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Contenu rédigé par Philbert der S...
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Commentaires écrits par
Philbert der Schwabe (Sena-Jurinac-Stadt)

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Schubert : Sonate D. 959 - Duos pour pianos
Schubert : Sonate D. 959 - Duos pour pianos
Prix : EUR 21,99

5 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile 
2.0 étoiles sur 5 Hélas ..., 27 février 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Schubert : Sonate D. 959 - Duos pour pianos (CD)
Philippe Cassard aime Schubert. Il lui a consacré un essai intéressant et des enregistrements passionnants.
Celui-ci n'en fait pas partie. Déjà la justification boîteuse qu'il donne de ne pas jouer la reprise de l'exposition dans "Lebensstürme" ou dans la sonate D959 fait sourciller. S'il ne veut pas la jouer, c'est son droit, il n'a pas à s'en justifier. C'est par son interprétation qu'il doit convaincre, comme l'ont fait Schnabel, Erdmann, Brendel et Kempff qu'il cite.
Or l'interprétation ne convainc pas. Allons-voir dans D959 la fin de l'exposition, puisque Cassard nous y engage. Pour la prima volta Schubert a composé des mesures de transition pour ramener la reprise (coupées donc ici), et pour lancer le développement il s'appuie sur une petite cellule énoncée comme en passant vers la fin de l'exposition. Le changement d'harmonie se combine avec le retour en force de cette cellule auparavant anodine. Effet quasi-théâtral qui ici disparaît tout à fait. La petite cellule est passée inaperçue dans l'exposition. Eh oui, si on ne la répète pas, cette exposition, il faut trouver le moyen de faire s'en imprimer les éléments constitutifs. Erdmann, Brendel, Kempff - et aussi Braley qui lui aussi supprime la reprise - le font, chacun à sa manière. Pas Cassard, chez qui d'ailleurs l'exposition ne se construit pas vraiment, trop morcelée qu'elle est pour que l'auditeur puisse avoir le sentiment du départ d'un long voyage. De même, à la fin de la réexposition les mystérieux changements harmoniques qui amènent la coda et le graduel retour au silence de celle-ci ne s'expriment pas. Pas de retour au silence d'ailleurs, car le second mouvement s'enchaîne quasi attacca. La structure même du premier mouvement et l'essence de cette coda subtile s'en trouvent détruites.
Le second mouvement est Andantino, non Andante, et Cassard nous le fait sentir en prenant un tempo pas trop lent. Hélas il n'y trouve rien à exprimer. Il le dit dans son texte d'ailleurs: "lorsqu'au bout d'une page il n'y a déjà plus rien à entendre de sa plainte ...". Comment se fait-il alors que d'autres (et pas forcément en adoptant un tempo plus lent) nous fassent sentir que cette page contient une éternité en musique? Non en pensant qu'elle n'a plus rien à dire, mais en exprimant la manière schubertienne d'abolir le temps par ces répétitions lancinantes mais subtilement variées. De l'infime variété dans le statisme Cassard ne retient que le statisme et on comprend très vite qu'il le trouve barbant, qu'il n'attend que le moment de passer à l'explosion centrale qui ici perd donc son caractère de surprise absolue. Le retour varié du début est plus réussi mais le mouvement est déjà cassé et cela ne suffit pas à le réparer.
"L'illusion du Scherzo, tout de danses, de poses et de coquetteries" dit-il, el il le réalise ainsi. Si l'on veut. Mais les poses et les coquetteries semblent plutôt étrangères à Schubert qui ne détestait rien plus que ça. Caricature voulue donc. Si l'on veut, Mais on peut aussi ne pas vouloir et trouver autre chose dans ce scherzo. Un côté fantastique, ou fantasque, par exemple. Ici aussi tant d'autres pianistes sont allés au-delà des poses et des coquetteries.
Cassard ne nous dit rien du finale (à part que le thème vient de la sonate D537 et le schéma d'une sonate de Beethoven). Il n'a pas grand chose à nous dire en musique non plus. De beaux moments çà et là mais pas vraiment de continuité, pas de flux, pas de poésie.
En bref une interprétation de D959 qui ne nous livre pas grand chose. La musique de Schubert est sublime, bien sûr, et cela peut suffire à qui l'écoute pour la première fois. Mais il y a tant de richesses dans cette sonate, qui nous ont été dévoilées de manières si diverses par les pianistes déjà cités (Erdmann, Kempff, Schnabel, Brendel, Braley) mais aussi Serkin, Arrau, Dalberto, Planès, Radu Lupu ou l'hétérodoxe Pavel Stepan, que l'interprétation de Philippe Cassard en devient totalement superflue.

