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Contenu rédigé par Présence
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Nailbiter - Tome 02 : Les liens du sang
Nailbiter - Tome 02 : Les liens du sang
par Joshua Williamson
Edition : Album
Prix : EUR 15,95

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Les abeilles et Brian Michael Bendis, 30 septembre 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Nailbiter - Tome 02 : Les liens du sang (Album)
Ce tome est le deuxième d'une série indépendante de toute autre. Il comprend les épisodes 6 à 10, initialement parus en 2014/2015, écrits par Joshua Williamson, dessinés et encrés par Mike Henderson, avec une mise en couleurs réalisée par Adam Guzowski. Il faut avoir commencé la série par le premier tome Le sang va couler (épisodes 1 à 5).

Épisode 6 - Alice rencontre Mallory (une jeune femme à quelques jours d'accoucher) venue à Buckaroo dans l'Oregon, spécialement pour que son enfant y naisse et devienne quelqu'un de connu, en l'occurrence un tueur en série. Il s'avère que Mallory est une personne un peu troublée. Épisode 7 - Brian Michael Bendis (un scénariste de comics) effectue un séjour à Buckaroo pour y recueillir du matériel afin de nourrir ses prochains scénarios. Il bénéficie d'un entretien détendu avec Edward Warren, le supposé tueur en série appelé Nailbiter.

Épisodes 8 à 10 - La situation se complique à Buckaroo. Plusieurs journalistes sont arrivés sur les lieux, en quête de sensationnalisme. Le révérend Fairgold commence à rassembler la population autour de lui, en faisant observer l'inefficacité de la shérif Sharon Crane, et la nécessité pour la communauté de se ressouder, en commençant par surveiller ses voisins et signaler tout activité suspecte. Nicholas Finch (l'enquêteur de la NSA) a retrouvé l'apiculteur du coin (il s'était fait piqué par une abeille en arrivant à Buckaroo) et lui rend visite. L'entretien est tendu. Thomas Crowe (le conducteur du car de ramassage scolaire) a décidé de prendre une initiative.

C'est avec impatience que le lecteur se plonge dans ce deuxième tome, suite au premier où les auteurs avaient preuve d'une maîtrise malicieuse, des codes du thriller et des conventions narratives associées aux tueurs en série. Les 2 premiers épisodes prouvent qu'ils n'ont rien perdu de leur malice : cette ville attire d'étranges détraqués. En découvrant Mallory, le lecteur se dit qu'il aurait dû y penser (une attirance perverse et morbide), ce qui n'empêche pas le scénariste d'emmener le récit dans une direction inattendue. Comme dans le premier tome, il montre au lecteur qu'il connaît les clichés du genre, qu'il est capable de les utiliser et de s'en servir pour nourrir son récit, tout en leur rendant du sens.

Le deuxième épisode commence comme une parodie. Les auteurs mettent bel et bien en scène Brian Michael Bendis, le scénariste phare de l'éditeur Marvel au cours des années 2000 et 2010. Cet épisode constitue le pendant de l'épisode 7 de la série Powers (présent dans le recueil Powers, Tome 3 :) dans lequel Warren Ellis (un autre scénariste de comics) effectuait une ronde dans la voiture des 2 personnages principaux pour une immersion terrain afin de savoir ce dont il parle dans ses comics.

Dans un premier temps, le lecteur se dit qu'il s'agit d'une moquerie facile vis-à-vis de Bendis. Il change d'avis en cours d'épisode quand il constate que Joshua Williamson s'inspire des dialogues naturalistes à la Bendis le temps de 2 séquences. Il constate également que Mike Henderson rend hommage aux mises en page conçues par Bendis et Michael Avon Oeming pour la série Powers (à commencer par Qui a tué Retro Girl ?). Ça commence avec 2 pages de 17 cases chacune dans lesquels Bendis recueille l'avis des autochtones (le lecteur attentif reconnaît parmi eux Alan Moore indiquant que nous sommes tous connectés). Ça continue avec un dessin en double page, dans lequel les questions et réponses de Bendis et Warren s'entremêle. Le lecteur est conforté dans son impression qu'il s'agit d'un hommage (et non de tourner Bendis ne dérision) dans la scène finale où un personnage vient se faire dédicacer le numéro 7 de Powers.

Contrairement à ce qu'il semble ces 2 épisodes ne sont pas des bouche-trous en attendant de revenir à l'intrigue principale. Le concept de la série repose sur cette ville où sont nés 16 tueurs en série ; elle est donc un personnage à part entière. Ces 2 épisodes permettent de continuer de faire connaissance avec elle et de continuer de l'explorer. De manière organique et fluide, le scénariste emmène le lecteur aux abords de la ville, dans un parc public où jouent des enfants, puis revient dans les souterrains découverts dans le premier tome. La suite permet de découvrir une nouvelle maison isolée, ainsi que de faire quelques pas dans les bois.

Tout au long de ces 5 épisodes, le lecteur apprécie également le développement des personnages. Il n'a pas accès à leur flux de pensées, mais il les voit interagir. Alice continue de proposer son aide, sans pour autant être servile ou gentille. Il est visible qu'il y a un sentiment mélangé de colère et de peur qui couve en elle, ne serait-ce qu'au vu de la façon dont elle s'en prend au révérend Fairgold en public. Nicholas Finch n'est toujours pas un enfant de chœur, avec également une forme de colère dont il se sert avec froideur. Joshua Williamson joue sur l'anticipation du lecteur pour mieux le surprendre. Alors qu'il s'attend à ce que l'antagonisme entre Finch et l'agent Abigail Barker du FBI prenne de l'ampleur, il apparaît que leur relation se développe d'une autre manière. Le révérend Fairgold (le père d'Hank) est immédiatement antipathique, sans pour autant que le scénariste abuse du cliché de l'homme d'église à son encontre. Il est même d'autant plus redoutable qu'il est un orateur chevronné et qu'il propose des actions de bon sens. Il suffit de quelques pages pour la motivation de Thomas Crowe (le conducteur du car de ramassage scolaire) devienne consistante et plausible. Williamson asticote avec malice (presque méchanceté) la shérif Sharon Crane, simplement en exposant son inefficacité devant les administrés qui l'ont élue. En quelques cases, le lecteur ressent de l'empathie devant le désarroi de cette femme qui a pourtant la tête sur les épaules.

Outre toutes ces qualités bien réelles, le récit continue d'être avant tout un thriller haletant, alors même que le lecteur tourne les pages à son propre rythme. Le lecteur a bien compris que personne n'est à l'abri, que l'étrangeté bizarre est coin de la page, que les meurtres ignominieux vont continuer et que l'auteur s'amuse comme un petit fou à le titiller. En particulier il avance l'auto-surveillance comme une idée de bon sens pour que la communauté délaisse la position de victime pour se prendre en main et agir pour assurer sa propre sécurité, tout en montrant immédiatement les dérives de cette pratique. Il agite sous le nez du lecteur 2 nouvelles pistes potentielles pour expliquer l'existence de tant de tueurs en série dans cette petite ville de l'Oregon.

Les planches de Mike Henderson plongent le lecteur dans un monde pas tout à fait assez substantiel, comme si le budget pour les décors n'avait pas toujours été suffisant. Le lecteur sait toujours où il se trouve. Certaines localisations sont représentées dans le détail : la chambre d'Alice, le parc public avec les jeux pour enfants, la grande pièce à vivre de la maison de l'apiculteur. D'autres sont représentées de manière plus sommaire, mais très bien habillées par la mise en couleurs d'Adam Guzowski. C'est en particulier le cas de la forêt environnante ou de l'orée des bois. Il n'est pas possible d'identifier les essences des arbres, mais les camaïeux donnent l'impression de la composition chromatique propre aux feuillages et aux troncs, ainsi que la bonne tonalité de luminosité. Le lecteur ressent l'impression de la présence des arbres plus ou moins éloignés. Par moment, les couleurs ne suffisent pas à étoffer les dessins, comme par exemple la pièce dénudée en sous-sol de la maison de l'apiculteur, ou encore les rives lisses du lac artificiel. Fort heureusement ces occurrences sont minoritaires dans ces 5 épisodes.

Mike Henderson trace des traits de contour présentant quelques irrégularités, ce qui confère un aspect plus spontané au tracé, moins poli. Les personnages présents au tome précédent ont conservé leur apparence, facilement reconnaissable, les nouveaux le sont tout autant. Il représente Brian Michael Bendis avec une certaine fidélité, tout aussi chauve, un peu plus jeune et un peu moins empâté. Les expressions des visages transcrivent bien les émotions des personnages, en étant parfois un peu exagérées, sans en devenir caricaturales.

La mise en scène s'avère sophistiquée, qu'il s'agisse du découpage des planches, des angles de vue ou des moments qui sont représentés. Alors même que l'artiste ne peut pas imposer le rythme de lecture (pas comme dans un film), il réussit à surprendre le lecteur par une image choc sans être gore ou photoréaliste (une seringue plantée dans la joue, dont l'aiguille traverse la langue, on est bien dans le genre horreur). Il sait faire monter la tension narrative par une mise en scène adaptée, par exemple Bendis se promenant dans les souterrains, avec la seule lumière de son téléphone pour s'éclairer. Il arrive à rendre visuellement plausible la plupart des séquences du scénario, même quand l'auteur privilégie l'effet à la crédibilité (une personne cachée sous le lit de Shanon Crane). Il n'y a le déménagement trop rapide d'une maison qui ne colle pas visuellement.

Ce deuxième tome s'avère tout aussi retors que le premier, avec un thriller horrifique original, conçu par un scénariste maîtrisant les conventions du genre et les mettant au service de son récit tout en faisant de discrets clins d'œil au lecteur pour qu'il reste sur ses gardes, mis en scène par un dessinateur habile. Joshua Williamson, Mike Henderson et Adam Guzowski se jouent du lecteur avec habileté, avec une intrigue dont le premier degré tient la route, une horreur qui prend plusieurs formes narratives, et qui taquine plusieurs aspects de la condition humaine. Il ne s'agit pas d'une analyse pénétrante et profonde, mais le récit met en scène des peurs révélatrices.
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Sep 30, 2016 9:58 AM MEST


Spider-Women
Spider-Women
par Dennis Hopeless
Edition : Broché
Prix : EUR 28,21

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Pas des pales copies, 30 septembre 2016
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Spider-Women (Broché)
Ce tome fait suite à Baby talk (épisodes 1 à 5 de la série Spider-Woman), Sinister (épisodes 1 à 6 de la série Silk) et Greater power (épisodes 1 à 6 de la série Spider-Gwen). Il comprend les épisodes 7 & 8 de Silk, 7 & 8 de Spider-Gwen, 6 & 7 de Spider-Woman, et Alpha et Omega de Spider-Women, initialement parus en 2016. L'histoire a été conçue par Robbie Thompson, Jason Latour et Dennis Hopeless. Les auteurs des différents épisodes sont détaillés en fin de commentaire.

Sur la Terre alternative référencée 65, Spider-Woman (Gwen Stacy, appelée Spider-Gwen pour différencier sa série) termine de se battre contre 2 cambrioleurs, puis ouvre un portail pour se rendre sur la Terre principale (616), sans se rendre compte qu'elle a été observée par un mystérieux individu cagoulé et armé. Sur la Terre 616, elle retrouve Cindy Moon (Silk). En civil, elles se rendent à l'appartement de Jessica Drew (Spider-Woman) un peu en désordre. Cette dernière attend Roger Gocking (Porcupine) qui doit assurer la mission de babysitteur pour le nouveau-né Gerry (le bébé de Jessica). Une fois que tout est prêt, elles se rendent sur la Terre 65 pour une sortie entre copines, à commencer par un repas. Alors qu'elles sont attablées, elles aperçoivent le Super-Adaptoid (version Terre 65) en train de semer la panique dans la rue.

Les 3 Spider-Women interviennent. Alors qu'elles cherchent comment venir à bout de leur adversaire, un mystérieux individu cagoulé et armé en profite pour fouiller leurs sacs qu'elles ont laissés sur le toit d'un immeuble voisin, et leur barboter le dispositif qui leur permet de passer d'une Terre à une autre. Il travaille pour une organisation appelée SILK, dirigée par Cindy Moon (surnommée Cindy-65). Il ne reste plus qu'aux 3 Spider-Women à s'acheter des téléphones pour être sûres de rester en contact, et à se mettre à la recherche d'une solution pour que Jessica Drew et Cindy Moon puissent regagner leur réalité d'origine.

Lentement mais sûrement, l'éditeur Marvel essaye de développer la franchise Spider-Man en introduisant de nouveaux personnages capables de justifier une série mensuelle avec des chiffres de vente suffisant. À l'occasion de Original Sin, les lecteurs ont appris l'existence de Cindy Moon. Puis à l'occasion de Spider-verse, ils ont manifesté leur intérêt pour Spider-Gwen (qui en fait porte le nom de code de Spider-Woman, mais sur la Terre 65). La logique commerciale voulait que tôt ou tard l'éditeur consolide les liens entre ces 3 séries par un crossover. A priori le lecteur n'en attend pas grande chose parce que les séries Spider-Gwen et Silk ont bien du mal à nourrir suffisamment les histoires personnelles de ces jeunes filles pour qu'elles dépassent leur statut de produit dérivé. En outre, l'éditeur pratique une politique tarifaire un peu dissuasive, en ayant fixé le prix de ce tome à $29.99 pour 8 épisodes.

Pourtant, passé la scène introductive, le lecteur apprécie immédiatement le ton des relations entre ces 3 femmes. Les auteurs positionnent Jessica Drew comme la plus âgée (ce qui est normale vu qu'elle est mère), et comme celle ayant le plus d'expérience. Elle ne bassine pas les 2 autres avec des recommandations à n'en plus finir, mais Cindy et Gwen n'hésitent pas à lui demander conseil, ayant confiance dans son expérience plus importante. Le lecteur peut aussi retrouver la patte de Dennis Hopeless (le scénariste de la série Spider-Woman) avec des remarques sur la responsabilité de mère de Jessica, son sentiment de culpabilité à s'éloigner de son nouveau-né, son inquiétude quant à la capacité de Roger de bien s'en occuper, la nécessité de tirer son lait à 1 ou 2 reprises (avec les mimiques rigolotes de Cindy et Gwen en réaction à cette contrainte), son assurance teintée d'un soupçon d'autodérision discrète.

