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Le cimetière des innocents : Victimes et bourreaux en Russie soviétique 1917-1989
Le cimetière des innocents : Victimes et bourreaux en Russie soviétique 1917-1989
par Alexander Yakovlev
Edition : Broché
Prix : EUR 20,90

1 internaute sur 2 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Description de l'Apocalypse Totalitaire Communiste Soviétique !!!, 2 mai 2016
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
« Le cimetière des innocents » est le récit d'un oligarque du régime Totalitaire Communiste Soviétique, Alexander Yakovlev, qui a été Communiste jusqu'à l'effondrement de l'U.R.S.S. en 1991, et qui a terminé sa carrière sous Gorbatchev, à l'une des fonctions les plus élevées de l’organigramme Soviétique, en 1986, en tant que : Secrétaire du Comité Central et membre du Politburo (bureau politique).
Pourtant, et contrairement à Molotov par exemple qui est resté un fervent militant Communiste jusqu'à la fin de ses jours, depuis la chute de l'U.R.S.S., Alexander Yakovlev, n'a eu de cesse de dénoncer le Bolchevisme (Communisme) et ses incommensurables Crimes individuels et de masse.
L'auteur a pourtant participé au développement du système Soviétique durant toute la durée de ce régime Totalitaire.
Par conséquent, en ce qui concerne l'auteur, la première chose que le lecteur se demande est : qu'est-ce qui lui a fait prendre conscience de la nature intrinsèquement Totalitaire du Communisme ; et pourquoi si tardivement, après la fin de l'U.R.S.S. ?
Plusieurs raisons semblent se dégager de ce livre : prise de conscience morale tardive, désillusion après l'enfermement et l’aveuglement Idéologiques, pusillanimité, peur, soumission, remords, culpabilisation, honte… Bref, on comprend que c'est suite à sa prise de fonction en tant que Président de la Commission de réhabilitation des victimes des mesures de répression politique, et grâce à l'ouverture partielle des Archives de Moscou, après 1991, que Yakovlev a décidé de dénoncer le Totalitarisme Communiste en racontant l'Histoire du Soviétisme et des innombrables Crimes contre l'Humanité et Génocides de ce régime monstrueux.
Ils sont rares, les Russes qui ont participé à l'Internationalisation du Totalitarisme Communiste dans le monde, et qui l'ont dénoncé publiquement, même sur le tard.
Dans l'avant-propos du livre, Paul Hollander, cite l’extrait d'une interview de Yakovlev, en 1994, durant laquelle il donnait son explication personnelle de sa prise de conscience tardive (page 16) :

« L'élément qui a surtout transformé ma vision du monde, c'est que mon idéologie faisait aussi partie de mon métier […] Je prenais ce travail au sérieux. Et petit à petit, palier par palier, ce travail a fini par m’écœurer de plus en plus. Ensuite, je suis revenu aux sources […] L'âge venant, la foi seule ne suffit pas, vous avez envie d'aller regarder plus en profondeur. Et dès que vous commencez à analyser ce en quoi vous croyez, la croyance commence à se lézarder. »

Comme le souligne avec pertinence Paul Hollander, on peut se demander comment, dans un système aussi répressif et Totalitaire, aussi peu de gens aient fait défection ? (page 17) :

« Il n'est guère surprenant que de telles expériences aient peu à peu fini par saper la foi politique de Yakovlev. Ce qui est plus étonnant, c'est qu'elles n'aient pas exercé un impact similaire sur d'autres que lui et qu'elles n'aient pas entamé leur capacité à œuvrer pour ce régime. »

Mais en étudiant le phénomène Totalitaire (comme pour le Nazisme), on se rend compte, justement, qu'il est très difficile, voire quasiment impossible de résister, de se révolter, tout du moins ouvertement, dans un univers aussi répressif, fermé, propagandiste, vicieux car basé sur le mensonge, l'endoctrinement obligatoire et la barbarie.

Alexander Yakovlev a été l'un des principaux instigateurs de la Glasnost et de la Perestroïka Gorbatcheviennes. En ce sens, il a largement contribué à tenter de réformer le système Soviétique, qui, du coup, s'est effondré sous le poids de ses propres contradictions : Totalitarisme Étatique, même de basse intensité (pour reprendre l'expression de l'historien Stéphane Courtois), et semblant de Démocratisation basé sur un début de liberté d'expression et d'ouverture à l'économie de marché, sont foncièrement incompatibles, voire totalement antagonistes.

En reprenant l'Histoire du Communisme, Yakovlev fait le lien direct entre Marxisme, Léninisme (ce qui deviendra, officiellement, à travers tout le Monde Communiste, la doctrine : Marxiste-Léniniste), Stalinisme et donc Totalitarisme Bolchevico-Communiste.

Alexander Yakovlev nous fait donc descendre dans les tréfonds des persécutions de l'ère Soviétique de Lénine à Gorbatchev.
C'est ainsi que l'auteur pose dès le début de l'ouvrage, le constat de 74 années d'horreur Communiste et de sa, désormais, totale prise de conscience (page 23) :

« Tard dans mon existence, j'ai été appelé à prendre part à la marche de mon pays vers la liberté. Nous pourrions appeler cela le destin. J'ai eu pour responsabilité d'assumer une mission écrasante : prendre la direction d'une commission – initialement sous la tutelle du Politburo du CC [Comité Central] du PCUS [Parti communiste de l'Union soviétique], et ensuite sous l'autorité du président de la Russie – pour la réhabilitation des victimes de la répression politique organisée par notre ancien système.
Cette tâche a été éprouvante. Descendre marche après marche l'escalier de soixante-dix années de domination bolchevik, s'enfoncer dans cette sorte de donjon jonché d'ossements humains et infesté de la puanteur du sang séché, voilà qui a de quoi annihiler toute votre foi en l'humanité.
Les documents ne subissent jamais aucune destruction ; seuls les humains disparaissent. Ce sont ces documents maculés de sang qui s'entassent sur mon bureau. Ils proviennent des archives du président de la Russie et de celles de la Loubianka, le quartier général du KGB. Si seulement ces dossiers pouvaient brûler et ces hommes et ces femmes revenir à la vie !
Mais ils ne reviendront jamais à la vie. Et la chronique éternelle de leurs souffrances sans fin continue d'attiser ses flammes, sans miséricorde. Rien de ce que j'ai pu jamais lire ne saurait approcher l’horreur de ces compositions de quasi-analphabètes rédigées par la police secrète et de ces dénonciations anonymes d'indicateurs ou de sympathisants du régime. Je devrais m'être habitué à eux, à présent. Je ne me suis pas habitué. Trop d'émotions m'en empêchent : la pitié, l'amertume, l'indignation, la désillusion.
Quand vous êtes jeune, vous ne savez pas grand-chose, vous débordez d'idées romantiques, tout le monde vous paraît bon et honnête, et vous croyez aveuglément à tout ce que vous racontent vos aînés, sans jamais penser que les gens puissent mentir, tromper, se conduire en hypocrites.
Ensuite viennent les doutes, les doutes terribles. Ils s'insinuent lentement. »

C'est surtout lors du célèbre XXème Congrès du P.C.U.S., pendant le surprenant discours (mais non désintéressé, nous le verrons plus loin...) de Khrouchtchev sur la Déstalinisation, dénonçant le Culte de la Personnalité de Staline et les Crimes du Stalinisme, que le désarroi fut immense pour Yakovlev (pages 29, 30 et 31) :

« Ce fut là une prise de conscience pour le restant de mes jours : tout système social basé sur l'effusion de sang doit être balayé de la surface du globe, car il prêche une religion démoniaque, la religion du mal.
Dans la foi qui m'avait animé jusque-là, j'avais été sincère. Je l'étais tout autant dans mon rejet. J'ai fini par détester Staline, ce monstre qui m'avait si cruellement trompé et qui avait piétiné mes rêves les plus romantiques. A partir de ce moment, je me suis consacré à la recherche d'un moyen de mettre fin à ce système inhumain. La difficulté, c'était de ne pas s'égarer dans le choix du nouveau système. Tout cela a revêtu d'abord la forme de l'espoir, sans se traduire en actes, mais il est une chose dont j’étais convaincu à l'époque déjà : cette nouvelle voie devait être strictement non violente si nous voulions qu'elle mène à la liberté.
J'ai vécu un vrai supplice, une double vie de dissimulation, je me suis conformé à tout, j'ai fait semblant, en tâchant durant tout ce temps de ne jamais perdre mon sans-froid et de ne pas m'exposer à la défaveur. Plus guère intéressé par mon travail au CC, j'ai cherché une issue et j'en ai trouvé une, davantage le fruit d'une intuition que d'un dessein bien arrêté. J'ai ressenti le besoin de reprendre mon éducation, de relire tout ce que j'avais déjà lu, de revenir aux origines – Marx, Engels, Lénine, les philosophes allemands, les socialistes français, les économistes britanniques, toutes les sources de ma vision du monde.
(…) On m'a souvent demandé quand j'ai opéré, au juste, un virage dans ma pensée, quand j'ai réellement commencé à réexaminer ma conception du marxisme. Je ne puis apporter de réponse aussi précise – ces choses-là n'arrivent pas du jour au lendemain. Le processus est long et tortueux. Mais c'est à l'Académie, en m'immergeant dans l'étude de ces sources premières, que j'ai pleinement pris conscience de la vacuité et de l'irréalité du marxisme-léninisme, de son inhumanité et de son artificialité, de ses contradictions inhérentes, de sa démagogie et de ses pronostics abusifs. Cette découverte, et d'autres du même ordre, a fortement contribué à guérir les blessures creusées par le XXe Congrès. J'ai fini par admettre que Khrouchtchev avait raison, même si je ne comprenais toujours pas pourquoi il avait choisi, dans les faits, de porter un coup aux fondements idéologiques de la nouvelle société soviétique. Et plus j'explorais en profondeur les tirades théoriciennes des classiques du marxisme, mieux je voyais les raisons de l'impasse dans laquelle le pays s'était fourvoyé. 
J'ai aussi commencé à comprendre en quoi l'évolution de la Russie avait été déterminée par un autre aspect du marxisme.
En sa qualité d'héritier pragmatique des visions utopiques du marxisme, passé maître dans la traduction de toutes sortes de schémas théoriques en prose politique, Lénine n'avait extrait des projets hautement contradictoires du marxisme que les éléments qui répondaient à son objectif principal – la prise du pouvoir.
(…) Le discours de Khrouchtchev, ainsi que je l'ai souligné, est demeuré un secret officiel durant les trois décennies qui ont suivi. Quelques semaines après le congrès, quelqu'un l'a transmis à l'Ouest, mais il est resté caché du peuple soviétique, et pour une raison très simple : la classe dirigeante ne voulait pas que l'idée de la déstalinisation aille au-delà de l'élite du Parti, car elle redoutait son caractère dangereux, explosif pour l'ensemble du système. »

Il est temps maintenant d'en venir à la raison de cette Déstalinisation par Khrouchtchev… A la mort de Staline, le 5 mars 1953, la saignée humaine par la barbarie du régime Soviétique était si importante en U.R.S.S., qu'il était grand temps de régénérer le système Totalitaire Communiste, en revitalisant la doctrine Marxiste-Léniniste et donc le fondateur du Communisme réel : Lénine.
Staline mort, il était désormais facile de faire reposer tous les Crimes contre l'Humanité et Génocides sur sa seule personnalité. Or, Khrouchtchev et les oligarques-bourreaux Soviétiques, qui n'avaient pas encore été purgés (déportés en camps ou fusillés) par Staline, étaient couverts du sang de ces massacres de masse. Et en premier lieu…, Khrouchtchev lui-même qui avait établi, en tant que responsable en Ukraine, lors de la Grande Terreur de 1937-1938, des listes de victimes à déporter dans les camps de concentration du Goulag ou à fusiller ! (Confer, entre autres, les ouvrages de Nicolas Werth : « L'ivrogne et la marchande de fleurs : autopsie d'un meurtre de masse 1937-1938 » ; et de Tomasz Kisny : « La Grande Terreur en URSS 1937-1938) ».
D'ailleurs, dans ses Mémoires, Khrouchtchev reconnaît à mi-mot, sa responsabilité et celle de ses homologues de l'« élite » Soviétique, sous la période Stalinienne (page 34) :

« Certains passages des Mémoires de Khrouchtchev nous fournissent un indice sur la perception qu'il avait du cours des événements après la mort de Staline et le XXe Congrès. Il écrit notamment : « [Nous] étions incapables de rompre avec le passé, nous avions peur de soulever le rideau pour regarder dans les coulisses. Pour voir ce qui se passait derrière le spectacle, la façade de l'époque stalinienne […] On eût dit que nous étions paralysés d'avoir servi sous Staline, de n'être toujours pas libérés de son pouvoir ». »

Plus loin, Alexander Yakovlev reviendra sur le cas Khrouchtchev…
La Déstalinisation par Khrouchtchev n’empêcha évidemment pas l'Union Soviétique, de persévérer à faire régner la Terreur de masse en faisant intervenir l'Armée Rouge pour réprimer les révoltes populaires, même à l'extérieur de l'U.R.S.S., comme dans la Hongrie Communiste à Budapest, en octobre 1956. Voici d'ailleurs une note du Praesidium du Comité Central du P.C.U.S., sous la direction de Brejnev, datant du 19 décembre 1956, concernant l'insurrection Hongroise (page 33) :

« Le CC du PCUS ne saurait trop insister sur le fait qu'aucun doute ne doit subsister quant à la manière de traiter les populations ennemies. Dans son attitude envers les éléments antisoviétiques, la dictature du prolétariat doit être sans pitié. Tous les communistes qui travaillent au bureau du procureur, dans les tribunaux et les services nationaux de sécurité doivent veiller à défendre les intérêts de notre État socialiste, ils doivent se montrer vigilants et combattre les intrigues des éléments hostiles, et ils doivent prendre les mesures qui s'imposent, en accord avec la loi soviétique, contre toutes ces activités criminelles. »

Malgré tout, la mort de Staline en 1953 et le discours du XXe Congrès en 1956 ont permis la libération de millions de prisonniers du Goulag, et donc de passer, jusqu'à l'effondrement de l'U.R.S.S., d'un Totalitarisme de haute intensité à un Totalitarisme de plus basse intensité.

Mais revenons aux origines du Mal… : pour Alexander Yakovlev, l'Histoire démontre clairement que la responsabilité de la formation du Totalitarisme Communiste repose, en premier lieu, sur son fondateur : Lénine ! (pages 38 et 39) :

« Fondamentalement, la responsabilité du génocide – ou plutôt, du « démocide » - qui eut lieu en Russie et dans toute l'Union soviétique repose sur l'idéologie du bolchevisme, sous la forme qu'elle revêtit au sein de diverses organisations communistes et sous différents noms. Avec l'étroite participation de Bronstein (alias Trotski), de Rosenfeld (alias Kamenev), d'Alfelbaum (alias Zinoviev) et de Dzerjinski, ces crimes furent commis sous le contrôle direct d'Oulianov (alias Lénine) et de Djougachvili (alias Staline).
Vladimir Ilitch Oulianov, dit Lénine : président du premier gouvernement soviétique après la prise du pouvoir par la violence en 1917. Partisan de la terreur de masse, de la violence, de la dictature du prolétariat, de la lutte des classes et d'autres concepts tout aussi inhumains. Organisateur de la guerre civile russe fratricide et des camps de concentration, y compris des camps pour enfants. Exigeant sans relâche l'arrestation et le peloton d'exécution ou la potence. Personnellement responsable de la mort de millions de citoyens russes. En vertu de toutes les règles du droit international, passibles de poursuites à titre posthume pour crimes contre l'humanité.
Josef Vissarionovitch Djougachvili, dit Staline : organisateur des arrestations en masse de victimes innocentes. Architecte du système du goulag, pour une destruction totale de la vie humaine. A poursuivi le projet criminel de Lénine d’extermination systématique des paysans, de l'intelligentsia, du clergé et de toutes les autres « classes d'éléments étrangers ». Inventeur de toute une catégorie d' « ennemis du peuple » soumis à l'annihilation, ainsi que leurs familles. Directement responsable de l'impréparation du pays à la guerre contre l'Allemagne nazie et, par conséquent, de la mort de presque trente millions d'individus. Partage avec Lénine la responsabilité de la division des peuples de Russie en camps hostiles, créant ainsi un état de guerre civile permanente. Organisateur du démocide du peuple de Russie et d'autres peuples de l'URSS. En vertu de toutes les règles du droit international, passible de poursuites à titre posthume pour crimes contre l'humanité.
Outre Lénine et Staline, les principaux idéologues et metteurs en œuvre de ce programme de meurtres de masse qui s'étendit sur des années, depuis la fin des années 1920 jusqu'au début des années 1960, furent Beria, Molotov, Kaganovitch, Andreïev, Souslov, Kossior, Boulganine, Iagoda, Yezov, Abakumov, Vichinsky et Ulrikh. »

Alexander Yakovlev nous apporte donc les précisions concernant l'implication de Khrouchtchev dans les arrestations arbitraires, les déportations dans les camps du concentration et de travaux forcés du Goulag et les fusillades de masse, lors de la Grande Terreur de 1937-1938 (page 41) :

« Nikita Sergueïevitch Khrouchtchev : on possède la preuve, étayée par des documents, d'arrestations de masse organisées par Khrouchtchev dans la période de l'avant-guerre à Moscou, dans l'oblast de Moscou et en Ukraine. A l'occasion, il envoya lui-même des propositions écrites d'arrestation de permanents occupant des positions en vue au sein du soviet de Moscou et du comité du Parti pour l'oblast de Moscou. Pour la seule période 1936-1937, 55 741 personnes furent arrêtées à Moscou. En janvier 1938, Khrouchtchev fut nommé chef du Parti pour l’Ukraine. Plus de 106 000 personnes furent arrêtées en Ukraine cette année-là, 12 000 l'année suivante, et 50 000 en 1940. »

Contrairement à ce que les Communistes du monde entier ont toujours essayé de nous faire croire, et de s'auto-persuader eux-mêmes à force d'aveuglement Idéologique, durant des décennies, l'Idéologie Communiste est bel et bien intrinsèquement Totalitaire depuis son origine, et par conséquent totalement exempte de la moindre once d'humanité (pages 43 à 46) :

