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Tornado (Provence Côte d'Azur)

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Tales from the Darkside
Tales from the Darkside
par Joe Hill
Edition : Album
Prix : EUR 19,90

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Lot de Consolation, 15 juillet 2017
Ce commentaire fait référence à cette édition : Tales from the Darkside (Album)
"Tales From the Darkside" est une mini-anthologie de trois épisodes réalisés en 2016 par le scénariste Joe Hill et le dessinateur Gabriel Rodriguez (en réalité la même équipe créative que sur la série Locke & Key).
Il s'agit au départ d'un projet télévisuel dont le but était de produire le reboot de la série télévisée éponyme diffusée dans les années 80, et traduite chez nous sous le titre "Histoires de l'Autre Monde" (à l'époque, plusieurs épisodes furent même édités en VHS sous le titre "Contes des Ténèbres", mais la série demeure inédite en DVD VF). Ce projet étant tombé à l'eau, Joe Hill, qui devait en écrire le scénario, recycla ainsi ses idées pour une adaptation sous forme de comic-book...

Dans la postface du présent recueil, Joe Hill, entant que fils de Stephen King, évoque avec une certaine insistance ses regrets quant au fait que le projet de série TV n'ait pas abouti. Etant donné que son père avait écrit le script de certains des plus fameux épisodes de la série originelle, le créateur de "Locke & Key" avoue qu'il voyait là l’occasion de développer son intérêt pour la notion d'Héritage, source d’inspiration quotidienne et privilégiée pour son propre travail d’auteur.
Il termine néanmoins son discours en étant très fier d'annoncer, qu'en contrepartie, la chaine CBS a donné le feu vert pour une adaptation TV de "Locke & Key", lui laissant le soin d'en écrire le pilote. Mais non sans une pointe d'amertume à destination de ce "Tales From the Darkside", à la trajectoire un peu sinueuse…

Ce petit tour d'horizon nous aide un peu à saisir en quoi "Tales From the Darkside" le comic-book n'est pas un chef d'œuvre du niveau de "Locke & Key", ni même de Sans issue, Bienvenue à Christmasland.
Soyons clair : Joe Hill est sans doute l'un des auteurs de comics (et je ne parle pas ici de sa carrière de romancier) les plus doués de sa génération. Un concepteur brillant, qui a parfaitement saisi les spécificités du medium de la bande-dessinée et dont l'inventivité, l'imagination novatrice et la qualité d'écriture surpassent de très loin l'essentiel de la concurrence.
Les trois épisodes de "Tales From the Darkside" ne déméritent pas dans la forme : Tout y est excellent, que ce soit dans l'originalité des histoires, dans l'étrangeté de l'atmosphère horrifique, dans le rythme et le découpage séquentiel, ou encore dans les dialogues percutants et les personnages bien campés. Mais l'ensemble n'est malheureusement pas abouti.

Hormis le premier épisode, il n'y a pas de fin, et le lecteur referme le livre en se demandant pourquoi les histoires se sont soudain arrêtées en plein milieu ! Le leitmotiv du "Darkside" est employé de manière poussive et les interventions du personnage central, qui fait le lien entre les trois histoires, ne débouchent sur rien.
Si l'on se contente d'une lecture superficielle on peut pourtant se régaler : Le dessin de Gabriel Rodriguez est impeccable, l'ambiance est inquiétante à souhait, le rythme des histoires est échevelé, et l'ensemble respire l'hommage en retrouvant parfaitement l'esprit des anthologies télévisuelles qui nous avaient émerveillés dans les années 80, des Amazing Stories aux Contes de la Crypte, avec ce petit quelque chose en plus de Joe Hill qui lui confère un supplément d'âme. Hélas, le mot "FIN" nous laisse sur la curieuse impression de n’avoir lu que le début de l’histoire…

"Tales From the Darkside" constitue une étrange publication, qui tient plus de l'ébauche que du projet final. Un livre qui se lit très vite et que l'on trouve très bon, mais d'un niveau de frustration très élevé dans la mesure où il n'y a pas de fin, et où l'on sent bien, après lecture de la postface, que Joe Hill ne nous livre ici qu'un lot de consolation au regard de quelque chose qui aurait pu être...
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Jul 17, 2017 9:56 AM MEST


Providence T03
Providence T03
par Alan Moore
Edition : Album
Prix : EUR 18,00

5 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Aux frontières du réel, 12 juillet 2017
Ce commentaire fait référence à cette édition : Providence T03 (Album)
Ce troisième et dernier tome de la série "Providence", écrite par Alan Moore et dessinée par Jacen Burrows, regroupe les épisodes #9 à 12, publiés initialement en 2016.
Ayant posté de très longs commentaires détaillés à propos des deux tomes précédents, je ne reviendrais pas ici sur ce qui a déjà été développé.

On s'en doutait un peu : Plus l'enquête du journaliste "Robert Black" avance, et plus le piège se referme sur le pauvre homme.
A force d'accentuer ses recherches sur les origines de cette secte occulte dénommée la "Stella Sapiente", dont les préceptes semblent fondés sur le livre mystérieux (et manifestement dangereux) de "Hali" ; à force de s'enfoncer dans les mystères de la Nouvelle Angleterre et de ses villes déformées par quelque présence délétère ; à force de se rapprocher de Providence, la ville de l'écrivain Howard Phillips Lovecraft, Black est descendu trop loin dans le côté obscur de l'Amérique de ce début du XX° siècle pour pouvoir en ressortir indemne.

1919. Tel est le contexte historique dans lequel Alan Moore a placé son récit. C’est l’époque où H.P. Lovecraft entame le versant de son œuvre dédiée à l’horreur cosmique. Un ensemble vertigineux de nouvelles qui vont marquer le XX° siècle tout entier et parfois même influer sur la vie et les mœurs de tout un tas de gens, qui auront fantasmé sur le "Necronomicon", spéculant sur l’hypothèse proprement édifiante que l’écrivain n’ait rien inventé, mais qu’il ait au contraire masqué un livre bel et bien réel ainsi que toute une mythologie cachée (et toute aussi réelle) sous d’apparentes œuvres de fiction...

S’il y a bien un thème qui passionne Alan Moore, et qu’il a déjà allègrement exploré et développé à travers la série Promethea, c’est celui qui consiste à lier la réalité et la fiction. Forcément, sur le principe, l'œuvre d'H.P. Lovecraft s'y prête à merveille si l'on prend comme postulat le fait que son "Necronomicon" a dépassé le stade de simple création fictionnelle pour devenir un objet de culte et de fascination chez une infinité d'admirateurs, qui auront conjecturé la possibilité que le livre ne soit pas du domaine de l’imaginaire (au point que certains s'en soient inspiré afin de mettre en scène des cérémonies malsaines et de commettre des meurtres atroces), et que l'écrivain ait pu être une sorte d'élu ou de "canal spirituel", dont l'apparente créativité aurait servi à divulguer les secrets ancestraux de tout un monde et de tout un ensemble de divinités terribles, cachés sous le vernis du mystère et de l'occulte, qui auraient attendu quelques millénaires pour surgir dans notre réalité contemporaine.

Les douze chapitres de la série "Providence" opèrent ainsi une lente et inexorable montée vers une issue où la réalité et la fiction se rejoignent, et où Robert Black (un personnage fictif) et Howard Phillips Lovecraft (un personnage réel) finissent par former les deux facettes d’une mythologie unique.
Le concept à lui seul est passionnant et le lecteur savoure à l’avance le dévoilement des arcanes qui auront permis à l’auteur de Watchmen de mener son entreprise à cet aboutissement virtuose (relié au tout dernier moment à The Courtyard et Neonomicon, ses autres créations sur le sujet, afin de former un tout à présent parfaitement achevé).
On savait Alan Moore adepte de la magie (un art qu'il exerce à ses moments perdus), et le voilà qui manipule cette dernière notion dans l'idée, précisément, de justifier la possibilité de lier la fiction et le réel. Partant du principe que tout acte de magie s'appuie sur des sorts, des incantations, des formules ou des textes secrets, le scénariste expose la thèse que "l'écriture", qu'elle soit banale ou sophistiquée, est un acte de magie pure.

Afin d'élaborer cette hypothèse, Alan Moore effectue une brillante démonstration du pouvoir de la lettre, dont la portée la rend effectivement capable d'influencer le comportement des hommes, et donc de modifier la réalité, tel un pur acte de magie.
Partant des slogans publicitaires affichés sur les murs (soit une manière simple et primaire d'influencer nos actes en nous poussant subtilement à trouver un produit plus attirant qu'un autre), le scénariste étant sa démonstration aux textes les plus péremptoires de la création humaine, à savoir les textes religieux (ceux-là même qui exposent le pouvoir du "verbe"), dont le contenu s'est révélé prompt à modifier la manière de penser et de concevoir le monde et l'univers de populations entières.
Pour peu que l'on soit athée ou, à tout le moins, que l'on ne partage pas la croyance en telle ou telle religion, on peut effectivement partir du principe que ce sont des fictions qui ont considérablement modifié la réalité, avec, en corolaire, l'idée que les deux champs aient fini par se rejoindre...
Une théorie qui s'accommode ainsi parfaitement de celle qui, par extension, voudrait que la mythologie développée en sous-texte par Lovecraft aurait pu influencer considérablement la vision du monde et de l'univers de certains lecteurs, au point de s'étendre de par le monde et de s'imprimer, dans l'esprit de beaucoup de gens, comme une nouvelle réalité...

