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Contenu rédigé par J-michel Tartayre
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Commentaires écrits par
J-michel Tartayre (Toulouse, France)
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Contre-histoire de la philosophie : Tome 3, Les libertins baroques
Contre-histoire de la philosophie : Tome 3, Les libertins baroques
par Michel Onfray
Edition : Poche
Prix : EUR 6,90

2 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un éloge du baroque, 9 novembre 2013
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Contre-histoire de la philosophie : Tome 3, Les libertins baroques (Poche)
Dans ce troisième volet de sa Contre-histoire de la philosophie, Michel Onfray organise son discours autour de la critique du Grand Siècle, qu'il focalise essentiellement sur les auteurs baroques, plus précisément sur les libertins baroques. L'exégèse est construite en deux temps. D'abord, Onfray traite des libertins fidéistes tels Charron, La Mothe Le Vayer, Saint-Évremond et Gassendi ; ensuite, des libertins panthéistes tels Cyrano de Bergerac et Spinoza.

Reprenant à son compte les propos de Michelet qui préfère qualifier de « Grand » le XVIIIe siècle plutôt que le XVIIe, Onfray confie que le XVIIe siècle mérite ce qualificatif surtout pour la place qui y est accordée au catholicisme et à la monarchie, place majeure s'il en est, aux dépens de l'alternative baroque. L'auteur préfère donc s'en tenir à ses goûts personnels et suivre le mouvement de sa pensée qui s'oriente spontanément vers le défrichage du travail des libertins, encore trop ignorés de nos jours par les tenants de l'historiographie classique.

Tout du long, Michel Onfray met en perspective l'esprit libertin dans ses rapports avec la philosophie du Jardin et sa diététique du plaisir : « Le libertin baroque, écrit-il à cet égard, traite le corps en complice pendant que la civilisation issue de la culture judéo-chrétienne pratique la haine paulinienne des corps, la détestation des désirs et des plaisirs, la déconsidération de la matière corporelle. » Citant par exemple Gassendi, La Mothe Le Vayer ou encore Cyrano de Bergerac, il ajoute que le corps joue dans leur philosophie le rôle suprême. « Il s'agit, confirme-t-il, de donner le meilleur au corps pour en faire un partenaire. Car seul le corps permet de connaître. Un corps sensuel qui sent, goûte, touche, regarde, entend et informe un cerveau qui construit la réalité, fabrique des images, et produit des représentations. »

Au cours d'un passage très approfondi qu'il consacre aux libertins panthéistes, Onfray s'emploie à une analyse circonstanciée de l'oeuvre de Cyrano de Bergerac qu'il n'hésite pas à considérer comme un penseur de génie : « À la manière d'un Léonard de Vinci, ou plus tard d'un Jules Verne, écrit-il, il échafaude avec ses fantaisies les contours de notre réalité. » L'auteur des États et Empires de la Lune - Les États et Empires du Soleil est décrit comme un visionnaire et un artiste de l'anamorphose. Cyrano découvre en effet dans son oeuvre une autre réalité, dans un style d'où jaillit un théâtre philosophique où s'accordent la pulsion de vie et la matière du monde sur le mode de la logique psychophysiologique. Onfray écrit : « Rien d'immatériel ou d'irrationnel au royaume du philosophe, juste des enchaînements de causalités raisonnables et rationnelles : une logique psychophysiologique qui laisse entrevoir une prescience de la logique psychosomatique. D'où une option radicalement matérialiste, atomiste. Le réel se réduit à une combinaison de particules élémentaires, son agencement génère les apparitions diverses du Même. »

Enfin, s'agissant de Spinoza, Michel Onfray dresse de ce dernier le portrait élogieux d'un praticien de la joie. Son Éthique est, dit-il, « un édifice baroque ». L'esprit géométrique fonde l'ouvrage, contenant et révélant à la fois dans son ensemble de formules la lumière divine. Dieu, à titre de matière essentielle, y demeure traité sur le mode de la proposition et de la démonstration. « Quand l'Eglise baroque agit en réceptacle de la lumière divine, l'Éthique de Spinoza, loin de toute préoccupation de morale moralisatrice, décline un édifice destiné à recueillir la fameuse "lumière naturelle" chère au philosophe. » Et de conclure : « L'ouvrage est un monstre philosophique ».
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (3) | Permalien | Remarque la plus récente : Jul 27, 2014 6:43 PM MEST


