels lecteurs anglais à l'occasion d'une possible traduction en anglais. Ce jeune moinillon Eanon ne reviendra que le temps d'une page (page 25), tout le reste du récit étant consacré à la vie de Biankha, sachant qu'elle est présente dans toutes les scènes. Très vite, le lecteur découvre qu'il s'agit d'une aventure durant l'Égypte antique, mettant en scène un trio de jeunes amis : Biankha, son amie Téphie, et Armée (c'est son prénom) le scythe. Pharaon va à la rencontre de son sort, et le trio se retrouve à chercher un mystérieux magicien dénommé Androgyne, devant leur donner des indications sur la route à prendre.

Comme attendu dans ce genre de récit, le trio est plus ou moins bien assorti, et se chamaille, en se lançant quelques piques, tout en se défendant les uns les autres quand le danger apparaît. Armée fait preuve d'une grande habileté à l'épée, mais Biankha ne s'en laisse pas conter et elle arrive très bien à se défendre par elle-même, une véritable héroïne, et pas un faire-valoir déguisé. Dans un premier temps, le lecteur découvre une partie du panthéon des dieux égyptiens (lors de la pesée du cœur d'Akhenaton), et 2 zones du palais de Pharaon. Dans la deuxième moitié de l'aventure, le trio se retrouve en Crète en 1336 avant notre ère, à la recherche de l'Androgyne, à se battre contre des créatures surnaturelles comme les Chutistes ou les Dracos. Il s'agit d'une forme d'aventure plus classique, qui malheureusement se termine sur un moment dont le suspense ne sera jamais résolu.

À l'issue de ces 46 pages, le lecteur se dit qu'il a eu droit une aventure assez dense (même si inachevée), avec quelques éléments originaux. Il y a bien sûr l'idée de départ de lier le destin de cette princesse égyptienne à l'histoire de l'Écosse, avec la mention du nom de Scota. Il y a la mention d'Akhenaton, le dixième pharaon de la dix-huitième dynastie, et sa volonté d'imposer Rê-Horakhty comme dieu unique, d'initier un mouvement d'évolution théologique. Le lecteur peut être sensible à ce choix historique, mais il peut aussi tiquer quand Aton évoque le pouvoir de ceux aux nombreux angles, semblant indiquer que si elle avait continué, cette série aurait été piocher une partie de son inspiration du côté d'Howard Phillips Lovecraft. Biankha ne se contente pas d'en appeler aux principaux dieux du panthéon égyptien, les auteurs ont pris soin d'aller chercher un peu plus loin que l'évidence avec Atoum, Shou, Tefnout, Geb, ou encore Nephtys.

Au détour d'une scène, les auteurs évoquent le sort d'une réfugiée, sans complaisance ni simplisme. Enfin, le lecteur est assez sensible aux efforts déployés pour établir une héroïne forte et intelligente, sans succomber à la tentation d'en faire une victime. L'on voit bien également que l'artiste se retient (de manière assez convaincante) de trop sexualiser Biankha. La couverture donne une bonne idée de la tenue qu'elle porte au long de ce tome : une longue tunique de lin blanc qui lui découvre les épaules, avec un décolleté plongeant. Dans les pages intérieures, ses bracelets sont moins ouvragés et moins nombreux et sa chevelure n'est pas toujours parée d'ornements si complexes. Sa tunique n'est pas transparente et elle descend plus bas sur les hanches qu'elle ne le fait sur la couverture. Sa poitrine est de taille normale pour une jeune femme de cet âge et de cette corpulence. Téphie est majoritairement vêtue d'un bikini, avec un pagne ensuite qui dévoile beaucoup plus de peau que Biankha. Néanmoins la sexualité n'est évoquée qu'une seule fois, quand Armée souhaite lutiner Téphie, mais sans nudité.

L'artiste se sert de la mise en couleurs bien évidement pour rendre compte des couleurs de chaque élément, mais aussi pour leur ajouter un peu de volume, avec un effet discret de coup de pinceau, sans pour autant chercher à donner une impression de peinture à grand trait. Les personnages ont une morphologie à peu près normale, à l'exception de la musculature sculptée d'Armée. Les vêtements s'inspirent de ce que l'on sait des 2 époques concernées. Il adopte une mise en page d'une densité variable de 4 à 16 cases, en fonction du rythme qu'il souhaite donner à la lecture, et de la quantité d'informations visuelles que requiert le scénario.

L'artiste privilégie les prises de vue majoritairement centrées sur les personnages, mais ce n'est pas pour autant qu'il s'affranchit de dessiner les arrière-plans. Dans la séquence d'ouverture, le lecteur peut contempler le sol en pierre du scriptorium, les pupitres et les chaises ou tabourets des moines copistes, les fenêtres étroites et les rayonnages chargés d'ouvrages. La chambre de la princesse est richement décorée, avec des motifs peints sur les murs, des moulures, des voilages, un coffre en osier finement ouvragé une coupelle de fruit, une coupe de fleurs. Le hall des dieux bénéficie d'une architecture spécifique avec d'imposants piliers et bien sûr des hiéroglyphes sur les murs. La taverne en Crète est correctement meublée, même s'il n'y a pas beaucoup de détails. Les navires égyptiens sont superbes. Cinzia di Felice utilise donc une approche descriptive, avec un bon niveau de détails. Les séquences d'action sont pleines de mouvement, entraînant l'œil du lecteur dans un rythme soutenu et plein de rebondissements.

Ce premier tome laisse un goût d'inachevé et rétrospectivement n'est susceptible d'intéresser que les lecteurs complétistes admirant l'œuvre de Pat Mills ou de Cinzia di Felice. Cette aventure se laisse lire avec un certain plaisir, mais s'achève sans avoir réalisé son potentiel. Les auteurs introduisent et développent une situation intrigante devant mener à terme jusqu'en Écosse. Malheureusement, le manque d'intérêt pour cet série a conduit à son arrêt prématuré, sans espoir de reprise.


The New Deal
The New Deal
par Jonathan Case
Edition : Relié
Prix : EUR 16,04

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 L'affaire du collier… de chien, 26 août 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : The New Deal (Relié)
Ce tome contient une histoire complète et indépendante de toute autre. Elle est parue directement sous la forme d'un récit complet en 2015, sans prépublication. Elle est l'œuvre de Jonathan Case, un auteur complet : scénario, dessins, encrage, mise en œuvre d'une unique couleur bleu-gris par le biais de lavis. Il est également le dessinateur de Green River killer, et l'auteur complet de Dear creature.

L'histoire se déroule à New York en 1936. Frank O'Malley est un garçon d'ascenseur au Waldorf Astoria. Il distribue des tracts dans la rue pour promouvoir une représentation de Macbetth de Shakespeare, interprétée par des afro-américains. Il conseille à son oncle Pack d'être moins agressif envers les passants lorsqu'il essaye de leur vendre des pommes à l'unité, (6 cents la pomme). Lorsque l'heure est venue, il se rend à son travail au Waldorf où il croise Gil (un autre garçon d'ascenseur) qui lui reproche d'être en retard. O'Malley commence par prendre en charge les bagages de 2 hommes d'affaire qui ont retenu une chambre au dernier étage. Le grand bond ne lui donne pas de pourboire, mais lui demande d'aller faire le plein de son étui à cigarettes, avec des Chesterfield.

En se rendant au buraliste de l'hôtel, O'Malley aperçoit une porte de chambre ouverte, avec un coffre à bijoux ouvert bien en évidence. La tentation est trop forte, mais il se fait surprendre par Theresa Harris (une femme de ménage de couleur) qui lui intime de tout laisser en ordre. En redescendant, il a la mauvaise surprise de voir que Jack Helmer est de retour pour prendre une chambre à l'hôtel. Il lui doit encore 400 dollars perdus au poker. Helmer le repère immédiatement. Un peu plus tard, O'Malley aide une cliente magnifique (Nina Booth) à amener ses bagages jusqu'à sa chambre.

L'éditeur Dark Horse entretient une ligne de comics originaux, favorisant des créateurs indépendants. La curiosité du lecteur est donc éveillée par chaque ouvrage de cette collection, d'autant plus qu'il en parait assez peu. En feuilletant rapidement cette bande dessinée, le lecteur apprécie le dessin naturaliste sans être chargé, le parti pris de se restreindre à une seule couleur, et des images descriptives, sans être photographiques.

L'auteur a choisi de raconter une sorte d'aventure, de type réaliste : un vol dans un grand hôtel. L'enquête est menée hors champ du récit, ce dernier se focalisant d'abord sur Frank O'Malley, puis sur Theresa Harris. Le premier est un jeune homme appartenant au prolétariat, devant se soumettre aux exigences des clients qui le considèrent comme un larbin. Il présente un caractère enjoué, agréable avec Theresa, plein d'entrain. Sans qu'il soit besoin d'explication ou de longue exposition, le lecteur comprend que son statut d'employé est révocable à la première plainte, et qu'il ne doit pas toucher lourd. C'est un jeune homme sympathique qui génère immédiatement de l'empathie, malgré son inclination à être tenté par un petit larcin.

Le premier rôle féminin suscite encore plus la sympathie. Comme pour O'Malley, le lecteur n'apprend rien sur son histoire personnelle, juste sa situation présente : employée de couleurs à une tâche subalterne dans un grand hôtel, soumise au racisme quotidien et banal. Elle aussi joue son emploi à chaque remarque d'un client. Dans son temps libre, elle est actrice de théâtre dans une troupe amateur appelée Mercury Theatre et dirigée par un jeune Orson Welles (authentique) qui monte une représentation de Macbeth.

Le lecteur un peu curieux apprécie la qualité des références historiques discrètes qui parsèment le récit. Orson Welles a effectivement dirigé cette troupe de théâtre pour monter ladite pièce dans une version avec une distribution entièrement afro-américaine (appelée Vaudou Macbeth), et la mise en scène a servi de base pour son adaptation cinématographique Macbeth de 1948. Il apparait Canada Lee, un véritable acteur de l'époque, défenseur des droits des noirs américains. Jonathan Case met également en scène le racisme ordinaire de l'époque, sans misérabilisme.

