undrgrnd Cliquez ici RentreeLitteraire nav-sa-clothing-shoes Cloud Drive Photos Rentrée scolaire Cliquez ici Acheter Fire Cliquez ici cliquez_ici Bijoux en or rose
Profil de Tornado > Commentaires

Fiche d'identité

Contenu rédigé par Tornado
Votes utiles : 4904

Chez vous : découvrez nos services personnalisés en pages d'aide !

Commentaires écrits par
Tornado (Provence Côte d'Azur)

Afficher :  
Page : 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11-20
pixel
Airboy
Airboy
par Greg Hinkle
Edition : Relié
Prix : EUR 17,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Very Good Trip, 20 juin 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Airboy (Relié)
"Airboy" est une mini-série indépendante en quatre épisodes publiée en 2015, sur un scénario de James Robinson et des dessins de Greg Inckle.

Le pitch : C'est l'histoire du scénariste James Robinson, à qui un éditeur propose de reprendre le personnage de comics nommé "Airboy", un très ancien héros du temps de la seconde guerre mondiale, à présent tombé dans le domaine public (et aussi un peu dans l’oubli). Robinson demande au dessinateur Greg Hinckle de le rejoindre à San Francisco, dans un motel, afin de lui exposer son projet et de commencer à travailler ensemble. Mais il y a un problème de taille : le scénariste n'a strictement aucune idée de récit et semble avoir perdu l'inspiration. Il traverse par ailleurs une période personnelle difficile, aussi bien d'un point de vue professionnel (sa carrière est d'un niveau médiocre depuis la fin de la série Starman) que sentimental (son mariage bat sérieusement de l'aile).
Les deux hommes vont alors tuer le temps en commençant par une soirée mouvementée au cours de laquelle l'alcool et la drogue vont être consommés plus que de raison, dans une virée jusqu'au bout de la nuit à travers moult tripots, pour finir dans le motel autour d'une femme aux mœurs légères ramenée pour l'occasion...
Cette fuite en avant va se poursuivre jusqu'au soir où, après avoir ingurgité plus de substances illicites qu'il est possible de l'imaginer, apparait soudain à nos deux auteurs imbibés le personnage d'Airboy, en chair et en os ! Cherchant d'abord à s'intégrer à ce monde étrange qu'il juge horrible, Airboy va finalement ramener les deux créateurs dans son monde de fiction, en pleine seconde guerre mondiale...
Une question taraude alors messieurs Robinson & Hinckle : Sont-ils entrain de vivre une aventure réelle, ou est-ce le fruit de leur délire causé par un abus de substances hallucinogènes ?

Mise en abîme vertigineuse de la vie du scénariste homonyme (James Robinson est bel et bien le scénariste et le personnage principal de ce comic-book, de même que Greg Hinckle en est également le dessinateur et le comparse), "Airboy" est une création assez épatante et une tentative de faire coïncider l'univers des comics avec la réalité comme on a pu en voir ces dernières années, notamment à travers les créations de Mark Millar (Kick Ass, Marvel 1985). Soit un concept assez jouissif de réel dans le comics, idée assez ludique et évidente quand on y pense, où la frontière entre la fiction et la réalité se retrouve brouillée.

Le défi était tout de même de taille pour Mr Robinson puisque le postulat retenu impliquait que l'auteur se mette sur le devant de la scène, avec le risque d'ennuyer le lecteur (qui préférait peut-être suivre les aventures d'un vrai héros de comics), mais aussi d'afficher une mégalomanie irritante (quoi ? La vie d’un auteur de comics serait donc plus intéressante que celle d’un super-héros ?).
Car c’est bien de ce substitut qu’il s’agit en définitive : James Robinson préfère raconter sa vie plutôt que celle d’un personnage sur lequel on lui demande de travailler, utilisant ce personnage comme un prétexte pour parler de lui-même !
Pour ce faire, l’auteur de Starman n’y va pas avec le dos de la cuillère et se met littéralement à nu, livrant ses attributs physiques et ses matières fécales au même titre que ses atermoiements, faisant le point sur sa vie et sur sa carrière, dont il était fier jadis, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui (le scénariste confiant directement à ses lecteurs que cela fait quelques années qu’il leur écrit de la fiente pour l’éditeur DC Comics…).
Même si le lecteur voit bien que Robinson en profite pour effectuer une sorte de thérapie (et au passage s’affranchir d’une commande ennuyeuse), il convient d’avouer que l’exercice est plutôt bien troussé et souvent très touchant, le scénariste n’étant jamais tendre avec lui-même, y compris face à sa propre réputation d’auteur réputé pour avoir un égo un peu surdimensionné.

Afin de rendre cette expérience divertissante, James Robinson prend immédiatement le parti de verser dans le trash le plus total. La maxime "sexe, drogue et rock’n roll" est ainsi largement dépassée par une accumulation de scènes où les personnages sniffent moult rails de cocaïne, boivent comme des trous tout ce qui passe à leur portée et forniquent joyeusement en jonchant leur passage de toutes les déjections possibles, non sans exhiber leurs organes génitaux représentés sous des formes plutôt avantageuses (le sexe de Greg Hinckle étant spontanément comparé à un anaconda).
La formule est communicative et le lecteur s’amuse beaucoup, songeant à tous ces films rigolos et cathartiques à la Very Bad Trip.

Le dessin de Greg Hinckle est formidable. A la fois réaliste et humoristique, très détaillé, extrêmement expressif, c’est un régal de bout en bout, y compris dans cet univers de papier pulp et rétro-futuriste où sont transportés les personnages dans la deuxième moitié du récit, alors que des aviateurs sortis tout droit d’un vieux sérial d’aventures ringard doivent lutter contre des nazis équipés de robots géants destructeurs !
Souvent Grand-Guignol, l’approche graphique est contrebalancée par un savant parti-pris chromatique souvent bichrome, qui apporte à l’ensemble une patine et une atmosphère très particulière, avec un sens aigu pour enrober gaiement, d’une insouciance communicative, les tribulations pas toujours très élégantes des deux personnages principaux…

Dans l’ensemble, les quatre épisodes défilent rapidement mais souffrent d’un manque de rythme rendant certaines scènes un peu inégales, l’humour fonctionnant à plein à tel endroit, et puis retombant à plat à un autre, notamment lorsque l’auteur en rajoute un peu trop dans la provocation et le trash à outrance (était-ce une bonne idée de caractériser les personnages de papier du monde d’Airboy comme ceux de la réalité, avec les mêmes déviances ?).
On referme ainsi le livre avec le sentiment d’avoir lu quelque chose de frais, d’original et de percutant, tout en regrettant que James Robinson ait parfois manqué de finesse et d’esprit, même si le résultat est très sympa.
En préface, Robinson lui-même prévient le lecteur qu’il ne s’épanchera pas sur ce qui est réel ou fictif dans le récit, et qu’il appartient à chacun de démêler le vrai du faux. Et c’est bien ce qui fait la plus grande qualité de cette mini-série en forme d’exutoire pour son auteur : La réussite d’avoir réalisé une œuvre sur le thème de la création, avec en corolaire la question du degré de créativité et d’implication personnelle de la part de son auteur…
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (5) | Permalien | Remarque la plus récente : Jun 20, 2016 9:29 PM MEST


Miracleman 4: The Golden Age
Miracleman 4: The Golden Age
par Neil Gaiman
Edition : Broché

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Dans la matrice du monde des miracles..., 17 juin 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Miracleman 4: The Golden Age (Broché)
Ce quatrième tome dédié à la série Miracleman regroupe les six premiers épisodes réalisés par le scénariste Neil Gaiman et le dessinateur Mark Buckingham, publiés initialement entre 1989 et 1990.
Bien que les trois premiers tomes (à commencer par MIRACLEMAN T01) aient été créés par une équipe artistique distincte et un auteur pour le moins omnipotent (Alan Moore, non crédité à sa propre demande pour des raisons de problèmes juridiques compliqués), cette reprise par Neil Gaiman nécessite la lecture des tomes précédents, dont elle constitue une forme de suite directe.