ARIEGE Vérités et Emotions
ARIEGE Vérités et Emotions
par MICHEL COSEM
Edition : Relié

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Une oeuvre richement documentée, 24 août 2013
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Michel Cosem propose dans ce livre de découvrir le département de l'Ariège par le biais d'une approche historique très approfondie et d'un itinéraire à la fois topographique et toponymique dont les données s'augmentent tout du long des photographies de Fabien Boutet.

L'auteur fait ici oeuvre de guide confirmé lorsqu'il analyse en détail les particularités architecturales et géographiques de chaque région, que ce soit celle du Pays d'Olmes, celle de la haute vallée de l'Ariège, celle du Couserans ou encore, entre autres, celles de la vallée de Bethmale, des Petites Pyrénées. À ce type d'analyse est toujours assorti le savoir de l'historien qui ne manque pas d'inviter son lecteur à un voyage dans le temps pour lui rappeler que l'Ariège est aussi et surtout une terre marquée par diverses migrations, diverses conquêtes, divers événements heureux ou, au contraire, tragiques qui se sont succédé depuis la Préhistoire jusqu'à nos jours : « Pendant des millénaires les vallées pyrénéennes ont été des réservoirs de populations. »

Le discours tend de la sorte à mettre en exergue, outre la dimension pittoresque, l'authenticité du lieu à laquelle pourvoient sa situation d'éloignement vis-à-vis des centres politiques et une nature sauvage qui constitue le cadre de moeurs restées en harmonie avec elle. Michel Cosem l'agrémente à ce titre de nombreuses légendes locales qui ajoutent à la sensation dépaysante, car c'est aussi en poète et en conteur qu'il pratique cet itinéraire de découverte. L'histoire de Jean de l'Ours, par exemple, qui clôt l'ouvrage, est un récit extrait d'un ensemble intitulé Contes traditionnels des Pyrénées, tome 2, du même auteur, qui s'inscrit dans la tradition populaire de l'oralité et imprègne sensiblement la mémoire collective des Ariégeois.

Enfin, Jean-Pierre Bel, Sénateur de l'Ariège et Président du Sénat, a préfacé ce beau livre en rendant d'abord hommage à son auteur, puis en rappelant le profond attachement qu'il a pour ce département qu'il représente et pour les femmes et les hommes qui ont contribué à son rayonnement, en France et dans le monde, autant des personnalités aussi célèbres que Gabriel Fauré ou Pierre Bayle que les anonymes, « tous les anonymes, écrit-il, qui ont marqué les grandes périodes de l'histoire. »
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Les Aventures de Tintin, Tome 7 : L'île Noire
Les Aventures de Tintin, Tome 7 : L'île Noire
par Hergé
Edition : Relié
Prix : EUR 10,95

1 internaute sur 2 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Démantèlement d'un réseau de faux-monnayeurs, 7 août 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les Aventures de Tintin, Tome 7 : L'île Noire (Relié)
Tintin et Milou se promènent sur une route de campagne par une belle après-midi printanière quand ils sont soudain témoins d'une panne d'avion. Il s'agit d'un appareil de tourisme contraint de se poser en urgence dans un pré qui jouxte la route. Le jeune reporter s'empresse dès lors de se rendre sur les lieux de l'atterrissage et constate que l'avion n'est pas immatriculé. Au moment où il s'enquiert auprès des infortunés aviateurs de leur situation en leur proposant son aide, l'un des deux hommes tire sur lui.