Même s'il s'agit d'un crossover, les auteurs savent aussi faire ressortir la personnalité et les motivations des 2 autres araignées. Elles se conduisent toutes les 2 comme de jeunes adultes, avec des réactions un peu plus gamines du fait de la présence d'une adulte plus âgée, un aspect bien vu de la dynamique de ce trio. Les contraintes d'un crossover font que ce n'est pas le lieu pour les auteurs de développer les intrigues en cours dans les séries mensuelles, ou de se lancer dans l'analyse minutieuse de leur profil psychologique. Néanmoins comme cette histoire ne met en scène que 3 superhéroïnes (par comparaison avec des crossovers rassemblant des superhéros par dizaine), chaque scénariste tour à tour peut faire ressortir les particularités de son héroïne. Gwen Stacy est celle qui reste le plus en retrait. Elle a droit à une séquence au cours de laquelle elle est en retard pour les répétitions avec son groupe, et une autre où elle est reconnaissante du soutien de son père (séquences déjà répétitives par rapport au contenu de sa propre série,).

Du fait de la nature de l'intrigue, Cindy Moon bénéficie de plus de temps d'exposition. Les auteurs jouent intelligemment sur la relation avec la criminelle du récit : Cindy-65, c’est-à-dire une version alternative de Cindy Moon (Silk). Ils assument la logique de cette situation en montrant que cela a pour conséquence de faire prendre conscience à Cindy-616 que ses parents doivent avoir leur contrepartie sur cette Terre 65. Robbie Thompson profite des 2 épisodes de la série Silk pour montrer la réaction de J. Jonah Jameson aux actions de Silk, ainsi que pour apporter du grain à moudre dans la relation entre Silk et Black Cat (Felicia Hardy), et entre Silk et Mockingbird (Bobby Morse). C'est lui qui tire le meilleur parti de ce récit pour alimenter les intrigues de la série mensuelle.

Le lecteur apprécie donc la personnalité de ces 3 femmes, ainsi que la chaleur humaine qui émane de leurs interactions, d'autant plus qu'il ne s'agit pas de 3 personnages interchangeables. Il se laisse porter leur amitié, leur gentille prévenance entre elles, et l'originalité de la situation. Il a bien compris que les scénaristes pouvaient s'amuser dans un mouvement de yoyo en passant d'une Terre (616) à l'autre (65). Mais la réaction de Silk et Spider-Gwen produit un effet original. Pour elles, ce passage d'une réalité à une autre relève en fait d'un voyage juste un peu particulier, mais sans rien de traumatisant. Elles acceptent comme un fait établi qu'il existe des déclinaisons d'elles-mêmes ayant suivi des chemins de vie différents en fonction des circonstances (ce à quoi elles avaient déjà été confrontées dans Spider-verse). Leur jeunesse leur a permis de s'adapter à cette situation, à une forme de multiplicité de l'individu en fonction des circonstances.

Dans un premier temps, le lecteur se fait la remarque que les scénaristes ne se sont pas trop foulés en choisissant Cindy-6 comme criminelle pour leur récit, mais il apparaît que ce choix est assumé et réfléchi. Il participe à nouveau à l'idée que l'individu est construit par les circonstances, autant si ce n'est plus que par sa personnalité. En outre ce choix est cohérent avec Spider-verse puisqu'en n'ayant pas de pouvoir, elle ne pouvait devenir la cible de la famille de Morlun. En outre les 3 scénaristes ont trouvé un motif original pour que Cindy-65 puisse souhaiter écarter les gêneuses et avoir accès aux ressources de la Terre 616 (du fait du décalage de technologie entre les terres 616 et 65).

Afin de produire cette histoire en un temps court, les responsables éditoriaux ont donc réparti la tâche de mise en images sur 5 artistes différents. C'est une pratique habituelle dans les comics, quand le crossover lie ensemble plusieurs séries. Ils dessinent tous avec une approche descriptive, en respectant les caractéristiques de chaque endroit et les costumes de chaque personnage ; il n'y a donc pas de solution de continuité en passant d'un épisode à un autre. Vanessa del Rey délimite des contours avec un trait très fin et cassant, mais en ajoutant des zones de noir charbonneux. Le résultat donne une ambiance un peu sombre pour un épisode qui aurait gagné à être plus lumineux.

Pour la série Spider-Gwen, les dessins de Bengal apporte un côté plus enjoué, avec des expressions de visage plus franches et plus souriantes, ce qui est en cohérence avec l'âge de Gwen et Cindy. Il intègre quelques effets qui rappellent le côté pop de cet environnement qu'est la Terre 65. Sous son crayon, les scènes d'action disposent de belles qualités cinétiques. Pour la série Silk, Tana Ford réalise des dessins avec des traits de contour plus appuyés et un peu sinueux. Le niveau descriptif est satisfaisant, sauf lors des scènes d'affrontement pendant lesquelles les arrière-plans tendent à disparaître. La mise en couleurs d'Ian Herring est plus sombre que celle de Rico Renzi pour les épisodes de Spider-Gwen, ce qui est cohérent avec le récit puisque les enjeux sont plus inquiétants pour Silk. Il travaille plus sur les nuances pour donner du volume aux surfaces.

Pour la série Spider-Woman, les dessins de Joelle Jones sont d'un bon niveau descriptif, avec des traits précis et fins, et un grand soin apporté aux décors et aux volumes des pièces. Ils apparaissent plus sophistiqués et domestiqués que les précédents, ce qui est également cohérent avec la maturité plus importante de Jessica Drew. Pour le numéro oméga, Nico Leon utilise un tait très fin pour détourer les éléments, avec une simplification des décors, évoquant les mangas d'action, ou les dessins animés d'action. Le résultat est vivant, avec une impression d'être destiné à un lectorat plus jeune.

Contre toute attente, et malgré une politique éditoriale défavorable, le lecteur apprécie cette histoire réunissant les 3 séries dédiées à des superhéroïnes arborant le totem de l'araignée. Les 3 coscénaristes ont imaginé une intrigue originale et cohérente, et ils savent faire passer les personnalités de Gwen, Cindy et Jessica. L'action est spectaculaire, avec quelques moments humoristiques qui font mouche, comme le fait que Jessica ait emmené son matériel pour tirer son lait (ce qui dégoute un peu Cindy et Gwen), ou quand Cindy croise les doigts pour que la lettre K dans l'acronyme SILK ne soit pas liée au verbe tuer (to Kill). Les dessinateurs réalisent un travail de bon niveau, en conservant leur propre sensibilité. Cela aboutit à un récit plaisant à lire, sans être inoubliable. 4 étoiles.

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- Qui a fait quoi ?

Spider-Women alpha : scénario de Robbie Thompson, dessins et encrage de Vanessa del Ray
Spider-Gwen 7 & 8 : scénario de Jason Latour, dessins et encrage de Bengal
Silk 7 &8 : scénario de Robbie Thompson, dessins et encrage de Tana Ford
Spider-Woman 6 & 7 : scénario de Denis Hopeless, dessins de Joelle Jones, encrage de Jones et Lorenzo Ruggiero
Spider-Women omega : scénario de Dennis Hopeless, dessins et encrage de Nico Leon


Le Moine fou
Le Moine fou
par VINK
Edition : Relié

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 En temps de troubles, méfiez-vous des personnes serviables., 29 septembre 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Moine fou (Relié)
Il s'agit du premier tome d'une série indépendante de toute autre. Cette histoire a bénéficié d'une prépublication dans le magazine Charlie Mensuel à partir de décembre 1983, et d'une édition en album en 1984. Il a été entièrement réalisé par Vink (de son vrai nom Vinh Khoa, né au Vietnam, et installé à Lièges) : scénario, dessins, mise en couleurs (qualifiée de coloriage dans les crédits de dernière page, établis par Vink). Il s'agit d'une série en 10 tomes qui a été rééditée en 2 intégrales en respectant le format d'origine (29,9cm*22,8cm) : L'intégrale Le moine fou, tome 1 : He Pao, joyau du fleuve (tomes 1 à 5) et L'intégrale Le moine fou, tome 2 : Poussière de vie (tomes 6 à 10). À partir de l'année 2000, Vink a donné une suite à cette série, en 5 tomes, regroupés dans Voyages de He Pao (les) - Intégrale (mais dans un format plus petit 17,1cm*24cm).

Ce récit se déroule en Chine féodale, dans le royaume de la dynastie Song (entre 960 et 1279). Un groupe de 3 personnes (Yu Kong, le fils du seigneur local Yu Feng, et ses 2 accompagnateurs) viennent de recevoir en cadeau une boisson, offerte par 2 voyageurs anonymes, dans les bois. Non loin de là, la jeune He Pao (13 ans, gardienne de buffle) est lancée dans une course à dos de buffle, contre 2 autres adolescents. Un officier retrouve les 2 accompagnateurs de Yu Kong, endormis au pied d'un arbre. Il s'inquiète de savoir ce qu'il advenu de leur maître. Des cris en provenance du village le renseignent : sous l'emprise de la folie, il vient d'incendier la maison des parents d'He Pao, qui y ont péri. L'officier intervient pour calmer la foule, sans incriminer Yu Kong. He Pao comprend qu'elle a intérêt à déguerpir en toute discrétion.

Malgré les précautions prises par Yu Feng, son fils Yu Kong réussit à s'enfuir de sa chambre, et à retrouver He Pao dans la forêt. Elle doit son salut à l'intervention de 2 nonnes qui l'emmènent sur une jonque amarrée sur la rive, non loin de là. He Pao est recueillie par 3 nonnes : Grande Sœur, Sœur Pure Conscience et Sœur Esprit Limpide. À la tombée de la nuit, une forte pluie s'abat. He Pao parvient à trouver le sommeil mais il est troublé par un cauchemar. La jonque est attaquée par 6 individus ayant l'intention de tuer toutes ses occupantes, alors qu'ils sont surveillés par un individu anonyme depuis la berge.

Le temps écoulé depuis la parution de ce premier album a consacré cette série pour ses qualités. Le premier contact du lecteur avec ces planches fait ressortir 2 de ses particularités. La première réside dans les dialogues qui sont assez denses et écrits. Vink rend bien compte de certaines tournures de phrases orales, mais certains personnages peuvent monopoliser la parole pour exposer ou expliquer leur point de vue pendant quelques cases, entrecoupés par quelques interjections des autres interlocuteurs. De fait pour un album de 45 pages, il s'agit d'une histoire dense et conséquente, parsemée de points de vue originaux.

La deuxième particularité manifeste apparaît dans l'approche graphique. Vink a opté pour des dessins descriptifs, avec des contours de formes détourés par un trait fin de largeur uniforme. Cette approche donne corps à des environnements très solides, décrits avec minutie. Ces traits encrés sont complétés par une mise en couleur en peinture directe, s'approchant du rendu de l'aquarelle, l'artiste ayant précisé dans des interviews qu'il s'agit d'encre diluée. L'apparence des pages est très singulière du fait de cette mise en couleurs. L'artiste utilise essentiellement des teintes délavées qui adoucissent les dessins, même lorsque la violence éclate. Il utilise des couleurs plus soutenues lorsque la lumière provient d'une bougie ou d'un feu, ou lors du rêve d'He Pao. À quelques reprises, il utilise également des teintes éclatantes et vives, créant un contraste total avec le reste de la planche, pour faire ressortir des visions oniriques, ou des moments brutaux. Il ajoute de la couleur dans le fond de quelques phylactères, sans que cela n'ajoute un sens au propos, ou que le lecteur ne puisse déterminer l'intention dans la mise en couleurs de ces bulles.

De page en page, le lecteur se rend compte qu'il peut se projeter dans chaque case, et qu'il se promène dans des lieux d'une rare consistance. Dans la scène d'ouverture, il apprécie le feuillage des arbres et le vert de l'herbe, lui donnant l'impression de cheminer aux côtés des 2 voyageurs anonymes. Par la suite, il peut admirer le bureau de Yu Feng dans sa demeure, les poutres apparentes de sa maison, ou encore les tuiles du toit. Toute la délicatesse des dessins de Vink ressort dans sa manière de représenter les dalles de pierre dans le jardin, des formes blanche non encrées, posées sur l'herbe. La course-poursuite dans la forêt fait apparaître que Vink a choisi des essences reconnaissables à la forme de leur feuille pour la flore, et qu'il représente des espèces d'oiseau également identifiables.

Sans en avoir conscience, le lecteur se retrouve entièrement immergé dans ces environnements reproduits avec minutie et intelligence. Il ne s'attend pas à ce que le degré de cette immersion augmente encore. Or les pages de la jonque sur la rivière, et sous la pluie sont encore plus envoûtantes, avec le tracé de la chute de chaque goutte d'eau, le cours de la rivière devenu agité par l'apport de l'eau de pluie, les impacts des gouttes sur la surface, un éclairage bleu-violet (avec des teintes d'indigo et de violine) transcrivant la nuit zébrée d'éclair. Les séquences suivantes (de jour sous un soleil normal) sont encore plus magnifiques et intelligentes. Vink parvient à montrer le relief des zones traversées par les nonnes et He Pao, les différentes natures de sol, la diversité de la végétation, et la disposition très particulière de la vallée encaissée dans laquelle elles se retrouvent acculées.

Page après page, le lecteur éprouve la sensation de déambuler ou de séjourner aux côtés des personnages, dans la forêt, dans une maison, sur une route ou un sentier. Il apprécie également la qualité de la reconstitution historique de l'époque et de l'endroit, au travers des constructions, de la jonque, des outils, des armes, des tenues vestimentaires, des coiffures. Vink n'utilise pas une mise en image démonstrative pour épater le lecteur, il se contente de montrer comme s'il s'agissait de photographies prises sur le vif, sans essayer d'éviter de dessiner les éléments les plus compliqués. En regardant les cases, le lecteur a l'impression qu'il pourrait apprendre comment fabriquer le palanquin de fortune sur lequel He Pao est transportée après avoir été blessée.

