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Tornado (Provence Côte d'Azur)

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La nuit du loup-garou
La nuit du loup-garou
DVD ~ Oliver Reed

1 internaute sur 2 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Léon, la Malédiction, 21 janvier 2017
Ce commentaire fait référence à cette édition : La nuit du loup-garou (DVD)
"La Nuit du Loup-garou" est un film d'horreur du studio Hammer Films réalisé en 1961 par Terence Fisher.
Etrangement, il s'agit du seul film sur le thème du loup-garou de la Hammer, le studio ayant par ailleurs produit une quinzaine de films sur le thème du vampire (dont huit dédiés à Dracula), sept films sur Frankenstein et quatre sur la momie.

Le pitch : L’Espagne, au XVIII° siècle. Parce qu’il joue de malchance en arrivant en plein milieu de la cérémonie de mariage de l'odieux marquis Siniestro, un mendiant se retrouve enfermé dans les geôles du château. Oublié dans sa sinistre cellule pendant des décennies, il finit par devenir fou et par régresser à un certain état animal. Et lorsqu’une servante se retrouve dans sa cellule pour avoir osé repousser les avances du vieux marquis, il la viole.
Quelques mois plus tard, la servante meurt en couche en mettant au monde un petit garçon, prénommé Léon. L'enfant est élevé par le vieux professeur Alfredo Carido, qui en fait son fils.
Dix ans plus tard, les chèvres de la région sont retrouvées égorgées, probablement par un loup. Le gardien du troupeau aperçoit le loup en question et lui tire dessus. Le lendemain matin, il faut extirper la balle de la jambe du petit Léon.
Dix ans plus tard, encore, Léon est devenu un homme grand et fort. Il semble avoir vaincu la malédiction du loup-garou grâce à l'amour de ses parents adoptifs. Mais que va-t-il se passer à présent qu'il part découvrir le monde ? un monde nettement plus cruel que sa bienveillante cellule familiale...

Toute la force du film de Terence Fisher (le réalisateur phare de la Hammer) est ici de faire du neuf avec du vieux, et pas seulement en mettant le mythe du loup-garou sous les feux de la technicolor (jusqu'ici, le mythe en question avait fait les beaux jours de la Universal avec les grands classique des années 30 et 40, comme Le Monstre de Londres, Le Loup-garou ou encore Frankenstein Rencontre le Loup-garou). Car le script d'Anthony Hinds, adapté du roman Le Loup-Garou de Paris de Guy Endore, apporte une dimension psychanalytique inédite à cette grande figure du fantastique.
Maudit par une ascendance malheureuse, Léon doit ainsi lutter constamment contre sa nature sauvage. Et seuls une bonne éducation et un milieu sain peuvent lui permettre de remporter ce combat intérieur. Soit une métaphore lumineuse de l'homme civilisé, capable du pire comme du meilleur selon sa condition familiale, son éducation, son milieu social, son parcours et ses choix personnels. C'est-à-dire selon le contexte dans lequel il évolue.

Au niveau de la tragédie et de l'horreur, Terence Fisher n'y va pas avec le dos de la cuiller et réalise un film d'une violence extrême pour l'époque. Comme il est de coutume de le faire chez la Hammer, le film est d'une plastique somptueuse, ce qui permet de faire passer les pires horreurs sous le vernis étincelant du gothique flamboyant qui fut sa marque de fabrique.
Le tournant des années 50 et des années 60 marque l'âge d'or pour le studio britannique qui, à ce moment là, ne réalise aucun compromis et aligne les projets et les concepts forts. A ce titre, "La Nuit du Loup-garou" est un véritable diamant noir, un modèle du genre qui parvient à réunir en son sein tous les antagonismes en faisant cohabiter miraculeusement la pire des tragédies et l'horreur la plus glauque avec la grandeur romanesque du récit et la beauté fulgurante de ses tableaux gothiques expressionnistes.
Le script n'épargne ainsi personne et va au bout de la tragédie, au sens grec du terme, sans chercher à séduire le spectateur autrement que par sa brillante mise en forme. Soit un idéal de film d'horreur classique.
Par la suite, les échecs au box-office condamneront la Hammer, peu à peu, à abandonner cette intégrité artistique pour essayer diverses formules, de plus en plus commerciales.

Dans le rôle de Léon, le grand Oliver Reed trouve ici à la fois son premier grand rôle principal (il avait fait une courte apparition dans le précédent film de la Hammer : Les Deux Visages du Dr Jekyll) et l'une des ses plus belles et bouleversantes prestations.
Au rayon maquillage, l’apparence du loup-garou, calquée sur celle de la Universal mais également sur La Belle et la Bête de Jean Cocteau, est une éclatante réussite, l’acteur parvenant à extérioriser une violence doublée d’une innocence impressionnante.
Mention spéciale, enfin, au long prologue du film, où l’affreux marquis Siniestro règne sur un banquet de toutes les cruautés et marque ainsi, par un enchainement du destin, l’ascendance maudite du pauvre Léon Carrido. Une séquence démente, d’une intensité cathartique quasiment égale au prologue, indépassable, du Chien des Baskerville !
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (6) | Permalien | Remarque la plus récente : Jan 22, 2017 1:53 PM CET


Fantastic Four, Tome 1 : Vive les Fantastiques !
Fantastic Four, Tome 1 : Vive les Fantastiques !
par Scott Lobdell
Edition : Broché

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
2.0 étoiles sur 5 Série en album, 19 janvier 2017
Ce commentaire fait référence à cette édition : Fantastic Four, Tome 1 : Vive les Fantastiques ! (Broché)
Ce premier tome de la collection 100% Marvel dédiée aux "4 Fantastiques" regroupe les épisodes #1 à 3 de la série "Fantastic Four - Vol.3".
L'ensemble, publié initialement en 1998, est réalisé par le scénariste Scott Lobdel et le dessinateur Alan Davis.

Ces épisodes commencent au moment où notre petite famille est de retour dans notre monde, après avoir été retenue dans une réalité parallèle par leur propre fils, après les événements d'Onslaught, tout au long de la période "Heroes Reborn" qui s'étala entre novembre 1996 et octobre 1997 (et ensuite dans le très long épilogue intitulé "Heroes Return").

Lorsque l'éditeur VF Panini Comics publie ces épisodes, il cherche la bonne formule pour sa gamme librairie. Ce premier tome de la collection 100% Marvel illustre ainsi une tentative de publier, sous la forme d'une collection d'albums, une série ongoing (une série en cours). Très vite, l'éditeur franco-italien va s'apercevoir que la formule est mauvaise car le format librairie est davantage adapté à la publication des histoires courtes possédant un début et une fin, ou à la limite à des séries qui proposent des arcs narratifs bien distincts, comme par exemple Daredevil. A ce titre, ce premier tome dédié aux Fantastic Four s'achève en plein milieu d'un arc narratif et ne possède ainsi pas du tout une fin en bonne et due forme puisque nous sommes ici en présence d'une série qui ne connait pas de fin programmée !
Par la suite, la gamme 100% Marvel va se recentrer sur la publication des mini-séries, des récits autonomes généralement bouclés en quatre, cinq ou six épisodes, à l'image de Fantastic Four, Tome 2 qui regroupe l'intégralité de la magnifique mini-série "1,2,3,4", réalisée par Grant Morrison & Jae Lee.

Le lecteur néophyte qui tomberait sur ce premier tome trouverait ainsi l'expérience particulière car il s'agit d'une série qui continue au delà et qui, malgré son reboot (une numérotation repartant de "1"), est prise en route après des années de publication ! Inutile de dire que cette lecture est réservée au lecteur de longue date de l'univers Marvel et que, donc, cette gamme d'albums librairie est à ce moment-là complètement incohérente dans cette formule de publication.

