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Contenu rédigé par Tornado
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Tornado (Provence Côte d'Azur)

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Les Contrebandiers de Moonfleet
Les Contrebandiers de Moonfleet
DVD ~ Stewart Granger
Prix : EUR 6,38

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Je suis ton fils, 23 juillet 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les Contrebandiers de Moonfleet (DVD)
"Les Contrebandiers de Moonfleet" est un film d'aventures réalisé par Fritz Lang en 1955. Mâtiné de piraterie et de cape et d'épée, il s'agit à l'origine d'un "petit film" issu de l'industrie hollywoodienne (le premier film en cinémascope pour le metteur en scène allemand, aisni que son premier travail effectué pour une major company). Mais s'il connut lors de sa sortie un succès très modeste, il a fini avec le temps par s'imposer comme un chef d'œuvre, un film culte et l'une des œuvres phares du réalisateur de Metropolis.
Il s'agit en outre d'une adaptation très libre du roman éponyme de John Meade Falkner (XIX° siècle).

Attention : Plusieurs passages de mon commentaire dévoilent les éléments de l'intrigue.

Le pitch : Dans une région côtière de l'Angleterre au 18° siècle, le petit John Mohune vient de perdre sa mère, ce qui fait de lui un orphelin.
Avant de mourir, cette dernière a demandé à son fils de partir pour Moonfleet, le village de ses origines, et de contacter Jeremy Fox, l'un de ses plus chers amis. Celui-ci vit désormais au manoir des Mohune. Rapidement, l'on apprend que Fox a vécu une idylle avec la mère de John, peu avant sa naissance, idylle rendue impossible à cause de sa famille, alors toute puissante, bien qu'aujourd'hui anéantie.
D'abord réticent, Jeremy finit par se prendre d'affection pour le petit garçon, tout en demeurant très distant. Car l'enfant est un obstacle face aux véritables activités de cet homme ombrageux, qui est en réalité le chef des redoutables contrebandiers de Moonfleet, recherchés par les autorités du pays...

Si tout le début du film aligne les allusions au fait que Jeremy est probablement le père naturel du jeune garçon, avant que sa liaison d'avec sa mère ne fasse de lui un indésirable condamné au banditisme pour assurer sa survie (la mère de John ayant rapidement été mariée à un cousin choisi par la famille), la suite devient plus ambigüe, au point que le spectateur ne sache jamais vraiment si cette supposition est véritablement fondée.
Ce père probable se mue alors peu à peu en un "père idéalisé", dont l'ambigüité le rend plus fascinant encore et attise toujours davantage l'attachement du jeune garçon.
Ce postulat devient peu à peu l'essence du récit, quand les éléments de sa structure narrative (John Mohune recherche le trésor de Barberousse, son aïeul) passe au second plan. Et c'est bien l'attitude de Jeremy Fox (Stewart Granger, charismatique à l'extrême) qui tient alors le devant de la scène, le personnage se déchirant peu à peu entre son désir de mener à bien ses activités personnelles de bandit et son attachement croissant pour le petit garçon.

Lorsqu'à la fin, cette relation semblable à celle d'une famille recomposée coûte sa vie à Jeremy, le spectateur a le sentiment que le petit John a précipité la mort de son protecteur. Bien évidemment, cette toile de fond dissimule une relecture de l'Oedipe et, quelque part, le film est une véritable métaphore sur le passage entre l'enfance et l'âge adulte.
Toute la première partie du film insiste ainsi sur le monde de l'enfance : Le cadre gothique de cette région de l'Angleterre (avec son cimetière, ses scènes essentiellement nocturnes et cette impression de conte macabre, dans une esthétique proche de celle de la Hammer), les résonnances à L'Île au Trésor de Robert Louis Stevenson (dont "Les Contrebandiers de Moonfleet" pourrait constituer une "version terrestre", avec Jeremy Fox en lieu et place d'un Long John Silver), le parfum de l'aventure et de la piraterie ; tout concorde à faire du spectacle un conte effrayant, quelque part entre les frères Grimm et Lewis Carol (notamment lorsque le petit John tombe au fond de la crypte du cimetière). De plus, la caméra de Fritz Lang filme quasiment chaque plan en légère contre-plongée, un peu comme si l'on regardait chaque scène du point de vue d'un enfant...

Dans la seconde partie, le récit opère un changement de ton subtil et la mort devient réelle, stigmatisant peu à peu le passage de l'enfance vers la sombre réalité de l'existence. A l'arrivée, le jeune Mohune retrouve sa solitude, mais il est devenu plus fort de son expérience, prêt à affronter son destin en espérant le retour de ce père qui ne reviendra sans doute jamais...
A ce titre, il est important de noter que la dernière scène du film, où John est assuré du retour de Jeremy, a été ajoutée au montage par le producteur. Une fin reniée par Fritz Lang, qui atténue effectivement la force et le message de l'œuvre.
Bien des années plus tard, George Lucas se souviendra probablement du chef d'œuvre de Fritz Lang en écrivant le final de Star Wars - Episode VI : Le Retour du Jedi : A la fin du film, en effet, Luke Skywalker causera également (et tout aussi indirectement) la mort de son père, Dark Vador. Un acte œdipien transcendé par un amour filial rédempteur et absolu...

En définitive, derrière ses airs de "petit film de studio", "Les Contrebandiers de Moonfleet" s'impose comme une œuvre majeure dans le fond et dans la forme, dont chaque élément est essentiel.
Derrière cette toile de fond crépusculaire et œdipienne (au diapason de toute l'œuvre de Fritz Lang), la mise en scène, éblouissante, regorge de symboles et sa construction narrative est un modèle de trouvailles fédératrices : Surcadrages en forme d'œil ou de cercle (mêlant points de vue et métaphores sur le cercle de la famille et le regard de l'enfant), toile de fond aux multiples résonnances, voilà tout à fait le genre de film à même de réconcilier l'élite intellectuelle et les spectateurs candides (notamment les enfants), pour un idéal de cinéma populaire et artistique...

Les bonus de cette édition DVD proposent deux documentaires (respectivement 20 et 30 minutes) sur l'analyse du film, dont l'un exhume les documents de Fritz Lang (découpage technique, story-board), attestant du travail de titans effectué par le réalisateur dans son approche de la mise en scène.


THE AUTUMNLANDS Tome 1
THE AUTUMNLANDS Tome 1
par Benjamin Dewey
Edition : Album
Prix : EUR 17,50

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Animaux humanoïdes pour fable humaine, 22 juillet 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : THE AUTUMNLANDS Tome 1 (Album)
Ce premier tome de la collection éditée chez Urban Comics regroupe les six premiers épisodes de la série "The Autumnlands", réalisée par le scénariste Kurt Busiek et le dessinateur Benjamin Dewey, avec une mise en couleurs de Jordie Bellaire. A l'heure où j'écris ce commentaire, nous ne savons pas encore sur combien de tomes va s'étendre cette série. Ces épisodes ont été publiés initialement en 2014 et en 2015.

Le pitch : Dans un royaume d'heroic fantasy où tous les êtres vivants intelligents sont des humanoïdes à tête d'animal, les "nuageois", une caste de nantis qui vit dans des cités flottant dans le ciel, domine les "moindres", qui évoluent dans les plaines et les forêts en dessous. Les nuageois ont imposé leur domination aux moindres grâce au pouvoir de la magie. Mais la magie se meurt, sans que l'on ne puisse rien y faire...
La légende raconte que c'est la venue d'un "champion éternel" (un guerrier invincible) qui aurait éveillé la magie. C'est ainsi que dans la cité de "Keniel", un groupe de magiciens entreprend de faire revenir secrètement ce champion d'une autre dimension...

La première chose qui frappe le lecteur à la lecture de ces épisodes, c'est bien évidemment cette faune humanoïde qui peuple le monde d'Atumnland. Chiens, phacochères, bisons, renards et hiboux-Grand-duc côtoient cigognes, iguanes, girafes, ours bruns, flamands roses, blaireaux, serpents et crocodiles (et bien d'autres espèces encore). Le dessinateur Benjamin Dewey a su donner une apparence immédiatement humaine à tous ces êtres féériques, tout en respectant scrupuleusement leurs attributs purement animaux au niveau du visage et des expressions. Cette alchimie sonne incroyablement juste, et l'immersion du lecteur est ainsi totale, offrant à l'ensemble une merveilleuse portée universelle, d'une évidence sidérante.

