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Tornado (Provence Côte d'Azur)

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La Fille de Dracula
La Fille de Dracula
DVD ~ Otto Kruger
Proposé par DIRECT_DVD_EU
Prix : EUR 15,99

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5 Le poids de l'héritage, 28 février 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : La Fille de Dracula (DVD)
C'est la première fois que le film a l'honneur d'une édition en DVD pour lui tout seul (mais pas en blu-ray, hélas, le film n'ayant probablement pas encore été restauré en HD). On pouvait néanmoins déjà le trouver en VF dans le Coffret Dracula - Édition Collector 3 DVD en compagnie de "Dracula", "Dracula - version espagnole", "Le Fils de Dracula" et "La Maison de Dracula" !

Le pitch : Le "Comte Dracula" est mort. "Marya Zaleska", sa fille, vient brûler son corps, espérant ainsi être libérée de la malédiction puisqu'elle est elle-même un vampire. Mais il semblerait que la malédiction soit tenace...

"Dracula's Daughter", douzième film de la série des "Universal Monsters", est réalisé par Lambert Hillyer en 1936. Il s'agit de la suite directe du "Dracula" original, réalisé en 1931, avec Béla Lugosi. En revanche, Lugosi ne joue pas dans le film, contrairement à ce que prétendaient la plupart des affiches racoleuses de l'époque ! Effectivement, l'acteur Hongrois ne reprendra le rôle qu'une seule fois dix-huit ans plus tard (alors que tout le monde est persuadé qu'il a passé sa vie à incarner ce personnage !), dans la parodie Abbott et Costello Contre Frankenstein...
Ici, c'est l'actrice Gloria Holden, une actrice au physique très "slave", qui interprète le "monstre".
Les scénaristes s'inspirent vaguement de L'invité de Dracula, une courte nouvelle écrite par Bram Stocker dans laquelle Jonathan Harker fait la connaissance d'une femme-vampire en Transylvanie. Cette figure féminine est ici reprise comme un prétexte ("et si c'était la fille de Dracula ?").
Cette suite forme une sorte de boucle avec le premier film, puisqu'elle est construite sur le schéma inverse : Le récit débute à Londres et s'y déroule en majeure partie sous une forme de huis-clos entre une poignée de personnages, avant de se terminer en Transylvanie dans les dix dernières minutes. L'acteur Edward Van Sloan reprend le rôle du "professeur Van Helsing" et le film commence au moment même où ce dernier vient de planter un pieu dans le cœur du "Comte Dracula", que l'on aperçoit dans son cercueil (un mannequin avec un masque de cire reprenant les traits de Béla Lugosi !).

Pour l'essentiel, "Dracula's Daughter" souffre des mêmes défauts que le film de 1931 : Il s'agit d'un enchaînement de séquences extrêmement bavardes et statiques, hormis les dix minutes dans lesquelles l'action se situe en Transylvanie, où l'on reprend d'ailleurs les mêmes décors que le film original. L'esthétique gothique et les images au noir et blanc expressionniste sont bien présentes, mais sous-exploitées puisque la majeure partie de l'action se déroule dans les pièces de quelques maisons londoniennes qui procurent un résultat apathique proche des pièces de théâtre.
Il s'agit donc d'une suite en forme de film mineur perdu au milieu de la prestigieuse série des "Universal Monsters". Elle sera de toute manière plus ou moins "oubliée" par le studio puisque plus tard, à partir de House of Frankenstein, le "Comte Dracula" et son cercueil réapparaitront, comme si ce dernier n'avait jamais été brûlé par sa fille, à laquelle il ne sera d'ailleurs plus jamais fait allusion...
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (4) | Permalien | Remarque la plus récente : Jul 5, 2016 6:07 PM MEST


PROVIDENCE T01
PROVIDENCE T01
par Alan Moore
Edition : Relié
Prix : EUR 18,00

6 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Sous le monde, 27 février 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : PROVIDENCE T01 (Relié)
Ce premier tome de la série "Providence" regroupe les quatre premiers épisodes publiés initialement en 2015 chez l'éditeur Avatar Comics. Le scénario est l'œuvre d'Alan Moore et les dessins sont effectués par Jacen Burrows. A noter que cette série est dans la continuité de Neonomicon, qui était lui-même la suite de "The Courtyard" (ce dernier récit apparaissant comme un prologue à "Neonomicon" dans l’édition VF), tout en demeurant une histoire parfaitement autonome (12 épisodes sont prévus)...
Une fois n'est pas coutume, on peut célébrer le travail d'édition effectué par Panini Comics, qui a fait les choses dans les règles de l'art, avec un rédactionnel bienvenu et les couvertures originales au début de chaque épisode, le tout complété par quelques bonus disposés en annexe (soit les multiples couvertures alternatives réalisées par Burrows). Et c'est suffisamment rare pour le faire remarquer...

Le pitch : 1919. "Robert Black", un journaliste new-yorkais, propose à son patron de combler les vides de la prochaine édition de son journal avec un article racoleur, du genre à déterrer les faits divers sordides. Il pense au livre "Sous le Monde", un brûlot ayant soi-disant poussé ses lecteurs au suicide pur et simple ! Mais il lui faut d'abord mener une enquête afin de retourner à la source de sa publication.
Se faisant, "Black" va sillonner les tréfonds de la Nouvelle-Angleterre en quête de ce mystère, qui va le fasciner au point de lui faire oublier l'objet initial de ses recherches, et le mener vers un monde caché des plus obscurs...