Le pitch : Neuf ans se sont écoulés depuis la fin des événements relatés dans MIRACLEMAN T03. Miracleman et son épouse ont redéfini notre monde depuis leur nouvelle Olympe et les être humains vivent désormais une sorte d'âge d'or, sous la protection de leurs "dieux" vivants. C'est dans ce contexte que nous suivons la vie de certains des habitants de ce monde futuriste, dans lequel les surhommes ont accédé au statut divin.

Dans les épisodes précédents, Alan Moore s'était adonné à une véritable entreprise de déconstruction de la figure super-héroïque, avec l'ambition de la redéfinir selon ses constituants strictement mythologiques. En toute logique, la famille Miracleman avait accédé au final à un statut divin de par cette essence séminale et ces pouvoirs quasi-omnipotents. Et c'est ainsi que le super-héros avait fini par se distinguer de l'humanité, pour s'élever du haut de son Olympe comme l'avaient fait dans l'antiquité les dieux gréco-romains.
Ce faisant, l'auteur de Watchmen était allé au bout de son concept, respectant la composante mythologique du super-héros moderne tout en la transposant dans une sphère plus adulte, plus littéraire et plus conceptuelle. Et plus encore que dans Watchmen, la boucle avait été bouclée puisque les surhommes étaient retournés à leur position essentiellement mythologique dans une Olympe moderne, certes, mais littérale.

Le scénariste Neil Gaiman vient ainsi apporter sa pierre à l'édifice de cette nouvelle Olympe. Dès le départ, l'auteur de Sandman entreprend également une approche conceptuelle en divisant par avance son "run" en trois parties distincte : 1) L'Âge d'Or - 2) L'Âge d'Argent - 3) L'Âge des Ténèbres.
Ce premier recueil regroupant l'intégralité de la prestation de Neil Gaiman est donc essentiellement dédié à L'Âge d'Or.
Contre toute attente, le scénariste délaisse complètement les personnages principaux afin de s'intéresser en particulier aux petites gens, les simples humains qui vivent dans le monde selon Miracleman. Il s'intéresse aussi parfois à certaines "créations" de la famille Miracleman, comme les "ressuscités" (Andy Warhol, Salvador Dali...), ainsi qu'à "Mist", l'une des enfants issues du don de sperme (!) offert par Miracleman à certaines femmes de la planète...

Le présent recueil est divisé en six parties qui sont autant d'épisodes publiés initialement sous la forme d'un petit récit autonome.
Chacun de ces récits permet ainsi de faire la lumière sur l'existence d'une ou plusieurs personnes vivant dans le monde selon Miracleman. Ce dernier demeure hors-champ la quasi-totalité du temps, tandis que son épouse (Miraclewoman) est présente le temps d'un épisode. Le lecteur visite ce monde dominé par le gigantesque édifice en forme d'Olympe qui surplombe les vestiges de Londres (en grande partie détruite dans le tome précédent) en compagnie des simples mortels, dont la vie a été transformée par leur rencontre avec ces nouveaux "dieux" issus de la science.
Par exemple, le premier épisode suit l'ascension d'un petit groupe de personnes souhaitant demander une faveur à Miracleman. Ils doivent pour cela atteindre le sommet de l'Olympe et effectuer un véritable pèlerinage initiatique...

Dans l'ensemble, la qualité des épisodes est fluctuante et l'angle d'approche est plus ou moins convaincant. Neil Gaiman poursuit dans la veine d'Alan Moore dans le sens où son approche est parfois psychédélique, avec une forte senteur de substances psychotropes...
Pour autant, l'écriture est très élégante et nous avons affaire à de la bande-dessinée très adulte, avec moult réflexions sur la destinée et sur les rapports humains et, en exergue, l'un des thèmes phares de son auteur : La nécessité de changer pour ne pas disparaitre, chaque être humain étant obligé de repenser sa propre condition à l'aune d'une nouvelle ère pour l'humanité. A noter que cet élément est traité de manière très intense, avec la description d'un monde post-apocalyptique déstabilisant, à l'atmosphère étrange et parfois malsaine...
Parmi les six épisodes, il convient de retenir en particulier celui qui est dédié à "Andy Warhol N°8" (Miracleman et ses amis extraterrestres ayant permis la résurrection, sous la forme de clones synthétiques, à une dizaine d'Andy Warhol !). Un épisode éblouissant de créativité formelle, où l'inventivité du sujet côtoie une mise en image reprenant tous les codes du pop'art et de la sérigraphie selon son artiste emblématique. Un bijou de mise en forme séquentielle, hélas réservé aux lecteurs ayant un minimum de connaissances en histoire de l'art.

Le lecteur peut néanmoins être surpris par cette approche où le héros de la série brille par son absence ! Cette idée de réinventer la figure super-héroïque sur le terrain de la mythologie moderne s'avère en définitive très elliptique, puisque "L'Âge d'Or" est censé être autant celui des humains que des surhommes ! Exit la possibilité de voir briller Miracleman et Miraclewoman comme dans le premier comic-book de super-héros venus (en plus de découvrir une notion de l'"âge d'or" pas franchement attirante !) !
La dernière déconvenue éventuelle est imputable à l'approche graphique d'un Mark Buckingham débutant encore très loin de posséder les aptitudes qui feront sa renommée sur la série Fables. Choisissant systématiquement le principe de la photographie retouchée, l'artiste expérimente sans cesse diverses approches et le résultat définitif est extrêmement disparate, avec quelques choix plutôt... incongrus. Pour un peu, on se croirait en plein milieu d'une exposition d'art contemporain, où l'artiste ne chercherait jamais à épouser le point de vue du spectateur...

A l'arrivée, cette première partie du run de Neil Gaiman & Mark Buckingham est aussi étonnante que déroutante, évoluant sans cesse dans une sphère contournant systématiquement les clichés attendus d'un comics de super-héros.
Quelques années plus tard, les frères Wachowski se souviendront de la formule en initiant l'anthologie Animatrix, une série de courts métrages d'animation (et plus exactement des animes japonais et coréens) se situant dans l'univers de la saga cinématographique Matrix. Soit exactement le même postulat, puisque "Animatrix" développait l'existence des simples gens dans le monde de la "Matrice", laissant systématiquement les personnages principaux en hors-champ. Une preuve, s'il en est, de la force créative de Neil Gaiman qui, comme Grant Morrison avec ses Invisibles, aura laissé son empreinte dans le paysage du genre cyberpunk...
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Jun 20, 2016 8:30 PM MEST


STAR WARS - DARK VADOR T02
STAR WARS - DARK VADOR T02
par Kieron Gillen
Edition : Album
Prix : EUR 14,95

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Galaxy vice, 11 juin 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : STAR WARS - DARK VADOR T02 (Album)
Ce second tome de la série Dark Vador par le scénariste Kieron Gillen regroupe les épisodes #7 à 12 publiés initialement en 2015. Ces épisodes sont l'œuvre du dessinateur Salvador Larroca, avec une mise en couleur d'Edgar Delgado.
Bien évidemment, ce tome est la suite directe de STAR WARS - DARK VADOR T01 : VADOR.