L'autre force du récit se situe dans le sous-texte, dont l'épaisseur du domaine de la fable s'impose également avec une immédiateté étonnante. Cette course pour le pouvoir et la richesse aux dépends des peuples les plus modestes résonne ainsi de manière directe pour nous autres lecteurs, évoluant chaque jour davantage dans un monde ou l'individualisme et le libéralisme sauvage semblent sans cesse accentuer le clivage entre les diverses couches de la société et les différentes populations.
Que le fameux "champion éternel" de la légende de The Autumnlands soit le seul être humain du récit, et par extension le seul être capable de sauver ce monde tel qu'il est à ce moment là (les castes dominantes exploitant les peuplades d'en bas), enfonce encore le clou et nous oblige à nous interroger sur le bien fondé de nos civilisations : Est-il acceptable de voir certaines populations profiter du labeur et de la pauvreté des autres ? Devons-nous accepter encore et toujours qu'une poignée de personnes avides de pouvoir et d'argent mettent leur esprit dénué d'empathie au service de leur propre intérêt et aux dépends des autres ? Toutefois, la barbarie de certaines cultures à priori exploitées leur donne-t-elle le droit de prétendre à davantage de pouvoir et d'ascendance dans un monde civilisé ?
Autant de question complexes et passionnantes, qui résonnent de manière universelle.

La force du récit concocté par Kurt Busiek & Benjamin Dewey se joue ainsi dans cette rencontre entre un sujet au diapason d'une imagerie puissante et inspirée, chaque image imposant un univers de féérie unique en son genre (l'architecture, les vêtements et les accessoires se distinguent de notre monde par chaque détail), tout en évoquant les pires travers de notre espèce.
La construction du récit est conceptuelle, très soignée (le premier épisode est un épisode double), de même que les illustrations.
Comme à son habitude, Kurt Busiek donne beaucoup d'épaisseur à ses personnages, sans tomber dans le manichéisme primaire, tout en faisant avancer très lentement ses intrigues. Et par moment, on regrette peut-être un soupçon de mollesse dans l'évolution de l'histoire.

Pour ma part, le principal problème de ces épisodes concerne leur mise en couleur. Si Jordie Bellaire est une professionnelle dont la carrière est jusqu'ici tout à fait respectable, elle effectue pourtant un travail qui fonctionne au détriment de celui de Benjamin Dewey, et je m'étonne d'être apparemment le seul à le penser, quand bien même cette colorisation a été conçue en amont, avec la bénédiction du dessinateur. En effet, à bien y regarder, la mise en couleur de The Autumnlands vient systématiquement écraser et alourdir le trait racé et aéré de Benjamin Dewey. En ajoutant une tonne d'ombres et en essayant de donner du volume à outrance à chaque élément et à chaque personnage de la série, la coloriste finit par tout assombrir, annihilant au final la précision gracieuse du trait. Soit un mauvais mariage entre le graphisme et la couleur, la seconde fonctionnant au détriment du premier.

Ce premier tome de la série demeure néanmoins une excellente lecture, dont la richesse formelle, la force et l'évidence en imposent dans l'esprit du lecteur. J'ai regretté pour ma part un rythme parfois étiré et une mise en couleur complètement inopportune. Malgré tout, je vais poursuivre l'aventure et je me tiendrai au rendez-vous pour la sortie du tome 2...
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Jul 23, 2016 9:57 AM MEST


Il était une fois la révolution - Edition Collector 2 DVD [Édition Collector]
Il était une fois la révolution - Edition Collector 2 DVD [Édition Collector]
DVD ~ James Coburn
Prix : EUR 18,79

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Aux chiottes la bienpensance..., 19 juillet 2016
"Il Etait Une Fois la Révolution" est un film réalisé par Sergio Leone en 1971. Il possède une multitude de titres alternatifs, à commencer par son titre italien originel "Giu La Testa" ("Baisse la Tête"), sa version américaine "Duck You Sucker !" ("Baisse-toi imbécile !"). Et enfin le très consensuel "A Fistful of Dynamite" ("Pour une poignée de dynamite" en référence à la trilogie des films avec Clint Eastwood initiée avec A Fistful of Dollars ("Pour une Poignée de Dollars")).
Le titre de départ devait être "Il Etait Une Fois la Révolution" ("C'Era Una Volta la Rivoluzione", refusé par les producteurs). La traduction française lui a donc rendu justice…
L'expression "Giu la Testa" fait référence au personnage incarné par James Coburn, spécialiste en explosifs, qui répète à plusieurs reprises "Baisse la tête, couillon !" ("Planque-toi connard !" en VF...), afin de prévenir son entourage de l'explosion...

Le pitch : Au Mexique en 1913, en plein cœur de la Révolution conduite par Pancho Villa, Juan Miranda (Rod Steiger) est un bandit de grands chemins qui détrousse les diligences avec l'aide de ses six enfants.
Bientôt, il croise la route de John Mallory (James Coburn), un ancien révolutionnaire irlandais exilé sur le continent Américain. Miranda insiste afin que Mallory, dont les connaissances en explosifs sont des plus précieuses, fasse équipe avec lui et sa bande de voleurs. Peu à peu, après toute une série de péripéties, les deux hommes vont se retrouver mêlés à la Révolution, au point de participer directement à un conflit qu'ils cherchaient jusqu'ici à ignorer...

La première image du film est explicite : Un jet d'urine se répand sur un tronc d'arbre, avant d'inonder le sol aride de cette région du Mexique. Ce faisant, Sergio Leone nous présente le bandit Juan Miranda qui ne cherche qu'à fuir la Révolution afin de se consacrer à sa famille et à ses petites affaires. Mais surtout, on peut déjà y lire un message dans le sous-texte : Leone pisse sur la bienpensance et sur l'idée consacrée de la révolution au sens romantique du terme.
Le générique avait déjà annoncé la couleur avec une citation de Mao Tsé Toung, qui disait en substance que la Révolution n'était pas une épopée romanesque, héroïque et élégante, mais bel et bien quelque chose de monstrueux, violent, sanglant et tragique.

A maintes reprises, ce sous-texte politique ressurgit avec vigueur, notamment à travers les mots de Miranda, qui répond avec véhémence à Mallory en lui faisant remarquer que la Révolution, ce sont des riches qui encouragent des pauvres à se révolter. Puis qui prennent le pouvoir en laissant mourir les pauvres. Pour que finalement tout recommence comme avant...
Sergio Leone livre ainsi un regard désabusé sur la nature humaine, refusant de choisir une partie (ou un parti), et préférant montrer l'absurdité et la tragédie du conflit et de l'histoire en matière de Révolutions.
Ce sous-texte donne au film toute sa valeur de fond et en fait une œuvre primordiale sur le sujet, échappant du début à la fin à tout simplisme idéologique primaire, insistant sur toute la complexité de notre monde dans son entière réalité : Mourir pour la liberté est une très belle idée. Mais, sur le terrain, c'est nettement moins joli...

Pour le reste, "Il Etait Une Fois la Révolution" est également un grand film dans la forme. Quelle mise en scène ! Fidèle à lui-même, Léone a choisi un rythme hiératique mais, cependant, a ponctué son récit de morceaux de bravoure tout en opérant une montée en puissance sans faille, qui culmine dans une série de batailles que nos deux antihéros semblent traverser comme des fantômes, témoins particuliers de ce conflit sanglant.
Ayant subi les affres du montage (et du charcutage sur les écrans américains), le film souffre néanmoins de quelques ellipses embarrassantes, notamment lorsque Miranda retrouve Mallory après leur première rencontre. Ou lorsque ce même Miranda découvre le massacre de ses enfants dans la grotte qui servait de refuge aux civils liés à la Révolution. Mais cette légère épine ne suffit pas à porter ombrage à cette mise en scène lyrique et inventive, soutenue par l'une des plus belles compositions du grand Ennio Morricone. Le film dure au final 157 minutes, dans lesquelles la fresque historique côtoie la destinée de l'homme dans son versant intimiste.

