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lesolitaire

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Tableaux d'une exposition
Tableaux d'une exposition

5.0 étoiles sur 5 Une nuit au musée, un week-end à Rome, 18 août 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : Tableaux d'une exposition (CD)
Dans la surabondante collection de « Tableaux d'une Exposition » que nous propose la discographie, l'interprétation de Fritz Reiner s'impose comme une pièce de choix, un trésor inestimable, résolument hors cote. La patte du maître est bien là : une rigueur collective et individuelle, qui se refuse à solliciter exagérément les ressources expressives de la musique. Pourquoi faire pittoresque ou descriptif quand la virtuosité, la qualité d'intonation et de timbre des pupitres du Symphonique de Chicago sont à ce point éloquentes ?

D'où ces innombrables réussites : les inquiétants silences et les ombres furtives de « Gnomus », anxiogène à souhait ; les effrayantes chevauchées de « Baba Yaga », à faire dresser les cheveux sur la tête ; les commères du « Marché de Limoges » : autant de créatures plantureuses tout droit sorties de l'imagination de Michel-Ange ! Reiner tire les tableaux moussorgskiens vers la fresque, là où Karel Ancerl pousse l'art de la miniature jusqu'à la perfection ; mais de l'époustouflant crescendo de « Bydlo » aux joyeux pépiements des « Poussins dans leur coquille », vous ne saurez plus où donner de la tête !

D'autant qu'à la sortie de ce passionnant musée, le maestro hongrois vous convie à un non moins fantastique voyage dans l'univers respighien. « Pins de Rome » et « Fontaines de Rome » : deux autres classiques, et les mêmes qualités à l'œuvre. La partition des « Pins » déploie tous ses charmes dans une optique symphonique, avant tout ; on pourrait certes trouver plus pictural, ou plus naturel : les jeux remuants des enfants dans le parc de la villa Borghese paraissent bien disciplinés, mais à écouter Reiner, rien n'empêche d'imaginer un terrible orage s'abattre sur les « Pins des Catacombes » ou de respirer les frais parfums qui flottent dans la nuit tombée sur le Janicule...

Une méditation musicale : c'est peut-être ainsi que Reiner a conçu les « Fontaines de Rome » qui referment ce splendide album ; un souvenir du « Chevalier à la Rose » semble s'inviter dans cette aube sur la Valle Giulia, que l'on ne voudrait jamais voir prendre fin, puis un hommage au maître de Respighi, Rimsky-Korsakov, dans les flots impétueux déchaînés par le Neptune de la Fontaine de Trevi : « Schéhérazade » est toute proche.

À la vérité, Reiner nous offre mieux qu'un ticket de musée ou un périple à Rome : un véritable voyage dans l'imaginaire.


Suite From Le Coq D'Or;Capriccio Espagnol;Russian Easter Overture;Polovtsians Dances
Suite From Le Coq D'Or;Capriccio Espagnol;Russian Easter Overture;Polovtsians Dances
Proposé par thebookcommunity_fr
Prix : EUR 25,37

4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Etincelant, étourdissant, éblouissant..., 7 juin 2011
Les adjectifs ne manquent pas pour définir cet resplendissant album de musique russe dirigé de main de maître par Antal Dorati ! La firme Mercury nous invite à une véritable fête sonore : voilà quatre purs joyaux qu'il faudrait voir figurer parmi les trésors du Palais de l'Hermitage !

Pétulance virtuose de la clarinette, tambourin frénétique : l'Alborada du "Capriccio espagnol" de Rimsky ne manque certainement pas de duende ! Pulsation implacable, investissement total des musiciens : les Variations dessinent une succession d'époustouflants tableaux vivants. Le temps de passer du deuxième au quatrième mouvement et voilà que le soleil couchant a laissé la place à une nuit à peine tombée. Un solo de harpe hypnotisant nous découvre une gitane encore plus séduisante que la Carmencita ; la Rapsodie espagnole de Ravel n'est certes pas loin, mais le dépaysement est assuré ! Et si vous ne vous êtes pas laissé entièrement griser par la coda concluant le "Fandango asturiano", vous aurez toujours la possibilité de vous demander qui d'Antal Dorati ou de Kirill Kondrachine (RCA) a gravé la plus belle version de cet Opus 34...