Le temps investi pour les recherches se voit également dans les dessins. Le regard du lecteur s'attarde sur les tenues vestimentaires d'époque, sur les accessoires tels que les valises ou les malles de voyage, ou encore sur les modèles de voiture. Jonathan Case ne joue pas la surenchère en termes d'éléments d'époque authentique. Il privilégie des dessins lisibles, tout en maintenant une densité d'informations visuelles satisfaisante. Il simplifie les traits des visages pour les rendre plus expressifs, sans qu'ils n'en deviennent caricaturaux. Il n'y a que pour les tenues de Nina Booth qu'il se lâche un peu plus dans la fantaisie, en cohérence avec le caractère gentiment direct de cette femme. Il soigne également ses différentes coiffures.

Jonathan Case commence son récit sur une base de 5 ou 4 cases par page, pour finir sur une base de 4 ou 3 cases par page. Ce nombre relativement limité de cases par page donne une narration aérée et concise, ce qui lui permet d'intégrer un bon nombre d'informations visuelles par case sans donner l'impression de gaver son lecteur. L'artiste rend chaque scène vivante que ce soit par une alternance de cadrages et un langage corporel approprié pendant les dialogues, ou par des mouvements réalistes et vifs lors des séquences d'action. Le lecteur éprouve l'impression de voir évoluer des individus normaux et plausibles, sans capacité physique extraordinaire, sans comportement aberrant.

Le lecteur se laisse donc porter par ces dessins agréables, cette ambiance rétro consistante et vraisemblable, et ce jeune homme plein d'allant, éprouvant un béguin pour Theresa, sans aucune arrière-pensée sur la différence de leur couleur de peau. Le scénariste développe une intrigue concrète et consistante. Il y a donc un vol de bijou (un collier de chien avec des pierres précieuses a été dérobé dans l'hôtel). Il s'en suit une enquête, avec intervention de la police dans l'hôtel, interrogation du petit personnel, à commencer par la femme de chambre noire (Theresa). Mais l'histoire n'est pas racontée du point de vue de la police, elle l'est du point de vue de Frank O'Malley et de Theresa Harris. L'auteur reste dans un registre réaliste, sans intervention du surnaturel, sans exploits physiques spectaculaires. Il n'y a qu'un autre vol réalisé d'une manière qui sort de l'ordinaire, sans trop tirer sur la corde de la suspension consentie d'incrédulité.

Le récit repose donc sur un double suspense : celui de l'identité du voleur, et celui de savoir comment O'Malley et Harris pourront éviter de prendre à la place du véritable coupable. En filigrane, Jonathan Case dépeint également la société de l'époque, par petites touches, sans prétendre à l'exhaustivité, sans transformer son récit en analyse sociologique, encore moins en pamphlet. Il montre la condescendance qui pèse sur Theresa Harris du fait du couleur de sa peau. Ça va de la répugnance raciste de madame Pendleton (la propriétaire du chien dont on a volé le collier précieux) aux a priori ordinaires envers cette citoyenne de seconde classe. Il faut que le lecteur ait en tête l'existence du racisme pour qu'il le reconnaisse dans certaines réactions ou certains comportements. Le scénariste ne matraque par le thème. Il montre également la condition du prolétariat, la manière dont Frank O'Malley et Theresa Harris sont prisonniers d'un système de classe, sans espoir de profiter des opportunités qu'offrent le capitalisme à l'américaine. Ils sont nés pauvres. Ils sont partis pour trimer toute leur vie avec un salaire minimum, sans espoir de progression sociale. Il est évident qu'ils ne deviendront jamais des clients du Waldorf Astoria. À nouveau, le lecteur le constate par leur quotidien, sans que le scénariste ne l'explique ou ne l'expose.

Le titre du récit renvoie à la politique interventionniste menée par le président américain Franklin Delano Roosevelt de 1933 à 1938, pour lutter contre les effets de la Grande Dépression aux États-Unis. Dans la première séquence, le lecteur peut voir la rémanence des effets de la Grande Dépression, dans le petit boulot exercé par l'oncle Pack : vendeur de pomme à l'unité sur un coin de trottoir. Par contre, le récit n'évoque pas nommément la politique du New Deal, ni n'en montre les effets. Le plafond de verre est bien présent, et l'ascension sociale du prolétariat n'est pas au programme. Le titre renvoie donc plutôt au changement de situation des 2 principaux protagonistes apporté par le dénouement.

À la fin du tome, le lecteur constate qu'il a passé un très agréable moment de lecture. Les dessins sont très agréables à l'œil, tout en restant à destination des adultes. Le récit se déroule à bonne allure sans être épileptique. Les personnages sont sympathiques et humains. La narration est assez légère, sans être superficielle car elle évoque en creux une réalité sociale et historique. 4 étoiles pour un récit peut-être pas tout à fait assez ambitieux. 5 étoiles pour un récit intelligent et sans prétention.


La petite Bédéthèque des Savoirs - tome 5 - Le droit d'auteur. Un dispositif de protection des oeuvres.
La petite Bédéthèque des Savoirs - tome 5 - Le droit d'auteur. Un dispositif de protection des oeuvres.
par Fabrice Neaud
Edition : Album
Prix : EUR 10,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Discours rigoureux, illustré, 25 août 2016
Il s'agit d'une bande dessinée de 60 pages, en couleurs. Elle est initialement parue en 2016, écrite par Emmanuel Pierrat et dessinée par Fabrice Neaud, avec une mise en couleurs de Christian Lerolle. Elle fait partie de la collection intitulée la petite bédéthèque des savoirs, éditée par Le Lombard. Cette collection s'est fixée comme but d'explorer le champ des sciences humaines et de la non-fiction. Elle regroupe donc des bandes dessinées didactiques, associant un spécialiste à un dessinateur, en proscrivant la forme du récit de fiction. Il s'agit donc d'une entreprise de vulgarisation sous une forme qui se veut ludique.

Comme la collection l'indique, ainsi que son objectif, il s'agit d'une bande dessinée qui fait œuvre de vulgarisation sur le droit d'auteur. Elle se présente sous une forme assez petite, 13,9cm * 19,6cm. Elle commence par un texte introductif de David Vandermeulen de 7 pages, rappelant la nature de la Convention de Berne du 09 septembre 1886. Entre autres, il évoque également l'évolution de la réglementation en vigueur, les différences entre droit d'auteur à a française (et même à l'européenne) et copyright à l'américaine (et même à l'anglo-saxonne), ainsi que leur rapprochement récent.

La bande dessinée commence par expliquer à quoi s'applique le droit d'auteur (protéger des œuvres qui sortent du cerveau des artistes, écrivains, compositeurs et autres poètes), et rappelle son nom légal : droit de la propriété intellectuelle et artistique. Il établit la différence qui existe avec le droit des brevets, des marques, des dessins et modèles, ou encore des obtentions végétales. Il explique qu'une création doit être réalisée pour être protégée, qu'elle doit porter l'empreinte de la personnalité de son auteur, et a contrario les critères qui ne sont pas pertinents (comme sa destination). Il est également évoqué, le droit moral (respect de l'œuvre, droit de repentir, respect du nom, droit de divulgation) et le droit patrimonial, les possibilités de cessation des droits, les droits des bases de données, les sociétés de gestion collective, l'art des contrats, la rémunération, la contrefaçon, la valeur du droit d'auteur, l'uniformisation et la globalisation du droit d'auteur, Hadopi et le verrouillage, et le droit à la culture.

Emmanuel Pierrat est un grand avocat du Barreau de Paris, spécialiste du droit d'auteur, de l'édition et de l'image. Il est également l'auteur de nombreux ouvrages professionnel, vulgarisateurs ou autres comme Les symboles pour les Nuls, La justice pour les Nuls, Jean-Jacques Pauvert - L'éditeur en liberté, Paris, ville érotique. Il dispose donc d'un niveau élevé de maîtrise de son sujet. Le lecteur se rend également vite compte qu'il sait vulgariser son sujet avec pédagogie en donnant des exemples pour illustrer chaque point, chaque enjeu. Dès la page 15 de l'ouvrage (soit la page 3 de la bande dessinée proprement dite), l'auteur établit clairement la distinction entre une œuvre qui bénéficie de la protection du droit d'auteur, et d'une idée non concrétisée qui est de libre parcours et qui ne peut pas être déposée. À la simple lecture des 2 cases concernées, le lecteur pressent l'importance de cette distinction en termes de propriété et d'éventuelle contestation de paternité.

Le lecteur découvre alors un ouvrage de vulgarisation, rendu ludique par le format de la bande dessinée. Il ne s'agit pas d'un cours de droit, mais d'explication très didactique, dans un langage de profane, avec un souci constant de rester à un niveau compréhensible, et d'expliquer par l'exemple. Ainsi l'auteur prend le temps (une dizaine de pages) de citer ce qui peut relever du droit d'auteur : des livres et des œuvres d'art bien sûr, mais aussi de la musique (sur la base de 3 critères qui sont le rythme, l'harmonie et la mélodie), et des éléments peut-être moins évidents comme des noms de personnages, des sermons, des pantomimes, des jeux vidéo, des cartes géographiques, et pourquoi pas des pliages de serviettes. Par le truchement et l'abondance de ces exemples, le lecteur acquiert la notion de la variété des productions de l'esprit pouvant bénéficier de la protection générée par le droit d'auteur.

Après un petit détour pour faire apparaître la complexité de qui doit percevoir les droits pour des éléments folkloriques (chants traditionnels, motifs et tissus, contes et légendes), l'exposé évoque rapidement l'historique de la notion de droit d'auteur, en parlant de contrefaçons, mais aussi de Beaumarchais devant payer pour sa boisson, alors qu'une de ses pièces était jouée dans l'établissement sans qu'il n'en perçoive de juste rétribution. Il ne faut pas cligner de l'œil, car la présence de Victor Hugo sur la couverture est expliquée le temps d'une case. Cette courte partie s'achève sur la question de l'application du droit d'auteur à l'échelle mondiale, et de sa différence avec le système de copyright. Le lecteur a ainsi partagé le sentiment légitime de l'auteur à être rémunéré pour sa production et à disposer d'un droit de regard sur l'usage qui en est fait.

Emmanuel Pierrat peut ainsi passer aux 2 natures de protection assurée par le droit de la propriété littéraire et artistique : le doit patrimonial et la droit moral. Il établit également leur durée : 70 ans après la mort de l'auteur (durée après laquelle l'œuvre tombe dans le domaine public). À nouveau pour illustrer les 4 dimensions du droit moral (respect de l'œuvre, droit de repentir, respect du nom, droit de divulgation), il sait choisir des exemples parlants, comme Louis-Ferdinand Céline faisant usage de son droit de repentir pour retirer ses 3 pamphlets antisémites après la Libération, ou encore un nègre littéraire qui pourrait tout à fait exiger la mention de son nom sur la couverture (avec le risque de ne plus jamais retrouver de travail par la suite).