Si l'ensemble n'est pas dénué d'humour et de bons mots, ce sont encore les passages les plus politisés qui marquent l'esprit du spectateur. La scène édifiante où l'on voit les militaires abattre des centaines de civils regroupés dans de gigantesques fosses ne peuvent ainsi nous empêcher de faire le parallèle avec les exécutions similaires des camps de la mort effectués par les soldats nazis durant la seconde guerre mondiale. De même que le massacre de la grotte renvoie à celui de Rome, commis par ces mêmes nazis en mars 1944. Voilà donc où nous mèneraient nos velléités révolutionnaires...
Comme à son habitude, Leone a ponctué son film de flashbacks, qui nous ramènent en Irlande lorsque Mallory faisait partie de l'Ira, et qui apportent peu à peu au personnage une profondeur sans pareille et un destin bouleversant. L'homme, incapable de renoncer à ses idéaux, étant sans cesse rattrapé par les démons de son passé.
Une histoire magnifique, douloureuse et évidente. L'histoire d'une amitié improbable sous le vernis de la fresque historique. De ces histoires qui font la tragédie humaine, au sens lyrique du terme.

Le constat est sans appel : Ce n'est pas l'aspiration à être libre qui est condamnable dans l'idée de la Révolution, bien évidemment. Mais plutôt la nature (et la folie) de l'homme qui consiste à commettre des actes de violence, dont les répercussions sont atroces, le sang des innocents étant fatalement versé à flots. Un constat implacable, qui résonne d'autant mieux en ces temps de terrorisme abominable.

Attention, étant donné que le film a été charcuté dans certains pays, il existe plusieurs montages, dont un ampute le film de près d'une demi-heure, enlevant la citation de Mao, tous les flashbacks en Irlande et privant, en définitive, le film de toute son âme... Mon commentaire fait référence à cette édition : Il était une fois la révolution - Edition Collector 2 DVD, qui propose le film dans sa version complète, avec une image impeccable et avec un certain nombre de bonus. Ce devrait être le cas de la version blu-ray, également.
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Jul 23, 2016 11:37 AM MEST


PLANETARY Tome 1
PLANETARY Tome 1
par Phil Jimenez
Edition : Album
Prix : EUR 28,00

5 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Atlas du geek cultivé, 18 juillet 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : PLANETARY Tome 1 (Album)
"Planetary" est une série initialement publiée entre 1998 et 2009. Il s'agit d'une création issue de l'univers Wildstorm. Ecrite par le scénariste Warren Ellis et dessinée par John Cassaday, elle se déroule dans le même univers et dans la même continuité que la série The Authority (une autre série phare écrite par Ellis) avec laquelle elle entretient quelques liens.
Urban Comics nous offre une intégrale en deux volumes dont celui-ci est le premier. Mon commentaire fait référence à la totalité de la série. Soit les 27 épisodes, ainsi que les trois one-shot crossovers d'une cinquantaine de pages chacun.
Il n'est pas nécessaire d'avoir lu "The Authority" pour apprécier Planetary, mais c'est recommandé si l'on veut en saisir toute la portée...

Dès le début de Planetary, le lecteur est invité à suivre le parcours d'un trio d'êtres aux pouvoirs étranges : Jakita Wagner, femme austère et indépendante, à la force et à la vitesse surhumaine ; Elijah Snow, personnage centenaire en partie amnésique, capable de manipuler la température ; et enfin le Batteur, sorte de geek qui tape tout le temps sur une batterie imaginaire. Ce dernier possède le pouvoir de communiquer avec les machines. Ensemble, ils forment l'équipe appelée Planetary, dont la mission consiste à répertorier tout ce qu'il y a d'étrange dans le monde.

En réalisant cette série, Warren Ellis nous offre un condensé mythologique à plusieurs niveaux de lectures : Il y a tout d'abord une exploration mythologique de l'univers partagé Wildstorm (l'éditeur de la série), puisque les découvertes de l'équipe font le lien, comme on l'a dit plus haut, avec The Authority. C'est déjà en soi une réussite puisque le scénariste donne de l'épaisseur à cet univers en lui apportant une véritable archéologie, un squelette, une histoire et une structure.
Il y a ensuite une rétrospective de tout ce qui a nourri l'imaginaire des amateurs d'univers fantastiques et science-fictionnels au cours du siècle dernier : les romans d'aventure, les pulps, les comics de super-héros, les films de monstres, les histoires de fantômes. Selon sa sensibilité et sa culture personnelle, le lecteur est ainsi invité à reconnaître un nombre incalculable de références.

Pour ma part, les monstres japonais du passage de "l'Île zéro" ne 'ont pas échappés et j'ai fait un sans faute ! Dans l'ordre : Mothra, Gidrah, Godzilla et Rodan !
Plus loin, ce sont cette fois les films d'anticipation des années 50 (en particulier Des Monstres Attaquent la Ville), les comics de l'âge d'or des super-héros (Superman, Green Lantern et Wonder Woman) et leurs successeurs modernes, naturalistes et désabusés (Hellblazer John Constantine ou encore... Transmetropolitan... soit une autre série en partie écrite par Warren Ellis, ainsi que l'une de ses plus célèbres créations !).
Plus loin encore, c'est au tour de Frankenstein, Sherlock Holmes, Dracula, Les Fantastic Four (ainsi qu'une allusion à Thor), les films d'arts martiaux chinois (plus exactement ceux du "Wuxiapian", avec un hommage appuyé au réalisateur Tsui Hark), Tarzan et Jules Verne...

Les récits fondateurs de la littérature d'évasion, de la science-fiction, des comics de super-héros et du cinéma fantastique continuent de défiler sous la forme d'avatars parfois identiques, parfois légèrement déguisés, constituant la mise en abîme narrative tissée par le scénariste. Lorsque la série entame sa conclusion, elle prend un chemin un peu différent, cessant d'entremêler divers épisodes distincts, pour se focaliser sur l'intrigue principale tout en se rapprochant de son dénouement.
La succession de références à l'histoire de la littérature d'évasion et de science-fiction s'efface alors pour laisser la place au vif du sujet (bien qu'il y ait tout de même le superbe hommage à "Galactus"). Il y a enfin une véritable autopsie du comicbook dans le comicbook, car dans la forme de son récit, Ellis fait écho à l'histoire des comics, en explore l'essence afin d'en exposer le florilège. L'âge d'or, l'âge d'argent, l'ère moderne, toutes les époques distinctes de l'histoire du médium se rejoignent pour se marier dans ce qu'il est coutume d'appeler aujourd'hui "l'acte postmoderne" (ou encore l'âge baroque des comics).

Les références relevées plus haut participent donc tout autant d'une déclaration d'amour à un genre littéraire (le fantastique et la science-fiction) que d'une mise en abîme du médium comicbook avec son Histoire et ses racines. Warren Ellis en profite d'ailleurs pour explorer tout un pan de l'Histoire réelle correspondante, notamment à travers la Guerre froide ou la création des premières fusées et des premières expériences spatiales de l'humanité.
Au fil de la lecture, les épisodes se révèlent de plus en plus denses et demandent une attention particulière afin d'y repérer toute la profondeur du méta-commentaire. Dans la dernière partie, notamment, Il est clair que nous ne sommes plus du tout dans une lecture purement divertissante. Nous voilà au contraire plongés dans une expérimentation séquentielle qui requiert un sérieux éveil des neurones. Je me suis malgré tout senti en phase avec cette expérience. L'épisode 21, dans lequel Elijah Snow réalise un trip hallucinatoire, m'a particulièrement envoûté.
Non pas par rapport au fait qu'Ellis utilise le thème des drogues, dimension qui ne m'intéresse absolument pas, mais parce que les méandres métaphysiques de la mort tels qu'ils sont évoqués correspondent tout particulièrement à ma propre vision de la chose, loin des habituelles propositions théologiques et monothéistes. Plus loin encore, le scénariste tente de donner de la substance scientifique au concept du "multivers". De la même façon, il nous emmène dans une trame scénaristique qui demande une solide attention intellectuelle, dans laquelle la science et l'imagination se mêlent d'une manière vertigineuse.

Il s'agit donc d'une œuvre qui exige un bel effort intellectuel de la part du lecteur. Mais la récompense tombe à un double niveau lorsque l'on ressort plus cultivé qu'on ne l'était avant sa lecture et que l'on constate à quel point le scénario est d'une virtuosité incroyable alors que toutes les pistes abordées retombent proprement sur leurs pieds. Car cette densité exceptionnelle s'accompagne également d'une réussite formelle à la hauteur de sa vertigineuse profondeur.
L'histoire que nous raconte Warren Ellis, au départ fragmentée sous la forme d'une succession d'épisodes distincts mais finissant par former un tout cohérent, profite de tout le talent narratif de notre scénariste, capable de donner vie à des personnages fascinants qui ne ressemblent à rien de connu ; d'aligner des pages de dialogues passionnants, d'imaginer des séquences science-fictionnelles inédites, et d'inverser la pression en détournant systématiquement ses icônes.