Les choses ne s'arrangent pas par la suite. Le Rondo D951, dont j'étais sûr qu'il était inratable, me prouve le contraire.Cédric Pescia a beau dire que "le dessin du thème principal constitue une des mélodies les plus parfaites de Schubert, à la mélancolie insoutenable", les duettistes ne font rien pour nous en convaincre et nous en livrent l'interprétation la plus prosaïque qui soit. Les "Lebensstürme" sont tonitruants et la fantaise en fa mineur ... Eh bien, si elle était au début du disque j'y serais sans doute revenu plusieurs fois. Mais elle est en fin d'un disque décevant et ne parvient pas à renverser la tendance.

Dommage. J'étais disposé à l'aimer, ce disque. J'ai écouté et réécouté la sonate pour y trouver un dessein interprétatif qui m'aurait échappé. En vain.
Schubert est exigeant. Il ne suffit pas de l'aimer pour qu'il vous aime.


Schubert : Die schöne Müllerin
Schubert : Die schöne Müllerin
Prix : EUR 10,13

3 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
2.0 étoiles sur 5 Siegfried chante la Belle Meunière?, 26 mars 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Schubert : Die schöne Müllerin (CD)
Kaufmann a un beau timbre et un chant expressif mais cet apprenti-meunier pète la santé et ne s'autorise aucun doute.
Dans "Mein!" il exprime une joie qui ne tolère aucune contradiction. Dans "Mit dem grünen Lautenbande" il caricature la voix de la meunière (Schad' um das schöne grüne Band, daß es verbleicht hier an der Wand) de sorte qu'il ne peut en être éperdument amoureux: il a gardé une saine distance d'avec l'objet de sa flamme.
Il provoque le chasseur illico en duel. Dans "Eifersucht und Stolz" on pense qu'il va filer une paire de baffes à sa belle pour lui apprendre comment se conduit une jeune fille sérieuse.
Ce jeune meunier est très extraverti. La où Patzak dans les "Farben" donnait cours à sa colère, on sentait que c'était la colère d'un introverti - il n'était aucunement exalté face au chasseur - et que cette colère se retournerait contre lui. Avec Kaufmann en revanche, on a l'impression qu'à la fin de "Die Böse Farbe" il va claquer la porte avec fracas.
Impression semblable avec "Der Müller und der Bach". Là où Patzak chantait: "tu as de bonnes intentions, mais c'est un mensonge charitable", Kaufmann dit: "ton intention est bonne, mais au fond tu n'as rien compris". "Des Baches Wiegenlied" est trop épisodique: les strophes sont bien différenciées mail il manque justement le côté répétitif, incantatoire.
La fin de cette "Belle Meunière" se ressent ainsi:
Le meunier: tu as de bonnes intentions, mais au fond tu n'y comprends rien. Maintenant je pique un sommeil, chante si cela te dit.
Le ruisseau: Ok boy, tu es fatigué, toute cette histoire t'a crevé, mais je suis ton copain. Oublie les filles, les chasseurs et les fleurs. Le ciel est si loin, tu as encore un tas de choses devant toi et tu es encore jeune. Repose-toi bien, demain sera un autre jour!

Est-ce encore la Belle Meunière de Schubert?
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Schubert: intégrale des lieder, Vol. 30 (Winterreise)
Schubert: intégrale des lieder, Vol. 30 (Winterreise)
Proposé par thebookcommunity_fr
Prix : EUR 34,41

