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Contenu rédigé par Franz
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Franz
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Chemins croisés, 1994-1995
Chemins croisés, 1994-1995
par Claude Roy
Edition : Broché
Prix : EUR 18,60

5.0 étoiles sur 5 Tout à la pointe du style., 29 août 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Chemins croisés, 1994-1995 (Broché)
Entrer dans un des Livres de bord de Claude Roy (28 août 1915-13 décembre 1997) c’est rendre visite à un ami de toujours. On sait qu’il va nous toucher au cœur parce qu’il est avant tout poète, fraternel et que ses mots coulent d’une source limpide. On avance avec confiance dans la lecture bien que Chemins croisés : 1994-1995 soit hélas son ultime journal publié aux éditions Gallimard, commencé avec Permis de séjour, en 1977, continué avec La fleur du temps, puis L’étonnement du voyageur, Le rivage des jours, Les rencontres des jours et enfin ces Chemins croisés, en 1995. Parallèlement à la mémoire vive exposée dans ses livres de bord, Claude Roy faisait paraître Poèmes à pas de loup avec la nécessité de toujours s’émerveiller du monde sans éveiller les soupçons du gardien des portes de la mort : « Je ne sais pas qui a frappé à ma porte. J’ai seulement dit : « Déjà ? ». Dans son journal intime, l’auteur dresse des portraits touchants d’écrivains ou d’artistes comme ceux de Kostas Papaioannou, de Georges Szekeres ou ceux d’Hector Bianciotti ou de Zoran Music, bouleversants. Il rend compte admirablement dans ses biographies, d’auteurs essentiels tels Segalen, Chalamov ou Orwell. Il entrecoupe ses récits de voyage et ses réflexions sur la marche du monde de minimes qui sont des aphorismes parfois remarquables : « Mourir, d’accord : il faut bien. Mais arrêter de vivre, non. » ; « Temps perdu : contredire les imbéciles, raisonner les tyrans, croire un instant les flatteurs ». S’insèrent quelques poèmes précieux et mélancoliques, seuls capables de ressusciter un bref instant le passé enterré dans le caveau de la mémoire. On peut être surpris de voir ce voyageur attentif rencontrer autant de personnalités dans sa traversée du siècle. Son talent n’a toutefois d’égal que sa modestie. Pourtant, le samedi 1er janvier 1994 démarre plutôt mal avec une première phrase un peu fade : « La campagne a posé un doigt sur sa bouche et elle a dit : « Chut ! » Le silence a obéi. » Très vite, l’écrivain reprend le dessus avec : « Les fleurs de givre sont les empreintes digitales du temps. » S’ensuit une très belle citation de Shakespeare : « Il y a des voix qui parlent dans les arbres, des livres à lire dans les ruisseaux qui coulent, des leçons à apprendre dans les pierres. » Le ton est donné et tout est déjà dans la première page. Claude Roy est bien cet ami qui vient de loin et qui sait être proche des autres avec des mots de tous les jours tissés habilement à la vie, aux émotions et aux sentiments. Il prend même la peine de répondre aimablement à un journaliste anglais du Times Literary Supplement, John Weightman qui lui susurre ainsi : « Ne pas garder en tête que la nature est imperméable, qu’on ne peut pas l’anthropologiser, c’est faire verser une authentique tension poétique dans une sentimentalité insidieuse ». Claude Roy répond. John Weightman écrit à partir de la réponse. Claude Roy renchérit. Son journal est réactif et vivant. Les minimes s’ensuivent puis « Orwell est là » s’épanouit sur neuf pages et c’est un enchantement. Quand le permis de séjour de Claude Roy a fini par expirer, le 13 décembre 1997 et qu’il a dû passer la frontière sans espoir de retour, ses lecteurs restés ici-bas ont pu se senti un peu plus lourd que d’habitude.