Pour la réalisation de cette série, Alan Moore s'est adonné à un exercice extrêmement ambitieux. Ce fan de Lovecraft, lui-même auteur renommé influencé par les écrits du maitre de l'horreur, a ainsi trouvé l'occasion de rendre hommage à l’une de ses principales sources d’inspiration tout en offrant aux lecteurs une relecture de la mythologie lovecraftienne à l'aube du XXI° siècle.
L'univers de "Providence" est donc non seulement interconnecté avec ceux de "The Courtyard" et "Neonomicon", mais il est également une remise à plat des nouvelles les plus emblématiques d'H.P. Lovecraft. Ces quatre premiers épisodes sont ainsi l'occasion pour le lecteur de reconnaitre à chaque fois l'un des récits les plus populaires de l'écrivain ("L'air Froid" pour le premier chapitre, "Horreur à Red Hook" pour le deuxième, "Le Cauchemar d'Innsmouth" pour le troisième et "L'Abomination de Dunwitch" pour le dernier).
Mais cette "compilation" de récits célèbres n'est nullement gratuite. En effet, Alan Moore les utilise en les mêlant à sa propre intrigue, permettant au final que l'ensemble forme un tout indissociable et homogène. Et c'est là qu'est le principal intérêt de la série : Réinvestir les nouvelles éparses de Lovecraft et les intégrer dans un ensemble mythologique cohérent et moderne, où chaque élément est lié en un tout unique et fédérateur.

Il ne s'agit toutefois absolument pas d'une adaptation, car aucun des personnages selon Alan Moore ne porte le même nom que ceux d'H.P. Lovecraft et même le mythique "Necronomicon" a été ici transformé en "Livre de la Sagesse des Etoiles" ! On est donc bel et bien dans une forme de relecture, tout en restant dans l'hommage pur, restituant pleinement l'esprit initial de l'univers Lovecraftien.
Tous ceux qui ont lu le sanglant et sulfureux "Neonomicon" le savent : Alan Moore n'y va pas avec le dos de la cuiller dans le domaine de l'horreur et du sexe frontal, illustrant franchement et même de manière outrancière tout ce que l'écrivain ne se permettait pas. Et puisque Lovecraft était paradoxalement un puritain pétri de préjugés (racisme, homophobie, antisémitisme), Moore profite de sa liberté d'adaptation afin de corriger le tir et rétablit ainsi directement ces notions dans son récit (héros juif et gai, policier gai et raciste, etc. !). Il le fait toutefois avec plus de retenue que dans "Neonomicon", même si l'on devine qu'il ménage savamment ses effets en commençant par être subtil, pour se lâcher davantage dans les prochains épisodes...
Ainsi, la relecture de la mythologie lovecraftienne selon Alan Moore, c'est un équilibre impressionnant entre la modernisation des éléments intrinsèquement liés à cette mythologie et une préservation de ses fondamentaux.

Moore impose donc son indépendance en interprétant librement certains éléments Lovecraftiens, dont la violence et les métaphores sexuelles deviennent, sous sa plume, explicites et ostentatoires. Sa propre vision se révèle ainsi sulfureuse, car l'interprétation qu’il propose de la cosmogonie du maître de l'horreur affiche littéralement ce qui ne relevait jusqu'ici que de la simple allusion, voire du sens caché.
Le scénariste s'empare de ce matériel pour témoigner de son propre point de vue sur cet écrivain qu'il considère comme l'une de ses principales sources d'inspiration, autant qu'il en condamne le racisme et les idées impies sous-jacentes.
Cette communion avec l'univers de Lovecraft est d’ailleurs totalement cohérente dans le parcours d'un artiste ayant étudié l'ésotérisme (et par ailleurs adepte du Gnosticisme !) au point de considérer la magie comme une notion concrète et une passion réelle. Soit l'hommage ultime d'un auteur à l'une de ses idoles, hommage à la fois sincère, critique, analytique, rehaussé d'un point de vue personnel et d'une virtuosité évidente quant à la synthèse des éléments fondateurs du matériau originel.

En ce qui concerne ces fondamentaux de la mythologie lovecraftienne, on retrouve directement le décorum originel des nouvelles de l'écrivain (les années 20, l'envers du décor étasunien), ainsi que l'enquête classique et le cadre gothique glauque et lugubre. On suit ainsi le parcours du personnage principal en retrouvant cette sensation envoûtante de l'enquête et de la dimension mystérieuse, qui mènera peut-être le héros vers le monde sombre et défendu des créatures cosmiques et ténébreuses tels "Cthullu", "Dagon" et toute la clique. A moins que l’entreprise de déconstruction menée par notre auteur n’aboutisse à des entités beaucoup moins farfelues et davantage ancrées dans notre histoire et notre culture...
Comme il l’a fait avec chacune de ses créations, Alan Moore va justement commencer par cette phase de déconstruction de tous les clichés inhérents au genre consacré (dépoussiérant au passage le cadre gothique suranné tel qu'on le concevait dans les années 20) avant de reconstruire ce dernier en lui apportant un surplus de sens et diverses couches de sous-texte. Il est donc passionnant d'observer le scénariste dans son entreprise de lier la petite histoire avec la grande et, déjà, on peut imaginer que cette dernière notion va probablement prendre de l'ampleur avec les prochains tomes, développant toute une toile de fond sociologique et probablement une parabole sur cette période de notre histoire qui aboutira à la seconde guerre mondiale et à ses horreurs dignes des récits de Lovecraft...

Maintenant, cette lecture est-elle si plaisante que cela ? Je serais pour le coup plus réservé car, au fond, ces quatre premiers épisodes sont pour l'instant relativement statiques et pourraient se résumer à une suite linéaire de discussions entre divers personnages. En gros, de la parlotte, de la parlotte, et encore de la parlotte. Qui plus-est, Moore nous refait le coup de Watchmen (où l'on voyait déjà un monstre lovecraftien dans le dénouement apocalyptique !) en insérant entre chaque épisode des pans entiers de textes en prose. Point d'extraits de journaux ici, mais des passages (plutôt longs) du "Recueil de pensées" de "Robert Black", soit une nouvelle forme d'hommage adressée à Lovecraft qui pratiquait lui-même cet exercice de journal intime. Le contenu de ces "pensées" est certes méta-textuel et apporte beaucoup de profondeur au récit, mais il se substitue trop à la forme de la bande-dessinée, finissant parfois par prendre le dessus (avec de nombreux passages répétant ce que le lecteur avait déjà lu dans la BD). Loin de moi l'idée de paraître paresseux en refusant de lire du texte sans images, d'autant que la prose est fort belle et que le contenu est souvent passionnant. Mais Alan Moore tombe ici, je trouve, dans un de ses travers, en ne sachant pas toujours se limiter à ce que peuvent dire les images.