6 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Superbe interprétation, 20 mars 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Schubert: intégrale des lieder, Vol. 30 (Winterreise) (CD)
La Belle Meunière que Graham Johnson avait confiée à Ian Bostridge avait fait l'objet d'une interprétation inhabituelle. Ce n'est pas le cas de ce Voyage d'Hiver, qui est plus consensuel.
C''est loin d'être un défaut à ce niveau de réussite. Il n'y a pas de recherche d'originalité à tout prix, mais un très beau timbre de baryton, un soin accordé aux détails conjoint à une musicalité sans défaillance, une sensibilité très humaine, jamais pleurnicheuse ni théâtrale.
Le Voyage d'hiver du duo Goerne/Johnson n'est pas un traité philosophique ou sociologique, pas une psychanalyse ni un pamphlet. C'est tout simplement l'un des plus beaux cycles de lieder du monde superbement interprété. On est plus proche de la conception d'Hermann Prey que de celle de Fischer-Dieskau ici. La Winterreise de Prey/Sawallisch a été ma toute première (d'une longue longue liste) et je recommanderais volontiers celle-ci à qui veut découvrir le cycle. On sentira peut-être le besoin d'une interprétation plus "engagée" (et celle que Goerne va nous livrer avec Eschenbach promet beaucoup en ce sens), mais on reviendra souvent à celle-ci.


Schubert : Winterreise ("Le voyage d'hiver")
Schubert : Winterreise ("Le voyage d'hiver")
Proposé par all-my-music-FR
Prix : EUR 18,99

16 internautes sur 21 ont trouvé ce commentaire utile 
2.0 étoiles sur 5 Pour les fans de Kaufmann, 13 mars 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Schubert : Winterreise ("Le voyage d'hiver") (CD)
C'est un Voyage d'Hiver des ruptures.
Première rupture: les notes de passage d'un ténor sont aux environs du fa. À part "Erstarrung" et "Die Post", qui montent jusqu'au la bémol, les notes les plus aigües des lieder du cycle sont en général fa, fa dièse, sol. Dès que la mélodie se meut dans cette zone on sent l'instabilité du passage de Kaufmann. Le piano est mince et détimbré, l'émission est artificielle, les voyelles tendent à être impures. En-dessous, dans le registre de poitrine, la voix est sûre et saine, le timbre naturel.
Deuxième rupture: cette voix de poitrine n'a que deux domaines d'intensité: autour du mezzoforte et fortissimo. Pas de véritables nuances entre les deux, pas non plus de vrai piano.
Ici le timbre est agréablement sombre. Chaque forte se transforme en fortissimo, et celui-ci sonne fort, débridé, vériste.

On ne peut pas vraiment dire que Kaufmann mette ces ruptures au service de l'nterpretation. Les ruptures sont là. Si elles correspondent au sens, elles sont expressives (l'instabilité du passage pour "bin *matt* zum Niedersinken" dans Das Wirtshaus), sinon (disparités des registres dans Rückblick ou Rast), pas de chance, et on a l'impression que c'est la voix et non le chanteur, qui dicte l'interprétation.
Même chose pour la dynamique. Ces explosions stentoriennes donnent l'impression d'un défi au sort quand le texte peut le faire penser, ailleurs (Die Nebensonnen p.ex.) elles.ne sont que brutalement véristes.

Helmut Deutsch au piano est un partenaire sensible. Sensible dans le sens où il ne se contente pas de fournir une toile de fond mais agit en vrai chambriste avec le ténor. Sensible aussi dans le sens où il s'adapte à celui-ci. Pas question donc de contenir la dynamique puisque le chanteur ne le fait pas et, comme le registre de poitrine de Kaufmann respire la santé, le pianiste n'exprime aucun doute, aucune incertitude. Ses notes aigües cristallines peuvent toutefois sembler cruelles en regard des notes de passages mates de Kaufmann.

Si on écoute le Leiermann isolé, on ressent une certaine émotion. Si auparavant on a entendu 23 lieder avec une commutation systématique à l'abord des notes de passage, on ne ressent que la disposition vocale. Le lied qui me plaît le plus ici est "Täuschung", significativement entièrement situé en-dessous du passage et à la dynamique restreinte. Le Tilleul (note supérieure: mi) est lui aussi assez réussi, bien qu'on puisse se passer de la douceur affectée de "so manchen *süßen* Traum".