Il n'y a guère qu'un pas de l'Espagne de fantaisie du "Capriccio" à l'Orient tout aussi imaginaire de la "Suite du Coq d'Or" (trésor injustement absent de nos salles de concert !)... Et c'est peut-être dans le récit des aventures pitoyables du Roi Dodon que le génie orchestral de Rimsky s'exprime avec le plus d'éclat. Si le premier volet présente magnifiquement le protagoniste de cette navrante histoire, le troisième volet ("Le Roi Dodon et la Reine Shemakha") vous retournera les sangs. Brusque montée du thermomètre... Il faut dire que l'intrigante souveraine déploie des charmes proches de ceux de Salomé plutôt que de la Jeune Princesse de "Shéhérazade" ! Oubliez la candeur adolescente et la naïveté de l'émoi amoureux : les acrobaties auxquelles Shemakha invite ce grand nigaud de Dodon n'ont plus grand-chose de chorégraphique... Quant au finale, vous ne rêvez pas : sa verve satirique, ses persiflages fielleux auraient très bien pu être sortir de la plume acérée de Dimitri Chostakovitch !

Veillez en tout cas à garder un peu d'énergie pour la fin du programme : vu l'implication avec laquelle elle est interprétée, la partition de la "Grande Pâques russe" purifiera et rafraîchira votre âme en un clin d'oeil ! Mais ne manquez surtout pas d'observer dans le détail ce somptueux décor d'église orthodoxe que je contemple pour ma part avec toujours autant d'émerveillement...

Quel dommage que les "Danses polovtsiennes" ne nous soient pas proposées dans leur intégralité ! Vous serez tout de même embarqués pour plus de dix minutes dans une frénésie musicale et vocale absolument décoiffante. La Russie éternelle saisie dans toute son énergie fiévreuse : on a certainement connu pire en matière de "bis"...
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Jul 1, 2012 8:44 PM MEST


Rachmaninov : Rapsodie sur un thème de Paganini - Concerto pour piano n° 2
Rachmaninov : Rapsodie sur un thème de Paganini - Concerto pour piano n° 2
Prix : EUR 13,99

22 internautes sur 25 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Rachmaninov on the rocks !, 4 juin 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : Rachmaninov : Rapsodie sur un thème de Paganini - Concerto pour piano n° 2 (CD)
Après deux albums n'ayant suscité qu'un intérêt somme toute poli de la presse française, Yuja Wang revient avec son premier album concertant, toujours sous label DG. Un parcours commercial classique chez les jeunes recrues de la firme hambourgeoise : deux albums solo très différents l'un de l'autre, puis une publication avec orchestre, souvent couronnée d'un prix. Dans le cas qui nous occupe : un "CHOC" de Classica, décerné au mois de mars ! Mais également quelques critiques acerbes sur les sites spécialisés. Faudrait-il alors porter un toast à cet album, ou le boire jusqu'à la lie ?

Ce disque présente effectivement pas mal de bricolages techniques, très précisément pointés par Villegem dans sa chronique (cet album a pourtant reçu un "CHOC" technique au moment de sa parution, un comble !). "Qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse !" pourrait-on alors dire. Hélas, force est de constater que ce disque ne rend que très partiellement justice au talents nombreux de la jeune artiste chinoise. Au premier chef, la pochette de l'album : c'est à peine si on la reconnait ! Et la réflexion vaut aussi pour la prestation musicale, malheureusement...

Claudio Abbado n'a que très parcimonieusement enregistré Rachmaninov au disque (un album avec Zylberstein, et quelques live), alors que Yuja Wang est particulièrement friande de ce répertoire dont elle sait souvent très bien parler. À la tête du Mahler Chamber Orchestra, c'est pourtant le chef italien qui mène les débats. La "Rhapsodie sur un Thème de Paganini" (en l'occurrence le 24ème Caprice pour violon) profite de l'attention toute particulière qu'Abbado porte aux modulations rythmiques, au détriment cependant de la respiration de l'oeuvre en elle-même : les variations de cet Opus 43 se feuillettent plus qu'elles ne se déploient. La partition défile, sans jamais se dérouler. C'est d'autant plus dommage que Yuja Wang relève à chaque instant le défi technique de la partition, tenant les cadences les plus infernales. L'ironie de la démarche de Rachmaninov ne lui évidemment pas échappé, et il n'est pas rare que la Rhapsodie sonne comme le Premier Concerto de Prokofiev : voilà de la musique secouée au shaker, pas à la cuiller ! Il n'est cependant pas rare que le piano de la jeune artiste disparaisse, complètement engloutie par l'orchestre, ou bien évolue sur un chemin parallèle à l'orchestre (parfois peu concerné), sans jamais véritablement échanger avec lui. Rageant, quand on sait qu'Abbado demande toujours aux musiciens de s'écouter les uns les autres !