« Voilà qui étaient nos dirigeants. Ils méritent tous d'être traduits en justice pour crimes contre l’humanité.
Un autre commentaire à cet égard. Il existe encore des gens pour ajouter foi au mythe selon lequel ces répressions de masse étaient l’œuvre du seul Staline et de ses affidés. Au temps de Lénine, prétendent-ils, tout était différent. D'autres soutiennent que les mesures prises du temps de Lénine furent le fruit du hasard ou rendues nécessaires par certains événements précis. Hélas, ces assertions ne sont pas étayées par les faits. La vérité, c'est que dans ses opérations punitives, Staline n'innova rien qui n'ait déjà été présent en acte sous Lénine : exécutions, prises d'otages, camps de concentration et tout le reste.
Dès janvier 1918, seulement deux mois après son coup d’État contre-révolutionnaire, Lénine écrivait d'un ton approbateur :

« Ici, ils vont emprisonner dix individus bourrés aux as, une dizaine de filous, une demi-douzaine d'ouvriers qui se dérobent à leurs devoirs (avec le même je-m'en-foutisme que bien des typographes de Saint-Pétersbourg, surtout des imprimeries du Parti). Là, ils les forcent à nettoyer les latrines. Ailleurs, les gens ouvriront l’œil sur eux, les considérant comme nuisibles tant qu'ils ne se seront pas amendés. Autre part, c'est un de ces coupables de parasitisme sur dix qui sera fusillé sur place.
Enfin, en quelque autre lieu, on échafaudera tout un ensemble de mesures diverses. »

« Un sur dix » : une formule funeste. Plus tard, elle sera aussi du goût de Hitler, lorsque les SS abattront des civils soviétiques pris en otage. Le style est le même. Entre les actions des êtres non humains, les similitudes sont légion.
Après l'assassinat de Volodarsky, chef de la Tcheka (la police secrète) de Petrograd, le 21 juin 1918, Lénine écrivait à Zinoviev :

« Aujourd'hui même, nous, membres du CC, avons appris que les ouvriers de Saint-Pétersbourg voulaient réagir au meurtre de Volodarsky par la terreur de masse et que vous (non pas vous personnellement, mais ceux du CC et du Comité du Parti de Saint-Pétersbourg), les avez freinés. Je proteste solennellement ! Nous nous compromettons… nous entravons l'initiative révolutionnaire des masses, qui leur appartient tout à fait. C'est im-pos-si-ble ! Les terroristes vont nous prendre pour des lavettes. Nous livrons une guerre à mort. Nous devons aiguillonner l'énergie et le caractère de masse de la terreur pour faire barrage aux contre-révolutionnaires, surtout à Saint-Pétersbourg, dont l'exemple sera décisif. »

L'appel de Lénine à aiguillonner « le caractère de masse de la terreur » a en effet entraîné une action à l'échelle des masses. En réaction à l'assassinat d'Uritsky, un autre chef de la Tcheka de Petrograd, cinq cents otages furent abattus. Le 9 août 1918, Lénine envoya deux télégrammes, plus monstrueux l'un que l'autre. Pour Fiodorov, à Nijni Novgorod :

« Nous devons déployer tous les efforts possibles, former un triumvirat de dictateurs (toi, Markin, et un autre), imposer la terreur de masse immédiatement, fusiller et déporter des centaines de ces prostituées qui ont amené à se saouler des soldats, d'anciens officiers et ainsi de suite. Pas une minute de délai… Nous devons nous jeter dans l'action à fond : perquisitions en masse, exécutions pour dissimulation d'armes, déportation en masse des mencheviks et des individus sujets à caution. »

Et le même jour, pour Bosh, à Penza :

« Essentiel d'organiser une garde rapprochée renforcée, composée des gens fiables triés sur le volet, de lancer une terreur de masse sans pitié contre les koulaks, les prêtres et les Gardes blancs. Les individus suspects doivent être enfermés dans un camp de concentration à l'extérieur de la ville. »

Le lendemain, également à Penza :

« Aux camardes Kouraïev, Bosh, Minkin et aux autres communistes de Penza. Camarades ! Le soulèvement de cinq districts de koulaks doit être écrasé sans pitié. Les intérêts de la révolution tout entière l'exigent, car le « combat final » contre les koulaks se déroule partout. Besoin d'un modèle pour passer à l'action.
1. Pendez (dans tous les cas de figure, la pendaison, pour que le peuple voie) pas moins de 100 koulaks bien connus, des profiteurs, des sangsues.
2. Publiez leurs noms.
3. Confisquez-leur toutes leurs céréales.
4. Sélectionnez des otages, en accord avec le télégramme d'hier. Faites-le pour qu'à des centaines de kilomètres à la ronde les gens voient et tremblent…
Accusez réception de ce télégramme pour action.
Bien à vous, Lénine.
P.-S. : Trouvez des gens plus durs. »

L'aspect le plus tragique et le plus méprisable de notre histoire, c'est que, de ces « gens plus durs », il s'en est présenté des cohortes.
Et voici encore d'autres instructions émanant du chef. Au comité exécutif de Livny :

« Essentiel […] de confisquer toutes les céréales et les propriétés des koulaks rebelles, de pendre les instigateurs parmi ces koulaks, de mobiliser et d'armer les pauvres en les faisant encadrer par des responsables fiables issus de nos rangs, de prendre des otages parmi les riches et de les détenir jusqu'à ce que l'on ait vidé leurs districts de leurs céréales, jusqu'au dernier grain… Il est diablement important de se débarrasser de Youdénitch (s'en débarrasser au sens propre, le liquider). Si l'offensive a commencé, est-ce qu'on ne peut pas mobiliser environ 20 000 ouvriers de Saint-Pétersbourg de plus, et à peu près 10 000 bourgeois, mettre des mitrailleuses en batterie derrière eux, en abattre quelques centaines et faire subir à Youdénitch la vraie pression des masses. »

Et cela ne se limite pas à Lénine, même si son rôle personnel dans le meurtre de millions de citoyens russes, surtout durant la guerre civile, est évident. Au fond, on retrouve là tout le système qu'il a commencé par créer. Un système fondé sur l'idéologie de la violence.
(…) Supprimer une vie humaine est le plus ancien des péchés. Le XXe siècle a créé un nouveau caïnisme. Le démocide. L'annihilation d'un peuple, de peuples entiers. Un nouveau secteur industriel – démocidaire, une chaîne de montage ininterrompue, meurtrière. A Auschwitz, pour appartenance à une « race inférieure ». Dans les prisons et les camps du goulag, pour « infériorité de classe ». »

P.S. : Ce commentaire étant trop long pour figurer intégralement sur ce site, vous pouvez le retrouver dans son intégralité sur ma Page Google + : Communisme et Totalitarisme.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (4) | Permalien | Remarque la plus récente : Aug 25, 2016 10:28 AM MEST


Conversations avec Molotov : 140 entretiens avec le bras droit de Staline
Conversations avec Molotov : 140 entretiens avec le bras droit de Staline
par Féliks Tchouev
Edition : Broché
Prix : EUR 23,20

3.0 étoiles sur 5 Molotov : un Criminel de masse qui assume presque tout !!!, 25 mars 2016
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Il s'agit d'un livre concernant 140 entretiens qui se sont déroulés de 1969 à 1986, entre l'« historien » Russe Bolchevique (Communiste) Félix Tchouev et Viatcheslav Mikhaïlovitch Skriabine, plus connu sous le nom de : Molotov.
Molotov a été Communiste durant 80 ans, entre 1906 et 1986. Il fut un personnage incontournable dans le fonctionnement de l'U.R.S.S. et dans la mise en place de l'Internationalisation du système Totalitaire Communiste. En effet, il fut d'abord un proche de Lénine, avant, et après le coup d’État militaire Bolchevique du 25 Octobre 1917 ; puis, durant plusieurs décennies, il fut le bras droit de Staline.
Molotov est resté un Communiste et un Stalinien convaincu durant toute son existence. Il n'a jamais rien regretté, ni eu aucun remords concernant ses décisions barbares et inhumaines prises à l'encontre de son propre Peuple (Russe), et envers les 15 Peuples composant l'U.R.S.S..
Il a été à l'origine des plus importantes déportations de masse vers les camps de concentration et de travaux forcés du Goulag Soviétique, ainsi que des plus grandes exterminations de masse de l'Histoire de l'Humanité : la Dékoulakisation de 1930 engendrant la déportation de millions de paysans ; le Génocide par la Famine de masse de 1932-1933 : l'Holodomor, faisant 6 000 000 de morts, les faux « Procès de Moscou » de 1936, débouchant sur la Grande Terreur de 1937-1938, conduisant à la déportation au Goulag de 750 000 victimes, et à l'exécution, en seulement 15 mois, de 700 000 innocents !
Molotov est aussi le co-signataire, avec le représentant Nazi Ribbentrop, du tristement célèbre Pacte Germano-Soviétique, signé le 23 août 1939, entre les deux régimes Totalitaires du 20ème siècle : le Communisme et le Nazisme !

Avant de lire ce livre, il est indispensable de connaître la véritable Histoire du Communisme et notamment du Communisme Soviétique, pour pouvoir discerner le vrai du faux, le réel de la falsification, cerner les innombrables oublis et mensonges volontaires de Molotov, ses imprécisions, ses manipulations, sa propagande Idéologique, ses sournoises tentatives de dissimulation et de mystification de la réalité historique, et plus généralement, son évidente propension à faire dans le Révisionnisme ! Mais comment faire autrement, pour ce bourreau de masse qui assume toutes ces persécutions et Crimes incommensurables… !
Lorsque des questions précises le gênent, il fuit dans le relativisme ou fait mine de ne pas se souvenir des faits évoqués par Tchouev. Sa détermination à vouloir transformer l'histoire à sa manière, rend très souvent ses propos incohérents, volontairement partiels, et parfois totalement contradictoires…
Le cynisme récurrent de Molotov révèle sa totale indifférence pour la vie humaine, car seule l'Idéologie compte. la « Cause » Communiste passe avant tout, et tout le monde.
Il est d'autant plus important de connaître cette histoire Soviétique que son interlocuteur, Tchouev, ne lui apporte ni objections ni contradictions, se revendiquant, lui aussi, inconditionnellement, Communiste et Stalinien.

Malgré tout, il est toujours intéressant de pouvoir compulser le témoignage d'un bourreau de masse, pour tenter d'en discerner sa personnalité et analyser son engagement inébranlable pour le Totalitarisme Communiste, aussi infâmes soient-ils ! Je me propose donc de citer, ci-dessous, quelques propos de Molotov, cruciaux, de l'Histoire Soviétique…

Sur le massacre de masse des « élites » Polonaises à Katyn, par les Soviétiques, au printemps 1940 (pages 30 et 31) :

« Tchouev – L'Occident affirme que ce sont les rouges qui ont fusillé des officiers polonais dans la forêt de Katyn et non les Allemands.
Molotov – Ce n'est pas vrai, affirme derechef Molotov, mais, pour la première fois, il prononce les mots que voici : Peut-être y a-t-il eu quelque chose, mais ça…
Il n'a pas fini sa phrase et a changé de sujet. (Entretien du 19.04.1983). »

Pour moi, le plus intéressant dans cet ouvrage, concerne l'opinion de Molotov vis-à-vis des principaux dirigeants Bolcheviques (Communistes) Soviétiques, essentiellement : Lénine, Trotski et Staline (pages 75 et 76) :

« Molotov - (…) Je place Lénine plus haut que Staline, mais si à l'époque il n'y avait pas eu Staline, j'ignore ce que nous serions devenus. Staline a joué un rôle exceptionnel. Il a dirigé non seulement une armée, mais un pays en guerre. Lénine et Staline resteront dans les siècles. (Entretien du 09.05.1985). »

A propos de Trotski (page 116) :

« Molotov – (…) J'ai gardé ce sentiment que dans les premiers mois qui ont suivi la révolution d'Octobre, Trotski était bon. Il parlait avec force, il travaillait bien. Intérieurement, il était probablement instable, mais il y avait ce formidable élan… C'était un homme capable. Mais par la suite, la carrière [Molotov se met à bégayer un peu] l'a emporté. Et la tribune : c'était la première fois qu'il montait si haut. Il connaissait l'anglais, l'allemand, et, d'une façon générale, il avait la langue bien pendue. Il avait des lectures. C'est à bon escient que Lénine avait dit : Les plus remarquables sont Trotski et Staline. (Entretien du 09.06.1976). »

A propos de l'acte fondateur du régime, puis système Totalitaire Communiste : le coup d’État militaire du 25 Octobre 1917 (page 148) :

« Molotov – Un centre du parti, dont Staline était membre, a été créé à la veille de l'insurrection d’Octobre. Quant à moi, j'appartenais au Comité militaire-révolutionnaire qui avait été créé par le Soviet de Petrograd. Trotski était président du Soviet de Petrograd ; à cette époque, il se conduisait bien.
Une dizaine de jours auparavant, le Comité central s'était réuni, dans la clandestinité, bien entendu. Lénine était rentré à Petrograd, et à cette réunion secrète une sorte d'état-major de cinq membres a été désigné ; il devait être en contact avec certaines unités de l'armée et, évidemment, avec le Comité de Petrograd. En ma qualité de membre du Bureau du Comité de Petrograd du parti, j'ai été affecté au Comité militaire-révolutionnaire, organe officiel auprès du Soviet des députés des ouvriers et des soldats. Notre CMR siégeait à l'Institut Smolny, de même que la direction du parti et que Lénine. En fait, notre Comité a dirigé tous les aspects de l'insurrection pendant cinq, voire dix semaines, à compter des journées d'Octobre. Le Comité militaire-révolutionnaire ne dirigeait qu'en théorie ; il avait derrière lui le Comité central, le groupe du parti qui assumait la direction du Comité militaire-révolutionnaire. De ce CMR, je suis probablement le seul survivant de tous ceux qui se sont trouvés dès le début à l'Institut Smolny (…). (Entretien du 15.11.1984). »

Ici, Molotov semble avoir la mémoire courte, car la Collectivisation forcée, imposée par Lénine avait déjà conduit à la mort de 5 000 000 de paysans Russes en 1921-1922 (page 160) :

« Molotov – Peut-être Lénine n'aurait-il pas été aussi dur que Staline, mais le prestige et l'autorité de Lénine étaient immenses !
On dit maintenant que Lénine n'aurait pas fait la collectivisation avec les pertes humaines aussi grandes. Mais comment la faire autrement ? Je ne renie rien ; on l'a faite assez durement, mais de façon absolument correcte. (Entretien du 04.03.1978). »

En ce qui concerne le fameux Testament de Lénine et de son positionnement vis-à-vis de Trotski et de Staline (page 160) :

« Tchouev – Lénine faisait-il de tout un chacun des portraits meurtriers ?
Molotov – Non, il émettait des jugements extrêmement pertinents. Il ne pouvait pas faire dans la platitude. C'est à bon escient que Lénine a placé Staline et Trotski au premier rang. Deux hommes qui se distinguaient par leur talent.
Tchouev – Mais dans son testament, il critique tout le monde, même ceux qu'il a promus.
Molotov – Oui, tout le monde. Il avait apparemment conscience que le temps lui manquerait pour corriger et rectifier. Mais il fallait bien donner des indications pour qu'on sache dans quelle direction progresser (…). (Entretiens des 08.03.1974 ; 09.06.1976 ; 28.08.1981 ; 29.04.1982). »

Sur les insensées et meurtrières réquisitions forcées des récoltes agricoles ; et sur la notion d'opportunisme consistant à mettre la N.E.P. (Nouvelle Politique Économique) en place, afin d'éviter de risquer de perdre le Pouvoir, tout en maintenant la Terreur de masse, durant la période Léniniste (pages 163 et 164) :

« Molotov – Les mencheviks ont toujours affirmé leur point de vue sur ce que devaient être les relations commerciales. Lénine les critiquait : Vous êtes des contre-révolutionnaires, des salauds, des ennemis de la classe ouvrière ; mais en 1921 il a introduit la NEP.
La guerre civile ne permettait pas d'utiliser des méthodes de travail plus normales, c'est pourquoi on a institué ce qui a été appelé les réquisitions : sans barguigner, l’État prenait aux paysans ce dont il avait besoin. Si tu as davantage je te prends davantage ; celui qui a beaucoup, on lui prend tout, celui qui n'a rien, on ne lui prend rien. Il n'y avait pas d'autre issue. On s'est un peu emballé. Si bien que les paysans, après avoir tout supporté, se sont soulevés quand la guerre s'est terminée. Et pas seulement dans la région de Tambov, mais en beaucoup d'endroits. En janvier 1921, c'est-à-dire deux mois avant la NEP, Lénine a indiqué dans son article : « La Crise du parti », et cela dans un environnement d'opposition, qu'il fallait cimenter l'unité pour sauver la situation, faire la réforme de la NEP, c'est-à-dire concéder à la paysannerie la possibilité de faire commerce de ses produits. L’État lui confisquait tout son blé parce qu'il n'y avait pas de quoi nourrir l'armée et les ouvriers. Les ouvriers n'étaient pas encore très nombreux, mais l'armée était importante, c'était une condition de notre survie.
Lénine dit : Pour ce qui est de la paysannerie, nous en sommes arrivés au point où, si nous ne leur faisons pas des concessions, elle nous chassera. Et il s'est mis à introduire la NEP à toute vitesse : Faites des concessions, mais sous le contrôle de l’État et du parti. Oui, dans certaines limites. Par la suite, il a écrit : « Nous avons cédé, mais en gardant la mesure ». D'aucuns disaient alors : On court au capitalisme, on cède sur tout ! Est-ce pour cela qu'on s'est battu ? Voilà l'état d'esprit qui régnait. Certains ont quitté le parti. Ils ne comprenaient pas, ils ont cru que tout était fichu : on avait tout cédé, on allait vers le capitalisme donc, on avait échoué sur toute la ligne. Mais Lénine dit : « Il faut tout tenir en main ». (Entretiens des 14.08.1973 ; 14.01.1975 ; 11.03.1976). »

Sur le concept Idéologique Léniniste (pages 164 et 165) :

« Molotov – C'est l'intelligentsia qui apporte l'idéologie, mais seule la classe ouvrière est capable de vaincre. En cela réside, à mon sens, le legs essentiel de Lénine. (Entretien du 14.01.1975). »

Maintenant, Molotov est persuadé qu'eux, les Bolcheviques, avaient, comme le dit Molotov, « accrochés » la paysannerie, alors qu'en réalité, comme nous l'avons vu depuis le début, ils n'ont fait que de la persécuter, de la rendre exsangue et de l'exterminer (page 165) :

« Molotov – La force de Lénine est d'avoir révélé ce que Marx lui-même n'avait pas découvert. Il a su accrocher la paysannerie. Nous avons remporté la victoire dans un pays de paysans. Si nous, si la classe ouvrière ne s'était pas raccrochée à la paysannerie, tout aurait échoué. C'est bien comme ça qu'il fallait faire : s'accrocher au paysan pour frapper le koulak, frapper le petit propriétaire… (Entretien du 08.03.1975). »

Sur la nomination de Staline au poste de Secrétaire Général du Comité Central du Parti Communiste d'Union Soviétique, en avril 1921 (pages 172 et 173) :

« Molotov – En 1921 je suis devenu secrétaire du Comité central et ç’a été une surprise pour moi.