Le dessin de Jacen Burrows s'est amélioré de manière significative depuis ses débuts chez ce même éditeur (auquel il demeure impeccablement fidèle) et la mise en couleur de ce même éditeur s'est également bonifiée avec le temps. On sent bien que le dessinateur s'est investi de manière prononcée dans son travail et il nous livre au final des planches détaillées tout à fait immersives dans la perspective de nous plonger dans un univers Lovecraftien à la fois domestique et fantastique, où les pires cauchemars jaillissent soudain du quotidien le plus pur. Et ce malgré un trait un peu figé et des personnages simples et classiques.
Bien qu’Alan Moore ait souvent le nez pour dénicher l’artiste correspondant le mieux au concept de son récit, on peut quand même se demander si cette immersion dans l’univers lovecraftien n’aurait pas été pleinement accomplie avec un illustrateur plus conceptuel, de la trampe d’un Dave McKean, par exemple...

Au final, ce premier tome de la série "Providence" est à la fois passionnant, d'une richesse foisonnante et d'un intérêt infini pour l'amateur de Lovecraft n'ayant pas peur de redécouvrir l'univers de ce dernier sous la forme d'une relecture moderne et ambitieuse, rehaussée par une toile de fond plus vaste encore que celle des nouvelles originelles. Un peu comme si l'œuvre de Lovecraft se trouvait soudain prolongée et enrichie. Mais il demeure un certain sentiment de frustration dans la mesure où le récit est pour le moment extrêmement plat, se résumant à une succession de dialogues et de recueils de pensées...
A ne pas rater, toutefois, pour les fans d'Alan Moore ou d'HP Lovecraft (hormis les puristes indécrottables)...
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (6) | Permalien | Remarque la plus récente : Apr 5, 2016 9:04 AM MEST


Carthago Adventures : Chipekwe
Carthago Adventures : Chipekwe
par Fafner
Edition : Album
Prix : EUR 14,20

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
2.0 étoiles sur 5 Attention, un dinosaure peut en cacher un autre..., 25 février 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Carthago Adventures : Chipekwe (Album)
A partir de 2009 (et du second tome), la série Carthago se voit dédoublée d'un spin-off : "Carthago Adventures". Au départ, cette série adjacente est lancée afin de permettre aux lecteurs de patienter en attendant le tome 3 de la série-mère, qui tarde à paraitre au delà du raisonnable (il faudra attendre 2013 pour le voir débarquer en librairie !). Ainsi, les lecteurs découvrent le premier tome de ce spin-off qui, succès aidant, appellera plusieurs suites !
Le scénario de ce second opus, publié initialement en 2014, est toujours effectué par Christophe Bec, créateur de l'univers de "Carthago" et anciennement dessinateur de la série Sanctuaire. Le dessin est l'œuvre d'un certain Fafner.

Le concept de ce spin-off est le suivant : Nous revenons dans le passé afin de revivre les aventures de deux des personnages principaux de la série-mère : L'aventurier "London Donovan" et "Wolfgang Feiersinger", le fameux milliardaire surnommé le "centenaire des Carpates", toujours à la recherche des créatures mythiques cachées dans les coins les plus reculés de notre monde...
Après avoir poursuivi "Bigfoot" dans le premier tome, nos héros se dirigent à présent vers le centre de l'Afrique profonde. Là, dans les marécages reculés et quasiment infranchissables du berceau de l'humanité, subsisterait un animal sensé avoir disparu depuis l'ère des dinosaures...

La première partie de l'album est plutôt réussie : Le récit est rondement mené, le suspense ne faiblit pas et le mystère entourant le monstre-vedette de cette nouvelle aventure est envoûtant à souhait, avec à la clé un twist plutôt inattendu. C'est dans la seconde partie de l'histoire que le bas blesse, car le dénouement est particulièrement raté. A partir de là, le scénario s'embourbe dans ses propres marécages et le final est tout simplement rendu nébuleux et inintelligible (si quelqu'un veut bien m'expliquer cette histoire d'explosifs...), comme si le scénariste se rendait soudain compte qu'il ne savait pas comment terminer son histoire. Parallèlement, certains éléments du récit sont étrangement développés (la mort d'un des principaux personnages est mis en scène de manière maladroite et malsaine) et aucune toile de fond écologique ne vient relever le débat, comme c'est parfois le cas dans la série principale.

De son côté, le dessinateur Fafner livre un résultat assez inégal et, s'il a l'air très préoccupé par l'apparence du "centenaire des Carpates" à qui il veut absolument donner les traits de l'acteur Ian McKellen, il bâcle ses autres personnages en leur conférant à tous un aspect très lisse qui dissone en comparaison du vieux milliardaire. Quant au monstre-vedette, il est dessiné et mis en scène avec une maladresse qui le rend au final plutôt impossible à considérer comme le survivant de l'espèce qu'il est sensé représenter (on dirait un étrange reptile hybride plutôt raté) !
En définitive, voilà une série qui ne manque pas de potentiel et dont l'idée de départ est plutôt excitante, car nous voilà soudain partis à la recherche de tous les monstres mythiques de notre planète, dans un mode réaliste fleurant bons les récits d'aventures rétro de l'époque des pulps ! Hélas, le travail fourni par les auteurs, en tout cas en ce qui concerne ce second tome, n'est clairement pas à la hauteur…
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (3) | Permalien | Remarque la plus récente : Feb 26, 2016 3:18 PM CET


Thorgal, tome 3 : Les trois vieillards du pays d'Aran
Thorgal, tome 3 : Les trois vieillards du pays d'Aran
par Grzegorz Rosinski
Edition : Relié
Prix : EUR 12,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Twist dans le deuxième Monde..., 21 février 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Thorgal, tome 3 : Les trois vieillards du pays d'Aran (Relié)
"Les Trois Vieillards du Pays d'Aran" est le troisième album de la série "Thorgal". Il a été publié initialement en 1981.
Le pitch : "Thorgal" et son épouse "Aaricia" ont enfin quitté le royaume des vikings du nord afin de vivre leur vie et de parcourir le monde. Alors qu'ils pénètrent dans une région inconnue, ils sont invités par un étrange nain, habillé en bouffon, à se joindre à la fête de son village. Arrivés sur les lieux, les jeunes mariés vont s'apercevoir qu'ils ont en réalité été attirés dans un piège. Effectivement, le royaume est dirigé par trois vieux sages, mais il n'a pas de souverain officiel. Aaricia est donc désignée comme la nouvelle reine, et Thorgal est chassé sans ambages. Bien évidemment, notre héros ne va pas se laisser faire...