Le "héros" le plus Dark de l'univers est de retour et mène toujours sa quête afin de déjouer les plans de son maître qui tente de le manipuler et de le maintenir à distance dans sa domination sur toute la galaxie.
Parmi tous les éléments que lui a cachés l'Empereur, le pire est sans doute l'existence de son fils et la mort étrange de Padmé Amidala. C'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase et qui achève de convaincre Dark Vador de mener en secret sa recherche du jeune Skywalker. Parallèlement, le seigneur noir avance également ses pions en se constituant peu à peu, en secret, une véritable brigade personnelle, qu'il utilise à ses propres fins.
Mais Palpatine n'est pas dupe : Il continue ainsi de surveiller son disciple de près en lui collant sur le dos divers huiles de l'Empire...

Kieron Gillen continue de se poser les bonnes questions et de creuser le terreau séminal qui mène à la future rédemption (et à la future trahison) de son personnage-titre. Sans doute en fait-il un peu trop dans la perspective de cette trahison puisque rien ne suggérait, dans les trois films originaux, que Vador avait commencé si tôt à trahir son maitre.
Pour autant, la chose n'est pas choquante. Car en effet, rien n'avait été dit, non plus, sur sa réaction face à cette révélation tardive quant à sa descendance. De fait, le lecteur découvre ces réactions par le biais d'un auteur qui propose sa propre vison de la chose, et qui ne trahit pas les fondamentaux de la saga. Alors pourquoi pas ?

Parallèlement, afin de meubler un peu son intrigue, Gillen va mêler à cette quête tout un tas d'éléments de l'ordre du polar (idée saugrenue au départ) dans un engrenage complexe que n'aurait pas renié Michael Mann ! Et c'est ainsi que le lecteur assiste à tout un imbroglio inter-galactique, mené par Vador et ses sbires, afin de détourner un convoi destiné aux coffres de l'Empire !
Cette sous-intrigue, immédiatement divertissante, dans le plus pur esprit du "feuilleton", voire du "serial", n'est pas des plus profondes mais permet quoiqu'il en soit de dynamiser une série par ailleurs très introvertie, qui plus-est axée sur un héros qui n'est autre que le plus grand méchant de tous les temps !
Les fans puristes regretteront sans doute cet élément purement divertissant au détriment d'une quête plus épurée, comme une descente aux enfers du côté obscur.

Les personnages secondaires sont plutôt intéressants. Echappant tous au manichéisme à l'eau de rose, ils apportent un peu d'humanité et de variété dans ce monde dominé par le mal. Mention spéciale aux deux "dark droïdes" du seigneur Vador, et notamment à "Triple Zéro", un droïde de protocole aussi charmant et pince-sans-rire que cruel au regard de sa spécialité, qu'il exécute avec zèle : la torture !
La belle Aphra, dans sa bataille incessante pour la survie (que vaut la vie d'une jeune femme seule dans cette galaxie ? raison pour laquelle elle aura choisi le côté obscur !), est également très attachante, tout en apportant une réelle note d'humanité dans un ensemble plutôt sombre.
Pour le coup, on trouve ici la principale limite de cette série : Elle ne peut résolument pas tourner autour de son personnage principal de manière exclusive puisque ce dernier n'est pas un héros mais un véritable méchant. C'est un réel paradoxe dans le sens où le personnage principal se retrouve parfois au second plan, ce qui peut s'avérer frustrant pour le lecteur venu ici suivre ses aventures...

Le dessin de Salvador Larroca est toujours aussi soigné et élégant. L'artiste trouve quand même très vite ses limites dès qu'il faut sortir du cadre naturaliste. En effet, les quelques monstres qu'il illustre ne sont pas très convaincants ! Pour le reste, il s'agit d'un travail impeccable, même si ce style un peu clinique ne sera forcément pas du goût de tout le monde.
Au final, cette série écrite par Kieron Gillen demeure d'une excellente qualité et, même si les choix scénaristiques de l'auteur ne feront sans doute pas l'unanimité, il y a de très bonnes idées et, quoiqu'il en soit, un respect optimal pour les fondamentaux de la mythologie consacrée...
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (4) | Permalien | Remarque la plus récente : Jun 13, 2016 9:55 PM MEST


STAR WARS T02
STAR WARS T02
par Jason Aaron
Edition : Relié
Prix : EUR 14,95

2 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 En quête d'un espace meilleur, 10 juin 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : STAR WARS T02 (Relié)
Ce second tome de la série Star Wars par le scénariste Jason Aaron regroupe les épisodes #7 à 12 publiés initialement en 2015. L'épisode #7 est mis en image par Simone Bianchi. Les épisodes #8 à 12 sont l'œuvre du dessinateur Stuart Imonem.
Bien évidemment, ce tome est la suite directe de STAR WARS T01: Skywalker passe à l'attaque.

- Episode #7 : Dans le tome précédent, Luke Skywalker avait découvert, dans la vieille habitation d'Obiwan-Kenobi (sur la planète Tatouine), un journal lui étant destiné. Nous suivons ainsi les mémoires du vieux chevalier jedi, durant toutes les années où il devait se cacher afin de protéger le jeune Luke...
Ce petit épisode de transition développe ainsi l'une des zones d'ombre de la saga originelle. Sans tomber dans la rétro-continuité, Jason Aaron imagine la vie quotidienne de l'ancien jedi en toute logique (comment rester caché lorsque l'on est un homme doté d'un grand pouvoir, et que la tentation d'utiliser ce pouvoir est quotidienne ?). Rien de révolutionnaire, donc, mais c'est un plaisir de retrouver un personnage important et charismatique dans une des zones du passé que l'on a toujours souhaité observer de près. La principale frustration vient du fait que le récit est trop court et que Jason Aaron ne possède donc que très peu d'espace (sic) afin de développer ces événements.

- Episodes #8 à 12 : Nos héros sont désormais séparés aux quatre coins de la galaxie. Tandis que Han Solo et la princesse Leïa sont échoués sur une planète où ils sont traqués à la fois par l'Empire et à la fois par une contrebandière qui affirme être l'épouse de Solo, Luke est désespérément en quête des vestiges de l'ordre jedi. Il finit par être fait prisonnier sur la planète Nar Shadaa (la lune des contrebandiers) par un seigneur Hutt, qui collectionne tous les vestiges en question...
Ouf ! Jason Aaron commence à se calmer sur les retcons outranciers (cette fameuse rétro-continuité faisandée qui, dans le tome 1, insinuait que la trilogie cinématographique nous cachait les événements principaux !), ainsi que sur l'action tous azimuts.
Enfin ! Le scénariste commence à creuser dans le terreau séminal du récit initial afin de nous raconter ce qui, entre les lignes de la trilogie cinématographique, manquaient à la mythologie de l'univers Star Wars. Puisque trois ans s'étaient officiellement écoulés entre Un Nouvel Espoir et L'Empire Contre Attaque, on peut effectivement imaginer que nos héros ont forcément vécu moult aventures. Mais de là à imaginer n'importe quoi, il y a des limites...

Dans le tome 1, Jason Aaron nous racontait vraiment des aventures niant complètement la structure originelle de la mythologie consacrée. Son accumulation de moments "énormes" et de révélations voulues inédites (et racoleuses) suggéraient en définitive que les films étaient incomplets, et que le meilleur était ailleurs.
Une forme de révisionnisme détruisant la source même du matériau littéraire. La preuve en un seul exemple : En confrontant une première fois Luke à Vador en toute rétro-continuité, Aaron vidait en amont le combat suivant (Episode V : L'Empire Contre Attaque) de toute son intensité...