Le lecteur suit donc une demi-douzaine de personnages (He Pao, les 3 nonnes, Yu Kong, Wang Po le boiteux rigolant). Il n'éprouve aucune difficulté à les reconnaître, que ce soit par un signe distinctif de leur visage (la moustache de Yu Kong) ou par leur tenue vestimentaire. Vink adopte une approche naturaliste pour les représenter, sans exagération morphologique, ni pour les hommes, ni pour les femmes. De même les expressions des visages correspondent à celles d'adultes, assez mesurées, sauf lors des séquences d'action. Les personnages ne sont pas tous identifiables uniquement par leur visage, et il est également difficile de déterminer l'âge d'un protagoniste par son seul visage. En particulier, seul le texte permet de savoir qu'He Pao est âgée de 13 ans, car son apparence ne présente pas beaucoup de différence avec celle des sœurs qui elles ont une morphologie de femme adulte.

Totalement sous le charme visuel de cette bande dessinée, le lecteur pénètre petit à petit dans une intrigue dont le sens général lui échappe. Dans des interviews, Vink a indiqué qu'à l'origine il savait qu'il pourrait réaliser au moins 2 albums pour cette série. De séquence en séquence, le lecteur éprouve l'impression que l'auteur avait en tête dès le début une intrigue de grande envergure. En effet, la séquence d'ouverture montre ces 2 voyageurs anonymes dont les actions ont pour conséquence la folie meurtrière de Yu Kong, mais rien n'est dit de leur motivation. Yu Kong s'acharne sur He Pao, mais le lecteur reste dans le doute quant à une éventuelle préméditation ou même une volonté consciente de donner la mort à ses parents. Le titre de la série évoque un moine fou, mais il n'apparaît pas dans ce tome, ou alors peut-être juste le temps de 3 cases, de manière furtive.

Le lecteur doit donc accepter d'acquérir les informations de manière progressive et éparpillée. Il comprend qu'He Pao a été recueillie, sans en savoir plus sur ses parents d'adoption, ni ses vrais parents, sans rien savoir des circonstances de son adoption. Il apprend que les 3 nonnes sont en fait en mission, sans savoir qui les a mandatées, ni même quelle est l'étendue de leur mission. D'ailleurs il ne sait rien non plus sur l'ordre auquel elles appartiennent. Il en apprendra un petit peu plus sur Grande Sœur à la fin du tome. Il a également du mal à percevoir l'origine et les raisons de la folie de Yu Kong, ainsi que l'intérêt de ceux qui entretiennent cette folie. Dans le dernier tiers, il est enfin question de ce moine fou qui apparaît donc peut-être furtivement le temps de 3 cases, mais à nouveau incidemment, sans information claire.

Le lecteur n'a donc d'autre choix que de se tenir aux côtés d'He Pao, sans pouvoir anticiper le déroulement du récit, ou en deviner la direction générale. Il ne s'agit pas ici d'un auteur qui ne sait pas trop où il va et qui improvise de page en page, mais d'une intrigue fournie qui nécessite du temps pour en installer les différentes composantes. Effectivement, le lecteur ne s'ennuie pas un instant car il suit les tribulations d'He Pao, une jeune adolescente générant un bon niveau d'empathie. Il peut aussi ressentir l'implication des adultes autour d'elle, essayant de garder la main sur le déroulement des événements, avec plus ou moins de réussite. En outre, l'histoire est très intrigante quant au sort d'He Pao, et aux événements qui semblent se cristalliser autour d'elle, sans qu'elle n'en soit la responsable à chaque fois.

En cours de récit, le lecteur remarque des situations ou des réflexions de différentes natures. Il y a l'officier de police qui protège ses intérêts en protégeant les puissants (en particulier Yu Kong), face à une foule qui n'est pas dupe. Il y a la tirade de Wang Po sur la folie. Le lecteur peut prendre ses déclarations comme une échappatoire facile à la vie d'adulte, en cherchant le réconfort de drogues récréatives pour ne pas avoir à supporter la réalité. Il peut aussi y voir un refus de se conformer à une société normative, en vivant une vie de brigands, sans avoir de responsabilité, en profitant des plus faibles. Rapprochés du comportement du riche marchand Yu Feng, les fous ne font que reproduire le comportement des puissants qui abusent de leur pouvoir sur le dos des paysans.

La force du récit réside également dans le fait que les personnages formulent des points de vue en fonction de leur classe sociale, et de leur rôle. Ainsi Grande Sœur envisage l'existence d'He Pao d'une manière poétique et presque mystique, en voyant dans sa survie aux noyades, un joyau du fleuve, une personne sous la protection de l'élément liquide. La dimension mystique reste sous-jacente, en arrière-plan, avec l'oiseau qui guide Yu Kong pour retrouver He Pao, ou la transe dans laquelle entre Wang Po lors de sa tirade sur la folie. Au fil des séquences, le lecteur voit également apparaître la fascination d'He Pao pour les arts martiaux, pour la force qu'il donne, comme un outil de défense, mais aussi de vengeance. En considérant ce premier tome comme un prologue, cette fascination devient l'annonce du thème récurrent de la série, en lien direct avec l'existence d'une technique qui rend fou, celle du Moine Fou.

Ce premier tome de la série plonge le lecteur dans une intrigue à l'allure originale, au milieu de personnages se comportant en adultes, au milieu d'une situation complexe dont les tous les tenants et les aboutissants ne sont pas explicités. La qualité de la narration picturale transporte le lecteur dans cette Chine féodale, d'un village de paysan à une forêt agréable, en passant par des flots tumultueux. Le lecteur se laisse charmer par les environnements, il se prend au jeu de découvrir le sort d'He Pao. Il s'interroge sur la direction de l'intrigue, sur le thème principal, sur les motivations des uns et des autres, sur le profit que certaines factions souhaitent retirer de leurs actions. Sous réserve de s'adapter à la narration, il découvre un récit adulte, bénéficiant d'une reconstitution historique intéressante, avec des personnages façonnés par leur époque, dans une aventure qui sort des sentiers battus.


Rebels: A Well-Regulated Militia
Rebels: A Well-Regulated Militia
par Brian Wood
Edition : Broché
Prix : EUR 23,50

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 La première milice historique des États-Unis, pendant la guerre d'indépendance, 29 septembre 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Rebels: A Well-Regulated Militia (Broché)
Il s'agit d'une histoire indépendante de toute autre, et complète en l'état. Ce tome comprend les 10 épisodes, initialement parus en 2015/2016, tout écrits par Brian Wood. Les magnifiques couvertures ont été réalisées par Tula Lotay. La mise en couleurs des 10 numéros a été réalisée par Jordie Bellaire.

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- A well regulated militia (épisodes 1 à 6, dessins et encrage d'Andrea Mutti) - En 1775, dans le futur état du Vermont, la présence anglaise se fait sentir avec les soldats imposant la loi et l'impôt de la couronne, au nom du roi George. Seth Abbott vit avec ses parents dans une demeure de chasseur et d'éleveur située à l'écart de la petite ville dans les bois. À 17 ans, il est orphelin et il s'établit sur un terrain qu'il loue en exécutant des tâches pour le propriétaire, avec sa femme Mercy Tucker. Il est recruté par Ethan Allen pour faire partie d'une milice, au service du colonel Benedict Arnold. Avec l'accord de sa femme, il quitte la maison et s'intègre à la milice des Green Mountain Boys pour aider les indépendantistes qui veulent s'emparer de New York.

Comme l'indique Brian Wood dans son introduction d'une page, il est toujours le même auteur, celui qui fustigeait les dérives de la politique américaine et en particulier de sa politique sociale dans la série DMZ. Malgré tout il a souhaité écrire une série de nature patriotique sur la guerre d'indépendance des États-Unis (1775-1783), mais bien sûr avec une approche particulière. Il a choisi de débuter son récit dans le Vermont, dans la région où il a grandi, et il a préféré à s'intéresser à ses prémices et à la première milice du pays. Le lecteur suit donc un jeune homme (17 ans au début du récit) qui accepte de se battre aux côtés d'autres volontaires pour libérer le pays du joug de l'armée anglaise. Sa motivation découle de l'exécution de deux hommes dans la salle d'audience de Westminster dans le Vermont (un fait historique authentique). En outre, cette approche a l'avantage de légitimer les actions du personnage, puisque la guerre d'indépendance était une bonne chose pour un lecteur américain. Il n'y a donc pas de question morale à libérer un pays, pas d'intention polémique.

Le point de vue adopté par le scénariste capte tout de suite l'attention du lecteur, même s'il n'est pas féru d'Histoire en général et de la guerre d'indépendance en particulier. Le scénariste adopte une approche naturaliste, sans aller jusqu'au journal intime. Le lecteur américain retrouve quelques hauts faits de la guerre d'indépendance, mais sous un angle secondaire, à savoir quelques faits d'armes qui ont apporté un avantage tactique réel pour les grandes batailles. Aux côtés de Seth Abbott, le lecteur voit la milice progresser et accomplir des besognes peu glorieuses, mais indispensables. Brian Wood prend le temps d'étoffer son personnage principal par un retour dans le passé avec son père blessé. Il n'oublie pas non plus Mercy Tucker, en évoquant régulièrement (même si brièvement) le fait qu'elle se retrouve une jeune femme seule au milieu des bois à accomplir toutes les besognes. Il sous-entend qu'une tribu indienne se trouve non loin, et qu'il arrive que passent des soldats désœuvrés dans les parages.

Brian Wood ne raconte pas les affrontements armés à la manière d'un Garth Ennis. Il y a du sang, des blessures et des morts. Il y a quelques réflexions sur la lutte des classes, et sur la chaîne de commandement, sans que cela ne devienne le cœur du récit. L'auteur s'est fixé pour objectif de montrer l'ordinaire de la vie de Seth Abbott au sein de cette milice, sans se livrer à une thèse historique, ou à un réquisitoire social ou politique. Abbott est légitime dans son action, puisque que c'est les bons qui ont gagné. Plusieurs des hauts faits de cette première milice sont passés en revue jusqu'au retour d'Abbott chez lui en 1783.

Andrea Mutti avait déjà travaillé avec Brian Wood sur quelques épisodes de la série DMZ. Les couleurs de Jordie Bellaire rendent les pages attractives, avec une bonne unité chromatique, et des différences marquées pour chaque séquence. Mais en s'attardant un peu plus sur les dessins, le lecteur n'est pas entièrement convaincu par leur apparence. Le trait d'encrage est vaguement charbonneux, sans qu'on puisse parler de parti pris artistique. Les ombrages ne correspondent pas exactement à l'éclairage, épousant des formes un peu vagues. Les visages ne sont pas très amènes, et leurs expressions manquent de nuance. Cette apparence un peu âpre ne nuit pourtant pas au plaisir de la lecture. Andrea Mutti a la tâche peu enviable de donner corps à cette reconstitution historique, ce qui passe par un travail de référence conséquent. Il doit rechercher chaque tenue militaire, chaque construction, chaque outil pour être sûr de réaliser une reconstitution authentique. Or cette dimension importante de son travail est réalisée avec soin.

Le lecteur ressent donc l'impression de voir une époque révolue, avec un degré de précision satisfaisant. La narration visuelle se révèle être de qualité, racontant l'histoire sans problème de compréhension, y compris dans les pages muettes. En effet à plusieurs reprises, Brian Wood s'en remet aux compétences de l'artiste pour raconter l'histoire sans l'aide de mots, et la compréhension est immédiate, sans difficulté. Le lecteur peut alors apprécier la justesse des postures des protagonistes, adaptées à leur occupation, évoquant leur concentration (les soldats rechargeant leur fusil sur le champ de bataille) ou leurs émotions (Seth revenant chez lui, Mercy peinant à la tâche). L'aspect parfois un peu mal dégrossi des dessins se trouve également en phase avec la tonalité du récit, et les conditions de vie un peu rudes de Seth Abbott au sein de la milice, ou de Mercy Tucker aux abords de sa cabane forestière.

Cette première histoire évoque une forme d'engagement politique inscrit dans son époque, en suivant un jeune homme convaincu de son bon droit, courageux et compétent. Andrea Mutti réalise des cases à l'allure un peu fruste sur les bords, mais portant la narration avec une grande conviction. Brian Wood évoque un pan de l'Histoire des États-Unis, de son émancipation de la tutelle anglaise, au travers d'une milice. Effectivement il s'agit d'un récit patriotique dans le sens où il ne remet pas en cause l'action de ses pères fondateurs, mais sans être prosélyte ou réactionnaire. 4 étoiles si le lecteur est venu chercher une leçon d'Histoire avec une mise en perspective, 5 étoiles s'il s'agit d'une première découverte de cette facette de la guerre d'indépendance.

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- Goodwife, Follower, Patriot, Republican (épisode7, dessins et encrage de Matt Woodson) - Sarah Fraser était une femme au caractère indépendant, que l'on pourrait qualifier d'indomptable au regard des critères de l'époque. Pourtant elle s'est mariée avec Samuel Hull. Lorsque ce dernier partit à la guerre en 1777, elle le suivit pour assurer des tâches logistiques pour son bataillon, non pas comme cuisinière ou infirmière, mais comme chasseuse de gibier, et chef des autres femmes. Ses capacités d'organisation et de commandement étaient telles que lorsque son mari fut blessé au combat, les autres soldats qui demandèrent d'assurer le commandement de leur unité au pied levé.

Avec cet épisode, Brian Wood décide de rendre hommage aux femmes ayant pris part à la guerre d'indépendance. Comme le lecteur l'attend de sa part, il le fait à sa manière, avec des faits historiques sur la manière dont l'armée a pu prendre en compte ces femmes, à cette époque. Il réalise un épisode prenant et intelligent, évitant la tentation de tenir un discours féministe primaire qui appliquerait des critères modernes.