A ce titre, un extrait du journal intime de Robert Black est plutôt éloquent : "Randall, par exemple, a dit penser que les origines de la prétendue "magie" pourraient reposer dans l’avènement du langage et de l’écriture. Il a expliqué que l’aptitude à enregistrer de observations et transmettre des pensées à d’autres personnes, souvent par-delà de grandes distances ou périodes, paraitrait surnaturelle aux yeux de ceux encore étrangers au concept de la communication écrite. (…) Que ce soit en utilisant la magie ou d’autres moyens moins controversés, il semble que les mots et les livres puissent effectivement changer notre monde en modifiant la perception que nous en avons, et puissent le précipiter vers un tout autre état…"

Même si cette démonstration est d’ors et déjà fascinante et philosophiquement passionnante, ce serait mal connaitre Alan Moore que de penser qu’il puisse se contenter d’un tel postulat. Car en vérité, le scénariste va utiliser les possibilités intellectuelles que lui offre cette conception de l’écriture afin de dresser une toile de fond en forme de réquisitoire à l’encontre des méfaits de nos religions, qu’elles soient monothéistes ou de n’importe quelle autre confession.
A l’heure où nous nous apercevons que les guerres de religions reprennent de plus belle au cœur même de notre monde prétendument moderne et civilisé, Moore dresse un parallèle édifiant entre le récit gothique et crépusculaire de "Providence" et les grandes religions qui s’affrontent encore aujourd’hui, et qui s’appuient sur les textes soi-disant sacrés que sont la Thora, la Bible et le Coran. Le modèle fictif ayant inspiré Lovecraft (dans le récit fictif d’Alan Moore, il s’agit au contraire d’un modèle réel) dans la rédaction de son Necronomicon, que les personnages de "Providence" appellent parfois le "Livre de Hali", évoque ainsi le Coran de Mahomet. Mais la comparaison s’étend bien entendu à toutes les grandes religions ayant initié de grandes vagues de guerres et de persécutions à travers le monde, notamment lorsqu’elles sont récupérées par des manipulateurs fanatiques, avec le christianisme en tête de liste.
Par extension, le scénariste ne se prive d'ailleurs pas de dénoncer les répercutions sociétales qui en découlent, telles l'homophobie et le racisme, stigmatisées par Robert Black, le héros de la série...

La mythologie développée par Lovecraft et relayée pas ses admirateurs est ainsi élevée par Alan Moore au rang de religion potentielle, dans une version hypertrophiée de nos religions actuelles, avec une orientation plus radicale, plus agressive et infiniment plus destructrice.
Et le monde de la série "Providence" est ainsi voué aux pires tourments, comme pour nous rappeler, d’une manière allégorique, la force destructrice d’une possible fiction aux répercutions universelles…

Pour terminer, il faut encore relever la richesse de la toile de fond tissée par Alan Moore sur le concept des créations mythologiques, puisqu’il développe brillamment cette idée à travers sa série en effectuant une relecture de la mythologie lovecraftienne, d’une portée virtuelle assez impressionnante. A ce titre, un autre passage du journal intime de "Robert Black" illustre parfaitement cette idée en se focalisant sur l’Amérique colonisée entant que terre nouvelle, à même de créer sa propre mythologie, distincte des autres civilisations (et où Lovecraft serait l’équivalent d’un Homère des temps modernes) :
"Tous les pays et toutes les cultures, au cours des premiers siècles qui suivent leur apparition, semblent produire naturellement leur propre mythologie du surnaturel et leur réseau de croyances populaires. (…) L’Amérique a moins de deux cents ans d’histoire, et peut être observée alors qu’elle traverse encore sa première période formatrice, nous donnant une occasion unique de regarder ce processus à l’œuvre. (…) Mais quand la mythologie proprement américaine se développera, dans ces temps dominés par la raison et la science, à quoi ressemblera-t-elle ? Je peux à peine l’imaginer, mais elle devra comprendre des dieux et des diables aussi immenses que les tours de New York ; aussi monstrueusement complexes et âcres que les taudis de Brooklyn ; aussi anciens et dangereux que le vaste réseau de tunnels qui serpente sous Boston ; aussi modernes et surprenants que les idées d’Einstein, ou que le Nu Descendant un Escalier de Deschamps (1), ou que la rivière de lumière électrique de Broadway après le coucher de soleil. Je pourrais presque visualiser une chose avec autant d’yeux qu’il y a de fenêtres dans une ville et une âme aussi insondable que celles de ces immenses perspectives de béton"…
Et le lecteur de reconnaitre, entre les lignes de ce superbe passage, les créatures et autres divinités lovecraftiennes telles "Cthulhu" et "Yog-Sothoth", qui semblent soudain faire écho à cette Amérique dans toute sa démesure …

Telle est donc la richesse thématique et intrinsèque de cette dernière création du grand Alan Moore. Et pourtant, pourtant, je ne peux pas dire que mon plaisir de lecture ait été totalement accompli. Outre le fait que la narration soit toujours aussi statique (et presque exclusivement limitée à une série de dialogues entre les personnages) et qui plus-est alourdie par les nombreuses pages de texte en prose qui clôturent la plupart des épisodes ; outre que le dessin de Jacen Burrows soit également assez figé et austère (encore que le dessinateur se soit quand même bien démené afin de faire ressortir l’horreur visuelle des créatures lovecraftiennes, ce qui tient quand même de la gageure pure), la série se termine par un dernier épisode tellement baroque et abstrait qu’il en devient franchement indigeste.
C’est le paradoxe de cette série : Malgré une mise en forme d’une simplicité et d’un classicisme désarmant (la quasi-totalité des planches se découpent sous la forme linéaire de quatre vignettes superposée, de la longueur de la page), la narration est d’une complexité et d’un niveau de références sibyllines telles que la lecture en devient parfois opaque. Et il m’a d’ailleurs fallu lire l’avant-dernier chapitre trois fois d’affilée avant d’y comprendre goutte et d’en apprécier le complexe découpage spatio-temporel.

Au final, "Providence" est sans doute un chef d’œuvre dans son genre, une entreprise conceptuelle d’une ambition et d’une richesse à nulle autre pareille, et elle soutiendra, à n’en pas douter, un nombre quasi-infini de relectures. Et tout comme "Promethea", on peut sans conteste affirmer que ce n’est pas une lecture qui viendra vers vous, mais qui exigera au contraire que vous fassiez l’effort d’aller vers elle. C’est ce que l’on appelle, de nos jours, un acte de création pure…

(1) : Le "Nu Descendant Un Escalier" est une œuvre de Marcel Duchamp, et non de "Deschamps" tel qu’il est écrit dans le journal intime de Robert Black. Est-ce une faute d’Alan Moore lui-même, ou bien a-t-il voulu signifier par le détail que son personnage manquait parfois de culture ? Difficile à savoir…
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (3) | Permalien | Remarque la plus récente : Jul 16, 2017 9:12 AM MEST


THE AUTUMNLANDS Tome 2
THE AUTUMNLANDS Tome 2
par Benjamin Dewey
Edition : Album
Prix : EUR 17,50

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Autumn in Paperland..., 10 juillet 2017
Ce commentaire fait référence à cette édition : THE AUTUMNLANDS Tome 2 (Album)
Ce deuxième tome de la collection éditée chez Urban Comics regroupe les épisodes #7 à 13 de la série "The Autumnlands", réalisée par le scénariste Kurt Busiek et le dessinateur Benjamin Dewey, avec une mise en couleurs de Jordie Bellaire. Ces épisodes ont été publiés initialement en 2015 et en 2016.

Le tome précédent nous avait laissé en plein cliffhanger avec la mort apparente des deux héros (Learoyd le guerrier humain et le jeune chien Dunstan). Nous reprenons là où nous nous étions arrêtés, avec d'un côté les "nuageois" (ceux qui vivaient dans la cité flottante de "Keneil" avant sa chute en terres hostiles) qui tentent de reconstituer un embryon de civilisation autour du très hautain conseiller "Sandorst" (un hibou grand-duc), et de l'autre, nos deux héros emportés par les eaux, qui se retrouvent rapidement en terre inconnue.
En tentant de regagner leur destination initiale, Learoyd et Dunstan vont renouer avec les sources de la magie disparue de Keneil...

Après avoir bien développé sa mythologie interne dans le premier tome, le scénariste Kurt Busiek change soudain de registre pour aborder le récit d'aventures à l'état pur.
Toute la première moitié de ce recueil est déconcertante puisque, une fois les premières pages du premier épisode tournées, nous abandonnons complètement la multitude de personnages mis en scène dans le tome précédent pour nous focaliser uniquement sur les deux protagonistes principaux. Et ce sera le cas jusqu'au bout.
Durant une bonne centaine de pages, le lecteur se demande comment il est possible de passer d'un premier tome foisonnant à la structure narrative complexe et à la toile de fond riche d’analogies diverses et variées sur notre civilisation géopolitique, à une série de péripéties linéaires focalisées autour de deux personnages et d'une poignée de nouveaux-venus. Pendant un instant, on aurait même l'impression que Busiek cherche à renouer avec ses épisodes de Conan le Barbare qu'il écrivait pour l'éditeur Dark Horse, au détriment de sa nouvelle création...

En fin de comptes, Busiek semble considérer que la toile de fond de la série a été suffisamment exposée dans le premier tome, et qu’il n’est pas nécessaire d’y revenir, préférant désormais développer le versant épique de son récit.

A maintes reprises, l'auteur d'Arrowsmith intègre néanmoins quelques passages qui étoffent cette étrange mythologie en suggérant que son personnage principal (Learoyd) et que le concept de "Hastas" (la magie des Automnales) ont une origine "méta", et que le récit s'oriente vers un méta-commentaire total. Mais ces quelques incrustations scénaristiques demeurent de l'ordre de la suggestion et l'on s'agace ainsi que l’histoire n'avance pas très vite, les péripéties de nos héros ayant tendance à s'étirer beaucoup trop.
Et puis, arrivé au dernier quart, il se passe quelque chose : Au mépris de toute structure narrative classique, Busiek rompt complètement avec la première moitié de sa série (qu’il semble presque abandonner à ce stade) et s'oriente un peu plus dans l'épopée feuilletonnesque en étoffant ses nouveaux personnages, quand bien même ils ne sont pas destinés à durer plus avant dans la série. Le lecteur s'attache soudain au sort de ces figures de papier, avec une mise en abîme conséquente puisqu'ils semblent être des créations artificielles à l'intérieur même du récit.
Le dernier épisode enfonce le clou avec un dénouement poignant et magnifique, qui vient soudain effacer toutes les craintes que l'on avait jusqu'ici de voir l’histoire se diluer.

En une poignée d’épisodes, l’auteur est parvenu à évoquer une mythologie originale, avec la possibilité qu’elle soit une création factice conceptualisée par quelque procédé expérimental, tout en nous offrant l’expérience de nous attacher avec une force peu commune à des personnages conçus d’amblée comme des êtres artificiels. Une vertigineuse mise en abîme du medium de la bande-dessinée, qui ne se prive par ailleurs pas de nourrir chaque épisode d’une bonne dose d’action et de merveilleux.
Au final, si l’on a pu s’agacer un temps de suivre un récit qui semblait aller n’importe où et n’importe comment, on referme ce deuxième tome avec les larmes aux yeux en réalisant que l’on vient de lire une histoire totalement inédite, écrite de manière tout aussi créative et originale (pour une belle harmonie entre le fond et la forme).