Bref, la légèreté et la transparence qu'impriment aussi bien la soliste que le chef auraient dû nous faire goûter un breuvage frais, mais qui nous est servi ici glacé, aussi bien dans la Rhapsodie que dans le Concerto n°2. À ceci près que la virtuosité fantasque de l'Opus 43 pouvait s'accommoder d'un traitement aussi peu sentimental, ce qui n'est pas le cas de l'Opus 18, qui ne saurait supporter la fadeur. Le Moderato initial recèle évidemment quelques beaux moments, mais tout donne l'impression d'être survolé : l'introduction, qui sous les doigts de Byron Janis devient aussi anxiogène que le début de la Sonate de Liszt, est ici assénée comme un déni flagrant apporté aux doutes et aux angoisses qui sont au coeur du premier mouvement. Pourquoi laisser un surmoi péremptoire (voir le "Alla Marcia" de I) refuser en bloc les hésitations et les atermoiements que le compositeur a glissé dans son oeuvre ? De fait, c'est comme si les interprètes glissaient à la surface de la musique (parfois de façon magnifique : mademoiselle Wang a un pianissimo a donner le frisson) : à ce titre, le premier et le deuxième mouvement se ressemblent comme deux gouttes d'eau. Et pas forcément d'eau de rose, on l'aura compris : les âmes sensibles en seront pour leurs frais, et n'auront qu'à fredonner "All by myself" pour se consoler d'un Adagio sostenuto aussi peu enclin à parler à coeur ouvert. Heureusement, l'Allegro scherzando est convaincant d'un bout à l'autre, nous laissant apprécier à sa juste valeur les grandes qualités pianistiques de Yuja Wang.

Tant de saveur en fin d'album : on ne peut que regretter que l'alchimie n'ait pas mieux fonctionné entre les deux interprètes, ou du moins n'ait pas eu les moyens de mieux s'exprimer. Je fais peut-être un peu trop la fine bouche : pardonnez-moi...
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Sep 23, 2013 11:46 AM MEST


Transformation
Transformation
Prix : EUR 18,99

5 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Ni Yin, ni Yang. Tout simplement Yuja Wang, 4 avril 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : Transformation (CD)
En concert ou au disque, Yuja Wang aime autant affronter les monuments du patrimoine pianistique que surprendre les oreilles parfois blasées du public en mêlant pièces méconnues et transcriptions, à la manière d'un Arcadi Volodos. On peine certes, comme le rappelle Denis Urval, à trouver un programme, un fil conducteur dans ce disque en trois actes (Stravinsky/Brahms/Ravel), entrecoupé de deux petits intermezzi (Scarlatti). Qu'importe.

Pourquoi ne pas imaginer une variation autour de la représentation ? C'est précisément ce que les Trois pièces de "Pétrouchka" semblent nous proposer. L'entrée en matière est captivante, les changements de décor se font à vue, et la pièce entière vit. Une vidéo de Yuja Wang enregistrée au festival de Verbier la montre en train de s'amuser avec la musique, bondir brusquement de son banc, lancer les traits comme des fusées. La jeune pianiste fait merveilleusement prendre corps et âme au petit monde stravinskien, avec tout ce qu'il faut d'ombre et de lumière, de joie et de cruauté.

J'ai pu lire beaucoup de commentaires circonspects sur sa façon d'aborder Scarlatti. Trop sucré, trop superficiel. Ah tiens ? On retrouve pourtant dans la K.380 les mêmes couleurs d'après-midi déclinant que celles qui illuminaient la Danse russe de Pétrouchka. La même insouciance, le même humour, une pulsation de danse décontractée qui se maintient de la première à la dernière mesure, comme une danse de cour où cavaliers et cavalières se croiseraient avec des sourires complices. Superficiel, ce Scarlatti chaleureux ? Je m'interroge encore.

Parenthèse scarlatienne refermée, retour aux hostilités, avec les cahiers des Variations Paganini de Brahms. Ou comment le mythique virtuose du violon apprend à se contorsionner de mille et une façons pour devenir le pire cauchemar des pianistes. Une fois encore, défi technique ou pas, Yuja Wang souhaite rendre à chaque variation sa singularité, son esprit propre. On notera que les plages de l'album semblent avoir été distribuées dans cette perspective, de façon à éclairer chacune de ces pages d'une lumière particulière.