Le lendemain, Tintin se réveille dans une chambre d'hôpital avec à son chevet les inspecteurs Dupont et Dupond. Sa blessure est bégnine. Le chef de service confirme que la balle a simplement glissé sur une côte. Au cours de l'interrogatoire dirigé par les deux policiers, Tintin apprend qu'un avion non immatriculé s'est écrasé pendant la nuit à Eastdown, dans le Sussex. Il n'en faut pas moins au journaliste pour faire le lien avec l'appareil tombé en panne la veille et mettre prématurément fin à sa convalescence en s'embarquant dans cette nouvelle affaire par le premier train, en direction d'Eastdown...

Dans cette oeuvre, Hergé propose un scénario qui inscrit Tintin et Milou au coeur d'une affaire relative au trafic de fausse monnaie. Les deux héros sont ici confrontés à un réseau de dangereux malfaiteurs qui n'hésitent pas à tuer. Le jeune reporter en fait l'expérience dès le début tandis qu'il croit aller au-devant des souhaits des deux naufragés du ciel. L'intrigue, de fait, repose sur de multiples actions réalisées dans le contexte dépaysant de la Grande-Bretagne. Outre l'effet de suspense ménagé par une série de rebondissements plus inattendus les uns que les autres, le rythme de l'histoire s'agrémente des variations pittoresques du décor dans lequel évoluent les personnages, de la campagne française au relief tourmenté du littoral écossais. Enfin, l'épaisseur du mystère où se trouve le jeune enquêteur s'accroît avec les croyances superstitieuses qui caractérisent entre autres les moeurs britanniques. Pour autant, Hergé se joue avec ironie d'un tel phénomène en faisant de la bête de l'île noire qui terrorise les pêcheurs écossais une caricature à laquelle il a donné les traits d'un gorille craintif et maladroit, qui aidera même Tintin à résoudre son enquête.


Les Aventures de Tintin, Tome 6 : L'oreille cassée
Les Aventures de Tintin, Tome 6 : L'oreille cassée
par Hergé
Edition : Relié
Prix : EUR 10,95

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 L'affaire du fétiche arumbaya dérobé, 27 juillet 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les Aventures de Tintin, Tome 6 : L'oreille cassée (Relié)
Tintin se lève un beau matin en apprenant qu'un fétiche de grande valeur a été volé au musée ethnographique. Il s'agit d'une statuette arumbaya, du nom d'une tribu d'Amérique du Sud vivant sur les rives du fleuve Baduyaral, dans la république de San Théodoros. Mais le lendemain, le gardien du musée constate que le fétiche a été remis à sa place et en informe aussitôt le conservateur. Tintin et son inséparable Milou se rendent donc sur les lieux mais pour s'apercevoir malheureusement que l'objet rendu n'est pas le bon. En effet, le fétiche arumbaya se caractérise par une marque distinctive : une oreille est cassée. Or, celui-là est doté de deux oreilles intactes.

Rentrant chez lui, Tintin s'est installé dans son salon pour s'accorder quelques minutes de pause et de réflexion et décide de compulser le quotidien local. Il y apprend qu'un certain Monsieur Balthazar, peintre-sculpteur de son métier, et spécialiste des statuettes en bois, a été retrouvé mort ce même jour à son domicile sis 21 rue de Londres.

Une demi-heure plus tard, Tintin se rend chez la victime en alléguant à la concierge de l'immeuble qu'il désire simplement « y jeter un coup d'oeil ». Sur place, Tintin relève des indices qui le conduisent à déduire que M. Balthazar a été assassiné dans la nuit : « On a donc tué Monsieur Balthazar. Et on l'a tué parce qu'il avait probablement exécuté pour quelqu'un la réplique du fétiche arumbaya. On ne voulait pas qu'il bavarde... »