Ce troisième tome de la saga constitue à la fois un récit à part, puisqu'il n'est pas intégré à un "cycle", comme la plupart des autres albums, et à la fois une aventure parfaitement affiliée à la mythologie développée de manière interne par les auteurs. Il s'agit donc d'un récit autonome, qui s'ouvre et se referme sur une histoire complète. Néanmoins, il s'intègre parfaitement dans l'évolution de la série et l'on verra plus tard à quel point le scénariste Jean Van-Hamme posait déjà certains éléments qui deviendront les constituants de sa mythologie, comme le personnage de la "Gardienne des clés" et son "Deuxième Monde". Cette dimension magique du "Deuxième Monde" est par ailleurs une nouvelle marque de l'originalité de la série, qui continue de s'émanciper de ses influences initiales (les divers mythes littéraires les plus connus du genre consacré, comme les mythes scandinaves, ou même les créations littéraires fondatrices de l'Heroic-fantasy), afin de trouver une identité propre.

D'un point de vue simplement formel, cette seconde aventure après le "Cycle de la Reine des Mers Gelées" est une éclatante réussite. Le scénario est rondement mené, ménageant un suspense et une montée en puissance sans faille, qui va culminer au final par un "twist" inattendu redistribuant les cartes et remettant en cause tout l'ensemble du récit ! Une très impressionnante leçon de savoir faire dans le domaine de la narration, sans fioritures, qui sera maintes fois recopiée dans le futur, mais rarement égalée.

Parallèlement, Van-Hamme et Rosinski continuent d'affiner le caractère de leur héros, dont l'apparente passivité dissimule une profonde philosophie pacifiste, contrebalancée par une ténacité et un courage admirable. Une manière, plus nuancée que d'ordinaire, de composer une figure de héros indestructible, moins lisse et monolithique que la plupart des figures de ce genre. Un héros qui connaitra un destin atypique, car Van Hamme intègre ici la ligne directrice de la série pour tous les albums à venir : "Thorgal" est destiné à souffrir et son existence sera jalonnée d'épreuves toutes plus douloureuses les unes que les autres, pour un parcours quasi-christique (bien qu'il ait commencé comme celui de Moïse...), histoire de boucler la boucle en matière de mythologies... Soit une véritable réflexion sur le destin, ce dernier ne cessant de rattraper notre héros chaque fois qu'il tentera d'y échapper.
En bref, le parcours d'un héros qui, à force de rechercher la tranquillité, ne fait que déclencher les affres de son destin tumultueux...

Ce n'est que le troisième album de la série, et l'on tient déjà un chef d'œuvre !
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (3) | Permalien | Remarque la plus récente : Feb 25, 2016 10:36 PM CET


Thorgal, tome 1 : La Magicienne trahie ; (suivi de) Presque le paradis
Thorgal, tome 1 : La Magicienne trahie ; (suivi de) Presque le paradis
par Grzegorz Rosinski
Edition : Album
Prix : EUR 12,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Pot-pourri de mythologies, 18 février 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Thorgal, tome 1 : La Magicienne trahie ; (suivi de) Presque le paradis (Album)
Mon commentaire portera sur les deux premiers albums de la collection.
"La Magicienne Trahie" et "L'Île des Mers Gelées" sont les deux premiers tomes de la série "Thorgal". Ils forment une histoire complète et constituent le premier cycle de la saga que l'on nommera postérieurement le "Cycle de la Reine des Mers Gelées".
Les deux albums ont été édités initialement en 1980, bien que la série ait commencé à être publiée dans "Le Journal de Tintin" à partir de 1977.
Le scénario est de Jean Van-Hamme, et les dessins sont l'œuvre de Grzegorz Rosinski.

Le pitch : Autour de l'an Mille, au royaume des vikings du nord, le jeune "Thorgal" est enchaîné et livré à la marée montante par "Gandalf-le-Fou", roi des vikings, qui n'accepte pas que sa fille soit amoureuse du jeune homme.
"Thorgal" est sauvé par une mystérieuse étrangère, qui lui fait jurer de la servir une année durant. Pendant cette période, il devra l'aider à se venger de "Gandalf-le-Fou", qui l'a apparemment torturée par le passé.
Cette aventure mènera notre héros à la découverte des ses mystérieuses origines. Effectivement, "Thorgal" a été recueilli dans un radeau lorsqu'il était enfant par les vikings et, depuis tout ce temps, nul ne sait d'où il vient...

Relire ces premières aventures aujourd'hui, trente ans après leur sortie initiale, débouche sur le constat qu'elles ont énormément vieilli, mais en même temps que l'ensemble était déjà, dès le début, d'une très grande qualité.
Certes, il est évident qu'au niveau du scénario, Jean Van-Hamme tâtonnait un peu et qu'il ne savait pas forcément où il voulait aller dès le premier épisode. On peut ainsi percevoir quelques fautes de continuité entre les deux premiers albums dans le sens où l'auteur relie l'ensemble avec deux ou trois pirouettes scénaristiques un peu tirées par les cheveux (et il continuera à pratiquer l’acte de rétro-continuité avec les récits publiés dans l’album L'Enfant des étoiles). Toutefois, arrivé au terme du second tome, l'essentiel de la mythologie qui formera le fil conducteur de la série est déjà mis en place et, bien qu'elle évoluera constamment par la suite, cette mythologie restera fidèle aux révélations de ce premier cycle. Il aura donc fallu deux albums seulement pour que Van-Hamme dresse la toile de fond de toute la saga !