Retour à Scarlatti. Peut-être féminin, mais jamais mièvre. Une sonate grave, l'idéal pour aborder la dernière pièce de choix de l'album.

Avant d'être transcrite pour pianol seul, "La Valse" fut élaborée dans l'optique d'une pièce à quatre mains. Pour mieux accuser les contrastes multiples qui constituent l'oeuvre : l'homme/la femme, la vie/la mort... L'oeuvre perd peut-être un tant soit peu de sa complexité et de sa profondeur en devenant une oeuvre pour soliste. La prestation parait donc moins convaicante. Mais je ne crois pas que cela soit de la responsabilité de Yuja Wang. L'oeuvre semble gagner en scintillements ce qu'elle perd en maléfices. Là encore, qu'importe ? Ce deuxième album tient toutes ses promesses et montre que Yuja Wang n'est pas uniquement une technicienne hors pair. Affronter régulièrement au clavier des oeuvres pour grand orchestre c'est aussi chercher tous les ressorts secrets de la poésie des oeuvres.

"Je ferai peut-être des tris dans mon répertoire quand je me serai posée. Pour le moment je cherche à faire le plus de découvertes possibles", a déclaré un jour cette belle interprète, curieuse de tout. On ne peut que s'en réjouir.


Mravinsky dirige Mozart, Bruckner, Haydn, Tchaïkovski...  (Coll. Great Conductors of the 20th Century)
Mravinsky dirige Mozart, Bruckner, Haydn, Tchaïkovski... (Coll. Great Conductors of the 20th Century)
Proposé par thebookcommunity_fr
Prix : EUR 28,21

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 "Great Conductors of the XXth Century" - Evgeny Mravinsky (n°30), 8 septembre 2010
Ne serait-ce parce qu'ils ont offert la possibilité de (re-)découvrir les grand interprètes du siècle dernier, les 40 doubles CD de la série des "Great Conductors" étaient indispensables. Le numéro 30, consacré à l'immense chef soviétique Evgény Mravinsky l'est peut-être un peu plus...

L'art de Bruckner restant pour moi toujours abstrait et impénétrable (et pour être honnête, ennuyeux), je nourrissais quelques angoisses au moment d'aborder l'écoute de cette 7ème Symphonie. Mais quelle surprise ! Aucune afféterie mystique, pas de sensualité écoeurante : du mouvement, des émotions, des atmosphères qui s'imbriquent les unes dans les autres et qui donnent immédiatement envie de connaître la suite : là où je n'entendais que tunnels interminables, quel changement ! Je comprends alors d'autant mieux l'enthousiasme de Denis Urval à propos de ce live de 1967 : les orages menaçants qui se lèvent dans le seul Scherzo ne peuvent laisser personne indifférent ! Voilà en tout cas une belle expérience musicale, une manière de découvrir Bruckner, et une occasion de rappeler que le répertoire de ce chef de légende ne se bornait pas à la seule musique russe !

Et de la musique russe, il y en a, bien entendu ! Direction le CD 2 pour trouver une impressionnante "Francesca da Rimini" de Tchaïkovsky, poème symphonique parcourant fidèlement tout le Chant V de l'"Enfer" de Dante (la rigueur médiévale en moins - ce n'est rien de le dire) ! Nous sommes en 1983, Mravinsky est alors octogénaire, mais les passions qu'il déchaîne sont investies d'une vigueur inouïes : introduction glaçante (une intervention des cuivres, des percussions et tout est déjà dit : en cinq mesures nous voilà plongés dans le cercle des luxurieux, sans billet de retour), les cordes font sadiquement naître des vapeurs asphyxiantes, le déchaînement du tourbillon qui sert de châtiment aux âmes des deux amants voue cloue littéralement à votre fauteuil ! On se prend à se demander si cette pièce n'aurait pas pu servir de premier mouvement à une symphonie dans le goût de l'ultime triade. Plutôt qu'une mièvre peinture préraphaélite, Mravinsky se fait le narrateur impitoyable d'un conte gothique d'une noirceur épouvantable : 20 minutes de... cauchemar éveillé !

En comparaison, la 5ème Symphonie de Glazunov paraîtra bien terne : l'art un peu suranné du professeur de Chostakovitch a de quoi déconcerter (à croire que le défendre pourrait passer pour un acte politique, une provocation de la part de Mravinsky ; l'enregistrement date de 1968, mais l'auditeur est replongé en pleine époque des tsars !). À l'époque des expérimentations musicales les plus débridées, on comprend mal comment Glazounov a réussi à imposer sa musique inoffensive, franchement nostalgique, décalquée sur le modèle tchaïkovskien. Mais Mravinsky la sert sans se poser de question, réussissant d'une certaine façon l'exploit de nous émouvoir (I°), nous galvaniser (IV°) ; en tout cas, de nous intéresser !