C'est-à-dire que son florilège mythologique n'est jamais réduit à de la simple récupération : La moindre icône est détournée. Le moindre cliché est inversé, transformé, enrichi. Deux bémols, cependant :
1) Il semble, à partir du dernier tiers, qu'Ellis n'avait pas tout prévu dès le départ et que le récit infléchisse vers une direction bien différente des débuts de la série, autant dans la forme que dans le fond. Je pense qu'arrivée à ce stade de la lecture, n'importe quelle personne s'amusant à relire les tout premiers épisodes se dirait que tout cela n'a vraiment plus rien à voir !
2) La série trouve une conclusion en dents de scie. Le moins que je puisse dire, c'est que j'ai été très déçu sur ce point là. Le climax est effectivement très convenu, manichéen et sans le moindre suspense. J'avais espéré un dénouement haletant, où j'aurais tremblé pour mes héros. Et puis non... Toute l'originalité formelle du début de la série, avec l'enchevêtrement d'épisodes distincts à la fois dans le temps et dans l'espace, a complètement disparu au détriment d'une banale linéarité, qui aboutit à une résolution totalement prévisible.
Par ailleurs, Warren Ellis s'enferme encore davantage dans ses errances et nous assomme de ses explications métaphysico-science-fictionnelles qui, si elles étaient souvent passionnantes dans les segments précédents, deviennent quasiment insupportables lorsqu'elles composent 90% de certains épisodes vers la fin. En réalité, ça me le fait toujours : Dès lors qu'une série est brillante, je m'attends à un final pharaonique. Partant de là, il est inévitable que la déception s'installe.

Toutefois, je ne peux pas dire que j'ai détesté la conclusion de Planetary. Premièrement, le scénario ne nous fait pas le coup de l'oubli et s'emploie à résoudre absolument toutes les questions restées en suspens dans les épisodes précédents. Mais surtout, le plaisir est arrivé là où je ne l'attendais pas forcément, car en lieu et place d'un climax à la hauteur de mes espérances, Ellis a soigné au maximum l'exposition de ses personnages, parvenant à faire passer toute une série d'émotions, en finesse. L'épisode épilogue a réussi à me procurer un déluge de frissons, sauvant complètement le naufrage d'une fin ratée... En définitive, alors que l'essentiel du dénouement était déjà passé, j'ai trouvé dans l'épilogue tout le suspense, l'émotion et la surprise que j'espérais.

Les dessins de John Cassaday sont excellents. L'élégance de son trait, éclatante sur les premiers épisodes, devient un peu plus quelconque dans le deuxième tiers, tandis qu'il montre des signes de fatigue sur la succession des plans et le détail des décors. Mais les dessins reprennent du poil de la bête et retrouvent toute leur superbe à partir du dernier tiers. Dans l'ensemble, le bonhomme réalise tout de même un superbe travail et surtout, il parvient à donner corps aux délires parfois abstraits de son scénariste avec une simplicité extrême. Et ça, ça n'a pas dû être facile !

Planetary, autopsie des récits d'évasion, est une odyssée qui, tout en déroulant sa propre trame, cherche perpétuellement son inspiration à travers ses racines. Une véritable idée de génie et un incroyable travail de titans, en somme.
La série se déroule en enchaînant les pièces du puzzle. Passé et présent, Histoire et fiction s'entremêlent dans un dispositif narratif incroyablement virtuose, qui apporte peu à peu au lecteur les pièces manquantes afin qu'il puisse embrasser la chronique conceptuelle que développe l'auteur. Et contrairement à ce que l'on pourrait penser face à une telle avalanche de références, Ellis délivre l'une des créations les plus originales et singulières de toute l'histoire des comics.

Ça vaut ce que ça vaut, mais de mon humble avis, et malgré les deux bémols exposés plus haut, Warren Ellis rivalise ici avec Alan Moore sur le terrain de ses meilleurs travaux. Soit l'une des plus brillantes séries qu'il m'ait été donné de lire, tous genres confondus.
Alors que je me dis que Planetary, dans sa qualité ultime et ses thèmes, est à ranger à côté des œuvres d'Alan Moore de la même époque (Tom Strong, TOP 10, La Ligue des Gentlemen Extraordinaires), je prends conscience qu'il fut là une époque d'exception pour les comics qui vivaient ce que l'on appelle aujourd'hui l'âge baroque (des comics qui parlent de comics !). Allez chercher, aujourd'hui, une telle originalité, une telle exigence scénaristique et une telle profondeur thématique : Il n'en existe plus ! Et c'est bien dommage...
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Jul 18, 2016 10:20 PM MEST


La Trilogie Marseillaise (Marius / Fanny / César)[Blu-ray]
La Trilogie Marseillaise (Marius / Fanny / César)[Blu-ray]
DVD ~ Raimu
Proposé par AS-Discount
Prix : EUR 65,94

7 internautes sur 7 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Eternel, 17 juillet 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : La Trilogie Marseillaise (Marius / Fanny / César)[Blu-ray] (Blu-ray)
Amazon ayant amalgamé les commentaires, je précise que celui-ci fait référence à l'édition blu-ray : La Trilogie Marseillaise (Marius / Fanny / César)[Blu-ray].
Ce coffret propose la trilogie Marseillaise de Marcel pagnol en Blu-ray. Il s'agit d'une très belle restauration en HD. L'image a été nettoyée on ne peut mieux, bien que le son demeure fluctuant (mais il est probablement impossible d'obtenir un meilleur résultat. Il s'agit des premiers films parlants de l'histoire du cinéma français !).
Les nombreux bonus de l'ancien coffret DVD (La Trilogie Marseillaise : Marius - Fanny - César) n'ont pas été reconduits, ce qui peut évidemment se révéler comme une véritable déception, surtout que le coffret en question est devenu un objet de collection introuvable (On y trouvait : L'enregistrement audio de Marcel Pagnol revenant sur la genèse théâtrale des films (60' pour "Marius", 18' pour "Fanny", 10' pour "César"), la bande-annonce d'époque des films, le documentaire : "Autour de la trilogie : série d'entretiens" (70'), ainsi qu'une galerie photos des 3 films et de leurs tournages, une galerie d'affiches et du matériel promotionnel d'époque, des critiques d'époque et un Lien Internet).
Les seuls bonus dignes de ce nom que l'on trouve ici sont quelques comparaisons entre la version nettoyée et l'ancienne version.

Trois films de légende : "Marius" est tourné en 1931, "Fanny" en 1932 et "César" en 1936. Les deux premiers films ne sont pas réalisés par Marcel Pagnol, mais respectivement par Alexander Korda (réalisateur anglais) et Marc Allégret. Néanmoins, pensés, écrits et dialogués par Pagnol, ils lui appartiennent corps et âme.
"Marius" est l'un des premiers films du cinéma parlant français, et par extension son premier grand (immense) succès.

Le matériel a incontestablement vieilli. Le son est, comme dit plus haut, plutôt mauvais et, même restaurés ici en HD, les films accusent une usure de taille. Mais cela fait aussi partie de leur charme. La "Trilogie Marseillaise" doit aujourd'hui se regarder et se savourer comme un parfait témoignage historique, à la fois cinématographique, géographique et sociologique. Le Marseille des années 30 est à des années lumières du Marseille actuel. Il est méconnaissable, antique, quasi-médiéval. Son cadre étriqué en 4/3 (pas la peine d'espérer voir de vastes vue de la cité phocéenne), la musique de Vincent Scotto, le son étouffé et parfois inaudible de certaines scènes, tout participe afin de faire corps avec l'aspect historique de l'ensemble.