Molotov - (…) C'était après le Xe Congrès du parti. Lors du XIe, on a vu apparaître ce qu'on a appelé « la liste des dix », les noms des membres éventuels du Comité central, partisans de Lénine. En face du nom de Staline, Lénine avait écrit de sa main : « Secrétaire général ». Lénine avait organisé une réunion « fractionnelle » des dix. Il avait déniché une pièce non loin de la salle Sverdlov du Kremlin. On s'était mis d'accord : la réunion est fractionnelle, donc pas de trotskistes, pas d'opposition ouvrière, pas davantage de « centralisme démocratique », rien que des zélateurs sûrs des « dix », c'est-à-dire des léninistes. Avant le vote, il avait convoqué une vingtaine de représentants des organisations les plus importantes. Staline l'avait même reproché à Lénine : tenir une réunion secrète ou quasi secrète pendant le congrès faisait tout de même un peu fractionniste. A quoi Lénine avait rétorqué : « Allons donc, camarade Staline, n'êtes-vous pas vous-même un fractionniste chevronné ! N'en doutez pas, nous ne pouvons pas faire autrement aujourd'hui. Je veux que tout le monde soit bien préparé au vote, il faut prévenir les camarades pour qu'ils votent pour cette liste sans hésitation ni amendement. La « liste des dix » doit passer intégralement. C'est trop risqué de procéder à un vote normal ; on voudra ajouter à la liste celui-ci parce qu'il écrit bien, celui-là parce qu'il est bon orateur, ça diluera la liste et une fois de plus nous n'aurons pas la majorité. Comment gouverner dans ces conditions ? »
Et pourtant, au Xe Congrès, Lénine avait interdit les fractions. On a donc voté avec cette directive dans l'esprit. Staline est devenu Secrétaire général, ce qui a coûté beaucoup d'efforts à Lénine. Mais, bien sûr, il avait creusé cette question à fond. Il avait sans doute jugé que je n'étais pas suffisamment politique, mais il m'a maintenu dans les fonctions de secrétaire et au Politburo. Il avait évidemment conscience de son état de santé et se préparait à passer la main. Voyait-il en Staline son successeur ? Je pense que la chose a pu être considérée. Mais pourquoi avait-on besoin d'un Secrétaire général ? Il n'y en avait jamais eu auparavant. Peu à peu, le prestige et l'autorité de Staline se sont étendus bien plus que Lénine ne l'avait prévu, voire souhaité. Évidemment, il n'était pas possible de tout prévoir, et dans le contexte d'une âpre lutte, un groupe actif se soudait autour de Staline – Dzerjinski, Kouïbychev, Frounze et d'autres, des personnalités très diverses. »

Sur Lénine et Staline (pages 180 et 181) :

« Molotov – Bien entendu, Lénine se situe plus haut que Staline. Ç’a toujours été mon opinion. Plus haut sur le plan de la doctrine ; plus haut aussi par ses qualités personnelles. Mais sur le plan pratique, personne n'a surclassé Staline.

(…) Tchouev – Qui était le plus sévère, Lénine ou Staline ?
Molotov – Lénine, bien sûr. Il était rigoureux. Sur certains points, plus rigoureux que Staline. Lisez plutôt ses notes à Dzerjinski [le chef-bourreau de la Police Politique Léniniste : la Tcheka]. Il n'était pas rare qu'il ait recours à des mesures extrêmes quand c'était nécessaire. Il a ordonné d'écraser le soulèvement de Tambov, de brûler tout. J'étais présent à cette discussion. S'il en avait eu la possibilité, il n'aurait jamais toléré la moindre opposition. Je me souviens, il reprochait à Staline sa mollesse et son libéralisme. « Vous parlez d'une dictature ! C'est un pouvoir de bouillie de chat en guise de dictature ! »

Sur la notion de démocratie (page 182) :

« Molotov – (…) Quand il y allait de la révolution, du pouvoir des Soviets, du communisme, Lénine était intraitable. D'ailleurs, si nous avions dû prendre sur chaque question des décisions démocratiques, c'eût été dommageable pour l’État et le parti parce que alors, la question se serait éternisée : ce genre de « démocratisme » de pure forme n'aurait rien donné de bon. Il n'était pas rare que Lénine réglât lui-même les questions épineuses, en usant de son pouvoir discrétionnaire. (Entretiens des 23.11.1971 ; 03.02.1972). »

A propos du massacre de toute la famille impériale (femmes, enfants et employés, mais également les ascendants familiaux) de Nicolas II, sur ordre de Lénine (page 182) :

« Tchouev – On a dit que Lénine n'avait pas été impliqué dans l'exécution de la famille impériale en 1918, que l'initiative avait été prise par les autorités locales au moment de l'offensive Koltchak… D'autres prétendent que Lénine a voulu ainsi venger la mort de son frère [le frère aîné de Lénine, Alexandre Oulianov, avait été pendu après sa tentative d'assassinat du tsar Alexandre II].
Molotov – C'est une image farfelue que l'on donne de Lénine. Ça ne peut venir que d'esprits étriqués. Il n'y a même pas motif à s'interroger. C'est l'évidence même et ça ne pouvait pas être autrement. Ne soyez pas naïf. »

Sur l'aspect Totalitaire de la politique de « Dictature du Prolétariat » (page 182) :

« Molotov - On ne fait pas plus concret : fusiller sur place, un point, c'est tout !
Ce sont des choses qui se faisaient, c'est contraire à la légalité. Mais on était bien obligé. C'est ça, la dictature, la super-dictature. (Entretiens des 29.02.1980 ; 09.01.1981 ; 05.02.1982 ; 14.10.1983 ; 16.02.1985). »

A nouveau, à propos de la N.E.P. (page 204) :

« Tchouev – Lénine se proposait de prolonger la NEP ; n'avait-il pas dit que c'était quelque chose de sérieux et de durable ?
Molotov – Non, fait Molotov. Lénine a conçu le NEP comme un repli temporaire. Un an plus tard, en 1922, il a dit qu'il était temps d'en finir avec la NEP. « Nous avons reculé pendant une année, a-t-il dit. Maintenant, nous devons affirmer au nom du parti : Ça suffit ! Cette période s'achève ou s'est achevée. » (Entretien du 09.05.1985). »

L'incroyable et effroyable aveux de Molotov concernant la criminalité de masse du régime Soviétique (page 300) :

« Molotov – Staline a dit que nous avons déporté 10 millions de koulaks. En réalité, nous en avons déporté 20 millions. J'estime que la collectivisation que nous avons accomplie a été un grand succès. (Entretien du 18.12.1970). »

Molotov est tellement sûr de la validité de son Idéologie Marxisto-Lénino-Stalinienne, qu'il trouve même logique et cohérent que Staline lui impose de divorcer de sa femme, Polina Semionovna, pour des raisons totalement absurdes (page 313) :

« Molotov – J'étais encore ministre des Affaires étrangères. Un jour, au Comité central, Staline me dit : « Tu dois divorcer. » A la maison, c'est Polina Semionovna qui a dit : « Du moment que c'est utile pour le parti, il faut le faire. » Nous avons divorcé à la fin de 1948. Et en février 1949, on l'a arrêtée. Plus tard, Vychinski m'a dit qu'on l'avait accusée de préparer un attentat contre Staline. (Entretiens des 10.03.1977 et 29.09.1982). »

Molotov assume totalement la politique Terroriste et Génocidaire menée en U.R.S.S., dans les années 30, à propos des principaux Crimes de masse du régime Soviétique, déjà évoqués dans l'introduction de ce commentaire (page 322) :

« Molotov – Je suis responsable de cette politique et je pense qu'elle était juste.
Je reconnais que des erreurs ont été commises, qu'il y a eu des excès, mais dans l'ensemble, la politique était correcte. (Entretien du 17.08.1971) ».

Sur Dzerjinski, qui était le premier chef des tortionnaires (les tchékistes) de la toute nouvelle Police Politique : la Tcheka, créée sur ordre de Lénine ; sur Jaruzelski, le Dictateur Communiste de la Pologne dans les années 80 ; et sur Fidel Castro, le Dictateur Communiste de Cuba (page 323) :

« Molotov - (…) Les bolcheviks étaient rares parmi les Polonais. Mais il y en a eu tout de même. Il y a eu Dzerjinski. C'était un homme de grande classe. A l'époque, les Polonais étaient pires encore que maintenant. A mon avis, Jaruzelski nous a tirés d'affaire. Auparavant, Fidel Castro a été, lui aussi, une bonne surprise. (Entretien du 07.11.1983). »

Molotov est décédé paisiblement, libre et l'âme sereine, durant sa sieste du 8 novembre 1986.


Mon ennemi, mon frère
Mon ennemi, mon frère
par Jorge Valls
Edition : Broché
Prix : EUR 17,80

5.0 étoiles sur 5 Un effroyable témoignage concernant la branche Castriste…, du Totalitarisme Communiste !!!, 18 mars 2016
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Mon ennemi, mon frère (Broché)
Après les effroyables témoignages de Armando Valladares « Mémoires de prison » et de Huber Matos « Et la nuit est tombée », voici celui du, non moins terrible, témoignage de Jorge Valls, publié en France en 1989. Tous trois sont des victimes et prisonniers du régime Totalitaire Communiste Castriste. Jorge Valls est resté enfermé 20 ans et quarante jours dans les prions et camps Castristes.
Ces trois voix qui réussirent à s'exprimer, une fois Libres, représentent des témoignages essentiels et exceptionnels, d'une part, pour la Mémoire des milliers de victimes persécutées et/ou assassinées par cet infâme régime Castriste, dans l'indifférence et l'anonymat ; et parce que d'autre part, elles ont révélé au monde entier, l'immensité des crimes et ravages humains commis par ce Parti-État Totalitaire Communiste.

Dès le coup d’État de Batista le 10 mars 1952, Jorge Valls rentre en résistance contre ce régime Dictatorial.
Il est alors arrêté arbitrairement et relâché plusieurs fois…
Lors d'une remise une liberté provisoire, Jorge Valls en profite pour s'exiler au Mexique.
Il apprend, dans la nuit du 31 décembre 1958, que Batista s'enfuit, son pouvoir renversé par les guérilleros menés par les frères Castro et Ernesto Guevara (le Che). Jorge Valls regagne alors Cuba, le 22 janvier 1959.
Mais déjà le vacarme de la liesse populaire, couvre le bruit traumatisant, des terrifiantes exécutions par fusillades (page 79) :

« Et la fête continuait. Personne ne demandait qui la payait. Le gouvernement ne regardait pas à la dépense : il gouvernait sa publicité, les manifestations extérieures, les carnavals. Pendant que la ville se déguisait au milieu de la frénésie des tambours, se relayaient les pelotons d'exécution face au mur des fusillés. Le bruit assourdissant des percussions qui retentissaient dans toute la ville étouffait les salves.
Il y avait néanmoins des petits signaux à l'horizon. Ils n'étaient pas tranquillisants.
Dès le début, on avait voulu méconnaître le droit d'asile. Si tout était toléré, les libertés publiques – ou les garanties de la personne – n'étaient pas très respectées. Détentions arbitraires et perquisitions se pratiquaient au nom de la sécurité intérieure. Les forces armées étaient infiltrées d'agents étrangers.
(…) Il procéda à la dissolution des partis et, avec le plus grand sourire, pria le peuple d'avoir aveuglément confiance dans le « Leader Messianique » [Fidel Castro] descendu de la montagne et qui, dans le secret de ses pensées, faisait jaillir les formules qui résoudraient tous les problèmes ».

Parallèlement, Jorge Valls et sa famille commencent à être persécutés (pages 87 et 90) :

« Un soir que je rentrais chez moi vers minuit, après une journée de travail, je me heurtai à la police politique. Elle avait pris tous mes papiers et minutieusement perquisitionné. Mon père, un de ses amis venu le visiter et moi fûmes arrêtés, tandis que ma mère, mes sœurs et la femme du visiteur étaient assignés à résidence. La police politique nous emprisonna pendant trois jours. Personne ne nous expliqua pourquoi nous avions été jetés dans les cachots. Personne ne devait nous expliquer pourquoi nous fûmes relâchés au bout de ces trois jours. Nous étions bien dans le glorieux temps défini par Sartre : celui des faits sans explication. 
(…) D'une part, le gouvernement s'armait jusqu'aux dents, organisait une police politique héritière des structures répressives successives, à la manière de la Gestapo, poussait psychologiquement le pays à une extrême intolérance et à une adhésion fanatique au chef unique ; de l'autre, stimulés en même temps par les revanchards de l'ancien régime et par les militants les plus radicaux de la lutte révolutionnaire, le sabotage et la résistance au nouveau gouvernement se propageaient dans tout le pays. »

Les Cubains ayant désormais compris qu'ils ont à faire à un régime Totalitaire, fuient l'île en masse par centaines de milliers (page 91) :

« Lorsque, peu de temps après, certains d'entre eux [les dissidents] fuirent, on leur enleva la citoyenneté et tout document ou mandat qui attestait de leur nationalité. Et ils étaient déjà nombreux, les premiers à ouvrir la voie d'un exil massif, et qui n'a jamais cessé (sept cent milles Cubains ont choisi l'exil depuis vingt-cinq ans, soit 10 % de la population de 1959. D'après Claude Auroi, in Tiers Mondes, controverses et réalités, éd. Economica, sept 1987. (N.d.E.)).

La dictature Castriste s'impose d'emblée, n'ayant que faire : de la liberté individuelle, des Droits de l'Homme, de la liberté d'expression, de la liberté de penser, de la propriété privée, pas plus que des besoins et motivations du peuple Cubain (pages 99 et 100) :

« Jamais le gouvernement ne manifesta le souci de connaître les motivations des opposants. Les paysans se révoltaient, les ouvriers conspiraient, les étudiants se battaient et les intellectuels prenaient parti contre lui ; à cela il répondait par des injures : « vers de terre », « apatrides », « traîtres », « agents des puissances étrangères ». Des commandos, recrutés à l'initiative du gouvernement, procédaient à des arrestations brutales tandis que la tribune publique attisait les haines contre toute personne désignée du doigt par le « Führer » [Fidel Castro]. A l'école, on encourageait l'espionnage et la délation, le mépris des parents, des frères, et des maîtres. Des « comités de défense », créés dans chaque pâté de maison, surveillaient la vie privée du voisinage, s'intéressaient aux scènes de ménage comme aux adultères pour s'en servir ensuite d'instruments de chantage ou de répression. La décision de ces comités était sans appel, pour l'obtention de vivres comme pour toute autre chose.

En 1960, le soulèvement s'étendit dans les montagnes. De nombreux leaders syndicaux furent rapidement poursuivis, emprisonnés ou condamnés à l'exil. Les partis politiques, devenus illégaux, subirent le même sort. »

Nous venons donc de voir que dès 1960, la répression est déjà généralisée sur l'île (pages 100 et 101) :

« Le gouvernement procéda à l'arrestation de milliers de personnes. Quand ils vinrent me chercher, je n'étais pas chez moi. Ils emmenèrent alors mes parents et les gardèrent une semaine. Ma mère, détenue avec d'autres femmes, était gardée par des chiens dressés. Mon père, souffrant du pied, eut un début de gangrène par manque d'hygiène et d'assistance. Cette semaine de détention les avait réduits à l'état de loques humaines.
Cette opération militaire permit au gouvernement d'assurer son triomphe et laissa l'opposition définitivement meurtrie, militairement anéantie. Le pouvoir, encore fragile, put ainsi balayer ses ennemis réels, probables, voire possibles, s'armer jusqu'aux dents et justifier la répression sauvage qu'il engageait.

(…) En 1963, toute opposition avait été écrasée. Ceux qui n'étaient pas morts ou prisonniers survivaient grâce à des travaux occasionnels ou à la charité d'amis ».

C'est une Terreur de masse totale qui s'abat sur l'île (page 102) :

« 1964. La loi du service militaire venait d'être décrétée. Séparés de nos compagnons les plus proches, prisonniers, morts ou exilés, expulsés de partout, nous étions comme des vers survivants. Il y avait au moins trente-cinq mille prisonniers politiques dans les cachots. Dans ce climat de persécution croissante, et sans cesse plus raffinée, que signifiait se compromettre avec une arme ? Se disposer à repousser l'ennemi étranger dont on annonçait chaque jour l'attaque imminente, et qui jamais ne débarquait ?
C'était plutôt se convertir en chasseur, en bourreau résolu à torturer et même à exécuter ses frères cubains. Nous fûmes quelques-uns à refuser de nous inscrire auprès de l'administration. Nous n'étions pas disposés à servir les armes à la main au pouvoir totalitaire. D'autres parmi nous estimèrent qu’il valait mieux s'inscrire, quitte à ne pas répondre ultérieurement à l'ordre de convocation.
Je connaissais le pris de mon choix : la prison ».

C'est le 8 mai 1964 que Jorge Valls est emprisonné.
Durant son interrogatoire, l’officier lui fait comprendre que dans l'univers Totalitaire Communiste Castriste, le sens de la mesure n'existe pas, le droit de penser librement non plus.
Voici venu le temps horrible de l'humiliation et de la barbarie. La capacité de réflexion est extrêmement pauvre, voire primaire dans ce genre de régime.
Il n'existe, dans le régime Castriste, que des « amis » et des « ennemis » (page 135) :

« Dans le fil de l'interrogatoire, l'officier me dit soudain :
- Toi, tu t'es mis contre nous ; et nous, nous avons décidé de nous mettre contre toi.
C'était ce qui devait arriver ; je ne m'attendais pas à autre chose. J'y étais préparé depuis longtemps. Dans mon pays, une conscience libre n'affrontait plus que deux options : la prison ou la mort ».