Les dessins de Matt Woodson sont moins chargés en encrage, et donne une impression plus descriptive et plus légère. Ses personnages apparaissent mieux dégrossis, sans que le récit ne soit peuplé de mannequins et de modèles. La reconstitution historique semble exacte, et l'ambiance du champ de bataille est bien rendue, sans que les dessins plus propres sur eux ne donnent l'impression d'une reconstitution factice.

Brian Wood prouve qu'il n'a rien perdu de sa sensibilité sociale, pour une histoire consistante et pertinente, avec des dessins professionnels. 5 étoiles.

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- Beware the bookish Woman (épisode 8 partie 1, dessins et encrage d'Ariela Kristantina) - À Boston, quelques individus placardent des affiches tournant les anglais en dérision. Silence Bright possède sa propre presse pour imprimer et elle se fait arrêter par les soldats qui sont remontés jusqu'à elle. En prison, elle fait la connaissance de Jane Franklin, la sœur de Benjamin.

En 16 pages, Brian Wood expose la situation de cette jeune rebelle, refusant de se soumettre à l'autorité anglaise et devant assumer ses choix. Les dessins d'Ariela Kristantina bénéficient d'un trait d'encrage plus lourd et élégant. L'histoire est prenante du début jusqu'à la fin, mais elle ne semble déboucher nulle part, et appeler une suite. 4 étoiles pour une mise en bouche enlevée, mais trop courte.

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- Occupation (épisode 8 partie 2, dessins et encrage d'Andrea Mutti) - En plein affrontement urbain à New York, Seth Abbott se retrouve dans une pièce avec Clayton Freeman, un soldat noir ayant accepté d'intégrer l'armée anglaise.

En 6 pages, Brian Wood et Andrea Mutti évoquent la position délicate d'un esclave noir ayant accepté de rejoindre le camp anglais pour accéder à la liberté. Le lecteur retrouve les dessins râpeux d'Andrea Mutti, toujours à l'aise pour évoquer l'époque. Il grimace un peu en voyant que Brian Wood a écrit ce bref intermède à la truelle, exposant le statut de l'esclave, mais sans réussir à faire exister ses personnages. 3 étoiles

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- Stone Hoof (épisode 9, dessins et encrage d'Andrea Mutti) - La guerre d'indépendance oblige tout le monde à choisir son camp, y compris les amérindiens. Stone Hoof a aidé les américains à construire le fort Stalwart proche de la rivière Ohio en 1750. Mais lorsque les intérêts de sa tribu le réclament, il se retrouve à se battre du côté des anglais en 1757, contre ceux qu'il a côtoyés quelques années auparavant.

Le lecteur apprécie la volonté de Brian Wood d'évoquer une autre facette de la guerre d'indépendance, et le fait qu'elle ait eu pour conséquence d'impliquer toutes les populations, y compris indigène. Mais comme pour la courte histoire précédente, celle-ci est construite sur un antagonisme manichéen, avec 2 personnages principaux dont les dialogues relèvent plus du discours ou de la déclaration de credo, que d'échanges crédibles. Les dessins d'Andrea Mutti regagnent en capacité de conviction, avec cet environnement naturel (le fort est implanté au milieu des bois), mais cela ne suffit pas à changer la face du récit. 3 étoiles.

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- Bloody backs (épisode 10, dessins et encrage de Tristan Jones) - En 1770, un soldat anglais se trouve pris à partie par la foule, dans les rues de Boston. Il se souvient de son enrôlement dans l'armée, de sa formation de soldat et de son voyage pour arriver jusque-là.

Toujours dans un objectif de donner à voir le conflit depuis plusieurs points de vue Brian Wood montre aussi la guerre vue par un soldat anglais. Cette fois-ci, le lecteur apprécie à sa juste valeur que les trouffions de l'ennemi soient humanisés et que la nature de leurs motivations soit exposée comme étant entièrement dictée par leur histoire personnelle et les contraintes sociales. Tristan Jones réalise des dessins descriptifs et réalistes, avec des lignes de contour faisant apparaître l'usure des batailles, donnant plus de force au récit. 5 étoiles.


Le Moine fou, tome 1
Le Moine fou, tome 1
par Vink
Edition : Album

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 En temps de troubles, méfiez-vous des personnes serviables., 28 septembre 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Moine fou, tome 1 (Album)
Il s'agit du premier tome d'une série indépendante de toute autre. Cette histoire a bénéficié d'une prépublication dans le magazine Charlie Mensuel à partir de décembre 1983, et d'une édition en album en 1984. Il a été entièrement réalisé par Vink (de son vrai nom Vinh Khoa, né au Vietnam, et installé à Lièges) : scénario, dessins, mise en couleurs (qualifiée de coloriage dans les crédits de dernière page, établis par Vink). Il s'agit d'une série en 10 tomes qui a été rééditée en 2 intégrales en respectant le format d'origine (29,9cm*22,8cm) : L'intégrale Le moine fou, tome 1 : He Pao, joyau du fleuve (tomes 1 à 5) et L'intégrale Le moine fou, tome 2 : Poussière de vie (tomes 6 à 10). À partir de l'année 2000, Vink a donné une suite à cette série, en 5 tomes, regroupés dans Voyages de He Pao (les) - Intégrale (mais dans un format plus petit 17,1cm*24cm).

Ce récit se déroule en Chine féodale, dans le royaume de la dynastie Song (entre 960 et 1279). Un groupe de 3 personnes (Yu Kong, le fils du seigneur local Yu Feng, et ses 2 accompagnateurs) viennent de recevoir en cadeau une boisson, offerte par 2 voyageurs anonymes, dans les bois. Non loin de là, la jeune He Pao (13 ans, gardienne de buffle) est lancée dans une course à dos de buffle, contre 2 autres adolescents. Un officier retrouve les 2 accompagnateurs de Yu Kong, endormis au pied d'un arbre. Il s'inquiète de savoir ce qu'il advenu de leur maître. Des cris en provenance du village le renseignent : sous l'emprise de la folie, il vient d'incendier la maison des parents d'He Pao, qui y ont péri. L'officier intervient pour calmer la foule, sans incriminer Yu Kong. He Pao comprend qu'elle a intérêt à déguerpir en toute discrétion.

Malgré les précautions prises par Yu Feng, son fils Yu Kong réussit à s'enfuir de sa chambre, et à retrouver He Pao dans la forêt. Elle doit son salut à l'intervention de 2 nonnes qui l'emmènent sur une jonque amarrée sur la rive, non loin de là. He Pao est recueillie par 3 nonnes : Grande Sœur, Sœur Pure Conscience et Sœur Esprit Limpide. À la tombée de la nuit, une forte pluie s'abat. He Pao parvient à trouver le sommeil mais il est troublé par un cauchemar. La jonque est attaquée par 6 individus ayant l'intention de tuer toutes ses occupantes, alors qu'ils sont surveillés par un individu anonyme depuis la berge.

Le temps écoulé depuis la parution de ce premier album a consacré cette série pour ses qualités. Le premier contact du lecteur avec ces planches fait ressortir 2 de ses particularités. La première réside dans les dialogues qui sont assez denses et écrits. Vink rend bien compte de certaines tournures de phrases orales, mais certains personnages peuvent monopoliser la parole pour exposer ou expliquer leur point de vue pendant quelques cases, entrecoupés par quelques interjections des autres interlocuteurs. De fait pour un album de 45 pages, il s'agit d'une histoire dense et conséquente, parsemée de points de vue originaux.

La deuxième particularité manifeste apparaît dans l'approche graphique. Vink a opté pour des dessins descriptifs, avec des contours de formes détourés par un trait fin de largeur uniforme. Cette approche donne corps à des environnements très solides, décrits avec minutie. Ces traits encrés sont complétés par une mise en couleur en peinture directe, s'approchant du rendu de l'aquarelle, l'artiste ayant précisé dans des interviews qu'il s'agit d'encre diluée. L'apparence des pages est très singulière du fait de cette mise en couleurs. L'artiste utilise essentiellement des teintes délavées qui adoucissent les dessins, même lorsque la violence éclate. Il utilise des couleurs plus soutenues lorsque la lumière provient d'une bougie ou d'un feu, ou lors du rêve d'He Pao. À quelques reprises, il utilise également des teintes éclatantes et vives, créant un contraste total avec le reste de la planche, pour faire ressortir des visions oniriques, ou des moments brutaux. Il ajoute de la couleur dans le fond de quelques phylactères, sans que cela n'ajoute un sens au propos, ou que le lecteur ne puisse déterminer l'intention dans la mise en couleurs de ces bulles.

De page en page, le lecteur se rend compte qu'il peut se projeter dans chaque case, et qu'il se promène dans des lieux d'une rare consistance. Dans la scène d'ouverture, il apprécie le feuillage des arbres et le vert de l'herbe, lui donnant l'impression de cheminer aux côtés des 2 voyageurs anonymes. Par la suite, il peut admirer le bureau de Yu Feng dans sa demeure, les poutres apparentes de sa maison, ou encore les tuiles du toit. Toute la délicatesse des dessins de Vink ressort dans sa manière de représenter les dalles de pierre dans le jardin, des formes blanche non encrées, posées sur l'herbe. La course-poursuite dans la forêt fait apparaître que Vink a choisi des essences reconnaissables à la forme de leur feuille pour la flore, et qu'il représente des espèces d'oiseau également identifiables.

Sans en avoir conscience, le lecteur se retrouve entièrement immergé dans ces environnements reproduits avec minutie et intelligence. Il ne s'attend pas à ce que le degré de cette immersion augmente encore. Or les pages de la jonque sur la rivière, et sous la pluie sont encore plus envoûtantes, avec le tracé de la chute de chaque goutte d'eau, le cours de la rivière devenu agité par l'apport de l'eau de pluie, les impacts des gouttes sur la surface, un éclairage bleu-violet (avec des teintes d'indigo et de violine) transcrivant la nuit zébrée d'éclair. Les séquences suivantes (de jour sous un soleil normal) sont encore plus magnifiques et intelligentes. Vink parvient à montrer le relief des zones traversées par les nonnes et He Pao, les différentes natures de sol, la diversité de la végétation, et la disposition très particulière de la vallée encaissée dans laquelle elles se retrouvent acculées.

Page après page, le lecteur éprouve la sensation de déambuler ou de séjourner aux côtés des personnages, dans la forêt, dans une maison, sur une route ou un sentier. Il apprécie également la qualité de la reconstitution historique de l'époque et de l'endroit, au travers des constructions, de la jonque, des outils, des armes, des tenues vestimentaires, des coiffures. Vink n'utilise pas une mise en image démonstrative pour épater le lecteur, il se contente de montrer comme s'il s'agissait de photographies prises sur le vif, sans essayer d'éviter de dessiner les éléments les plus compliqués. En regardant les cases, le lecteur a l'impression qu'il pourrait apprendre comment fabriquer le palanquin de fortune sur lequel He Pao est transportée après avoir été blessée.

Le lecteur suit donc une demi-douzaine de personnages (He Pao, les 3 nonnes, Yu Kong, Wang Po le boiteux rigolant). Il n'éprouve aucune difficulté à les reconnaître, que ce soit par un signe distinctif de leur visage (la moustache de Yu Kong) ou par leur tenue vestimentaire. Vink adopte une approche naturaliste pour les représenter, sans exagération morphologique, ni pour les hommes, ni pour les femmes. De même les expressions des visages correspondent à celles d'adultes, assez mesurées, sauf lors des séquences d'action. Les personnages ne sont pas tous identifiables uniquement par leur visage, et il est également difficile de déterminer l'âge d'un protagoniste par son seul visage. En particulier, seul le texte permet de savoir qu'He Pao est âgée de 13 ans, car son apparence ne présente pas beaucoup de différence avec celle des sœurs qui elles ont une morphologie de femme adulte.

Totalement sous le charme visuel de cette bande dessinée, le lecteur pénètre petit à petit dans une intrigue dont le sens général lui échappe. Dans des interviews, Vink a indiqué qu'à l'origine il savait qu'il pourrait réaliser au moins 2 albums pour cette série. De séquence en séquence, le lecteur éprouve l'impression que l'auteur avait en tête dès le début une intrigue de grande envergure. En effet, la séquence d'ouverture montre ces 2 voyageurs anonymes dont les actions ont pour conséquence la folie meurtrière de Yu Kong, mais rien n'est dit de leur motivation. Yu Kong s'acharne sur He Pao, mais le lecteur reste dans le doute quant à une éventuelle préméditation ou même une volonté consciente de donner la mort à ses parents. Le titre de la série évoque un moine fou, mais il n'apparaît pas dans ce tome, ou alors peut-être juste le temps de 3 cases, de manière furtive.

Le lecteur doit donc accepter d'acquérir les informations de manière progressive et éparpillée. Il comprend qu'He Pao a été recueillie, sans en savoir plus sur ses parents d'adoption, ni ses vrais parents, sans rien savoir des circonstances de son adoption. Il apprend que les 3 nonnes sont en fait en mission, sans savoir qui les a mandatées, ni même quelle est l'étendue de leur mission. D'ailleurs il ne sait rien non plus sur l'ordre auquel elles appartiennent. Il en apprendra un petit peu plus sur Grande Sœur à la fin du tome. Il a également du mal à percevoir l'origine et les raisons de la folie de Yu Kong, ainsi que l'intérêt de ceux qui entretiennent cette folie. Dans le dernier tiers, il est enfin question de ce moine fou qui apparaît donc peut-être furtivement le temps de 3 cases, mais à nouveau incidemment, sans information claire.