Au niveau du dessin c'est un peu la même chose : Si les premières planches accusent le poids de l'âge et souffrent de quelques défauts de jeunesse, Rosinski corrige très vite le tir et, dès le deuxième tome, maitrise son art de manière extrêmement mature. Pour lui aussi, les choses évolueront constamment (il cessera peu à peu d'encrer ses planches et choisira la technique de la peinture directe), mais l'aspect caractéristique de son style pictural et de ses personnages restera fidèle à leur première version, rendue définitive au terme de ce premier cycle.

Mélange de mythes médiévaux, d'Heroic-fantasy et de science-fiction, la mythologie selon "Thorgal" nait d'une savante alchimie entre ces trois constituants romanesques, le tout mâtiné d’une touche de réminiscences religieuses. Si, au départ, l'influence de J.R.R. Tolkien se fait ressentir (le roi des vikings s'appelle "Gandalf" et "Thorgal" ressemble comme deux gouttes d'eau à "Aragorn" du Seigneur des Anneaux), la série s'émancipe et trouve rapidement ses marques. A l'arrivée, cet équilibre entre l'histoire bien réelle, les mythes scandinaves, la métaphore biblique, la science-fiction et la fantasy, finit par conférer à l'ensemble une étonnante proximité pour le lecteur, qui avance au gré de ces aventures comme si tous ces éléments coulaient de source.
Sur le terrain des références, on peut également penser à Conan le Barbare, tant le destin houleux des deux personnages comporte de points communs. Mais ce n'est qu'un point supplémentaire à accorder à Jean Van-Hamme dans son entreprise de digérer les influences majeures du genre consacré.

Dans ce premier cycle de la saga, le lecteur peut d'ors et déjà mettre un pied dans un certain nombre d’éléments directement issus de quelques mythes bien connus, comme l'Atlantide et l'Hyperborée (mais oui, comme dans les aventures de "Conan le Barbare" et sa mythologie de l'Âge Hyboréen !), ici fusionnés pour ne former plus qu'un. Sur le terrain de ce brassage des mythes, Van-Hamme se révèle d'entrée de jeu très habile et nous offre en définitive une véritable relecture mythologique de notre monde, depuis sa réalité jusqu'à toutes ses extrapolations romanesques et fantastiques. On perçoit dès lors pourquoi la série a connu d'emblée un tel succès et comment elle a pu durer aussi longtemps, bien que la qualité de ses récits va connaitre le déclin après le "Cycle du pays Qâ". Mais, nous n’en sommes pas encore là...

En définitive, "Thorgal", c'est la confluence des histoires d'aventures, des principales mythologies, des grandes références littéraires liées à la fantasy et à la science-fiction, le tout dilué dans un univers qui lui est propre, transcendé par un graphisme somptueux et une magnifique écriture réalisés par deux auteurs parmi les meilleurs dans leur domaine. A posteriori, l'une des réussites majeures de l'histoire du 9° art !
Vous devrez donc commencer par ces deux premiers albums qui, s'ils ne sont pas encore les meilleurs, dressent bel et bien toute la toile de fond de la série.

Ce premier cycle est entrecoupé par un épisode postérieur publié à l’origine dans le magazine "Tintin". Le temps de cet intermède, Van-Hamme & Rosinski nous emmènent dans une aventure où notre héros tombe dans une crevasse et découvre un paradis (habité par deux sublimes jeunes femmes seules et leur petite sœur !) dont il ne peut apparemment s’échapper. Il réussira finalement à s’en sortir mais apprendra que sa mésaventure lui a coûté un an de sa vie puisque, dans ce paradis virtuel, le temps s’écoule plus lentement que dans le monde réel. Ce dernier thème, à travers lequel le héros se voit priver d’une ou plusieurs années de son existence, reviendra plusieurs fois dans la suite de la série…
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Mar 12, 2016 12:14 PM CET


Etrange Vie De Nobody Owens T02
Etrange Vie De Nobody Owens T02
par Philip Craig Russell d'après Neil Gaiman
Edition : Relié
Prix : EUR 17,95

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Magic Goodbye, 17 février 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Etrange Vie De Nobody Owens T02 (Relié)
Deuxième et dernier tome de la saga du petit garçon élevé par les morts, dans un vieux cimetière abandonné perdu en Grande-Bretagne. P. Craig Russell adapte toujours le roman originel de Neil Gaiman (L'étrange Vie de Nobody Owens). La première partie (41pages) est dessinée par David Lafuente, la deuxième (99 pages) par Scott Hampton et la dernière (21 pages), par P. Craig Russell, Kevin Nowlan et Galen Showman. L'ensemble a été publié initialement en 2014.

"Nobody" (appelez-le "Bod") a grandi et c'est aujourd'hui un adolescent curieux qui aspire à découvrir le monde. Sa soif de savoir l'incite à rejoindre l'école, et ainsi à quitter momentanément la sécurité de son cimetière. Hélas, sa nature différente a tôt fait d'attirer l'attention des plus malveillants et, dans ce monde où sévit encore le redoutable "Jack", jadis responsable de la mort de sa famille, il ne fait pas bon se faire remarquer...
Quoiqu'il en soit, "Bod" se dirige à présent vers l'âge adulte. Et il va devoir décider bientôt quelle orientation apporter à sa destinée. Restera-t-il éternellement avec les morts, ou vivra-t-il au contraire pleinement son existence terrestre auprès des vivants ?

Comme je le disais dans mon commentaire au sujet du premier tome à propos de cette adaptation à priori consensuelle, "une bonne histoire reste une bonne histoire. Et "L'Étrange Vie de Nobody Owens" est une bien belle histoire" !
Et finalement, plutôt que d'être consensuelle, cette adaptation revêt l'apparence d'une certaine forme de perfection, dans laquelle la simplicité côtoie la grâce naturelle du récit et de son personnage principal.
Ainsi, la poésie gothique de l'étrange existence de ce jeune orphelin élevé au pays des morts finit-elle par tout emporter sur son passage, et la toile de fond sur le difficile passage entre le monde de l'enfance et celui des adultes en est hautement bénéficiaire...