Les tours de Bois-Maury, tome 15 : Oeil de ciel
Les tours de Bois-Maury, tome 15 : Oeil de ciel
par Hermann
Edition : Album
Prix : EUR 11,50

3.0 étoiles sur 5 De la poudre aux yeux, 28 août 2016
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En 1660, dans la forêt équatoriale du Yucatan qui a enseveli les antiques cités mayas après que les conquistadores eurent anéanti les aborigènes il y a plus d’un siècle, le chevalier Bois-Maury accompagne une expédition espagnole dans la dangereuse sylve. Les Indiens prennent les Blancs en chasse. Les morts s’amassent de part et d’autre. Bois-Maury capture un Indios aux yeux bleus qui parle la langue des Blancs. Il souhaite le convertir en guide pour, aux yeux des Espagnols, sortir de l’enfer vert, aux siens aborder la cité perdue sertie d’or et de joyaux.
Etonnant album qui se passe souvent de dialogues et laisse place au dessin noyé dans la couleur directe. L’atmosphère s’avère captivante même si souvent le bât blesse quant au rendu des visages. Les ambiances crépusculaires sont particulièrement réussies. Certaines images soignées montrent tout le talent souvent escamoté du dessinateur belge. La couverture, d’une rare laideur, ne rend pas hommage à l’affiche du film « La forêt d’émeraude » (1985) de John Boorman dont elle s’inspire. On retrouve aussi dans l’album toute la misanthropie de l’auteur à travers les comportements des personnages, soldatesque, missionnaire, Indiens : aucun ne tire son épingle du jeu à commencer par Bois Maury, manipulateur obnubilé par la découverte de la cité d’or. Le soleil couchant éteignant les éclats de la cité est une conclusion forte à l’instar de la poudre d’or jeté au vent du désert par des bandits ignares dans « Le trésor de la Sierra Madre » (1927), le fameux roman de Bernard Traven.


Solo T01 - Les Survivants du chaos
Solo T01 - Les Survivants du chaos
par Oscar Martin
Edition : Album
Prix : EUR 16,95

4.0 étoiles sur 5 Solo en doute majeur., 28 août 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Solo T01 - Les Survivants du chaos (Album)
Dans un monde post-apocalyptique où la bouffe rend ouf, la moindre barbaque complètement braque, alors qu’il faut risquer sa peau à tout bout de champ de neige et de désolation pour gagner son steak à la pointe du carreau d’arbalète, la vie clanique est impossible car les territoires ne concentrent pas assez de proies pour nourrir une famille entière. Ainsi Solo le rat se retrouve-t-il poussé vers la sortie par son père afin d’aller tenter sa chance ailleurs mais la désolation est immense comme la faim qui taraude chaque être vivant. Alors que les espèces animales ont développées la taille, le langage et la technologie, elles cohabitent avec les hommes. Lorsque Solo atteint les faubourgs d’une ville, il souhaite troquer à un ferrailleur un morceau de viande contre une arme à feu mais un chat belliqueux vient surenchérir. Un combat à mort s’engage entre Solo et le chat rapidement décapité. Ebahi par une telle prouesse, le ferrailleur voit en Solo une bête de combat. Le rat est piégé et envoyé combattre dans les arènes en échange de sa liberté.
La surprise ne provient pas d’une histoire banale, la lutte pour la survie mais d’une friction permanente entre la coexistence des animaux anthropomorphisés conservant quelques qualités originelles et des hommes avilis, un dessin de cartoons évoquant davantage les dessins animés bon enfant et un propos sombre. Le trait est vif, la mise en page dynamique. Les couleurs à dominante beige évoquent la poussière des déserts. Les deux premières pages sont pleines d’humour et constituent une belle entrée en matière. L’arrivée ensuite des mustélidés puis des chats noirs donnent le ton. Même si les combats dans les arènes s’avèrent ensuite répétitifs et sans grande surprise, la vie de Solo retient l’attention. Le lecteur souhaiterait qu’un tel rat recouvre la liberté et jouisse de sa vie au mieux mais les pièges se tendent à mesure qu’ils s’éventent. Pour Solo, l’issue ne semble pas encore se dessiner. Un second volume narre la suite des aventures du rat mutant aux muscles hypertrophiés, à l’intelligence fulgurante, aux techniques de combat imparables.


Largo Winch - tome 20 - 20 secondes
Largo Winch - tome 20 - 20 secondes
par Philippe Francq
Edition : Album
Prix : EUR 13,95