Dans l'ensemble donc un Voyage d'Hiver qui ravira les fans de Kaufmann, pas forcément ceux de Schubert.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (7) | Permalien | Remarque la plus récente : Jul 23, 2014 6:13 PM MEST


Schubert: intégrale des lieder, Vol. 21
Schubert: intégrale des lieder, Vol. 21
Prix : EUR 20,74

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Un moment fort de l'intégrale Hyperion, 6 février 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Schubert: intégrale des lieder, Vol. 21 (CD)
Ce CD répare une injustice. En effet, alors qu'Edith Mathis a fait de beaux enregistrements Schumann et Wolf, elle a très peu enregistré de lieder de Schubert (un CD avec Karl Engel il y a bien longtemps). Elle avait 54 ans à l'époque de ce disque, le même âge que Janet Baker pour le sien. Le résultat est complètement différent. Le soprano lyrique léger d'Edith Mathis n'a pas pris une ride. Le timbre est radieux, l'articulation parfaite, la conduite du souffle impeccable.
En outre, son sens du style est infaillible. Pour s'en convaincre il suffit d'écouter "An die Musik" qu'elle chante sans la préciosité affectée de Schwarzkopf, en différenciant subtilement le phrasé des strophes, avec une élocution qui ne souligne pas chaque mot mais s'emploie à restituer le sens des phrases.
Ce sens du style lui permet de soutenir un programme un peu disparate sans faire retomber l'attention (même quand "Der Blumenbrief" succède à "Grablied für die Mutter" !). Elle sait passer avec aisance de l'ironique au sentimental, du philosophique au léger en passant par le Volkslied et le belcanto de "Blondel an Marien" (superbe réussite technique) et de celui-ci directement au choral baroque "Vom Mitleiden Mariä" qui conclut avec une intense émotivité.
On devine la Suissesse Edith Mathis aux "r" finals roulés de "Gewässer", "blässer"; elle est bien sûr parfaitement dans son élément avec le "Schweizerlied" D559 où elle se permet avec malice de corriger le Schwyzerdütsch imparfait de Goethe.
Graham Johnson n'est jamais aussi bon que lorsqu'il accompagne un grand soliste et c'est le cas ici. Ses notes d'accompagnement sont érudites et captivantes mais on regrette qu'il passe totalement sous silence le côte politique de la "Truite" qui n'a pas été pour rien dans son immense succès à l'époque.
Un moment fort de l'intégrale Hyperion.
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Schubert: intégrale des lieder, Vol. 19
Schubert: intégrale des lieder, Vol. 19
Prix : EUR 20,74

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Très beau récital, 21 janvier 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Schubert: intégrale des lieder, Vol. 19 (CD)
Le thème de ce CD est original: la Nature en général, fleurs, étoiles, vents en particulier. Les lieder sont judicieusement choisis, sans trop de systématisme, à travers toute la production schubertienne, en allant du léger au profond, et incluant la "ballade florale" Vergißmeinnicht D792 qui se trouve ici bien mise en contexte.
Un très beau programme donc, et un duo d'interprètes qui sont complices de vieille date, puisque Felicity Lott faisait aussi partie du "Songmakers' Almanach" initié par Graham Johnson.
Une cantatrice intelligente et stylée qui nous a offert maint moment de pur bonheur.
Seule petite ombre au tableau: le registre aigu est souvent tendu, de sorte qu'elle n'y a pas la même liberté d'élocution. Ceci est particulièrement mis en évidence dans Abendlied D276 avec sa montée au la aigu sur l'avant-dernier vers de la strophe, mais est présent d'un bout à l'autre du disque. Au théâtre on s'en apercevrait à peine, mais le lied est impitoyable à cet égard. Ce récital superbement conduit s'en trouve un peu terni. J'avoue que des enregistrements plus anciens (Schubertiade et Schubert: Oeuvres Choisies) m'avaient fait placer la barre très haut.