Pour le coup, notre scénariste se pose ici les bonnes questions :
Quelles étaient les activités de contrebandier de Han Solo avant que ce dernier ne rejoigne la Rébellion (un passé forcément peu glorieux en comparaison de son acte héroïque à la toute fin de Star Wars - Episode IV : Un Nouvel Espoir) ?
Comment Luke a-t-il pu progresser tout seul dans sa connaissance de l'art jedi (soit l'une des ellipses les plus opaques du script initial de George Lucas et de Laurence Kasdan) ?
Pourquoi les vestiges du si prestigieux Ordre jedi ont-ils complètement disparu, au point de devenir un mythe ?
Autant de questions logiques, parfaitement diffuses dans l'idée de combler les vides entre les épisodes déjà existants, sans pour autant entrer en concurrence ou en opposition avec les faits établis.

Jason Aaron propose ainsi des réponses à ces questions, avec une cohérence accrue, qui faisait tellement défaut dans le tome précédent. Et je n'arrive toujours pas à comprendre le succès inconditionnel du premier tome. Je n'arrive pas à accepter que les fans se soient si facilement fait avoir avec ce fan-service racoleur, cette action bourrine à moitié décérébrée, au point d'enterrer en deux coups de cuillère à pot tout ce qui faisait la force et le charme envoûtant de la trilogie originelle : Son action magistralement distillée et l'intensité toute en retenue des moments-clés et des confrontations entre les personnages principaux...
Qu'est-ce à dire ? Que les fans de la saga Star Wars sont des spectateurs béats qui se nourrissent de ce que l'on veut bien leur donner, sans aucun discernement, sans essayer de regarder plus loin que le bout de leur nez ? Si tel est le cas, je ne donne pas cher de la franchise au rayon des comics, car l'éditeur Marvel aura vite fait de constater que s'il suffit de servir de la soupe pour contenter tout le monde, c'est de la soupe qu'il nous servira. Et très vite...

D'un point de vue graphique, le lecteur est gâté car le travail de Simone Bianchi puis celui de Stuart Imonem sont d'une extrême qualité dans le genre des comics mainstream. L'amour, ou tout au moins le respect adressé par ces artistes à l'univers Star Wars est tel que l'immersion est totale et, au moins de ce point de vue, il est impossible de bouder son plaisir à l'idée e replonger dans cet univers connoté...
Parmi les bonnes surprises, on peut également ajouter un sens du rythme et du découpage imparable, qui fait que la chose se lit d'une traite, ainsi qu'une scène jouissive où l'on peut admirer la fureur de Chewbaca (encore un élément qui manquait à la saga !) dans un mano-à-mano d'anthologie avec un redoutable chasseur de primes !

En bref, ce second tome aurait été presque parfait si Jason Aaron n'était pas retombé, au final, dans le racolage en réunissant de nouveau tous les personnages dans une bataille idiote et désincarnée où n'importe quel péquin semble savoir manipuler le sabre laser comme si de rien n'était. Car effectivement, cet arc narratif se termine sur une bataille assez vilaine dans laquelle les divers protagonistes semblent se vautrer au petit bonheur la chance. Encore un élément à ajouter aux précédents dans cette entreprise malodorante de réduire en poussière l'aura jusque là immaculée des fondamentaux de la saga originelle...
Comprenons-nous bien : Un bon divertissement, ce n'est pas que de l'action avant tout. Et surtout, ce n'est pas de l'action au détriment de l'histoire. Hélas, c'est bien trop souvent le cas dans les comics mainstream et c'est pour cette raison que, tel Don Quichotte, je tente d'apporter du feu aux moulins dont les hélices semblent être au service d'un perpétuel nivellement par le bas...
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Jun 13, 2016 1:03 PM MEST


X-MEN GENESE MORTELLE
X-MEN GENESE MORTELLE
par Ed Brubaker
Edition : Broché
Prix : EUR 22,00

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Hameçon rétroactif, 8 juin 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : X-MEN GENESE MORTELLE (Broché)
"X-men : Deadly Genesis" est une mini-série réalisée par le scénariste Ed Brubaker et le dessinateur Trevor Hersine en 2006.
Le récit se déroule peu après les événements du mega-crossover House of M ("HoM" en abrégé). Nous sommes dans la période appelée "Decimation", qui voit le nombre des mutants à travers le monde réduit à 198 individus.
La "Sorcière rouge" a ôté leurs pouvoirs à plus de deux millions de mutants. Certains d'entre eux ne sont jamais réapparus. Parmi ces mystérieux événements, demeure le cas particulier du "Professeur Xavier", le mentor des "X-men". Celui-ci a complètement disparu depuis "HoM".
L'histoire commence avec l'arrivée depuis l'espace d'un mutant de niveau "Omega". Personne ne le connait, mais ses intentions malveillantes ne font aucun doute. A moins que le passé des "X-men" comporte de bien mystérieuses zones d'ombres et des secrets inavoués. Il serait peut-être temps, alors, de retrouver le professeur afin de lever le voile sur ces terribles secrets, enfouis depuis trop longtemps...

L'éminent scénariste Ed Brubaker prend le destin de la série "Uncanny X-men" en main. Mais avant, il commence par cette mini-série. Il vient de rendre ses lettres de noblesse à la série Captain America, qu'il continue d'écrire de concert. Dans cette dernière, il a usé de rétro-continuité en opérant le retour inattendu d'un personnage qui avait disparu depuis les années 40 ! Celui-ci était en fait demeuré vivant, mais personne, ou presque, ne le savait... Manifestement, il désire en faire de même du côté des "X-men". Il va même plus loin, car en revisitant le passé depuis les événements relatés dans Giant Size X-men N°1 de 1975, ce sont carrément des figures inconnues des lecteurs qu'il va intégrer à la continuité de manière rétro-continue. Le tout en forme de scoop bien choquant, du style "tous ces terribles événements que le "Professeur X" nous avait caché depuis si longtemps !"...

Le plan de l'éditeur Marvel Comics semble évident : Il s'agit d'attirer les lecteurs tous azimuts par un plan marketing dans le sens le plus extrême du terme, qui commence par l'arrivée d'un scénariste de légende, qui a été tellement brillant jusque là et qui s'est montré particulièrement habile à manier la rétro-continuité. Le fait de commencer par une mini-série pourra également laisser penser que nous avons là une histoire relativement accessible, ce qu'elle n'est pas du tout ! Le lecteur de l'époque se retrouve ainsi devant le constat suivant : Voici une mini-série totalement événementielle, avec apparemment un début et une fin, la venue de plusieurs personnages enfouis dans le passé et demeurés jusque-là cachés dans le secret, et le retour tant attendu du "Professeur X" après les retombées de "HoM"...
En réalité, l'ensemble va se révéler plutôt factice et, surtout, complètement noyé dans une continuité complexe et tentaculaire, plutôt indigeste pour les lecteurs occasionnels...

C'était pourtant bien parti. Le premier épisode est une merveille de suspense et de tension. Le récit est immédiatement addictif et l'on veut rapidement en savoir plus sur ces mystérieux secrets enfouis dans le cerveau du "Professeur Xavier", qui a manifestement effacé la mémoire des "X-men". Et puis, évidemment, il y a aussi cet événement à lui seul qui consiste à assister au retour du professeur ! Qui plus-est, le dessin de Trevor Hersine est impeccable, et le découpage de ses planches est un modèle de narration tendue et acérée.
Hélas, au fur et à mesure des épisodes, l'ennui s'installe face à une série de révélations plutôt capilotractée, dans laquelle Brubaker échoue à réitérer sa prouesse exercée sur le passé de "Captain America". Et l'on prend conscience qu'il s'est sans doute attaqué à quelque chose de trop complexe, trop souvent remanié, et qu'il s'agit peut-être d'un rebondissement de trop, et d'une pirouette éditoriale davantage axée sur son aspect marketing qu'une véritable bonne histoire de "X-men".