Le récit se détourne, à ce stade, de l'influence du Livre de la Jungle de Rudyard Kipling (les animaux ayant été ici remplacés par les morts) et trouve sa propre voie dès lors que "Bod" aspire à vivre au pays des vivants.
Dans le premier tome, on retrouvait l'un des thèmes principaux de Neil Gaiman dans les multiples passages entre notre monde et celui des mondes cachés. Cette seconde partie va quant à elle développer un autre thème cher à l'auteur de Coraline et retrouver ce qui faisait l'essence de la série Sandman. A savoir la nécessité de changer afin de ne pas disparaître, parfait corolaire à cette métaphore du passage de l'enfance à l'âge adulte. Ce faisant, notre héros devra hélas faire un choix cornélien car, en choisissant le changement, il devra renoncer autant à sa famille d'adoption (et à son foyer) qu'à sa protection. Et par extension, il devra également renoncer aux pouvoirs magiques conférés par ses protecteurs, et entrer de plein pied dans la réalité de l'existence...

Cette très belle métaphore de "la perte de la magie" au sortir de l'enfance (un peu comme s'il fallait, à ce stade de la vie, laisser derrière soi quelque chose d'essentiel), nous rappelle la splendide toile de fond de la série de comics Locke & Key, dans laquelle le monde des adultes oubliait tout simplement cet élément du monde de l'enfance (la magie étant une composante bien réelle dans le récit de Joe Hill & Gabriel Rodriguez). Une manière de symboliser le passage entre les divers âges de la vie et de pointer la particularité de ce premier état candide de notre existence, empreint de magie, qui disparait tragiquement avec le temps...
Effectivement, comment nous souvenons-nous de notre enfance sinon comme un rêve éthéré mais persistant, pétri de manques comme autant de zones d'ombres marquées par l'oubli ?
C'est toute la force de L'Étrange Vie de Nobody Owens que de nous rappeler en substance cette possibilité d'un ailleurs perdu qui, s'il ne subsiste que fort peu dans l'évolution de notre personne, est peut-être encore caché comme le sont les choses les plus mystérieuses...

C'est ainsi que cette histoire aux résonances universelles parlera à tous ceux qui ont su grandir en préservant cette étincelle au plus profond de leur mémoire. Une persistance qui leur permettra en toute circonstance de rêver, de savourer les histoires enfantines et de continuer à garder une étincelle de jeunesse dans leur cœur vieillissant.
Voilà toute la toile de fond du récit écrit par Neil Gaiman et adapté avec une belle sincérité par P. Craig Russell. Comme une ode à la préservation de la magie de l'enfance.
La fin, ouverte, subtile, est au diapason de la poésie légère mais profonde de l'ensemble du récit. Magnifique.

Le dessin est encore une fois de très grande qualité. On retiendra particulièrement la centaine de pages illustrée par le vétéran Scott Hampton, dont la grâce éthérée sert à merveille la tonalité du récit. Une très grande réussite.
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V pour Vendetta [Édition Collector]
V pour Vendetta [Édition Collector]
DVD ~ Natalie Portman
Prix : EUR 11,29

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Vindicte aphone ?, 15 février 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : V pour Vendetta [Édition Collector] (DVD)
"V Pour Vendetta" est un film de science-fiction réalisé en 2006, officiellement par James McTeigue, mais en réalité écrit, produit et partiellement mis en scène par les frères Wachowski, les créateurs de la saga Matrix. Pour ceux qui ne le savent pas encore (en existe-t-il ?), il s'agit de l'adaptation du comic-book homonyme réalisé par Alan Moore & David Lloyd dans les années 80.
Il n'y aura rien dans mon commentaire à propos du DVD. Uniquement un point de réflexion entre le film et le comic-book. Car, nous le savons bien, les adaptations ne sont pas toujours chose aisée...

Le pitch : Dans un futur proche mais dystopique, l'Angleterre a sombré dans le fascisme et la répression. Le pays est gouverné par le "Haut Chancelier Adam Sutler", dont la milice (appelée "Le Doigt") pourchasse tous les "dissidents" et autres minorités tels que les musulmans et les homosexuels, qui sont envoyés dans des camps de concentration.
En cette année 2038, la veille du 5 novembre, jour historique ayant vu le révolutionnaire Guy Fawkes tenter de faire exploser le parlement en 1605, apparait un terroriste dont le premier acte est de dynamiter la statue de la justice de l'Old Bailey...

Rien qu'en écrivant le résumé ci-dessus, je me rends compte à quel point cette adaptation cinématographique par les frères Wachowski transforme le récit d'Alan Moore & David Lloyd par le fond, non sans le simplifier à outrance. L'exercice de politique-fiction mené par le créateur de Watchmen était de haute volée mais n'appartenait qu'à lui. Et puis il était parsemé de détails embarrassants, relatifs aux drogues, notamment, et d'appels à l'anarchie ! Enfin, son contexte (les années 80 et 90) était trop ancien. Il fallait donc le réactualiser...

D'un simple point de vue formel, le film est plutôt une bonne surprise. Efficace, bien écrit, servi par des dialogues soignés, il affiche une toile de fond prêtant sans cesse à réfléchir sur les errances de nos sociétés, non sans comparer ce futur dystopique à l'actualité récente, et notamment à l'état du monde moderne post-11 Septembre 2001...
Les scènes d'action sont étonnamment rares pour un film de ce type (c'est quand même, à la base, une histoire de super-héros !), mais elles sont superbement chorégraphiées et particulièrement iconiques (on est bien chez les frères Wachowski !). Et même si ces scènes d'action sont peu nombreuses, il faut avouer que l'on ne s'ennuie pas une seconde tant le film est maitrisé dans son rythme et son découpage.
Hélas, la mise en scène de James McTeigue, anciennement premier assistant sur "Matrix", atténue un peu les symboles par une réalisation froide et trop souvent désincarnée. Mais cette déconvenue est heureusement contrebalancée par la présence d'un impressionnant panel d'acteurs de premier plan, parmi lesquels Nathalie Portman dans le rôle d'Evey, John Hurt dans celui du Chancelier, Stephen Rea dans celui de l'Inspecteur Finch, et bien évidemment Hugo Weaving dans le rôle de "V", qui parvient à conférer une étonnante présence à son héros masqué par le langage du corps et une diction suave et haut-perchée particulièrement charismatique !
Il s'agit donc d'un bon moment de divertissement, avec des airs intelligents...