Pour ce qui est de ces trois épisodes signés Scott Lobdel & Alan Davis (le premier numéro étant un épisode double), on ne peut pas dire que ce soit mauvais, mais on ne peut pas dire non plus que ce soit bien passionnant.
Nous sommes ici en présence d’un matériel de comics mainstream noyé dans la continuité et la connexion avec les autres séries, qui s’adresse avant tout au complétiste ayant lu un peu tout de ce qui, à l’époque, était publié chez Marvel. Ainsi, le scénariste ne cesse de faire référence aux épisodes précédents de la série Fantastic Four et aux autres séries (Avengers, X-men), ainsi qu’à des crossovers divers et variés.

Côté scénario, Lobdel s’applique à renouer avec le cœur de la franchise "FF" en se concentrant sur les relations familiales de ses quatre héros (cinq, si l’on ajoute le petit Franklin), mélange de rapports sentimentaux et conflictuels, tout en ramenant des ennemis emblématiques sur le devant de la scène (comme par exemple l’Homme-taupe) et en imaginant des menaces à la hauteur du quatuor, faites de glissement entre les réalités ou les espaces parallèles. Pour le lecteur de passage, c’est quand même assez hermétique ! Disons que c'est du mainstream de base. Bien fait, mais qui ne raconte rien d'autre derrière ses intrigues balisées.

Côté dessin, le grand Alan Davis assure le spectacle avec son style à la fois consensuel (qui ne trouverait pas ça beau ?) et extrêmement élégant, où chaque personnage brille de son aura iconique. Depuis, il est encore devenu meilleur. Mais quand même, quelle classe !
Quoiqu’il en soit, on peut déconseiller cet album à tout le monde car, si le lecteur de passage trouvera ici une aventure sans début ni fin et donc très excluante, le spécialiste tombera également sur un exemple assez édifiant de publication complètement incohérente.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Jan 21, 2017 9:49 AM CET


The Two Faces of Dr. Jekyll [Import anglais]
The Two Faces of Dr. Jekyll [Import anglais]
DVD ~ David Kossoff
Proposé par London Lane France
Prix : EUR 255,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 La beauté du diable, 16 janvier 2017
Ce commentaire fait référence à cette édition : The Two Faces of Dr. Jekyll [Import anglais] (DVD)
"Les Deux visages du Dr Jekyll" ("The Two Faces of Dr Jekyll") est un film d'horreur du studio Hammer réalisé par Terence Fisher en 1960.
Le double rôle principal (celui du Dr Jekyll et de Mr Hyde) est interprété par Paul Massie, un acteur peu connu qui se révèle assez impressionnant dans sa prestation. Il est en revanche accompagné par deux interprètes très productifs, à savoir Dawn Adams, actrice spécialisée dans les seconds rôles et très présente entre les années 50 et les années 60, y compris à Hollywood, et surtout Christopher Lee qui, une fois n'est pas coutume, incarne un homme normal, et qui trouve par ailleurs l'un de ses meilleurs rôles.
Il existe un DVD en VF : Les Deux visages du Dr Jekyll

Le tournant de la fin des années 50 et du début des années 60 est un véritable âge d'or pour la Hammer, qui livre alors ses meilleurs films d'horreur gothique. "Les Deux visages du Dr Jekyll" s'inscrit ainsi dans une série de films exceptionnels, au milieu de La Revanche de Frankenstein, L’Homme Qui Trompait la Mort et La Nuit du Loup-garou.
Comme souvent avec Terence Fisher (le principal maitre d'œuvre de la Hammer), le film ne se contente pas d'illustrer en couleur l’un des mythes fondateur du fantastique ("Les Deux visages du Dr Jekyll" est l'une des principales illustrations du roman de Robert Stevenson après les classiques adaptions de 1931 et 1941), mais propose au contraire une approche originale et inattendue. Ainsi, comme le fera Jerry Lewis trois ans plus tard avec Docteur Jerry et Mister Love, Fisher propose ici d'inverser le processus en faisant du Dr Jekyll un homme plus ou moins diminué, qui va se transformer en un jeune dandy à la beauté aussi parfaite que la froideur de son âme.

Du début à la fin, le film explore la psyché de son personnage en le forçant à assumer les conséquences de ses actes. Aussi beau que brillant, Edouard Hyde est également doté d’un esprit froid et calculateur qui ne s’embarrasse d’aucune considération éthique et qui ne pense qu’à jouir de sa condition, sans se soucier des répercutions occasionnées par ses pérégrinations nocturnes. Dès lors, c’est à un bras de fer psychologique et intérieur que vont se livrer les deux personnalités du Dr Jekyll, chacune essayant en vain d’imposer sa domination à l’autre, espérant prendre définitivement le contrôle…

Peu à peu, alors qu’il découvre que son épouse, délaissée par son abnégation dans le travail et ses recherches scientifiques, le trompe avec son meilleur ami, le Dr Jekyll ne va penser qu’à la reconquérir. Econduit aussi bien sous sa forme de Dr Jekyll que sous celle de Mr Hyde, le pauvre homme va alors se trouver devant une impasse qui le conduira à violer sa propre femme sous l’emprise de son double maléfique !
Dans le rôle du meilleur ami jouant également un double-rôle, Christopher Lee compose un dandy presque aussi cynique que Mr Hyde, capable toutefois de contenir ses pulsions. Il sera néanmoins le vecteur de la chute de son ami (et par extension de la sienne), puisqu’il incarnera le modèle à dépasser, qui mènera ainsi Edouard Hyde à commettre le viol et le meurtre comme autant de passerelles vers l’objet de ses désirs…

Comme toujours avec les films de la Hammer, cette approche du film d’horreur est avant tout le prétexte d’écorcher la pudibonderie de l’Angleterre victorienne en dissimulant, sous les atours du fantastique, l’attrait des gens soi-disant vertueux et civilisés pour l’interdit libertinage…
D’une noirceur condamnant toute possibilité de rédemption, n’épargnant aucun personnage, "Les Deux visages du Dr Jekyll" s’impose au final comme un idéal de film d’horreur classique, dont l’aspect horrifique est avant tout psychologique, pour une plongée dans le mythe du dédoublement de la personnalité mené avec un savoir faire et une profondeur exemplaire.
En 1971, dix ans plus tard, la Hammer récidivera avec Dr Jekyll et Sister Hyde, poussant la relecture du mythe encore un peu plus loin...
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (3) | Permalien | Remarque la plus récente : Jan 21, 2017 12:43 PM CET


Fables tome 16
Fables tome 16
par Bill Willingham
Edition : Broché
Prix : EUR 17,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 A paper story, 14 janvier 2017
Ce commentaire fait référence à cette édition : Fables tome 16 (Broché)
Ce 16° tome (version couverture souple) est un événement en soi puisqu'il s'agit du premier crossover entre la série Fables et sa petite sœur : Jack of Fables. Il s'agit donc de la suite respective des albums L'Âge des Ténèbres et Le Grand Livre de la Guerre. Le recueil regroupe donc, en alternance, les épisodes #83 à 85 de la série Fables, #33 à 35 de la série Jack of Fables et les 3 épisodes de la minisérie "The Literals". L'ensemble a été écrit par Bill Willingham & Matthew Sturges, dessiné par Mark Buckingham, Russ Braun et Terry Akins, et publié initialement en 2010.