Cette mini-série est donc strictement réservée aux complétistes de la continuité, pour qui il est indispensable de connaître sur le bout des doigts le passé de chaque personnage et qui accepteront de poursuivre l'aventure en repensant totalement des années et des années de lecture ainsi redéfinies...
Le constat est plutôt amer si l'on prend conscience que le destin des "X-men" est complètement indexé à la commande des studios Marvel qui, avec ses séries mainstream en général et ses séries mutantes en particulier, n'ont cure de l'intégrité de leurs créations, préférant plutôt fédérer des lectures addictives basées sur de l'événementiel factice...
Etrangement, cette histoire aura moins de répercutions sur l'univers des X-men que sur les grandes sagas cosmiques de l'univers Marvel, comme par exemple War of Kings.


Captain America : un an après
Captain America : un an après
par Ed Brubaker
Edition : Album
Prix : EUR 18,00

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Nostalgie éditoriale, 5 juin 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Captain America : un an après (Album)
Ce recueil de la collection deluxe dédiée au run du scénariste Ed Brubaker regroupe quatre épisodes (tous plus longs que la moyenne) de la série Captain America (#49 et 50, puis #600 et 601, la série reprenant sa numérotation historique à l'occasion du 600° numéro), publiés initialement en 2009.
Ce "mini-deluxe" s'intercale entre La Flèche du Temps et Renaissance. Dans l'ensemble, ces épisodes préparent le retour du personnage-titre autant qu'il fêtent le passage au N°600...

Au niveau du dessin, on accueille l'excellent Luke Ross sur l'intrigue principale (les épisodes #49 et 50 qui font suite à "La Flèche du Temps"). L'épisode #600, qui revient dans le passé des héros tout en tournant autour de la "Mort de Captain America", est illustré respectivement par tout un bataillon d'artistes et il est parfois difficile de tous les identifier (on reconnait parfaitement le passage de Howard Chaykin et David Aja, mais c'est plus difficile avec les autres). Certains segments sont même écrits par d'autres scénaristes (Paul Dini, Roger Stern, Mark Waid).
L'épisode #601 est entièrement dessiné par le grand Gene Colan et nous transporte dans la seconde guerre mondiale lorsque Captain America & Bucky combattaient l'envahisseur nazi en Belgique.

Ce recueil est vraiment spécial car l'intrigue développée dans "La Flèche du Temps" est plus ou moins laissée en suspens le temps de fêter en grande pompe deux événements : L'épisode anniversaire #600 et le retour programmé de Steve Rogers dans "Renaissance". Les épisodes #49 et 50 tournent bien autour de Bucky (qui a donc repris la panoplie de Captain America après la mort de Steve Rogers) et de Sharon Carter (avec la participation de Sam Wilson le Faucon), mais l'intrigue générale semble néanmoins faire une "pause", les personnages passant l'essentiel de leur temps à se rappeler de Steve Rogers par le biais de toute une série d'atermoiements et de souvenirs.
Comme dit plus haut, le très long épisode #600 est dédié à la "Mort de Captain America" et explore toutes les retombées de ce drame, à la fois sur l'entourage de Steve Rogers et à la fois sur les petites gens.
Pour autant, l'ensemble passe vraiment très bien car c'est particulièrement bien écrit et dessiné, et l'on ne s'ennuie pas une seconde dans cette mise en abîme virtuose du comic book tournant en boucle sur le même thème.

L'épisode #601 vaut à lui seul l'achat de ce recueil pour une plongée dans le temps à la fois dans le fond (retour dans les années 40 au temps où Captain America combattait les nazis en Europe) et dans la forme (Gene Colan ayant commencé sa carrière dans les années 50 où il était l'un des plus grands dessinateurs de son époque). Le style graphique possède une patine vintage qui participe au voyage et, même si l'artiste est beaucoup moins bon qu'avant, ses planches esquissées au crayon (par dessus lequel est directement appliquée la couleur) possèdent un charme qui fait corps avec le sujet. Nous faisons ainsi un bon dans le temps pour un petit récit horrifique puisque nos héros doivent combattre un mystérieux vampire ayant intégré un camp américain pendant la Bataille des Ardennes ! Une occasion de rendre hommage à la série des années 70 qui fit la gloire de Gene Colan : Tomb of Dracula !

En bref, du très bon comic book de super-héros, adulte, fort bien écrit, moins basé sur l'action que sur le style, le tout nimbé d'une très agréable couche de nostalgie en direction des comics vintages pour un personnage ayant déjà traversé sept décennies d'histoire éditoriale...
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (4) | Permalien | Remarque la plus récente : Jun 6, 2016 8:24 AM MEST


Peter Parker Spider-Man: A Day in the Life
Peter Parker Spider-Man: A Day in the Life
par Paul Jenkins
Edition : Broché

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 En dehors du temps, 3 juin 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Peter Parker Spider-Man: A Day in the Life (Broché)
Ce recueil regroupe trois épisodes de la série "Webspinners : Tales Of Spider-Man" (les #10, 11 et 12, ce dernier étant un épisode double). Il s'agit d'un arc narratif publié initialement en 1999, et qui s'intitule "A Day in the Life". Il est écrit par le scénariste Paul Jenkins et dessiné respectivement par Sean Phillips (épisodes #10 et 11) & J.G. Jones (épisode #12).

Changement de formule ! Manifestement, le principe de relecture des anciennes aventures de "Spidey", qui faisait l'apanage de la série, ne rameute pas les foules. "Webspinners" change donc de registre et retourne au temps présent tout en revisitant le passé ! Peter Parker est marié à Mary-Jane Watson et leur idylle bat de l'aile. C'est le moment qu'a choisit le Caméléon, le premier ennemi historique de Spiderman, pour exécuter son dernier baroud d'honneur...

On sent poindre l'ère Marvel Knights (en gros de 1999 à 2007), dans le sens où de grands auteurs de comics, en l'occurrence Paul Jenkins, peuvent raconter ce qu'ils ont envie sur un personnage le temps d'un récit auto-contenu.
Pour le coup, ces trois épisodes forment le type d'histoire idéale pour un lecteur adulte venu lire une simple et bonne histoire de Spiderman.
Trame conceptuelle, narration originale, récit introverti, personnages fouillés, tout concoure ainsi à faire de cet arc narratif quelque chose de plus qu'un simple divertissement où l'on trouve des super-héros et des super-vilains en slip qui se bastonnent.
Soit une nouvelle preuve que la communion entre le fond et la forme permet d'atteindre un niveau supérieur au sein de ce medium qu'est le comic book de super-héros.

Pourtant, à bien y regarder, il ne se passe pas tant de choses que cela dans cette histoire. Les personnages nous font part de leurs atermoiements dans une phase d'introspection extrême, ils parlent beaucoup, agissent peu. Mais qu'est-ce que c'est bon ! Car c'est superbement écrit, magnifiquement découpé et mis en image. Du pur art séquentiel, expérimental, exigeant, prenant. Parfait pour refermer le bouquin en se disant qu'on n'a pas été pris pour une bille !