4.0 étoiles sur 5 Le réveil de la farce., 25 août 2016
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2e volet d’un triptyque annoncé et 20e album de la série, « 20 secondes » ne démérite pas par rapport au tome précédent et continue à brouiller les rôles des personnages largués dans un vaudeville détonant. A commencer par Largo Winch, très peu présent dans l’album, frappé d’un coup de foudre réciproque avec la belle et suave Saïdée qui pourrait à son tour le frapper, lui et son Groupe W au complet, d’un coup d’explosif d’autant que derrière l’agent double s’agitent une cellule terroriste faisandée, la CIA caviardée et un milliardaire russe bien renseigné, Igor Maliakov. Dans l’histoire, les femmes ont tout pris en main que ce soit Saïdée courant sauver son amour avec le diable la marquant à la culotte ou Hanni Veenstra, commandant de la marine marchande, torpillant avec force et sang-froid une bataille truquée. Même Miss Pennywinckle rappelle Largo Winch à ses obligations quand 600 000 employés à travers le monde dépendent de son groupe. Bien d’autres femmes s’agitent dans cet épisode, Marjan éconduisant le volage Simon Ovronnaz, la sculpturale Leone introduisant la statue de Troie dans le building où siège le Groupe W, Silky rabattant des proies consentantes au grand dam d’Ovronnaz, etc.
Jean Van Hamme s’amuse une dernière fois avec sa création avant de passer le relais mais bien qu’il malmène un peu ses personnages, il reste néanmoins dans la ligne éditoriale et les mauvais moments que subit la gent masculine ne sont pas traumatisants hormis pour les vrais méchants qui y laissent la peau. Le dessin, la mise en page et les couleurs de Philippe Francq demeurent excellents. La fluidité du récit est remarquable. Le lecteur peut toutefois rester dubitatif face à un succès qui dure depuis plus de deux décennies alors même que toutes les ficelles ont été utilisées et usées, les clichés ressassés à l’envi, les aventures répétées selon les mêmes codes et schémas. Pourtant, il n’est pas certain qu’un autre scénariste arrive à inventer de nouvelles histoires qui tiennent la route. La critique est toujours facile mais l’arrêt difficile.


Les arpenteurs
Les arpenteurs
par Kim Zupan
Edition : Poche
Prix : EUR 9,80

5.0 étoiles sur 5 Le délitement de la vie, 23 août 2016
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L’arpentage des terres agricoles s’est développé dans l’Egypte ancienne mais si les techniques ont évolué depuis avec les relevés par satellite, l’arpenteur peut encore se servir de l’empan de ses jambes pour mesurer le monde. Autant John Gload, serial killer incarcéré, que son gardien de nuit, Valentine Millimaki, en savent quelque chose puisque tous deux ont eu des vocations et des vies contrariées. Insomniaques, ils occupent leur temps, pour Gload, à concevoir des rendements agricoles obtenus à partir de surfaces imaginaires, pour Millimaki, à parcourir les étendues sauvages du Montana à la recherche de portés-disparus. Toujours les mêmes obsessions les taraudent : Gload entend les vols vociférant des mouettes, Millimaki ne trouve que des morts qu’il photographie inlassablement. Entre les deux hommes une entente secrète s’instaure, masquée par les rôles sociaux à tenir, les non-dits agissant comme des caisses de résonance, les obligations réciproques. Toute parole compromettante émanant de Gload sera rapportée au supérieur hiérarchique de Millimaki afin d’alourdir un dossier déjà accablant. Toute sa vie, John Gload a tué, décapité et mutilé ses victimes, les enterrant dans la nature afin qu’elles ne puissent jamais être identifiées. La peine de mort abolie, il craint l’enferment qui est une mise à mort programmée et différée. Le jeune policier n’a pas vu son couple partir à la dérive. Sa femme qu’il adore le quitte. Valentine devient une ombre le jour et la nuit. John perçoit les changements chez son gardien et loin d’en profiter, il compatit à sa manière, montrant une lucidité et une subtilité d’esprit qui l’humanisent profondément.
Ce 1er roman sans pathos de Kim Zupan est diablement réussi d’autant qu’il joue d’échos entre des comportements humains où les notions de bien et de mal se brouillent ainsi du flic arriviste Weldon Wexler prêt à tout pour parvenir à ses fins quels que soient les moyens utilisés. John Gload est effrayant car il tue sans état d’âme et sa clairvoyance à propos des vies lobotomisées n’en est pas moins troublante mais sa finesse psychologique le hisse bien au-dessus des rustauds policés. Alors que le roman se recentre sur un huis-clos avec un assassin incarcéré et un policier dépassé, la tension demeure de bout en bout et jamais l’attention du lecteur ne se relâche. Le titre original : « The Ploughmen » pouvait se traduire par : « Les laboureurs », au sens littéral. La traductrice a préféré lui calquer un titre de son invention autrement plus évocateur.