Ajoutez à cela une belle ouverture de "Don Giovanni" et une 88ème Symphonie de Haydn, et vous aurez la confirmation que Mravinsky était passionné par le répertoire classique. Sa version de la 88ème emprunte à la rigueur d'un Jochum (I° - notons d'ailleurs que les attaques aiguisées, pour ainsi dire la marque de fabrique de l'orchestre de Leningrad conviennent merveilleusement bien pour jouer Haydn), à la rusticité d'un Scherchen (III° - là encore, quels pupitres de cordes dans le trio) ; dommage que le final soit un peu trop métronomique pour déployer le grand sourire que Bernstein savait faire naître avec New York ! Sauf qu'encore une fois, le public ne s'y trompe pas et applaudit chaleureusement le chef et l'orchestre qu'il a porté à son plus haut niveau : 50 ans de travail, et quel résultat !

Spasiba, maestro...


Beethoven: Piano Concerto No.1 ; Mozart: Piano Concerto No.18
Beethoven: Piano Concerto No.1 ; Mozart: Piano Concerto No.18
Prix : EUR 8,81

8 internautes sur 8 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Martha Argerich, la griffe pianistique, 14 avril 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : Beethoven: Piano Concerto No.1 ; Mozart: Piano Concerto No.18 (CD)
Depuis 1984, année de l'enregistrement de son dernier disque solo chez Deutsche Grammophone ( consacré à Schumann ), les admirateurs de Martha Argerich ( parmi lesquels j'ai le plaisir de me compter ) doivent patiemment attendre les publications de captations inédites pour pallier le faible nombre de parutions plus ou moins officielles d'œuvres fétiches de la grande pianiste argentine. Saluons par conséquent l'initiative du label BR-Klassik ( dont les publications mettent à l'honneur les prestations de l'Orchestre Symphonique de la Radio Bavaroise, et des grands chefs qui ont eu sa destinée entre leurs mains ) qui vient d'éditer deux enregistrements « live » absolument divins d'œuvres concertantes en 1973 et 1983.

Qu'on en juge avec ce Premier concerto pour piano de Beethoven ( 1983 ), interprété avec la complicité du chef japonais Seiji Ozawa, dont Martha Argerich fut souvent la soliste au début des années 80. Ici, tout n'est que fougue et vitalité ( après tout, nous sommes en ut majeur ), des qualités bien connues chez Argerich, mais qui sont également celles de ce jeune Beethoven à peine trentenaire qui composa son opus 15 aux dernières heures du XVIIIème siècle. Ces deux-là étaient faits pour s'entendre !
L'Allegro con brio initial ressuscite dès l'entrée en scène du piano l'esprit qui animait le jeune compositeur : le clavier s'amuse à lancer de joyeux pieds de nez au cadre classique déployé par l'orchestre ! Et ceci sans que la confrontation ne tourne au dialogue de sourd : Ozawa profite à la fois d'une sonorité instrumentale assez flatteuse ainsi que de la ductilité de cette pâte orchestrale. Argerich mène la danse et l'orchestre, charmé, se met à joyeusement s'animer et à suivre le rythme en souplesse. Beethoven croise le fer avec Haydn, mais en badinant, sans penser à mal : l'humour de l'Allegro scherzando final semble celui du père des Symphonies parisiennes !
C'est d'ailleurs un vrai plaisir que d'écouter la virtuosité du piano félin d'Argerich alterner avec des nuances plus tendres dans le Largo ; la profondeur n'est pas celle du mouvement lent du Cinquième concerto, mais la légèreté qu'y instille Argerich nous rendrait presque ivre de liberté !