Au demeurant, ce nouvel épisode des aventures de Tintin et Milou situe le lecteur au coeur d'une enquête riche en rebondissements qui va mener le jeune reporter jusqu'en Amérique du Sud, au coeur de la jungle amazonienne. Hergé y traite avec humour noir le sujet de la guerre civile en faisant de la république de San Théodoros le cadre d'un putsch grâce à quoi Tintin va échapper au peloton d'exécution, devenir l'affidé du général Alcazar, nouveau président au pouvoir qui a mis fin au règne du général Tapioca, puis être promu au grade de colonel. Enfin, l'auteur emprunte fréquemment au domaine de l'anthropologie, en particulier lors de la rencontre de son jeune héros avec deux tribus amérindiennes, celles des Bibaros et des Arumbayas. Le personnage de Ridgewell, l'explorateur, dont il fait la connaissance dans la jungle, est à cet égard emblématique dans la mesure où il s'est parfaitement adapté aux moeurs et à la culture indigènes, à telle enseigne qu'il a choisi de vivre comme un Arumbaya pour le restant de ses jours après que les membres de la tribu l'ont accepté comme l'un des leurs : « ... j'ai décidé de ne plus jamais retourner dans le monde civilisé. Je suis heureux ici, parmi les Arumbayas dont je partage la vie... »
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Nov 6, 2015 7:17 PM CET


Les Aventures de Tintin, volume 5 : Le Lotus bleu
Les Aventures de Tintin, volume 5 : Le Lotus bleu
par Hergé
Edition : Relié
Prix : EUR 10,95

Aucun internaute (sur 1) n'a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Enquête sur un trafic d'opium, 20 juillet 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les Aventures de Tintin, volume 5 : Le Lotus bleu (Relié)
Tintin et son fidèle Milou sont les hôtes du Maharadjah de Rawhajpoutalah, dans le palais duquel ils s'accordent une période de vacances bien méritées. Depuis quelques jours, le jeune reporter s'emploie à capter des messages sur un appareil de radiotélégraphie. Il finit par recevoir celui qu'il attendait mais il demeure crypté. Sur le moment, Tintin ne peut le déchiffrer et s'efforce d'y trouver un sens.

Après une brève entrevue avec le Maharadjah qui a désiré lui présenter le fakir Cipaçalouvishni et après que ce dernier, qui a le don de voyance, lui a annoncé qu'un homme qu'il croyait mort préparait sa vengeance, l'un des serviteurs s'avance auprès de Tintin pour lui dire qu'un étranger venu spécialement de Shanghaï l'attend dans la galerie du palais. Lors de la rencontre, l'individu en question l'informe qu'il a d'importantes choses à lui communiquer mais à l'instant où il s'apprête à le faire, une fléchette au radjaïdjah, le poison-qui-rend-fou, l'atteint au cou. Il n'a que le temps de prononcer quelques mots : « Mitsuhirato... On a besoin de vous... Je... Shanghaï... Retenez bien ce nom : Mitsuhirato... Mitsu... Mitsuhirato... », avant de sombrer dans la folie.

Tintin comprend dès lors qu'une mystérieuse affaire l'attend à Shanghaï et décide d'y partir immédiatement...

Hergé, du reste, nous propose à travers cette intrigue un ensemble de péripéties qui convoque les qualités de fin stratège de Tintin dans le contexte de l'occupation japonaise en Chine. Le jeune reporter évolue dans une ville, Shanghaï, alors sous le joug des autorités militaires japonaises et marquée par la présence de la concession internationale, née en 1863 de la fusion des concessions britannique et américaine. L'auteur en dresse le portrait d'un enquêteur parfaitement intégré à la population chinoise qui opère dans tous les milieux en tâchant chaque fois de démêler le vrai du faux. La trame s'organise autour du « Lotus bleu », une fumerie fréquentée par de nombreux touristes et qui s'avère être la plaque tournante d'un important trafic d'opium, d'envergure mondiale. Enfin, cet épisode constitue le cadre d'une nouvelle rencontre qui comptera dans la vie affective et le réseau d'amitiés de Tintin, celle de Tchang Tchong-Jen, mais aussi celui d'un nouvel affrontement contre le maléfique Roberto Rastapopoulos, déjà présent dans Les Cigares du pharaon : « Rastapopoulos, qui est tombé dans les rochers, près de Rawhajpoutalah, et que tu croyais mort !... »