La partie picturale s’est dans le même temps bien améliorée. Si j’avais pu regretter, dans le premier tome, une assez mauvaise alchimie entre le dessin et la mise en couleur (le travail de Jordie Bellaire venant systématiquement "écraser" la finesse du trait de Benjamin Dewey), c’est avec grand plaisir que j’ai constaté que désormais, ce n’était plus le cas. La palette de la coloriste s’est adoucie, les ombres pesantes se sont allégées, et l’association du trait et du volume a trouvé le bon équilibre.
Les deux artistes transportent le lecteur dans un monde merveilleux où les connotations diverses (un peu d’antiquité gréco-romaine par ci, un peu de personnages de contes de fées par là) mêlent héroic-fantasy et science-fiction dans un ensemble pittoresque dont la réunion postmoderne demeure constamment fraiche et étonnante.
En bref, un excellent moment de bande-dessinée, beau, intelligent, profond et particulièrement original. Vivement la suite !
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (3) | Permalien | Remarque la plus récente : Jul 12, 2017 9:39 PM MEST


L'Etoile mystérieuse
L'Etoile mystérieuse
par Hergé
Edition : Relié
Prix : EUR 10,95

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Prescience de l'Holocauste, 9 juillet 2017
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'Etoile mystérieuse (Relié)
Bien qu'il ait été publié une première fois sous la forme d'un long feuilleton en noir et blanc, entre 1941 et 1942, dans les pages du journal belge "Le Soir", "L'Etoile mystérieuse" est le premier album de Tintin à avoir été conçu pour être édité directement en album couleur sous sa pagination définitive de 62 planches. Il fut donc le premier album publié directement en couleur.
Sur bien des points, "L'Etoile mystérieuse" demeure un tome un peu à part dans la série des 22 albums de Tintin (même s'il est vrai qu'ils sont presque tous à part !).

L'histoire en elle-même est spéciale, puisqu'elle marque la rencontre entre Hergé et le genre de la science-fiction, un genre que l'auteur ne retrouvera guère qu'à l'occasion de "On A Marché Sur la Lune", mais de manière scientifique (sans la dimension fantastique), et lors du final de "Vol 714 Pour Sidney". Ici, Hergé embrasse le genre pleinement en multipliant les manifestations surnaturelles, qui culminent lors du dénouement sur la fameuse "étoile", en réalité la partie émergée du fragment de météorite censé, au début du récit, déclencher la fin du monde…
La fin du monde... Voilà un thème qui porte une résonnance toute particulière en ces années 1941/42 (en plein cœur de l’Holocauste que l’on nommera un jour la Shoa), alors que la Belgique est envahie par l’Allemagne et qu'Hergé travaille pour "Le Soir", un journal collaborant officiellement avec l'occupant.
A maintes reprises, il a été reproché au créateur de Tintin de prendre parti pour le régime nazi et d'afficher un racisme et un antisémitisme prononcé. A ce titre, "L'Etoile Mystérieuse" arrive en second, après "Tintin au Congo" pour ce qui est d'alimenter cette polémique, et s'impose avec le recul comme l'un des albums les plus sulfureux de toute la série sur le terrain des accusations perpétrées à l’encontre de l’auteur.

Accuser Hergé d'avoir collaboré avec l'envahisseur nazi en écrivant le script de "L'Etoile Mystérieuse", et même si l'album n'est pas exempt d'éléments embarrassants comme nous le verrons plus bas, est tout de même paradoxal. Car, comme il l'avait fait un an auparavant avec "Le Crabe Aux Pinces d'Or", Hergé cherchait avant tout à fuir les sujets pouvant le rattacher aux événements de la guerre et cette plongée dans la science-fiction relève précisément de ce désir de s'écarter de la réalité afin de s'orienter vers la destination la plus opposée possible, c'est-à-dire celle de l'imaginaire.

Avant le début de la guerre, le créateur de Tintin avait multiplié les critiques envers les états totalitaires, fascistes et agressifs, dénonçant l’invasion de la Chine par le Japon dans "Le Lotus Bleu", critiquant la politique impie des dictatures sud-américaines dans "L’Oreille Cassée", et illustrant un Anschluss raté en Europe centrale, soit une manière de dénoncer l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne, dans "Le Sceptre d’Ottokar". Ainsi, il s’était imposé comme un des premiers auteurs à avoir clairement pris conscience des méfaits perpétrés par ces états totalitaires et à avoir annoncé, par le biais de quelques analogies, l’avènement de l’impérialisme allemand.
Il y a donc quelque chose qui cloche lorsque l’on entend aujourd’hui qu’il fut un collaborateur actif du régime nazi au temps de l’occupation. Alors peut-être ne voyons-nous que la partie émergée de l’iceberg (comme semble l’indiquer l’infime partie émergée de la fameuse étoile mystérieuse) et peut-être faut-il essayer de lire entre les lignes (ou entre les vignettes)…

Pourtant, c’est vrai : La première version de "L'Etoile Mystérieuse", principalement celle qui fut publiée dans "Le Soir", est jalonnée d’éléments qui pourraient laisser penser qu’Hergé faisait de l’œil à son occupant.

Tout le monde connait l’histoire de "L'Etoile Mystérieuse" : Une météorite s’apprête à s’écraser sur Terre et à déclencher la fin du monde. Finalement, le bolide frôle la Terre et le choc se révèle moins tragique que prévu, n’engendrant qu’un simple tremblement de terre dû à la chute d’un fragment de l’étoile. Tintin embarque avec un groupe de scientifiques afin de rejoindre l’arctique, où le rocher est probablement émergé, spéculant sur la possibilité qu’il soit fait d’un matériau extraterrestre encore inconnu. Mais un pays rival envoie lui aussi une expédition, n’hésitant pas à choisir les solutions les plus infâmes afin de gagner la course contre la montre.
Finalement, Tintin parviendra à rejoindre l’île le premier, vivra quelques aventures surnaturelles sur le sol encore chaud du fragment d’étoile, avant que celui-ci ne soit définitivement englouti par les eaux.

Concédons le : La version de "L'Etoile Mystérieuse" publiée sous forme de feuilleton dans "Le Soir" entre octobre 1941 et mai 1942 est dans l’ensemble une simple aventure fantastique déconnectée du cadre de la guerre et de l’occupation, mais elle est teintée de plusieurs éléments qui, avec le recul, semblent aller dans le sens du III° Reich : Les gentils forment une équipe de scientifiques qui sont, soit issus de pays neutres (Belgique, Suède, Portugal, Suisse), soit des pays de l’Axe (l’Allemagne) ou en cobelligérance (l’Espagne). Les méchants sont américains et, qui plus-est, à la solde d’un banquier new-yorkais qui se nomme "Blumenstein" et qui arbore un faciès qui ressemble fortement aux caricatures antisémites qui s’affichent en Europe sous l’impulsion du régime nazi. C’est d’ailleurs en Belgique que, dès 1942, sont publiées les lois antijuives les plus répressives de tout l’Axe.
Dans "L'Etoile Mystérieuse", le concurrent américain qui envoie son expédition en Arctique n’est pas avare de fourberies et, sous l’impulsion de son commanditaire (le fameux Blumenstein), s’adonne à toutes les bassesses afin de damer le pion à Tintin et ses amis. De plus, Tintin pilote un hydravion allemand. Mais surtout, un passage publié dans les pages du "Soir", et qui n’apparaitra pas dans la version éditée en album, montre deux juifs entrain de plaisanter sur la fin du monde. En cherchant un peu, on peut retrouver le dialogue en question, qui donne ceci :
- Tu as entendu, Isaac ?... La fin du monde !... Si c'était vrai ?
- Hé hé !... Ce serait une bonne bedide avaire Salomon !... Che tois 50.000 francs à mes vournizeurs... Gomme za che ne tefrais bas bayer ! "

Non seulement Hergé enlèvera le passage des deux juifs dans la première version de l’album, mais il transformera aussi l’ennemi américain dès la fin de la guerre en remplaçant les Etats-Unis par le "Sao Rico", un pays imaginaire dans la lignée de ceux qu’il avait créés avant le conflit à partir de "L’Oreille Cassée".
Enfin, Hergé remplacera le nom du méchant banquier "Blumenstein" par "Bohlwinkel", qui signifie "magasin de bombons" en flamand.
On ne peut nier que tous ces éléments sont gênants et, d’ailleurs, ironie du sort, on apprendra par la suite que "Bohlwinkel" est un véritable patronyme sémite, au grand dam d’un Hergé en quête de rédemption, incapable de se débarrasser de ses casseroles bruyantes !

Alors posons franchement la question : Est-ce qu’Hergé était véritablement un infâme collabo et est-ce qu’il était aussi antijuif que le premier nazi venu ? Personnellement, j’aime à penser que c’est complètement faux. J’en suis même intimement convaincu.
Pour commencer, pourquoi Hergé aurait-il enlevé le gag des deux juifs dès la publication en album en cette même année 1942 s’il était vraiment aussi antisémite que certains veulent bien le croire ? Je pense que tous les vrais fans de Tintin seront d’accord avec moi quand je dis que ce gag n’était probablement pas une idée d’Hergé. Ceux qui connaissent bien son humour habituel ne peuvent nier que cette blague primaire ne lui ressemble pas. Elle ne sonne pas "Hergé", tout simplement.
Ensuite, il faut se remettre dans le contexte de l’époque : C’est facile de jeter la pierre aujourd’hui et d’accuser à tout-va. Mais en 1942, personne en dehors des victimes et de leurs bourreaux n’était au courant de l’Holocauste nazi (rappelons que les américains, en libérant les prisonniers des camps de la mort, avaient été traumatisés en découvrant un spectacle auquel ils ne s’attendaient pas du tout). Charles Chaplin lui-même affirmait qu’il n’aurait jamais tourné "Le Dictateur" sous forme de comédie burlesque s’il avait pris connaissance de la Shoa et s’il avait su à quel point l’horreur de la réalité était au dessus de son imagination.
Pour les gens qui vivaient sous l’occupation, les nazis faisaient peur, certes, mais le monde était loin de se douter de ce qu’il se passait réellement à Auschwitz. Ainsi, même si ce passage ne fait pas honneur à Hergé, je suis convaincu qu’il effectuait, à travers ces quelques éléments aujourd’hui gênants, une poignée de concessions afin qu’on le laisse travailler dans de bonnes conditions (la censure de l’occupant lui ayant déjà interdit de réimprimer "Tintin en Amérique" et… "L’Île Noire", dans lequel le principal antagoniste était un allemand nommé Müller, et ce en pleine montée du III° Reich !), sans imaginer que sa maladresse allait prendre, à la lumière d’événements encore inconnus à cette période, une dimension extrêmement grave.