L'explication passe ensuite à l'usage qu'il peut être fait d'une œuvre protégée, celles qui doivent donner lieu à rétribution, et celles qui peuvent en être fait à titre gracieux. C'est avec cette deuxième utilisation qu'apparaît la notion de représentation privée et de cercle de famille, ainsi que de citation et d'analyse. L'auteur pointe du doigt un certain nombre de cas de figure complexes, par exemple lorsqu'une œuvre d'art est exposée dans un lieu public, où chaque passant peut prendre une photographie. Vient ensuite la question complexe également d'auteur, et de savoir qui reste propriétaire de ses droits et pour combien de temps, à nouveau avec les cas particuliers comme ceux des fonctionnaires dont toutes les productions deviennent propriété de l'administration dont ils dépendent.

Dans les chapitres suivants (les droits dits voisins, les droits des bases de données, les sociétés de gestion collective, l'art des contrats, la rémunération, la contrefaçon, la valeur du droit d'auteur, l'uniformisation et la globalisation du droit d'auteur, Hadopi et le verrouillage, et le droit à la culture), Emmanuel Pierrat fait preuve de la même pédagogie vulgarisatrice qui permet de comprendre facilement chaque principe, avec le même souci de l'exemple parlant, de l'exception difficile, et de donner une vision élargie, voire polémique en opposant droit d'auteur et accès à la culture pour tous. Le lecteur a donc l'impression de lire un texte bien construit et rigoureux, soucieux de rester à portée de son lecteur, avec des dessins plus ou moins pertinents. L'impression ressentie est que Fabrice Neaud a reçu le texte tout prêt et qu'il lui a fallu faire preuve d'une inventivité démesurée pour pouvoir ajouter des images à un tel discours, au point que régulièrement le lecteur se demande si les images sont nécessaires.

Cette remarque est bien sûr condescendante et d'une mauvaise foi totale. Pour commencer, il est vraisemblable que le lecteur ne se serait pas intéressé à ce thème, ou n'aurait pas eu le courage de franchir le pas si l'ouvrage n'avait pas été sous la forme d'une bande dessinée. Ensuite, Fabrice Neaud n'est pas un débutant puisqu'il a réalisé Journal (1), suivi de Journal (2) et Nu-Men. Enfin, il se prend de plein fouet le parti pris de la collection qui est de proposer des ouvrages de vulgarisation, ne s'appuyant pas sur une fiction (par opposition à la collection Sociorama, également lancée en 2016, par exemple Sociorama : la fabrique pornographique). Il doit donc illustrer des idées et un discours. En outre, la ligne éditoriale ou le choix d'Emmanuel Pierrat est de ne pas mettre en scène ce dernier en train de discourir. Il s'agit donc d'un exercice de mise en images particulièrement contraint et sortant des sentiers battus des récits d'aventure ou autre, qui constituent l'écrasante majorité de la production dans ce média.

En prenant un peu de recul, le lecteur observe que Fabrice Neaud met en œuvre plusieurs outils de narration spécifiques à la bande dessinée. Il utilise des personnages récurrents comme le Petit Chaperon Rouge et le Loup pour évoquer différentes relations et différentes situations de l'édition et de la diffusion. Il imagine une façon de représenter une idée créative de sorte à disposer de ce symbole tout du long de l'ouvrage, sans pour autant en faire un personnage. Il intègre des représentations de personnes célèbres pour donner plus de force à une idée : Victor Hugo comme défenseur du droit d'auteur, Karl Lagerfeld pour les créateurs de mode, Patrick Macnee (acteur interprétant John Steed, dans la série Chapeau Melon et bottes de cuir), Michel Sardou, Bill Gates, Michael Jackson, Arnold Schwarzenegger en Terminator, et d'autres encore. Il va également piocher dans l'éventail des symboles pour donner à voir les concepts évoqués dans le texte. Par exemple, il dessine la double hélice de l'ADN, en la superposant à la silhouette d'un être humain, et à celle d'une œuvre d'art, dans la même case, pour illustrer le concept d'empreinte de la personnalité de l'auteur.

Tout au long de ces 60 pages, l'artiste déploie un large arsenal d'éléments visuels pour dépasser la seule illustration du propos (dessiner ce que dit déjà le texte) et donner à voir le sens du propos par un exemple ou une représentation soit concrète, soit symbolique. L'amateur de comics pourra apprécier les superhéros Marvel choisis pour évoquer la famille des 4 droits moraux. Il arrive cependant que la phrase à illustrer soit fermée et ne demande aucun complément, ne permette aucun développement. Dans ces cas-là, l'artiste se retrouve à dessiner ou représenter ce que dit la phrase de manière littérale, sans rien apporter au texte, sans être d'une grande utilité.

La lecture de cet ouvrage s'avère plus ludique que celle d'une simple synthèse sur le sujet, grâce aux efforts réels déployés par Fabrice Neaud, même s'il lui arrive d'être redondant par rapport au texte. L'exposé d''Emmanuel Pierrat s'avère d'une rigueur qui n'a d'égale que son souci de rester intelligible et explicatif. 5 étoiles pour une explication parlante et éclairante du droit d'auteur dans ses spécificités, ses règles et ses applications. 4 étoiles pour un exposé exemplaire, avec une mise en bande dessinée parfois un peu gauche dans sa forme.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Aug 27, 2016 11:05 PM MEST


Sensation Comics Featuring Wonder Woman Vol. 3
Sensation Comics Featuring Wonder Woman Vol. 3
par Various
Edition : Broché
Prix : EUR 16,95

4.0 étoiles sur 5 Des visions différentes et parfois personnelles de Diana, 25 août 2016
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Sensation Comics Featuring Wonder Woman Vol. 3 (Broché)
Ce tome fait suite à Sensation comics featuring Wonder Woman 2 qu'il n'est pas nécessaire d'avoir lu avant. Une connaissance superficielle du personnage suffit pour apprécier les histoires contenues dans ce tome. Il comprend des épisodes initialement parus en 2015/2016, d'abord sous format dématérialisé, puis sous format papier. Il comprend 10 histoires indépendantes, réalisées par autant d'équipes créatrices différentes.

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- Vendetta (28 pages, scénario de Josh Elder, dessins de Jamal Igle, encrage de Juan Castro) - Wonder Woman est une ambassadrice des Nations Unies. Elle doit intervenir pour empêcher une guerre civile dans la République d'Itari. Les ethnies Uwange et Mbindi s'apprêtent à s'affronter. Wonder Woman s'assoit à la table des négociations pour servir de modératrice entre le président Dikembe N'Tansi et le chef du front de libération Jean-Pierre Ilongo. Malheureusement Ares a pris pied dans la région.

Bonjour, vous devez écrire une histoire sur Wonder Woman, vous avez 28 pages ! Josh Elder se concentre sur le cœur du personnage tel qu'il le perçoit : une origine trouvant ses racines dans la mythologie grecque et une femme qui est à la fois une guerrière et une ambassadrice de la paix. Il l'insère au milieu d'un processus de paix, dans un pays au bord de la guerre civile et il y a joute Arès pour un affrontement physique. Les dessins de Jamal Igle sont propres sur eux, descriptifs avec un petit niveau de simplification. Il montre une Wonder Woman avec un costume plus adapté aux combats que d'habitude, sans en trahir l'esprit.

L'histoire se lit facilement et est divertissante, mais le fond ressemble à une redite de plusieurs autres aventures, sans que la qualité graphique n'arrive à ajouter quelque chose au récit. 2 étoiles.

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- Return to Gaia (20 pages, scénario de Derek Fridolfs, dessins et encrage de Tom Fowler) - Sur Themyscira (l'île des Amazones), un volcan est en phase de réveil, causant des dégâts et des victimes dans la cité. En plus Diana doit affronter Pamela Isley (Poison Ivy) présente sur l'île. À elles deux, elles vont devoir combattre la source réelle de la menace.

Le lecteur constate tout de suite que le registre graphique est un peu différent, avec une apparence griffée plus personnelle. Il apprécie la surprise de l'armure végétale de Poison Ivy. Le récit commence avec un thème écologique qui sied bien à Poison Ivy et Wonder Woman, puis il se transforme en un combat physique sans grande originalité. 2 étoiles.

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- A moment of peace (10 pages, scénario de Matthew K. Manning, dessins de Georges Janty, encrage de Karl Story & Dexer Vines) - Batman et Wonder Woman viennent de triompher du Docteur Destiny. Mais ce dernier a eu le temps de faire des victimes. Batman envoie Wonder Woman se changer les idées dans un village en province.

Ce récit plus court repose sur une narration plus visuelle que les précédentes, les auteurs préférant montrer plutôt qu'expliquer. Georges Janty dispose des aplats de noirs plus consistants que les 2 précédents dessinateurs. L'encrage est plus fin. Les images surprennent plus avec une virée dans les bois, une petite ville et un affrontement rapide. Le scénariste a décidé de raconter une histoire s'appuyant moins sur la mythologie personnage, avec une conclusion des plus inattendues. Le thème n'est donc pas celui présupposé par le lecteur et le traitement du récit est original et de bonne facture. 4 étoiles.

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- Besties (30 pages, scénario de Barbara Randall Kessel, dessins d'Irene Koh, Emmma Vieceli, Laura Braga) - 3 jeunes filles s'entraînent à la course sur la plage elles se font dépasser par Wonder Woman qui s'entraîne également à la course. Elle fait demi-tour et revient parler avec elles en les exhortant à s'entraîner plus dur, en refusant de reconnaître qu'elle dispose d'un avantage sur elle. Leur conversation est interrompue par l'arrive de Super Woman (Lois Lane) qui attaque Wonder Woman.

Wonder Woman n'est pas qu'une superhéroïne, c'est aussi une femme, ce qui en fait un modèle à suivre pour les adolescentes. Barbara Randall Kessel choisit de développer son récit sur ce thème, d'une manière inattendue. Elle trouve un moyen pour que Diana reste un idéal inatteignable par le commun des mortels, tout en lui faisant dispenser des leçons de vie et de courage. La première partie fonctionne à merveille, comme un récit pour un jeune lectorat féminin, avec des dessins très simplifiés à destination d'enfants, et un discours ambitieux, sur le rôle d'un modèle et son importance même s'il place la barre trop haut.