Une chape de plomb totalitaire recouvre tout Cuba, et cela…, pour de très éprouvantes et interminables décennies (page 139) :

« Cuba était devenu une police politique avec une réputation autour. S'était-il gardé de manifester son désaccord ? S'était-il tenu à l'écart de toute conspiration ? La Sécurité se chargeait de monter une intrigue qui, à force de se compliquer, ferait tomber le citoyen dans ses filets. Ou bien elle le faisait emprisonner ; ou bien elle lui faisait sentir qu'il lui devait la vie, comme une faveur spéciale, comme une dérogation de l'unique et véritable pouvoir. L'homme qui se laissait prendre devenait canne à sucre dans le moulin ; ils ne le relâcheraient qu'après l'avoir pressé jusqu'à l'anéantissement. Dans la rue, n'importe où, même à l'étranger, la Sécurité apparaissait comme le démon tenace et omniprésent qui annulait complètement l'homme spontané.
Le Cubain vivait en état d'alerte permanent, soucieux de penser et de se comporter en conformité avec l'attitude exemplaire, celle qui garantissait une provisoire immunité. A tout moment, un geste distrait pouvait passer pour une manifestation d'hostilité au régime. Il ne suffisait pas de se montrer obéissant ou de s'abstenir de toute opinion, il fallait de temps en temps exprimer son adhésion, démontrer qu'on défendait le maître. Sans quoi, on allait au-devant de sérieux problèmes. Les fonctionnaires du gouvernement eux-mêmes en savaient quelque chose. De même que l'écrivain se devait d'exalter le régime ou de répéter ses consignes, le plus simple citoyen avait intérêt à apporter sa contribution visible.
Un psychiatre avait commencé un cycle de conférences sur sa discipline. Au bout de quelques séances, la Sécurité de l’État vint l'interpeller ».

Jorge Valls est alors enfermé dans la prison de La Cabana. Le soir, dans les fossés de La Cabana, le même macabre rituel se perpétue : celui des exécutions par fusillades (pages 158 et 159) :

« C'était la nuit, à neuf heures ou un peu après, qu'éclataient les salves des exécutions. Les séquences de l'horreur se déroulaient dans le fond de la fosse. D'où j'étais, je ne pouvais les voir. Mais par la grille qui fermait la galera en surplomb du vide, montaient les moindres bruits. Dans le silence des ténèbres et à cause des conditions acoustiques de la fosse, ils se détachaient avec une netteté effrayante. A un déclic, nous percevions quand s'allumait la lumière. Écho des pas croissant à intervalles réguliers : le peloton arrivait. Moteur : le fourgon du condamné à mort fermait la marche. Ouverture de la portière : nous l'entendions qui en descendait. L'instant qui paraissait durer le plus longtemps : quand ils le ligotaient au poteau. Dernier cri du supplicié. Voix de commandement. Salve. La ou les détonations du coup de grâce. A Cuba, on continuait parfois de fusiller après un, deux, trois coups de grâce, autant de fois qu'il était nécessaire. Le peloton se retirait. Nous les entendions qui emportaient le corps. Puis le vol lourd et le croassement de l'oiseau nocturne qui venait picoter les éclats de chair fichés dans le poteau ou accrochés au mur.
Parler après le couvre-feu était formellement interdit. Tout le temps que duraient les exécutions, les hommes s'agitaient, grognaient, bredouillaient des malédictions, haletaient. D'autres priaient en silence. Ces scènes se répétaient nuit après nuit. En général, ils fusillaient tout un groupe ; la séance se prolongeait jusque très tard. De même qu'il arrivait parfois que le peloton survienne à minuit ou entre trois et quatre heures du matin. »

Avant de devoir subir son pseudo-procès, Jorge Valls étudie et observe les mécanismes, le fonctionnement de la Police Politique : la Sécurité de l’État (page 169) :

« Une affaire mettait généralement en cause plusieurs accusés. Si l'un d'eux devait être disculpé, il était remis en liberté à sa sortie de la Sécurité de l’État. Mais être emprisonné prédestinait inexorablement à une condamnation. Le sort de chacun était verrouillé par les agents de la Sécurité. C'étaient eux qui faisaient les lois, eux qui vous jugeaient, eux qui vous exécutaient. De fait, à cette époque, s'offrait un seul choix : ou il vous passaient par les armes ou ils vous infligeaient une lourde peine de détention.
En quatre ans, j’avais eu tout loisir de l'observer : ce n'était pas le délit ou l'infraction que sanctionnait le nouveau régime, mais la personne rebelle. »

Et la terrible sanction tombe : 20 ans de prison !
En octobre 1964, il est emprisonné au bagne de l'île des Pins.
Au travaux forcés, non seulement, l'esclavagisme y est infernal, mais qui plus est, les gardiens-bourreaux tortures les prisonniers (pages 183, 184 et 185) :

«  Les coups pleuvaient systématiquement. Chacun savait qu'il aurait sa ration. Moi, parce que j'étais faible, malhabile, et que je manquais de rendement ; le paysan à côté de moi, qui maniait la machette comme un artiste et fauchait la moitié du pré en quelques minutes,… parce qu'il avait les yeux noirs.
Un jour que nous étions en train de bêcher dans les sillons, un compagnon s'attardait à quelques pas derrière moi quand un des gardes lui embrocha la jambe d'un coup de baïonnette. Quelqu'un lui fit un garrot à la cuisse à l'aide d'un mouchoir. En vain. Il perdit l'usage de sa jambe. Quelques mois après, on le verrait marcher, comme Lazare, avec un bâton mal dégrossi en guise de béquille.

(…) Un jour que, malade, j'étais resté à la « circulaire » [la prison], autour de dix heures du matin la grille s'ouvrit et un corps sans connaissance, aussi inerte qu'un cadavre, fut jeté parmi nous. Une fange noirâtre l'enrobait jusqu'à la tête. Méconnaissable, on n'y distinguait plus ni les yeux ni la bouche. Les médecins descendirent l'examiner. Ils identifièrent Reynaldo Gonzales. Couvert de boue, d'excréments, il demeurait inconscient.
Lui et des compagnons avaient été condamnés à travailler dans une fosse d'égout. Comme dans l'Enfer de Dante, on les avait contraints à s'immerger dans la fange jusqu'à en perdre connaissance.
Un caporal avait déjà eu la brillante idée de nous faire couper l'herbe avec les dents. Il nous avait fait obéir à coups de bâton ».

Un jour de 1968, à La Cabana, les autorités pénitentiaires décident de changer les tenues jaunes des prisonniers politiques, pour leur faire endosser celles, bleues, des prisonniers de droit commun.
Comme Armando Valladares, Huber Matos, et tant d'autres prisonniers, Jorge Valls refuse alors de changer de tenue et repart dans sa cellule, en caleçon… (pages 202 et 203) :

« Si le petit groupe des politiques en caleçon de La Cabana n'eut pas trop à en souffrir (nous avions été les derniers à être touché par cette mesure), l'histoire avait tourné plus au tragique dans d'autres prisons. A certains endroits, les prisonniers étaient surveillés par des judokas, qui les habillaient de force après de terribles bastonnades. Sonnés ou assommés, on les attachait. Quand ils reprenaient connaissance, les prisonniers se défaisaient de l'uniforme et recevaient une nouvelle pluie de coups. On releva des fractures crâniennes, des bras cassés, des lésions à la colonne vertébrale.
Par la suite, nus comme ils étaient – et souvent sans même le caleçon -, on les soumettait à d'interminables séances d'humiliation. Ils souffraient d'une telle pénurie d'eau qu'ils finissaient par aller boire dans les latrines. Ils vivaient dans une saleté si épouvantable qu'une bête en aurait crevé d'infection. Nus, barbus, crasseux, affamés, rompus, ils étaient exhibés devant des groupes de soldats où figuraient notamment des femmes ».

Les conditions de détention sont tellement horribles dans cet enfer Totalitaire Castriste, que les grèves de la faim y sont très répandues, récurrentes et, dramatiquement, bien souvent…, mortelles. (page 208) :

« Le gouvernement pratiqua la désinformation. Il faisait croire à nos familles que nous réclamions tout simplement notre mise en liberté et que la grève avait déjà fait des morts. En suscitant ainsi la panique, il provoqua des tentatives de suicide parmi nos proches.
La grève était pour nous le seul moyen de crier que nous existions, de proclamer, dans un monde impassible, qu'ici des milliers d'hommes étaient en train d’être, psychologiquement et physiquement, exterminés. Nous étions isolés de tout et voulions à toute force dire : « Hommes du monde, écoutez-nous ! Nous sommes vivants ! » Nous ne savions même pas comment nous pourrions être entendus ».

Puis, arrive la période des expérimentations les plus sadiques, pratiquées sur les prisonniers (page 211 et 212) :

«  Si nous eûmes la chance de connaître un répit à Guanajay, la plupart des prisonniers politiques de Cuba étaient loin de partager la félicité. En particulier, ceux qui avaient été transférés à Boniato, dans la partie orientale de l'Ile. Pendant huit ans, ils servirent de cobayes à une macabre expérimentation qui consistait à mesurer la capacité de résistance d'un homme soumis à l'enfermement dans un espace minimal, aux bastonnades systématiques, à un déficit nutritionnel calculé. Les détenus dont l'état devenait alarmant étaient transportés en brancard jusqu'à l'infirmerie. On les y réanimait pour les reconduire aussitôt en cellule. Pas question d'interrompre la poursuite de l'expérience. Certains n'y ont pas survécu.
D'autres furent enfournés dans les gavetas. Dans ces niches hermétiquement closes, le détenu était condamné à rester couché sur le dos, sans jamais changer de position. Quand on l'en extrayait, il était si maigre, si affaibli – la plupart du temps paralysé – qu'il fallait le porter dans les bras comme un enfant.
Les raclées finirent par provoquer l'apparition de tumeurs ou de lésions à l'encéphale. Un homme souffrant d'une grave lésion de la moelle épinière perdit à jamais le sens de l'équilibre. S'il avait conservé ses facultés intellectuelles (toujours exquises), tel autre ne supportait plus ni effort ni tension. Un système nerveux délabré en avait fait un être de cristal.
A Boniato, mourut « El Hermano de la Fe » (« le frère de la foi »), criblé de balles alors qu'il tentait de rétablir le calme au milieu d'une altercation avec les gardes. Ce religieux protestant avait fait siennes les paroles de l’Évangile : « Pardonnez-leur, parce qu'ils ne savent pas ce qu'ils font ».
Dans ces années-là, plus d'une fois, les autorités laissèrent volontairement des prisonniers s'évader pour les abattre un peu plus loin, en toute impunité ».

Jorge Valls est libéré le 18 juin 1984.

Pour un Cubain, survivre à cet enfer Totalitaire Communiste Castriste, relève essentiellement du hasard et de la « chance »...


Et la Nuit est tombée: De la révolution victorieuse aux bagnes cubains
Et la Nuit est tombée: De la révolution victorieuse aux bagnes cubains
par Huber Matos
Edition : Broché

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5.0 étoiles sur 5 Cuba : l'île de l'enfer Totalitaire Communiste Castriste !!!, 9 mars 2016
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Et la Nuit est tombée: De la révolution victorieuse aux bagnes cubains (Broché)
Huber Matos a rédigé ses Mémoires depuis peu. En effet, c'est seulement en 2002 qu'il décide de témoigner à propos de l'Histoire du sinistre régime Totalitaire Communiste Castriste, et de raconter sa vie depuis le coup d'État de Batista, en passant par la Révolution Cubaine, la dénonciation de la mise en place du régime Castriste, l'injustice que représentent ses 20 ans d'enfermement dans d'effroyables conditions de détention pour lui et ses compagnons, et sur les innombrables et ignobles exécutions sommaires autant qu'arbitraires.
Et ce n'est qu'en 2006, que cet essentiel témoignage a été publié en France.
Un autre grand intérêt de ce témoignage réside dans le fait que Huber Matos a très bien connu : les frères Castro, Raul et Fidel, et Ernesto Guevara (dit le Che) !

Le 10 mars 1952, Fulgencio Batista provoque un coup d'État à Cuba, destituant ainsi le Président de l'époque : Carlos Prio Socarras.

Le 26 juillet 1953, un groupe révolutionnaire tente de renverser le Dictateur Batista. A la tête de ce groupe révolutionnaire, on découvre un certain Fidel Castro issu du Parti orthodoxe.
Mais cette opération militaire échoue, faisant plusieurs morts.

Entre 1953 et 1959, les révolutionnaires Cubains tentent à plusieurs reprises de renverser Batista, mais sans y parvenir. Le 13 mars 1957, un contingent révolutionnaire essaye même d'assassiner Batista, en attaquant le palais présidentiel de La Havane. C'est encore un échec'

Le 1er juin 1957, Huber Matos s'exile au Costa Rica afin de préparer une guérilla destinée, une nouvelle fois, à renverser le Pouvoir dictatorial de Batista.
Après des semaines de préparation, l'équipe de Huber Matos est prête à regagner Cuba et les frères Castro, afin de coordonner cette guérilla dans la Sierra Maestra.
Pour Huber Matos, il s'agit avant tout de Libérer le Peuple Cubain, et de réinstaurer une Démocratie (page 88) :

« Je déteste la violence, mais je suis prêt à donner ma vie dans cette tentative de rendre la liberté aux Cubains. La dictature n'a pas laissé d'autre alternative à ceux qui croient avoir le droit de vivre dans une société libre et juste, fondée sur les règles de la civilité et la coexistence pacifique. »

Huber Matos ne défend aucune Idéologie, il est profondément humaniste et seule la Liberté du Peuple Cubain guide sa volonté et la détermination de son action, même durant les terribles combats (page 117) :

« Même si ce sont nos ennemis, je ressens de la pitié pour eux, mais aussi pour moi, forcé de tuer mes semblables. Comme il est stupide de se massacrer entre gens d'un même peuple ! ».

Déjà, durant la guérilla, Huber Matos perçoit chez Fidel Castro : un manque certain de compassion pour autrui, de l'opportunisme, son immoralité, ainsi qu'une certaine forme d'autoritarisme malsain (page 133) :

« J'ai vu chez Fidel des choses qui me déplaisent comme ses semonces, ses insultes aux officiers et sa tendance à l'autoritarisme, auxquelles il faut ajouter sa tolérance et sa complicité dans le commerce de la marijuana. Tout cela me vaut un problème de conscience et de sérieuses inquiétudes pour l'avenir. Néanmoins, j'en suis venu à la conclusion que, comme nous ne pouvons pas attendre la perfection de la nature humaine et que cet homme a gagné la confiance du peuple, je ne dois me laisser affecter ni par les aspects négatifs de son caractère ni par son manque de rigueur morale.
(') Pour l'instant, je garde l'espoir de pouvoir contribuer au dépassement de ces défauts. Le peuple a foi dans les rebelles des montagnes et en son leader principal ; il a foi dans l'œuvre porteuse de démocratie et de justice de la révolution. Pendant que nous essayons d'arrêter l'offensive, il ne me reste qu'à refouler cette affaire de marijuana et les autres détails qui me déplaisent souverainement. Nous avons un ennemi suffisamment fort à mettre en déroute pour pouvoir rétablir la démocratie et la paix sociale ».

Puis vient le moment, où, Raul Castro commence à s'en prendre également aux civils (page 270) :

« Les forces de Raul Castro attaquent depuis quatre ou cinq jours la caserne de La Maya, située dans la zone du second front contiguë à la nôtre. Le village de La Maya a été pratiquement détruit par le feu sur les instructions de Raul, au motif que toute la population soutenait Batista ; cette affirmation me semble aussi excessive que les représailles. Face à ce triste spectacle, je me demande ce que nous gagnons à semer la terreur. Un de ses hommes prend les devants pour justifier Raul en disant :
- Commandant, nous avons dû incendier presque tout le village parce qu'on nous tirait dessus de tous côtés. L'aviation nous pilonnait sans relâche ; ces gens sont contre nous, ils sont presque tous des vendus à Batista... On leur a donné la leçon qu'ils méritaient, vous voyez... »

Enfin, Batista est destitué par les guérilleros, le 1er janvier 1959.
Lors de son premier discours, Fidel Castro ose, dans un immense cynisme, préciser qu'il n'y aura plus jamais de Dictature à Cuba (page 306) :

« « Parce qu'il est hors de question de remplacer un dictateur par un autre ! » Fidel promet que les militaires seront aux ordres des lois et de la constitution de la République. Il encense le processus électoral et démocratique en faisant allusion au temps limité qu'un gouvernement doit rester au pouvoir. Ses paroles arrachent à la foule de fervents applaudissements. La joie se passe de mots. La cérémonie prend fin officiellement, mais la fête se poursuit dans les rues tout au long de la nuit ».