Schubert : La Belle Meunière
Schubert : La Belle Meunière
Prix : EUR 22,90

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Une interprétation très convaincante, 16 janvier 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Schubert : La Belle Meunière (CD)
La Belle Meunière, comme l'immense majorité des lieder de Schubert, a été composée pour voix aigüe (soprano ou ténor). Bien des barytons l'ont chantée et la chantent en transposition, quelques basses aussi. Matthias Goerne est un baryton-basse au timbre sombre et bien évidemment son interprétation ne se situe pas dans la même ligne que celle de Wunderlich, de Schreier ou de Prégardien, pour ne citer que quelques exemples.
L'apprenti-meunier du cycle, ce personnage qui incarne le marginal, l'exclu, est ici un rêveur, un poète introverti. Cela est sensible dès "Wohin?", où on ne retrouve pas l'énergie juvénile habituelle, mais où les vers
Das kann kein Rauschen sein
Es singen wohl die Nixen
Tief unten ihren Reim
(ce ne peut être un bruissement/ les nymphes sans doute/ chantent leur refrain dans les profondeurs)
nous confirment: pour lui le rêve est plus important que la réalité. Ce ne peut être la voix de la nature, des êtres fantasques sont à l'oeuvre et tissent leurs enchantements.
Ceci est concrétisé dans "Halt!" : le héros voit un moulin, certes, mais celui-ci a tous les attributs de l'idéal : "das Haus, wie so traulich, die Fenster wie blank, und die Sonne wie helle ..." (la maison, si intime, les fenêtres si brillantes, et le soleil si clair) mis en valeur par Goerne. A peine a-t-il aperçu le moulin que celui-ci devient une vision de rêve et il se demande "war es also gemeint?" (était-ce donc l'intention?). Dans "Danksagung an dem Bach" il est de nouveau dans son intérieur onirique. Premier conflit avec la réalité : "Am Feierabend". Le martèlement du piano se fait plus dur. À la fin du da capo, dans l'ultime énoncé de "Daß die schöne Müllerin merkte meinen treuen Sinn", il est retourné dans le rêve. Le ton est plus doux, le chanteur entame un diminuendo qui se poursuit au piano avant que deux accords martelés ramènent la réalité.
Goerne dépeint cette atmosphère onirique avec sa voix de velours aux riches nuances. Son contrôle du souffle lui permet de longues lignes legato et un tempo calme et rêveur.
L'indiscret, "Der Neugierige" est plongé dans le rêve, ce que souligne Eschenbach avec de délicates nuances pianistiques comme son soutien de "ein Wörtchen".

Dans "Ungeduld" a lieu la première tentative extravertie : le héros sort de son monde intérieur. Le piano martèle de nouveau - mais quel beau toucher! - avant que le héros ne se rende compte qu'il n'attire pas malgré tout l'attention de la belle meunière (und sie merkt nichts von all dem bangen Treiben). "Morgengruß" commence de manière plus décidée, mais avec "so muß ich wieder gehen" le meunier se replie dans son monde intérieur. Dans la dernière strophe a lieu une timide tentative de quitter le monde onirique mais les derniers vers ramèment des images poétiques (Die Lerche wirbelt ... ) et l'imaginaire de la poésie (Leid und Sorgen). On ne quitte pas cet univers intérieur dans "Des Müllers Blumen". Ces trois lieder strophiques (Morgengruß, Des Müllers Blumen, Tränenregen) sont interprétés ici comme le mouvement lent d'un concerto de Mozart, nuancé, avec subtilité et délicatesse.

Dans "Tränenregen" le héros est totalement plongé dans l'imaginaire "romantique" : solitude à deux au clair de lune, murmure du ruisseau ... avec l'inévitable "mal du siècle" (les pensées suicidaires ne se fondent à ce stade sur rien de concret mais elle font partie de l'imaginaire des Romantiques): "in seine Tiefe ziehn", où Eschenbach accentue les graves. À la fin, c'en est trop pour la meunière. "Ade, ich geh nach Haus" : moi, je retourne dans la réalité.

L'ironie de Müller vis-à-vis des Romantiques est ici combinée à la sympathie de Schubert: le meunier de Goerne est le poète romantique qui vit dans son monde de fleurettes bleues, de clairs de lune et de "Sehnsucht". Il ne connaît pas le bonheur simple. Quand Goerne chante
Meiner Sehnsucht allerheißesten Schmerz
Durft ich aushauchen in Liederscherz
(je pouvais exprimer la plus brûlante douleur de la "Sehnsucht" dans le badinage des chants),
il nous fait comprendre que le monde du héros est un artefact poétique.
Ach, wie groß ist wohl meines Glückes Last (comme le fardeau de mon bonheur est lourd): il ne peut littéralement accepter son bonheur, il est victime du mal du siècle.
Goerne l'exprime avec un beau legato lyrique, accompagné par Eschenbach dans les gradations de p et de pp voulues par Schubert. Comme il ne s'attache pas outre mesure aux mots, on saisit mieux la totalité du discours. Et aussi le fait que la meunière et son père (dans sa seule brève intervention) s'expriment de façon directe et naturelle. Quand le héros s'y essaie (dans "Der Jäger", par endroits dans "Eifersucht und Stolz"), il recule très vite devant sa propre hardiesse ("doch sag ihr nicht, hörst du, kein Wort ...").