Passé ce premier tiers, la scénariste fait intervenir une supercriminelle, et c'est parti pour un affrontement physique poussif, avec des dialogues manquant de conviction. Le lecteur en vient à regretter cette course à pied prosaïque sur la plage, et à compter les pages qui restent encore avant le dénouement. 5 étoiles pour le premier tiers, 2 étoiles pour la suite.

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- Nine days (30 pages, scénario de Karen Traviss, dessins d'Andres Guinaldo, encrage de Raul Fernandez & Dexter Vines) - Wonder Woman intervient pour négocier la paix, alors que 2 pays s'apprêtent à s'affronter sur leur frontière commune. Malheureusement la déesse Eris s'immisce dans ce conflit en faisant surgir du pétrole au niveau de la frontière.

Le lecteur est tout de suite emporté par des dessins beaucoup plus détaillés et précis, permettant de se projeter dans chaque environnement et de ressentir les flux d'énergie magique. La scénariste reprend le dispositif de départ : Diana comme ambassadrice de la paix et comme guerrière. Elle le développe avec plus de consistance et de finesse que Josh Elder dans la première histoire, en y intégrant mieux un mythe grecque, sans utiliser Arès, personnage tellement puissant qu'il en devient encombrant. 5 étoiles pour une version concise de Wonder Woman qui en respecte l'essence.

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- Both ends of the leash (10 pages, scénario, dessins et encrage de Carla Speed McNeil) - Dennis habite en Afrique du Sud et il a élevé un lionceau comme animal de compagnie. Celui-ci est devenu un lion adulte et Dennis l'affame pour l'affaiblir afin d'éviter qu'il n'agresse des personnes. Un beau jour, il découvre Wonder Woman blottie contre son lion.

Carla Speed McNeil (auteure d'une série indépendante très personnelle Finder) raconte une histoire de Wonder Woman à la dimension très humaine et restreinte. Le lecteur retrouve ses dessins un peu grossiers, manquant un peu de finesse, mais portant bien la narration de manière visuelle. L'auteure déjoue les attentes du lecteur avec une histoire courte (10 pages, l'équivalent d'une nouvelle) mettant en lumière comment le lien établi par une laisse peut s'avérer réciproque. Le discours n'est pas entièrement convainquant, mais l'histoire est très originale. 4 étoiles.

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- Our little dance (20 pages, scénario d'Adam Beechen, dessins de José-Luis Garcia-Lopez, encrage de Kevin Nowlan & Scott Hanna) - Cheetah (Debbi) a encore réussi à s'échapper et à faire des victimes à New York. Wonder Woman l'a capturée une nouvelle fois, mais elle doit assister à une audience où un avocat très remonté, s'interroge sur la bonne solution pour éviter que cela ne se reproduise et que d'innocents humains soient égorgés par Cheetah.

Le lecteur apprécie la possibilité de retrouver les dessins de José-Luis Garcia-Lopez, surtout avec une partie de l'encrage réalisé par Kevin Nowlan. Le dessinateur n'a rien perdu de l'influence de Neal Adams pour le dynamisme de ses compositions mettant en valeur la force et la grâce de Wonder Woman, sans qu'elle ne devienne un objet (même s'il a conservé les bottes à talon haut). Ses dessins sont chargés, avec un bon niveau de détails, et un petit degré de simplification.

L'histoire commence de manière ambitieuse, avec un avocat mettant en évidence les conséquences des destructions occasionnées par les combats en pleine ville, entre individus dotés de superpouvoirs, et mettant Diana devant les faits. Puis Chetetah parvient à se libérer et 6 pages d'affrontement physique s'en suivent. Le lecteur parvient à la fin de ce récit à la narration un académique assez dubitatif. Il lui faut un petit moment pour se rendre que l'auteur a conçu son récit de manière à mettre à l'épreuve les valeurs humanistes de Diana, ce qu'il parvient à faire de façon pas tout à fait gracieuse. 4 étoiles.

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- Echidna (20 pages, scénario de Caitlin Kittredge, dessins et encrage de Scott Hampton) - À Gotham, Echidna (une femme serpent) vient trouver Wonder Woman pour lui demander de l'aide car ses enfants ont été enlevés. Diana remonte la piste mais se retrouve au milieu d'une enquête de Batgirl dans laquelle Harley Quinn est impliquée car elle a enlevé une jeune fille, exigeant la remise d'une rançon pour la libérer.

Caitlin Kittredge raconte une histoire policière en plaçant Diana dans un rôle intermédiaire entre l'enquêtrice, et le personnage manipulé par les ceux qui tirent les ficelles. Les dessins de Scott Hampton sont éthérés comme à son habitude, avec une fibre gothique en harmonie avec le récit. La scénariste n'oublie pas quelques touches d'humour, en particulier quand Harley Quinn ironise sur le fait que le seul personnage à avoir anticipé le retournement de situation est une blonde. Il s'agit d'une histoire divertissante, un peu déstabilisante, originale, à la conclusion qui laisse songeur. 4 étoiles.

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- A day in our lives (10 pages, scénario, dessins, et encrage de Jason Badower) - Wonder Woman et Superman passent une journée ensemble, tuant dans l'œuf une agression militaire, détruisant un barrage, officiant dans un mariage. À la voir, Superman se demande pourquoi il perd du temps à être Clark Kent.

En seulement 10, cet auteur complet raconte une histoire de Wonder Woman avec un point de vue original, des actions inattendues (la destruction d'un barrage), et un souci de la beauté plastique des images. La relation avec Superman est bien utilisée pour mettre en évidence les valeurs sur la base desquelles l'une a choisi de vivre sans double identité, et l'autre a choisi de créer son double Clark Kent. 5 étoiles.

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- Island of lost souls (28 pages, scénario de Trina Robbins, dessins et encrage de Chris Gugliotti) - Cheetah (Barbara Minerva) se meurt faute de disposer d'un plant de baies, celles qui lui permettent de se transformer. Elle va demander l'aide de Wonder Woman, et elles se rendent ensemble (à bord de l'avion robot invisible) sur une île où se trouve le dernier plant de bais répertorié Elles y découvrent des êtres mi humains, mi animaux, ainsi qu'un certain docteur Herbert George.

Trina Robbins reprend la trame de L'île du docteur Moreau d'Herbert George Wells, transposée au temps présent, en confrontant Cheetah (humaine transformée en animal) aux animaux transformés en êtres humains. Les dessins sont à destination d'enfants, avec des formes très simplifiées et des couleurs vives. Le résultat est un bel hommage au personnage de Wonder Woman, respectant ses valeurs, pour une lecture divertissante. 4 étoiles.

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Le tome se termine avec les couvertures de Stéphane Roux, Emanuela Lupacchino, Giuseppe Camuncoli, Nei Ruffino, Jenny Frison, Doug Mahnke & Christian Alamy, Anna Dittmann.


PSYCHOLOGUES
PSYCHOLOGUES
par Collectif
Edition : Broché
Prix : EUR 25,90

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Le but n'est pas de faire avancer la connaissance, il est d'être au courant. - Serge Moscovici, 24 août 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : PSYCHOLOGUES (Broché)
Ce livre est initialement paru en 2012, sous le titre The Psychology Book. Il a été rédigé par 6 auteurs : Catherine Collin (psychologue clinicienne à Plymouth), Nigel Benson (professeur de philosophie et de psychologie), Joannah Ginsburg (psychologue clinicienne et journaliste américaine), Voula Grand (psychologue d'entreprise et romancière), Merrin Lazyan (écrivaine, éditrice et chanteuse classique américaine), et Marcus Weeks (écrivain, musicien et professeur de philosophie).

Cet ouvrage se présente comme les autres de la collection. Il commence par des petites phrases sur la couverture, pour attirer l'attention du lecteur potentiel. Les auteurs sont rapidement présentés en 2 phrases chacun, en 1 seule page. Le sommaire présente le découpage de l'ouvrage en 7 chapitres, avec la liste des psychologues retenus pour chacun, et la citation afférente. L'ouvrage passe en revue 102 psychologues. Le découpage en chapitre est le suivant : (1) les racines philosophiques, (2) le béhaviorisme, (3) la psychothérapie, (4) la psychologie cognitive, (5) la psychologie sociale, (6) la psychologie du développement, (7) la psychologie différentielle.

L'ouvrage entre dans le vif du sujet avec une introduction magistrale de 2 pages. Puis chaque chapitre se présente de la même manière. Il comprend une introduction de 2 pages, ornée d'une frise chronologique sur les parutions les plus significatives relatives à cette approche de la psychologie. Ensuite chaque psychologue a le droit à une entrée d'une longueur variant entre 1 page, 2 pages, 4 pages ou 6 pages. Chaque entrée comprend au moins un petit logo censé évoquer le concept de la pensée, une colonne relative au contexte (famille de l'approche, 2 ou 3 psychologues s'étant penché sur cette approche avant, et 2 autres après), une rubrique Voir Aussi (renvoyant à des entrées de l'ouvrage relatives à des psychologues connexes à la notion développée). Le titre est constitué de la citation, avec le nom et la dates de naissance (éventuellement de mort) du psychologue. Vient ensuite le texte exposant sa théorie, ornementé soit d'une autre citation, soit d'une photographie pour illustrer son propos. Pour les entrées de 2 pages ou plus longue, se trouvent également une courte biographie du psychologue, un schéma articulant son raisonnement, d'autres citations et éventuellement d'autres photographies.

L'ouvrage se termine avec un répertoire recensant 36 autres psychologues ayant contribué au développement de cette discipline, ainsi qu'un glossaire de 97 termes, un index et les crédits photographiques.