On l'a dit et redit, mais tout le sel de cette trilogie se joue dans les dialogues et l'interprétation des acteurs. La mise en scène est basique et théâtrale (on n'est pas chez Orson Welles, qui admirait pourtant Pagnol et vénérait Raimu !). Normal, puisque les deux premiers films adaptent les pièces de théâtre de leur créateur, jouées par les mêmes acteurs.
Les scènes d'anthologie et les répliques cultes abondent. Impossible de s'en lasser. Seuls ceux qui n'ont jamais vu ces films s'amusent à les critiquer.
Tout n'est pas parfait, y compris dans l'interprétation. Certains acteurs sont ainsi écrasés par les têtes d'affiche et dissonent complètement : Raimu, Charpin et Alida Rouffe sont éblouissants. Ils ne jouent pas la comédie mais vivent leurs personnages, hauts en couleur et d'une mauvaise foi authentique ! Pierre Fresnay et Orane Demazis tirent leur épingle du jeu en parvenant à faire vieillir leur personnage au fil du récit. André Fouché, qui joue Césariot, est par contre assez terne, et Robert Vattier ("Mr Brun") surjoue à la folie... D'autres acteurs jouent un rôle différent selon le segment. Edouard Delmont est au départ le quartier-maître de la "Malaisie", le bateau qui embarque Marius, mais il devient docteur dans les films suivants... D'autres sont interchangeables : Paul Dullac (Escartefigue) est remplacé par Auguste Mouriès sur "Fanny", mais interprète de nouveau le personnage dans "César"... Les incohérences chronologiques abondent, ce qui se justifiait à l'époque par le fait que le troisième film sortait quatre ans après le second, et que le public ne se souvenait pas de certains détails (aucune possibilité de revoir les films entre temps, en ces temps reculés !). Ainsi, si dans le scénario 20 ans s'écoulent entre "Fanny" et "César", Marius, qui avait 23 ans au départ, n'en a pas encore 40 à la fin...
Néanmoins, malgré tout cela, malgré le temps et l'usure, malgré la fluctuance de l'interprétation et les incohérences du script, la magie opère inexorablement. Chaque été je regarde la trilogie. Et à chaque fois je ris et je pleure, et pas forcément sur les mêmes scènes. Chaque été je retrouve ces personnages, et je me dis qu'ils m'ont cruellement manqués. Chaque été je recommence cette histoire, et je reste époustouflé par l'interprétation des acteurs principaux, plus vrais que nature. Et puis, il y a la toile de fond. Pagnol creuse un sous-texte sociologique digne des grands écrivains, qui donne du corps et de la texture au récit, soulevant les pires travers de l'opinion publique, et qui achève d'élever notre "Trilogie Marseillaise" au rang de témoignage inestimable de son époque.

Alors, si le temps use ces trois films aussi sûrement que la mer sur les galets, attestant de la disparition de tout un univers régional, il n'a aucune emprise sur la puissance émotionnelle et la richesse de leur écriture. Tout comme les grands romans des siècles passés, leur force est éternelle...
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La cité des femmes [Blu-ray]
La cité des femmes [Blu-ray]
DVD ~ Marcello Mastroianni
Prix : EUR 19,71

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Fantasmes en boucle, 15 juillet 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : La cité des femmes [Blu-ray] (Blu-ray)
Federico Fellini réalise "La Cité des Femmes" en 1979, en mettant de nouveau en haut de l'affiche son acteur fétiche : Marcello Mastroianni.
Les critiques de l'époque ont été sévères avec le film, le 17° de son auteur, jugeant qu'il était en partie raté et vulgaire, recyclant tout un pan de l'œuvre du maestro. Ce n'est pas faux, mais comme l'ont dit certaines de ces critiques, une œuvre mineure de Fellini demeure envers et contre tout une œuvre majeure du 7° art...

Le pitch : Snàporaz est un homme marié mais frivole. Un "vieux" séducteur de 50 ans incapable de résister au sexe faible.
Lors d'un voyage en train, il drague une jeune femme aux mœurs légères et l'accompagne dans les toilettes. La dame l'éconduit néanmoins lors de l'arrêt temporaire du train, où elle doit descendre. Il décide quand même de la suivre en pleine campagne. Commence alors une épopée onirique dans un monde peuplé de femmes, où chaque situation semble mener le personnage un instant à ses fantasmes, avant de se transformer en cauchemar...

Sur bien des points, "La Cité des Femmes" est effectivement un peu vulgaire (l'homme étant présenté comme un obsédé sexuel décomplexé et graveleux, caricature de l'italien moyen), mais il s'agit surtout du film le plus psychédélique de la filmographie du maestro !
Divisé en trois tableaux principaux (chaque long métrage de Fellini reprenant cette formule de composition en plusieurs tableaux), le film nous emporte sans cesse davantage dans le surréalisme et dans une perte de repères extrême. La première vision en est ainsi rendue éprouvante, puisque par nature (ou par habitude, j'allais dire par formatage éducatif), l'on y cherche fatalement quelque repère narratif. L'impression ressentie est fluctuante, telle scène se révélant excitante, quand telle autre en est presque insupportable. Mais, encore une fois, tel est le cinéma de Fellini : Une œuvre impressionniste qui ne vient pas vers nous, mais qui exige au contraire que l'on fasse l'effort d'aller vers elle.

Tout le film est jalonné de séquences oniriques où une horde de femmes splendides vont et viennent comme dans un rêve. C'est le cœur du propos qui joue sans cesse sur la notion de fantasme. Mais il convient de mettre à l'honneur la présence divine de l'actrice Donatella Damiani (a-t-elle fait carrière dans le cinéma ? Je n'en ai aucune idée !), dont la beauté et les formes voluptueuses conviennent à la perfection à cette notion...

Une fois le film terminé (au bout de 139 minutes), on se sent un peu exclu de cette expérience étrange, en apparence déconstruite, n'apportant aucune réponse au mystère de l'émancipation de la femme face au machisme séculaire de l'homme avec un grand H. Le personnage de Snàporaz aura été secoué tel qu'il nous arrive de l'être dans nos rêves les plus étranges, où tout commence comme un délicieux fantasme, avant de virer au cauchemar, l'objet de nos désirs disparaissant au profit d'une invasion inopportune sous la forme d'une foule de personnes malvenues éloignant sans cesse la possibilité de côtoyer l'extase (que celui qui n'a jamais fait un tel rêve jette à Fellini sa première pierre !). Et nous restons sur le carreau avec lui...

Mais, pourtant, il se passe bel et bien quelque chose...
Une fois le film terminé, la frustration disparait et une sensation persistante commence à s'installer. De nombreuses images, une multitude de sons et d'impressions demeurent dans notre esprit. Et, peu à peu, le manque s'installe et l'on finit par ne ne souhaiter qu'une chose : Y retourner. Un peu comme lorsque l'on sort d'un rêve particulièrement envoûtant et que l'on y pense toute la journée, au point de n'avoir qu'un désir en fin de compte : Retrouver ce même rêve la nuit suivante !
Rien que pour cette dernière sensation, oh combien extraordinaire, il n'est pas question de renier l'un des films de Fellini les plus critiqués. N'est-ce pas ?

Comme tous les blu-ray dédiés à l'œuvre du maestro, celui-ci est un pur bonheur. L'image est d'une limpidité absolue et il n'est pas question une seconde d'espérer un meilleur résultat.


Men in Black - Trilogie [Blu-ray]
Men in Black - Trilogie [Blu-ray]
DVD ~ Tommy Lee Jones
Prix : EUR 9,99

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Nous sommes tous un peu des extratrerrestres..., 14 juillet 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Men in Black - Trilogie [Blu-ray] (Blu-ray)
Ce coffret regroupe les trois films de la trilogie "Men in Black", réalisés respectivement par Barry Sonnenfeld en 1997, en 2002 et en 2012.
Les "Men in Black" (communément nommés "MIB") forment une organisation gouvernementale secrète dont l'activité consiste à surveiller la présence des extraterrestres sur notre planète, qui vivent parmi nous sans que nous le sachions, principalement à Manhattan.
Les MIB parviennent à réguler cette présence alien grâce à une technologie sans limites et effacent régulièrement la mémoire des témoins oculaires grâce à un appareil nommé le Neurolaser (au flash immédiatement familier).
Les principaux agents du MIB sont "K" (Tommy-Lee Jones) et "J" (Will Smith), dont l'identité civile a été effacée des archives collectives. Leur activité principale consiste à sauver la planète lors des multiples tentatives d'évasion extraterrestres, invasions que le peuple terrien ignore bien évidemment...

Avant toute chose, précisons que cette série de films est l'adaptation d'un comic-book Marvel fort peu connu sous nos latitudes (il n'a jamais été publié en France), créé par le scénariste Lowell Cunningham en 1990 : The Men in Black. A noter que les premiers comics en question ont été publiés sous la bannière d'Aircel Comics, rachetée ensuite par Malibu Comics en 1994 et finalement rachetée par Marvel Comics, qui a poursuivi la publication de la série au moment de la sortie du premier film.