Comme il l’avait fait au temps "Lotus Bleu", dont l’objectif était de gommer les erreurs et l’aveuglement colonialiste du Congo, Hergé fera tout, ensuite, pour effectuer une véritable quête de rédemption. Et très franchement, faut-il être à ce point obtus pour ne pas voir l’humanisme sincère et lumineux de l’auteur lorsqu’il prend, à travers Tintin, la défense de roms dans "Les Bijoux de la Castafiore" ? Alors personne ne parlera donc de l‘élégance de son discours lorsqu’il aborde avec un respect infini les peuples que l’on pourrait qualifier de "primitifs" dans "Le Temple du Soleil", "Tintin au Tibet" et "Tintin et les Picaros" ? Et enfin, personne ne se souviendra de l’album "Coke en Stock", dans lequel Hergé pointait admirablement l’horrible réalité d’une époque moderne où le trafic d’esclaves noirs existait encore dans l’actualité, alors que personne ne s’en souciait ?
Soyons un peu clairvoyants et ne confondons pas racisme primaire avec erreurs de jeunesse : L’humanisme d’Hergé n’est plus à prouver, et toute son œuvre n’est qu’une longue déconstruction de lui-même, à travers laquelle il aura essayé, toute sa vie, d’être un homme meilleur, transmettant au final un grand nombre de valeurs universelles destinées à tous les enfants de 7 à 77 ans, transcendées par un message de tolérance et d’empathie parmi les plus beaux jamais écrits.
Et pour terminer je dirais ceci : C’est encore facile d’exiger la perfection chez un autre être humain et de l’accuser depuis son fauteuil et son anonymat quand on ne fait rien de sa vie. Hergé, lui, aura eu le courage de travailler comme un forcené à une époque trouble et d’offrir au monde une œuvre totale. Enfin, il aura pris le taureau par les cornes afin d’affronter ses démons, ses erreurs, et aura tout fait pour tenter de les racheter. Qui peut en dire autant ?
Fin de la plaidoirie.

Et sinon, "L’Etoile Mystérieuse", est-ce que c’est bien ?
Pour l’avoir relu à l’occasion de cet article, je dois dire que j’ai été très impressionné par la qualité formelle de l’ensemble qui se lit d’une traite, et qui frise la perfection malgré un deuxième acte un peu moins dynamique que le reste de l’album. Car le récit est découpé en trois actes : La montée en puissance de la peur de la fin du monde avec l’arrivée depuis l’espace du météorite ; la course contre la montre entre les deux navires concurrents pour arriver le premier sur les lieux convoités ; et les aventures de Tintin coincé sur la fameuse étoile mystérieuse.

Le premier acte a conservé toute sa magie depuis la première fois que je l’ai lu, enfant. La terreur opère une incroyable montée en tension, dans une ambiance d’apocalypse qui fait, avec le recul, curieusement écho aux événements encore inconnus de l’Holocauste dont nous parlions plus haut. Comme très souvent, Hergé se montre visionnaire et, dix avant que le genre "science-fiction" devienne la mode à Hollywood, aborde une série de thèmes que l’on retrouvera plus tard au cinéma. Ce qui est étonnant, c’est que les américains se saisiront de cet univers romanesque afin de dresser une métaphore de la guerre froide (avec des films comme Le Choc des Mondes ou Les Envahisseurs de la Planète Rouge, toute menace venant de l’espace symbolisant la peur de voir tomber la bombe atomique et tout martien incarnant l’horreur venue de Russie la rouge !) quand Hergé utilisait certains de ces mêmes codes dans le cadre de la 2nde guerre mondiale. Un peu comme si la science-fiction était le terrain idéal dès qu’il s’agit de dresser une parabole de nos peurs eschatologiques.

Un premier acte magique, où les scènes d’anthologie se succèdent, avec la chaleur montante qui fait fondre l’asphalte, les hordes de rats qui se déversent des égouts, les apparitions stressantes de "Philippulus le prophète" qui annonce le châtiment divin, et l’image de la fausse araignée géante, qui fait savamment écho au dernier acte, comme pour préparer le lecteur à l’horreur à venir…
Le tout nous est conté avec un art consommé de la narration concise, où chaque élément forme un tout épuré, où rien ne manque et où rien n’est en trop, où tout est fondé sur cet équilibre entre l’efficacité narrative et le graphisme purgé de tout détail inutile, que l’on nommera un jour la "Ligne claire".
Exceptionnel, surtout pour une époque encore immature en termes de bandes dessinées.

Le deuxième acte est le plus long et, de ce fait, opère une rupture de ton qui fait parfois souffrir le récit de quelques longueurs. Hergé ne chôme pourtant pas en revenant à son genre de prédilection –le récit d’aventures aux multiples rebondissements- et en pimentant cette traversée marine d’une série de gags dont il a le secret (et ce malgré l’absence exceptionnelle des Dupondt). Un passage a notamment ma préférence : c’est celui où le capitaine Haddock, qui vient de rencontrer un vieil ami (le capitaine Chester), lui propose de fêter leurs retrouvailles en commandant une bouteille de whisky dans un bar. Il commence par demander deux verres vides pour lui et son ami, ainsi qu’un verre d’eau minérale pour Tintin. Chester se souvient soudain que le capitaine Haddock fait désormais partie de la "Ligue des Marins Antialcooliques" et s’excuse de le tenter. Se sentant coupable, Haddock se résigne, la mort dans l’âme, à se servir un fond d’eau minérale avant de se raviser : Prétextant qu’il manque de politesse à son vieil ami, il lui demande de lui verser une goutte de whisky dans son verre d’eau. Il attend alors que Chester remplisse le verre de whisky (celui-ci débordant désormais d’une dose de 9/10ème d’alcool), avant de lui dire "stop" et de vider le ballon d’une traite en s’écriant, ravi : "Aaaaaaaaaaaaaaaaah ! Elle est rudement bonne, l’eau minérale, dans ce pays !".
Pour le reste, cette longue poursuite maritime souffre de quelques aspects répétitifs, heureusement contrebalancés par toute cette série de gags parfaitement disséminés au fur et à mesure de la traversée, et bien entendu par la présence du truculent capitaine Haddock, qui marque ainsi l’essai (après avoir rencontré Tintin dans "Le Crabe Aux Pinces d’Or") en confirmant qu’il fait désormais entièrement partie de cet univers de papier.

Le dernier acte, bien qu’assez court (15 pages tout au plus, mais le premier acte ne faisait que 13 pages également) opère une plongée brutale dans le fantastique tout en isolant Tintin du reste des protagonistes de l’album. Cette soudaine séparation exhale un sentiment de stress très particulier, un peu comme si le lecteur se sentait isolé lui aussi, perdu en milieu hostile, d’autant que la nature mystérieuse du météorite se révèle propice à toutes les manifestations surnaturelles et nous entraine inexorablement vers un ailleurs inconnu et terrifiant.
Hergé, une fois encore, joue merveilleusement de son art de conteur en jonglant systématiquement entre l’émerveillement et l’angoisse, comme lorsque l’on voit ces champignons géants venir joliment colorer le décor (affreusement morne et désertique jusqu’ici), avant de commencer à exploser dans tous les coins, annonçant de manière prophétique le futur péril atomique (Bruxelles fera d’ailleurs les frais, avec Londres, des premiers bombardements de missiles V1 en 1944) !
Bien entendu, le tout culmine avec l’apparition de l’araignée géante (qui était nettement plus grande et effrayante dans mes souvenirs d’enfance) et, in fine, avec cette oppressante submersion de l’étoile, faisant écho, ici encore, à notre monde fragile et aux apocalyptiques possibilités de voir un jour la fin des temps nous rayer de la surface de la planète…

Tel est ce dixième album de la série. Une nouvelle étape extraordinaire sur le chemin de l’une des plus belles œuvres du XX° siècle. Où un auteur traverse une époque trouble et parvient à saisir l’esprit de son temps, tout en essayant de raconter une simple histoire d’aventures divertissantes.
Le postulat est bel et bien édifiant : en cherchant à fuir l’actualité brûlante et cauchemardesque de cette période de guerre par le biais de l’évasion dans l’imaginaire, Hergé n’aura fait que tisser une métaphore du conflit en parvenant même, de manière plus ou moins inconsciente mais visionnaire, à en percevoir les conséquences qui nous feront prononcer un jour, à propos de l’Holocauste et de la menace nucléaire, le mot "Apocalypse". Y a-t-il encore quelqu’un, ici, pour nier le statut de génie du créateur de Tintin ?
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Les Aventures de Tintin, tome 9 : Le Crabe aux pinces d'or
Les Aventures de Tintin, tome 9 : Le Crabe aux pinces d'or
par Hergé
Edition : Relié
Prix : EUR 10,95

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Initiation par déshydratation, 7 juillet 2017
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les Aventures de Tintin, tome 9 : Le Crabe aux pinces d'or (Relié)
"Le Crabe Aux Pinces d'Or" avait été publié une première fois sous la forme d'un long feuilleton en noir et blanc, entre 1940 et 1941, dans les pages du "Soir Jeunesse", le supplément jeunesse du journal belge "Le Soir" (avant l'occupation allemande, Hergé publiait ses œuvres dans le "Petit Vingtième"), puis sous forme de strips dans le journal principal.
Comme il le fera avec toutes les premières aventures de Tintin (à l’exception d’un "Tintin Au Pays des Soviets" qu’il trouvait trop mauvais), Hergé remaniera cette neuvième histoire au moment de sa sortie en album couleur chez son nouvel éditeur : Casterman. Contrairement à certaines de ses créations qui seront entièrement refaites "Tintin au Congo", "Tintin en Amérique", "Les Cigares du Pharaon", "L'Île Noire"), d’autres seront simplement redécoupées et complétées de quelques décors, afin de passer à une pagination immuable de 62 pages. "Le Crabe Aux Pinces d'Or" sera, quant à lui, le premier à être publié dans sa version couleur en 1943 sans aucune transformation.