Afin de bien comprendre les tenants et les aboutissants de ce crossover qui s’écarte d’ailleurs temporairement des événements survenus dans le tome précédent de la série "Fables", il est nécessaire d’avoir suivi la série "Jack of Fables". Sinon, autant passer directement au tome 17…

Jack Horner a ramené avec lui les "Littéraux", c'est-à-dire les créateurs originels des divers univers (tous de la même lignée), des êtres conceptuels au dessus des Fables. Parmi eux, trois sont les plus puissants. Il y a "Gary l'Anthropomorphisme", capable de donner une vie humanoïde à n'importe quel élément. Il y a "Kevin Thorn", celui-là même qui a écrit toutes les histoires des Fables originelles. Et il y a "M. Revise", dont l'obsession d'effacer les créations du précédent devenues autonomes aura fait tout le sel de la série "Jack of Fables".
Aujourd'hui, Kevin Thorn est devenu fou et il est déterminé à effacer tout l'univers, jugeant que les Fables qu'il avait jadis écrites sont à présent complètement dégénérées.
Blanche-neige et Bigby se joignent donc à Gary, Revise et aux sœurs Page pour contrer le puissant Thorn qui, de son côté, s'est allié aux genres littéraires. Heureusement, "Page Blanche", le frère jumeau de Kevin Thorn, est de retour afin d'empêcher temporairement ce dernier de réécrire l'univers...

Bill Willingham & Matthew Sturges semblent se faire plaisir en mettant un terme à la série "Jack of Fables", dont il s’agit ici d’une conclusion davantage qu’une suite de la série principale (en VO, "Jack of Fables" comptera néanmoins encore trois tomes supplémentaires, jamais traduits chez nous). On retrouve ainsi ce côté déjanté qui faisait l’apanage des aventures de Jack Horner où, plus encore que dans les épisodes de "Fables", le lecteur est invité à considérer l’ensemble comme une histoire de papier où les personnages ne sont que des créations de l’esprit qui tentent néanmoins de s’émanciper et de vivre leur vie.
C’est toute l’originalité de cet univers créé par Willingham car, bien qu’il soit établi que tout est factice et malléable, on s’attache néanmoins à des personnages qui parviennent à obtenir une réelle consistance. Dès lors, il ne s’agit plus de lire une histoire en cherchant une quelconque crédibilité au sens classique du terme, mais en profitant plutôt de l’esprit vivifiant avec lequel on nous raconte une histoire dont le contenu factice est pleinement assumé. Un parti-pris que les auteurs respectent jusqu’au bout en intégrant au dernier moment la participation d’un autre littéral nommé "Dex", qui n’est autre que l’incarnation du Deus Ex-Machina !

Il s’agit donc d’une alchimie assez incroyable, où l’on réussit à mener le lecteur par le bout du nez tout en lui rappelant à chaque instant qu’il ne lit rien d’autre qu’une histoire abracadabrantesque où rien n’est véritablement crédible, et encore moins réaliste. Un méta-commentaire constant, où l’on ne se prive pas d’insérer au passage une belle critique de la religion qui n’est, en définitive, probablement rien d’autre qu’une histoire abracadabrantesque de plus à laquelle certains réussissent néanmoins à croire !

Ce n’est peut-être pas le meilleur épisode de la saga, mais il constitue un savoureux moment de bons mots et de franche rigolade, dont le sous-texte plein d’esprit nous récompense d’avoir poursuivi cette aventure jusque là.
Je ne m’attarderais pas sur les dessins, qui sont fonctionnels et professionnels sans être particulièrement remarquables, préférant mettre l’accent sur l’originalité et la personnalité brillante d’une série décidément hors du… commun (les connaisseurs comprendront l’allusion) !


Fables tome 14
Fables tome 14
par Collectif
Edition : Album
Prix : EUR 19,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 A paper story, 14 janvier 2017
Ce commentaire fait référence à cette édition : Fables tome 14 (Album)
Ce 14° tome (version couverture cartonnée) est un événement en soi puisqu'il s'agit du premier crossover entre la série Fables et sa petite sœur : Jack of Fables. Il s'agit donc de la suite respective des albums L'Âge des Ténèbres et Le Grand Livre de la Guerre. Le recueil regroupe donc, en alternance, les épisodes #83 à 85 de la série Fables, #33 à 35 de la série Jack of Fables et les 3 épisodes de la minisérie "The Literals". L'ensemble a été écrit par Bill Willingham & Matthew Sturges, dessiné par Mark Buckingham, Russ Braun et Terry Akins, et publié initialement en 2010.

Afin de bien comprendre les tenants et les aboutissants de ce crossover qui s’écarte d’ailleurs temporairement des événements survenus dans le tome précédent de la série "Fables", il est nécessaire d’avoir suivi la série "Jack of Fables". Sinon, autant passer directement au tome 15…

Jack Horner a ramené avec lui les "Littéraux", c'est-à-dire les créateurs originels des divers univers (tous de la même lignée), des êtres conceptuels au dessus des Fables. Parmi eux, trois sont les plus puissants. Il y a "Gary l'Anthropomorphisme", capable de donner une vie humanoïde à n'importe quel élément. Il y a "Kevin Thorn", celui-là même qui a écrit toutes les histoires des Fables originelles. Et il y a "M. Revise", dont l'obsession d'effacer les créations du précédent devenues autonomes aura fait tout le sel de la série "Jack of Fables".
Aujourd'hui, Kevin Thorn est devenu fou et il est déterminé à effacer tout l'univers, jugeant que les Fables qu'il avait jadis écrites sont à présent complètement dégénérées.
Blanche-neige et Bigby se joignent donc à Gary, Revise et aux sœurs Page pour contrer le puissant Thorn qui, de son côté, s'est allié aux genres littéraires. Heureusement, "Page Blanche", le frère jumeau de Kevin Thorn, est de retour afin d'empêcher temporairement ce dernier de réécrire l'univers...

Bill Willingham & Matthew Sturges semblent se faire plaisir en mettant un terme à la série "Jack of Fables", dont il s’agit ici d’une conclusion davantage qu’une suite de la série principale (en VO, "Jack of Fables" comptera néanmoins encore trois tomes supplémentaires, jamais traduits chez nous). On retrouve ainsi ce côté déjanté qui faisait l’apanage des aventures de Jack Horner où, plus encore que dans les épisodes de "Fables", le lecteur est invité à considérer l’ensemble comme une histoire de papier où les personnages ne sont que des créations de l’esprit qui tentent néanmoins de s’émanciper et de vivre leur vie.
C’est toute l’originalité de cet univers créé par Willingham car, bien qu’il soit établi que tout est factice et malléable, on s’attache néanmoins à des personnages qui parviennent à obtenir une réelle consistance. Dès lors, il ne s’agit plus de lire une histoire en cherchant une quelconque crédibilité au sens classique du terme, mais en profitant plutôt de l’esprit vivifiant avec lequel on nous raconte une histoire dont le contenu factice est pleinement assumé. Un parti-pris que les auteurs respectent jusqu’au bout en intégrant au dernier moment la participation d’un autre littéral nommé "Dex", qui n’est autre que l’incarnation du Deus Ex-Machina !

Il s’agit donc d’une alchimie assez incroyable, où l’on réussit à mener le lecteur par le bout du nez tout en lui rappelant à chaque instant qu’il ne lit rien d’autre qu’une histoire abracadabrantesque où rien n’est véritablement crédible, et encore moins réaliste. Un méta-commentaire constant, où l’on ne se prive pas d’insérer au passage une belle critique de la religion qui n’est, en définitive, probablement rien d’autre qu’une histoire abracadabrantesque de plus à laquelle certains réussissent néanmoins à croire !