Les jolies choses
Les jolies choses
par Virginie Despentes
Edition : Poche

5.0 étoiles sur 5 La comédie du succès, 17 juillet 2013
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Claudine et Nicolas se sont rencontrés dans un café à Paris. Elle est une starlette, lui, outre le fait d'être un bon ami, lui sert de confident. Claudine a une soeur jumelle prénommée Pauline, à la personnalité très différente de la sienne. Si Claudine a une sensibilité très vive marquée souvent par des phases de mélancolie, Pauline au contraire a un caractère bien trempé. L'une et l'autre, par ailleurs, sont dotées d'un physique de « bimbos ».

Un jour, tandis que Nicolas fait écouter un arrangement musical de sa composition à Claudine, cette dernière a l'idée de faire chanter sa soeur à sa place et de l'inviter à poser sa voix dessus : « - J'aime vraiment bien sa voix, y a moyen de faire de jolies choses... » Au reste, Claudine prévoit de jouer sur leur gémellité pour assurer son statut de femme publique et faire croire à ses qualités de chanteuse. Pauline accepte le contrat et, grâce à son talent, l'enregistrement est un succès. L'imposture néanmoins va se retourner aux dépens de la jeune starlette qui ne peut supporter l'ascension de sa soeur sous son propre label, celui de Claudine en l'occurrence, et se suicide en se défenestrant...

Virginie Despentes propose, à travers ce roman, une intrigue qui se fonde sur l'usurpation d'identité dans le contexte du show-business parisien. L'auteur de King Kong Théorie et de Baise-moi, entre autres, pose la problématique des conséquences aliénantes que peut entraîner un tel fait sur l'individu susceptible de s'y complaire. La gémellité est un moyen pour Virginie Despentes de traiter le sujet avec humour et cynisme en mettant en scène deux soeurs qui ne se ressemblent que par leur physique. Pauline, à la différence de Claudine, se joue de l'univers du spectacle avec opportunisme. Elle sait tirer parti des circonstances en artiste, au point de transmuer son ascension vers le succès en véritable vaudeville et de faire de sa fausse identité un ressort ontologique qui lui permet un total accomplissement de soi : « Elle aime jusqu'à l'hostilité qu'elle déclenche chez pas mal de monde [...] Elle se sent porteuse d'une haine telle qu'elle kiffe aussi quand on l'insulte. » Enfin, l'auteur oeuvre dans une langue jubilatoire, sans a priori et profondément ancrée dans la réalité sociale des métiers du spectacle, une langue consistant dans l'art de ne pas se prendre au sérieux.


Baise-moi
Baise-moi
par Virginie Despentes
Edition : Broché
Prix : EUR 13,80

3 internautes sur 7 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Une épopée sexuelle et meurtrière, 9 juin 2013
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Nadine est une jeune femme qui vit en colocation avec Séverine. Elle occupe ses journées en regardant des films pornos, à traîner en ville avec son walkman ou à faire des passes. Elle a un copain, Francis, en cavale depuis que ce dernier a tué Bouvier, son débiteur : « Bouvier devenait responsable de tout. Vu de près, ce n'était pas surprenant que Francis finisse par lui éclater le crâne. »

Un jour, en rentrant dans l'appartement, elle subit les remontrances de Séverine qui lui reproche de boire son whisky et surtout de ne pas ranger la bouteille. Il n'en faut pas plus pour qu'une sévère dispute éclate et que Nadine en vienne aux mains, jusqu'à étrangler sa colocataire. Quelques heures après, elle a quitté l'appartement, laissé le cadavre comme si de rien n'était et arrive à son lieu de rendez-vous avec Francis, dans un hôtel. Là, celui-ci l'informe qu'il a besoin d'une ordonnance pour aller à la pharmacie. Nadine remplit le document. Plusieurs minutes se passent après le départ de Francis. Il ne revient pas. Nadine, trouvant le temps long, sort de l'hôtel devant lequel est sise ladite pharmacie. Elle aperçoit alors son compagnon marchant à reculons dans la rue, puis tomber presque aussitôt sans vie. Il a le crâne déchiré.