Pourtant, dès les premiers jours de janvier 1959, la valse horrible des exécutions sommaires, commence' (pages 325 et 326) :

«  A Santiago, il y a déjà eu des exécutions. Des rapports me parviennent selon lesquels des injustices et des excès ont été commis là-bas. Ainsi, plus de soixante-dix personnes accusées de faits criminels ont été jugées et exécutées en un jour. Je n'ai pas assisté à ces procès ni à ces exécutions là-bas parce que Raul s'est arrogé cette responsabilité sur ordre de Fidel ou avec son approbation. Dès les premiers jours de janvier, alors que je commençais mon travail comme chef du premier district militaire, il m'a dit :
- Huber, je veux me charger personnellement des procès. Ta présence n'est pas nécessaire. On appliquera la justice.
Fidel m'ordonne juste après de me rendre dans la province de Camagüey pour en prendre le commandement, ce qui laisse à Raul le contrôle total de la province d'Oriente.
La nouvelle des exécutions à Santiago de Cuba ' toutes postérieures à mon déplacement ' circule dans tout le pays et même en dehors. D'après nos informations, en trois ou quatre jours, plus de deux cents militaires et civils impliqués dans des actes criminels ont été exécutés à Santiago en janvier. A la forteresse de La Cabana, le quartier général du Che, le peloton d'exécution intervient très fréquemment et le nombre d'exécutions est également déjà élevé. La réaction internationale ne se fait pas attendre et n'est pas du tout favorable à l'image que donne la révolution, ternie par ces faits. »

Comme souvent après un changement radical de régime, surtout lorsqu'il a été, comme celui de Batista, à caractère Dictatorial, se développent, au sein de la population, des sentiments immédiats relevant plus de la vengeance que de la Justice (page 330) :

« Matanzas et Camagüey sont les deux provinces où il y a eu le moins d'exécutions, même si les révolutionnaires et la majeure partie de la population réclament ici aussi une justice plus radicale, comme si la crédibilité de la révolution dépendait du nombre d'exécutions. »

Après la prise du Pouvoir, un jour, Raul Castro eut une discussion avec Huber Matos. Il lui livra alors le tréfonds de ses pensées les plus sinistres (pages 353 et 354) :

« « - Pour que la révolution triomphe, il faut une « nuit des longs couteaux » [purges et assassinats par les Nazis au sein de leur propre Parti entre le 29 juin et le 2 juillet 1934, et surtout durant la nuit du 29 au 30 juin 1934] qui fera tomber beaucoup de têtes de nos ennemis.
Je lui réponds :
- J'espère bien que tu ne parles pas sérieusement, parce que cela n'entre pas dans les plans de la révolution.
- Eh bien, si. Sans une nuit de la Saint-Barthélemy [c'est-à-dire le massacre des protestants en France sous le règne de Charles IX, le 24 août 1572], les difficultés que nous allons rencontrer à partir de maintenant vont être nombreuses.
Fidel garde le silence. Les autres personnes présentes se taisent et la réunion est clôturée peu après. Je prends congé de notre chef non sans avoir insisté une fois de plus sur la nécessité de définir les fondements idéologiques de la révolution pour clarifier son orientation et son programme. »

Sept mois après la prise du Pouvoir, compte tenu de la tournure Dictatoriale des événements, Huber Matos estime, avec courage et lucidité, qu'il est grand temps de démissionner de ses fonctions, afin de se désolidariser définitivement des frères Castro (pages 358, 363 et 365) :

« Il y a sept mois, nous arrivions au pouvoir et, quelques jours avant le 26 juillet [date de commémoration de la tentative de Révolution du 26 juillet 1953], je décide d'écrire à Fidel. C'est une lettre de démission dans laquelle j'explique que le moment est venu pour moi de quitter l'armée et de renoncer à ma charge au sein de la direction du processus révolutionnaire. Je suis en désaccord avec la manière dont les choses sont menées. Je crois qu'on se dirige à grands pas vers un gouvernement dictatorial, sans doute de tendance marxiste, auquel je ne peux pas participer car cela serait aller à l'encontre de mes principes.
(') Septembre touche à sa fin et l'influence communiste est en pleine croissance. Je dois quitter le pouvoir au plus vite. En restant au gouvernement, je cautionne des actions avec lesquelles je ne suis pas d'accord. Je veux être pleinement responsable de mes erreurs et non avaliser la terrible faute que l'histoire retiendra à charge de ceux qui par ambition, parce que cela les arrange ou par inertie, trahissent la révolution cubaine, en l'occurrence le peuple et ses espérances. Même si je suis le seul à dénoncer ce qui se passe, il est de mon devoir de donner l'alerte aux Cubains. Je ne sais pas s'ils m'écouteront ou s'ils le comprendront.
(') Octobre 1959. Moins de dix mois se sont écoulés depuis que nous, les révolutionnaires, sommes arrivés au pouvoir. La sombre perspective que le leader de la révolution se transforme en un tyran tel que notre pays n'en a jamais connu se profile dans le paysage cubain.
La grande majorité de la population ne perçoit pas la trahison. La popularité de Fidel est immense : les gens du peuple croient en lui avec une ferveur aveugle. Ceux qui manifestent leur inquiétude pour le destin de la nation ou qui remettent en question le dernier caprice du Lider Maximo deviennent du jour au lendemain des « ennemis de peuple ». La rhétorique populiste séduisante de Castro recouvre adroitement l'incroyable réalité, à savoir que les véritables ennemis sont au sein même du pouvoir ».

Le 20 octobre 1959, Huber Matos envoie sa lettre de démission à Fidel Castro, qui lui répond' (page 367) :

« Fidel m'écrit, en termes généraux, que c'est bien, que je n'ai qu'à m'en aller, qu'il ne se passera rien, qu'il enverra quelqu'un me relever de mon commandement. Mais le ton et certains termes sont insultants, caractéristiques de son style toujours teinté de menaces voilées et de faux-fuyants.
J'ai confié à mon épouse une copie de ma lettre de démission.
- Maria Luisa, lui dis-je, j'ignore ce qui viendra à l'esprit de Fidel ; mais, après ce qui est arrivé à Urrutia [Président du 1er janvier au 17 juillet 1959 a démissionné et s'est exilé au Venezuela sous la pression de son Premier Ministre', Fidel Castro], nous pouvons nous attendre à tout.
Garde cette copie, tu sauras quel usage en faire le moment venu.
Fidel sait pertinemment que je ne réagirai pas comme Urrutia. L'ancien président, malgré son poste élevé, était plus vulnérable parce qu'il devait sa position à Fidel lui-même. »

A cette période, Huber Matos aurait encore pu sauver sa existence, en fuyant Cuba. Mais il préféra, dignement, rester dans son pays, en faisant le choix courageux, d'assumer ouvertement sa volonté de démocratiser et de libérer la société Cubaine (pages 370 et 371) :

« En retournant chez moi au campement, je rencontre le médecin-capitaine Miguelino Socarras, qui a démissionné cinq jours auparavant, après avoir renoncé à la direction de notre clinique, écœuré par l'orientation que prennent les événements. D'une façon pressante, il me dit :
- Commandant, j'ai à ma disposition un avion et un pilote qui attendent sur une piste à un quart d'heure d'ici. Allons-nous-en ! Quittons ce pays ! Je vous accompagne. Un homme dans votre situation doit émigrer en vitesse. Tirez-vous d'ici ! Vous avez entendu les flots d'insultes et de provocations qu'on déverse à votre sujet sur les ondes depuis tôt ce matin. Je suis sûr qu'ils font cela pour justifier ce qu'ils vous préparent. Ils haranguent la foule dans le seul but de vous éliminer physiquement, de la façon la plus dégradante. Ne perdez pas une minute, l'avion nous attend.
- Socarras, je te remercie et j'apprécie ton geste à sa juste valeur. Mais je ne peux pas faire ce que tu me demandes parce que cela ferait de moi un déserteur. J'ai démissionné : j'ai demandé à être détaché des forces armées parce que je ne suis pas d'accord avec la tournure que prend cette révolution. C'est une position de principe et je dois la défendre, fût-ce au prix de ma vie.
- Mais Commandant ! Écoutez, d'ici quelques heures, les foules fanatisées viendront et vous traîneront dans les rues. Ils excitent les gens à la radio. Je crains pour votre vie.
- Non. Socarras. Je te répète que non, ma décision est prise. Je n'en changerai pas.
Il insiste :
- Vous risquez au moins d'être exécuté. En fait, j'en suis sûr, mais en plus vous courez le risque de tomber aux mains de cette meute déchaînée et vous pouvez encore évitez un pareil désastre.
- Ils viendront me chercher aujourd'hui, mais peut-être cela sauvera-t-il notre pays.
Comme il ne parvient pas à me convaincre, Socarras me dit finalement :
- D'accord, Commandant. Je m'en vais, mais vous commettez une terrible erreur en restant ici.
Je le remercie à nouveau de son geste et nous échangeons une chaleureuse poignée de main ».

Arrive alors, le moment de l'arrestation.
Étant parfaitement conscient qu'il risque l'emprisonnement pour de longues années, voire pire, d'être fusillé, Huber Matos attendant de connaître son sort, enrage de ne pas pouvoir prévenir le Peuple Cubain de ce qui l'attend (page 397) :

« Ici, dans la solitude de mon cachot, je voudrais abattre à grands coups les murs et les barreaux afin de sortir dans la rue et de mettre en garde le peuple cubain contre la terrible nuit qui le guette. Je voudrais lui dire la vérité sur ce qui se trame et réfuter les calomnies que le leader de la révolution profère contre moi. Je paierais volontiers de ma vie pour en avoir l'opportunité. Mais le peuple est fanatisé. Les foules enthousiastes vont être plongées dans l'obscurité et je n 'ai pas assez de force pour arracher mes barreaux. 
Que puis-je faire dans ces conditions pour manifester la vérité aux yeux de tous ? Comment démasquer un tel cynisme ? Comment réveiller une conscience endormie par le harcèlement de la propagande et par la passion ? Avec quelles armes combattre l'hypnose politique qui aliène les Cubains ? »

Compte tenu de la popularité de Huber Matos, Fidel Castro ne peut pas se permettre de le faire assassiné discrètement. Il est obligé d'organiser une parodie de procès, façon « Procès de Moscou » Soviétiques des années 1936-1938 ; procès qui ne sera donc qu'une supercherie jouée d'avance (page 398) :

« Je vais au procès avec plusieurs handicaps, et non des moindres. Le premier, c'est d'avoir été pratiquement condamné à mort, cinq jours après mon arrestation, par une foule de centaines de milliers de personnes, encouragées et manipulées par le Lider Maximo.
Fidel, après avoir tenté en vain de me faire fléchir, doit être rongé par son orgueil, mais aussi par ses craintes. Je le connais, c'est un comédien qui parle pour la galerie. Quant à Raul, poussé par son radicalisme jacobin et sa nature rancunière, il essaiera carrément de m'éliminer physiquement par tous les moyens.
Fidel a le monopole complet du procès. Je serai jugé par un tribunal militaire dont il a sélectionné lui-même tous les membres qui lui assurent un soutien inconditionnel. Il a également choisi le procureur et les fonctionnaires chargés des tâches auxiliaires. Tribunal, témoins, lieu et public. Mais il sera le véritable procureur et se réserve aussi le rôle de témoin à charge. C'est lui qui dictera la sentence au tribunal, qui la rendra publique.
Mais je ne suis pas complètement dénué d'atouts : je suis préparé au pire des scénarios ; je ne me fais aucune illusion, je pense que je vais être exécuté. Je vais dire la vérité et l'on va devoir m'écouter. Vivant, je suis un problème pour eux ; mort, il en va de même. Ainsi, que l'on me mène en prison ou devant le peloton d'exécution, ils y perdront. »

Le 15 décembre 1959, la sentence tombe : Huber Matos est condamné à 20 ans de prison !
Il est incarcéré dans la prison de l'île des Pins. Ses bourreaux font tout pour essayer de le déstabiliser moralement en lui annonçant, par exemple, des visites de ses proches qui ne se produisent pas, de l'intimider, ils l'insultent et le menacent de le fusiller.
Pour résister à cette terrible pression psychologique, pour pouvoir survivre et ne pas perdre l'esprit, Huber Matos fait comme de nombreux prisonniers de régimes Totalitaires : il lit beaucoup, il se crée une vie intérieure intense et fait fonctionner son imagination et sa réflexion.

Suite à l'échec du débarquement de la baie des Cochons, le 17 avril 1961, Fidel Castro tombe le masque et déclare alors que : « la révolution est communiste ». Le 2 décembre de la même année, il réitère ses propos en proclamant : « la nature marxiste-léniniste » de son gouvernement.
A ce moment, les fondements du régime Totalitaire Communiste Castriste sont en place (page 441) :

« Le pays est déjà soumis à un contrôle totalitaire. Sous prétexte de défendre la révolution, Castro a aboli les libertés publiques et tout vestige des garanties citoyennes. Le bâillon, la délation, la prison politique et le peloton d'exécution s'imposent comme des instruments de la terreur révolutionnaire. »

En 1965, les geôliers de Huber Matos planifient un horrible scénario de simulacre d'exécution avec le pistolet collé sur la nuque, toujours dans le but de l'effrayer et de l'anéantir psychologiquement. Ensuite, ils l'enferment dans un caisson de béton de 3 mètres sur 3, et juste de la hauteur d'une personne.
Il est habillé avec la tenue jaune des prisonniers politiques irréductibles, les plantados, la lettre P dessinée au goudron sur la poitrine.
A cette époque, la tenue bleue était destinée aux prisonniers de droit commun. Mais les choses devaient changer plus tard'
Avec d'autres prisonniers, Huber Matos est resté un an dans ce cachot sordide, sans aucune hygiène et sans lumière du jour.
Après six années passées dans la prison de l'île des Pins, Huber Matos est transféré à la prison principale de La Havane, la tristement célèbre forteresse de : La Cabana.

Un jour, Huber Matos parle avec ses co-détenus de la répression terrible qui s'abat sur l'île (pages 468 et 470) :

« Nous reprenons la conversation et ils me racontent les atrocités et les crimes qui sont commis à l'île des Pins dans le plan des travaux forcés. Les surveillants assassinent impunément les prisonniers politiques pendant leurs journées de travail. La résistance à l'île des Pins s'intensifie face à cette chape de terreur. Il y a là des milliers de Cubains qui ont été jugés par les tribunaux révolutionnaires chargés de punir sévèrement la résistance au communisme. La majorité des prisonniers, loin d'avoir une origine batistienne, étaient plutôt des sympathisants de la révolution.
Ils m'expliquent que les soulèvements de paysans contre le communisme dans les premières années de la décennie, en particulier dans les massifs montagneux d'El Escambray, se sont multipliés. Le régime les a étouffés de façon implacable, à coups d'opérations auxquelles participaient des milliers de soldats, ratissant les montagnes et les bois, mètre par mètre. Ils ont procédé à des exécutions massives. Ils ont appliqué de lourdes peines de prison aux suspects et délogé des villages entiers.
(') Depuis les premières années de cette décennie, m'expliquent-ils, toute l'activité économique du pays est drastiquement contrôlée par l'État ; l'industrie, le commerce et la plupart des terres rentables du pays qui ont été expropriées. Castro dispose de tous ces biens comme si c'était les siens.
Ils me racontent aussi en détail la vague de persécutions déchaînée par les Castro contre l'Église catholique et les institutions religieuses en général. La répression va bien au-delà de l'intention d'imposer un modèle totalitaire ; il semble qu'elle vise aussi à éliminer l'idée même de Dieu dans la pensée du peuple cubain. Des atrocités ont été commises dans les camps de l'UMAP (Unités militaires d'aide à la production) contre les témoins de Jéhovah et des croyants d'autres confessions.
Je suis prisonnier depuis sept ans pendant lesquels Fidel s'est maintenu au pouvoir parce que son système répressif est implacable contre l'opposition démocratique. De plus, il a obtenu l'appui économique et militaire de l'Union soviétique. Sans le soutien massif de Moscou et sans la complicité des démocraties occidentales, le communisme à Cuba aurait été mis en déroute dès les premières années par les Cubains eux-mêmes. »

A La Cabana, Huber Matos est encore enfermé dans un cachot immonde, contenant des cafards et des souris. En plus d'être l'une des plus grandes prisons de Cuba, La Cabana est également le principal lieu d'exécution de l'île (page 474) :

« Le mur des exécutions, où se trouve le poteau auquel ils attachent ceux qu'ils vont exécuter, est situé à une centaine de mètres de notre cachot, dans la fosse. Presque chaque soir, entre neuf et dix heures, il nous faut vivre une expérience pénible ; c'est l'heure des exécutions.
Les condamnés à mort sont des gens qui ont été arrêtés parce qu'ils complotaient contre la dictature dans les villes ou des paysans capturés au combat dans les montagnes. Ce sont les meilleurs hommes de notre pays, des idéalistes qui ont cru en la démocratie et ont combattu vaillamment pour elle au péril de leur vie. Nous n'avions pas autant d'hommes de cette trempe dans la lutte contre Batista.
Le chef d'accusation est toujours le même : crime contre la sécurité de l'État. Les tribunaux n'ont pas besoin de beaucoup de preuves pour les condamner.
Nous ne pouvons pas voir les exécutions depuis nos cachots, mais nous en suivons, minute par minute, le macabre rituel en nous fiant aux bruits qui l'accompagnent. La promiscuité nous contraint à entendre les ordres, les tentatives que font les condamnés pour dire quelque chose, la salve des fusils, le bruit des corps jetés sur un grand plateau de fer-blanc. Ils les enveloppent dans un sac plastique « pour que le sang ne coule pas en chemin » et les chargent dans une voiture comme de vulgaires paquets.
Je n'avais jamais imaginé que je devrais vivre pareille épreuve. Un cauchemar récurrent. La nuit de la Saint-Barthélemy, par laquelle Raul voulait liquider les ennemis de la révolution ! »

Dans son témoignage « Mémoires de prison », Armando Valladares, qui a connu les mêmes lieux de détentions qu'Huber Matos, décrit avec la même précision, l'horreur des exécutions et le traumatisme psychologique causé chez les prisonniers.

P.S. : Ce commentaire étant trop long pour figurer intégralement sur ce site, Vous pouvez le retrouver dans son intégralité sur ma Page Google + : Communisme et Totalitarisme.


Mémoires de prison
Mémoires de prison
par Armando Valladares
Edition : Broché
Prix : EUR 18,60

5.0 étoiles sur 5 22 années dans l'enfer Totalitaire Communiste Castriste !!!, 27 février 2016
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Mémoires de prison (Broché)
Armando Valladares qui a passé 22 années de sa vie dans les prisons, les camps de concentration et les camps de travaux forcés du régime Totalitaire Communiste Castriste à Cuba, commence ainsi son effroyable témoignage, publié en 1985 :

(Page 7) :
« A la mémoire de mes compagnons torturés et assassinés dans les prisons de Fidel Castro et aux milliers de prisonniers qui y agonisent actuellement ».

(Page 9) :
« L'homme est l'être merveilleux de la Nature. Le torturer, le détruire, l'exterminer pour ses idées est plus qu'une violation des droits de l'homme ; c'est un crime contre l'Humanité ».