Le lecteur n'a donc d'autre choix que de se tenir aux côtés d'He Pao, sans pouvoir anticiper le déroulement du récit, ou en deviner la direction générale. Il ne s'agit pas ici d'un auteur qui ne sait pas trop où il va et qui improvise de page en page, mais d'une intrigue fournie qui nécessite du temps pour en installer les différentes composantes. Effectivement, le lecteur ne s'ennuie pas un instant car il suit les tribulations d'He Pao, une jeune adolescente générant un bon niveau d'empathie. Il peut aussi ressentir l'implication des adultes autour d'elle, essayant de garder la main sur le déroulement des événements, avec plus ou moins de réussite. En outre, l'histoire est très intrigante quant au sort d'He Pao, et aux événements qui semblent se cristalliser autour d'elle, sans qu'elle n'en soit la responsable à chaque fois.

En cours de récit, le lecteur remarque des situations ou des réflexions de différentes natures. Il y a l'officier de police qui protège ses intérêts en protégeant les puissants (en particulier Yu Kong), face à une foule qui n'est pas dupe. Il y a la tirade de Wang Po sur la folie. Le lecteur peut prendre ses déclarations comme une échappatoire facile à la vie d'adulte, en cherchant le réconfort de drogues récréatives pour ne pas avoir à supporter la réalité. Il peut aussi y voir un refus de se conformer à une société normative, en vivant une vie de brigands, sans avoir de responsabilité, en profitant des plus faibles. Rapprochés du comportement du riche marchand Yu Feng, les fous ne font que reproduire le comportement des puissants qui abusent de leur pouvoir sur le dos des paysans.

La force du récit réside également dans le fait que les personnages formulent des points de vue en fonction de leur classe sociale, et de leur rôle. Ainsi Grande Sœur envisage l'existence d'He Pao d'une manière poétique et presque mystique, en voyant dans sa survie aux noyades, un joyau du fleuve, une personne sous la protection de l'élément liquide. La dimension mystique reste sous-jacente, en arrière-plan, avec l'oiseau qui guide Yu Kong pour retrouver He Pao, ou la transe dans laquelle entre Wang Po lors de sa tirade sur la folie. Au fil des séquences, le lecteur voit également apparaître la fascination d'He Pao pour les arts martiaux, pour la force qu'il donne, comme un outil de défense, mais aussi de vengeance. En considérant ce premier tome comme un prologue, cette fascination devient l'annonce du thème récurrent de la série, en lien direct avec l'existence d'une technique qui rend fou, celle du Moine Fou.

Ce premier tome de la série plonge le lecteur dans une intrigue à l'allure originale, au milieu de personnages se comportant en adultes, au milieu d'une situation complexe dont les tous les tenants et les aboutissants ne sont pas explicités. La qualité de la narration picturale transporte le lecteur dans cette Chine féodale, d'un village de paysan à une forêt agréable, en passant par des flots tumultueux. Le lecteur se laisse charmer par les environnements, il se prend au jeu de découvrir le sort d'He Pao. Il s'interroge sur la direction de l'intrigue, sur le thème principal, sur les motivations des uns et des autres, sur le profit que certaines factions souhaitent retirer de leurs actions. Sous réserve de s'adapter à la narration, il découvre un récit adulte, bénéficiant d'une reconstitution historique intéressante, avec des personnages façonnés par leur époque, dans une aventure qui sort des sentiers battus.
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Wolverine: Old Man Logan Vol. 1: Berzerker
Wolverine: Old Man Logan Vol. 1: Berzerker
par Jeff Lemire
Edition : Broché
Prix : EUR 15,98

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Empêcher le futur quand on le connaît déjà, 28 septembre 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Wolverine: Old Man Logan Vol. 1: Berzerker (Broché)
Ce tome fait suite à Old man Logan 0: Warzones qu'il n'est pas indispensable d'avoir lu avant mais qui fait le lien avec Old man Logan 2008/2009) de Mark Millar & Steve McNiven. Il comprend les épisodes 1 à 4 de la série mensuelle débutée en 2016, écrite par Jeff Lemire, dessinée et encrée par Andrea Sorrentino, et mise en couleurs par Marcelo Maiolo. Il comprend également le numéro Wolverine giant-size Old Man Logan (initialement paru en 2009) et constituant la conclusion de l'histoire de Millar & McNiven.

Épisodes 1 à 4 - Old man Logan reprend conscience dans une ruelle de New York, nu comme un ver. Il est complètement désorienté, et un individu un peu enrobé, vêtu d'un costume de Spider-Man (sûrement un cosplayeur) lui demande si tout va bien. Logan regarde autour de lui et ne comprend pas où il se trouve et n'a qu'un prénom en tête, celui de Scotty. Il est interpellé par 2 policiers présents sur place qui finissent par lui asséner un coup de Taser (un pistolet à impulsion électrique). Ce choc provoque en lui une vague de remémoration soudaine et violente. Il sait ce qu'il doit faire.

Revenu dans le passé, Logan (en provenance de la Terre 807128) s'est fixé comme objectif de prévenir la survenance de ce qui fut son présent, par tous les moyens. Premier objectif : assassiner un supercriminel de seconde zone appelé Black Butcher parce que dans l'avenir il a eu un geste déplacé impardonnable vis-à-vis de son fils. Deuxième objectif : trouver Bruce Banner et s'assurer qu'il ne deviendra jamais Maestro, qu'il ne pourra jamais provoquer les catastrophes ayant mené à l'hégémonie des supercriminels dans les États-Unis de la Terre 807128. Logan réussit à trouver Hulk, mais celui-ci n'est pas la personne qu'il recherche.

C'est une pratique de base dans l'industrie des comics de superhéros : tout ce qui a déjà marché est recyclé et régurgité jusqu'à en avoir tiré le bénéfice maximum, jusqu'à en avoir extirpé et vidé toute la substance, jusqu'à la dilution insipide. Fin des années 2000, l'histoire Old man Logan fut un grand succès, il est donc même étonnant que l'éditeur Marvel ait attendu autant d'années avant d'en exploiter le potentiel. L'omni-crossover Secret Wars (2015) de Jonathan Hickman & Esad Ribic fut l'occasion de revenir sur toutes les histoires et crossovers à succès, y compris Old Man Logan avec une minisérie écrite par Brian Michael Bendis et dessinée par Andrea Sorrentino. Qui plus est : l'éditeur Marvel avait procédé l'année d'avant à la mise au placard du Logan originel dans Death of Wolverine. Le temps était venu pour un autre personnage d'endosser son costume : Laura McKinney (aussi connue sous le nom de X-23) dans la série Wolverine, à commencer par The four sisters de Tom King & David Lopez. En ce qui concerne les comics, encore plus de Wolverine, c'est toujours mieux, d'où l'idée de lancer une deuxième série, cette fois-ci avec Old man Logan.

Jeff Lemire reprend donc le concept créé par Mark Millar & Steve McNiven, avec la transposition entamée par Brian Michael Bendis. Premier constat : comme Bendis, il a abandonné le bébé Hulk recueilli par Logan à la fin du récit initial. Deuxième constat : le scénariste expose immédiatement la dynamique logique de la série, à savoir que Logan va tout faire pour éviter la survenance du futur catastrophique dont il est issu. Au premier abord, cette motivation présente une logique imparable, encore renforcée par la culpabilité que porte Logan vis-à-vis de la mort des X-Men (se reporter à l'histoire initiale de Millar & McNiven). Pour un lecteur assidu de comics Marvel, il y a quelque chose de pourri dans ce concept car les futurs alternatifs pullulent et le principe sous-entendu est que le présent des personnages Marvel ne débouchera jamais sur aucun de ces futurs déjà écrits. Si Logan avait déjà ouvert un comics, il le saurait.

En laissant de côté cet aspect du récit, le lecteur ressent que Jeff Lemire a déjà trouvé la voix de son personnage, désabusé, déprimé par l'horreur de son histoire personnelle, obsédé par l'idée d'éviter ce futur apocalyptique, miné par ses échecs. Il apprécie cette évolution du personnage, plus sage d'une certaine manière (parce que plus expérimenté), mais aussi plus dangereux du fait du caractère inébranlable de sa résolution. La première exécution sommaire se passe comme sur des roulettes (un supercriminel minable et jetable inventé pour l'occasion), la deuxième met les pieds dans le plat. L'univers partagé Marvel a déjà fortement divergé de ce qu'il était en 2008/2009, et Logan se retrouve face à un Hulk qui n'est pas Bruce Banner (voir Cho Time) et dont il n'a jamais eu connaissance. La suite continue d'établir que ce présent diverge sur de nombreux points par rapport à son passé.

Jeff Lemire se montre un conteur habile. Il intercale des scènes du présent avec des scènes du passé qui se répondent et qui montrent la charge émotionnelle pour Logan des situations qu'il vit au temps présent, par rapport ce qui lui est arrivé dans son passé, c’est-à-dire un futur potentiel pour les autres personnages (Ah ! ces voyages dans le temps et leurs paradoxes). Il met en avant tout le pathos de l'existence de Logan, avec quelques situations humoristiques peu nombreuses qui permettent d'en relever la saveur. Il joue du contraste entre l'histoire d'Old man Logan et le présent de l'univers partagé Marvel, à raison d'un superhéros invité par épisode, ce qui est un rythme raisonnable, ce qui répond à l'attente du lecteur, et ce qui permet de révéler les spécificités du caractère de Logan. Enfin, en scénariste consciencieux, il établit le lien avec la série Extraordinary X-Men dont il est conseillé de lire le premier tome X-Haven, après avoir lu celui-ci plutôt qu'avant.

Même si le lecteur n'est pas un grand admirateur de Jeff Lemire, il aura du mal à résister à l'idée de retrouver l'équipe créatrice de la série Green Arrow ayant débuté avec The kill machine. Lemire et Sorrentino avaient réussi à sortir cette série de la médiocrité dans laquelle elle s'était installée, en particulier grâce à des visuels à couper le souffle. En surface, les dessins de cet artiste évoquent ceux de Jae Lee, avec des formes mangées par des aplats de noir présents dans chaque case, formant un fort contraste avec la finesse des traits utilisés pour détourer les formes. Les contours des aplats de Sorrentino présentent des formes moins élancées et moins géométriques que ceux de Jae Lee, pour un effet plus rugueux et plus râpeux, moins élégants. Cette approche permet de transcrire le poids du passé qui pèse sur Logan, le poids de ces échecs, la noirceur de ses souvenirs, l'usure du temps sur ce vieil homme.

Comme dans la série Green Arrow, Andrea Sorrentino impressionne par l'inventivité de ses compositions de case. Il prouve sa maîtrise de la structure d'une page, avec des formes de case qui s'adaptent à la séquence, par exemple 2 cases inattendues en forme de vache. Il dispose ses cases sur un motif conçu sur une double page, par exemple lors de l'affrontement entre Logan et Steve Rogers au cours duquel les cases semblent s'éloigner comme soumises à la force des coups portés. Il peut même accoler des images au sein d'une seule composition sans bordure de cases, comme lors de la remontée de souvenirs provoquée par la décharge du Taser. Complètement à l'aise dans la construction de ses planches, l'artiste peut même se permettre de citer la couverture du Dark Knight returns de Frank Miller (la silhouette noire de Batman, sous fond de ciel foncé déchiré par un éclair), en l'intégrant parfaitement à la séquence, une citation visuelle légitime à l'opposé du plagiat bon marché en manque d'inspiration.

Par le biais des images, le lecteur s'immerge dans un environnement urbain peu accueillant, avec un effet abrasif et usant sur les individus, en cohérence de phase avec la tonalité du récit. L'approche chromatique de Marcelo Maiolo évoque celle de José Villarubia, avec des tons sombres, pour partie affadis par une sorte de buée. Pour les actions particulièrement violentes, il utilise un rouge pétant qui tranche avec les autres couleurs, faisant ainsi ressortir la brutalité du coup porté, la fulgurance de la frappe, l'impact provoquant une blessure.

Après la ballade insipide écrite par Brian Michael Bendis à l'occasion de Secret Wars (avec déjà de magnifiques pages d'Andrea Sorrentino), le lecteur constate avec plaisir que le personnage d'Old man Logan peut apporter quelque chose de différent à l'univers partagé Marvel. Jeff Lemire sait tirer parti de l'histoire qui lui est propre et il met en scène un individu adulte traumatisé à plusieurs reprises par la vie. Il montre que l'intégration dans ce nouveau monde ne sera pas chose aisée et que ce personnage comprend un potentiel de développement et d'évolution que le Logan initial semblait épuisé depuis plusieurs années. Les pages d'Andrea Sorrentino insufflent une vie et une crédibilité impressionnantes à ce personnage et à ces actes. Cependant ces 4 épisodes se lisent plus comme une introduction que comme une histoire consistante. 4 étoiles.

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Old man Logan giant Size - Old man Logan a perdu le peu qu'il lui restait. Il a décidé de se lancer dans un baroud d'honneur : aller affronter Bruce Banner sur son territoire, après avoir fait avaler leur extrait de naissance à un maximum de cousins Banner.

Afin de pouvoir apposer un prix de vente satisfaisant ($16.99), l'éditeur Marvel utilise sa méthode habituelle : rajouter un numéro d'une histoire ayant un rapport avec la principale. Les responsables ont choisi le dernier épisode de l'histoire initiale voyant apparaître pour la première fois Old man Logan de la Terre 807128 (parce qu'il y a déjà eu des versions âgées de Logan précédemment, ne serait-ce que dans Days of future past, de Chris Claremont, John Byrne et Terry Austin). Si le lecteur a déjà lu cette histoire, il n'apprécie que moyennement cette pratique commerciale. S'il n'a jamais lu cette histoire, il en découvre la fin sans en avoir le début. Pas sûr qu'il s'en trouve très satisfait non plus.