Elle s'enfuit sans se poser de questions jusqu'à la gare pour prendre le premier train. Mais aucun départ n'est prévu à cette heure tardive de la nuit. Elle reste devant la grille et va bientôt croiser la route de Manu, une banlieusarde et accessoirement hardeuse qui vient d'être victime d'un viol. Une complicité va se tisser dès les premiers mots échangés et les deux femmes vont dès lors s'entendre pour gagner la Bretagne à bord d'une voiture volée...

Virginie Despentes propose avec ce roman une sorte d'épopée dont les protagonistes Nadine et Manu seraient les antihéroïnes. Antihéroïnes tragiques qui auraient l'intuition de l'instant tout en ayant conscience qu'elles sont condamnées par la loi du fatum social. Leurs actions sont motivées par l'hybris : elles ne semblent avoir d'autre but que de transgresser à l'extrême les codes sociaux. À la fois victimes et bourreaux, elles participent de la dérive nihiliste que leur statut de laissées-pour-compte occasionne, entretient et aggrave sur le mode de la fuite en avant. Prises dans l'engrenage du sexe et du meurtre à outrance, elles demeurent pour autant lucides et constatent avec humour qu'elles ne s'en sortiront qu'en se jetant du haut d'une falaise : « Je préfèrerais finir tout ça aussi bien que ça a commencé et donner sa chute à la blague. » L'auteur à cet égard pratique l'écriture narrative en artiste de l'humour noir et du réalisme. La trame est émaillée de phrases nominales, d'hypotyposes et de zeugmas qui ajoutent au climat de totale liberté dans lequel évoluent les personnages. L'alternance entre niveau de langue soutenu et argot corrobore la force du propos, les effets de réel. Enfin, la concision de la syntaxe donne à la fable une dynamique efficace sachant inviter le lecteur à titre d'actant du drame qui se noue ou parfois même le prendre à partie.
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : May 6, 2015 7:25 AM MEST


Les chiennes savantes
Les chiennes savantes
par Virginie Despentes
Edition : Poche
Prix : EUR 5,00

Aucun internaute (sur 1) n'a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Une quinzaine macabre, 20 mai 2013
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Les chiennes savantes (Poche)
Louise Cyfer travaille à L'Endo, un peep-show de Lyon. C'est l'hiver. Son quotidien se résume aux exhibitions pornographiques et aux virées au bar de L'Arcade, tenu par Mathieu. Arrivant de Paris, où elle fut embauchée dans un autre peep-show de la rue Saint-Denis, Louise a retrouvé à L'Endo des filles qui travaillaient avec elle dans l'établissement d'alors, Lola et Stef, du genre de celles qui lui font grande impression de par leur force de caractère et leur beauté physique : « Stef et Lola m'avaient fait grosse impression et j'avais été vaguement décontenancée de les retrouver à Lyon. »

De spectacles pornos en réunions entre filles autour d'un verre à L'Arcade ou d'un « spliff » dans le cagibi au moment de la pause, Louise vit sa vie à peu près normalement sans se soucier du lendemain, jusqu'au jeudi 7 décembre où la directrice de L'Endo l'appelle pour l'informer que la boîte est fermée pour la journée et pour lui demander de passer à son bureau à 20 heures. Dans l'attente du rendez-vous, Louise profite de son temps de repos avec Guillaume, son frère avec qui elle partage un appartement en colocation, puis plus tard dans l'après-midi avec les fidèles de L'Arcade : Roberta, Sonia, Saïd, Mathieu avec lesquels elle fraye tous les jours.

À l'heure convenue, elle se présente au bureau devant la patronne qui l'interroge sur Stef et Lola, leurs habitudes, leurs anciennes relations à Paris. Louise reste sur sa réserve et pressent une grave affaire autour des deux filles. Son interlocutrice lui tend enfin une enveloppe, qu'elle ouvre pour bientôt constater d'après les photos qui y étaient contenues que Lola et Stef ont été sauvagement assassinées, leur corps rendu presque méconnaissable...