Ce n’est peut-être pas le meilleur épisode de la saga, mais il constitue un savoureux moment de bons mots et de franche rigolade, dont le sous-texte plein d’esprit nous récompense d’avoir poursuivi cette aventure jusque là.
Je ne m’attarderais pas sur les dessins, qui sont fonctionnels et professionnels sans être particulièrement remarquables, préférant mettre l’accent sur l’originalité et la personnalité brillante d’une série décidément hors du… commun (les connaisseurs comprendront l’allusion) !
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Jan 15, 2017 9:36 AM CET


Dracula père et fils
Dracula père et fils
DVD ~ Christopher Lee
Prix : EUR 12,49

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5 Je ne veux pas être ton fils !, 13 janvier 2017
Ce commentaire fait référence à cette édition : Dracula père et fils (DVD)
"Dracula, Père & Fils" est une comédie fantastique française réalisée en 1976 par Edouard Molinaro. L'affiche est à la fois incongrue et joyeusement déviante puisque le duo-vedette incarnant Dracula et son fils est interprété par Christopher Lee, soit l'une des plus grandes incarnations du rôle dans l'histoire du cinéma (il a interprété Dracula onze fois, dont sept dans la série des films de la Hammer, à commencer par Le Cauchemar de Dracula) et... Bernard Ménez, soit l'acteur le plus inadapté, en théorie, pour incarner les goules des Carpates !

Le pitch : Au XIX° siècle, en Roumanie, le conte Dracula veut un fils. Il tombe amoureux d'une jeune femme et lui fait un enfant, avant de la vampiriser afin d'en faire sa compagne éternelle. Mais, lors de sa première chasse au sang, la belle se laisse prendre au piège du soleil levant et meurt brulée.
Le conte doit donc élever son fils, dénommé Ferdinand, seul. Le problème est que le petit vampire ne veut pas vampiriser ! Il doit donc être nourri au biberon... de sang.
Un siècle plus tard, le château de Dracula est réquisitionné par le régime communiste et le père et son fils doivent s'enfuir vers l'Europe. Pendant la traversée, ils sont séparés accidentellement, chacun pensant que l'autre a disparu dans des circonstances tragiques. Tandis que Dracula échoue en Angleterre où il devient rapidement une star de cinéma en interprétant des rôles de vampire, Ferdinand échoue en France où il devient très vite... SDF, condamné à dormir dans un cercueil de fortune, avec les laissés pour compte (des immigrés magrébins) et à mourir lentement de faim puisqu'il se refuse à vampiriser les vivants.
Mais lorsque le père vient tourner un film en France, les retrouvailles sont assurées ! Le père propose ainsi au fils de le rejoindre dans son hôtel, à l'abri du besoin. Après une période de joie, un conflit va opposer le père à son fils, car ils partagent tous les deux une attirance pour la même femme...

Bien évidemment, le film joue à l’envie de l’opposition entre la présence iconique de Christopher Lee et celle, complètement opposée et triviale du jeune Bernard Ménez. Contre toute attente, l’alchimie entre les acteurs fonctionne plutôt bien et tous les deux proposent une excellente interprétation, chaleureuse et truculente.
Comme à son habitude, Edouard Molinaro assure une mise en scène solidement construite et rythmée, car on est tout de même en présence d’un très grand réalisateur français, auteur de quelques authentiques chefs d’œuvre, comme Mon Oncle Benjamin ou L'Emmerdeur, ou encore d'une série de grandes comédies, comme Hibernatus, Oscar ou La Cage aux Folles.
Qui plus est, le scénario est l'œuvre d'Alain Godard et Vladimir Cosma s’occupe de la musique, soit une réunion des meilleurs auteurs de l'époque dans le domaine du cinéma français.

Le cinéma français et le genre fantastique... Voilà une alchimie qui a rarement bien fonctionné au delà des années 40 (après de très grands films comme La Main du Diable et La Beauté du Diable). "Dracula, Père & Fils" souffre également de cette carence et, à part une introduction "transylvanienne" assez réussie, le reste du film devient embarrassant dès lors qu'il joue sur un aspect fantastique que les auteurs sont manifestement incapables d'assumer.
A maintes reprises, le script aligne ainsi des séquences au contenu fantastique qui, faute d’assumer le genre, le font maladroitement évoluer vers la comédie, pour une série de gags qui tombent systématiquement à plat. Et c’est la gêne qui s’installe, comme une sorte de malaise face à un médiocre spectacle de magicien, dont les effets seraient presque tous ratés…
Edouard Molinaro avouera d’ailleurs avoir réalisé ici un film mineur, pour un résultat effectivement infructueux.

Et pourtant, ce script ne manquait pas d’intérêt. Le sous-texte propose effectivement deux niveaux de lectures derrière cette fable rigolote réunissant une famille de vampires mal assortis.
Faire de Bernard Ménez un vampire immigré qui n’a d’autre choix que de se terrer avec les magrébins en 1976 en disait effectivement long sur cette France assimilant les immigrés à des vampires parasites ! Quant à la relation entre le père et le fils, on avait là une illustration de l’Œdipe dans la grande tradition du genre ! Le film illustre ainsi le thème du début à la fin, puisque Ferdinand, qui n’a de vampire que l’ascendance (en opposition à sa nature propre), va tout faire pour s’émanciper de cette condition, jusqu’à tuer tout simplement le père afin de devenir, non seulement un homme comme les autres, mais un homme, avant tout…

Malheureusement, comme relevé plus haut, le film souffre d’une approche pataude de l’aspect fantastique, uniquement assimilé à travers une série de gags assez ineptes, qui ne font ni rire, ni sourire, et qui installent un malaise persistant où l’on se dit, en définitive, qu’il ne faudrait qu’une chiquenaude pour que "Dracula, Père & Fils" rejoigne la liste des gentils nanars du cinéma fantastique…
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Jan 15, 2017 1:11 PM CET


Les mondes cachés, Tome 2 : La confrerie secrete
Les mondes cachés, Tome 2 : La confrerie secrete
par Denis-Pierre Filippi
Edition : Album
Prix : EUR 14,20

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Entre magie et réalité, mon cœur balance..., 12 janvier 2017
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les mondes cachés, Tome 2 : La confrerie secrete (Album)
"La Confrérie Secrète" est le deuxième tome de la série "Les Mondes Cachés", elle-même conçue comme une suite (ou un spin-off) de la série Gargouilles. Ce second tome fait donc suite à Les Mondes Cachés, Tome 1 : L'arbre-forêt, chaque album constituant néanmoins une histoire complète et autonome.
Le scénario est écrit par Denis-Pierre Filippi. Le dessin est effectué par Sylvio Camboni et la mise en couleur est l'œuvre de Joëlle Comtois. Cette histoire a été publiée en 2016.

Le jeune Grégoire est toujours déterminé à faire une croix sur son passé de sorcier, afin de vivre simplement sa vie au cœur de Paris, en compagnie de son amie Itsuki, auprès de laquelle il aime se réfugier lorsqu'il souhaite oublier la morosité de son foyer, suite au divorce de ses parents. Mais, une fois encore, la magie semble destinée à le rattraper. Et elle prend désormais les atours d'une menace inattendue, lorsqu'une confrérie secrète apparait, bien décidée à pourchasser les derniers magiciens de ce monde...

Le premier tome était un enchantement. Enfantin mais pas infantile, il réussissait à trouver un merveilleux équilibre entre le monde de l'enfance, la naïveté du propos et une toile de fond universelle, destinant le récit aux lecteurs de tous âges, même s'il convient d'avouer que le cœur de cible était avant tout constitué des plus jeunes lecteurs.
Cette suite est clairement moins réussie. A tous les niveaux.