1) Men In Black 1 :
1997 est une année florissante pour les films de science-fiction dans leur facture la plus divertissante puisque l'on y trouve également Le Cinquième Elément de Luc Besson, Alien, la Résurrection de J.P. Jeunet, Starship Troopers de Paul Verhoven, Contact de Robert Zemeckis, et tout cela après une année 1996 déjà bien fournie qui nous avait notamment offert Independence Day et Mars Attacks! !
Forcément, au milieu de ce maelstrom de sorties synchrones, le film de Barry Sonnenfeld est demeuré un peu hors-champ pour une partie du public (malgré un très joli succès au box-office). N'empêche qu'au bout du compte, ce premier film de la série ne bénéficie pas de l'aura qu'il mérite et a fini, pour beaucoup, par sombrer dans la catégorie des blockbusters datés.

Cette piètre réputation est à la fois injuste et issue d'une certaine méconnaissance (ou d'un certain mépris) à l'égard d'un divertissement de haute volée, intelligent et racé, et même plein d'esprit. Car ce qui fait tout le sel de ce premier film, au-delà de son casting déchainé et de ses effets spéciaux (aujourd'hui un peu désuets, mais c'est normal), c'est surtout sa tonalité, avec un "esprit BD" prononcé et un sens du détail rare. Vous savez ? ce sens du détail qui donne à un film toute son identité, sa "voix propre", et au final sa place bien particulière dans le panthéon des films de genre ?
Ainsi, le film de Barry Sonnenfeld n'est jamais avare de bons mots et possède un humour savoureux et parfois surréaliste, bon enfant et délicieusement caustique. Par exemple, lorsque la soucoupe du grand méchant s'écrase dans le jardin d'un couple de rednecks et que le mari se fait assimiler par l'alien, sa femme lui demande ce qu'il s'est passé. L'extraterrestre, qui est en fait un cafard de l'espace affamé après son long voyage lui répond alors "sucre" car il est en manque de cette substance. Ce à quoi la dame lui répond : "Jamais vu du sucre faire ça..." !
Mais les meilleurs moments sont sans conteste ceux où l'on suit le duo de héros à travers la ville et où l'on s'aperçoit que certains être humains ont effectivement une allure si étonnante qu'ils sont peut-être bel et bien des aliens vivant parmi nous sans que nous le sachions ! Et la scène d'anthologie s'offre à nous lorsque nous pénétrons dans le grand QG du MIB. Là, un écran géant diffuse en boucle l'image des aliens les plus connus qui ont réussi à s'intégrer à notre société et l'on y reconnait entre autre George Lucas, Sylvester Stallone et Danny DeVito (il y aura Michael Jackson un peu plus tard), et l'agent "J" reconnait même l'étrange institutrice de son enfance, toujours en activité !
Enfin, mention spéciale pour l'histoire des tabloïds, ces magazines vendus dans les kiosques à journaux où l'on trouve les révélations les plus abracadabrantesques (du style "une femme pense que son mari est un extraterrestre"), et qui seraient en réalité le réceptacle de la réalité cachée de notre monde !

Ce sens du détail traverse tout le film et lui offre une patine pleine d'esprit (et d’humour), qui permet au spectateur de s'amuser sans avoir l'impression d'être pris pour un idiot, mais au contraire de participer directement à la structure du métrage en essayant de repérer tous les clins d’œil disséminés dans tous les recoins de l'image.
Il faut dire que le film n'a pas été réalisé par n'importe qui et Barry Sonnenfeld s'était déjà montré aussi caustique dans ses adaptations de La Famille Adams. On retrouve ainsi le volet de la satyre sociale et le militantisme rentre-dedans postulant au droit à la différence, ici évidement incarné par les aliens, mais pas seulement, puisque les être humains qui participent à l'aventure sont tous en quelque sorte des inadaptés sociaux, qui se sentent finalement plus à l'aise dans le réseau désindividualisé du MIB, ou en tout cas ailleurs dans le système ! C'est le cas de Laurel Weaver, responsable de la morgue de Manhattan (Linda Fiorentino, toujours aussi incendiaire), qui n'aspire qu'à rejoindre le MIB, malgré les effacements de mémoires répétitifs infligés par "K" !

Par ailleurs, le film cache ici et là quelques références science-fictionnelles aux œuvres du passé et s'offre même le luxe d'une poésie diffuse, notamment à travers la notion de "galaxie" dont la relativité redéfinit complètement la place de l'homme, quelque part dans l'univers certes, mais certainement pas en son centre...
A l'arrivée, ce premier film de la série s'impose comme un grand moment de divertissement, qui mérite franchement d'être réhabilité au panthéon du cinéma de science-fiction et de la planète geek. Si j'osais, eu-égard à son sous-texte où il est tout de même question d'égratigner l’American Way Of Life tout en étant pétris d’un amour inconditionnel pour l’Amérique, je dirais même que, toute proportion gardée, il pourrait éventuellement trouver quelques ponts avec la filmographie de Frank Capra...

2) Men in Black 2 :
Cinq ans après le premier film, c'est autour du second de faire son entrée. Cette époque marque le cinéma hollywoodien d'une maxime sensée affoler les potentiels spectateurs : Chaque suite doit être "bigger & louder", entendu que le spectacle doit être plus impressionnant encore.
Tous les fans le savent : Ce second opus est le moins bon de la saga. Barry Sonnenfeld semble avoir été bridé par les impératifs de la production et le résultat est souvent poussif, toute la finesse et l'acuité du film précédent s'étant évaporée au profit d'une avalanche de scènes Grand-Guignol où tout est systématiquement amplifié au point de devenir une caricature de tout ce qui faisait l'apanage du premier segment.
Ainsi, le sous-texte relevé plus haut s'est amenuisé pendant que l'humour s'est retrouvé poussé à ses extrémités, pour un résultat souvent embarrassant. L'intrigue n'est donc plus qu'un prétexte à une série de blagues qui fonctionnent en dent de scie, pour un produit final formaté manquant clairement de panache.
A l'arrivée, le scénario est franchement médiocre, et l'ensemble finit par ressembler davantage à une série B potache (malgré son aura de blockbuster), qu'à une suite digne de ce nom.

Pour autant, le film demeure avec le recul un divertissement sympathique, en grande partie grâce à ses nombreuses références au cinéma science-fictionnel des années 50 et ses clins d'œil aux films d'Ed Wood, notamment le temps d'un cours métrage (présenté par Peter Graves en personne !) revisitant l'histoire des MIB de la manière la plus kitsch ! Soit un spectacle bon enfant teinté de références, mais très en dessous des promesses du film précédent...
Au rayon des anecdotes, deux éléments semblent rétrospectivement dignes d'êtres relevés : Le final devait se dérouler au sommet du World Trade Center mais l'idée fut en toute logique annulée au lendemain du 11 Septembre. Enfin, l'agent "M", un potentiel agent du MIB probablement extraterrestre est interprété par... Mickael Jackson lui-même !!!

3) Men in Black 3 :
Dix ans. C'est ce qu'il aura fallu attendre pour découvrir enfin ce troisième opus inattendu, dans la mesure où l'échec artistique du film précédent laissait penser que la franchise était bel et bien enterrée.
Et, alors que tout le monde attendait une catastrophe, voilà que Barry Sonnenfeld allait nous livrer, contre toute attente, le meilleur segment de la trilogie ! Car ce "Men in Black 3", quasiment ignoré par la critique lors de sa sortie, et un petit bijou de cinéma SF !
Oubliez les réminiscences de la trilogie Retour Vers le Futur (puisque l'agent "J" doit remonter le temps afin d'empêcher un alien l'ayant précédé de changer le cours de l'histoire et d'assassiner l'agent "K"), que le film semble sans cesse pomper sur le volet des paradoxes temporels. Car au delà de ce postulat, le scénario est vraiment bien troussé. Et Barry Sonnenfeld réussit à boucler la boucle avec un panache miraculeusement ressuscité, précisément grâce à la qualité du script.
C'est d'ailleurs le moment de relever un élément important quant aux fondements de la trilogie : Chaque film a été écrit par un scénariste différent. Le premier a été rédigé par Ed Solomon, le second par Robert Gordon et le troisième par Ethan Cohen (qui n'a au passage rien à voir avec les frères Cohen...) et David Koepp. On peut donc remarquer la fluctuance de la saga selon la qualité du scénario.