Au reste, Virginie Despentes propose avec ce roman une entrée dans l'univers de la prostitution, soutenue par un style où le réalisme se conjugue avec la poétique de l'intrigue telle qu'elle est mise en pratique dans le genre du roman noir. L'auteur adopte la focalisation interne et découvre à travers le regard de Louise la dimension interlope, la part d'ombre, des quartiers sensibles de Lyon, en particulier celui des Brotteaux. La narratrice tient un journal et raconte chacune de ses journées dans le détail, tout au long d'une période qui en couvre quinze. D'un meurtre à l'autre, du viol dont elle est victime à sa relation ambiguë et néanmoins passionnée avec son agresseur, Louise se livre avec spontanéité, disponible à l'intervention du hasard, dure au mal et le transposant dans une langue écrite rapide, incisive, qui sait traduire le langage de la rue, le langage de la nuit des jungles urbaines, et s'harmonise avec lui sous la forme d'un plaidoyer soutenant la cause des femmes prises dans l'étau de la violence masculine ou de leurs propres passions.
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Jul 11, 2013 1:09 AM MEST


Antigone
Antigone
par Jean Anouilh
Edition : Poche
Prix : EUR 5,90

4 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Portrait d'une insoumise, 12 mai 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Antigone (Poche)
L'aube se lève sur Thèbes, la célèbre cité grecque qui vit se succéder sur son trône OEdipe, puis ses deux fils Étéocle et Polynice, lesquels finirent par s'entretuer quand Étéocle, au pouvoir depuis à peine un an, refusa de céder les rênes du pouvoir à son frère malgré le contrat passé entre eux stipulant que l'un et l'autre devaient régner une année chacun à tour de rôle. Créon, leur oncle, est devenu le nouveau roi depuis lors et son accession au trône lui autorise d'instituer une nouvelle loi qui défend à tout habitant de célébrer les funérailles de Polynice. Le corps de ce dernier est en effet resté à découvert sous les murs de Thèbes, exposé à la merci des chacals et des corbeaux. Créon entend de la sorte faire de Polynice un exemple de prince indigne à l'obtention de la couronne, un exemple de rébellion devant être condamnée et réprimée.

L'aube se lève sur la ville encore endormie, mais Antigone n'a pas dormi et rentre à peine dans le palais par une porte dérobée. Elle revient d'une expédition nocturne et avoue à sa soeur Ismène, elle aussi frappée d'insomnie, qu'elle vient de recouvrir d'un peu de terre le corps de Polynice, au mépris de la peine encourue en cas de transgression de la loi de Créon, celle de la condamnation à mort...

Du reste, dans cette pièce Jean Anouilh réalise une transposition moderne de la tragédie antique écrite par Sophocle. Les personnages sont des individus du XXe siècle, de 1944 plus précisément, année de sa première représentation au théâtre de l'Atelier, dans une mise en scène d'André Barsacq. Ils portent des jeans, fument des cigarettes, circulent en voitures et ont un langage plus libre que dans la tragédie classique. Néanmoins, la règle des trois unités est rigoureusement respectée par l'auteur. L'unité d'action s'organise autour de l'acte transgressif commis à deux reprises par l'héroïne éponyme, l'unité de temps est également appliquée, puisque l'intrigue se déroule en vingt-quatre heures. Quant à l'unité de lieu, c'est le palais du roi.

Anouilh, semble-t-il, entend mettre en valeur dans cette histoire tous les ressorts du tragique : celui du fatum, étant donné que le sort d'Antigone est fixé dès l'entrée en scène du Prologue, la jeune femme doit mourir et « elle le sait » ; celui du dilemme qui touche chacun des principaux protagonistes, Antigone comme Créon, dont le dialogue se fonde sur la problématique du choix de dire « oui » ou « non » à la raison d'État ; et enfin celui de l'ontologie : Antigone est en effet une femme insoumise parce qu'elle n'obéit qu'à sa conscience et s'assume totalement au point de braver la mort ; Créon obéit à sa fonction d'homme de pouvoir et, malgré son attachement envers sa nièce, n'hésite pas à la faire condamner après l'avoir quand même exhortée à renoncer au préalable à ce qu'elle-même considère en toute logique comme une fuite en avant.