Une terre d'ombre
Une terre d'ombre
par Ron Rash
Edition : Poche
Prix : EUR 7,30

5.0 étoiles sur 5 Appalaches de guerre, 22 août 2016
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Une terre d'ombre (Poche)
Enchâssé entre deux hautes falaises granitiques, le vallon où s’échinent Hank Shelton et sa sœur Laurel semble porter une poisse d’ombre depuis toujours et qui s’est encore affermie avec la mort prématurée des parents Shelton. Hank, engagé dans le 1er conflit mondial, est revenu de la guerre des tranchées amputé d’une main et la jeune et jolie Laurel subit le rejet de la communauté de Mars Hill car sa tache de naissance la désigne comme une sorcière. Les préjugés et les superstitions dominent dans cette région des Appalaches et s’exacerbent dès lors où un meneur d’hommes est capable d’entraîner ses concitoyens dans une folie meurtrière. Pris individuellement, chaque individu peut s’avérer bon et loyal mais le manque d’éducation et d’esprit critique le rend malléable et dangereux. Chauncey Feith, sergent recruteur, veut être respecté et accomplir sa mission avec zèle bien que les jeunes hommes reviennent maintenant au pays mutilés et gazés, méfiants et vindicatifs. L’Allemand est honni sur le sol américain à l’instar du professeur Mayer d’origine germanique, ostracisé au sein de son université et de sa ville de Mars Hill. Alors que Hank a décidé de réhabiliter la ferme afin de loger décemment sa sœur et montrer à sa future belle famille qu’il est capable de tenir une propriété d’une main forte, Laurel espère une vie meilleure et rêve d’un amour salvateur. Elle surprend dans le vallon un air de flûte enchanteur et finit par découvreur le joueur dans un état pitoyable. Secouru par la sœur et le frère, Walter se remet de ses blessures mais se révèle muet. Qu’importe ! Laurel est sous le charme et Walter s’avère être une aide précieuse pour Hank. Ensemble, ils remontent les clôtures et creusent un nouveau puits. Hank voit en Walter une issue lumineuse pour lui et sa sœur mais le joueur de flûte virtuose, bien malgré lui, est un être maudit, en osmose avec un vallon que même les Cherokees avaient déserté en leur temps car rien n’y pousse hormis les champignons vénéneux et les vipères cuivrées.
Ron Rash sait peser et choisir ses mots en poète. Il maîtrise son lyrisme et l’insuffle avec mesure dans la nature des Appalaches. La construction du roman est remarquable, entre le prologue qui donne la clé du dernier chapitre et le flashback où se déroule et s’ourdit la tragédie des Shelton. Le lecteur assiste à l’émergence des sentiments amoureux contrecarrés par le poids d’une communauté rurale empesée d’idées préconçues, étriquées et délétères. Il y a l’idéal d’une part et la rude réalité à étreindre d’autre part. Durant un instant, tout concoure et laisse imaginer qu’une voie royale se dessine pour Hank, Laurel et Walter mais les circonstances entrent dans la danse et modifient les trajectoires escomptées. Alors, la vie devient une plaie ouverte dont le simple souvenir vaut mieux d’être enseveli sous un lac artificiel même si les derniers perroquets endémiques s’ébattent encore au-dessus de cette terre d’ombre et d’oubli.


Le monde à l'endroit
Le monde à l'endroit
par Ron Rash
Edition : Poche
Prix : EUR 7,30