Pour ce numéro, Mark Millar & Steve McNiven avait décidé de conclure en force, avec un affrontement sans pitié, sanglant et même gore. L'attention portée aux détails et l'approche réaliste des dessins en font un combat mémorable et assez dégoutant. Cet épisode rappelle également que Logan n'avait pas fini tout seul, dans un clin d'œil au manga Lone Wolf and Cub de Kazuo Koike & Goseki Kojima. Le lecteur constate que Jeff Lemire a suivi la voix de la facilité empruntée par Brian Michael Bendis, en oubliant ce personnage supplémentaire (au moins pour l'instant).
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Sep 28, 2016 8:53 PM MEST


Fight club 2
Fight club 2
par Chuck Palahniuk
Edition : Relié
Prix : EUR 25,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Un ami imaginaire, 27 septembre 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Fight club 2 (Relié)
Ce tome fait suite au roman Fight Club de Chuck Palahniuk, publié en 1996 qu'il vaut mieux avoir lu avant, ou au moins avoir vu le film de David Fincher Fight Club (1999). Il comprend les 10 épisodes de la minisérie, initialement parus en 2015/2016, écrits par Chuck Palahniuk, dessinés et encrés par Cameron Stewart, avec une mise en couleurs de Dave Stewart. Les couvertures sont l'œuvre de David Mack. Le tome commence par une introduction de 2 pages rédigée par Gerard Howard, le responsable d'édition qui a poussé pour que son employeur publie le roman initial. Il se termine par une fin alternative au roman, en 10 pages de bandes dessinées réalisées par les mêmes auteurs.

Dix ans après les événements racontés dans Fight Club (le roman), le Narrateur a pris le nom de Sebastian. Il est marié avec Marla Singer, et ils ont un fils appelé Junior. Sebastian travaille pur une entreprise de conseil nommé Rize or Die, où il occupe un poste de bureau, sans joie et sans motivation. Il est sous traitement médicamenteux afin d'éviter une rechute et la réapparition de Tyler Durden. Marla souffre d'ennui et a recommencé à fréquenter des groupes d'entraide psychologiques, le dernier étant destiné aux malades souffrant de progéria (maladie également connue sous le nom de syndrome de Hutchinson-Gilford, provoquant des changements physiques ressemblant à une sénescence accélérée). La babysitteur de Junior a un comportement un peu apeuré vis-à-vis de Sebastian quand il rentre plus tôt que d'habitude.

En fait, Marla Singer n'en peut plus de cette normalité castratrice dans un pavillon de banlieue avec une pelouse bien entretenue et un mari d'une banalité effroyable et ennuyeuse. Elle a donc décidé de neutraliser le traitement médicamenteux de Sebastian. Le résultat ne se fait pas attendre : il se montre beaucoup plus fougueux au lit, même s'il ne s'en souvient pas forcément. Tyler Durden est de retour et il a de grands projets. Les succursales du Club vont pouvoir retrouver un objectif : projet Mayhem. Dans un bar, Sebastian se rend compte que le serveur a le visage tuméfié et une référence à la Genèse tatouée sur le cou. Il va en avoir des choses à raconter au docteur Wrong, son psychanalyste, lors de la prochaine séance.

20 ans après la parution du roman original, Chuck Palahniuk répond enfin à l'attente des lecteurs et des adorateurs du Fight Club : Tyler Durden, l'homme (le vrai) qui refuse la médiocrité de la société moderne, est de retour. Les clubs n'ont jamais cessé d'exister, mais sans leur maître idéologique, ils n'ont pu que perpétrer la mécanique des combats, sans que cette forme de préparation ne débouche sur quoi que ce soit. Au vu du titre, le lecteur s'attend à une suite en bonne et due forme au roman (à la rigueur au film de David Fincher). Dès les premières séquences, l'auteur confirme cet état de fait. Le lecteur doit être familier du récit original. Il doit se souvenir des personnages secondaires afin de les reconnaître lors de leur retour et pour comprendre le sens de leurs actions. Lorsque plusieurs membres d'un Club se mettent à psalmodier le nom de Robert Paulson, il faut savoir de qui il s'agit pour comprendre le sens de ce passage. De la même manière, il faut pouvoir se rappeler que la fréquentation de groupes d'entraide avait permis à Sebastian et Marla de se rencontrer initialement.

Rasséréné, le lecteur s'installe confortablement et se prête au jeu d'identifier les références à l'œuvre originale et s'en remet à l'auteur pour le secouer dans son fauteuil, le faire sortir de sa zone de confort et le contraindre à regarder la vérité en face. Les thèmes présents dans l'original resurgissent : l'absence de sens de la vie moderne, la sensation d'émasculation de l'homme végétant dans une vie banale sans pouvoir s'accomplir, l'asservissement de l'individu à sa sécurité matérielle, le recours aux médicaments pour supporter un quotidien médiocre et navrant, la pulsion de d'agir sur son environnement pour le maîtriser et le modeler. Tous les doutes sont balayés d'un revers de main : cette suite est légitime dans tous les sens du terme. Pour donner une suite à son roman le plus populaire, l'auteur a choisi une forme tout aussi populaire, celle de la bande dessinée. Les couvertures prennent la forme de peintures magnifiques et ironiques, réalisées par David Mack, l'auteur de la série Kabuki.

Cameron Stewart est un dessinateur ayant travaillé à plusieurs reprises avec Grant Morrison, scénariste exigeant et ambitieux, ayant également réalisé le scénario d'une des incarnations de la série Batgirl. En découvrant les premières pages, le lecteur observe des dessins réalisés dans une approche réaliste et descriptive, avec un degré de simplification qui les éloignent du photoréalisme, et qui leur donne une apparence moqueuse, voire ironique, dans certaines séquences. Il retrouve à plusieurs reprises des échos visuels du film de David Fincher, Stewart s'en inspirant pour créer des liens avec le premier Fight Club. Il retrouve ainsi l'ambiance un peu glauque de la salle où se tiennent les réunions du groupe d'entraide (renforcée par la mise en couleurs intelligente et sensible de Dave Stewart), la maison délabrée que Tyler Durden avait choisie comme quartier général (après la destruction de l'appartement du Narrateur), la vivacité et le tonus des rapports sexuels entre Marla et Tyler, et quelques autres éléments.

Dès la page 10, le lecteur observe que l'artiste surimpose des éléments dessinés par-dessus les cases proprement dites. C'est ainsi qu'apparaissent des gélules qui viennent masquer des visages ou des parties de phylactères, puis des pétales de fleurs, puis des comprimés qui semblent comme apposés sur les visages pour les masquer intentionnellement. Cameron Stewart dessine ces éléments de manière plus réalistes que ceux dans les cases, en y ajoutant un ombrage, comme s'ils étaient vraiment posés par-dessus la planche dessinée. Il constate également que l'artiste ne recherche pas une ressemblance avec les acteurs du film. Il n'est pas possible de reconnaître Brad Pitt et le visage de Sebastian n'évoque que vaguement celui d'Edward Norton.

De séquence en séquence, le lecteur se rend compte que l'approche de Cameron Stewart permet de mettre sur le même plan graphique des éléments qui sinon seraient apparus comme disparates parce qu'appartenant à des environnements trop éloignés (par exemple la pelouse bien tondue et la guérilla urbaine à Mogadiscio en Somalie). Il constate également que l'artiste ne se contente pas d'illustrer le scénario, mais qu'il utilise des techniques spécifiques à ce média. Par exemple, en page 20, le lecteur peut voir la tête de Sebastian ayant explosé (avec un œil voletant à travers la page) et expulsant les biens matériels qui constituaient sa prison. Il y a également le recours à ces éléments comme apposés sur la page. Il y a aussi possibilité de disposer côte à côte une case au temps présent et une case dans le passé. Dans le chapitre 4, il représente les déplacements d'un personnage par des pointillés sur un fond de plan. La page finale de ce même chapitre montre le sceau du Comics Code Authority (un organise d'autocensure des comics) maculé de sang, image à destination de lecteurs de comics.

Le choix de Cameron Stewart se révèle de plus en plus pertinent au fur et à mesure que l'intrigue avance. En effet, son approche graphique lui permet de représenter au premier degré les éléments de plus en plus déconcertants du récit, virant parfois à la parodie. Il faut dire que Chuck Palahniuk ne fait pas dans la demi-mesure : un dessin en pleine page montrant en contre plongée une dizaine d'individus atteints de progéria descendant en parachute sur un château (dont un dans son fauteuil roulant), des spermatozoïdes serpentant sur la page par-dessus les cases, des individus avec de franches expressions d'exaspération sur le visage, et bien d'autres surprises visuelles. Le lecteur peut alors trouver que la narration visuelle vire trop vers la farce, malgré une mise en couleurs qui reste discrète et sobre.

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- ATTENTION - La suite du commentaire comprend des divulgâcheurs. -
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Mais la dérive narrative s'est produite bien avant. Dès la page 89, Chuck Palahniuk fait une apparition dans le récit, participant à un Club (d'écrivains) dont l'une d'entre eux lui fait observer que cela devient trop méta (pour métacommentaire). Il reviendra par la suite se mêler du récit et donner des conseils sur le scénario, voire avouer son incapacité à maîtriser sa direction. Comme le lecteur pouvait s'y attendre, l'auteur réalise bien une suite, mais refuse de radoter. Il y a donc l'apparition d'autres thèmes qui viennent s'ajouter à ceux présents dans l'œuvre originelle : la psychanalyse, l'importance de la Bible, l'effet Werther (nom donné au suicides mimétiques, en référence à Les souffrances du jeune Werther (1774) de Johann Wolfgang von Goethe), le devenir des personnages de fiction.

Chuck Palahniuk ne ressasse pas les thèmes qui ont fait le succès du roman et du film, il poursuit sa réflexion en s'appuyant sur la célébrité de ses personnages. Au cours d'une séquence, un protagoniste déclare que les personnages peuvent survivre aux lecteurs. L'auteur indique par cette formule que ses personnages lui ont échappé dès qu'ils ont commencé à exister par le prisme déformant des lecteurs et des spectateurs, qu'ils ont connu autant de représentations et d'interprétations qu'il y a de lecteurs. Il indique également qu'il est légitime à en reprendre possession pour leur donner un avenir. Il commence sur la célébrité de Tyler Durden et du Fight Club (état paradoxal puisque sa première règle est qu'on n'en parle pas) et poursuit sa réflexion sur l'inanité d'être un suiveur, fusse de Tyler Durden. Il tourne en dérision sa propre création, en montrant l'existence d'un Club de courtepointe (sans parler du Club d'écrivains dont il fait partie, dans le cadre de la présente fiction). Palahniuk ne se moque pas de ses personnages, ni du lecteur, il rappelle qu'il s'agit de fictions et que leur célébrité constitue un contresens de l'objectif de leur création. Il appelle à nouveau à penser par soi-même, à ne suivre personne et pas lui plus qu'un autre.

Chuck Palahniuk ne se contente pas de se regarder le nombril en parlant de la célébrité de ses créations. Il continue la réflexion sur la propension pour l'être humain à prendre des fictions pour la réalité, en prenant l'exemple de l'assassinat de John Fitzgerald Kennedy. Il flanque de grands coups de pied dans le mythe du sauveur avec ces individus déformés par la progéria. Il fait preuve d'humilité avec les paroles finales de Sebastian indiquant que tous ses efforts de manipulation de son lectorat sont partis dans des directions qu'il n'avait pas prévues. Il fait son deuil de l'autorité paternelle. Il évoque l'influence pervasive de la Bible dans la vie des individus. Il chante les louanges des associations d'aide aux enfants gravement malades, avec l'association Baguette Magique. Il donne son opinion sur l'aide psychanalytique.

En fin de tome, le lecteur se retrouve en butte au fait que Chuck Palahniuk lui a donné exactement ce qu'il attendait, et que pourtant le résultat constitue quelque chose de bien différent qui défie les attentes. Il a apprécié la simplicité narrative des dessins de Cameron Stewart, tout ayant conscience que les images ont permis de faire passer des associations d'idées mieux que le langage écrit ne l'aurait permis. Il a l'impression que cette histoire se termine en grosse farce, et que la leçon à en tirer n'est pas celle qu'il aurait souhaitée. Comme l'indique la phrase sur la couverture peinte de David Mack : il y a des amis imaginaires qui ne s'en vont jamais. Après lecture, ce constat s'applique bien sûr à Tyler Durden, mais aussi à Robert Paulson, un ami imaginaire dont l'auteur lui-même n'a pas pu se défaire, du fait de la pression de son lectorat, ou plutôt de la popularité acquise par le personnage. Cette suite de Fight Club ne fait pas que dépasser les attentes, elle dépasse les espérances en reprenant le récit et les thématiques là où l'auteur s'en était arrêté il y a 20 ans et en les ouvrant sur d'autres réflexions, tout aussi brutales (à commencer par le mélange entre réalité et fiction de l'auteur, mais aussi du lecteur).
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Sep 28, 2016 8:54 PM MEST


Fight Club 2 (Graphic Novel)
Fight Club 2 (Graphic Novel)
par Chuck Palahniuk
Edition : Relié
Prix : EUR 23,07

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Un ami imaginaire, 27 septembre 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Fight Club 2 (Graphic Novel) (Relié)
Ce tome fait suite au roman Fight Club de Chuck Palahniuk, publié en 1996 qu'il vaut mieux avoir lu avant, ou au moins avoir vu le film de David Fincher Fight Club (1999). Il comprend les 10 épisodes de la minisérie, initialement parus en 2015/2016, écrits par Chuck Palahniuk, dessinés et encrés par Cameron Stewart, avec une mise en couleurs de Dave Stewart. Les couvertures sont l'œuvre de David Mack. Le tome commence par une introduction de 2 pages rédigée par Gerard Howard, le responsable d'édition qui a poussé pour que son employeur publie le roman initial. Il se termine par une fin alternative au roman, en 10 pages de bandes dessinées réalisées par les mêmes auteurs.

Dix ans après les événements racontés dans Fight Club (le roman), le Narrateur a pris le nom de Sebastian. Il est marié avec Marla Singer, et ils ont un fils appelé Junior. Sebastian travaille pur une entreprise de conseil nommé Rize or Die, où il occupe un poste de bureau, sans joie et sans motivation. Il est sous traitement médicamenteux afin d'éviter une rechute et la réapparition de Tyler Durden. Marla souffre d'ennui et a recommencé à fréquenter des groupes d'entraide psychologiques, le dernier étant destiné aux malades souffrant de progéria (maladie également connue sous le nom de syndrome de Hutchinson-Gilford, provoquant des changements physiques ressemblant à une sénescence accélérée). La babysitteur de Junior a un comportement un peu apeuré vis-à-vis de Sebastian quand il rentre plus tôt que d'habitude.