Premièrement, le scénario est plus convenu. Moins profond, il déroule une intrigue classique sans en répercuter les retombées sur l'existence quotidienne du jeune héros. Le premier tome était bien plus dense en ce qu'il développait une toile de fond qui explorait avec délicatesse les tourments de l'adolescence et le danger d'une existence vouée à l'échec dès lors qu'elle est dominée par le désir de fuir le réel. Cette suite ne restitue pas ce deuxième niveau de lecture de manière aussi évidente et le récit se résume presque à une simple aventure fantastique destinée aux enfants, entre un Harry Potter perdu dans une mythologie primaire et un "James Bond" juvénile à la Spirou & Fantasio.
Certes, l'histoire commence par les atermoiements du héros qui cherche désespérément à reprendre pied dans la réalité de son existence. Et donc à grandir. Mais il est sans cesse rattrapé par le monde de la magie, comme s'il était parti –tel Peter Pan- si loin du réel qu'il lui était désormais difficile d'y revenir. Un postulat très intéressant, malheureusement trop vite évacué au profit d'une intrigue un peu superficielle.
Au final, les personnages sont développés à gros traits et le jeune Grégoire n'est plus très attachant à force de se comporter comme un adulte blasé qui aurait déjà tout vécu et qui aurait, de ce fait, dix longueurs d'avance sur ses ennemis, ce qui, en définitive, désamorce la thématique relevée plus haut...

Deuxièmement, la partie picturale, qui faisait tout le sel du tome précédent, est également moins réussie. Il faut dire que, si le dessin de Sylvio Camboni sonne assez juste malgré son côté cartoon et anguleux, il demeure un peu fruste et ne prend sa dimension qu'avec la mise en couleur. Hors, ce dernier élément souffre de la comparaison avec le tome 1 car l'excellent Gaspard Yvan est ici remplacé par Joëlle Comtois. Si la nouvelle coloriste ne démérite pas, elle n'exécute pas un travail aussi extraordinaire que son collègue, et le résultat est donc un ton en dessous (c'est le cas de le dire). Il manque donc ce "petit plus" qui rendait "L'Arbre-Forêt" si spécial, si merveilleux, dans le sens visuel du terme.

Le lecteur passe encore un bon moment en compagnie de ce petit sorcier cherchant à retrouver une vie normale, notamment grâce à une mise en forme efficace, une dimension littéraire réussissant à éviter le manichéisme primaire et des dialogues toujours très soignés. Mais la profondeur et la poésie diffuse du premier tome manquent aujourd'hui à l'appel, condamnant ainsi ce deuxième opus à n'être, en définitive, qu'un petit livre pour enfant joliment écrit et dessiné. Vous allez me dire, c'est déjà pas mal ! ☆☆☆ et demi.
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La mastication du vampire dans son tombeau
La mastication du vampire dans son tombeau
par Kostas Zachopoulos
Edition : Broché
Prix : EUR 15,95

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5 Alive, undead, again..., 11 janvier 2017
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"La Mastication du Vampire Dans Son Tombeau" ("The Fang") est un graphic novel anglais réalisé en 2013 par le scénariste Kostas Zachopoulos et le peintre numérique Christos Martinis.
C'est l'histoire de Dracula, juste après la fin du roman originel de Bram Stocker. Les auteurs transforment la fin du roman en question et imaginent que le vampire a survécu. Au lendemain de son combat l'opposant à Abraham Van Helsing, Jonathan Harker et Quincey Morris, il se dirige vers le Nouveau Continent, bien décidé à faire de New-York son prochain terrain de chasse. Mais c'est sans compter sur la ténacité de ses ennemis, qui le poursuivent au delà des mers...

Voilà bien un livre pour lequel j'aurais aimé mettre 5 étoiles ! Hélas, la déception se sera imposée au fil de sa lecture.
Sur bien des points, ce comic-book se révèle extrêmement proche de Frankenstein, le Monstre est Vivant, réalisé au même moment par Steve Niles & Bernie Wrightson. Une similitude qui se joue autant sur le fond que sur la forme.
Pour ce qui est du fond, les deux œuvres imaginent une suite des aventures de leur monstre respectif en transformant la fin du roman initial, faisant ainsi revenir la créature à la "vie". Une vie apparemment éternelle, les deux personnages rivalisant de force et d'invincibilité.
Dans la forme, on retient une imagerie gothique similaire, faisant la part-belle à une série de planches magnifiques, illustrées dans un faux noir et blanc enrichi de toute une gamme de gris colorés rappelant évidemment l'âge d'or des Universal Monsters.
Dans les deux cas, les auteurs ont opté pour une histoire assez simple et une trame plutôt linéaire, sans grand originalité mais avec une plongée assumée dans une iconographie d'atmosphère qui se suffit à elle-même. Comme un voyage au cœur de la substantifique moelle gothique de ce matériel littéraire séminal.

C'est donc de concert que Frankenstein et Dracula viennent occuper les pages de ces bandes dessinées publiées à peu-près au même moment.
La différence se situe au niveau de la conception éditoriale puisque "Frankenstein, le Monstre est Vivant" est une série à suivre (on attend désespérément le tome suivant, repoussé par son illustre dessinateur pour des raisons de santé), tandis que "La Mastication du Vampire Dans Son Tombeau" est un one-shot.
C'est à ce niveau que ce dernier se révèle décevant. Car on a l'impression que l'histoire s'arrête en cours de route, un peu comme si l'on n'avait pas prévu assez de place pour la raconter.
Alors que toute la première partie est un enchantement, grâce évidemment à la somptueuse mise en image gothique et étouffante de l'illustrateur, la seconde entame une précipitation vers une fin en queue de poisson qui annonce la déception au fil des pages, le scénario semblant se diluer peu à peu, pour finir par s'évaporer comme si les auteurs ne savaient plus quoi en faire au moment du dénouement.

Dans son roman, Bram Stocker avait écrit un passage ébouriffant de suspense et de terreur, lorsque le conte Dracula, embarqué sur le cargo Demeter, décimait l'intégralité de l'équipage sur le chemin de Londres. Kostas Zachopoulos & Christos Martinis réalisent une sorte de remake de ce chapitre magistral sur presque toute la première partie du GN, soit les meilleurs moments de "La Mastication du Vampire Dans Son Tombeau", qui restituent superbement l'atmosphère horrifique et étouffante jadis évoquée par l'écrivain britannique.
La seconde partie, qui voit Dracula arriver à New York et investir les égouts de la ville, est également une réussite, même si le suspense redescend d'un cran. La mise en image est encore au diapason de cette ambiance délétère où les transformations du monstre en vapeur ou en créatures nocturnes se prêtent merveilleusement à la démonstration et au décorum.

Le soufflet retombe avec la dernière partie, lorsque le professeur Van Helsing et ses amis retrouvent la trace du vampire et commencent à l'affronter. Dès lors, le dénouement annonce une fin précipitée et l'ensemble devient quasiment incohérent puisque la lutte entre le monstre et ses ennemis, bâclée en un instant, en plus de ne pas tenir ses promesses, rend caduque toute la montée en puissance du récit. Et le titre (on ne parle même pas du titre incongru choisi pour la traduction française) perd soudain toute sa dimension, comme si, encore une fois, le récit était tombé des mains de leurs auteurs en cours de route. C'est franchement dommage.

Reste une très belle galerie de tableaux illustrés, à l'aura ténébreuse extrêmement sophistiquée, qui rappelle les moments les plus sombres de la très belle adaptation cinématographique réalisée par Francis Ford Coppola en 1992...
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Je suis Docteur Strange
Je suis Docteur Strange
par Collectif
Edition : Relié
Prix : EUR 22,00

8 internautes sur 10 ont trouvé ce commentaire utile 
2.0 étoiles sur 5 People Are Strange, 29 décembre 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Je suis Docteur Strange (Relié)
Ce recueil de la collection "Je Suis Marvel" consacré au personnage de "Docteur Strange" regroupe, comme tous les autres volumes de la collection, divers arcs narratifs (ou extraits) depuis le premier épisode jusqu'aux plus récents. A noter que la série dédiée au personnage a été publiée de manière irrégulière et plus ou moins sporadique et qu'il n'y a pas eu autant de choses publiées que pour d'autres séries plus populaires, comme Spider-man, Les X-men ou Les Avengers.
Précisons une fois encore que cette collection d'albums au prix abordable (ce qui est plutôt rare chez Panini Comics) ne regroupe qu'une sélection d'histoires très sélective et qu'elle ne constitue en rien un récit complet et encore moins une intégrale. Il s'agit donc d'une suite de petits récits choisis, parfois des extraits puisés au milieu d'une saga culte. L'idée est de présenter le personnage aux néophytes et, une fois n'est pas coutume, Panini a agrémenté la chose d'un rédactionnel substantiel avec une belle présentation pour chaque morceau choisi.
Le tout est publié en papier mat, ce qui sied parfaitement aux anciennes histoires datant des années 60, 70 ou 80, mais nettement moins aux plus récentes...