Dans cette interprétation on peut concevoir que la meunière et le héros aient réellement eu brièvement quelque chose ensemble (serait-ce seulement un baiser), mais qu'elle n'est pas à la recherche de la fleur bleue ou du mal du siècle, seulement du bonheur et du plaisir - ce que lui apporte plutôt le chasseur ("wenn von dem Fang der Jäger lustig zieht nach Haus ..."). On comprend bien alors pourquoi Schubert a écarté quelques poèmes. La meunière n'est pas la mijaurée présentée dans les poèmes écartés, tout simplement une gentille jeune fille pas compliquée, tandis que le héros préfère se replier sur son monde imaginaire, mal du siècle y compris.

Il exprime ceci dans "Die liebe Farbe". Le "vert" poétique est l'emblème de ses espérances déçues, trahies. Mais le vert est aussi une couleur bien rélle, une "böse Farbe". Dernier conflit avec la réalité: le vert poétique, qu'il a chanté dans "Mit dem grünen Lautenbande", n'est pas celui du monde réel, où il est un "weißer Mann", un homme blanc.
Dans "Der Müller und der Bach" la première strophe est chantée avec une beauté bellinienne, de sorte que la seconde apparaît comme une variante ornementée où la beauté initiale est un peu surchargée, ce que le héros commente ainsi: "liebes Bächlein, du meinst es so gut, aber weißt Du, wie Liebe tut?"

le dernier lied ist est presque programmatique: les premiers accords sont "martelés", le monde réel est bien présent. Le ruisseau chante une mélodie du monde imaginaire, où le monde réel est reflété (in dem blauen kristallenen Kämmerlein). Après "daß ich die Augen ihm halte bedeckt werden" (pour que je lui couvre les yeux) les accords s'adoucissent, le monde réel s'estompe. La pleine lune peut se lever.

EUne belle interprétation, qui ouvre plusieurs voies: l'ironie de Müller face aux poètes romantiques, mais aussi une sympathie profonde, voire une empathie avec eux ; la fuite hors du monde réel dans le monde imaginaire, celui de la poésie, fuite qui ici n'est pas critiquée, encore moins condamnée, car elle correspond au sentiment de l'époque, omniprésent dans le cercle des schubertiens.
Tout ceci, Goerne le réalise avec son beau timbre riche en couleurs. Ici il a vraiment un souffle inépuisable, ce qui entraîne çà et là Eschenbach vers une lenteur à la Richter, vers un jeu contemplatif qu'il maîtrise sans affectation. Son phrasé, son accentuation, son toucher qui lui permet de différencier les lieder strophiques, la manière dont il fait sentir les modulations, tout ceci est très remarquable.

Une seule ombre au tableau : Bien qu'ici Goerne n'avale pas les consonnes finales comme il le fait souvent, il est toujours fâché avec les consonnes doubles. "Und die Sonne, wie helle vom Himmel sie scheint" devient "Und die Sone wie häle vom Himel sie scheint" Le Saxon transforme aussi "pflanzen" en "flanzen" et "Pfeife" en "Feife". on doit passer là-dessus pour apprécier une interprétation qui certes ne rend pas les autres obsolètes mais est en soi cohérente et présentée d'une manière très convaincante.


Schubert : intégrale des lieder, Vol. 20 (An 1815 Schubertiad)
Schubert : intégrale des lieder, Vol. 20 (An 1815 Schubertiad)
Proposé par sellerfellafr
Prix : EUR 28,17