En fait, Marla Singer n'en peut plus de cette normalité castratrice dans un pavillon de banlieue avec une pelouse bien entretenue et un mari d'une banalité effroyable et ennuyeuse. Elle a donc décidé de neutraliser le traitement médicamenteux de Sebastian. Le résultat ne se fait pas attendre : il se montre beaucoup plus fougueux au lit, même s'il ne s'en souvient pas forcément. Tyler Durden est de retour et il a de grands projets. Les succursales du Club vont pouvoir retrouver un objectif : projet Mayhem. Dans un bar, Sebastian se rend compte que le serveur a le visage tuméfié et une référence à la Genèse tatouée sur le cou. Il va en avoir des choses à raconter au docteur Wrong, son psychanalyste, lors de la prochaine séance.

20 ans après la parution du roman original, Chuck Palahniuk répond enfin à l'attente des lecteurs et des adorateurs du Fight Club : Tyler Durden, l'homme (le vrai) qui refuse la médiocrité de la société moderne, est de retour. Les clubs n'ont jamais cessé d'exister, mais sans leur maître idéologique, ils n'ont pu que perpétrer la mécanique des combats, sans que cette forme de préparation ne débouche sur quoi que ce soit. Au vu du titre, le lecteur s'attend à une suite en bonne et due forme au roman (à la rigueur au film de David Fincher). Dès les premières séquences, l'auteur confirme cet état de fait. Le lecteur doit être familier du récit original. Il doit se souvenir des personnages secondaires afin de les reconnaître lors de leur retour et pour comprendre le sens de leurs actions. Lorsque plusieurs membres d'un Club se mettent à psalmodier le nom de Robert Paulson, il faut savoir de qui il s'agit pour comprendre le sens de ce passage. De la même manière, il faut pouvoir se rappeler que la fréquentation de groupes d'entraide avait permis à Sebastian et Marla de se rencontrer initialement.

Rasséréné, le lecteur s'installe confortablement et se prête au jeu d'identifier les références à l'œuvre originale et s'en remet à l'auteur pour le secouer dans son fauteuil, le faire sortir de sa zone de confort et le contraindre à regarder la vérité en face. Les thèmes présents dans l'original resurgissent : l'absence de sens de la vie moderne, la sensation d'émasculation de l'homme végétant dans une vie banale sans pouvoir s'accomplir, l'asservissement de l'individu à sa sécurité matérielle, le recours aux médicaments pour supporter un quotidien médiocre et navrant, la pulsion de d'agir sur son environnement pour le maîtriser et le modeler. Tous les doutes sont balayés d'un revers de main : cette suite est légitime dans tous les sens du terme. Pour donner une suite à son roman le plus populaire, l'auteur a choisi une forme tout aussi populaire, celle de la bande dessinée. Les couvertures prennent la forme de peintures magnifiques et ironiques, réalisées par David Mack, l'auteur de la série Kabuki.

Cameron Stewart est un dessinateur ayant travaillé à plusieurs reprises avec Grant Morrison, scénariste exigeant et ambitieux, ayant également réalisé le scénario d'une des incarnations de la série Batgirl. En découvrant les premières pages, le lecteur observe des dessins réalisés dans une approche réaliste et descriptive, avec un degré de simplification qui les éloignent du photoréalisme, et qui leur donne une apparence moqueuse, voire ironique, dans certaines séquences. Il retrouve à plusieurs reprises des échos visuels du film de David Fincher, Stewart s'en inspirant pour créer des liens avec le premier Fight Club. Il retrouve ainsi l'ambiance un peu glauque de la salle où se tiennent les réunions du groupe d'entraide (renforcée par la mise en couleurs intelligente et sensible de Dave Stewart), la maison délabrée que Tyler Durden avait choisie comme quartier général (après la destruction de l'appartement du Narrateur), la vivacité et le tonus des rapports sexuels entre Marla et Tyler, et quelques autres éléments.

Dès la page 10, le lecteur observe que l'artiste surimpose des éléments dessinés par-dessus les cases proprement dites. C'est ainsi qu'apparaissent des gélules qui viennent masquer des visages ou des parties de phylactères, puis des pétales de fleurs, puis des comprimés qui semblent comme apposés sur les visages pour les masquer intentionnellement. Cameron Stewart dessine ces éléments de manière plus réalistes que ceux dans les cases, en y ajoutant un ombrage, comme s'ils étaient vraiment posés par-dessus la planche dessinée. Il constate également que l'artiste ne recherche pas une ressemblance avec les acteurs du film. Il n'est pas possible de reconnaître Brad Pitt et le visage de Sebastian n'évoque que vaguement celui d'Edward Norton.

De séquence en séquence, le lecteur se rend compte que l'approche de Cameron Stewart permet de mettre sur le même plan graphique des éléments qui sinon seraient apparus comme disparates parce qu'appartenant à des environnements trop éloignés (par exemple la pelouse bien tondue et la guérilla urbaine à Mogadiscio en Somalie). Il constate également que l'artiste ne se contente pas d'illustrer le scénario, mais qu'il utilise des techniques spécifiques à ce média. Par exemple, en page 20, le lecteur peut voir la tête de Sebastian ayant explosé (avec un œil voletant à travers la page) et expulsant les biens matériels qui constituaient sa prison. Il y a également le recours à ces éléments comme apposés sur la page. Il y a aussi possibilité de disposer côte à côte une case au temps présent et une case dans le passé. Dans le chapitre 4, il représente les déplacements d'un personnage par des pointillés sur un fond de plan. La page finale de ce même chapitre montre le sceau du Comics Code Authority (un organise d'autocensure des comics) maculé de sang, image à destination de lecteurs de comics.

Le choix de Cameron Stewart se révèle de plus en plus pertinent au fur et à mesure que l'intrigue avance. En effet, son approche graphique lui permet de représenter au premier degré les éléments de plus en plus déconcertants du récit, virant parfois à la parodie. Il faut dire que Chuck Palahniuk ne fait pas dans la demi-mesure : un dessin en pleine page montrant en contre plongée une dizaine d'individus atteints de progéria descendant en parachute sur un château (dont un dans son fauteuil roulant), des spermatozoïdes serpentant sur la page par-dessus les cases, des individus avec de franches expressions d'exaspération sur le visage, et bien d'autres surprises visuelles. Le lecteur peut alors trouver que la narration visuelle vire trop vers la farce, malgré une mise en couleurs qui reste discrète et sobre.

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- ATTENTION - La suite du commentaire comprend des divulgâcheurs. -
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Mais la dérive narrative s'est produite bien avant. Dès la page 89, Chuck Palahniuk fait une apparition dans le récit, participant à un Club (d'écrivains) dont l'une d'entre eux lui fait observer que cela devient trop méta (pour métacommentaire). Il reviendra par la suite se mêler du récit et donner des conseils sur le scénario, voire avouer son incapacité à maîtriser sa direction. Comme le lecteur pouvait s'y attendre, l'auteur réalise bien une suite, mais refuse de radoter. Il y a donc l'apparition d'autres thèmes qui viennent s'ajouter à ceux présents dans l'œuvre originelle : la psychanalyse, l'importance de la Bible, l'effet Werther (nom donné au suicides mimétiques, en référence à Les souffrances du jeune Werther (1774) de Johann Wolfgang von Goethe), le devenir des personnages de fiction.

Chuck Palahniuk ne ressasse pas les thèmes qui ont fait le succès du roman et du film, il poursuit sa réflexion en s'appuyant sur la célébrité de ses personnages. Au cours d'une séquence, un protagoniste déclare que les personnages peuvent survivre aux lecteurs. L'auteur indique par cette formule que ses personnages lui ont échappé dès qu'ils ont commencé à exister par le prisme déformant des lecteurs et des spectateurs, qu'ils ont connu autant de représentations et d'interprétations qu'il y a de lecteurs. Il indique également qu'il est légitime à en reprendre possession pour leur donner un avenir. Il commence sur la célébrité de Tyler Durden et du Fight Club (état paradoxal puisque sa première règle est qu'on n'en parle pas) et poursuit sa réflexion sur l'inanité d'être un suiveur, fusse de Tyler Durden. Il tourne en dérision sa propre création, en montrant l'existence d'un Club de courtepointe (sans parler du Club d'écrivains dont il fait partie, dans le cadre de la présente fiction). Palahniuk ne se moque pas de ses personnages, ni du lecteur, il rappelle qu'il s'agit de fictions et que leur célébrité constitue un contresens de l'objectif de leur création. Il appelle à nouveau à penser par soi-même, à ne suivre personne et pas lui plus qu'un autre.

Chuck Palahniuk ne se contente pas de se regarder le nombril en parlant de la célébrité de ses créations. Il continue la réflexion sur la propension pour l'être humain à prendre des fictions pour la réalité, en prenant l'exemple de l'assassinat de John Fitzgerald Kennedy. Il flanque de grands coups de pied dans le mythe du sauveur avec ces individus déformés par la progéria. Il fait preuve d'humilité avec les paroles finales de Sebastian indiquant que tous ses efforts de manipulation de son lectorat sont partis dans des directions qu'il n'avait pas prévues. Il fait son deuil de l'autorité paternelle. Il évoque l'influence pervasive de la Bible dans la vie des individus. Il chante les louanges des associations d'aide aux enfants gravement malades, avec l'association Baguette Magique. Il donne son opinion sur l'aide psychanalytique.

En fin de tome, le lecteur se retrouve en butte au fait que Chuck Palahniuk lui a donné exactement ce qu'il attendait, et que pourtant le résultat constitue quelque chose de bien différent qui défie les attentes. Il a apprécié la simplicité narrative des dessins de Cameron Stewart, tout ayant conscience que les images ont permis de faire passer des associations d'idées mieux que le langage écrit ne l'aurait permis. Il a l'impression que cette histoire se termine en grosse farce, et que la leçon à en tirer n'est pas celle qu'il aurait souhaitée. Comme l'indique la phrase sur la couverture peinte de David Mack : il y a des amis imaginaires qui ne s'en vont jamais. Après lecture, ce constat s'applique bien sûr à Tyler Durden, mais aussi à Robert Paulson, un ami imaginaire dont l'auteur lui-même n'a pas pu se défaire, du fait de la pression de son lectorat, ou plutôt de la popularité acquise par le personnage. Cette suite de Fight Club ne fait pas que dépasser les attentes, elle dépasse les espérances en reprenant le récit et les thématiques là où l'auteur s'en était arrêté il y a 20 ans et en les ouvrant sur d'autres réflexions, tout aussi brutales (à commencer par le mélange entre réalité et fiction de l'auteur, mais aussi du lecteur).


AVENGERS TIME RUNS OUT T03
AVENGERS TIME RUNS OUT T03
par Jonathan Hickman
Edition : Broché
Prix : EUR 14,95

5.0 étoiles sur 5 Tout plus fort que tout le reste. - Meat Loaf, 26 septembre 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : AVENGERS TIME RUNS OUT T03 (Broché)
Ce tome comprend les épisodes 40 à 42 de la série "Avengers " et 29 & 30 de la série "New Avengers", initialement parus en 2015, tous écrits par Jonathan Hickman. Ces épisodes sont dessinés par Stefano Caselli (dessins & encrage d'Avengers 40 & 42), Kev Walker (dessins & encrage de New Avengers 29), Mike Deodato (dessins et encrage d'Avengers 41), Dalibor Talajic (dessins de New Avengers 30, avec un encrage de Rick Magyar).

Le tome commence avec un trombinoscope qui recense 44 personnages, répartis en 5 groupes (Illuminati, SHIELD Avengers, New Avengers, Mighty Avengers et Cabal) et 3 personnages non alignés. 2 autres groupes d'Avengers viendront encore s'ajouter dans le cours du récit (avec un nouveau trombinoscope mis à jour pour chacun des épisodes). Alors que la majeure partie des Avengers se retrouve sur le même champ de bataille, Steve Rogers (un peu vieilli) exige des explications de la part de Reed Richards qui a beaucoup à dire. Pendant ce temps-là, l'un des membres de la Cabale s'apprête à trahir les autres.

Le nombre de Terre s'amenuisant à vitesse grand V, la Terre 1610 est à son tour concernée par les Incursions ; il s'agit de la Terre des Ultimates. Sans surprise, le Reed Richards 1610 s'attend à ce phénomène et il est prêt.

Avec quasiment 70 épisodes au compteur, Jonathan Hickman a bâti une intrigue d'une envergure hallucinante. Loin de donner l'impression de baisser en régime, le récit continue sur sa lancée, en dévastant tout sur son passage. Il faut que le lecteur soit bien investi dans le récit pour en apprécier tous les détails. L'ampleur de la narration (du nombre de personnages à l'enjeu total des Inversions) continue de s'étendre, avec le retour d'un espion qui ramène des informations sur d'autres éléments, ajoutant encore une dimension à l'intrigue.

Le prix à payer pour cette extension incessante est que certaines situations ne disposent pas d'avancée dans ce tome (pas de nouvelles du Doctor Strange), et que d'autres ne bénéficient que de 3 pages (Owen Reece emmenant Doctor Doom en promenade) sans réelle résolution. Par contre, le lecteur éprouve la grande satisfaction de découvrir enfin la raison pour laquelle Iron Man et Watcher avaient vu le corps gisant du Living Tribunal dans l'épisode 8 des New Avengers (voir New Avengers 2 - Infinity), paru de cela près de 2 ans avant. À force de tout englober, Jonathan Hickman se heurte à d'autres projets Marvel de grande ampleur (contredisant en particulier un événement survenu dans Rage of Ultron de Rick Remender). La caractérisation de Thanos laisse toujours à désirer, Hickman le gardant vraisemblablement sous le coude, dans l'attente du grand final.