Pour mémoire, il s’agit de l’album où Tintin, ayant trouvé une boite de crabe vide, fait le lien avec la mort d’un marin grâce à un petit bout de papier indiquant le mot "Karaboudjan" au dos d’un emballage similaire à celui de la boite. Il part alors à la poursuite d’une bande de trafiquants d’opium, périple qui le mènera jusqu’au Maroc.

Sur bien des points, il s’agit d’un album de transition au regard de toute la série des aventures de Tintin. Bien évidemment, c'est l'étape qui célèbre l'arrivée du capitaine Haddock auprès du jeune reporter à houppette mais, également, l'album où Hergé maitrise définitivement son art du scénario et du découpage.
Contrairement aux précédents, "Le Crabe Aux Pinces d'Or" était d'ailleurs si épuré qu'il était plus court que prévu et Hergé dû ajouter quatre illustrations pleine-page (issues des hors-textes publiés auparavant dans les journaux) afin d'arriver à la pagination voulue au moment du passage aux 62 planches.

On a lu beaucoup de choses malveillantes à propos d'Hergé qui, à cette époque, travaillait pour le journal "Le Soir", dirigé par des collaborateurs de l'occupation allemande (nous reparlerons de cette période complexe dans un prochain commentaire). Ce faisant, Hergé a été traité de nazi, de traitre et de beaucoup d'autres sobriquets injustes. Evacuons d'emblée toute ambiguïté : Tout cela est faux et constitue au final un véritable ramassis d'inepties et d'accusations mensongères qui témoignent d'une totale ignorance de la réalité. Si les détracteurs de l'œuvre d'Hergé avaient pris la peine de lire les aventures de Tintin au lieu de les salir de leur bêtise, ils auraient bien vu que, dès les années 30 (notamment à partir du "Lotus Bleu"), l'auteur s'était tenu éloigné des tendances fascistes de son rédacteur en chef au journal le "XX° Siècle" (l'abbé Wallez), et qu'il commençait à balancer pas mal de critiques acerbes à l'encontre de certains gouvernements agressifs et notamment de la montée du fascisme en Europe. On a par exemple le principal antagoniste de "L'Île Noire" qui se nomme "Müller" mais, surtout, l'histoire du "Sceptre d'Ottokar" qui n'est rien d'autre que le récit d'un Anschluss raté, prouvant de manière nette et précise à quel point Hergé dénonçait, bien avant tout le monde, la montée des républiques totalitaires précédant le commencement de la seconde guerre mondiale !
Alors certes, Hergé a publié "Le Crabe Aux Pinces d'Or" dans un journal tenu par des collabos. Mais c’était pour lui le seul moyen de travailler et de nourrir sa famille. Rien de plus. Rien de moins.

Nous pouvons également rappeler qu’au début de la guerre (en 1940 pour être précis), Hergé avait commencé à travailler sur un nouveau récit intitulé "Au Pays de l’Or Noir". La fermeture du journal le "XX° Siècle" mit un terme (provisoire) à cette aventure et l’auteur dû se recentrer sur un autre projet.
Cette période est dominée par une crise majeure et toute la Belgique subit les retombées de l’occupation allemande. Hergé commence par fuir cette situation et part avec sa famille se réfugier en Auvergne (un épisode dont peu de gens semble être au courant). Il est finalement de retour à Bruxelles en juillet 1940 et, en septembre, le journal "Le Soir" lui propose de mettre au point un supplément jeunesse comme il le faisait au temps du "XX° Siècle". Si au départ Hergé bénéficie d’un format relativement confortable pour publier son nouveau récit ("Le Crabe Aux Pinces d'Or", donc, qui occupe deux pages sur huit), il voit son espace de liberté se réduire jour après jour au point qu’en 1941, il ne dispose plus que d’une demi-feuille (pas terrible pour un collabo de première, non ?).
Pire encore : en septembre, "Le Soir Jeunesse" disparait corps et bien et Hergé doit désormais se contenter d’un minuscule strip quotidien de 17cm sur 4. Tel était donc le fameux épisode qui voudra plus tard qu’Hergé, qui racontait là une histoire sans aucune once de relents de propagande, fut taxé de nazi notoire, antisémite et colonialiste (et nous y reviendrons encore dans l’article à venir sur "L’Etoile Mystérieuse")…

Ce malentendu persistant étant à présent évacué, reconnaissons que cette situation aura au moins eu le mérite d’imposer à Hergé une cadence de travail et des contraintes telles qu’il aura été obligé de développer une méthode narrative redoutable afin de raconter les aventures de son héros avec la plus rigoureuse des célérités. "Le Crabe Aux Pinces d'Or" s’impose effectivement comme le premier récit des aventures de Tintin raconté avec une maestria totale qui le propulse immédiatement au rang des chefs d’œuvre de la bande-dessinée moderne en termes de mise en forme narrative. Ou l’art d’un auteur qui s’est toujours montré capable de transformer tous les problèmes en avantages afin de mener à bien ses projets et de s’imposer, au final, comme le maitre de sa discipline…
Hergé le dira plus tard : Avoir été obligé de raconter l’histoire du "Crabe Aux Pinces d'Or" sous la forme de strips quotidiens constitués de trois, quatre ou cinq vignettes, l’aura poussé à s’interroger sur le découpage de son récit qui devait, non pas ménager le suspense et la tension à la fin de chaque page, mais bel et bien à la fin de chaque ligne, voire de chaque vignette. Tel est le génie d’un auteur qui, en ce temps là, était entrain d’inventer un medium quasiment à lui tout seul, du moins sous cette forme de récit au long-cours.

L’album contient d’ailleurs un dessin dont Hergé disait qu’il était son préféré : On y voit des soldats touaregs s’arrêter de tirer et prendre la fuite au moment où le capitaine Haddock se déchaine en leur balançant une tonne d’injures. En une seule image, Hergé parvient à créer une sorte de découpage narratif interne puisque, de gauche à droite, on pourrait presque voir le même personnage arrêter son tir, hésiter, prendre peur, se retourner et fuir à toutes jambes !
Hergé aura ainsi réussi, à force de contraintes en tout genre, à dépasser les limites apparentes de son medium afin de le porter à son excellence. Et c’est sur ce point qu’il ne faut pas rater le train en marche : Malgré une apparente simplicité un peu fruste, la puissance créative d’Hergé, à une époque où la bande-dessinée est un art encore balbutiant, est époustouflante, si tant est que l’on sache remettre les choses dans leur contexte.

Comme évoqué plus haut, "Le Crabe Aux Pinces d’Or" marque l’arrivée dans l’œuvre d’Hergé du Capitaine Haddock. C’est, avec le recul, l’élément le plus important généré par cette neuvième aventure si l’on considère qu’elle constitue une étape charnière dans l’évolution de la série. Et pour cause ! Car le célèbre capitaine s’impose ni plus ni moins comme l’un des personnages les plus marquants de toute la création romanesque !
Alors que Tintin demeurait jusqu’ici une figure assez lisse (dans tous les sens du terme), le voilà soudain flanqué d’un compagnon doté d’une personnalité véritablement hors du commun. Rien ne laissait présager, néanmoins, qu’Haddock devienne une figure récurrente à ce stade de la série. La rencontre entre les deux protagonistes se fait d’ailleurs de manière contre productive puisque, lorsque Tintin fait la connaissance du capitaine à la page 20 du "Crabe Aux Pinces d’Or", le marin n’est purement et simplement qu’un ivrogne pathétique, une véritable loque humaine ne causant que des catastrophes. Pourtant, lorsque Tintin parvient à s’évader du cargo "Karaboudjan" commandé en réalité par "Allan Thompson", le second du capitaine (que l'on avait déjà rencontré dans "Les Cigares du Pharaon"), il emmène le vieil alcoolique avec lui. Tout se passe un peu comme si, inconsciemment, Tintin avait d’emblée perçu la valeur humaine de son futur ami, quand bien même elle était encore cachée, à ce stade, sous plusieurs couches de décrépitude…
Tintin ne s’y est pourtant pas trompé : le capitaine Haddock demeurera dès lors son ami le plus fidèle, prompt, littéralement, à l’accompagner au bout du monde à la moindre occasion.
On a dit beaucoup de choses sur ce vieux loup de mer : Figure paternelle pour un Tintin jusqu’ici apparemment orphelin, émanation humaine d’un Milou trop désincarné pour offrir au héros un comparse digne de ce nom, tout a été imaginé afin de justifier l’apparition d’un personnage venu soudain écraser tous les autres de son épaisseur de caractère. A l’arrivée, Haddock vient en fait s’additionner à une série de personnages déjà entrevus dans certains albums (Les Dupondt, Bianca Castafiore, le señor Oliveira Da Figueira), qui vont peu à peu constituer une sorte de famille de papier et, au final, une véritable famille recomposée.

Haddock est néanmoins le personnage le plus abouti, le plus profond et, à tout le moins, le plus irrémédiablement humain de cette famille fictionnelle. Bourré de défauts et d'aspérités, le capitaine dissimule sous son épaisse carcasse peu commode un cœur d’or et un courage d’acier trempé. Pourtant, il demeure pétri de faiblesses et semble traverser la vie avec autant de béquilles. Bien qu’il soit parvenu, au terme du "Crabe Aux Pinces d’Or", à se défaire de son alcoolisme dans sa phase la plus grave, on le voit boire, fumer la pipe, jurer et s’emporter à la moindre occasion, soit tout ce à quoi Tintin est en général capable de résister. A bien y réfléchir, on songe que Milou était lui aussi assez friand de boissons alcoolisées et qu’il était peut-être, effectivement, une ébauche du futur capitaine alors que ce dernier n’existait pas encore !
Nul ne peut savoir si Hergé destinait le capitaine Haddock à occuper une place si importante dans la suite de la série (il apparait d’ailleurs sur la couverture de douze albums sur quinze à partir du "Crabe Aux Pinces d’Or"). Notre auteur fera pourtant le nécessaire afin que le vieux loup de mer subisse l’épreuve de force et prouve sa valeur en lui imposant d’emblée une cure de désintoxication sévère en matière d’alcool. Effectivement, afin de survivre à leur évasion, Tintin et lui devront traverser le désert marocain immédiatement surnommé par le capitaine "le Pays de la Soif" ! Une manière toute symbolique d'imposer au personnage un défi à sa mesure afin de tester sa valeur et de lui permettre d'entamer au plus vite sa quête de rédemption... et de mériter sa place définitive dans la série.