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
2.0 étoiles sur 5 À réserver aux accros des intégrales, 14 janvier 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Schubert : intégrale des lieder, Vol. 20 (An 1815 Schubertiad) (CD)
Voici le premier CD de l'intégrale Hyperion intitulé "Schubertiade". En fait, le mot Schubertiade est utilisé comme synonyme de méli-mélo, fourre-tout, bazar, bric et broc, ou autre ...
Ici nous avons quatre chanteurs (plus renforts pour les oeuvres à plusieurs voix) chantant des lieder qui n'ont en commun que le fait d'avoir été composés en 1815.
L'ordre dans lequel ils sont présentés semble être le fruit du hasard. Le producteur du CD aurait pu se rendre compte que chanter un hymne à la gaieté après "Couronne funèbre pour un enfant" n'est pas franchement idéal. L'ordre des deux chansons à boire qui terminent le CD aurait dû être interverti, la pénultième ayant un ton beaucoup plus conclusif que la dernière. Deux exemples qui témoignent du peu de soin accordé à la composition du programme. On peut en trouver bien d'autres.
Il y a aussi trois lieder dont seules quelques mesures sont de Schubert, le reste ayant été "complété" (traduire: inventé) par le RP Reinhard Van Hoorickx qui s'était fait une spécialité de compléter le moindre fragment vocal schubertien. Si en certaines occasions une intervention mineure peut nous permettre d'entendre une oeuvre intéressante qui resterait inaccessible autrement, ce n'est pas le cas pour les reconstructions présentes sur ce CD. Par exemple, pour Liebesrausch D164 le bon père a fait un lied de Schubert à partir de quatre mesures de ligne vocale et de deux mesures de piano.

Le seul chef d'oeuvre incontestable du CD est Heidenröslein, mais il y a ici d'autres lieder qui ne déparent pas dans un récital: les deux - courts - chants d'Ossian, le Nachtgesang D314, la première version de "Hoffnung" de Schiller D251 ... Seulement, comme dans une exposition de tableaux mineurs, on doit les disposer judicieusement, ce qui n'est pas le cas ici.

Autre problème: l'interprétation. Nombre de ces lieder sont sur des poèmes du XVIIIème siècle. Une des caractéristiques de la culture de cette époque, que Schubert a intégrée dans sa musique, est l'élégance légère. Ici il semble que Graham Johnson cherche à nous convaincre de l'intérêt de ces pièces en allant creuser la signification - et il sacrifie la légèreté. Toute la première moitié du CD en devient laborieuse.
Les chanteurs ne sont pas non plus irréprochables, loin s'en faut. Patricia Rozario porte le coup de grâce à Heidenröslein. Michael George est à son aise avec Ossian mais plombe un peu "Nachtgesang" D314 (Peter Schreier dans un microsillon hélas jamais réédité offrait la preuve que ce lied n'a pas besoin d'une voix grave). S'il n'avait fait que ce CD, Ian Bostridge serait à classer parmi les "seconds couteaux britanniques", heureusement il a pris son envol par la suite. John Mark Ainsley, qui a prouvé son affinité avec le XVIIIème siècle dans Haydn, pâtit du concept de G. Johnson.
Les ensembles masculins sont convaincants, les ensembles mixtes souffrent à cause des dames Rozario et Denley.

Bref: Pour Heidenröslein on n'a que l'embarras du choix. Les autres lieder présents ici ne sont pas absolument nécessaires et on les retrouve ici ou là dans un contexte plus soigné. Ceux qu'on ne trouve pas ailleurs ne sont à 95% pas de Schubert. Si vous n'êtes pas accro d'intégrales, passez votre chemin. Le plus intéressant ici est le livret d'accompagnement qui offre une foule d'informations quasiment indisponibles ailleurs.


The Hyperion Schubert Edition Vol. 27
The Hyperion Schubert Edition Vol. 27
Proposé par EliteDigital FR
Prix : EUR 39,77