5.0 étoiles sur 5 « Trois accords et la vérité »., 20 août 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le monde à l'endroit (Poche)
Contre le mal qui ronge les vies depuis toujours, le bon docteur Candler a su innover en son temps dans les années 1850 avec l’usage des plantes médicinales mais la guerre de Sécession l’a rattrapé dans les Appalaches. Il a choisi le camp des tireurs, celui des Sudistes massacrant les habitants désarmés de Shelton Laurel. Des extraits lapidaires de son journal d’époque rythment les courts chapitres du dernier roman de Ron Rash publié dans nos contrées après Un pied au paradis et Serena. Bien que le pivot en soit le jeune Travis Shelton âgé de dix-sept ans, le roman oscille entre trois hommes qui se croisent, s’ignorent mais se connaissent, interagissant presque malgré eux sur leur propre destinée, en catimini ou avec perte et fracas. Il y a d’abord le père Shelton, ancré à sa terre, ne comptant que sur lui pour s’en sortir, cultivateur de tabac exigeant qui ne reconnaît rien de bon chez son fils Travis et finit par le rejeter comme un malpropre : « La merde, ça ne se déloge pas » dira-t-il plus tard dans une de ses rares envolées laconiques face à son fils révolté. Le deuxième homme auquel Travis va se frotter est le redoutable Carlton Toomey, opportuniste malin et sans scrupule, secondé par son maousse de fils, Hubert Toomey. Travis découvre son champ clandestin de marijuana et décide d’y prélever quelques pieds afin de les revendre à un dealer, Leonard Shuler, troisième figure masculine emblématique, partisan du laisser faire. Rien ne fonctionne comme prévu et le monde se met à l’envers. De ses revers, Travis va en tirer des leçons profitables mais les récompenses ne sont jamais celles attendues comme pourraient l’être la reconnaissance du père Shelton, l’autonomie, la liberté d’entreprendre, etc. A plusieurs reprises, Travis va se retrouver seul pour agir selon une droiture qui ne s’explique pas. Il pourrait profiter de Dena, la femme paumée parasitant le mobile home de Leonard. Elle s’offre à lui mais par respect, il décline son offre alors que le sexe le taraude d’autant plus que sa petite amie Lori se refusera à lui jusqu’au mariage. Leonard a senti l’intelligence de Travis sous sa crânerie et son ignorance. Il décide de l’aider à préparer un examen d’évaluation de connaissances qui lui permettrait de reprendre une scolarité salutaire. Leonard est un professeur déchu qu’une machination mesquine assortie d’une dénonciation minable ont contraint à démissionner. Leonard ne lutte pas mais il perd au passage l’estime de sa femme et la garde de sa fille Emily. Dealer par défaut, il amasse de l’argent afin de rejoindre sa fille aimée en Australie. Depuis longtemps, il s’intéresse au massacre de Shelton Laurel et amène Travis Shelton à s’y plonger à son tour. Les archives ne disent pas tout et la mémoire collective a occulté les tragiques événements de la guerre de Sécession. Au-delà des morts, Leonard et Travis ont partie liée.
Court roman d’une rare puissance, Le Monde à l’endroit parle simplement de choses essentielles, l’acuité d’être dans ce monde-là, sa perception et sa compréhension par les sens et la connaissance. Dès le départ, la tension entre les mots (savamment rendue par la traduction) montre des personnages à qui rien ne sera épargné. Il n’y aura pas de fin heureuse mais seulement ce que les hommes pourront en faire : « […] Leonard vit une goutte de pluie tendrement suspendue au bout d’une feuille. Il savait qu’il y avait une raison scientifique au fait qu’elle reste ronde, qu’elle pende ainsi à la feuille mais cela n’avait rien à voir avec le miracle de cette goutte-là sur cette feuille-là, l’autre miracle étant qu’il soit vivant dans ce monde pour la voir ». Qu’est-ce que la conscience ? Qu’est-ce qui fait la grandeur d’un homme ou son effroyable petitesse ? Un geste gratuit, un fil d’aplomb en soi et le courage de faire ce qui exige d’être réalisé ? Leonard est un héros en toute conscience, celle d’un perdant sublime. Son sacrifice assumé sera masqué sous un banal accident de la route. Le père Shelton est le type qui ne se mouille pas mais envoie les autres au casse-pipe, à commencer par son fils. Son manque de hauteur de vue et son mépris pour ce qui sort des ornières le rendent petit. Carlton Toomey est le plus trouble, masquant d’étonnantes capacités intellectuelles sous des airs d’ahuri patenté. Fin psychologue, brute sans état d’âme, il sait aussi divinement chanter les gospels et troubler les âmes les plus rudes. Enfin, la nature façonne les hommes, leur donne leurs repères. Les Appalaches transpirent avec ses rivières, ses bois et ses cultures de tabac que les personnages respirent sans relâche. Dans le chaos des vies sans repère, à un moment donné, « Les passages tortueux deviendront droits ». Le monde lui-même se remettra à l’endroit.