Evidemment, notre bon capitaine n’aurait jamais connu une telle gloire et une telle place de choix au panthéon des grandes figures de la bande-dessinée (et de la création littéraire tout court) si son auteur ne l’avait pas doté d’un petit quelque chose en plus. Ce fut le cas avec cette propension à asséner des injures complètement incongrues qui, de "Moule à gaufre" à "Bachi-Bouzouk", en passant par des expressions comme "Tonnerre de Brest" et "Mille Sabords", allaient rapidement propulser le personnage au rang de légende !
Pour ma part, j’ai une appétence particulière pour quelques rares injures et, de loin, mes préférées sont sans doute les plus surréalistes, comme "autocrate, iconoclaste, logarithme, jocrisse, phlébotome, mégacycle, anacoluthe, technocrate, pignouf, vivisectionniste, catachrèse, soulographe, ophicléide, topinambour, protozoaire, ravachol, macrocéphale, cercopithèque, rhizopode, amphitryon, mégalomane, sinapisme, écornifleur, oryctérope, hydrocarbure, nyctalope, zapotèque, fatma de Prisunic, cyclotron", ou encore le délicieux et raffiné "va-nu-pieds" et enfin l’inattendu -et visionnaire- "végétarien" !

Telle est donc l’importance particulière que détient cet album, qui méritait un article à lui seul tant sa place dans la série et dans l’histoire de la bande-dessinée est essentielle.
"Le Crabe Aux Pinces d’Or" est d’ailleurs l’album des Aventures de Tintin qui aura connu le plus d’adaptations à la télévision et au cinéma. Il y eut tout d’abord un long métrage avec des poupées de chiffons réalisé en 1947, un dessin-animé de la série Belvision (intitulée "Les Aventures de Tintin d’après Hergé") en 1961, un autre dessin animé issu de la série télévisée de 1991, et enfin le film d’animation magistral de Steven Spielberg réalisé en 2011, qui mélangeait des éléments du "Crabe Aux Pinces d’Or" et du "Secret de la Licorne".

Si l’on ajoute quelques séquences d’anthologie avec les Dupondt qui font encore les andouilles, les scènes de rêve surréalistes typiques de l’imagination d’Hergé et une poignée de citations littéraires (L'Escadron Blanc de Joseph Peyré, les romans d’Antoine de Saint-Exupéry qui utilisent les mêmes décors sahariens), plus quelques extraits de poèmes et d’opéras, on tient définitivement l’un des albums phares de la série et, est-il encore besoin de le répéter, l’un des chefs d’œuvre de l’histoire de la bande-dessinée, mille millions de mille sabords de tonnerre de Brest !
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Harrow County - Tome 3 : Docteur serpent
Harrow County - Tome 3 : Docteur serpent
par Cullen Bunn
Edition : Album
Prix : EUR 14,95

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Gare aux mocassins, 4 juillet 2017
Ce commentaire fait référence à cette édition : Harrow County - Tome 3 : Docteur serpent (Album)
Ce troisième tome de la série "Harrow County" regroupe les épisodes #9 à 12, écrits en 2016 par le scénariste Cullen Bunn. Contrairement aux tomes précédents, Tyler Crook n'a pas illustré l'intégralité des épisodes. L'épisode #9 est dessiné par Carla Speed McNeil et mis en couleur par Jenn Manley Lee, tandis que l'épisode #12 est illustré par Hannah Christenson.
"Harrow County" est une série à suivre et nous ne savons pas encore combien il y aura de tomes au total.

Cullen Bunn continue d'étoffer l'univers surnaturel et horrifique de la série en prenant le parti de délaisser momentanément le personnage principal afin de se consacrer à des personnages secondaires, tout en introduisant de nouveaux protagonistes sans doute destinés à revenir plus avant dans le récit.
L’ambiance "Southern Gothic" de cette histoire de sorcières possède une patine très particulière et l'on ne peut lui contester son aura envoûtante. Ici encore, nous plongeons ardemment dans ce décor moite et rural du sud des Etats-Unis tel qu'il a pu être au début du XX° siècle et savourons cette alchimie très particulière qui nous donne l'impression d'un mélange entre les Aventures d'Huckleberry Finn selon Mark Twain et des Sorcières de Salem selon Arthur Miller. A plusieurs reprises, d'ailleurs, Cullen Bunn semble pointer les problèmes du droit à la différence avec la terreur de la magie et des éléments surnaturels comme autant de métaphores sur la peur de l'autre et de l'inconnu que ce droit à la différence semble éternellement incarner.

Jusqu'ici, la série tirait également une grande partie de son pouvoir de séduction et de son atmosphère grâce au talent de l'illustrateur Tyler Crook. Le fait est que son remplacement sur deux épisodes suscite une certaine frustration chez le lecteur. Certes, il s'agit de deux épisodes autonomes avec un début et une fin qui peuvent se lire avec un certain détachement (bien qu'ils soient totalement inscrits dans la trame principale du récit). Mais l'absence du dessinateur principal de la série crée néanmoins une rupture. C'est encore assez léger avec l'épisode #9 dans la mesure où Carla Speed McNeil et Jenn Manley Lee s'appliquent à singer le style de Tyler Crook (avec beaucoup moins d'élégance). Mais la rupture est néanmoins consommée avec l'épisode #12 puisque le style d'Hannah Christenson est très différent du reste de la série.

Pour autant, la qualité du récit n'en souffre pas beaucoup car, arrivé à ce stade, le lecteur est déjà bien accroc. Mais force est de constater que, dès que Crook n'est pas là, il manque quelque chose. C'est déjà palpable dans l'épisode #9 avec le passage assez malsain où le nouvel antagoniste vide le corps d'un petit oiseau pour s'en faire un happeau. Et c'est carrément évident avec la tonalité horrifique de l'épisode #12, qui se révèle aussi flippant qu'un film d'horreur nippon comme ceux de Hideo Nakata.
Certes, cette plongée dans l'horreur est "appréciable" sur certains aspects, mais elle tranche avec l'équilibre assez inouï entre l'épouvante et la poésie initié dès le départ par le dessinateur attitré (voir l’incroyable double page de l’épisode #11 avec sa centaine de petits serpents mocassins enfermés dans autant de petits bocaux).
Telle est l'alchimie d'"Harrow County", série envoûtante qui tient autant de son histoire que de la manière toute particulière dont elle est illustrée. Souhaitons que Tyler Crook ne se fasse pas trop rare dans les tomes suivants...
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Nailbiter, Tome 3 : L'odeur du sang
Nailbiter, Tome 3 : L'odeur du sang
par Joshua Williamson
Edition : Album
Prix : EUR 15,95

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Le Temple de la Lune, 2 juillet 2017
Ce commentaire fait référence à cette édition : Nailbiter, Tome 3 : L'odeur du sang (Album)
Ce troisième tome de la série regroupe les épisodes #11 à 15, publiés initialement en 2015, et réalisés par le scénariste Joshua Williamson et le dessinateur Mike Henderson.
Il s'agit d'une série à suivre divisée en six tomes.

Après un second tome qui nous avait bien fait mariner, faute de faire réellement avancer l'intrigue, nous découvrons ici cinq nouveaux épisodes. Ce troisième recueil ne nous laisse pas vraiment l'occasion de nous appesantir sur le fait que l'intrigue de la série reprend un bon rythme de croisière, après un passage plutôt engourdi. Car le fait est que la narration savante de Joshua Williamson nous entraine de nouveau dans le récit de manière totalement addictive, dans un mélange de péripéties haletantes, de suspense de tous les instants et de rebondissements étonnants.

Petit à petit, le lecteur se rend compte que la vérité n’est pas celle à laquelle il s’attendait et se retrouve dans l’obligation de revoir son jugement à propos de plusieurs personnages, et notamment du principal, le fameux "Nailbiter" qui donne son titre à la série. Et tout comme dans le brillant Bedlam, il prend conscience avec stupéfaction qu'il est possible de s'attacher aux pires monstres qui se cachent derrière notre humanité, postulat aussi dérangeant que fascinant...

Plus on avance dans les révélations et dans le dénouement de l'intrigue, et moins la série demeure réaliste. L'atmosphère du récit devient ici Grand-Guignol et flirte avec les histoires d'aventures en transformant le mystérieux sous-terrain des serial-killers de Buckaroo en une espèce de temple inca qui rappelle le passage de Tintin dans "Le Temple du Soleil", où le héros découvrait les vestiges de l'antique civilisation amérindienne dissimulée derrière une cataracte, mais dans une version plus lugubre.

A ce stade de la série, nous quittons un peu la toile de fond sociologique des premiers épisodes pour embrasser à pleins poumons la dimension purement fantaisiste et divertissante du récit. Le fait est que c’est tout aussi bon !
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World of Tanks : Roll Out
World of Tanks : Roll Out
par Carlos Ezquerra
Edition : Album
Prix : EUR 13,95

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5 Combat, 1 juillet 2017
Ce commentaire fait référence à cette édition : World of Tanks : Roll Out (Album)
Ce comic-book en cinq parties a été écrit par le scénariste Garth Ennis, dessiné respectivement par Carlos Ezquerra (épisodes #1 et 2) et P.J. Holden (épisodes #3 à 5) et publié initialement en 2016.
Il s'agit de l'adaptation sous forme de bande-dessinée d'un célèbre jeu-vidéo à succès : World of Tanks - RUSH.