"Men in Black 3" fait ainsi du bien dans la mesure où il s'agit avant tout d'une excellente histoire de science-fiction, bien écrite, qui ne sacrifie pas aux impératifs de la production (évidemment, tout est relatif et il y a quand même des reliquats de blockbusters), tout en revenant aux fondamentaux du premier segment, en ramenant sur le devant de la scène, de manière diffuse, l'humour incongru (propre à la franchise) et les références culturelles. Et, une nouvelle fois, le spectateur ne se sent pas pris pour un idiot lors de la séquence introduisant Andy Warhol qui, contre toute attente, n'est pas un extraterrestre mais bel et bien un membre du MIB infiltré ! La scène est hilarante (au beau milieu d'un défilé de mode mondain où l'on apprend que, dans ce genre de manifestation, il n'y a que des aliens !), le personnage priant ses supérieurs de le faire mourir virtuellement tant il n'en peut plus de jouer l'ambigüité sexuelle et de ne plus trouver d'inspiration artistique, "condamné à peindre des boites de soupe et à filmer durant des heures un homme entrain de manger un hamburger" ! L'acteur choisi pour l'occasion (Bill Hader, aka l'agent "W" !) est d'ailleurs bluffant, changeant sa manière de parler selon la situation (passant du gros rustre à l'artiste délicat) !

Pour terminer, ce troisième opus offre un ciment quasiment mythologique à la saga puisqu'il y est question de lier les débuts de l'exploration spatiale humaine (le premier vol lunaire de Cap Canaveral) à l'histoire des MIB, le tout mis en parallèle avec la relation entre les agents "K" et "J", qui trouve ici une origine rétro-continue propre à reconsidérer complètement cette dernière avec une émotion accrue, délicatement bouleversante.
Soit un superbe final, dans lequel l'acteur Josh Brolin parvient à incarner une version de l'agent "K" rajeunie mais oh combien crédible, ce qui n'était pas gagné tant Tommy-Lee Jones avait jusqu'ici tout emporté sur son passage sur le terrain du charisme, offrant au cinéma de science-fiction l'un de ses meilleurs personnages, tour à tour truculent et taciturne !
A l'arrivée, voici une bien belle incarnation de la science-fiction divertissante au sens noble du terme, intelligente, sensible et culturelle. Et il va falloir vous y faire, car votre serviteur en est suffisamment convaincu pour ne pas lâcher l'affaire...
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (3) | Permalien | Remarque la plus récente : Jul 18, 2016 9:03 AM MEST


Fight Club [Édition Collector]
Fight Club [Édition Collector]
DVD ~ Edward Norton
Proposé par patnadpn
Prix : EUR 6,98

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Il est interdit de parler du Fight Club..., 14 juillet 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Fight Club [Édition Collector] (DVD)
"Fight Club" est un thriller américain réalisé en 1999 par David Fincher.
C'est l'adaptation du roman éponyme de Chuck Palahniuk, publié initialement en 1996.
Mon commentaire traitera uniquement du film et non des bonus DVD ou de la qualité de l'image, à propos desquels vous trouverez probablement des renseignements postés par d'autres commentateurs.

Le pitch (ne pas lire le troisième paragraphe sous peine de spoiler) : Un jeune expert en assurances automobiles (interprété par Edward Norton, et dont nous ne connaitrons jamais le nom) souffre d'insomnie et surtout d'une grave dépression. Il fait la connaissance de Tyler Durden (Brad Pitt), jeune homme charismatique et frondeur avec qui il sympathise immédiatement. Une série d'événements conduisent notre personnage à emménager chez Tyler, qui lui demande de se battre avec lui. Prenant plaisir à se mettre des coups, les deux hommes fondent bientôt le "Fight Club", qui devient un véritable groupuscule clandestin attirant de plus en plus de personnes.
Pendant un temps, la cohabitation des deux hommes galvanise le personnage (dont la voix-off retranscrit les impressions). Mais deux choses vont bientôt venir ternir le tableau : Tout d'abord la présence de Marla, une jeune femme morbide rencontrée lors de thérapies de groupe qui devient la maitresse de Tyler. Et l'évolution du "Fight Club" en "Projet Chaos", une véritable entreprise terroriste visant les sociétés financières du pays, à travers laquelle il se sent exclu.
De plus en plus dépassé par le Projet Chaos, notre narrateur cherche peu à peu à limiter les dégâts. Il va alors s'apercevoir qu'il a lui même créé toute cette réalité depuis le début, et que Tyler Durden n'existe que dans son esprit ! Il souffre donc d'un dédoublement de la personnalité. Mais sa "partie Tyler Durden" n'a pas l'intention de renoncer à son projet terroriste et ainsi, les deux esprits vont devoir s'affronter...

"Fight Club" fait partie de cette mode des "films à twist", retournements de situation que n'avaient pas vu venir les spectateurs, et qui redéfinissent au dernier moment toute la compréhension du récit. En règle générale, cette formule nécessite une mise en scène extrêmement astucieuse et, pour l'occasion, la virtuosité de David Fincher (qui nous avait déjà fait le coup avec The Game) était idéale afin que cette réussite soit complète.
Ce parti-pris est évidemment à double tranchant, puisque le film, dans l'absolu, est destiné à n'être vu qu'une seule fois, le spectateur n'ayant aucun intérêt à revoir un film dont la surprise principale est éventée. C'était le cas de "The Game", dont le twist constituait réellement le volet spectaculaire et divertissant du récit. Mais il en va tout autrement de "Fight Club", tant sa toile de fond supporte une infinité de visionnages au delà de la construction de l’histoire.

"Fight Club" fait partie de ces films possédant plusieurs niveaux de lecture qui lui permettent effectivement de résister au temps et aux analyses. Sa vision d'une génération en lutte contre l'aliénation de son système social est extrêmement puissante et le message traverse le film comme un uppercut virtuel à destination du public. C'est une des raisons qui ont fait que le film a énormément divisé la critique à sa sortie, avant de devenir rétrospectivement un film culte.
Le narrateur de l’histoire, désespéré à l’idée de demeurer éternellement aussi médiocre dans une société qui le maintient dans cet état va alors utiliser sa schizophrénie afin de se créer un double parfait : Celui qu’il aurait voulu être, sans aucun compromis. Or, cette soudaine liberté va hélas le mener à la catastrophe puisque, sans garde-fou, les limites de la liberté disparaissent au détriment de l’équilibre social… Et l’on retrouve bien ici les obsessions récurrentes du réalisateur de Seven.

Parallèlement à cette première couche de critique sociale, "Fight Club" va également ajouter une dimension politique à travers le thème du terrorisme. De ce point de vue, Fincher refuse de tomber dans la bienpensance et dresse un portrait extrêmement contestable de cette notion, quand bien même elle serait destinée à "faire le bien" (puisque le "Projet Chaos" est censé ne commettre aucune victime). Le dédoublement de personnalité du personnage principal est ainsi une manière astucieuse d'éclairer la chose à travers deux points de vue opposés, laissant le spectateur se faire sa propre opinion sur le sujet, tout en montrant bien les limites d'une telle entreprise. On est bien loin du simplisme manichéen et bienpensant de l'adaptation cinématographique] du comic-book V pour Vendetta, qui simplifiait à outrance le propos d'Alan Moore & David Lloyd afin de créer une véritable et bien maladroite apologie du terrorisme.
A propos de cette notion, il est édifiant de revoir "Fight Club" aujourd'hui en sachant qu'il a été réalisé deux ans avant le 11 Septembre 2001 puisque, à la toute fin, après que le personnage de Tyler Durden ait précisé qu'ils se trouvaient sur le "Ground Zéro", on voit le couple final se tenir la main face à deux tours jumelles s'écroulant sous l'explosion des terroristes !

"Fight Club", c'est enfin un vrai plaisir de cinéphile si tant-est que l'on demeure sensible à la mise en forme de la réalisation. En grand orfèvre du septième art, David Fincher a su profiter de sa totale liberté afin de nous offrir le spectacle qu'il désirait. Et il ne s'est rien refusé, le résultat bénéficiant d'une série d'images incroyables, où toutes les techniques cinématographiques (montage, effets spéciaux, filtres colorés, mise en abîme, effet subliminal, etc.) sont bonnes lorsqu'il s'agit de donner du sens à la mise en scène.
Fincher livre ainsi un véritable festival de trouvailles cinégéniques participant à l'aura de culte de son film dont il parsème chaque séquence de morceaux d'anthologie purement formels, avec un sens de la narration doté d'une énergie dévastatrice. Un film stylisé à l’extrême, à l’opposé d’un naturalisme intello, ce qui lui a bien évidemment valu quelques critiques méprisantes de la part de l’intelligencia.
C’est cette réalisation extrêmement créative et pleine de sens qui destine finalement le mieux le film à supporter plusieurs visions, le spectateur ne se lassant pas d’admirer cette virtuosité filmique, ces trouvailles géniales et cet humour corrosif qui a tellement déplu à certains, accusant le film de nihilisme fasciste !