Dans les deux premiers épisodes, l'action se déroule au temps présent et se termine de manière tragi-comique. Cette conclusion laisse néanmoins notre héros sous le choc, qui rentre chez lui très affecté.
Dans le troisième épisode (qui est double), Peter Parker se met alors à rêver de tous les êtres chers qu'il a perdus (Gwen Stacy, le Capitaine Stacy, Harry Osborn et l'oncle Ben) depuis qu'il a endossé le costume de Spiderman. Du déjà vu mille fois ? Oui... et non, pas du tout. Car Paul Jenkins va une fois encore nous raconter cela d'une manière plutôt originale. Peter rêve ainsi qu'il est allongé et retenu prisonnier par sa propre toile sur un lit de planches de comics, chaque planche représentant un épisode historique dominé par la mort d'un personnage important. Des planches qui vont soudain s'animer, tour à tour, afin de faire revivre au rêveur son passé...

A l'arrivée, voilà un petit arc narratif qui fait du bien. Bien écrit et extrêmement bien dessiné, adulte, original, à la fois nostalgique et étonnant, ce petit récit introspectif s'adresse tout naturellement aux anciens lecteurs de Spiderman souhaitant redécouvrir le personnage et son passé à travers des yeux adultes et artistiquement exigeants...
En VF, ces épisodes ont été publiés dans le magazine Panini "Spider-Man Extra N°22".
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Jun 4, 2016 9:08 AM MEST


L'île des morts, intégrale, tome 1 à 5
L'île des morts, intégrale, tome 1 à 5
par Mosdi
Edition : Album

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Gothic de Profundis, 31 mai 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'île des morts, intégrale, tome 1 à 5 (Album)
Cette intégrale regroupe les cinq tomes de la série "L'Île des Morts", sur un scénario de Thomas Mosdi et des dessins de Guillaume Sorel. Soit les albums "In Cauda Venenum" (1991), "Mors Ultima Ratio" (1992), "Abyssus Abyssum Invocat" (1993), "Perinde Ac Cadaver" (1994) et "Acta Est Fabula" (1996).

C'était une autre époque pour la bande-dessinée (la première moitié des années 90). En ce temps là, les séries fleurissaient de toute part et les auteurs se lançaient dans des projets divers sans même savoir comment ils allaient terminer leur histoire. Certaines séries étaient d'ailleurs abandonnées en cours de route.
"L'Île des Morts" n'échappe pas à la règle, tant le début de la série est différent de la fin. Toutefois le récit est bouclé au terme du cinquième album (de manière un peu abrupte, il faut l'avouer) et demeure, malgré tout, une belle réussite dans le genre gothique.

Le pitch : Au début du XX° siècle, à Paris, un jeune peintre (dont nous ne connaitrons jamais le nom !) se voit peu à peu attiré vers un monde souterrain obscur, qui prend ses racines depuis les sous-sols du cimetière du Père-Lachaise. Là, sorciers et créatures fantastiques semblables à des gargouilles transforment peu à peu son existence au point de lui faire perdre tout repère.
"L'Île des Morts", un tableau peint par Arnold Böcklin, est le point névralgique autour duquel des forces surnaturelles et occultes semblent s'orienter. L'œuvre maudite pourrait bien servir de passage à des entités très anciennes, enfouies dans les abysses, et qui n'attendent qu'une occasion pour revenir sur la surface de la Terre afin d'étendre leur pouvoir méphitique...

Ce simple résumé devrait déjà éveiller l'intérêt des amateurs de l'œuvre d'H.P. Lovecraft, tant le point de départ évoque Le Mythe de Cthulhu. A ce titre, et bien que la série de Sorel & Mosdi ne soit pas à proprement parler une adaptation officielle des nouvelles de l'écrivain de Providence, elle s'impose avec le recul comme une des meilleures transpositions de l'univers lovecraftien jamais réalisées à ce jour.

A ce postulat vient s'ajouter toute une toile de fond puisant ses sources dans bien d'autres horizons encore. Car au delà du "Mythe de Cthullu", "L'Île des Morts" va citer beaucoup d'autres références, dont le mythe du "Hollandais volant" ou encore la Commedia dell'arte. Mais surtout, le script explore d'une manière particulièrement persistante l'idée de l'œuvre donnant corps à l'imaginaire, puisque le tableau de Böcklin devient le passage d'un monde à l'autre. Soit l'idée que le pouvoir de l'artiste le rend capable de créer, au sens "divin" du terme, un univers tangible et séminal.

Le lecteur de passage n'appréciera pas forcément cette œuvre, car le parti-pris -relevé plus haut- de lancer une série sans vraiment savoir où la conduire rend la trame narrative parfois difficile à suivre. Pour autant, le talent des deux auteurs se révèle manifeste et le scénariste Thomas Mosdi parvient à retomber sur ses pieds avec une étonnante virtuosité. De la même manière, Guillaume Sorel livre des planches aussi complexes que sophistiquées et, bien qu'il faille parfois être extrêmement attentif pour en déchiffrer tout le contenu, il parvient sans cesse à garder intacte la fascination du lecteur, qui s'accroche au récit aussi désespérément qu'il le ferait sur une paroi au bord de l'abysse.

Il convient de l'avouer : Cette histoire infiniment gothique n'aurait jamais tenu la distance sans le talent incomparable de son metteur en image, qui faisait ici des débuts remarquables. Bien que son style évolue de manière drastique tout au long de ces cinq albums (les premières planches n'ont vraiment rien à voir avec les dernières !), il possède une puissance d'évocation époustouflante et ses images s'imposent comme la transposition picturale idéale afin d'illustrer le sujet consacré. C'est cette communion absolue entre le fond et la forme qui tire en définitive cette série vers le haut, où l'atmosphère et les sensations impressionnistes demeurent plus importantes que le script lui-même.
Le lecteur fait ainsi véritablement l'expérience de cette plongée dans l'essence du gothique, où le trait tourmenté du dessinateur se mêle aux vastes aplats de rouge et aux représentations dantesques d'édifices immémoriaux faits de colonnes et de voutes ancestrales, semblant avoir été édifiées par une race oubliée... Le résultat est fascinant, glauque, malsain, mais aussi sublime, pour reprendre le concept esthétique visant à établir une limite inaccessible vers un ailleurs terrifiant.

Bien qu'il soit d'un intérêt et d'une intelligibilité fluctuante, le scénario n'en demeure pas moins fascinant également. Parfois opaque, souvent instable, ondoyant, toujours poétique (on pense constamment à Edgar Poe), le récit brosse des tableaux plus souvent qu'il ne développe réellement une histoire. Et là encore, c'est d'expérience qu'il s'agit pour le lecteur, qui ressent l'histoire qui lui est racontée davantage qu'il n'en perçoit le déroulement (même si, en cours de route, de nombreuses explications sont bel et bien livrées).
A l'arrivée, voilà une série qui ne plaira pas à n'importe qui. Elle est destinée aux amateurs de récits gothiques fortement connotés, aux ambiances étouffantes et délétères, où suinte l'obscurité insondable la plus romantique, semblable aux caveaux des plus belles œuvres de l'art funéraire...

Par la suite, la carrière de nos deux auteurs sera florissante, notamment pour Guillaume Sorel qui connaitra le succès avec la série Algernon Woodcock, ou encore avec des one-shots particulièrement réussis, comme Le Horla.
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire | Permalien


L'île des morts
L'île des morts
par Thomas Mosdi
Edition : Album
Prix : EUR 15,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Gothic de profundis, 29 mai 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'île des morts (Album)
Cette intégrale regroupe les cinq tomes de la série "L'Île des Morts", sur un scénario de Thomas Mosdi et des dessins de Guillaume Sorel. Soit les albums "In Cauda Venenum" (1991), "Mors Ultima Ratio" (1992), "Abyssus Abyssum Invocat" (1993), "Perinde Ac Cadaver" (1994) et "Acta Est Fabula" (1996).