L'introduction de 4 pages résume très bien les a priori générés par la psychologie : nombre important de termes passés dans le langage courant, dans le quotidien culturel, beaucoup d'idées reçues, un doute entre l'image d'un quinquagénaire d'Europe Centrale, ou celle d'une gentille dame en blouse blanche dans un laboratoire, quelques noms emblématiques (Sigmund Freud, Carl Jung, Jacques Lacan, Abraham Maslow, Boris Cyrulnik, Françoise Dolto, Stanley Milgram, et peut-être quelques autres), mais de là à en aligner 102, c'est un exploit. Contrairement à l'ouvrage sur les philosophes, celui-ci n'adopte pas une approche chronologique. Cela découle de la période considérée qui s'avère assez courte (une centaine d'années, une fois passé le premier chapitre sur les racines philosophiques). Les auteurs ont donc choisi de répartir les différents psychologues par école, ou plutôt par approche, et après dans chaque catégorie de revenir à un ordre chronologique.

À la lecture, ce choix de répartir les praticiens, cliniciens et théoriciens prend tout son sens et permet au lecteur de se faire une idée de chaque approche, à la fois grâce à l'introduction de chaque chapitre, et à la fois par les concepts sous-jacents présents en filigrane dans les entrées d'un même chapitre. Comme dans les autres ouvrages de cette collection, le lecteur apprécie la composition rigoureuse de chaque entrée. La diversité des éléments (logo, citation, illustration, et éventuellement biographie et schéma) évite toute impression de texte massif et indigeste et permet au lecteur de papillonner s'il le souhaite. C’est-à-dire qu'il peut se lancer dans la lecture du texte principal, et faire des pauses pour absorber ce qu'il a lu en regardant un autre élément. Il a la possibilité d'établir des liens d'un psychologue à l'autre ou de retourner voir une autre entrée, grâce aux références internes présentes sur la page, et grâce à la chronologie des concepts. Le lecteur est également libre d'ignorer ces à-côtés, s'il préfère se concentrer sur la lecture du texte d'un seul tenant. La forme de chaque entrée lui donne une latitude d'organiser sa lecture, dans l'ordre qui lui sied (une forme participative de lecture très appréciable).

Le premier chapitre commence calmement avec quelques philosophes connus et d'autres moins, et des petites phrases assez gentilles, c’est-à-dire qu'elles ne semblent pas aller à l'encontre du bon sens ou des idées reçus. Le lecteur se familiarise avec la mise en page et peut ainsi établir sa stratégie de lecture, lire quelle partie avant quelle autre, ou milieu de quelle autre. Il remarque que certains psychologues ont droit à plus de pages que d'autres. Tout au long du tome, ceux qui sont jugés les plus importants ou dont les idées ont été les plus révolutionnaires ou ont constitué les plus grandes avancées bénéficie de plus de pages. Sont ainsi mis en avant avec des entrées de 6 pages William James (1842-1910), Burrhus Frederic Skinner (1904-1990), Sigmund Freud (1856-1939), Carl Rogers (1902-1987), Donald Broadbent (1926-1993), Stanley Milgram (1933-1984), Jean Piaget (1896-1980), et Gordon Allport (1897-1967). À l'évidence, un ouvrage, même aussi épais et bien conçu que celui-ci, doit faire des choix et établir des priorités. Le lecteur peut y voir un biais, ou un parti pris.

Néanmoins, les auteurs prennent bien soin de ne pas porter de jugement sur les théories qu'ils présentent. Par exemple, ils évoquent le mouvement antipsychiatrique, sans pour autant tourner en dérision les théories présentées dans le chapitre 2, qu'il s'agisse de celles de Sigmund Freud, ou des autres. Quand nécessaire, ils précisent quels autres psychologues sont revenus sur les théories énoncées par celui évoqué, et en quoi ils ont pu les remettre en question. Mais ils ne vont jamais jusqu'à en dénoncer une comme étant un tissu de bêtises ou un salmigondis fumeux. Ils respectent l'importance qu'il leur a été donné dans l'histoire de la psychologie.

Le lecteur se rend également compte que les courtes biographies sont trop synthétiques pour pouvoir se faire une réelle idée de leur parcours de formation ou des polémiques dont ils ont pu faire l'objet, ou encore de la manière dont ils ont pu convaincre de leurs idées. Par contre, c'est suffisant pour savoir d'où ils viennent, et de se rendre compte des difficultés qu'ils ont affronté au cours de leur vie personnelle (la plus terrible revenant à Robert Zajonc).

Par la suite, le découpage en chapitre permet de bien savoir à quelle approche chaque psychologue se rattache. Cette répartition permet également de se faire une idée du béhaviorisme, et de le rattacher à l'approche pragmatique américaine. Par comparaison, le lecteur retrouve l'approche plus théorique européenne, avec le cas très particulier du créateur de la psychanalyse, et le manque de preuve et même de démarche scientifique de cette approche. Comme dans les autres ouvrages de cette collection, la présentation quasi chronologique (pour chaque approche) permet non seulement de voir les théories évoluer et les liens entre les différents psychologues, mais aussi de découvrir d'où sortent certaines idées reçues par exemple sur l'éducation, ou sur la nécessité absolue de la présence de la mère aux côtés de son nourrisson pour lui assurer un développement en toute sérénité. Il est également éclairant de (re)voir Timothy Leary prôner l'usage du LSD.

À cette occasion, le lecteur peut aussi se rendre compte de l'impact de ces théories sur la société. En particulier, les différentes théories sur l'éducation impactent directement la manière d'enseigner dans les écoles (peut-être moins de bourrage de crâne et plus de participation). Les études sur le développement du nourrisson en fonction de la présence de sa mère façonnent aussi la manière de voir la cellule familiale, mais également la place de la femme dans la société (doit-elle rester à la maison, ou peut-elle aller travailler ?). Encore plus loin, les réflexions sur la cellule familiale ont des conséquences directes sur la possibilité d'envisager des couples homoparentaux ou non. De chapitre en chapitre, le lecteur ne peut que constater que les psychologues évoqués se répartissent majoritairement entre les États-Unis et l'Europe. En arrivant page 256, il découvre (ou retrouve) le point de vue d'Ignacio Martín-Baró qui pointe du doigt que la majorité des concepts développés le sont par des occidentaux pour des occidentaux, dans des pays qui sont en paix.

Décidément, l'introduction est d'une pertinence redoutable. Ayant remis en place ses idées sur le béhaviorisme et sur la psychanalyse, le lecteur peut s'aventurer dans des territoires plus récents. Le concept de la psychologie cognitive est expliqué avec soin et clarté, et le lecteur peut ainsi apprécier les différentes entrées. S'il a déjà été confronté à l'art issu du mouvement surréaliste, il ne peut qu'être soulagé quand Daniel Kahneman lui explique que ce n'est pas de sa faute s'il est constamment à la recherche de liens de causalité. Il découvre également les méthodologies d'expérience des psychologues. Par exemple, Donald Broadbent a testé ses idées sur des aiguilleurs du ciel pour se rendre compte qu'on ne peut écouter qu'une seule voix à la fois.

Mais en termes d'expérience, le meilleur ou le pire se trouve dans le chapitre suivant, avec la psychologie sociale. En (re)découvrant l'expérience de Stanley Milgram, puis celle de Philip Zimbardo, il en reste comme deux ronds de flan, et se dit qu'il doit absolument prolonger sa lecture avec Sociologues (les grandes idées tout simplement). David Rosenhan propose une expérience pour déterminer la pertinence des examens pour déterminer si un individu souffre de troubles mentaux ou non, avec un résultat catastrophique qui laisse sans voix.

Le lecteur tombe des nues en découvrant la phrase de Serge Moscovici : le but n'est pas de faire avancer la connaissance, il est d'être au courant. Après avoir lu les 2 pages qui lui sont consacrées, il en ressort convaincu. Même si les phrases choisies sont moins choquantes que celles du livre sur les philosophes, un certain nombre d'idées vont à l'encontre de l'intuition et il n'est pas sûr que le lecteur sera convaincu par toutes les théories exposées. Ainsi Noam Chomsky prétend que l'organe du langage se développe comme tout autre du corps humains, mais aussi qu'il s'agit d'une fonction acquise par hérédité. Si le principe est clairement exposé, la brièveté du texte (2 pages) est forcément réductrice de sa pensée et peut expliquer qu'elle apparaisse bizarre et pas entièrement convaincante. De même l'accumulation de théories finit par faire apparaître des points du vue qui ne sont pas complémentaires, par exemple sur les besoins ou les préoccupations de l'individu : la mort, la liberté, la solitude existentielle et l'absurdité pour Irvin Yalom, ou la survie, l'amour et l'appartenance, le pouvoir, la liberté, le divertissement pour William Glasser.

Il y a malgré tout quelques phrases décapantes. En déclarant que la principale tâche de l'homme est de se donner naissance à lui-même, Erich Fromm donne l'impression d'énoncer le principe de l'existentialisme de Jean-Paul Sartre. Eleanor E. Maccoby prend à rebrousse-poil le machisme en rappelant que les filles obtiennent de meilleures notes à l'école que les garçons. George Armitage Miller promeut le nombre magique sept plus ou moins deux, décontenançant le lecteur. J.P. Guilford le déstabilise en lui demandant de citer tous les usages que l'on peut faire d'un cure-dents.

Cet ouvrage sur les psychologues bénéficie d'une pédagogie exceptionnelle, et tient toutes ses promesses. Le lecteur découvre les différents courants de pensées, dans une organisation très claire. Il découvre de nombreux psychologues dont les théories ont eu des répercussions sur la vie de tous les jours. Il découvre également que les questions qu'il peut se poser à propos de son propre cerveau, de son flux de pensée, de ses sensations, de son sentiment de différence sont partagées par une grande partie de l'humanité, sans pour autant qu'il ne souffre de troubles mentaux. Il apprécie que cet ouvrage s'achève avec un chapitre sur la psychologie différentielle qui prend en compte la personnalité de l'individu en tant que tel, plutôt que de réduire son comportement aux caractéristiques d'une catégorie.


Grindhouse: Doors Open at Midnight Double Feature Volume 4
Grindhouse: Doors Open at Midnight Double Feature Volume 4
par Alex De Campi
Edition : Broché
Prix : EUR 16,76

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5 Des héroïnes qui en ont, 24 août 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Grindhouse: Doors Open at Midnight Double Feature Volume 4 (Broché)
Ce tome fait suite à Grindhouse: Doors Open at Midnight Double Feature 3 qu'il n'est pas nécessaire d'avoir lu avant. Il contient les épisodes 5 à 8 de la série Grindhouse: Drive in, bleed out, initialement parus en 2015, tous écrits par Alex de Campi. Il contient 2 histoires indépendantes.