Cette belle rêverie trouve un formidable écho dans la rencontre aux limites de l'improbable qui eut lieu autour du Dix-huitième concerto de Mozart en 1973. Argerich est accompagnée cette fois-ci par le fondateur de la formation bavaroise, l'emblématique brucknérien Eugen Jochum, alors septuagénaire. Rencontre de l'eau et du feu ? En un sens oui ; nous sommes désormais loin de l'esprit beethovénien, ludique et frondeur, pour la simple et bonne raison qu'Argerich et Jochum donnent l'impression d'avoir quitté la surface du sol pour les cieux mozartiens.
L'OSRB, malgré une prise de son un peu lointaine, donne ici toute la mesure de sa qualité, rappelant que le classicisme est pour lui une sorte de seconde nature : finesse, équilibre, souplesse, attaques percutantes. Un interlocuteur de choix pour Argerich qui se fond avec plaisir dans cet écrin magnifique pour entrer en communion avec la musique d'un compositeur qu'elle joua assez peu : ce concerto est un inédit dans sa discographie !
Un inédit mais aussi une référence : après les sourires ambigus de l'Allegro vivace ( je vous recommande là encore la cadence ), l'Andante un poco sostenuto vous offrira un moment de musique inoubliable. Mozart s'y exprime dans toute son ambivalence : à la fois légère et profonde, cette section lente insuffle une discrète mélancolie, proche du « Dove sono » des « Noces de Figaro », tant le piano d'Argerich y chante presque humainement.
On croirait sentir cette immense artiste toucher finalement terre une fois l'utime accord évanoui dans le silence au terme du Rondo final. « Pour bien jouer, il faut que tu entres dans le piano » disait à sa jeune élève Friedrich Gulda, éminent mozartien. En voici la preuve.


Tchaikovski : Ouverture 1812 - Capriccio Italien - Beethoven : La Victoire De Wellington
Tchaikovski : Ouverture 1812 - Capriccio Italien - Beethoven : La Victoire De Wellington
Prix : EUR 11,49

6 internautes sur 7 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Antal s'en va-t-en guerre..., 17 mars 2010
Vous désirez de fortes sensations musicales ? Ou pousser dans ses derniers retranchements votre installation hi-fi ? Ou vous fâcher à vie avec vos voisins ? Les trois ? Si l'aventure vous tente, ou si tout simplement vous cherchez à écouter une musique bien interprétée, si tonitruante soit-elle, l'enregistrement de Dorati saura tout naturellement vous combler.

L'Ouverture solennelle « 1812 » n'a pas forcément très bonne réputation ; jugée plus bruyante que brillante, elle est censée concentrer tout ce qui peut rebuter dans la musique de Tchaïkovsky : une débauche d'effets faciles, de l'agressivité vulgaire. Certes, les percussions et les cuivres s'en donnent à cœur joie, et ce n'est pas l'interprétation de Dorati qui prétendra apporter un démenti à ces accusations injustes.

Car il faut rappeler que cet enregistrement a gagné une large part de sa célébrité en proposant la version originale de la partition, sans l'intervention du chœur masculin ( voyez Karajan, par exemple ), avec renfort d'un carillon de cloches sonné à toute volée et un véritable canon de la fin du XVIIIème siècle en parfait état de marche ! Et boum, de quoi joliment en rajouter dans le spectaculaire. Sans parler de la prestation de l'Orchestre Symphonique de Minneapolis, dans une forme éblouissante, fougueux comme régiment de cavalerie, chauffé à blanc par un Antal Dorati déchaîné comme jamais !

Le chef hongrois reste fidèle à l'image que l'on a de lui dans ce répertoire : sous sa baguette Tchaïkovsky virevolte, pétarade et flamboie comme rarement. Son œuvre est spectaculaire, ultra-démonstrative, mais elle est assumée comme telle ( l'intégrale des symphonies du même Dorati en offre d'ailleurs la parfaite confirmation ). Sans compter qu'à cela s'ajoute l'art propre à Dorati : un sens du rythme idéal, un grain de folie et une science de la mise en scène de la musique ( aidée ici par la qualité de la prise de son ) ; les variations de tempo et d'intensité, le dosage des timbres des instruments, la finesse des contre-chants ( hé oui ! ) : nous voilà au théâtre, si ce n'est sur le champ de bataille !

Les mêmes remarques valent également pour l'interprétation du « Capriccio italien » ( bien que les mélodies populaires évoquent davantage l'Espagne ; mais la ville de Naples vécut sous la domination espagnole pendant une grande partie de son histoire ) et la rare ( pour ne pas dire anachronique ! ) « Victoire de Wellington » de Beethoven, ponctuée de tirs de canon et de mousquets placés avec la plus grande précision dans la partition ! Les armées anglaises et françaises se livrent une bataille sans merci, mais en rythme s'il vous plaît. Dorati nous rappelle que l'esprit de l'« Héroïque » n'est pas très loin : une autre expérience musicale ahurissante à vivre, dans une dramaturgie digne du « Napoléon » d'Abel Gance !