- La sélection débute par l'incontournable premier épisode (Strange Tales #110) suivi du tout aussi incontournable épisode consacré aux origines du personnage (Strange Tales #115), tous deux publiés en 1963 sur un scénario de Stan Lee et des dessins de Steve Ditko. Soit les deux créateurs du héros.
Ces deux épisodes historiques de neuf pages chacun doivent impérativement être replacés dans leur époque tant ils sont archaïques. Steve Ditko dessinait ses planches en roue libre et Stan Lee ajoutait par dessus une tonne de texte (cellules, phylactères et bulles de pensée) afin d'en raconter un maximum en un minimum d'espace. Le style de Ditko est encore précipité et l'ensemble rappelle les petites histoires des anthologies fantastiques publiées dans les magazines de l'éditeur EC Comics dans les années 50, comme Tales From the Crypt ou Crime Suspenstories. Deux petites histoires qui mettent en place, l'air de rien, une mythologie interne, ici au stade de fœtus. Bref, c'est simple, sans fioritures et historique. ☆☆☆

- Panini insère en deuxième position une épisode de la série dédiée à Spider-man (Amazing Spider-man Annual #2) datant de 1965 ("Le Monde Enchanté du Dr Strange"), toujours coréalisé par Lee & Ditko. Un épisode spécial où les auteurs en profitent pour opérer une rencontre entre leurs deux personnages et ainsi offrir une visibilité optimale au Dr Strange (qui ne bénéficiait pas du même succès que l'Homme-araignée !). Une forme de crossover archaïque, finalement.
Plus encore que les épisodes précédents, celui-ci n'a guère de valeur en dehors de son intérêt historique et de sa place dans la continuité, puisqu'il marque la rencontre entre deux personnages destinés à se rencontrer à l'occasion de maintes sagas importantes pour la suite de leurs "carrières" respectives. Il s'agit néanmoins d'un matériel old-school réservés aux aficionados car ce style de comics très naïf souffre désormais d'une narration théâtrale et ampoulée qui a vraiment très mal vieilli, servie par un dessin un peu abrupt, même s'il convient de reconnaitre que Steve Ditko est bien plus à l'aise dès qu'il s'agit de s'immerger dans le monde psychédélique du Dr Strange !
Panini n'ayant pas refait la traduction, il faut en plus supporter le travail calamiteux de Geneviève Coulomb sur cet épisode, parsemé de formules inadmissibles issues de la bouche de Spiderman ("Ils sentent que dalle", "Con de moi, comment j'ai pas compris ?!", etc.). ☆☆

- La sélection se poursuit avec le dernier arc narratif de la série illustré par Steve Ditko (Strange Tales #142 à 146), datant de 1966. A cette époque, les relations entre Stan Lee & le dessinateur se désagrègent pour cause de divergences artistiques et l'éditeur en chef de la Marvel passe donc les commandes à ses collaborateurs, c'est-à-dire Roy Thomas et Dennis O'Neil, qui se succèdent sur cette saga.
C'est l'époque où les auteurs définissent en profondeur la mythologie interne de la série en opposant le héros à ses ennemis emblématiques qui se nomment le "baron Mordo", "Dormammu" ou "Cauchemar". Pour autant, les histoires souffrent d'un caractère particulièrement infantile qui reflète la politique éditoriale de l'époque, soumise à un "comics-code" rigoureux qui destinait ces publications aux enfants. Très difficile à lire aujourd'hui avec un regard adulte entant que lecture pure, et l'on pense aux dessins animés qui passaient alors à la télévision (Mighty Mightor, par exemple), dont l'esprit naïf et ampoulé les rend aujourd'hui assez irregardables en dehors de leur effet nostalgique ! ☆

- L'épisode suivant, Dr Strange #177 ("Asmodeus et la Malédiction"), daté de 1969, nous sort la tête de l'eau, non pas grâce au scénario mainstream de Roy Thomas, mais bel et bien par la grâce des planches extraordinaires de Gene Colan. Ce dernier réussit l'exploit de donner une tonalité plus adulte à la série, alors que Roy Thomas fait tout pour la plonger au fin-fond de sa sphère infantile en affublant Stephen Strange d'un costume grotesque, dans le pur esprit des super-héros de l'époque, dans l'espoir d'attirer plus de jeunes lecteurs.
Et pourtant, on se surprend à tourner les pages avec un intérêt réel, tant le dessinateur parvient à conférer une atmosphère sinistre incroyable à une histoire somme toute complètement inepte ! ☆☆☆

- C'est un autre dessinateur de premier plan qui est mis à l'honneur avec Marvel Premiere #3 ("Le Monde Perd la Boule !"), publié en 1972, à savoir Barry Winsor-Smith. Celui-ci imagine lui-même un one-shot intimiste et original opposant le héros à l'un de ses ennemis récurrents. Hélas, entretemps, l'inénarrable Stan Lee s'empare des planches de l'épisode soi-disant pour en peaufiner les dialogues et, si l'on en croit le rédactionnel, sans rien dire à Mr Winsor-Smith, change complètement le déroulement de l'histoire ! Reste une curiosité dominée par le trait raffiné du co-créateur de la série Conan le Barbare. ☆☆☆

- On retrouve le grand Gene Colan avec Dr Strange #13 ("La Terre A Disparu !") publié en 1976 (la série ayant été rebootée en 1974), sur un scénario de Steve Englehart. Il s'agit du dénouement d'une saga publiée précédemment et, pris entant que lecture seule, l'épisode, un peu abstrait et tarabiscoté, est plutôt soporifique (et très ampoulé). Mais les planches de Colan, qui reprennent l'esprit psychédélique et chamarré des délires de Steve Ditko, assurent le spectacle. ☆☆ et demi.

- S'ensuit un grand classique avec le crossover "Le Tombeau du Dr Strange" (Tomb of Dracula #44 et Dr Strange #14 de 1976). Marv Wolfman & Steve Englehart, respectivement scénaristes sur les deux séries, nous content la première rencontre entre le Dr Strange et le Conte Dracula, qui s'affronteront à plusieurs reprises dans des combats de très haut niveau, par exemple dans Spider-man team-up #6 de 1997, où le scénariste J.M.DeMatteis réalisera un hommage direct au présent récit, sous la forme d'une suite référentielle.
Si Gene Colan (qui dessine les deux séries) nous offre encore un superbe panel de planches gothiques et iconiques, le scénario n'en demeure pas moins guindé, répétitif et pétri de clichés, assez hasardeux, alourdi encore par une narration balourde où les personnages commentent tout ce qu'ils font à haute voix en parlant d'eux à la troisième personne. ☆☆☆ pour le charme suranné d'un récit semblant sortir des studios Hammer...