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- Lady Danger (dessins et encrage de Mulele Jarvis, avec une mise en couleurs de Marissa Louise) - Rachelle est une agente très spéciale pour une organisation secrète œuvrant pour la paix dans le monde, plus petite et concurrente de la CIA. Elle est envoyée en mission en Chine par sa cheffe Angela, pour combattre le général Fong Ah-Chan. Là où il passe, les habitants ont tendance à mourir d'une maladie mystérieuse. L'affrontement se déroule plutôt bien. Mais par la suite la CIA importe le général sur le sol américain pour saboter l'organisation d'Angela.

Depuis le premier tome, le maître mot de ces récits est l'hommage. Ici il est tout d'abord question d'un hommage aux films d'espionnage de type James Bond, les gadgets en moins. Le lecteur a très vite la puce à l'oreille quand les brèves cellules de narration indiquent que quand des américains sont en danger dans un pays étranger, le président n'envoie plus l'armée, mais une femme noire. Sans relever vraiment de la blaxploitation, ce récit s'inscrit dans le courant de cinéma ethnique, exhortant la fierté d'être afro-américain. La deuxième partie du récit montre qu'il s'agit plus d'une fierté d'appartenir à un quartier (ou un pâté d'immeubles) et de le défendre en tribu ou en clan. C'est ainsi que lors d'une bataille rangée, le lecteur voit passer tout un tas de gangs parodiques : des nubiennes, des juifs séfarades, des premiers prix de beauté, et des asiatiques.

Ce n'est pas la seule forme de parodie. Le général est par exemple entouré d'un groupe de jeunes femmes en bikini maniant l'uzi avec précision. Angela (la cheffe de Rachelle) s'avère être elle aussi une experte en combat à main nue. Même si le ton est parodique, la scénariste n'oublie pas de raconter une histoire, avec une surprise puisque le personnage principal est neutralisé en milieu de récit. L'intrigue est quand même très linéaire et constitue essentiellement un prétexte pour évoquer la vie de quartier, avec une amourette en trame de fond, et des relations entre individus habitant au même endroit.

Mulele Jarvis réalise des dessins descriptifs, avec une part d'exagération. Il utilise des traits à peu près réguliers pour détourer les formes, pas toujours jointifs, comme s'ils avaient été tracés d'un coup, l'un après à l'autre. La densité d'informations visuelle par case est satisfaisante, sans être très élevée. Chaque personnage dispose d'un visage spécifique, lui aussi tracé à grands traits. Les visages sont expressifs, même si les expressions sont parfois un peu exagérées pour un effet comique ou parodique. L'artiste ne recherche pas une forme de beauté plastique bien léchée, préférant une forme de spontanéité.

Les décors et les environnements sont représentés avec un degré de simplification significatif. Lors de l'intervention de Rachelle sur une grande plaine herbeuse, le lecteur ne peut pas en détailler la géométrie et ne peut qu'émettre une supposition sur les fleurs rouges présentes, sans pouvoir les reconnaître par leur forme. Lors des séquences urbaines, le lecteur devine vaguement les immeubles en arrière-plan, mais sans détail de façade, encore moins avec la possibilité d'identifier un quartier. De la même manière, les intérieurs sont dégrossis rapidement, avec quelques éléments d'ameublement, mais sans beaucoup de détails. Par contre, le trait du dessinateur est très vivant, transcrivant bien les mouvements, avec la pointe d'exagération bienvenue pour être en phase avec ce récit de nature parodique.

Ce premier récit du recueil constitue une histoire complète, mettant en scène une héroïne plutôt jeune, afro-américaine. C'est l'occasion pour Alex de Campi de pasticher les films qui visent un public ethnique bien ciblé, sans pour autant adopter un discours militant. Elle se contente de montrer une héroïne féminine noire, damant le pion à un méchant jaune d'opérette. Les dessins portent la narration de manière professionnelle, avec quelques pointes d'humour visuel, et le degré d'exagération requis par cette histoire parodique. Au final, le lecteur aura souri à plusieurs reprises, mais l'absence de fond du récit en fait une histoire aussi vite lue, aussi vite oubliée. 3 étoiles.

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- Nebulina (dessins et encrage de John Lucas, mise en couleurs de Ryan Hill) - Britt et Veronica sont deux cosmonautes, chargées d'explorer les mers de Saturne pour y trouver de la vie. Alors qu'elles sont sorties sur cette Lune de Saturne, elles sont attaquées par ce qui ressemble à des tentacules et transportées dans un vaisseau spatial. Ce dernier est occupé par des créatures qui ressemblent à des anges idéalisés : un corps d'homme musclé et glabre, sans organe sexuel, avec une paire d'ailes. Elles arrivent nues comme des vers à l'intérieur du vaisseau. Veronica sollicite un vêtement et elle en obtient un très révélateur. Ils leur expliquent ce qu'ils attendent d'elles : s'accoupler entre elles pour produire un niveau d'excitation sexuelle qui déclenche la fécondité de la déesse Kim installée au cœur du vaisseau. Ainsi elle pourra repeupler des planètes désertées. La championne de la jouissance du vaisseau ne l'entend pas de cette oreille.

Nouveau récit, nouvel hommage à un genre d'une autre forme. Le lecteur pense tout de suite à des récits du type Barbarella (1964) de Jean-Claude Forest, ou son adaptation en film Barbarella (1968) de Roger Vadim, avec Jane Fonda, mais en plus explicite. Le thème est donc tout de suite celui du rapport sexuel, dans un cadre imposé. La scénariste commence par montrer Veronica se laisser convaincre de réconforter sa collègue Britt, dans une relation saphique. Il ne faut pas attendre beaucoup de case avant qu'un accessoire de type harnais godemichet fasse son apparition, suivi par un fouet. Les 2 femmes sont performantes ce qui les sauvent d'être éjectées dans l'espace, mais ce qui leur met également la pression pour une deuxième performance.

Alex de Campi ajoute un deuxième fil narratif qui est celui de la vengeance de la championne en titre, avec en plus l'objectif de repeuplement de planètes dépourvues de vie. L'histoire amalgame une touche de science-fiction, avec de la violence, une touche d'horreur et donc un fond érotique. De son côté le dessinateur ne recule à représenter la nudité féminine. Il y a donc des fesses et des seins, mais par contre il ne représente pas le sexe féminin de manière explicite, préférant laisser cette partie de l'anatomie féminine dans une zone relativement floue (même en cas de nudité frontale et les jambes écartées). Les dessins présentent bien une forme affirmée d'exploitation du corps de la femme à des fins érotiques et voyeuristes. Le premier rapport sexuel entre Britt et Veronica s'étend sur 4 pages de manière explicite, sans aller jusqu'à la représentation de la pénétration. Il s'agit donc plutôt d'une forme d'érotisme que d'une forme de pornographie.

John Lucas détoure les formes par un trait assez fin. Il habille les surfaces avec des petits traits secs pour leur apporter une forme de texture. Il établit la configuration des lieux au moins dans les cases d'ouverture de chaque séquence. Il est visible que les arrière-plans l'intéressent de moins en moins, jusqu'à disparaître à peu de chose près dans le deuxième épisode. Les expressions qui se lisent sur les visages sonnent plutôt justes (en particulier celles de plaisir charnel), avec de réelles nuances. Les corps conservent des proportions réalistes, garanties sans silicone. La narration visuelle assure donc un réel spectacle, mais sans chercher à faire joli, ce qui retire une partie significative du potentiel érotique du récit. De ce fait, le lecteur peut également apprécier l'intrigue en elle-même, avec une surprise de taille dans le déroulement du deuxième épisode, et une séquence de mutilation beaucoup plus dérangeante que la nudité qui règne dans le récit.

Cette deuxième histoire se range donc dans le registre de la science-fiction mâtinée de sexe et de nudité. Alex de Campi a conçu un véritable scénario qui dépasse le simple prétexte pour aligner les séquences de nu et de caresses. Les dessins de John Lucas refusent l'hypocrisie habituelle des comics américains, en présentant la nudité de manière frontale, et sans détourner la tête lors des séquences de rapport sexuel. Toutefois, ils ne reprennent pas les codes des récits pornographiques, préférant rester dans le domaine de l'érotisme, sans volonté d'enjoliver les corps ou les positions. Cela aboutit à un récit un peu entre 2 eaux, intéressant pour son intrigue qui reste un peu légère (même si la durée de 2 épisodes ne permet pas de faire beaucoup plus), sympathique pour ses dessins qui auraient gagné à bénéficier d'un parti pris esthétique tirant plus vers la science-fiction visuelle. À noter que ce recueil comprend également une couverture variante réalisée par Milo Manara pour ce récit. 3 étoiles.


Le Chat - L'Art et le Chat
Le Chat - L'Art et le Chat
par Philippe Geluck
Edition : Relié
Prix : EUR 14,50

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Toi-même !, 23 août 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Chat - L'Art et le Chat (Relié)
Il s'agit d'un ouvrage indépendant de tout autre qui ne nécessite pas de connaissance préalable du personnage du Chat pour l'apprécier. Il est initialement paru en 2016, et il constitue le catalogue de l'exposition L'Art et le Chat, au Musée en Herbe (février 2016 - janvier 2017). Les textes et les notices biographiques ont été rédigés par Sylvie Girardet. Les commentaires ont été rédigés par Philippe Geluck.

L'ouvrage s'ouvre avec une introduction de 3 pages, sous la forme d'une interview de Philippe Geluck, l'interrogeant sur son rapport avec l'Art, ses modalités de choix des œuvres présentées et ses artistes préférés. Cette introduction est agrémentée de 3 dessins mettant en scène le Chat. Ensuite l'ouvrage présente 32 artistes, avec à chaque fois la reproduction d'une de ses œuvres. Chaque présentation utilise la même forme. La page consacrée à l'artiste comprend son nom en titre, par exemple Léonard de Vinci pour la première. Il y a la reproduction de son œuvre la plus emblématique dans un petit moins d'un quart de page, par exemple la Joconde pour de Vinci.