- Au départ, je ne représente pas du tout le cœur de cible de cet album, puisque je ne joue à aucun jeu-vidéo (je ne sais même pas si ça s'appelle encore comme ça vu qu'il y a marqué "online" si l'on clique sur le lien placé plus haut), que je déteste ça, et que cela m'intéresse à peu-près autant qu'une boite d'allumettes vides, écrasée et desséchée...
Je ne sais donc absolument pas de quoi il retourne à propos du produit initial dont cette bande-dessinée est l'adaptation, et je ne pourrais certainement pas vous dire s'il s'agit d'une adaptation fidèle, si elle entretient un rapport plus ou moins étroit avec la chose, ou si au contraire elle s'en démarque de près ou de loin.

- Pourtant, cet album évoque un intérêt certain chez moi car il met en scène une histoire de chars d'assaut, et de chars de la deuxième guerre mondiale, qui plus est.
Cela peut paraitre étonnant aujourd'hui, mais lorsque j'étais jeune adolescent (autour de dix-douze ans), j'étais passionné par les chars en général, par ceux de la 2nde guerre mondiale en particulier, et surtout par les chars allemands. Je collectionnais alors tous les livres qui traitaient de ce sujet, je fabriquais patiemment des maquettes que je peignais avec minutie (et que je plaçais dans des décors reconstituant tel ou tel épisode de telle ou telle bataille célèbre !), et j'étais même abonné à un magazine spécialisé dont j'ai aujourd'hui complètement oublié le nom !
Je me passionnais alors pour la suprématie de ces panzers (dont les deux stars demeuraient le "Tigre" avec son canon de 88 mm et le "Panther" avec son 75 mm, même si l'on appréciait également les "Panzerkampfwagen I, II, II et IV, le "Jagdpanzer", son cousin le "Jagdpanther", le "Tigre II" ou enfin le surpuissant "Maus" de 188 tonnes armé de son canon de 128 mm resté à l’état de prototype !), capables de réduire en bouillie n'importe quel char ennemi, tout en résistant à ces derniers dont les coups de canon venaient ricocher sur leur blindage.
Néanmoins, je nourrissais également une grande affection pour les chars américains et principalement pour le M4 Sherman, d'abord parce qu'il était le char emblématique du camp des "gentils", ensuite parce qu'on le voyait dans un grand nombre de films de guerre, notamment dans le jouissif De l'Or Pour les Braves], et non dans La Bataille des Ardennes qui, bien que demeurant un excellent "film de chars", mettait en scène de faux blindés (principalement des M24 Chaffee – à la place des M4 Sherman- et des M47 Patton - pour figurer les Tigres et les Panthers !) faute de ne pouvoir utiliser un grand nombre de chars d'époque à l'écran…

"World of Tanks – Roll Out" (le comic-book) raconte l’histoire de deux groupes ennemis s’affrontant sur le front de Normandie peu après le débarquement. Avec d’un côté un escadron britannique à la tête d’un bataillon de quelques chars Sherman Firefly (un modèle de M4 Sherman amélioré par les anglais en terme de puissance de feu) et surtout d’un grand nombre de "Cromwell A-27" (le char britannique principal de son époque), et de l’autre une unité de panzers d’élite (principalement des chars "Panther") menée par le commandant Haupman Karl Kraft. Parmi les chars Cromwell, l'un d'eux s'avère être un prototype engagé sur le front par erreur, dont le faible blindage rend le véhicule deux fois plus rapide, ce qui va changer le cours de la bataille...

- Enfin, un second élément fait que cet album, au delà de son sujet, était peut-être fait pour moi : soit la présence du scénariste Garth Ennis, l'un de mes auteurs de comics préférés, à qui l'on doit un bon paquet de séries exceptionnelles, que ce soit dans le genre "super-héros" (Le Punisher, The Boys), dans le genre underground (Preacher, Hellblazer) et surtout dans les comics de guerre, avec des séries cultes comme War Stories et Battlefields.
Pour ceux qui ont lu les créations de Garth Ennis, ils savent à quel point non seulement le bonhomme connait son sujet (passionné par les conflits du XX° siècle, il pourrait certainement en remontrer à plus d'un historien), mais également à quel point il sait raconter une histoire de guerre. Avec lui, on sort du schéma manichéen primaire pour découvrir qu'il y a du bon et du mauvais dans tout être humain quel que soit le camps dans lequel il se trouve, on perçoit la complexité des conflits embrouillés par les arcanes de la hiérarchie, et l'on vit ces histoires de l'intérieur, à hauteur d'homme.
Son point de vue est plutôt original puisqu'il s'attarde surtout sur le quotidien des soldats plutôt que sur les hauts faits ayant marqué l'histoire. Il s'agit donc pour le lecteur d'assister à une série de "tranches de vie" plutôt qu’à une série de batailles spectaculaires, même si celles-ci ne sont pas oubliées... La plupart du temps, Ennis soigne sa narration, ses dialogues, dessine la personnalité de chaque individu, principal ou secondaire, avec une verve et un sens du détail qui n'appartiennent qu'à lui. Puis il compose une toile de fond passionnante, richement détaillée et documentée, là encore pleine de détails parfaitement vérifiables d'un point de vue politique (les décisions inhumaines prises en haut lieu), technique (les armes -ici la technologie liée aux véhicules blindés-, le langage tactique militaire, etc.) et historique (les soldats de l'ombre, à telle période et à tel endroit). Sans conteste, Ennis est un maitre de la bande-dessinée de guerre.

Pour autant, cette adaptation de "World of Tanks" n’est pas le meilleur travail du scénariste en la matière. On ne peut pas dire qu’il ait pris le sujet à la légère car on y retrouve toutes les qualités de fond relevées plus haut. Le problème, en vérité, tient davantage à la forme.
Si Ennis fait toujours le nécessaire pour s’adjoindre les services des dessinateurs avec lesquels il aime travailler, on ne peut hélas pas dire qu’il fait équipe avec les meilleurs. Pourtant, Carlos Ezquerra sort habituellement du lot (voir l’excellente série Just a Pilgrim, également écrite par Garth Ennis. Et puis il est le créateur de Judge Dredd !). Mais ici, il réalise un boulot à l'arrache. Et c'est encore moins bon avec les trois épisodes dessinés par P.J. Holden. L'amateur de tanks et de batailles militaires espère voir de magnifiques spécimens de ces chars, richement détaillés, exposés sous toutes leurs coutures et toute leur majesté. Il devra hélas se contenter de dessins grossiers, où l'on peine à différencier les différents types de blindés, perdus au milieu d'une série d'explosions minables, illustrées chichement afin de mieux masquer le manque de détails. A l'arrivée, ce n'est quand même pas une catastrophe, mais ça sent globalement le travail précipité avec un traitement du sujet principal -les tanks- grossier et sous exploité.

D'un point de vue strictement formel, le scénario de Garth Ennis pêche également par manque de précision et plus d'une planche s'avère difficile à déchiffrer, la mise en scène des mouvements de chars et des affrontements n'étant franchement pas toujours évidente à saisir.
Si les dialogues sont une fois encore soignés et sophistiqués (bien qu'en apparence un peu rudes puisque soumis à une volonté de sonner "vrais" lorsqu'ils sortent de la bouche des soldats au front), l'ensemble souffre de ruptures brutales au sein de la narration dues à un découpage à la serpe, comme si le story-board avait été réalisé à la va-comme-je-te-pousse.
Au bout du compte, on ressort déçu de cette lecture au vu de ces dessins grossiers et de ce découpage laborieux, alors que l’on pouvait s’attendre à beaucoup mieux.
L’ensemble demeure tout à fait divertissant et sort tout de même du lot grâce à la personnalité de son auteur. Ainsi, pour le lecteur de passage pas très regardant sur la forme, on pourra attribuer 4 étoiles à cette adaptation. Mais pour le lecteur "aguerri" (ahahah !) et familier des œuvres de guerre de Garth Ennis, ce sera plutôt du 3 étoiles et demi…
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Black Science Tome 5
Black Science Tome 5
par Buddy Scalera
Edition : Album
Prix : EUR 14,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Battlefied Earths, 28 juin 2017
Ce commentaire fait référence à cette édition : Black Science Tome 5 (Album)
Ce cinquième tome de la série, écrite par le scénariste Rick Remender et dessinée par Matteo Scalera (avec, ici, une mise en couleur de Moreno Dinisio), regroupe les épisodes #22 à 25, initialement publiés en 2016.
"Black Science" est une série à suivre et nous ne savons pas encore combien elle contiendra d'épisodes en tout.

Dans le tome 4, le héros (l'antihéros ?) de l'histoire Grant McKay avait réussi à recouvrer la mémoire et avait décidé de reprendre les choses en main, afin de retrouver ses deux enfants perdus on ne sait où dans les strates de l'infinivers (c'est-à-dire dans l'un ou l'autre des mondes alternatifs de l'univers infini...).
Ce nouveau chapitre commence alors que Grant retrouve enfin la trace de sa fille "Pia", qui règne désormais entant que princesse sur un monde où l'équilibre entre la paix et la guerre est d'une fragilité particulièrement extrême. Manque de chance, l'arrivée du scientifique déclenche une série de catastrophes qui mettent cet équilibre en péril (pour ne pas dire qu'il fout tout en l'air en quelques minutes), l'obligeant à s'exposer à mille dangers, une nouvelle fois... Au terme de ces nouvelles mésaventures, Grant réussira à revenir dans son monde originel mais ce retour s'accompagnera, contre toute attente, d'un péril bien plus grand encore...

Les tribulations de Grant McKay se poursuivent sur un rythme effréné et le personnage semble effectuer une fuite en avant vers un destin qui lui échappe complètement, avec la possibilité qu’il provoque en même temps la chute de tous les univers parallèles…
Pugnace, il ne renonce pourtant pas mais ses efforts semblent systématiquement échouer, quand ils ne déclenchent tout simplement pas les pires catastrophes auxquelles il aurait voulu échapper, sachant que son projet initial était d’utiliser son invention (une machine permettant de passer d’un univers à un autre), afin de guérir les maux de notre monde.

Fidèle à lui-même, Rick Remender nous raconte cette partie de l’histoire avec un sens consommé de l’équilibre entre l’action, la composante science-fictionnelle du récit et une série de thèmes qui lui sont chers, comme celui de la "famille" et de la "destinée", où chaque personnage est mis dans l’obligation de se confronter à ses choix et à ses erreurs. Un concept tout à fait brillant, mis en scène avec une approche décomplexée du genre "science-fiction" qui procure à l’ensemble une saveur irrésistible, soulignée par le dessin de Matteo Scalera, dont la connotation semi-humoristique n’empêche jamais les personnages de vivre des heures graves et d’illustrer la profondeur du sujet.