Du côté de l’interprétation, nous sommes dans le haut de gamme et Brad Pitt trouve ici le rôle de sa carrière. Relativement sous-doué pour interpréter des personnages nuancés, il se révèle extrêmement à l’aise dans ce type de rôle extraverti et inonde le film d’un charisme rare.

L’écrivain Chuck Palahniuk adouba au final cette adaptation en la trouvant encore plus efficace que son propre livre (malgré un certain nombre des différences de script). Une suite lui fut alors réclamée et, contre toute attente, Palahniuk finit par l’écrire en 2015 sous la forme d’un comic book : Fight Club 2.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Jul 14, 2016 4:43 PM MEST


Spider-man. les incontournables n°7 Face-À-Face Avec Le Clone
Spider-man. les incontournables n°7 Face-À-Face Avec Le Clone
par Ross Andru / Gil Kane
Edition : Cartonné

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Clone in the 70's !, 12 juillet 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Spider-man. les incontournables n°7 Face-À-Face Avec Le Clone (Cartonné)
Ce recueil de la collection "Spider-man les incontournables" regroupe quelques épisodes dédiés, comme la plupart des autres tomes (huit numéros au total), à l'un des pires ennemis de "l'Homme-araignée". Il s'agit ici du "Chacal", un vilain qui va marquer d'une pierre blanche la destinée du "Tisseur" puisqu'il est à l'origine de ce que l'on nommera, près de vingt ans plus tard, La Saga du Clone.

Ce septième tome regroupe les épisodes Amazing Spider-man #144 à 151, publiés initialement en 1975 et réalisés par le scénariste Gerry Conway et le dessinateur Ross Andru (#144 à 149), par Archie Goodwin et Gil Kane (#150), et enfin par Len Wein, Ross Andru & John Romita Sr (#151).
Ils marquèrent durablement l'imaginaire des jeunes lecteurs et, en France, on put découvrir la saga en 1979 dans les pages de Strange (N° 114 à 118).

Comme dit plus haut, ce sont ces épisodes historiques qui posent les bases de la future "Saga du Clone" de 1993/1995. Effectivement, c'est ici que le Chacal va créer un clone de Spiderman, qui reviendra d'entre les morts (même si en réalité c'est bien plus compliqué que cela...) bien des années après, bouleversant l'existence de Peter Parker et de son entourage...
Pour toutes ces raisons, cet arc narratif est estampillé "important pour la continuité" et sera nommé rétrospectivement la "Première Saga du Clone".

La décennie 70's est loin de mériter les honneurs en termes de qualité scénaristique du côté de la série Amazing Spider-man. Stan Lee abandonne sa création au milieu de l'année 1972 et Gerry Conway passe le relais à Len Wein en 1975, qui laisse lui-même la place à Marv Wolfman en 1978. Gerry Conway va marquer la série de deux sagas incontournables, à commencer par "La Mort de Gwen Stacy" (1973 : Spider-man : Les incontournables N°6 - Le Retour du Bouffon Vert) et cette "Première Saga du Clone" trois ans plus tard.
Len Wein ne fera pas grand chose et il faudra attendre l'arrivée de Marv Wolfman pour avoir encore quelques histoires marquantes.
Cette décennie recèle donc une poignée de sagas incontournables, noyées dans un brouhaha d'aventures complètement insipides, quand elles ne sont pas tout simplement grotesques (passons sous silence les épisodes de la "Spider-mobile"...).

Ainsi, cette "Première Saga du Clone" est-elle à mettre dans le haut du panier. Bien évidemment, l'ensemble à un peu mal vieilli et souffre de toutes ces naïvetés infantiles propres aux comics de super-héros old-school et de cette écriture assez balourde, pleine de bulles de pensées et de dialogues ampoulés. Il s'agit donc de s'armer de son âme d'enfant afin de supporter ces scènes de combat poussives contre "le Scorpion", contre "la Tarentule" (une sorte de méchant Captain America mexicain avec une araignée sur le torse et des chaussures équipées de dards !), où ces autres passages avec un Chacal volant (!) grâce à un mécanisme ridicule et, bien évidemment cette histoire de clones (en fait il y en a plusieurs...) un peu (beaucoup) traitée à l'arrache...

Toutefois, il se dégage de l'ensemble un très agréable parfum de comics vintage et d'inspiration réelle, chaque page tournée donnant bel et bien la sensation de lire un moment fort de la série, et ce au delà de son aura "important pour la continuité". Le sens du suspense et du cliffhanger est carrément bien géré, la dramaturgie est intense (il s'agit d'un véritable traumatisme pour le héros et d'une descente aux enfers de la folie pour le vilain) et les illustrations pleine-page de Ross Andru sont aussi marquantes que celles de "La Mort de Gwen Stacy" réalisées par Gil Kane trois ans plus tôt.
En conclusion, voilà une saga chaudement recommandée aux lecteurs désireux de ne lire qu'une sélection des meilleurs épisodes de la série, sans viser l'exhaustivité souvent pénible des intégrales.
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Qu'ils y restent
Qu'ils y restent
par Régis Lejonc
Edition : Album
Prix : EUR 16,00

6 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile 
2.0 étoiles sur 5 Idée pour timbre-poste, 6 juillet 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Qu'ils y restent (Album)
"Qu'ils y Restent" est un Album de bande-dessinée réalisé en 2016 par les scénaristes Régis Lejonc, Pascal Mériaux et le dessinateur Riff Reb's.
Il s'agit d'une relecture de certains contes pour enfants avec un focus réalisé sur certaines figures de "méchants" célèbres.

Le Grand-méchant loup. L'Ogre amérindien. Le Vampire des Carpates. Le Sorcier africain : Quatre méchants issus des contes de notre enfance.
Quatre histoires courtes, chacune mettant au centre du récit l'un de ces méchants. Puis une cinquième histoire, dans laquelle les quatre méchants se retrouvent réunis.
Chacune des quatre histoires est construite sur le même schéma : Le méchant se réveille, entreprend de dévorer un ou plusieurs habitants de sa région, constate qu'il n'y a plus personne car il a dévoré toute la population, et se retrouve dans l'obligation de partir pour d'autres contrées.
Enfin, chaque planche est découpée de la même manière, avec un cadrage façon enluminure, quatre vignettes symétriques et un seul encart de texte, très court, inscrit en vers au milieu de la page (il n'y a ni phylactère ni texte supplémentaire et aucun dialogue).

S'il ne fallait noter que le magnifique dessin de Riff Reb's, artiste étonnant à qui l'on doit une superbe trilogie de la mer (Trilogie maritime - coffret (À bord de l'Étoile Matutine, Le Loup des Mers, Hommes à la Mer)), ce serait assurément un ☆☆☆☆☆. Mais puisqu'il s'agit de noter avant tout une histoire, difficile d'aller plus loin que ☆☆...
Lire quatre fois la même histoire anémique, construite de la même manière ; refermer ensuite le livre sur une conclusion aussi vite lue qu'oubliée, c'est un peu fort de café pour une bande-dessinée écrite à quatre mains et vendue à 16 euros !
L'exercice de style est poussif. La morale est faible. Et le tout ne se justifie au final que par les superbes planches réalisées par Riff Reb's.

"Qu'ils y Restent" est donc un bel objet au contenu particulièrement stérile, sans aucune plus-value de relecture (vous n'y trouverez rien de plus en y revenant plus tard). Tout au plus un livre d'images pour les petits, histoire de les faire gentiment trembler devant ces figures intemporelles de méchants issus de l'imagination collective. Un bel écrin, brodé autour d'un peu de vide...

Les deux scénaristes profitent ainsi du talent de Riff Reb's, qui emballe une série de planches ciselées de main de maitre. Cadrages, encrage, mise en couleur, tout est vraiment magnifique, réalisé dans un style "ligne claire" qui flirte avec les clairs-obscurs pour une atmosphère de contes et de fables dans la grande tradition de l'illustration.
Et c'est fort dommage que les auteurs ne se soient pas davantage démenés afin d'apporter un peu de consistance à un si bel ouvrage, au lieu de livrer une création conceptuelle tellement rachitique que le script pourrait allègrement tenir sur le dos d'un timbre poste...
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