C'était une autre époque pour la bande-dessinée (la première moitié des années 90). En ce temps là, les séries fleurissaient de toute part et les auteurs se lançaient dans des projets divers sans même savoir comment ils allaient terminer leur histoire. Certaines séries étaient d'ailleurs abandonnées en cours de route.
"L'Île des Morts" n'échappe pas à la règle, tant le début de la série est différent de la fin. Toutefois le récit est bouclé au terme du cinquième album (de manière un peu abrupte, il faut l'avouer) et demeure, malgré tout, une belle réussite dans le genre gothique.

Le pitch : Au début du XX° siècle, à Paris, un jeune peintre (dont nous ne connaitrons jamais le nom !) se voit peu à peu attiré vers un monde souterrain obscur, qui prend ses racines depuis les sous-sols du cimetière du Père-Lachaise. Là, sorciers et créatures fantastiques semblables à des gargouilles transforment peu à peu son existence au point de lui faire perdre tout repère.
"L'Île des Morts", un tableau peint par Arnold Böcklin, est le point névralgique autour duquel des forces surnaturelles et occultes semblent s'orienter. L'œuvre maudite pourrait bien servir de passage à des entités très anciennes, enfouies dans les abysses, et qui n'attendent qu'une occasion pour revenir sur la surface de la Terre afin d'étendre leur pouvoir méphitique...

Ce simple résumé devrait déjà éveiller l'intérêt des amateurs de l'œuvre d'H.P. Lovecraft, tant le point de départ évoque Le Mythe de Cthulhu. A ce titre, et bien que la série de Sorel & Mosdi ne soit pas à proprement parler une adaptation officielle des nouvelles de l'écrivain de Providence, elle s'impose avec le recul comme une des meilleures transpositions de l'univers lovecraftien jamais réalisées à ce jour.

A ce postulat vient s'ajouter toute une toile de fond puisant ses sources dans bien d'autres horizons encore. Car au delà du "Mythe de Cthullu", "L'Île des Morts" va citer beaucoup d'autres références, dont le mythe du "Hollandais volant" ou encore la Commedia dell'arte. Mais surtout, le script explore d'une manière particulièrement persistante l'idée de l'œuvre donnant corps à l'imaginaire, puisque le tableau de Böcklin devient le passage d'un monde à l'autre. Soit l'idée que le pouvoir de l'artiste le rend capable de créer, au sens "divin" du terme, un univers tangible et séminal.

Le lecteur de passage n'appréciera pas forcément cette œuvre, car le parti-pris -relevé plus haut- de lancer une série sans vraiment savoir où la conduire rend la trame narrative parfois difficile à suivre. Pour autant, le talent des deux auteurs se révèle manifeste et le scénariste Thomas Mosdi parvient à retomber sur ses pieds avec une étonnante virtuosité. De la même manière, Guillaume Sorel livre des planches aussi complexes que sophistiquées et, bien qu'il faille parfois être extrêmement attentif pour en déchiffrer tout le contenu, il parvient sans cesse à garder intacte la fascination du lecteur, qui s'accroche au récit aussi désespérément qu'il le ferait sur une paroi au bord de l'abysse.

Il convient de l'avouer : Cette histoire infiniment gothique n'aurait jamais tenu la distance sans le talent incomparable de son metteur en image, qui faisait ici des débuts remarquables. Bien que son style évolue de manière drastique tout au long de ces cinq albums (les premières planches n'ont vraiment rien à voir avec les dernières !), il possède une puissance d'évocation époustouflante et ses images s'imposent comme la transposition picturale idéale afin d’illustrer le sujet consacré. C'est cette communion absolue entre le fond et la forme qui tire en définitive cette série vers le haut, où l'atmosphère et les sensations impressionnistes demeurent plus importantes que le script lui-même.
Le lecteur fait ainsi véritablement l'expérience de cette plongée dans l'essence du gothique, où le trait tourmenté du dessinateur se mêle aux vastes aplats de rouge et aux représentations dantesques d'édifices immémoriaux faits de colonnes et de voutes ancestrales, semblant avoir été édifiées par une race oubliée... Le résultat est fascinant, glauque, malsain, mais aussi sublime, pour reprendre le concept esthétique visant à établir une limite inaccessible vers un ailleurs terrifiant.

Bien qu'il soit d'un intérêt et d'une intelligibilité fluctuante, le scénario n'en demeure pas moins fascinant également. Parfois opaque, souvent instable, ondoyant, toujours poétique (on pense constamment à Edgar Poe), le récit brosse des tableaux plus souvent qu'il ne développe réellement une histoire. Et là encore, c'est d'expérience qu'il s'agit pour le lecteur, qui ressent l'histoire qui lui est racontée davantage qu'il n'en perçoit le déroulement (même si, en cours de route, de nombreuses explications sont bel et bien livrées).
A l'arrivée, voilà une série qui ne plaira pas à n'importe qui. Elle est destinée aux amateurs de récits gothiques fortement connotés, aux ambiances étouffantes et délétères, où suinte l'obscurité insondable la plus romantique, semblable aux caveaux des plus belles œuvres de l'art funéraire...

Par la suite, la carrière de nos deux auteurs sera florissante, notamment pour Guillaume Sorel qui connaitra le succès avec la série Algernon Woodcock, ou encore avec des one-shots particulièrement réussis, comme Le Horla.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : May 31, 2016 9:37 AM MEST


Captain America blanc
Captain America blanc
par Tim Sale
Edition : Album
Prix : EUR 14,95

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 It's a Wonderful Life, but not white, 28 mai 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Captain America blanc (Album)
Cet album (un one-shot) regroupe les six épisodes de la mini-série "Captain America Blanc", écrite par Jeph Loeb, dessinée par Tim Sale, avec une mise en couleur de Dave Stewart. Le premier épisode avait été publié en 2008. Puis le projet avait été abandonné, avant d'être miraculeusement exhumé en 2015 et publié finalement en 2016 !
Ce récit s'inscrit dans la ligne "colorée" de l’éditeur Marvel (une couleur symbolique pour chaque super-héros), à la suite de Daredevil Jaune, Spider-Man Bleu et Hulk Gris, disponibles dans le recueil Daredevil/Spider-Man/Hulk par Loeb & Sale, ou (dans un format encore plus beau) dans Les Héros Marvel.

Le concept de ces mini-séries consiste à revisiter le passé de certains des héros de l'univers Marvel, Jusqu'ici, le tandem Loeb/Sale s'était concentré sur la même période de l'Âge d'argent des comics de super-héros (les années 60). "Captain America Blanc" est ainsi leur première incursion dans l'Âge d'or (les années 40).
Mais ce qui fait toute la personnalité de ces créations en duo (car revisiter le passé des héros est une chose habituelle dans l'industrie du comic book) est bel et bien de remettre ces aventures dans le contexte de leur époque, non sans leur apporter un regard moderne.

Le pitch : Captain America a été retrouvé par les Avengers et délivré de la glace dans laquelle il survivait en hibernation depuis près de vingt ans (voir Intégrale Avengers 1963-1964). Il apprend alors que son jeune co-équipier, Bucky, n'a pas survécu. Pétri de culpabilité à l'idée d'avoir emmené un jeune garçon à la guerre, Steve Rogers se remémore alors les souvenirs marquants du temps où lui et Bucky affrontaient les nazis durant la seconde guerre mondiale, en compagnie du fameux Howling Commando...