Dans la nuit du 28 décembre 1960, Armando Valladares fut donc arrêté arbitrairement par la Police Politique Castriste, un an seulement, après le coup d'État militaire perpétré par les frères Castro, Fidel et Raul, ainsi qu'Ernesto Guevara (surnommé le Che).
Armando Valladares introduit son témoignage en prévenant l'Humanité tout entière', mais en vain... (page 11) :

« Dans mon pays, il y a quelque chose que les défenseurs les plus fervents de la révolution cubaine ne peuvent nier : c'est le fait d'une dictature qui existe depuis plus d'un quart de siècle. Or un dictateur ne peut se maintenir au pouvoir pendant autant de temps sans violer les Droits de l'Homme, sans persécutions, sans détenus politiques et sans prisons.
En ce moment, il y a à Cuba plus de deux cents établissements pénitentiaires, depuis les prisons de haute sécurité et les camps de concentration jusqu'à ce qu'on appelle là-bas les granges et les fronts « ouverts », où les prisonniers sont condamnés aux travaux forcés.
Dans chacune de ces deux cents prisons, il s'est passé et se passe assez de choses pour écrire de nombreux livres. Aussi le témoignage que voici est-il à peine une esquisse de leur terrible réalité.
Un jour viendra où l'on connaîtra leur histoire dans ses détails, et l'humanité sera frappée d'horreur comme elle le fut en découvrant les crimes de Staline. »

Armando Valladares fut arrêté, interrogé et emprisonné sur le simple fait de ne pas être Communiste. Dès lors, la population Cubaine allait subir les affres terribles de l'adhésion de Fidel Castro à l'Idéologie Marxiste-Léniniste du Communisme (Page 17) :

« Ce fut ainsi que les révolutionnaires qui gardaient envers et contre tout l'espoir de voir Fidel Castro mettre fin à l'emprise croissante des communistes se trouvèrent incapables d'admettre, tant que le gouvernement ne proclama pas ouvertement son attachement au marxisme, que les expropriations forcées, les confiscations de terres, les nationalisations, le transfert à l'État des moyens de production appartenant aux particuliers, les exécutions et les exhortations constantes à la haine ainsi que la glorification de la lutte des classes n'étaient, sans contredit possible, que des applications pratiques de la doctrine communiste. »

A Cuba, la Police Politique se nomme la Sûreté de l'État. Elle est l'équivalent de la Tcheka (futur N.K.V.D. puis K.G.B.) Soviétique. La Police Politique décida donc, une nuit, de perquisitionner le domicile d'Armando Valladares. Il fut ensuite conduit au siège de la Sûreté de L'État, le Complexe G-2 (toujours l'équivalent du siège de la Tcheka Soviétique : la Loubianka), 14 rue Cinquième Avenue dans le quartier de Miramar.
Interrogé dans la foulée de son arrestation, on l'accusa, sans aucun fondement, d'être : un « ennemi du peuple », « un contre-révolutionnaire » et, summum de l'infamie, d'avoir fait ses « études dans une école religieuse ». Il s'agit des classiques accusations des bourreaux de l'univers Totalitaire Communiste, leur permettant d'enfermer ou d'exécuter n'importe qui, sans raisons' !

Armando Valladares fut emmené à la Cabana, la prison principale pour prisonniers politiques de l'île (page 23) :

« Après la victoire de la révolution, elle était devenue une prison pour politiques, et les exécutions se succédaient dans ses fossés. Elle s'élève sur une colline de l'autre côté de la baie et est toutefois isolée, entourée de vastes terrains d'exercice et de polygones de tir : c'est là que se trouvait autrefois l'école d'artillerie. »

Dès lors, les horribles exécutions sommaires s'enchaînèrent (pages 25 et 26) :

« Un grand escalier descendait jusque dans le fossé. Là, à un mètre du mur, il y avait un poteau de bois où on l'a attaché. Avant, Julio avait serré la main à chacun des gardes qui composaient le peloton d'exécution en leur disant qu'il leur pardonnait.
- PELOTON, GARDE A VOUS ! EN JOUE' ! FEU !
- A BAS LE COMMU' !
Le cri de Julio Antonio Yebra s'interrompit à jamais. Il n'y avait pas eu de salve véritable, mais des coups de feu qui s'engrenaient en désordre. Puis une détonation sèche, celle du coup de grâce derrière l'oreille. Jamais je n'oublierai ce claquement isolé, mortel.
Dans la prison, le silence était pesant, dramatique. Nous avons ensuite écouté les chocs des marteaux qui clouaient le couvercle de l'humble cercueil en bois de pin. »

Parmi les innombrables suppliciés, de nombreux courageux criaient des slogans contre le régime Totalitaire Communiste, avant d'être fusillés. Désormais, pour les faire taire définitivement avant leur assassinat, les victimes furent bâillonnées avant les exécutions (pages 28, 30 et 31) :

« Dès 1963, les condamnés à mort descendirent bâillonnés au supplice. Nos geôliers avaient peur de ces cris. Ils ne pouvaient tolérer une dernière exclamation virile de la part de ceux qui allaient mourir. Ce geste de rébellion, de défi, dans un instant suprême, cette manifestation de courage et de détermination à l'instant qui précédait la mort pouvait être un mauvais exemple pour les soldats : un exemple qui les ferait réfléchir.

(') Avec ces fusillades, la prison de la Cabana était devenue la plus terrible de toutes, et pour nous tenir sous la terreur, les gardes commencèrent à perquisitionner dès l'aube. Leurs pelotons, armés de gourdins, de chaînes, de baïonnettes et de tout ce qui pouvait servir à nous battre, faisaient irruption dans les galeras en criant et en frappant au hasard, sans ménagement.

(') Chaque matin, la Cabana se réveillait en se posant la même question : « Qui vont-ils fusiller aujourd'hui ? ».

Puis Armando Valladares fut transféré ailleurs, comprenant qu'il risquait d'être fusillé n'importe quand (pages 32, 33 et 37) :

« Une petite pluie fine commença à tomber. Nous avons traversé les fossés, laissant la prison derrière nous. J'ai tourné la tête. J'ai vu pour la dernière fois la vieille muraille moisie et les grilles des galeries ; à ma gauche, c'était le fossé des exécutions : le madrier où l'on attachait les condamnés, et derrière lui, le mur garni de sacs de sable dont certains étaient troués par les balles qui traversaient les corps des fusillés. Au pied du poteau, parmi les taches de sang, des poules picoraient, peut-être, les restes de la cervelle d'un supplicié de la nuit. Le Yankee qui commandait la garnison se faisait accompagner lors des exécutions par un chien qui léchait le sang des cadavres.
(') Le 21 janvier [1960] exactement, Castro devait déclarer :
- Les sbires que nous sommes en train de fusiller ne seront pas plus de quatre cents, mais beaucoup plus nombreux sont ceux qui sont déjà tombés face aux pelotons [d'exécution] pendant ces jours de barbarie et de mort.
Le 12 janvier, sur le champ de tir situé dans une petite vallée dite de San Juan, à l'extrémité de l'île, dans la province d'Oriente, des centaines de soldats de l'armée vaincue de Batista durent s'agenouiller dans une fosse de plus de cinquante mètres de long, les mains liées derrière le dos, avant d'y être abattus à la mitrailleuse. Puis on combla la fosse au bulldozer. Tout cela sans même un jugement. Beaucoup de ces soldats étaient des adolescents entrés dans l'armée pour des raisons économiques. Ce massacre fut ordonné par Raul Castro, qui y assista en personne. Et ce ne fut pas là un cas isolé. D'autres officiers des guérilleros de Castro fusillèrent en masse les ex-soldats de l'armée, sans jugement, sans qu'il existât contre eux la moindre charge, dans une série d'opérations de simples représailles contre les vaincus. »

Armando Valladares nous fait, encore et encore, vivre l'effroi du processus d'exécution qui le traumatisait chaque nuit, attendant l'insondable angoisse de la mort, à chaque instant, dans l'indifférence générale et l'anonymat (page 43) :

« Et nous frémissions à l'idée que ce peloton pourrait venir pour nous. Je me voyais les mains liées, bâillonné, conduit au fossé' Je descends ces marches, des projecteurs éclairent le poteau planté devant le mur de sacs de sable' des gardiens me poussent en avant, une corde me lie la taille au poteau' les fusils se lèvent et c'est un éclair, un bruit assourdissant retentit dans les fossés' Voilà ce qui pouvait m'arriver et je m'y attendais. Toutes les nuits, j'ai suivi ce chemin, je le voyais les yeux fermés, j'en connaissais par cœur le tracé, chaque marche, le poteau de bois'
Après le coup de grâce, il y avait toujours parmi nous quelqu'un pour sangloter. Nous entendions grincer la grille de l'entrée, et l'un de nous s'avançait jusqu'à la porte pour voir son ami et lui crier un ultime adieu. Nous ne pouvions plus nous rendormir.
Nulle part, il n'y avait un atome de respect pour les condamnés. Si l'homme qui marchait à la mort n'avançait pas à la vitesse exigée par les gardiens, ils le faisaient avancer à coups de crosse, ou ils le traînaient à terre comme un colis avant de le lier au poteau.
L'écho répercute dans les fossés le bruit des marteaux qui clouaient le cercueil de bois. On ne livre jamais le cadavre à ses proches pour qu'ils puissent le veiller et l'accompagner au cimetière. Un petit fourgon aux initiales de l'I.N.R.A. (Instituto nacional de reforma agraria) et où se trouvent déjà un membre de la Police politique et plusieurs soldats l'emporte jusqu'à l'une des fosses communes à l'intérieur d'une parcelle réservée à cet effet par le ministre de l'Intérieur dans le cimetière de Colon. Pas un indice, pas une pancarte, rien n'identifie le mort. Les membres de sa famille n'ont même pas le privilège de connaître l'endroit où l'on a enterré celui qu'ils chérissaient. »

La prison de la Cabana étant surchargée de prisonniers, Armando Valladares, avec des centaines d'autres prisonniers, fut transféré dans l'effroyable et gigantesque bagne de l'île des Pins (pages 53 et 57) :

« Nous avions tous entendu parler des horreurs du bagne qui était notre destination : travaux forcés dans les carrières, inspections dont le nom seul faisait frémir car chaque fois quelques prisonniers mouraient et des centaines d'autres en sortaient blessés à coups de baïonnette. Nous étions tous renseignés sur les quartiers spéciaux et les cellules où l'on enfermait quiconque osait protester contre les injustices et les abus de pouvoir dont il était victime, ou simplement parce qu'un geôlier prenait plaisir à voir un malheureux complètement nu, couché à même le sol dur et froid et à pouvoir refermer sur lui une porte que l'on soudait pour n'avoir plus à l'ouvrir. Ces malheureux passaient là plusieurs mois de suite, et leurs gardiens avaient l'habitude de les arroser quotidiennement d'eau glacée et d'excréments. Celui qui parvenait à garder le contrôle de son esprit et qui ne sortait pas de là diminué mentalement n'en était pas moins atteint à mort de tuberculose, les poumons détruits... 

(') A coups de baïonnette dans les fesses, les gardiens les obligeaient à augmenter sans cesse l'allure. Nous les avons vu s'éloigner. Déjà, le sang ruisselait le long de leurs cuisses, teignait de sombre leur pantalon. L'un d'eux trébucha, tomba. Les gardiens le piétinèrent de leurs lourdes bottes jusqu'à ce qu'il perdît connaissance dans une mare de sang. Ils l'enlevèrent de là en le traînant par les bras. Nous devions apprendre par la suite que c'était là une des distractions favorites de nos matons. Pour nous, sur le moment, ce spectacle avait quelque chose de dantesque. Nous n'imaginions pas encore que nous assisterions fréquemment, depuis nos cellules, à cette manière d'accueillir ceux qui débarquaient dans l'île. »

Régulièrement, des exécutions publiques étaient organisées en pleine ville (pages 83 et 84) :

« Si les condamnés à mort étaient fusillés dans des forteresses, des casernes ou d'autres lieux qui convenaient mieux à des exécutions capitales, seul un petit nombre de personnes était alors au courant ; les familles elles-mêmes, terrorisées, essayaient de dissimuler qu'on venait de fusiller l'un des leurs pour ne pas attirer sur elles encore plus de persécutions, de représailles et d'hostilités acharnées. L'objectif de la Police politique était de transformer chaque exécution en châtiment exemplaire. Il fallait donc que tous fussent au courant pour se convaincre qu'on fusillait tout opposant à la révolution. Ces exécutions publiques n'avaient qu'un objectif : répandre la terreur dans la population.
Dans le village choisi, on élevait dans le parc central [A Cuba, le parc central est la place principale, plantée d'arbres, de la localité. (N.d.T.)] un mur de sacs de sable et un poteau : on improvisait ainsi un paredon. On prévenait les organismes des masses. La Police politique, dont les membres étaient toujours en civil, se chargeait d'ameuter la foule. Ces hommes se répandaient par les rues, invitant tout le monde à assister à l'exécution publique d'un criminel : les comités de défense de la Révolution avaient pour mission d'amener sur place le plus grand nombre possible d'habitants, y compris les enfants. S'abstenir, c'était montrer qu'on était contre le gouvernement, et la police interprétait cette absence comme la preuve de la sympathie qu'on avait pour le condamné à mort. Ces foules s'assemblaient donc sur le lieu du supplice en criant : « Paredon ! Viva Fidel ! »
Beaucoup ne savaient même pas quel était le fusillé ni pourquoi il fallait le tuer. Ce fut le cas d'une femme du village de Santiago de las Vegas, proche de La Havane ; en arrivant au parc central, elle apprit avec horreur qu'elle réclamait la mort de son propre fils.
Le condamné était conduit au parc les mains attachées dans le dos. Un membre de la section régionale du parti prononçait un discours menaçant, dirigé contre tous. Il commençait par une apologie de la révolution et tonnait contre les ennemis du peuple, vendus à l'impérialisme yankee, en insistant sur le fait que la justice révolutionnaire serait implacable contre ceux qui trahiraient la classe ouvrière. Puis on procédait à l'exécution en présence de tous. »

Dans cette horrible prison de l'île des Pins, les conditions, d'un point de vue sanitaire, étaient innommables (pages 84 et 85) :

« Sans installation sanitaire dans les cellules et sans eau courante, nous devions utiliser nécessairement les services des étages ; les cuvettes des W.-C. s'y trouvaient encore, mais s'en servir était indescriptiblement répugnant. Les excréments en débordaient. Les portes ayant disparu elles aussi, rien ne les avait remplacées, aucun rideau n'isolait l'utilisateur ni ne le séparait, même partiellement, de la longue queue de ceux qui attendaient leur tour. Il fallait déféquer dans ces conditions, comme si l'on se trouvait en pleine rue, en plein midi. De plus, le fait de placer les pieds sur le rebord de la cuvette constituait à lui seul un grand danger pour l'intéressé : il lui arrivait sans cesse de glisser d'un pied et de se retrouver enfoncé jusqu'à mi-jambe dans un marécage d'excréments.
(') A chaque débordement d'excréments, il fallait intervenir avec des pelles et des seaux. Dans toute société ou dans tout groupe humains, il y a toujours des hommes qui acceptent les tâches les plus désagréables. Ceux d'entre nous qui se chargeaient d'évacuer les excréments méritaient une admiration et une reconnaissance sans bornes. Mais que pouvaient-ils faire, sinon les déverser de tous les étages dans la cour intérieure, pour les entasser en un monticule de quatre à cinq mètres de diamètre, sur lequel pullulaient des millions de mouches ? D'en haut, on aurait cru que cette montagne se mouvait, couverte qu'elle était constamment par une carapace d'insectes. Quand on s'approchait, cet essaim se soulevait comme une nuée noire. La puanteur était insupportable et empestait toute la circulaire. Pour nous déplacer, nous recherchions le côté d'où soufflait le vent et où il y avait un peu d'air pur et respirable. Le soir ou à l'heure des repas, si, au hasard d'une saute de vent, cette fétidité déferlait sur nous, il nous arrivait d'en vomir. 
(') Le risque de maladies et d'épidémies était grand, et nous prenions toutes les mesures possibles contre leur propagation, spécialement à l'égard de l'hépatite virale que nous transmettaient les mouches. Nous gardions nos assiettes et nos couverts dans des sacs de plastique et nous nous efforcions de ne laisser à leur portée aucun récipient, aucun aliment. Même avec ces précautions, il y avait des épidémies, des morts à la suite de typhoïdes. Les cas de diarrhées, de vomissements et d'infections intestinales étaient fréquents et se succédaient sans arrêt ».