- L'épisode suivant (Dr Strange Annual #1 de 1976), intitulé "Et Il Y Aura des Mondes Nouveaux", est encore dévolu à un dessinateur de premier plan : P. Craig Russell. L'artiste est crédité au scénario, bien que le rédactionnel indique que Marv Wolfman, alors rédacteur en chef de Marvel, a repris le récit pour lui donner une nouvelle orientation. Le résultat ne satisfaisait apparemment pas Russel, puisqu'il réalisa, en 1997, une sorte de remake de cet annual en forme de one-shot (alors intitulé "What Is It That Disturbs You, Stephen ?"), beaucoup plus proche de sa vision initiale.
Pour le coup, le scénario de cette version de 1976, où l'on voit Strange (à la recherche de sa bien-aimée Cléa) attiré dans un monde de fantasy dominé par deux sœurs illustrant la lutte entre le bien et le mal, ne vaut pas tripette et se révèle d'un ennui abyssal tout au long de ses 37 planches. C'est vraiment dommage car le style de Russel, qui évoque le raffinement décoratif tout en volutes végétales de l'Art Nouveau, est un régal pour les rétines.
L'autre volet intéressant de cet annual apparait dans sa mise en forme narrative : P. Craig Russel a choisi d'utiliser une voix-off qui restitue les pensées du Dr Strange et qui fonctionne ainsi comme un soliloque, évacuant de ce fait toute forme de cellule de texte ou de bulle de pensée. Ce procédé est exactement le même que celui qu'utilisera plus tard Frank Miller sur la série Daredevil (au début des années 80), qui révolutionnera la manière de raconter une histoire dans un comic book de super-héros ! C'est donc avec une très grande surprise que le lecteur découvre cette forme de narration sur un épisode datant de 1976. Certes, le style d'écriture conjugué de Russel & Wolfman est loin de posséder la classe et la force de celui de Miller, mais il s'agit là d'une surprenante découverte à une époque où les scénaristes sont encore cantonnés à une formule plutôt envahissante formée par la conjugaison et l'entrecroisement d'une multitude de procédés narratifs pas toujours très élégants. ☆☆ (pour le dessin).

- Avec l'arc narratif "Epée & Sorcellerie" (Dr Strange #68), on fait un bon dans le temps pour se retrouver en 1984, au moment où la série est sous l'égide du scénariste Roger Stern et du dessinateur Paul Smith. Soit un autre run culte en ce qui concerne l'historique de notre personnage.
A cette occasion, notre bon docteur vient en aide au "Chevalier Noir", un super-héros de seconde zone mélangeant le genre avec la chevalerie médiévale (!) ayant appartenu aux Avengers.
Bien que l'association de Roger Stern & Paul Smith possède un large panel d'admirateurs, il convient de reconnaitre qu'avec le recul, nous avons, là encore, du matériel old-school très médiocre, une histoire ridicule et une narration aussi légère qu'un troupeau de baleineaux. La relation sous forme de triangle amoureux entre Strange, Black Knight et Victoria Bentley est tartignole au possible et, l'espace d'un instant, on croirait lire un mélange entre l'univers Marvel et la série TV "Amour, Gloire et Beauté" !
Quant au dessin de Paul Smith, j'avoue n'avoir jamais compris comment le bonhomme pouvait à ce point fédérer autant d'admirateurs. Des personnages figés ayant tous la même tête et les mêmes expressions... Voyons, voyons... N'aurions-nous pas trouvé l'ancêtre de Steve Dillon ? Mais il est de coutume de célébrer, depuis la réhabilitation d'Alex Toth, les dessinateurs prônant le parti-pris de l'épure... Toutefois, le dessinateur ne s'en sort pas trop mal ici grâce à l'encrage extrêmement élégant de Terry Austin, qui rehausse grandement le trait monotone de son collègue. ☆ et demi...

- On touche le fond avec "Le Retour des Défenseurs" (The Return of the Defenders part 4 : Dr Strange : Sorcerer Supreme Annual 2), réalisé en 1992 par le scénariste Roy Thomas et le dessinateur M.C. Wyman. Il s'agit d'un crossover entre quatre séries, histoire de mettre en scène, comme indiqué dans le titre, le retour des quatre membres originels de cette équipe super-héroïque (Dr Strange, Hulk, Namor et Silver Surfer).
On se doutait bien que cette compilation ne pouvait pas faire l'impasse sur les "Defenders", car Stephen Strange a été un membre actif de cette formation (fondée en 1971 par le même Roy Thomas) qui représente ainsi une partie non négligeable de sa "carrière".
Voilà une autre histoire particulièrement indigeste, dont on ne nous montre ici que le dénouement. Soit 23 pages de cacophonie en forme de bagarre de bac à sable, nos quatre puissants héros (accompagnés du jeune Rick Jones) affrontant un certain "Savage", lui-même flanqué de deux sbires belliqueux (deux autres vilains nommés l'apprenti-sorcier Lucian Aster et le sorcier-alien Shanzar), pour une suite ininterrompue de bastons insupportables, où les personnages s'échangent leur corps, font des blagues en plein milieu de l'action, illustrant à merveille le principe de la partouze super-héroïque, superbe métaphore, quand on y pense, de cet étrange fantasme qu'ont les fans à vouloir voir un maximum de bonshommes en slip se vautrer les uns sur les autres...
Le dessin, fonctionnel, ne nivelle pas vraiment l'ensemble par le haut et, si l'on ne fait pas partie du club (ceux qui trouvent cela fun, divertissant ou je ne sais quoi d'autre), on tourne les pages avec un ennui abyssal le long d'une succession de combats sans aucun suspense ni aucun enjeu dramatique.
Aucune étoile : De la matière fécale bruyante et vulgaire. Au secours ! A l'aide ! Sauvez-moi !

- S'ensuit une petite récréation sympathique avec un court one-shot de 10 pages écrit en 2006 par Stan Lee et illustré par le grand Alan Davis (Stan Lee Meets Dr Strange #1). On fait un saut de plus de vingt ans car le personnage n'étant pas très populaire, il n'a bénéficié d'aucune série régulière pendant tout ce temps.
Stan Lee se met ici en scène lui-même et joue avec malice de sa réputation de démiurge mégalomane. On le voit flâner distraitement un soir d'hiver dans les rues de New York. Apercevant dans un comic-shop une figurine du Dr Strange, il décide soudain de se rendre dans le domicile de ce dernier. Il découvre alors une boutique de souvenirs où tout est payant, y compris la rencontre avec le sorcier suprême, même pour son créateur !
La mise en abîme est sympathique et Alan Davis nous fait un beau cadeau en livrant dix planches somptueuses, dans lesquelles la mythologie du personnage est illustrée comme autant de divagations référentielles à destination du lecteur. ☆☆☆☆

- On termine la compilation avec un one shot publié en 2014 (New Avengers Annual # 1), intitulé "Automédication". Le scénariste Frank Barbiere et le dessinateur-illustrateur Marco Rudy imaginent un récit alternant le souvenir douloureux du premier échec de Stephen Strange entant que neurochirurgien avec un combat mené au temps présent contre une entité démoniaque ayant pris possession d'une jeune princesse dans une région reculée du monde (probablement le Tibet). Le récit illustre alors le point jusqu'auquel le personnage est capable d'aller afin de remporter ses combats et d'acquérir davantage de pouvoir, même lorsqu'il s'agit de plonger dans la magie noire...
Depuis longtemps, déjà, l'univers du Dr Strange flirte avec celui de l'écrivain HP Lovecraft. Cet épisode est la concrétisation parfaite de cette confluence, mêlant les deux mythologies dans une osmose pleinement accomplie.
Le récit, déconnecté de la série New Avengers, peut se lire de manière totalement autonome et justifie à lui-seul l'achat de ce recueil tant il est somptueux, autant dans le fond que dans la forme. Si le scénario en lui-même est à la fois profond et fédérateur dans la perspective d'illustrer le mythe du personnage (dont les résonnances du passé apportent du sens aux actions du présent), la mise en image offre une vertigineuse plongée dans ce que l'art séquentiel peut posséder de plus abouti entant que medium artistique pur. Le découpage et la construction des planches, aussi virtuoses que splendides, sont un pur enchantement et Marco Rudy rivalise ici avec J.H. Williams III, dont on se souvient encore du travail éblouissant sur la série Batwoman. On prend alors, n'en déplaise aux puristes pour lesquels les premières histoires sont toujours les meilleures malgré leur qualité narrative épouvantable, la mesure des progrès effectués en matière de mise en forme artistique depuis quelques années au rayon des comics de super-héros. ☆☆☆☆☆