Les trois mini-séries précédentes déroulaient à peu-près la même formule : Le héros de l'histoire se remémorait des souvenirs ayant attrait à une personne chère disparue. Mais il s'agissait à chaque fois d'une femme (une amoure perdue). Ici, il s'agit d'un garçon. Mais le principe reste le même, et l'amour est remplacé par l'amitié fraternelle.
Sur le principe de relecture des "origines de Captain America & Bucky", il est très intéressant de comparer le travail de Jeph Loeb & Tim Sale avec celui d'Ed Brubaker & Chris Samnee sur Captain America & Bucky : Masques (excellent arc narratif de la série régulière, publié en 2011). Ces derniers effectuaient à peu-près le même type de relecture, mais en transformant parfois radicalement les événements tels qu'ils furent publiés dans les années 40. Ainsi, les deux personnages ne se rencontraient pas de la même manière et la caractérisation de James "Bucky" Barnes était sérieusement revue et corrigée (avec une ambivalence appuyée, dans une sorte de mélange presque inquiétant entre le jeune compagnon jovial et affable et le tueur impitoyable, agressif, à la limite du psychopathe). Soit une modernisation radicale, à peine tempérée par le style graphique intemporel de Chris Samnee.
Du point de vue de la relecture, Jeph Loeb & Tim Sale optent à l'inverse pour un traitement respectant pleinement les éléments du comic book originel, dont ils ne modernisent finalement que la forme. Soit une nouvelle preuve de leur approche postmoderne.

Car le miracle de l'association Loeb/Sale a encore frappé ! Et l'osmose entre le Fond et la Forme s'avère une nouvelle fois optimale. Toute la réussite de ce tandem d'auteurs magique trouve ainsi sa substance dans cet équilibre virtuose entre le respect des codes de l'époque (naïveté, simplicité, innocence, prouesses complètement improbables) et le style de narration moderne (dialogues brillants, émotion accrue, voix-off prenante, découpage savant). Une alchimie proprement incroyable, d’une finesse inouïe, qui permet au récit de s'affranchir de toutes ses naïvetés inhérentes pour s'élever sur le terrain de la poésie, comme si les éléments formels (la Forme) devenaient les rimes au service de la prose (le Fond).

Evidemment, cette poésie ne devient possible qu'à travers l'art de Tim Sale. Un style cartoon intemporel où se mêlent la candeur, la naïveté et la grâce. Un traitement iconique immaculé, qui parvient à véhiculer l'esprit des comics d'antan dans la sphère contemporaine où s'égrène la sensibilité de Jeph Loeb, dominée par un amour sincère pour ces personnages de papier venus d'un autre temps.
Comme d'habitude, Tim Sale réduit le découpage de ses planches à leur plus simple expression en ne cherchant jamais à donner dans le réalisme, même si, l'espace de quelques vignettes, il peut soudain réaliser quelques images virtuoses, dominées par des compositions particulièrement sophistiquées (on songe par exemple à la séquence du musée du Louvre). Parallèlement, on pourra regretter une légère paresse par endroit, notamment lorsque le char d'assaut nazi se révèle n'être qu'un tank de pacotille, car aucun char allemand en 1941 ne possédait un tel canon !

Pour terminer, le miracle ne se serait pas non plus produit si les deux auteurs ne digéraient pas aussi bien leurs références visuelles et cinématographiques (soit une imagerie universelle immédiatement connotée). On se souvient que Daredevil Jaune s'abreuvait à la source des films noirs, des films de boxe et de toute l'ambiance romantique des années 60, restituant parfaitement l'atmosphère de l'époque consacrée. Idem pour Spiderman Bleu, où l'on retrouvait le parfum sucré des films de Blake Edwards. Seul Hulk Gris faisait une entorse à la règle en se tournant vers les films de monstres de la Universal (soit un bon de trente ans en arrière).
Ici, Jeph Loeb & Tim Sale reviennent à la formule qui veut que l'époque trouve une résonnance dans le cinéma de son temps et citent ouvertement les films de Frank Capra, chaque épisode s'ouvrant sur un titre du cinéaste (L'enjeu, Vous Ne L'emporterez Pas Avec Vous, Horizons Perdus, Un Trou Dans la Tête, Jour de Chance (mal traduit à l'époque de sa diffusion dans les salles françaises) et La Vie est Belle).

Les pinailleurs trouveront la référence gratuite mais, pourtant, elle s'impose naturellement. Il faut déjà se souvenir que le réalisateur américain, très impliqué dans le conflit, avait tourné plusieurs films de propagande et notamment la prestigieuse série Pourquoi Nous Combattons (Why We Fight) afin de soutenir l'effort de guerre et par extension tous les jeunes américains qui venaient combattre en France. Beaucoup d'autres grands réalisateurs en firent de même, d'ailleurs, comme par exemple Alfred Hitchcock en Angleterre. Il était donc tout à fait approprié que les auteurs adressent ce type d'hommage au plus grand cinéaste américain des années 40.
Enfin, Frank Capra était un auteur dont les films égratignaient l'American Way Of Life tout en étant pétris d'un amour inconditionnel pour l'Amérique. Un thème qui colle à la peau du personnage de Captain America depuis très longtemps (et qui trouvera son apogée à l'occasion de Civil War).

Ainsi, dans "Captain America Blanc", le lecteur peut découvrir peu à peu la symbolique choisie pour l'occasion : Le Blanc évoque la pureté et les valeurs à priori immaculées de l'Amérique, dont le super-héros à la bannière étoilée demeure à cette époque l'étendard vivant. Hors, la réalité du conflit et la perte d'un proche (en l'occurrence Bucky) vont amener le personnage à ne plus voir les choses en "noir et blanc", à sortir de son manichéisme primaire et ainsi à comprendre que la réalité n'est pas aussi "blanche" qu'il le pensait. Ainsi, cette note d’intention semble nous dire que Captain America n'était "blanc" qu’avant la mort de Bucky, et qu'il n'en sera plus jamais de même. Une prise de conscience qui atteindra peu à peu le monde des comics, puisque ces derniers vont lentement être rattrapés par des thèmes beaucoup plus graves au tournant des années 60... Et Jeph Loeb d'achever de nous livrer, par le biais de cette toile de fond diffuse et délicate, une des pièces incontournables de l'histoire éditoriale du personnage...

Pour terminer, quelques mots sur la participation du coloriste Dave Stewart, qui relaie ici ce daltonien de Tim Sale !
Comme à son habitude, l’artiste complète merveilleusement bien le travail du dessinateur en alternant les planches rouge fauve et les atmosphères turquoise, auxquelles viennent s’ajouter toute une gamme de vert émeraude, de mauves et de violets.
Cette palette tour à tour discrète ou flamboyante achève d’offrir une patine postmoderne à l’ensemble (qu’il est loin le temps des imprimeries aux trois couleurs primaires et aux points de trame !).

A l’arrivée, cette nouvelle création "colorée" dédiée aux super-héros Marvel transpire la personnalité de ses auteurs et parvient, tout comme les précédentes, à s’élever au dessus du tout-venant de la production de comics de super-héros en s’imposant comme une œuvre, tout simplement.
L'histoire qui nous est contée est pourtant d'une simplicité biblique qui, telle une épure, ne pourra pas plaire à tout le monde, notamment aux lecteurs en quête perpétuelle d'éléments démonstratifs.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : May 29, 2016 8:49 PM MEST


Page : 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11-20