Passé ces petits points d'accroche difficilement évitables dans un projet d'une telle échelle, le lecteur voit T'challa enfin résoudre son conflit contre Namor respectant les valeurs que lui a transmises T'chaka son père. Il retrouve Izzy Kane (Smasher) et son fils qui doit assumer ses responsabilités au sein de la Garde Impériale. Ces retours sur investissement débutent dès la première scène quand Steve Rogers déclare sur un ton peu amène qu'il se souvient parfaitement, renvoyant à la première scène du premier épisode de la série New Avengers.

Le lecteur qui a suivi la carrière de Jonathan Hickman chez Marvel voit son plaisir doubler car le scénariste récolte également le fruit de ce qu'il a construit dans les autres séries qu'il a écrites. Ainsi l'épisode 40 d'Avengers est intitulé "Les 3 rois", évoquant les souverains des cités dans "Fantastic Four". De la même manière, il apprécie de revoir Hickman écrire Reed Richards 1610, car il était apparu dans une saison des Ultimates, écrite par Hickman, voir ULTIMATE COMICS : ULTIMATES.

À l'évidence, il faut des dessinateurs courageux pour illustrer des épisodes mettant en scène une telle distribution, des combats de grande ampleur et des décors de science-fiction. C'est Stefano Caselli qui ouvre et ferme le bal. Caselli réussit à réaliser des cases claires et bien ordonnées, quel que soit le nombre de personnages. Son découpage présente une grande lisibilité. Il sait donner l'ampleur nécessaire aux moments monumentaux (par exemple une flotte hétérogène d'invasion spatiale faisant chemin vers la Terre 616). Enfin les personnages présentent des visages fermés et sévères en phase avec la tonalité du récit. Caselli n'insuffle pas de nuances supplémentaires par rapport au scénario, mais il le met en scène avec conviction.

Kev Walker prend la suite de Caselli, avec des dessins un peu moins denses, et des visages un peu plus ronds. Walker est moins inspiré que Caselli pour la mise en scène (beaucoup de cases composées de têtes en train de parler), des décors moins détaillés, et des visages moins sérieux. Par contre il se montre inspiré pour visualiser des concepts délicats, telle que l'environnement dans lequel Owen Reece emmène Doctor Doom.

Avec Mike Deodato, le sérieux revient, les cases comprennent des aplats de noir plus massifs. Thanos retrouve un physique massif et un langage corporel qui en impose. Namor redevient impérial, avec un soupçon de mépris. Il donne une forme très séduisante et très convaincante aux concepts des Ultimates. Sans être très aussi impliqués que dans d'autres séries, Mike Deodato réalise du bon travail par rapport à ce qu'il fait d'habitude, du très bon travail par rapport à d'autres dessinateurs.

Avec Dalibor Talajic, les dessins se rapprochent de l'ordinaire des superhéros, avec des décors présents de manière chroniques, des postures plus basiques, et une mise en scène plus ronronnante. Heureusement la mise en couleurs est assurée par Frank Martin pour ces 5 épisodes. Cet artiste chromatique assure la continuité de ton tout au long du tome. Il complète avec efficacité les dessins de Talajic.

Avec ce troisième tome intitulé "Time runs out", Jonathan Hickman apporte la preuve que la structure de sa série a été pensée dans les moindres détails, qu'il maîtrise toujours autant l'univers partagé Marvel (et même le multivers partagé), qu'il a encore une foultitude de surprises sous le coude, que tout le temps passé à démarrer ces 2 séries trouve sa justification dans la vitesse acquise, et le retour sur investissement dans tous les fils narratifs. Le lecteur est emporté dans ce maelstrom hallucinant, au potentiel de divertissement énorme, à l'ampleur sans égal, aux changements innombrables, aux personnages haut en couleurs, aux machinations tentaculaires, etc. Il bénéficie de dessinateurs de bons niveaux, dont certains réussissent à se hisser à la hauteur du scénario, ce qui n'est pas une mince affaire.

Du fait de l'ampleur du récit, Hickman ne dispose pas de toute la place nécessaire pour exposer certaines motivations, ou certaines actions moins prioritaires. Cette tâche a été confiée au scénariste Frank Barbiere dans la série "Avengers world".


Mythic Volume 1
Mythic Volume 1
par Phillip Hester
Edition : Broché
Prix : EUR 16,02

5.0 étoiles sur 5 Chatouiller les pis des vaches, 26 septembre 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Mythic Volume 1 (Broché)
Ce tome est le premier d'une série indépendante de toute autre. Il comprend les épisodes 1 à 8, initialement parus en 2015/2016, écrits par Phil Hester, dessinés et encrés par John McCrea, avec une mise en couleurs de Michael Spicer. Le tome s'ouvre avec une introduction louangeuse (d'une page) rédigée par Mark Millar, évoquant entre autres sa collaboration avec Phil Hester sur des épisodes de Swamp Thing, voir Darker Genesis. Ce tome comprend également une histoire courte consacrée au docteur Devorah Baranski (10 pages, scénario de Phil Hester, dessins de Brian Churilla) et une consacrée à Child of Water & Killer of enemies (20 pages, scénario de Phil Hester, dessins de PJ Holden). Il se termine avec 12 pages de croquis et par les couvertures variantes réalisées par Matteo Scalera, Declan Shalvey, Sean Gordon Murphy, Duncan Fegredo, Goran Parlov, Brian Churilla, Gene Ha, Steve Pugh, et Mike Huddelston. Pour finir le logo et l'habillage de la série ont été développés par Rian Hughes.

Il y a 5 semaines, Nate (Nathan Jayadarma) travaillait dans une petite boutique à réparer des téléphones à New York. Il a reçu la visite d'une vieille femme revêche lui balançant son téléphone sur le comptoir, avec un fil organique le rattachant à sa bouche. Nate a dû se battre contre elle à main nue, alors qu'elle s'était transformée en un gros monstre pas beau et baveux. Il a dû son salut à l'intervention d'un individu appelé Waterson, vêtu d'un uniforme rouge et noir, et employé par la société Mythic Lore Services. De nos jours, Nate a été recruté et intégré dans la société Mythic Lore Services, et il intervient avec l'équipe B à Yosemite dans le Colorado.

L'équipe B se compose de Nathan Jayardama, Waterson (responsable de l'équipe), et Cass (diminutif de Cassandra). Ils ont été dépêchés suite à la demande des autorités locales qui ne s'expliquent pas pourquoi il ne pleut plus sur cette région des États-Unis. Très sérieuse, Cass explique que c'est suite à une dispute entre Stormcoud (divinité locale des nuages) et Rockwoman (divinité locale des montagnes) : suite aux infidélités du premier, la seconde ne veut plus le voir, et de ce fait il ne pleut plus. Cette explication est reçue avec tout le scepticisme possible par le shérif. Loin d'arranger leur cas, les prédictions de Cassandra (avec un nom pareil, c'était à attendre) enfoncent le clou avec celle que les 2 amants se rabibocheront grâce à l'intervention de Killer of enemies (le frère de Waterson). Et encore le shérif et le scientifique qui l'accompagne n'ont pas vu comment Waterson va s'y prendre pour invoquer son frère (ça implique de perdre une dent par un coup violemment asséné à l'aide d'une clef à molette grand modèle).

Depuis les années 2000, le lecteur a l'impression que la chasse aux monstres de qualité (avec monstres originaux et un goût pour le folklore) est la chasse gardée de Mike Mignola, d'abord avec sa série Hellboy, puis avec son excellente série BPRD. Malgré la chaude recommandation de Mark Millar, il doute que Phil Hester et John McCrea arrivent à se faire une place au soleil sur ce terrain où Mignola et John Arcudi excellent. La première séquence située 5 semaines dans le passé montre que les créateurs sont à la hauteur du mètre étalon que sont les séries de Mignola. L'attaque est soudaine, et assez répugnante. L'artiste a conçu une apparence spécifique pour le monstre, avec à la fois une dimension horrifique, et à la fois une touche d'autodérision. Le combat dans la ruelle est spectaculaire à souhait. Waterson intervient juste trop tard pour ne pas respecter le cliché de l'arrivée providentielle de la cavalerie. L'utilisation par Mythic Lore Services d'un camion d'enlèvement déguisé en benne à ordures ménagères apporte une petite touche humoristique, un second degré léger, à nouveau jouant sur un clin d'œil adressé au lecteur, sans nuire au premier degré du récit.

D'une manière générale, le lecteur constate que John McCrea s'est astreint à dessiner de manière plus descriptive et moins caricaturale que dans la majeure partie de ses travaux (en particulier ceux avec Garth Ennis). Les principaux personnages sont dessinés de manière réaliste, avec une silhouette normale, des gestes mesurés (en dehors des séquences d'action) et des expressions visages elles aussi normales. Il est vrai qu'il se lâche un peu lors des séquences d'action avec des grands gestes à la Jack Kirby, et des expressions exacerbées, mais au vu de la ménagerie de monstres affrontés, c'est justifié. Hester & McCrea ont copieusement pioché dans la mythologie nordique, avec des apparitions de Surtur, Fenris et Jörmugandr, mais revu à leur sauce. Ils se servent de ces créatures légendaires comme des raccourcis pour évoquer des monstres, en respectant leur principe de base, tout en les faisant leur, en les asservissant à leur intrigue. McCrea s'amuse à dessiner des gros monstres pas beau, dans la plus pure tradition des comics de monstres, en veillant à leur étrangeté irréconciliable à l'humanité. Il ne se contente pas de recopier des formes anthropomorphes vaguement monstrueuses, il conçoit des créatures avec une cohérence interne, différente de celle de l'être humain.

De la même manière que le lecteur peut percevoir une sorte d'amusement à représenter des personnages en plein combat dantesque, il peut percevoir le même plaisir pris par l'artiste à représenter ces gros monstres. Killer of enemies est irrésistible avec sa tête détachée de son corps et portée sur une de ses mains. Anatol (le cyclope affligé d'une malformation congénitale, il a 2 yeux, ce qui ne se fait pas pour un cyclope) a une tête de Quasimodo passé à la moulinette de Jack Kirby. La tête de Killer of enemies arbore des expressions si viscérales que ses traits en sont déformés jusqu'à l'exagération. Bien sûr les affrontements physiques sont titanesques, avec des débris de roche qui volent sous la force des coups, et des jets de flamme carbonisant tout ce qui se trouve alentours.

John McCrea sait donc se maîtriser quand il s'agit d'une séquence plus ordinaire. Le lecteur apprécie la banalité du drive de l'établissement de restauration rapide, ainsi que la sérénité du champ d'herbe dans lequel s'allongent Nate & Cass, en attendant que les vaches viennent à leur passer dessus (pour qu'ils puissent leur chatouiller les pis). Le dessinateur s'en tire de manière aussi convaincante pour donner une impression satisfaisante des nombreux endroits visités par l'action : la Chaussée des Géants en Irlande du Nord, le parc national de Karlamilyi en Australie, la région de Glaris Sud en Suisse, le British Museum à Londres, une zone sauvage en Birmanie, une base en Antarctique, ou encore une région désertique de l'Utah.

Effectivement Phil Hester déroule une intrigue à plusieurs niveaux. Il installe cette équipe de chasseurs de monstre et montre plusieurs de ses interventions. Il s'amuse bien à prendre le contrepied de toute approche cartésienne, pour présenter les causes du dérèglement sous la forme la plus loufoque possible, engendrant par la même une forme de poésie naïve qui fonctionne bien (mais pourquoi les vaches de ce canton suisse ne donnent-elles plus de lait ? La réponse est charmante.). Le lecteur apprécie ces missions décalées qui nécessitent souvent une démonstration de force physique pour y remédier. Mais il arrive également que la solution présente elle aussi une dimension poétique. Par exemple, un personnage doit trouver une idée pour transformer une barre chocolatée de manière à ce qu'elle soit assimilable par un spectre, ce qui est plus compliqué que ça n'en a l'air. Le scénariste nourrit son bestiaire pour partie de monstres issus des mythes nordiques, mais il en invente également d'autres, à la fois violents et dotés d'une forme d'esprit moqueuse. Il n'est pas possible de savoir s'il serait capable d'alimenter ainsi une série de longue haleine, mais pour 8 épisodes, il tient la comparaison avec le BPRD dans rougir.

Rapidement, le lecteur prend connaissance d'éléments de la vie passée des membres de Mythic Lore Services. En outre, les 2 histoires complémentaires en fin de volume sont les bienvenues car elles permettent d'apprendre l'origine du lien très particulier entre Waterson et Killer of enemies, ainsi que la manière dont Devorah Baranski a pu devenir un spectre dont l'esprit refuse d'accéder à l'au-delà. Enfin au fil des épisodes, le lecteur voit apparaître l'intrigue principale qui fait le lien avec les différentes missions de Mythic Lore Services et qui fait de ce premier tome une histoire complète avec une fin en bonne et due forme. Le déroulement de l'histoire réserve quelques révélations bien tordues, en cohérence avec la tonalité du récit. En prime, l'auteur saupoudre son récit de quelques pointes comiques relevant de différents registres, d'un constat des membres de l'équipe qu'ils ont travaillé un dimanche ce qui induit une majoration de leurs heures, à l'éléphant Birman qui refuse d'amener le soleil.

Ce premier tome s'apparente donc à des interventions d'une équipe spécialisée dans les problèmes surnaturels. Comme le titre l'indique, ces problèmes relèvent de mythologies différentes, et les enquêteurs eux-mêmes sont liés à ces contes et légendes. En arrière-plan de ces missions, se dessine l'intrigue principale qui trouve sa résolution dans le présent tome. Les auteurs Phil Hester & John McCrea ont trouvé le ton juste pour raconter leur histoire au premier degré de manière à entretenir le suspense avec une bonne dose d'action et d'émerveillement, tout en développant un second degré discret et drôle. Il ne reste plus qu'à espérer qu'ils ajoutent un deuxième chapitre à cette série, puis plein d'autres.


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