Enfin, à cette dimension tragique se conjugue celle de l'absurde si l'on se rapporte aux propos et à la gestique des soldats qui, tout du long, se contentent d'obéir aux ordres et ne changent en rien leurs habitudes de pensée et de comportement. Le sanglant dénouement ne les perturbe pas, ils s'attablent pour commencer une partie de cartes.


King Kong théorie
King Kong théorie
par Virginie Despentes
Edition : Poche
Prix : EUR 6,10

1 internaute sur 2 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Une autobiographie punk-rock, 10 mai 2013
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : King Kong théorie (Poche)
Entrer dans le texte de Virginie Despentes, c'est écouter une sorte de rhapsodie aux variations multiples dont le leitmotiv serait le féminisme perçu sous l'angle de l'authentique révolution, d'une pensée qui, pour le dire comme André Breton, entend « renverser la vapeur » du machisme exacerbé autour duquel cristallise tout pouvoir, depuis la cellule familiale jusqu'au cercle de l'État.

Il s'agit bien, selon elle, de remettre en cause et de saper les fondements de la société pour enfin accorder à la femme son statut d'être libre et pensant, et laisser parler sa puissance de sujet maître de sa vie, de son destin et de son art à l'égal d'un Bruce Lee ou d'un Mohamed Ali. « Parfois, écrit-elle par exemple, c'est simple, j'ai l'impression d'être Bruce Lee. Quand il racontait dans les interviews que, tout le temps, des mecs venaient lui taper sur l'épaule pour le provoquer en duel. Ils voulaient montrer à tout le quartier qu'ils étaient tellement forts, ils s'étaient fait Bruce Lee. »

L'auteur se définit ainsi comme une King Kong Girl et revendique sa part de masculinité, indispensable à l'accomplissement de soi. Virginie Despentes s'assume telle qu'elle est et le dit clairement sur le mode de la syncope et de l'effet de rupture, autant de marques d'une syntaxe qui va droit à l'essentiel et qui emprunte le plus souvent à la langue parlée. Les phrases sont courtes, incisives et ajoutent à l'alacrité du procès narratif : « Je ne suis pas douce je ne suis pas aimable je ne suis pas une bourge. J'ai des montées d'hormones qui me font comme des fulgurances d'agressivité. Si je ne venais pas du punk-rock, j'aurais honte de ce que je suis. Pas foutue de convenir à ce point-là. Mais je viens du punk-rock et je suis fière de ne pas très bien y arriver. »

De son adolescence, où elle fut victime d'un viol, et de sa période de prostitution, elle garde le caractère farouche et le franc parler d'un individu affranchi de toute moraline qui se fait le porte-parole des laissées-pour-compte : les lesbiennes, les femmes de la rue, les gamines des banlieues, les femmes noires, les actrices de X, les femmes écrivains et, par extension, toutes celles qui ont « tué l'ange du foyer », comme l'écrit Virginia Woolf qu'elle cite en épigraphe de sa dernière partie ; ces femmes qui ont su dire non à un moment de leur vie à la phallocratie régnante.

« À quand l'émancipation masculine ? », demande-t-elle, et d'y répondre par la mise en exergue du concept de puissance qui n'est ni l'apanage de l'homme, ni celui de la femme, mais le fait de l'individu qui a su construire son existence en puisant dans les ressources de sa volonté créatrice, pour le dire comme Friedrich Nietzsche : « Question d'attitude, de courage, d'insoumission. Il y a une forme de force, qui n'est ni masculine, ni féminine, qui impressionne, affole, rassure. Une faculté de dire non, d'imposer ses vues, de ne pas se dérober. »


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