Seul regret : que les commentaires mollassons ( et le mot est faible, surtout par comparaison avec l'enthousiasme de Dorati ! ) de Deems Taylor volent autant de place à la musique. 20 minutes d'explications techniques sur un disque d'un peu plus d'une heure. Mais vous n'ignorerez rien des circonstances dans lesquelles ont été enregistrées les détonations qui feront trembler les murs de tout votre immeuble !
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Aug 15, 2011 2:52 AM MEST


J. STRAUSS, Valses et Polkas : Le Beau Danube bleu, Légendes de la Forêt viennoise, Valse de l'Empereur etc
J. STRAUSS, Valses et Polkas : Le Beau Danube bleu, Légendes de la Forêt viennoise, Valse de l'Empereur etc
Prix : EUR 6,99

14 internautes sur 16 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Fricsay joue Johann Strauss : Derniers tours de valse, 22 février 2010
Farouche défenseur de la musique ses contemporains et compatriotes ( Bartòk, Kodàly ), Ferenc Fricsay était également très attaché à l'art typiquement viennois des Strauss. La musique pétillante de l'illustre dynastie figura constamment au catalogue des enregistrements de Fricsay, depuis 1949 ( avec l'intégrale de la « Chauve-Souris », notamment ) jusqu'en 1960, année de ces témoignages stéréophoniques.

Impossible de mettre en doute l'attachement que le grand chef hongrois pouvait avoir pour ces partitions richement orchestrées, d'autant qu'il fut l'un de ceux qui mit le mieux en valeur leur beauté orchestrale : pour Fricsay, Johann Strauss écrivit peut-être des valses et des polkas de circonstance ( de l'anniversaire de l'empereur à la célébration d'un concours de tir ( ?! )), mais surtout de vrais petits poèmes symphoniques.

On ne sera pas donc étonné que « Le beau Danube bleu » devienne un proche parent de la « Moldau » de Smetana, dont Fricsay a livré à la même époque l'une des plus belles interprétations qui soient : les rallentandi sont dosés au millimètre près, l'orchestre se fait grisant sans jamais oublier de chanter. Même constat pour les « Légendes de la forêt viennoise » qui nous emmène pour une agréable promenade dans de douces atmosphères ombragées. Autant dire que le style viennois était comme une seconde nature pour Ferenc Fricsay.

Pour être tout à fait honnête, il faut bien dire que ce disque constitue un modèle inattaquable de leçon de direction à la viennoise mais qu'il peut par endroits pécher par manque de spontanéité et de souplesse : l'Annen-Polka, « tube » s'il en est, est dirigée avec un peu trop de rigueur : oserais-je dire raideur ? Mais c'est bien la seule exception notable car l'orchestre et son chef n'hésitent pas à déboutonner ensuite leur tenue de gala : la « Marche de Radetzky » bénéficie d'un arrangement survitaminé en trompettes ; on se croirait bien au kiosque à musique - Fricsay se souvenait-il de l'époque où il dirigeait, tout comme son père, les orchestres militaires en Hongrie ? Quant à la « Trisch-Trasch Polka » ( la « Polka des commérages » ), je crois qu'il s'agit de la plus vivante de toute la discographie : on entend différents personnages intervenir ( femmes maigrelettes avec les flûtes et grasses matrones avec les trombones ) à un rythme endiablé ; Carlos Kleiber lui-même n'a pas fait mieux !

C'est d'ailleurs vers ce dernier que l'on pourra se tourner pour trouver les interprétations les plus enthousiasmantes de toutes ces pièces ( et de loin ! ) ; mais il serait bien dommage d'oublier les témoignages de Fricsay, l'un des interprètes les plus passionnants du siècle dernier. Comment lui reprocher d'avoir fait preuve d'autant de style et de bon goût ?


Liszt : Sonate en Si mineur - Nuages gris - La Notte - La lugubre gondola II - Funérailles
Liszt : Sonate en Si mineur - Nuages gris - La Notte - La lugubre gondola II - Funérailles
Proposé par dodax-online-fr
Prix : EUR 11,84

12 internautes sur 13 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Noir, c'est noir., 18 novembre 2009
Avec la musique de Chopin, la musique de Liszt est celle dont le pianiste polonais Krystian Zimerman sans doute le mieux trouvé les clés. Preuve en est cet ensemble d'enregistrements en tous points indispensable à la découverte du profil le plus obscur de la légende Franz Liszt.