Avec des airs intelligents... Evidemment, cette dernière tournure laisse entendre un brin de sarcasmes dans la formule. Car c'est bien là qu'est le problème : Et si, derrière ses airs intelligents, cette critique soi-disant pénétrante sur notre monde civilisé était plutôt maladroite ? Et si cette adaptation du comic-book de Moore & Lloyd était finalement complètement à côté de la plaque ?
Remettons-nous dans le contexte de la sortie de la série (1982 pour le premier épisode) : Nous étions alors en pleine guerre des Malouines, et dans cette atmosphère déprimante, les auteurs critiquaient dans leur sous-texte le gouvernement de l'ère Thatcher et son régime répressif. Dans un tel décor proche de l'extrême droite, l'idée de créer un justicier aspirant à faire exploser le gouvernement et le remplacer par l'anarchie tenait de la parabole activiste.
Les frères Wachowski comprennent alors que le contexte a changé, et cherchent à critiquer autre chose, en regardant là où se trouve l'actualité. C'est à priori une bonne idée. Mais... n'est pas Alan Moore qui veut...

Et pourtant, tout légitimait les Wachowski dans la perspective de cette adaptation, depuis leurs thèmes récurrents au diapason de "V For vendetta" (l'oppression du pouvoir déclinée sous toutes ses formes dans la saga "Matrix"), jusqu'à leur dévotion au monde des geeks, et en particulier à celui des films de karaté, des comics et de la bande dessinée en général.
Pour autant, le manque de mise en exposition du futur dystopique de leur adaptation est carrément incompréhensible, car s'ils avaient créé le monde post-apocalyptique ultime avec "Matrix", voilà que celui de "V For Vendetta" passe tout simplement à la trappe ! On oublie ainsi la troisième guerre mondiale et la chute du monde occidental telle qu'évoquées dans le comic-book, les cataclysmes et les bouleversements climatiques ayant amené l'Angleterre a régresser à l'état de pays en crise à moitié détruit semblant sortir des années 40 ! Le Londres selon les Wachowski est tout beau, tout propre, et ses habitants lovés dans leurs beaux appartements chatoyants ne sont ainsi plus tellement crédibles lorsqu'ils décident de se rebeller contre l'état !

Ces changements de fond amènent ainsi un certain nombre de maladresses significatives :
Dans le comic-book, La toile de fond en termes de politique-fiction était tellement bien développée que le personnage de "V", même s'il était considéré comme tel, était moins un terroriste qu'un justicier à la "Robin des bois". En revanche, le Parti fasciste dirigé par "Le Destin" (un puissant ordinateur programmé par le Parti afin d'exploiter le pays et d'asseoir scientifiquement son emprise sur la population, soit une idée écartée dans le scénario des frères Wachowski !) était tellement bien décrit dans ses ramifications malveillantes qu'il s'apparentait à un véritable "Terrorisme d'état" (un concept tout à fait réaliste, théorisé de manière officielle par le philosophe anglais Thomas Hobbes). Le terrorisme venait donc de l'état, et non du justicier !
Pour le coup, le film réduit considérablement toutes ces nuances et le personnage de "V" n'apparait plus que comme un véritable terroriste au sens premier du terme, imposant ses idées en détruisant les monuments historiques de son pays. Et cette simplification des enjeux politiques amène finalement ce postulat à n'être plus, en définitive, qu'une apologie de cette dernière notion : le terrorisme.

Certes, le parti-pris des auteurs du film était courageux car, au lendemain des attentats du 11 Septembre, il fallait avoir des corones pour mettre en scène le premier blockbuster dont le héros serait un terroriste faisant régner la terreur pour ses propres idéaux ! Qui plus-est en faisant des musulmans (encore un élément absent du comic-book originel) l'une des cibles de ce parti fasciste moderne occidental jamais avare d'immondes amalgames ! Le tout partait indubitablement d'un bon sentiment, il va sans dire. Et c'est bien là qu'est la maladresse, car les auteurs brûlaient ainsi l'essence du récit d'Alan Moore et David Lloyd sur l'autel de la bienpensance.
C'est la mode d'aujourd'hui : Bien trop de personnes se réfugient derrière ce concept de la "bienpensance". C'est-à-dire qu'il s'agit envers et contre tout de paraître "gentil", et ce sans chercher à prendre en considération toute la complexité du réel. Soit une forme de pensée unique, une doctrine fermée préférant le simplisme manichéen plutôt que d'oser regarder la véritable ambivalence de la nature humaine dans les yeux. Et de réfléchir !
Et "V For Vendetta", le film, tombe de pleins pieds dans ces travers.

Le résultat ? Et bien il faut admettre qu'aujourd'hui, après les abominables attentats perpétués en France en 2015, cette apologie maladroite du terrorisme crée un étrange sentiment de malaise ! Tentez l'expérience, vous allez voir que ce long métrage de 2006 a un goût plutôt bizarre après Charlie Hebdo et le Bataclan !
Dans le comic-book, l'ambivalence du justicier était tout à fait discutable (notamment dans cette longue séquence le voyant torturer sa jeune protégée Evey, afin de la libérer de la peur et de la préparer à prendre le relais face à l'insurrection), mais cet appel à l'anarchie était porté haut par la densité de la toile de fond, préférant laisser le lecteur choisir sa voie.
Le film apporte en définitive un postulat opposé, puisque la scène finale voit le peuple tout entier porter le masque de Guy Fawkes, comme s'il passait soudain d'une idéologie à une autre, sans discernement ! Alan Moore & David Lloyd étaient pour le coup beaucoup plus subtils, laissant le lecteur sur une fin plus ouverte, où chacun pouvait choisir sa propre option...