Sur cette page, se trouvent 2 textes (rédigés donc par Sylvie Girardet). Le premier décrit en quelques phrases les points saillants de l'œuvre présentée, avec un ton enjoué et un tantinet humoristique, mais sans être moqueur. Le second présente la vie de l'artiste, également en quelques phrases concises, en commençant par rappeler les années de naissance et de mort (quand il y a lieu pour cette dernière). Sur l'autre page, le lecteur découvre avec grand plaisir un dessin humoristique du chat, parfois complété par de petites vignettes. Pour 25 des artistes, le dessin humoristique est accompagné par un court texte rédigé par Philippe Geluck donnant une indication de ce qui lui plaît dans les œuvres de cet artiste, ou évoquant une anecdote à son sujet (il en a rencontré certains - non, pas Léonard de Vinci).

Le Musée en Herbe a été fondé en 1975, sous la forme d'une association de Loi de 1901. Il propose des parcours-jeux sur des thèmes artistiques, scientifiques et civiques, spécialement conçus pour les enfants, de 3 à 103 ans. Il est situé au 23 rue de l'Arbre-Sec dans le premier arrondissement de Paris. L'objectif de cette exposition est donc de proposer une forme d'exposition ludique, avec une pédagogie adaptée aux enfants, d'où l'association avec un personnage de bande dessinée comique. Lors d'une interview, Philippe Geluck a expliqué qu'il avait choisi des peintres qui l'impressionne, des coups de cœur. Il ne s'agit donc pas d'un choix académique ou guidé par une thématique, mais d'un choix personnel, réalisé par un individu ayant des goûts éclairés. Parmi eux, se trouvent 12 artistes datant d'avant le vingtième siècle, 3 à cheval sur le dix-neuvième et le vingtième siècle et 17 du vingtième siècle. À une ou deux exceptions près, ils apparaissent par ordre chronologique.

Dans une interview, Philippe Geluck a expliqué la chance dont le Musée a bénéficié dans le prêt d'œuvres originales (Pierre Soulages ayant prêté une toile monumentale à titre privé à Geluck), et à l'évidence que certaines œuvres ne pouvaient pas être déplacées de leur musée attitré (la Joconde, ou la Vénus de Milo, par exemple). Ainsi tout ce qui est dans le livre n'est pas dans l'exposition et réciproquement. Par exemple, la compression de César présente dans le catalogue n'est pas celle exposée. Il a ajouté qu'un seul des artistes sollicités aurait refusé d'être inclus dans l'exposition, à savoir Daniel Buren (information peut-être à prendre avec un grain de sel, parce que Geluck est connu pour ses facéties).

La qualité de la reproduction des œuvres est impeccable, même si bien sûr le support imprimé se heurte à ses limites inhérentes au papier et aux 2 dimensions. Il n'est pas possible de tourner autour du Penseur de Rodin, de regarder la texture des matériaux utilisés par Jackson Pollock (pour Reflection of the big dipper), ou encore de constater la lacération dans Concetto Spaziale de Lucio Fontana, ni de se rendre compte des dimensions de chaque œuvre (même si elles sont indiquées à côté de la légende qui l'accompagne).

Chaque page consacrée à une œuvre d'art commence par le nom consacré de l'artiste, nom complet (parfois francisé, par exemple Léonard de Vinci pour Leonardo da Vinci), ou nom tronqué (par exemple le nom de famille, Mondrian pour Piet Mondrian). Ce patronyme est complété par un sous-titre bref laconique (Peintre maniériste italien, pour Giuseppe Arcimboldo), ou explicatif (par exemple Peintre néerlandais reconnu comme un des pionniers de l'abstraction pour Piet Mondrian). Le lecteur peut ainsi immédiatement identifier l'auteur à l'œuvre qui ressort sur cette page.

Le court texte qui évoque l'œuvre représenté se veut explicatif, avec un ou deux détails historiques (quand il s'agit d'œuvres anciennes), et des commentaires sur les caractéristiques saillantes de l'œuvre, voire d'autres du même créateur. Pour les artistes d'avant le vingtième siècle, cela permet de mémoriser une pincée de contexte, avec éventuellement une anecdote (Vincent van Gogh a peint sa chaise un jour de pluie où il ne pouvait pas peindre de paysage). Pour les artistes du vingtième siècle, l'exercice est plus compliqué. Comme en atteste les proportions rappelées plus haut (17 artistes contemporains, plus de la moitié de ceux présentés), l'auteur du Chat est très sensible à des œuvres nécessitant une culture pour en comprendre le contexte.

Le texte explicatif relatif à la Venus Balloon de Jeff Koons explique bien la source d'inspiration de l'artiste, ainsi que sa matière séduisante par sa brillance. Mais quant à savoir en quoi c'est de l'art, mystère ! Il en va ainsi de la quasi-totalité des artistes contemporains. En quoi déchirer une toile monochromatique d'un coup de scalpel précis exprime une idée, une sensation, et laquelle ? Quel est l'intérêt de tout peindre en bleu IKB ? Pourquoi des bandes dessinées avec une grande case centrale deviennent plus une œuvre d'art qu'une bande dessinée traditionnelle ? À moins que le lecteur ne soit allé lui-même au-devant de ces œuvres, il y a fort à craindre que ces présentations ne se limitent au mieux à éveiller sa curiosité, au pire à se dire que c'est de l'Art (avec un A majuscule) auquel il ne comprendra jamais rien. D'un autre côté, il peut aussi ressentir une connexion avec une de ces œuvres, sans que les autres lui parlent. Il s'agit donc plus d'une première prise de contact que d'une initiation. Les textes ne donnent qu'une indication sur cette nécessité d'une culture pour apprécier la démarche de l'artiste, dans la page consacrée à Verena Nusz, en indiquant que c'est une des membres de l'Art Conceptuel, mouvement qui présente des idées et non plus des objets ou des paysages.

Sylvie Girardet se heurte à une difficulté de même ordre avec les courtes biographies des artistes. Elle doit résumer, en 8 à 10 phrases, toute une vie, ainsi que toute une œuvre, et l'impact qu'a eu l'artiste sur le monde de l'art, sur l'évolution de l'art. Elle pioche donc quelques faits saillants pour un texte très court et plus lacunaire qu'informatif. D'un autre côté, il est louable et même indispensable d'indiquer que ces chefs d'œuvre ne sont pas nés ex nihilo, mais qu'ils ont été créés et réalisés par des êtres humains avec une histoire personnelle dans un contexte historique. De ce point de vue, ces courts textes accomplissent le nécessaire, au mieux de l'espace alloué. Le lecteur peut resituer l'artiste et constater la diversité d'origine et de mode de travail, d'un artiste à l'autre. Finalement c'est l'effet cumulatif qui permet de prendre conscience de la diversité et de la pluralité des artistes.

La couverture annonce dès le début que l'interaction entre le Chat (et son avatar Philippe Geluck, à moins que ce ne soit l'inverse) sera maximale. Il va tourner en dérision chacun des chefs d'œuvre, pour lui rendre un hommage enamouré (ne serait-ce que par cette œuvre figure dans ce catalogue), en essayant de lui faire honneur. Le premier concerne donc la Joconde, avec une version Chat (Mono Liso le Jocond) et une remarque acerbe sur le fait que cette bonne femme cache le paysage (Quoi ! Il y a quelque chose derrière Mona Lisa ?). Surprise ! Le deuxième hommage prend la forme d'une véritable sculpture, avec le Chat en discobole. Effectivement, Geluck ne s'est pas restreint à de simples cases ou strips comiques, il a aussi joué avec les formes. Il s'est amusé à planter de vraies flèches dans un tableau (même si là encore les 2 dimensions de la feuille de papier ne suffisent pas pour en être certain, mais le commentaire le stipule), à réaliser à bronze à cire perdue, à réaliser un collage de dessin sur un cube en bois, une résine chromée (magnifique), et à détourner la Vénus de Milo. Le lecteur en déduit que l'exposition physique, au Musée en Herbe, y gagne en variété.

En fonction de l'œuvre, Philippe Geluck peut jouer sur une transposition directe dans l'univers du Chat, avec un commentaire sarcastique ou reposant sur l'autodérision, voire politique. Le Chat est éclaboussé par une voiture qui passe, et peste contre cet espèce de Pollock, réduisant et raillant cet artiste comme un simple projeteur de peinture, ou il se moque de Piet Mondrian qui a toujours voulu faire de la bande dessinée (ses tableaux en forme de juxtaposition de cases) sans jamais trouver la bonne histoire à raconter. Il peut donc se moquer de lui-même avec le Chat indiquant que chez Vermeer et Geluck, la lumière fait tout (il suffit de se rappeler que Geluck utilise des aplats de couleurs monochromatiques pour apprécier). À une ou deux reprises, il s'aventure sur un terrain plus politisé, avec une femme emballée, à la façon Christo Javacheff.

L'amateur de bandes dessinées appréciera également quelques références discrètes. Ainsi dans le dessin hommage à Magritte, il est possible de reconnaître les Dupondt, dans celui hommage à Yves Klein, ce sont les Schtroumpfs qui sont cités, et dans l'entrée consacrée à la Vénus de Milo, il apparaît la fusée de Tintin. Philippe Geluck se révèle encore plus connaisseur dans son entrée pour Roy Lichtenstein où il rappelle que ce dernier ne citait pas ses sources d'inspiration (les artistes de comics dont il reproduisait et modifiait les cases, et dont certains sont morts dans la misère), et qu'en plus il s'offusquait quand un autre s'appropriait une de ses œuvres (faites ce que je dis, pas ce je fais).

Le commentaire d'une petite dizaine de phrases rédigé par Philippe Geluck permet de se faire une idée de la raison pour laquelle il a retenu cet artiste, ou de ce qu'il apprécie dans l'œuvre en vis-à-vis, ou encore d'une anecdote se rapportant à ce créateur (et il en a croisé 2 ou 3). À plusieurs reprises, le dessin de Geluck produit une mise en abyme vertigineuse, quand il s'approprie la démarche de l'artiste et lui répond de la même manière. Par exemple, le tableau créé en s'inspirant d'une œuvre de Verena Nusz ne fait pas figurer le Chat, tout en gardant l'esprit de son humour. En outre la phrase recopiée 12 fois fait écho à la fois à la forme des œuvres de Nusz, et à la fois à la réaction du lecteur face à une de ses œuvres. Un grand moment d'Art conceptuel !