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 À recommander d'urgence, 13 janvier 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : The Hyperion Schubert Edition Vol. 27 (CD)
Ce CD est le complément parfait du volume 29. Celui-ci est consacré aux frères Schlegel et présente plusieurs lieder de la période 1818-1820, l'autre est consacré justement à cette période et présente plusieurs lieder sur des textes de Schegel et Novalis. Ici on trouve trois sonnets de Pétrarque, là un sonnet de Goethe. En outre les 2 CD se terminent sur le même lied.
La période italianisante de Schubert est bien représentée ici également et trouve en Matthias Goerne un interprète tout aussi qualifié que Marjana Lipovsek pour le volume 29. Belle voix de baryton-basse au timbre sombre, interprétation qui part de la musique pour rejoindre les mots, à l'inverse dans un sens de Fischer-Dieskau. Ce qui explique la belle réussite des sonnets de Pétrarque, où l'élève surpasse le maître.
Belle idée que celle de regrouper les lieder tirés du recueil "Abendröte", qui offrent un quasi-cycle varié tout au sommet de la production schubertienne.
Trois lieder de ce cycle sont confiés à Christine Schäfer. Après un début de "Der Fluß" à la ligne un peu imprécise, elle se montre à la hauteur de son partenaire. On aurait pu souhaiter lui voir confier "Der Knabe" et "Die Vögel", mais Matthias Goerne arrive à alléger sa voix sombre pour rendre parfaitement justice à ces lieder plus primesautiers.
On continue sur deux lieder encore très proches de "Abendröte": Blanka D631 avec une séduisante Christine Schäfer et Der Schiffer D694 avec un envoûtant Matthias Goerne.
Les deux lieder qui concluent le programme s'éloignent de la période italianisante: Fülle der Liebe D854 sur un ton plus déclamatoire où Matthias Goerne démontre son sens de la prosodie et Waldesnacht D708 où, par rapport à une Marjana Lipovsek chargée d'énergie dramatique, il nous offre une version plus lyrique, rendant justice d'une autre manière aux images évoquées par le texte.

Le Matthias Goerne d'aujourd'hui a un timbre plus profond, une intelligence du texte encore plus grande, ose - et réussit - des choix de couleur et de tempo plus extrêmes. Il a aussi une diction plus relâchée et un instrument un peu moins ductile.

Pour qui veut connaître un Schubert expérimental et génial avec des lieder qui sortent de l'ordinaire des récitals conventionnels, ce CD, tout comme son alter ego le numéro 29, est à recommander d'urgence.
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Feb 14, 2014 7:49 AM CET


Schubert: intégrale des lieder, Vol. 28 (An 1822 Schubertiad)
Schubert: intégrale des lieder, Vol. 28 (An 1822 Schubertiad)
Prix : EUR 20,91

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5 On pouvait s'attendre à mieux, 10 janvier 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Schubert: intégrale des lieder, Vol. 28 (An 1822 Schubertiad) (CD)
Le programme est très bien conçu: Goethe au début et à la fin, un mini-récital du baryton Maarten Koningsberger au milieu avec un choix de lieder apparentés du point de vue chronologique, stylistique et thématique, parsemé de quelques-unes des plus belles compositions de Schubert à plusieurs voix et qui conclut par le quatuor mixte "Des Tages Weihe" qui semble prédestiné pour être une fin de récital, cela fait un programme de concert parfaitement attrayant.

L'interprétation hélas me déçoit plutôt. Les notes de Graham Johson ont atteint le format mini-thèse et parfois on a l'impression qu'il dissèque une composition plus qu'il ne l'analyse. Il court ainsi le risque de s'attacher trop au détail et de perdre un peu de vue l'ensemble. C'est particulièrement vrai pour les choeurs dont il détruit l'unité. Par exemple "Geist der Liebe" où il donne quasiment une note à chaque strophe (très bien - excellent - assez bien ...), note que l'interprétation reflète, ce qui fait que la dernière strophe, qui n'a pas l'heur de lui plaire, se trouve comme dissociée du reste. Les quatuors masculins de Schubert de ce type (Die Nachtigall, Frühlingsgesang dans ce CD, Naturgenuß, Das Dörfchen ailleurs, entre autres...)répondent à d'autres critères que les lieder solistes et doivent avant tout séduire, ce qu'ils ne font pas vraiment ici. "Im gegenwärtigen Vergangenes", sur un texte bien plus ambitieux de l'orientaliste Goethe, devrait refléter une pensée hédoniste et sensuelle qui ne se fait pas jour ici. La dernière strophe de chacun de ces choeurs est un envoi qui devrait être une fête vocale ; ici elle manque d'abandon, de décontraction.

John Mark Ainsley est un superbe ténor bien à l'aise dans les tessitures élevées requises par Schubert mais il est parfois fâché avec la quantité des voyelles. Le second ténor Jamie McDougall détonne de temps en temps.
Christine Schäfer donne l'impression d'un "boy soprano" dans "Der Musensohn", Maarten Koningsberger est un baryton sans rélle identité.
Bref, on pouvait s'attendre à mieux.


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