Au final, ce recueil consacré à l'histoire éditoriale du personnage de Dr Strange est une entrée en matière plus ou moins intéressante pour le néophyte. Si la compilation peut se justifier dans sa volonté d'illustrer les diverses périodes de cette publication, elle nous propose néanmoins un panel d'épisodes à la qualité souvent calamiteuse au rayon du scénario. La partie graphique est cependant très appréciable, et le livre en lui-même est assez bien fait. On regrettera tout de même, au niveau du rédactionnel, la participation des sbires de Panini Comics (Aurélien Vivès et Jérémy Manesse) qui, autour de Christian Grasse, ne peuvent s'empêcher de faire, toutes les trois lignes, de la pub pour les autres livres parus chez leur employeur, voire même pour le film de Scott Derickson sorti cette année...
En bref, un recueil réservé soit aux amateurs de comics old-school pas très regardants sur le contenu du scénario et sur le style de la narration, soit aux curieux ne souhaitant pas investir dans la collection des Intégrales. ☆☆ et demi pour le tout.
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Docteur Strange et Docteur Fatalis
Docteur Strange et Docteur Fatalis
par Roger Stern
Edition : Album
Prix : EUR 26,00

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Voyage au bout de l'enfer, 24 décembre 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Docteur Strange et Docteur Fatalis (Album)
"Triomphe et Tourment" est un graphic novel réalisé en 1989 par le scénariste Roger Stern et le dessinateur Mike Mignola (avec un encrage et une mise en couleur effectuée par Mark Badger). A noter que Roger Stern aura mis plus de dix ans à finaliser ce projet, qu'il avait commencé à imaginer dès la fin des années 70.
L'éditeur Panini Comics propose ici une publication en format king-size agrémentée d'une jaquette qui se déplie sous la forme d'un poster. Le tout est accompagné d'un rédactionnel substantiel (présentation, interview, affiches promotionnelles...), offrant à l'ensemble son statut de "bel objet" de collection.

Le pitch : "Genghis", le plus vieux sorcier du monde, qui vit dans l'Himalaya, lance tous les cent ans un défi à tous les sorciers de la Terre. Une épreuve qui définira lequel d'entre eux mérite le titre de "Sorcier suprême". Aujourd'hui, de nombreux concurrents répondent à l'appel, dont bien évidemment le Dr Strange mais aussi, de manière surprenante, le Dr Fatalis !
Comme on pouvait s'y attendre, c'est le Dr Strange qui remporte le concours. Mais Fatalis, qui est arrivé deuxième, gagne le droit d'émettre un vœux. Il formule alors celui que Strange l'accompagne jusqu'au fin-fond des enfers, afin de l'aider à délivrer sa mère, dont l'âme est prisonnière de Méphisto, le maitre des lieux...

Enfin un récit autonome ! C'est si rare ! D'autant qu'il réunit ici deux figures de l'univers Marvel propres à générer un récit sortant un peu du cadre habituel opposant les gentils contre les méchants. C'est tout l'intérêt d'avoir imaginé cette histoire centrée sur le Dr Fatalis (aujourd'hui connu sous le nom de "Dr Doom", comme dans sa version américaine originelle). Un personnage sinistre mais complexe, animé d'une soif de pouvoir où perce malgré tout la lueur d'une humanité à fleur de peau, tiraillée entre le désir du triomphe et celui des tourments...
Idéal pour le lecteur de passage, qui découvrira par ailleurs tout un tas d'éléments sur le passé du souverain de la Latvérie (le royaume imaginaire d'Europe centrale gouverné par Fatalis) et du sorcier suprême, avec tout un développement sur la mythologie interne liée à ces personnages. C'est tout le savoir-faire du scénariste Roger Stern, qui galvanise ici tous les fondamentaux de ses deux figures principales, dans un récit unique se suffisant à lui-même. En ces temps de publication connectée à l'extrême (les récits de ce genre n'existent plus au milieu de ce crossover géant qu'est devenu le Marvel contemporain), on tient là une exception précieuse.

L'autre principal intérêt de ce graphic-novel tient à la mise en forme de l'ensemble. Alors que Roger Stern confère une dimension plus mature que la moyenne à son récit (très peu de bulles de pensée, des dialogues moins ampoulés et une narration plus fluide pour un récit à la teneur plus sombre et plus adulte que sur les habituelles séries mainstream), Mike Mignola compose une série de planches au découpage extrêmement sophistiqué, malgré une impression de dynamisme brut, comme si le tout était jeté sur les pages de manière urgente et spontanée. Enfin, la mise en couleur façon aquarelles fauves de Mike Badger achève d'offrir à l'ensemble une puissance iconique majestueuse, donnant toute sa mesure au royaume des enfers dominé par la terrible figure archétypale de Méphisto.

Bonne pour tous les lecteurs, cette histoire ravira les fans du Dr Strange et surtout ceux du Dr Fatalis car les personnages bénéficient ici d'une caractérisation épurée mais profonde, le scénariste réussissant à extraire la substantifique moelle de leur potentiel mythologique. La dimension tragique du souverain de Latvérie lui permet ainsi de transcender son rôle d'antagoniste, jusqu'à lui conférer une imposante noblesse, doublée d'une témérité sans limites.

Pour autant, je voudrais tempérer l'enthousiasme des fans qui crient au chef d'œuvre car tout n'est pas parfait dans "Triomphe & Tourments". Si les qualités relevées plus haut ne peuvent pas être remises en cause, Roger Stern n'est pas Frank Miller et son écriture souffre quand même de la lourdeur des scénaristes mainstream de l'époque. La première partie centrée sur le concours de sorciers est plutôt balourde et ridicule et, avec le recul, ne sert que de prétexte bancal à réunir les deux protagonistes principaux. On y retrouve la plupart des tares de ce type de lecture, avec ses tournures naïves et ses sempiternelles bagarres de bac à sable infantiles.
La mise en image, si elle nous offre également des planches mémorables, souffre d'une vacuité certaine selon les vignettes, le dessin de Mike Mignola (qui ne possède pas encore le style affirmé qu'il développera sur Hellboy) et l'encrage de Mike Badger étant tout deux orientés vers l'esquisse (ce qui est contreproductif quand on y pense). Ainsi, certaines pages sont plutôt bâclées et, même si ce que j'écris ici passe pour une hérésie étant donné le statut de culte auquel cette histoire est désormais associée, j'ai bien peur que ce soit néanmoins la réalité...

Au final, voici un récit complet Marvel de très grande qualité, bon pour tout type de lecteur. Une histoire essentielle pour les amateurs, qu'ils soient fans de l'un ou de l'autre de ces personnages, ou bien seulement de l'univers partagé Marvel.
Et si tout n'est pas aussi parfait que ceux qui essaient de faire passer les vessies pour des lanternes essaient de vous le faire croire, "Triomphe & Tourments" demeure, après toutes ces années, dans le haut du panier des grandes histoires de la "Maison des idées". A ranger dans toutes les bonnes bibliothèques au rayon des comics Marvel, à côté des perles comme La Dernière Chasse de Kraven, La Mort de Captain Marvel, Dieu Crée, L'homme Détruit, L'arme X ou Daredevil : Renaissance.
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