À la fin de cet ouvrage, le lecteur reste pensif, et même réfléchit. Le passage en revue des grands maîtres passés l'a conforté dans ses convictions relatives au bon goût et à la beauté académique, tout en tournant gentiment en dérision ces œuvres rendues intouchables par les siècles d'admiration. L'inclusion d'artistes contemporains lui a rappelé, qu'il le veuille ou non, que l'Art continue, avec ou sans lui, dans de multiples directions, intelligibles ou non, n'exigeant pas de maîtriser des techniques acquises au prix de longues années d'apprentissage (il y en a certains qui donnent l'impression de gribouiller à peu de frais). Pire, il risque d'avoir été touché par une œuvre ou une autre, sans bien savoir pourquoi, sans s'inquiéter de savoir si elle a été validée par une intelligentsia ou une autre, se moquant de son prix sur le marché de l'Art, et peut-être même de son créateur. En effet cet ouvrage accomplit une œuvre de vulgarisation de chefs d'œuvre intouchables ou incompréhensibles, autant sur le plan informatif que sur le plan émotionnel. Le plus grand risque encouru par le lecteur est celui de ressentir comme un goût de trop peu.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (4) | Permalien | Remarque la plus récente : Aug 27, 2016 11:49 AM MEST


Founding Fathers Funnies
Founding Fathers Funnies
par Peter Bagge
Edition : Relié
Prix : EUR 13,98

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5 Pour lecteurs férus de l'histoire de la fondation des États-Unis, 23 août 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Founding Fathers Funnies (Relié)
Ce tome regroupe de histories courtes, pour un recueil indépendant de tout autre. Il comprend les histoires courtes contenues dans Apocalypse Nerd 1 à 6, dans Dark Horse Presents 27, ainsi que quelques-unes inédites, initialement parues entre 2005 et 2013, écrites, dessinées et encrées par Peter Bagge. Ce tome comprend 72 pages de bandes dessinées dont 33 en noir & blanc, et 39 mises en couleurs par Joanne Bagge. Comme le titre l'indique il s'agit d'histoires courtes et humoristiques relatives aux Pères Fondateurs des États-Unis. Le tome commence par une introduction de 2 pages de l'auteur. Il comprend également une postface de 8 pages apportant des informations complémentaires sur les personnages historiques mis en scène.

Ce tome comprend 18 récits courts, allant d'une page pour les plus courts, à 8 pages pour le plus long. Il commence par un récit de 6 pages, mettant en scène Sam Adams, James Otis, John Hancock, John Adams et Paul Revere, en 1770. Il est question de de la gravure représentant le Massacre de Boston (5 mars 1770). Puis Sam Adams doit aller parler à John Adams d'une proposition. 3 ans plus tard, John Hanckock rend visite à Samuel Adams pour se plaindre de navires (avec des cargaisons de thé) bloqués par les anglais dans le port de Boston. Le chapitre suivant retrace à marche forcée (en 6 pages) la vie mouvementée de Thomas Paine.

Dans la troisième histoire (6 pages), John Singleton Copley convainc Paul Revere de poser pour un portrait, ce faisant ils devisent sur l'art et l'artisanat. Quatrième histoire (6 pages) : Benjamin Franklin et Titan Leeds se livrent à une guerre des almanachs, par prédiction fantaisistes interposées. Puis en 1 page, Thomas Jefferson et Alexander Hamilton discutent politique extérieure dans le bureau du président. Toujours en 1 page, John Adams évoque à voix haute l'esclavage, et le droit des femmes. Ainsi pendant 72 pages, l'auteur met en scène des pères fondateurs des États-Unis tels que Mercy Otis Warren, George Washington, le capitaine John Paul Jones, ou encore John Laurens, dans de courtes scènes montant en épingle les contradictions de leurs comportements, ou les idiosyncrasies de leur caractère.

Peter Bagge est un auteur de comics connu pour ses satires qui prennent comme cible les habitudes culturelles de la classe moyenne et du prolétariat américain. Il s'est fait connaître avec la série consacrée à son personnage Buddy Bradley (Budy does Seattle) et ses choix esthétiques en matière de représentation de l'anatomie humaine (des bonhommes en caoutchouc). Il a également réalisé des histoires dans d'autres genres : l'anticipation après une catastrophe de grande ampleur Apocalypse Nerd, le travail de dessinateur en studio Sweatshop, les avatars virtuels Other lives, la biographie de la femme ayant promu les moyens de contraception aux États-Unis Woman rebel: The Margaret Sanger Story.

Peter Bagge n'a rien changé à sa manière de dessiner pour ces courts récits historiques à tendance satirique. Les personnages donnent toujours l'impression d'être des croisements entre un bonhomme en caoutchouc et un pantin désarticulé. Il suffit de regarder la couverture pour remarquer que les bras sont dessinés comme s'il s'agissait d'arc de cercle, sans forcément une articulation marquée au niveau du coude. Les visages portent la marque de la caricature avec des expressions exagérées, des bouches distordues, des coiffures dont les courbes sont amplifiées, des nez arrondis, ou au contraire anguleux. En termes d'émotion, tous les personnages surjouent qu'il s'agisse de la colère, de l'énervement, de l'étonnement, de la concentration ou de la fourberie. Comme à son habitude, le dessinateur représente souvent les bouches ouvertes en forme de fer à cheval ou de U couché, ce qui ajoute un petit air veule ou bêta aux personnages.

Le langage corporel est moins systématiquement exagéré, et plus mesuré. Il y a quelques scènes d'action (batailles, affrontement naval, exécution sommaire) relativement peu nombreuses. Peter Bagge réussit à rendre compte du mouvement, et de la violence, toujours sous forme satirique très éloignée de toute représentation premier degré. Bien que la narration soit très portée par les dialogues, l'artiste ne se dispense pas de dessiner les décors. Il les représente avec le même degré de simplification que les personnages, mais sans exagération ou déformation. Il s'agit d'une approche simplificatrice qui transcrit les formes et les lignes directrices les plus significatives. Le lecteur peut ainsi voir un bar, le bureau de travail de John Adams, des chais, des navires, une cellule de prison, un atelier de dentiste (un peu amateur dans sa pratique), le bureau ovale, la cabane de Nancy Hart, la salle d'un tribunal, un champ de bataille, le salon de madame Helvétius, et bien d'autres encore. L'auteur fait donc le nécessaire pour apporter une forme de variété dans les lieux et les situations, pour ne pas lasser son lecteur avec une succession de têtes en train de parler.

En voyant le titre de l'ouvrage et en parcourant la quatrième de couverture, le lecteur a bien compris qu'il s'apprête à plonger dans un ouvrage de nature satirique, faisant ressortir les comportements déroutants des individus qui ont fondé la nation de États-Unis. Il se doute bien que ses connaissances de cette période de l'histoire seront mises à contribution. De fait l'auteur se cantonne quasi exclusivement à aux références culturelles américaines. Il n'y a guère que dans la dernière histoire où il est décrit un séjour en France, au cours duquel apparaît Franz Mesmer (1734-1815) le temps d'une unique case. Le lecteur se dit qu'il pourra toujours se rabattre sur les 8 pages de la postface pour y trouver les éléments de compréhension qui lui auraient échappé. En fait il n'en est rien. Dans cet addenda, l'auteur ajoute quelques anecdotes et précisions, mais rien qui viennent expliquer ce qui a été raconté.

Dès la première page, le lecteur comprend vite qu'une connaissance superficielle de la fondation des États-Unis ne sera pas suffisante pour comprendre la dimension humoristique des récits. Il faut avoir une idée de qui est qui. Il faut savoir que Samuel Adams fut un homme politique, un écrivain et un philosophe américain qui a mené la fronde antibritannique avant et pendant la Révolution américaine, que James Otis est un des penseurs de la révolution américaine, que John Hancock fut le président du second Congrès continental, au cours duquel il signa en premier la Déclaration d'indépendance des États-Unis, que Paul Revere était un patriote de la Révolution américaine, qu'il a accompli des gestes héroïques lors de la bataille de Lexington et Concord et qu'il est l'auteur de la gravure représentant le Massacre de Boston (5 mars 1770), et enfin que John Adams fut le premier vice-président et le deuxième président des États-Unis. Et tout ça rien que pour la première histoire.

En fait ce n'est même pas suffisant : le lecteur comprend rapidement que l'humour des récits repose avant tout sur un décalage créé par l'auteur entre la légende de ces personnages historiques, et leur comportement vraisemblable d'être humain normal. Donc, en fait, pour saisir tout le sel des situations, il faut disposer d'une culture basique d'un enfant américain ayant suivi les cours d'histoire dans une école et un collège, en clair avoir passé ses premières années en tant que citoyen américain résidant aux États-Unis. Pour un lecteur européen, la majorité des scènes reste muette, faute des références culturelles (et pas simplement historiques) nécessaires. Les petites piques entre pères fondateurs renvoient à l'image passée dans l'inconscient collectif américain, ainsi qu'à l'image que les livres d'Histoire ont fini par façonner et canoniser de ces figures historiques.

Du coup, les histoires qui conservent un intérêt pour un lecteur européen sont celles qui sont les plus linéaires et les plus explicatives. Il en va ainsi de la vie de Tom Paine (même si en 6 pages les raccourcis sont vertigineux), de la guerre des almanachs (centrée sur un thème bien circonscrit, avec 2 personnages qui s'affrontent), de l'acte de rébellion de Nancy Hart, ou encore de la vie de John Paul Jones. Pour le reste, le lecteur peut capter quelques remarques acerbes sur la personnalité de telle ou telle figure politique, sur des hommes politiques qui prêchent des idées nobles, sans les mettre en application eux-mêmes (à commencer par l'abolition de l'esclavage, alors qu'ils n'affranchissent pas les leurs), sur les petites mesquineries entre amis, et autres comportements calculateurs ou revanchards. Même si Peter Bagge ne met pas en scène chacun des 56 hommes qui ont signé la Déclaration d'indépendance ou la Constitution des États-Unis, et ceux qui ont participé à la Révolution américaine comme Revolutionaries, une connaissance superficielle de l'histoire américaine s'avère insuffisante pour apprécier cet ouvrage.

Dans ce recueil d'histoires courtes, Peter Bagge s'amuse aux dépends des pères fondateurs des États-Unis, en raillant leur personnalité et leurs comportements. Pour pouvoir apprécier cet ouvrage à sa juste valeur, une vague idée de ce que fut la Tea Party ne permet de capter que 2 vignettes dans un page et rien de plus. Cette lecture s'adresse donc à des connaisseurs de l'histoire de la fondation des États-Unis possédant une solide culture afférente.


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