Très intelligemment, Armando Valladares analyse les modes de fonctionnement des gardiens vis-à-vis des prisonniers. Ces bourreaux devaient être à la fois, extrêmement conditionnés, et, devaient déshumaniser les prisonniers pour pouvoir s'autoriser à agir de manières aussi ignobles avec eux (page 86) :

« Les gardiens criaient comme toujours ; c'était chez eux un mécanisme grâce auquel ils s'enhardissaient, s'excitaient. Il n'est probablement pas simple, même pour des êtres totalement inhumains, de frapper d'autres hommes sans raison valable, sans motif. Ces gardiens étaient mariés, ils avaient des enfants. Certains vivaient dans des petites maisons situées à la sortie du pénitencier. Ils arrivaient sur place, sortant de la chaleur du foyer, engourdis encore de sommeil, et on leur distribuait des baïonnettes, des chaînes et des bâtons pour qu'ils attaquent des hommes avec qui ils n'avaient échangé ni un cri, ni une injure. Que ressentaient-ils donc quand ils voyaient les premiers prisonniers apparaître à la grille, pleins d'effroi, et quand ils devaient lever leur baïonnette et l'abattre sur eux ? Je pense que pour accomplir un tel acte, un être humain doit justifier ce qu'il fait, s'inventer une motivation intérieure, et quand il ne la trouve pas normalement, la rechercher dans une soûlerie de cris et d'insultes. Certes, il existe des criminels-nés, des individus chez qui frapper n'importe qui suscite un plaisir sadique. Après avoir passé la grille, les prisonniers poursuivaient leur course entre deux files de gardiens qui assénaient leurs coups au hasard. »

C'est lors de la tentative ratée de débarquement de la baie des Cochons, le 17 avril 1961, par des exilés cubains anti-Castristes aidés par les Américains, que Fidel Castro tomba le masque en revendiquant ouvertement son adhésion au Communisme (pages 103 et 104) :

« Dès lors, Castro, qui avait proclamé tant de fois qu'il n'était pas communiste et que la révolution, loin d'être rouge, « était plus verte que les palmes », jeta définitivement le masque qui lui avait permis de tromper une majorité de Cubains : il reconnut ouvertement la vraie nature de sa révolution, celle qu'elle avait eue depuis toujours :
- Cette révolution est une révolution socialiste' et nous la défendrons avec nos fusils'
Et il termina son discours en utilisant une phraséologie communiste qui ne pouvait plus laisser aucun doute sur ses objectifs :
- Vive la classe ouvrière ! Vive la paysannerie ! Vive les indigents ! Vive la Révolution socialiste ! La patrie ou la mort ! Nous vaincrons !
Ces phrases démagogiques, nous les avions entendues et nous les entendons encore chez ceux qui sont les vrais tyrans des ouvriers et qui leur promettent la liberté pour mieux les enchaîner. »

Afin de tenter de circonscrire l'opposition dans l'île, durant l'épisode de la baie des Cochons, la répression s'intensifia encore davantage (pages 104 et 105) :

« Dans la cour de la Cabana, par exemple, les autorités entassèrent des centaines de personnes, y compris des femmes avec leurs enfants. Et comme cela ne suffisait pas, on fit descendre ces malheureux dans les fossés où ils demeurèrent dans une promiscuité effroyable, entourés de mitrailleuses braquées sur eux. Le seul fossé demeuré libre fut celui des exécutions, là ou se trouvait le Paredon, le Mur des fusillés.
(') Dans les fossés du Castillo del Morro, des milliers de Cubains anonymes demeurèrent, pendant ces deux jours de crise, sans manger ni boire. Finalement, les autorités, pour calmer la soif de ces malheureux, leur firent parvenir un peu d'eau au moyen d'un tuyau d'arrosage.
Des dizaines de personnes moururent ainsi entassées. Des femmes enceintes avortèrent et d'autres mirent leurs bébés au monde, assistées par les femmes les plus proches, au milieu d'une cohue indescriptible. Leur état n'empêchait pas les gardiens de les menacer, de leur dire qu'elles seraient fusillées comme les autres si l'invasion triomphait.
Le théâtre Blanquita, le plus grand de tout Cuba, devint ainsi un gigantesque pénitencier où se pressèrent plus de huit mille personnes. Leur détention arbitraire dans ces véritables camps de concentration dura cinq jours au cours desquels il n'y eut que quatre distributions de vivre.
On ne connaît pas le nombre des meurtres qui se commirent alors dans toute l'île, mais les pelotons d'exécution fonctionnèrent à Pinar del Rio, à la base de San Antonio de los Banos, à la Cabana, au Castillo de San Severino, à Matanzas, La Campana, Camagüey, et dans la province d'Oriente. Les bourreaux ne prirent même pas la peine de mettre les cadavres dans des cercueils, mais dans de simples sacs plastiques. »

Comme sous tous les régimes et systèmes Totalitaires, humiliations et tortures vont de pair : passages à tabac, projections d'urine et d'excréments sur les prisonniers, morsures de rats, invasions d'insectes tels que punaises, poux, cafards, etc. (pages 187, 188 et 189) :

« Nos gardiens continuaient à vider sur nous des tinettes d'urine et d'excréments. L'hiver était rude cette année-là, et ils choisissaient l'heure la plus froide, celle du lever du jour, pour nous arroser d'eau glacée. La sensation était désagréable, certes, mais cela nous permettait de débarrasser le sol de nos cellules des excréments qui s'y incrustaient.
Peu à peu, le trou qui servait à chacun de nous de latrines s'était rempli, bouché, faute d'eau. A la nuit tombante, les cafards commençaient à parcourir le sol et les murs, et leurs cavalcades sur mon corps me réveillaient en sursaut.
(') Ce fut ainsi qu'un jour, le rat a pu entrer dans ma cellule sans me réveiller. Comme dans toutes les prisons, les rats pullulaient, affamés. Ils parvenaient à s'introduire dans nos cachots jusque par les latrines dont la tuyauterie n'était pas bouchée.
L'immobilité de mon corps a dû le rassurer. Toutes les bêtes nuisibles ont un instinct qui les avertit qu'elle peuvent approcher sans danger d'un homme ou d'un animal qui dort. Je ne sais s'il a senti d'abord mes pieds qui étaient les plus proches de la porte, mais il s'est glissé de toute façon jusqu'à mes mains où il s'est mis à me ronger avidement un doigt. J'étais tellement épuisé que je ne me suis pas réveillé. Quelque chose l'a sans doute effrayé momentanément, un mouvement inconscient de ma part peut-être, car il s'est éloigné un instant, mais pour revenir aussitôt à l'attaque.
(') Il ne me restait qu'à utiliser le vieux remède des paysans : désinfecter ces blessures sous un jet d'urine. Quelques jours plus tard, une croûte épaisse d'où sortait un peu de pus les recouvrait déjà ».

Les conditions d'hygiènes étaient effroyables (pages 192 et 193) :

« Après plusieurs semaines sans pouvoir me laver, mon corps s'est couvert d'une couche de graisse noirâtre accompagnée de démangeaisons aux aisselles, aux organes sexuels et à la tête, où une éruption de petits boutons durs avait envahi tout le cuir chevelu.
La saleté est le terrain idéal pour les minuscules champignons qui commencèrent à proliférer, d'abord aux pieds, puis aux jambes, aux aines, et ensuite sur tout le corps. C'est aux testicules que les démangeaisons devinrent le plus insupportables.
Nos gardiens ne nous donnaient de l'eau dans une petite boîte de fer-blanc que deux fois par jour, aux heures du déjeuner et du dîner. Pour obtenir un supplément entre les repas ou à d'autres moments, il fallait les appeler et les rappeler, crier, déclencher un véritable scandale. Cela ne réussissait pas toujours, mais nous parvenions parfois à avoir le petit supplément désiré.
Mon grand souci était de ne pas attraper d'hépatite virale. Je connaissais les dangers que pouvaient entraîner le manque de toute hygiène, l'accumulation des matières fécales dans le coin où se trouvait la latrine bouchée et d'où des centaines de petits vers visqueux montaient à l'assaut des murs ou rampaient sur le sol du cachot.
(') Comme je ne voulais pas prendre les macaronis, le pain ou la farine avec des doigts souillés, pleins d'excréments, je soulevais mon assiette par le fond, prenais le bord entre mes lèvres et, par petites secousses, je parvenais à faire basculer son contenu dans ma bouche. Je mangeais donc comme un chien, en plongeant mon museau dans mon assiette. Matériellement, j'étais réduit à un état sous-humain. J'étais devenu plus animal qu'homme. Et seule, mon imagination me sauvait de cette bestialité : je m'inventais des mondes intérieurs que j'enrichissais par une série de procédés étranges : je fermais les yeux, et je voyais apparaître de la lumière, de l'air, j'imaginais des soleils inextinguibles, des horizons que ne pouvait limiter aucun barbelé, des ciels changeants, des étoiles, des fleurs et tous les bruits agréables que j'arrachais à l'oubli : le chant des oiseaux, le fracas des vagues contre les rochers, le bruissement des branches d'un arbre. Dans les ténèbres de ce recoin immonde, il me suffisait de fermer les yeux pour ressusciter le miracle biblique. Je n'avais même pas besoin de dire : « Que la lumière soit ! » Elle était. Elle était là, en moi. Et dans ce monde qui n'était qu'à moi, j'étais hors d'atteinte de mes geôliers, je me sentais libre, je pouvais marcher dans les prés, sur les rivages, j'habitais un univers secret où ma foi religieuse se conjuguait avec mon imagination et mes souvenirs ».

Jusqu'au jour où son état de délabrement physique était tel, que ses compagnons de cellule firent en sorte qu'il soit hospitalisé (page 199) :

« Les colonies de champignons continuaient à gagner du terrain sur l'ensemble de mon corps, et ma grande peur était qu'elles n'envahissent mes yeux. Pour me soulager, je disposais seulement des applications de pâte dentifrice dont j'ai déjà parlé.
C'est alors que j'ai contracté une infection intestinale accompagnée de fièvre et de diarrhées constantes qui me déshydrataient complètement. L'eau était toujours rationnée, et nous ne nous étions pas lavés depuis des mois. Une crasse noirâtre s'accumulait de plus en plus sur mon corps. J'avais à peine la force de parler, mais mes compagnons se mirent à exiger qu'on me soigne, et cela avec une telle insistance qu'on me transporta finalement à l'hôpital. »

Pendant ce temps, à la Cabana, le rythme des exécutions par fusillades, s'amplifiait toujours davantage... (pages 216 et 217) :

« 1962 fut pour Cuba une année importante, riche en événements. Tout le monde se souvient de la crise déclenchée par l'installation dans l'île des fusées soviétiques, ce qui provoqua presque une troisième guerre mondiale. De plus, la Police politique découvrit un complot militaire à l'échelle nationale, dont le but était de renverser le gouvernement.
Ce complot avait des ramifications dans l'armée de terre, la marine de guerre et aussi dans la police. La réaction du gouvernement fut de répondre à cette conspiration par un véritable bain de sang. Par dizaines, les militaires arrêtés et conduits dans les prisons de la Cabana et du Castillo del Morro furent fusillés sans jugement, uniquement sur ordre du haut commandement de la Police politique.
La Cabana connut alors ses nuits les plus horribles.
A la suite de cette conspiration connue dans les prisons cubaines par la date de sa découverte, le 30 août 1962, le gouvernement fit fusiller quatre cent soixante militaires dans toute l'île. »

Bien évidemment, à Cuba comme dans tout l'univers Totalitaire Communiste, la Novlangue Orwelienne est de mise (pages 219 et 220 ) :

« Les communistes sont d'un cynisme surprenant dans leurs manipulations du vocabulaire. C'est ainsi que l'un des camps de concentration où les prisonniers politiques sont maintenus au secret, battus et torturés quotidiennement, porte le nom d' « Amérique libre ». Un autre, réservé aux femmes et qui existe encore aujourd'hui, est pour ces prisonnières une nuit ténébreuse, éternelle, ce qui ne l'empêche pas d'avoir pour nom « Nouvelle Aurore ». Et dans la région de Santiago de las Vegas, il existe même un camp pour enfants, « L'Arc-en-Ciel » tout simplement ! »...

P.S. : Ce commentaire étant trop long pour figurer intégralement sur ce site, Vous pouvez le retrouver dans son intégralité sur ma Page Google + : Communisme et Totalitarisme.
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Journal (Nouvelle édition)
Journal (Nouvelle édition)
par Anne Frank
Edition : Poche
Prix : EUR 7,10

3 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Inoubliable Anne !!!, 27 août 2015
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Cet extraordinaire témoignage d'Anne Frank est excessivement fort et donc..., incontournable. En effet, la qualité de l'écriture est tout bonnement incroyable, surtout lorsque l'on pense que la jeune fille Juive avait seulement entre 13 et 15 ans, lors de la rédaction de son Journal.

Qui plus est, elle décrit avec une grande minutie son ressenti, ses sentiments ainsi que la menace Totalitaire Nazie qui pesait en permanence sur les huit membres, reclus dans leur petite cachette : l'Annexe.

Encore une fois, pour son très jeune âge, Anne possédait déjà une grande capacité d'analyse du contexte de la Seconde Guerre Mondiale qui se déroulait sous ses yeux, et cela, malgré le peu d'informations dont elle disposait alors.

Enfin, sa grande sensibilité rend son récit extrêmement puissant et poignant à la fois, d'autant plus qu'au terme de son Journal, elle nous fait parfaitement bien ressentir la menace mortelle qui se rapprochait d'eux, inexorablement...

Ses derniers écrits sont datés du mardi 1er août 1944 ; et elle meurt en mars 1945, dans le camp de concentration de Bergen-Belsen, deux mois seulement, avant la libération de la Hollande (son pays d'adoption) !
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Nov 13, 2015 8:45 PM CET


The unquiet sky
The unquiet sky
Prix : EUR 20,38

2 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Quel talent !!!, 30 mai 2015
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Ce commentaire fait référence à cette édition : The unquiet sky (CD)
Arena est, à mon sens, le groupe de Rock Progressif le plus constant dans la qualité et l’originalité de son œuvre musicale.

Cet album est tout bonnement prodigieux et envoûtant !

Merci à vous, messieurs, pour ce nouveau moment de pur bonheur !
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Jul 7, 2015 8:57 PM MEST


Un Autre Monde Est Possible
Un Autre Monde Est Possible
Prix : EUR 6,99

3 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Le meilleur groupe de reggæ Français !!!, 29 mars 2015
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Un Autre Monde Est Possible (CD)
Sinsémilia signe ici, encore une fois, un excellent album sur le plan de la musicalité, grâce à l’incroyable diversité de son instrumentation et à la parfaite maîtrise de tous ces instruments par les musiciens du groupe.
Quant à Riké, il possède toujours ce superbe timbre de voix incomparable et reconnaissable entre tous…
Les mélodies et les rythmiques sont donc extrêmement agréables, notamment en ce qui concerne les titres suivants :
- « Flash Back » ;
- « L’espoir » ;
- et « Respire ».

En revanche, je lui enlève simplement une étoile, car côté textes, comme d’habitude, les choses se gâtent réellement car le groupe possède toujours une très fâcheuse tendance à s’égarer dans les sphères affligeantes de la mièvrerie pour ne pas dire de la niaiserie, du misérabilisme et de la démagogie.
A mon sens, les membres du groupe n’ont toujours pas compris (peut-être par Idéologie ?) ce qu’est la Nature Humaine, ce que nous apprend l’Histoire, la manière complexe dont fonctionnent : les Peuples, les Sociétés Civiles, les différentes formes d'États, de Cultures, etc., et se fourvoient donc totalement vis-à-vis des problématiques et des enjeux de notre époque, en ce 21ème siècle !

Mais bon, pour moi et en tant que passionné de musique et comme batteur amateur, ce qui reste le plus important dans la musique c'est justement…, la musique. Alors, pour les paroles, chacun se fera son propre avis.


Le Suicide français
Le Suicide français
par Eric Zemmour
Edition : Broché
Prix : EUR 22,90

11 internautes sur 16 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un vaste et douloureux constat implacable concernant notre France, mis en forme de manière limpide !!!, 4 janvier 2015
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Suicide français (Broché)
Même si je ne suis pas en accord avec toutes les analyses d'Éric Zemmour (et qui peut prétendre adhérer à tous les arguments contenus dans un livre de plus de 500 pages ?) ; il n’en demeure pas moins que son constat global concernant notre Société Française se révèle évident, incontournable et pour tout dire..., implacable.

Grâce à sa culture générale et historique particulièrement étendue et à l’absence totale, dans ses propos et ses écrits, d'usage des pernicieux et trop répandus procédés de la langue de bois et du "politiquement correct", Éric Zemmour dresse, ici, un diagnostic détaillé, précis, mais inquiétant pour l’avenir de notre pays. En effet, il décortique la déchéance de notre Société dans toutes ses dimensions depuis 40 ans (Mai 68) et dans le cadre historique de notre Nation. Les responsables de cette déchéance organisée sont essentiellement, nos « élites » : politiques, économiques, médiatiques, intellectuelles, artistiques, etc..
Mais comme on le dit couramment : « nul n’est besoin de sortir de polytechnique », pour que le citoyen lambda en déduise ce même état de fait consternant, concernant la déconstruction méthodique des fondements de notre France : ses principes Républicains et Laïcs, ses valeurs, sa culture (déculturation), ses origines Chrétiennes et plus généralement, son Histoire.
En fait, il suffit au citoyen ordinaire né au XXème siècle : d'observer, d’écouter, de lire et de s’intéresser un tant soit peu au monde qui l’entoure, pour être capable de faire preuve de la même lucidité, de ce même constat objectif désespérant quant à l’état de déliquescence de la France d’aujourd’hui et donc, malheureusement, probablement aussi..., de celle de demain... !
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La Révolution trahie
La Révolution trahie
par Léon Trotsky
Edition : Broché
Prix : EUR 15,30

3 internautes sur 13 ont trouvé ce commentaire utile 
1.0 étoiles sur 5 En réalité, pas une Révolution mais un coup d'État militaire Bolchevique (Communiste) absolument pas "trahi", mais perpétué !!!, 26 octobre 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : La Révolution trahie (Broché)
Est-il encore nécessaire de présenter Léon Trotski ? Il a été le co-fondateur, avec Lénine et Staline, du premier régime, puis système Totalitaire du XXème siècle : le Communisme (Bolchevisme) !
Trotski a écrit ce livre en1936, juste avant les premiers faux "Procès de Moscou" Staliniens qui débouchèrent sur l'effroyable Crime de masse que fût la "Grande Terreur" de 1937-1938.

Comme les plus "grands" Criminels de l'Histoire, Trotski souffraient certainement de lourdes pathologies. La schizophrénie n'est peut-être pas la plus grave de ces pathologies, mais elle est aussi très répandue parmi les Dictateurs Totalitaires... En effet, comment Trotski pourrait-il évoquer sa responsabilité criminelle dans l'Histoire Russe, sans la modifier, l'atténuer, l'évincer, la transformer, la nier ; voire même la réviser totalement à sa propre convenance ? De même, comment assumer ou ne pas assumer, plus ou moins, des ordres, des décrets, des lois et des actes odieux que le Dictateur Trotski a commis ?
Bref, comme je ne suis pas psychologue et que Trotski est un grand écrivain, il faut connaître précisément cette période de l'Histoire Russe, afin de pouvoir lire entre les lignes. En effet, sa facilité à écrire et sa puissante capacité de manipulation, font que Trotski est capable de faire croire que l'Histoire est Son histoire, et non l'Histoire réelle...
D'ailleurs, depuis 1917, nombreux sont ceux qui se sont laissés prendre à son piège sournois.

Trotski commence donc son ouvrage en reconnaissant à demi-mot et en usant d'innombrables euphémismes, ainsi que le mépris, la condescendance et pour tout dire la Novlangue Trotskiste, que la mise en place du régime Totalitaire Bolchevique s'est réalisée : ni dans la douceur, encore moins dans un cadre Démocratique (c'est le moins que l'on puisse dire !), mais bel et bien, en réalité, par la Terreur de masse (page 11) :

"L'insignifiance de la bourgeoisie russe a fait que les objectifs démocratiques de la Russie retardataire, tels que la liquidation de la monarchie et d'une servitude des paysans ressortissant à demi au servage, n'ont pu être atteints que par la dictature du prolétariat. Mais ayant conquis le pouvoir à la tête des masses paysannes, le prolétariat ne put se borner à des réalisations démocratiques."