Car le Liszt que vous entendrez ici n'est pas celui des « Rêves d'amour ». Ici, on ne rêve pas : on cauchemarde, on hurle, on cherche en vain une issue de secours. Ecoutez « La notte » ou perdez-vous dans l'impressionnante « Sonate en si mineur » sous les doigts de Zimerman : le piano se fait méchant, noir, poisseux, dérangeant, effrayant ( le glas des "Funérailles" ! ). Se tenant avec un grand esprit de cohérence à cette grille de lecture, Zimerman parle la langue de Liszt, sans doute du « vrai » Liszt.

Dans cette sélection d'œuvres de la grande maturité ( du milieu des années 1840 avec les « Funérailles » jusqu'aux dernières compositions, aux alentours de 1880, avec les « Nuages gris » ), le lyrisme et la virtuosité tentent de se frayer un chemin dans un monde de noirceur. Zimerman est de ce point de vue aux antipodes de la beauté sonore d'un Brendel ( Philips ) - même époque et presque identique dans son programme !

Sans parler des références que peuvent constituer ces interprétations, il faut surtout signaler que ce disque témoigne sans doute du sommet stylistique atteint par le vainqueur du concours Chopin 1975. Son magnifique pianisme ( en plus d'un investissement physique sans réserves ) sert avec humilité et intelligence chaque œuvre : tour à tour tout en délicatesse dans les nuances infinies des « Nuages gris », peut-être debussystes mais surtout baudelairiens, et glaçant d'effroi dans les « Funérailles » : malgré l'hommage sans doute rendu dans cette œuvre à Chopin ( décédé quelques mois auparavant ), les éruptions lyriques demeurent bien lisztiennes ( le long épisode plutôt intime, tendre qui précède l'infernale chevauchée est à ce titre terriblement éloquent ). Irrémédiablement, aurait-on envie de dire.

C'est d'ailleurs un choix fort judicieux que d'avoir placé cette œuvre en fin de programme : les notes isolées qui l'ouvrent et la referment font un écho lugubre à la « Sonate » inaugurale, véritablement hypnotique. La boucle est bouclée.
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Schéhérazade - Le Vol Du Bourdon
Schéhérazade - Le Vol Du Bourdon

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5.0 étoiles sur 5 "Même quand elle marche on croirait qu'elle danse." ( Baudelaire ), 21 octobre 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : Schéhérazade - Le Vol Du Bourdon (CD)
On aurait tort de croire Hans Schmidt-Isserstedt cantonné au seul répertoire austro-allemand. À la tête de son orchestre hambourgeois de la NDR, cet interprète explora avec passion les œuvres qu'il enregistrait, proposant toujours des lectures pleines de finesse et d'esprit. Un exemple parmi tant d'autres : cette sublime « Schéhérazade » de 1959, particulièrement bien captée pour l'époque.

Cette version charme surtout par sa grande cohérence. Le chef allemand réussit une assez brillante synthèse entre les deux caractéristiques de l'œuvre : force narrative et richesse orchestrale. Il serait ici bien difficile d'évoquer l'une sans l'autre. C'est avant tout une histoire en musique que « HS-I » raconte. La partition de Rimsky est comme déployée devant l'auditeur ; avec une grande délicatesse, pour qu'elle accepte de livrer tous ses secrets.

« Le bateau de Sindbad » se met comme par magie à glisser sur de brillants tapis de cordes. On imagine le vaisseau poussé doucement par les vents, soulevé par la puissance des cuivres qui font palpiter le mouvement suivant, « Le Récit du Prince Kalender ». Dans cette Ballade, les changements de tempi sont presque indécelables si l'on n'y prend pas garde ; on est véritablement pris par la force narrative de la direction. Et que dire de l'Adagio, « Le Prince et la Princesse », et de son tendre legato des cordes, tandis que les vents teintent subtilement d'érotisme l'atmosphère. Entre parenthèses, c'est aussi dans cette version que vous trouverez la plus belle entrée de caisse claire de toute la discographie. Sans clinquant ni exotisme vide de sens, cette magnifique interprétation se conclue après une « Fête à Bagdad » et un « Naufrage » où prime avant tout la création d'une atmosphère électrique et mystérieuse.

Le complément du CD met tout aussi bien en valeur la richesse de la musique de Rimsky-Korsakov : la « Grande Pâque russe », assez délicate à interpréter vu ses incessants changements de décor et d'ambiance, est fort bien servie par Manuel Rosenthal.

Ces interprétations sont véritablement attachantes pour ces raisons. Loin du barouf assourdissant de certaines versions, cette Schéhérazade a bien mille et une choses à nous raconter, au creux de notre oreille, comme une confidence.


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