Manifest destiny 01. La Faune et la flore
Manifest destiny 01. La Faune et la flore
par Matthew Roberts
Edition : Broché
Prix : EUR 15,95

4.0 étoiles sur 5 L'enfer vert, 7 août 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Manifest destiny 01. La Faune et la flore (Broché)
Le président américain Thomas Jefferson a confié aux deux officiers Lewis et Clark le soin d’organiser une expédition scientifique de reconnaissance des territoires de l’ouest, en remontant le Mississippi. Accompagnés de marins et de repris de justice sans attaches familiales, ils tentent de rallier le poste avancé de La Charrette. Des créatures fantastiques, effrayantes et belliqueuses surgissent et l’équipage médusé doit assurer sa survie. Les marins atteignent in extremis le fortin dont les habitants ont presque tous été décimés.
Le comics paru en 2014 sous le label Skybound est édité en 2016 chez Delcourt qui reprend les fascicules 1 à 6. Une suite est annoncée et c’est une bonne chose tant le premier volume est intrigant et bien mené avec des apparitions, des rebondissements, des personnages étonnants, un humour détonant entre la raideur militaire de Clark et la curiosité scientifique de Lewis. Le dessin de Matthew Roberts est séduisant et plein d’allant que des cadrages et mises en page mettent en valeur. La couleur est superbe, gaie, naturelle, champêtre et boisée, contrastant avec l’enlisement de l’expédition coloniale.


Scalped tome 10
Scalped tome 10
par Jason Aaron
Edition : Album
Prix : EUR 14,00

5.0 étoiles sur 5 Hoka Hey !, 7 août 2016
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La réserve indienne de Prairie Rose est le théâtre tragique où s’affrontent deux visions du monde : l’une, personnifiée par Lincoln Red Crow, affairiste sans scrupule ; l’autre, incarnée par Gina Bad Horse, prônant l’émancipation indienne par la culture et l’entraide. Entre le vice et la vertu s’agitent des électrons libres qu’il ne vaut mieux pas chauffer. Dash Bad Horse, jeté dans les filets de la mafia locale par un agent fédéral obsédé par la vengeance prend de sales coups mais sa force et sa hargne l’aident à narguer la mort à plusieurs reprises.
Le dernier volume de la série continue de surprendre et de captiver. Il y a osmose entre le scénariste Aaron et le dessinateur Guéra. Rien n’est appuyé comme lorsque la douche collective du pénitencier se vide de ses virils occupants au moment où Red Crow entonne son chant de mort ou encore quand le test de grossesse est posé à côté Maggie Standing Rock en pleurs. Les personnages ont incroyablement évolué et le regard du lecteur porté sur eux aussi. L’attachement entre Red Crow et Dash est patent. Ils possèdent chacun des valeurs spirituelles capables d’ébranler leur environnement et de transformer leurs proches. Dans l’étouffoir d’existences prédestinées au malheur, des bouffées d’espoir illuminent la série. On peut alors penser à la fin du film « Under the Pines » quand le fils de Luke Glanton franchit la ligne invisible de Schenectady, cette ville dont le nom signifie, en iroquois, « l'endroit qui se trouve au-delà des pins » ou encore à « Vol au-dessus d’un nid de coucou » quand le grand chef indien arrache le lavabo et perfore la bulle mortifère de l’asile. Dehors, dans la nuit, un grillon solitaire chante. Scalped est une série salement réussie et hautement recommandable.


Scalped tome 9
Scalped tome 9
par Collectif
Edition : Album
Prix : EUR 15,00

5.0 étoiles sur 5 Amputé du bras droit, le bas empire., 7 août 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Scalped tome 9 (Album)
Après une terrible introduction du scalpeur scalpé, flashback de la tragique histoire amérindienne, le pénultième volume de la série Scalped plonge là où le précédent et trépidant opus avait laissé le lecteur sonné. Lincoln Red Crow a décidé de détruire tous ses laboratoires clandestins fabriquant des drogues de synthèse, provoquant colère, peurs et violences. Hors de la réserve lakota, le shérif Wooster Karnow veut en faire autant, mettant au trou de gros méchants, épargnant Dino le borgne. Dans sa prison de White Haven s’entassent déjà Wade Rouleau, père de Dash Bad Horse, Catcher, meurtrier mystique, James Festus Selby, minable dealer diligenté par Red Crow pour occire Catcher puis, peu après, Shunka, bras droit du caïd. Le jeu de massacre n’élimine pas nécessairement les cibles. Pour Dashiell Bad Horse, blessé et hospitalisé, la mâchoire fracturée, le moment est venu d’affronter Shunka. L’épisode se clôt sur un cliffhanger infernal.
La série ne faiblit jamais, conservant lisibilité dans l’éclatement, cohérence dans la polyphonie, souplesse dans la violence. Le lecteur ne peut bouder son séjour en enfer.


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