Trotski revient alors brièvement sur les débuts de la prise du Pouvoir par les Bolcheviques. S'étant menti à lui-même toute son existence et donc aux autres, par Idéologie et auto-conditionnement, il a toujours été tiraillé entre le fait d'assumer ou non, ses Crimes incommensurables. Un parfait exemple de cette spécificité de son déterminisme Idéologique et de cette stupéfiante capacité à inverser les rôles entre les victimes (le Peuple) et les bourreaux (le Parti Bolchevique), est exprimé page 22 :

"Les trois premières années après la révolution furent celles d'une guerre civile avouée et acharnée. La vie économique y fut entièrement subordonnée aux besoins des fronts. En présence d'une extrême modicité des ressources, la vie culturelle passait au second plan, caractérisée par l'audacieuse ampleur de la pensée créatrice, et en tout premier lieu de celle de Lénine. C'est ce qu'on appelle la période du "communisme de guerre" (1918-1922), parallèle héroïque du "socialisme de guerre" des pays capitalistes. Les objectifs économiques du pouvoir des soviets se réduisent principalement à soutenir les industries de guerre et à tirer parti des maigres réserves existantes pour combattre et sauver de la famine la population des villes. Le communisme de guerre était au fond une réglementation de la consommation dans une forteresse assiégée.
Il faut cependant reconnaître que ses intentions premières étaient plus larges. Le gouvernement des Soviets espéra et tenta de tirer des réglementations une économie dirigée dans le domaine de la consommation comme dans celui de la production. En d'autres termes, il pensa passer peu à peu, sans modification de système, du communisme de guerre au vrai communisme. Le programme du parti bolchevique adopté en 1919 disait : "Dans le domaine de la répartition, le pouvoir des soviets persévère inflexiblement dans la substitution au commerce d'une répartition des produits organisée à l'échelle nationale sur le plan d'ensemble".
Mais le conflit s'accusait de plus en plus entre la réalité et le programme du communisme de guerre : la production ne cessait de baisser, non seulement par suite des conséquences néfastes des hostilités, mais aussi parce que le stimulant de l'intérêt individuel faisait défaut aux producteurs. La ville demandait aux campagnes du blé et des matières premières, sans leur donner en échange plus que des vignettes colorées appelées argent à cause d'une vieille habitude. Le moujik enterrait ses réserves. Le gouvernement envoyait des détachements d'ouvriers armés saisir des grains. Le moujik semait moins. La production industrielle de 1921, l'année qui suivit la fin de la guerre civile, s'éleva, dans le meilleur des cas, au cinquième de celle d'avant-guerre. La production de l'acier tomba de 4 200 000 tonnes à 183 000 tonnes, soit vingt-trois fois moins. La récolte globale tomba de 801 millions de quintaux à 503 en 1922. Ce fut une effroyable famine. Le commerce extérieur dégringola de 2 900 millions de roubles à 30 millions. La ruine des forces productives dépassa tout ce que connaissait l'histoire. La pays, et avec lui le pouvoir, se trouvèrent tout au bord de l'abîme.
Les espérances utopiques du communisme de guerre ont été, par la suite, soumises à une critique extrêmement sévère et juste à bien des égards. L'erreur théorique commise par le parti gouvernant resterait pourtant tout à fait inexplicable si l'on perdait de vue que tous les calculs se fondaient à l'époque sur l'attente d'une victoire prochaine de la révolution en Occident."

La tentative de justification de Trotski est ici, encore une fois, extrêmement laborieuse et même tout à fait absurde. Car dans la réalité, il s'agit bien de cette politique intransigeante du Communisme de Guerre à caractère Terroriste, consistant essentiellement dans les réquisitions forcées et totales des récoltes agricoles chez les paysans, qui conduisit au déclenchement de la Guerre Civile en Russie entre 1918 et 1921, et à la gigantesque Famine de 1921-1922 faisant..., 5 000 000 de morts !

Cette dualité intérieure, chez Trotski, entre cette volonté d'assumer toute l'effroyable conséquence de l'application de son Idéologie Totalitaire, et dans le même temps, sachant pertinemment que c'est moralement, intellectuellement et surtout humainement impossible de l'assumer totalement, le pousse donc à mentir... Lorsqu'il essaye d'assumer, il ment en tentant de magnifier son récit, et lorsqu'il n'assume pas, il ment encore en tordant la réalité, en la niant ou en évitant d'évoquer certains faits trop compromettants et particulièrement difficiles à justifier.
Non seulement, la terrible politique du Communisme de Guerre n'a pas "régulé" la Famine, mais qui plus est, a condamné des millions de paysans à une mort certaine par la Famine de masse, puisqu'ils se sont retrouvés privés de moyens de subsistance immédiats, et très souvent, de la possibilité de pouvoir semer à nouveau en vue des prochaines récoltes !
Et les conséquences ont été dramatiques pour l'ensemble de l'économie du pays. Cette politique du Communisme de Guerre, reprise sous la forme de la Collectivisation et des plans quinquennaux par Staline, à partir du début des années 30, a continué d'avoir des répercussions dramatiques sur la production agricole de l'ensemble du territoire de la Russie (devenue l'U.R.S.S.), et pour de nombreuses années...

En 1921, le pays étant totalement à feu et à sang et économiquement exsangue, Lénine doit alors faire machine arrière avec cette quasi hilarante ironie de l'Histoire (si elle n'était pas aussi tragique !), de devoir avoir recours au..., Capitalisme, à travers sa fameuse N.E.P. (Nouvelle Politique Économique) en mars 1921, au moment même du massacre de Kronstadt perpétré par..., Trotski lui-même ! (Page 23) :

"Lénine motiva la nécessité de rétablir le marché par l'existence dans le pays de millions d'exploitations paysannes isolées accoutumées à définir par le commerce leurs rapports avec le monde environnant. La circulation des marchandises devait faire la "soudure" entre les paysans et l'industrie nationalisée. La formule théorique de la "soudure" est très simple : l'industrie doit fournir aux campagnes les marchandises nécessaires, à des prix tels que l'État puisse renoncer à la réquisition des produits de l'agriculture.
L'assainissement des relations économiques avec les campagnes constituait sans nul doute la tâche la plus urgente et la plus épineuse de la Nep. L'expérience montra vite que l'industrie elle-même, bien que socialisée, avait besoin des méthodes de calcul monétaire élaborées par le capitalisme. Le plan ne saurait reposer sur les seules données de l'intelligence. Le jeu de l'offre et de la demande reste pour lui, et pour longtemps encore, la base matérielle indispensable et le correctif sauveur.
Le marché légalisé commença son œuvre avec le concours d'un système monétaire remis en ordre. Dès 1923, grâce à la première impulsion venue des campagnes, l'industrie se ranima et ce fut pour faire preuve aussitôt d'une intense activité. Il suffit d'indiquer que la production double en 1922 et 1923 et atteint en 1926 son niveau d'avant-guerre, ce qui signifie qu'elle a quintuplé depuis 1921. Les récoltes augmentent parallèlement, mais beaucoup plus modestement."

Puis, Trotski nous décrit la politique exterminatrice de Staline, celle de "la liquidation des Koulaks en tant que classe" ; politique déjà initiée par Lénine dès 1918, en faisant des Koulaks l'une des catégories d'ennemis privilégiées du régime Totalitaire Bolchevique. Nous avons déjà vu plus haut que la politique Stalinienne de la Collectivisation totale est elle, également, une reprise voire une simple continuité de la politique du Communisme de Guerre, mise en place par Lénine (page 33) :

"Le gouvernement, surpris par l'ampleur de son virage, ne put pas et ne sut pas préparer si peu que ce fût, politiquement, sa nouvelle évolution. Comme les paysans, les autorités locales ne savaient pas ce qu'on exigeait d'elles. Les paysans étaient exaspérés par les rumeurs de "confiscation" du bétail. Ce n'était pas si loin de la vérité, on le vit bientôt. Le dessein prêté naguère à l'opposition, pour caricaturer ses vues, se réalisait : la bureaucratie "pillait les campagnes". La collectivisation fut tout d'abord pour le paysan une expropriation complète. On socialisait non seulement les chevaux, les vaches, les moutons, les porcs, mais jusqu'aux poussins. "On confisquait aux koulaks" - un témoin oculaire l'a écrit à l'étranger - "jusqu'aux bottes en feutre ôtées aux petits enfants." Le résultat de tout ceci fut que les paysans vendirent en masse leur bétail à bas prix ou l'abattirent pour en tirer de la viande et du cuir."

En fait, même si Trotski critique la politique de Staline la trouvant trop "bureaucratique", il la trouve toujours préférable au Capitalisme, car si il considère que le Communisme n'est pas parfaitement advenu sous Staline, le dogme intangible de la Dictature du Prolétariat reste de mise en U.R.S.S.. Et pour Trotski, idéologiquement, c'est bien cela l'essentiel ! on voit bien que Staline est le parfait continuateur de Lénine, d'ailleurs fort logiquement, puisqu'il fût son "élève" et humble serviteur durant deux décennies, depuis le début de 1900. Staline a donc bel et bien consolidé le Pouvoir Totalitaire Communiste inventé par Lénine et Trotski, depuis le coup d'État militaire d'Octobre 1917 !

Par ailleurs, Trotski fait encore preuve d'une mauvaise foi hallucinante lorsqu'il reproche à Staline sa théorie du "Socialisme (comprendre ici Communisme) dans un seul pays". En effet, après la mort de Lénine en janvier 1924, Staline a exporté le Totalitarisme Communiste aux quatre coins de la planète, tels que le souhaitaient Lénine et Trotski. Effectivement, on connaît le célèbre dogme de Trotski quant à sa Révolution Permanente Mondiale. Or, c'est exactement ce qu'a réalisé Staline dans le cadre de l'Internationale Communiste (appelée également : 3ème Internationale ou Komintern, puis Kominform) ; Internationale Communiste fondée en mars 1919 par la volonté de Lénine et dont le rédacteur du Manifeste n'est autre qu'un certain..., Trotski !

Finalement, Trotski se laisse aller à justifier cyniquement sa politique Totalitaire de Dictature du Prolétariat par la Terreur de masse, et tous les aspects liberticides qu'elle entraîne. En effet, pour lui, les notions de Démocratie et de Dictature se valent. Il suffit juste de les relativiser moralement en fonction de l'Idéologie (pages 74 et 75) :

"Nous ne songeons pas à opposer à l'abstraction dictature l'abstraction démocratie pour peser leurs qualités respectives sur les balances de la raison pure. Tout est relatif en ce monde où il n'est de permanent que le changement. La dictature du parti bolchevique fut dans l'histoire l'un des instruments les plus puissants du progrès. Mais ici, comme dit le poète, Vernunft wird Unsinn, Wohltat Plage (note n°1 : La raison devient folie, le bienfait tourment). L'interdiction des partis d'opposition entraîna l'interdiction des fractions ; l'interdiction des fractions aboutit à l'interdiction de penser autrement que le chef infaillible. Le monolithisme policier du parti eut pour conséquence l'impunité bureaucratique, qui devint à son tour la cause de toutes les variétés de démoralisation de la corruption."

Sa plus profonde référence Idéologique avant celle de Marx, est celle de la période Jacobine de notre Révolution Française. Période Jacobine durant laquelle, et malgré les faibles moyens technique d'extermination, le Comité de Salut Public sous la houlette de la Convention Nationale, a organisé entre autres : les premiers Tribunaux Révolutionnaires et les exterminations individuelles et de masse, allant jusqu'au au Génocide Vendéen en 1793-1794 !
Alors bien évidemment, Trotski ne peut s'empêcher de comparer le 9 Thermidor (le 27 juillet 1794) correspondant au renversement de Robespierre et des Jacobins, avec la mort de Lénine le 21 janvier 1924 et la reprise du Pouvoir par Staline. Sauf que dans le cas de la Révolution Française, même si les divers régimes qui se sont succédés ensuite ont été longtemps chaotiques, la situation de la France a progressivement évolué. En revanche, dramatiquement pour le Peuple Russe, la Russie, elle, s'est figée dans le Totalitarisme Communiste durant 74 interminables années, entre Octobre 1917 et la chute du Communisme sous Gorbatchev en 1991 !

Le comble est qu'après avoir fondé l'État-Parti-Unique Totalitaire Communiste avec Lénine, Staline, Dzerjinski (le chef de la Police Politique : la Tcheka), Zinoviev, Kamenev, Boukharine, etc., Trotski reproche à Staline d'avoir développé un État Soviétique "bureaucratique et totalitaire" (pages 76 et 77) :

"Prenons dans un numéro récent d'un journal de Moscou la caractéristique stéréotypée du régime soviétique actuel, l'une de ces caractéristiques que l'on répète chaque jour et que les écoliers apprennent par cœur. "Les classes parasites des capitalistes, des propriétaires fonciers et des paysans riches sont à jamais liquidés en U.R.S.S. où l'on a de la sorte mis fin pour toujours à l'exploitation de l'homme par l'homme. Toute l'économie nationale est devenus socialiste et le mouvement Stakhanov grandissant prépare les conditions du passage du socialisme au communisme." (Pravda, 4 avril 1936). La presse mondiale de l'Internationale communiste ne dit pas autre chose, comme de juste. Mais si l'on a mis fin "pour toujours" à l'exploitation, si le pays est réellement engagé dans la voie du communisme, c'est-à-dire dans la phase supérieure, il ne reste à la société qu'à jeter bas, enfin, la camisole de force de l'État. Au lieu de quoi - et c'est là un contraste à peine concevable ! - l'État soviétique prend un aspect bureaucratique et totalitaire.
On peut faire ressortir la même contradiction fatale en évoquant le sort du parti. La question se formule à peu près ainsi : Pourquoi pouvait-on en 1917-1921, quand les anciennes classes dominantes résistaient encore les armes à la main, quand les impérialistes du monde entier les soutenaient effectivement, quand les koulaks armés sabotaient la défense et le ravitaillement du pays, discuter librement, sans crainte, dans le parti, de toutes les questions les plus graves de la politique ? Pourquoi ne peut-on pas maintenant, après la fin de l'intervention, la défaite des classes d'exploiteurs, les succès incontestables de l'industrialisation, la collectivisation de la grande majorité des paysans, admettre la moindre critique à l'adresse de dirigeants inamovibles ? Pourquoi tout bolchevik qui s'aviserait, conformément aux statuts du parti, de réclamer la convocation d'un congrès serait-il aussitôt exclu ? Tout citoyen qui émettrait tout haut des doutes sur l'infaillibilité de Staline serait aussitôt traité à peu près comme un comploteur terroriste. D'où vient cette terrible, cette monstrueuse, cette intolérable puissance de la répression et de la l'appareil policier ?"

Ici, Trotski est tellement aveuglé par son auto-conditionnement, souffrant certainement d'amnésie, qu'il a déjà oublié que c'est lui avec ses comparses Terroristes, qui a jeté les principes et fondements de cet État Totalitaire Communiste. Mais on connaît bien la rhétorique de Trotski : "la fin justifiant les moyens", pour imposer le Communisme par la force, il était légitime de persécuter et d'exterminer des millions de Russes entre Octobre 1917 et 1923, en seulement cinq années !
Certainement que les victimes qui ont été massacrées durant cette tragique période, ont eu le grand tort de vivre dans le mauvais pays, à la mauvaise époque, écrasées qu'elles furent sous le rouleau compresseur Bolchevique !
En 1936, le Peuple Russe ne voulait pas plus de ce Communisme Collectiviste et Liberticide qu'en 1917 ; alors comment reprocher à Staline ce que Trotski avait fait lui-même, à savoir, d'imposer par la Terreur de masse le Communisme par tous les moyens coercitifs possibles, d'exploitation de l'Homme dans les camps de concentration du Goulag Soviétique et d'extermination des soi-disant : "ennemis du Peuple", "bourgeois", "contre-révolutionnaires", ouvriers grévistes, intellectuels, etc. ? !

Comme nous l'avons vu plus haut, Trotski émet donc bien quelques critiques concernant le Stalinisme, mais considère que son bilan reste, pour reprendre la célèbre formule de Georges Marchais : "globalement positif", en tout cas, nettement supérieur au système Capitaliste (page 99) :

"La répartition des biens de la terre est en U.R.S.S. beaucoup plus démocratique qu'elle ne l'était sous l'ancien régime russe et même qu'elle ne l'est dans les pays les plus démocratiques de l'Occident ; mais elle n'a encore presque rien de commun avec le socialisme."

Il s'agit bien-là d'une vision misanthropique poussée à l'extrême, considérant que les millions de familles persécutées et les millions de victimes Russes massacrées ne représentent que quantité négligeable, face à l'impérieuse nécessité d'imposer l'Idée Communiste !

En conclusion :

Non, monsieur Trotski, la Révolution Russe n'a pas eu lieu en Octobre 1917, mais bel et bien en février par le Peuple Russe. Et Vous et Lénine n'avez même pas participé à cette véritable Révolution Populaire, pour la simple et bonne raison que vous n'étiez ni l'un ni l'autre en Russie à ce moment-là. Ce que vous appelez faussement votre "révolution trahie" d'Octobre 1917 n'a été, purement et simplement, qu'un coup d'État militaire, suivi de la mise en place du premier État-Parti-Unique Totalitaire Communiste de l'Histoire, engendrant : la suppression des Partis politiques, les immondes politiques de Dictature du Prolétariat et du Communisme de Guerre, la création de la Police Politique (la Tcheka), la stigmatisation de la figure de l'"ennemi" notamment celle du "Koulak", la création de votre immense Armée Rouge, l'ouverture des premiers camps de concentration (futur Goulag) dès l'été 1918 sur votre demande express auprès de Lénine, les premiers Tribunaux Révolutionnaires arbitraires et expéditifs, les exécutions sommaires, la Terreur de masse, etc. !

Pourquoi diable faire des reproches à Staline, alors qu'il n'a fait que perpétuer le régime Totalitaire Communiste mis en place par Lénine, Trotski et..., Staline ? La réponse réside probablement dans la jalousie et la haine (réciproque d'ailleurs) que vouait Trotski pour Staline. On connaît bien la suprême insulte de Trotski envers Staline lorsqu'il le traite de : "plus éminente médiocrité de notre Parti".
Bref, Trotski ne digérera jamais de ne pas avoir réussi à prendre le Pouvoir après la mort de Lénine, à la place de Staline. Trop imbu de sa personne, Trotski était persuadé qu'il obtiendrait le place du Dictateur "légitimement" à la suite de Lénine. Mais c'était sans compter sur la roublardise et l'opportunisme de Staline, plus pragmatique et moins prétentieux..., que Trotski.

Confer également d'autres ouvrages concernant Trotski :

- Léon Trotski : Terrorisme et communisme (L'Anti-Kautsky): édition intégrale ;
- Nicolas Tandler : "Qui suis-je?" Trotski ;
- Robert Service : Trotski.
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