Comme il aime le faire dans toutes ses créations (y compris lorsqu’il écrit des scénarios pour des univers partagés déjà codifiés comme le Marvelverse avec des séries comme Le Punisher ou Uncanny X-Force), Remender pimente son récit de monstres en tout genre sans se soucier de mesurer la suspension consentie d'incrédulité et aligne les créatures les plus farfelues (où quand le Kawaï fait soudain passer les monstres à la Lovecraft pour des amateurs !) comme les plus classiques, avec ici "Doxta", la sorcière qui vit dans les bois, personnage incongru dans un tel univers science-fictionnel, probablement appelé à revenir plus loin dans la série... La sauce fonctionne pourtant à merveille, et c'est tout le talent de cet auteur de réussir cet équilibre entre un sujet profond aux thèmes récurrents (soit l'apanage d'une œuvre d'auteur au sens noble du terme) et un divertissement décomplexé aux accents baroques et défoulatoires !

Le lecteur ayant attendu de longs mois pour lire ce cinquième tome est tout de même en droit de s'agacer un peu étant donné la faible pagination de l'album (14 euros les quatre épisodes, pas cool quand même) et la sensation que Remender étire un peu la série, comme si, victime de son succès, il avait été encouragé à faire durer le plaisir parfois inutilement...
La saga semble ainsi être partie pour durer encore un moment, davantage que Fear Agent, la première création de Rick Remender, dont "Black Science" est, sur bien des points, l'héritière en maturité. Tout le mal que nous lui souhaitons, c'est qu'elle soit, au final, au moins aussi réussie que son aïeule...
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Jul 1, 2017 6:58 PM MEST


Superman Lois & Clark
Superman Lois & Clark
par Collectif
Edition : Album
Prix : EUR 22,50

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Family Business, 24 juin 2017
Ce commentaire fait référence à cette édition : Superman Lois & Clark (Album)
"Loïs & Clark" est une mini-série de huit épisodes écrits par le scénariste Dan Jurgens et principalement mis en image par Lee Weeks, relayé sur quelques épisodes par d'autres dessinateurs. L'ensemble a été publié initialement en 2016 et cet imposant recueil propose également en introduction un récit en deux parties intitulé "Convergence Superman", qui fait office de prologue à la mini-série "Loïs & Clark".

"Loïs & Clark" est elle-même une mini-série sous forme de long prologue dont l'objectif est de ramener le Superman de l'ancienne continuité de l'univers DC (à partir de CRISIS ON INFINITE EARTHS, soit le Superman que tout le monde a lu de 1986 à 2011, et qui avait disparu après les événements de Flashpoint), afin de défaire la période nommée "NEW 52", à l'intérieur de laquelle le personnage avait subit un reboot complet.

L'astuce est donc la suivante : La Terre où vit le Superman de la période New 52 est une terre parallèle. Mais le "Superman post Crisis" vit caché sur la même planète que son homologue le "Superman New 52", préférant rester dans l'ombre de son double. Avec sa femme Loïs (qui possède également un double "New 52" non marié au Clark Kent idoine), il accomplit quelques faits héroïques mais sans dévoiler son identité, que ce soit celle de Clark Kent (il se fait appeler "Clark White"), ou celle de Superman (il porte la barbe et un costume entièrement noir).
De plus, "Clark & Loïs White" ont aujourd'hui un fils, un petit garçon nommé Jonathan ("Jon"), qu'ils souhaitent élever à la campagne, à l'abri de tout, afin de lui inculquer les mêmes valeurs jadis transmises à Smallville par Jonathan & Martha Kent, les parents adoptifs du Superman originel...
Comment Superman a-t-il réussi à avoir un enfant avec Loïs alors que l’on nous a toujours expliqué qu’il y avait impossibilité d’accoupler la terrienne avec l’extraterrestre ? Et bien parce que durant l’event "Convergence" datant de 2015 (inédit en librairie VF), Brainiac a eu accès à un Nexus de réalités parallèles, récupérant les Loïs & Clark post Crisis pour les héberger sur une planète patchwork nommée "Telos", à l’abri d’un dôme géant. Sous ce dôme, les pouvoirs de Superman ont été neutralisés pendant les neuf mois de son existence sur Telos et il en a donc profité pour faire un enfant avec Loïs.
Enfin, les Loïs & Clark post Crisis ont réussi à rejoindre la terre New 52, où ils vivent cachés depuis…

Vous trouvez que ce résumé donne la migraine ? C’est normal, nous sommes dans la continuité DC !
A ce titre, le récit en deux parties intitulé "Convergence Superman", destiné à ramener en douceur le Superman post Crisis, est un condensé de ce que l’éditeur nous a fait avaler en termes de couleuvres éditoriales depuis la première "Crise" de 1985, où les personnages se tapent dessus à coup de "qui est cet imposteur ?", avant de nous dévoiler que "Machin et Bidule" viennent de telle ou telle terre parallèle ou de tel ou tel futur alternatif, et que seuls "Bidule & Machin" seront bientôt les seuls "Bidule & Machin" de la seule terre que nous sommes sensés lire dans la continuité officielle…

Ce double épisode introductif est un très mauvais moment de bande-dessinée si l’on regarde vraiment du côté de la qualité de l’écriture et incarne ce que les comics de super-héros ont de pire à nous offrir : De la baston vulgaire et du scénario tarabiscoté, essentiellement tricoté afin de justifier une politique éditoriale qui n’en finit plus de chercher à relancer une vieille machine usée jusqu’à la corde.

On remonte un peu la pente avec le début de la mini-série "Loïs & Clark" à proprement parler. Les premiers épisodes ne sont pas extraordinaires et le scénariste Dan Jurgens nous raconte cela sans réel panache, avec un beau paquet d'idées ridicules, la première étant de dissimuler le "vrai Superman" (le "Superman post Crisis" pour ceux qui n'ont pas encore compris) sous une barbe et un costume noir, tout en arborant EN GROS le logo de Superman en argent sur le torse. Bonjour la discrétion et l'anonymat...
Puis vient le milieu de la mini-série et ce que les fans ont manifestement apprécié le plus : Le recentrage de l'intrigue autour de la cellule familiale de Loïs & Clark, qui élèvent désormais leur petit garçon. Cette petite famille est incontestablement très attachante et la mythologie qu'elle colporte aboutit évidemment sur une question centrale : Le petit "Jon" possède-t-il les pouvoirs de Superman ?
Parallèlement, Dan Jurgens multiplie les sous-intrigues et les antagonistes, préparant probablement son run à venir sur la série historique "Action Comics", qui ramènera donc le "Superman post-Crisis" dans l'univers DC officiel, au moment du très attendu DC Univers REBIRTH (et ce après le retrait de l'encombrant "Superman NEW 52" dans le bien pratique Superman - Requiem)...

C'est un fait : Les lecteurs de comics de super-héros n'aiment pas beaucoup le changement. Et surtout ils n'aiment pas que l'on défasse les couples ! Et si 99% des fans de Spiderman avaient hurlé lorsque Marvel avait annulé le mariage de "Peter Parker & Mary-Jane" dans l'infiniment controversé One More Day, un bon paquet de lecteurs de Superman n'avait pas apprécié que l'on annule également la longue relation entre "Clark Kent & Loïs Lane".
Cette nouvelle orientation est donc un bon gros cadeau tout rose pour les fans en question, qui bénéficient en plus de l'arrivée dans cette mythologie du fils de Superman et de Loïs, qui pourra venir faire mumuse, tôt ou tard, avec le fils de Batman dans une série toute neuve pour ados ou adulescents...

Au final, cette mini-série demeure très agréable, principalement parce qu'elle renoue avec une mythologie qui avait perdu de son intégrité, et que le triangle familial formé par Loïs, Clark et le petit Jon fonctionne à merveille. Le fan de longue date retrouve ainsi avec plaisir "SON" Superman, tout en lisant un nouveau pan de sa mythologie qui n'a pas déjà été raconté, et qui en plus donne l'impression de lire un passage important de la nouvelle continuité.
Pour le reste, il convient d'avouer qu'entant que mini-série, "Loïs & Clark" est un récit extrêmement embourbé dans la dite continuité, un long épisode sans début ni fin, qui creuse le filon des deux séries à venir ("Action Comics" par Dan Jurgens et "Superman" par Peter Tomasi & Patrick Gleason), tout en se perdant dans une multitude de sous-intrigues convoquant une armada d'ennemis pas toujours très intéressants ni réellement charismatiques, la palme revenant à la vilaine "Hyatis, la grande Panala de la planète Alstair", une sorte de "Wonder Woman" médiévale en version méchante, aussi ridicule et factice que les pires super-vilains old-school de l’écurie DC…

Si le vétéran Dan Jurgens n’est pas le scénariste du siècle, il demeure un excellent dessinateur. Il ne dessine cependant pas grand-chose ici, hormis la deuxième partie du prologue "Convergence Superman". C’est le très classique Lee Weeks qui s’occupe majoritairement de la partie graphique, bien qu’il soit relayé par Neil Edwards le temps d’un épisode et épaulé par Stephen Segovia et Marco Santucci sur quelques pages. Le résultat n’a rien d’extraordinaire et, vraisemblablement, le travail a dû être un peu accéléré par les impératifs de l’éditeur. Les magnifiques crayonnés de Lee Weeks aperçu dans les pages de bonus, mille fois plus beaux que les planches définitives encrées par Scott Hanna et toutes une batterie de ses confrères, semble confirmer cette sensation de léger "bâclage".

Pour les complétistes, il vous faudra donc lire la mini-série Superman - Requiem pour savoir comment le Superman post Crisis redevient le Superman officiel de la continuité officielle, avant d’enchainer sur les deux séries dédiées à Superman de la période "Rebirth", la meilleure étant manifestement celle qui est coécrite par Peter Tomasi & Patrick Gleason, et qui s’attarde en particulier sur la cellule familiale, quand la série écrite par Dan Jurgens se focalise davantage sur les grands "events"…
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (4) | Permalien | Remarque la plus récente : Jul 2, 2017 9:32 AM MEST


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