Aujourd'hui, le film a fait des émules puisque le collectif des "Anonymous", mouvement hacktiviste particulièrement actif sur Internet, a repris le masque de Guy Fawkes comme un étendard de sa philosophie. Encore une fois, voilà un groupe dont le concept premier (défendre la liberté d'expression) part d'un bon sentiment. Mais les nombreuses dérives observées en son sein (souvent des adolescents qui opèrent sans discernement et pervertissent l'idée première) démontrent que la réalité est bel et bien la suivante : Il ne faut pas se réfugier aveuglément dans la bienpensance et occulter la très complexe réalité de notre monde. Ce constat était présent dans le comic-book d'Alan Moore & David Lloyd. Mais certainement pas dans son adaptation cinématographique.
Alors ? "V For Vendetta" : une vindicte aphone ? Certainement pas. Mais à prendre avec des pincettes, assurément !

La conclusion est sans appel : A force de vouloir trop simplifier une œuvre de référence pour les besoins de son adaptation sous d'autres médiums, on finit par la vider de sa substance, de sa richesse, allant parfois jusqu'à la contredire...
Le film des frères Wachowski pêche ainsi par simplisme et maladresse, et devient avec le temps une sorte de "bourde" (le véritable terrorisme est loin d'être aussi romanesque !), rattrapée par l'épouvantable réalité de notre monde moderne que l'on ne pourra probablement améliorer qu'avec davantage de nuances... et de finesse !


V pourVendetta
V pourVendetta
par Alan Moore
Edition : Relié
Prix : EUR 28,00

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Veni Vidi Vici, 14 février 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : V pourVendetta (Relié)
Commencé en 1982, achevé en 1990, "V Pour Vendetta" est l'un des premiers chefs d'œuvre du grand Alan Moore.
Néanmoins, dans la postface de la dernière édition VF en date (ici présente), l'auteur de Watchmen l'avoue : "V Pour Vendetta" est l'œuvre de deux auteurs : Lui-même, mais aussi David Lloyd, le dessinateur de la série.
La genèse de l'œuvre fut ainsi fortement tributaire de son metteur en image, qui imprima sa personnalité de manière particulièrement forte, afin que le résultat soit celui que l'on connait aujourd'hui. Ainsi, ce n'est pas Alan Moore qui décida que le décorum du récit ait pour personnage principal un vigilante affublé du masque souriant jadis porté par le révolutionnaire anglais "Guy Fawkes", mais bel et bien Mr Lloyd. Et même le titre, "V For Vendetta", ne sort pas de la tête de Moore, mais de son éditeur !

Pour ce qui est du contexte de l'histoire, là encore, il faut regarder du côté de David Lloyd. Car c'est bien "à cause" de ce dernier qu'Alan Moore imagina finalement ce récit dystopique à la toile de fond anticipationnelle dans la droite ligne du 1984 de George Orwell. Au départ, la série était sensée être un hommage aux pulps des années 30 et aux premiers super-héros de l'aube, du genre "The Shadow". Un décorum rétro pour un "vigilante" défendant héroïquement les opprimés, à la manière de "Zorro" ou autre "Robin des bois", le tout transposé dans un cadre de récit noir, façon polar ! Mais le fait est que David Lloyd stressait à mort à l'idée de mettre en image une ville à l'architecture aussi connotée que celle de cette époque (l'art déco), suppliant son scénariste de trouver une alternative à cette option. Et c'est ainsi que "V Pour Vendetta" se réorienta vers le futur, dans un récit post-nucléaire se situant non pas aux Etats-Unis mais en Angleterre, permettant à David Lloyd de dessiner la ville de Londres exactement comme il l'entendait !

Il faut se remettre dans le contexte de la genèse de la série : Entre 1982 et 1985, chaque épisode de "V For vendetta" est un comic-strip de quelques pages en noir et blanc publié dans le magazine "Warrior". Le rythme de publication est probablement rapide et les auteurs doivent bosser dur afin de respecter les délais. Cela ne les empêche pas d'être ambitieux mais nécessite en tout cas d'être au diapason sur le terrain de la qualité conceptuelle et artistique de leur projet.
Le magazine "Warrior" disparaitra en 1985, laissant la série inachevée. Celle-ci sera rachetée par l'éditeur américain DC Comics, et Moore et Lloyd termineront ainsi leur œuvre qui sortira au final sous la bannière Vertigo, la branche adulte de DC Comics, dans la version colorisée et complétée que nous connaissons aujourd'hui.

On perçoit alors à quel point nos auteurs étaient ambitieux. Toujours dans la postface de l'intégrale, Alan Moore se souvient que David Lloyd (encore lui !) souhaitait en finir avec les procédés narratifs ampoulés du monde des comics dans leur version "old school", et ainsi se débarrasser des encarts de texte, des bulles de pensée et autres onomatopées. Toute la narration devait être réalisée par le découpage et la mise en scène séquentielle ! Moore commença par paniquer à l'idée de renoncer à toutes ces ficelles narratives, mais puisa finalement en lui-même les ressources nécessaires afin d'y parvenir, et révolutionna ainsi le monde des comics super-héroïques qui, de Swamp Thing (DC Comics) à Captain Britain (Marvel), en passant par Batman et Superman, le mena à Watchmen...

Ainsi, "V Pour Vendetta" finit par devenir, à l'issue d'un travail de titans, l'un des premiers grands comics de super-héros pour adultes, dans lequel l'ambition de la toile de fond côtoyait celle de la mise en forme, pour une communion ultime entre le fond et la forme...
Tous ces changements constitutionnels permirent ainsi la création d'un super-héros inédit et ambivalent, d'une richesse conceptuelle inouïe, à la fois bon et cruel, complètement fou mais prodigieusement intelligent et cultivé, héros et terroriste à la fois ! Et prônant une valeur par dessus tout : la liberté.
Et ainsi naquit "V", le super-héros anarchiste, le défenseur de la liberté dans un monde post-apocalyptique où l'Angleterre, l'un des seuls pays à avoir survécu au cataclysme nucléaire, a sombré dans la dictature fasciste où tout est surveillé, où les noirs, les homosexuels et autres "dissidents" ont été exterminés dans des camps de concentration. "V" sera donc le sauveur, celui qui s'attaquera au pouvoir, seul contre tous, et unique espoir de ramener la liberté dans un monde complètement sclérosé par la pire des dictatures...
Un super-héros évoquant souvent Batman (on retrouve bien les codes consacrés, avec masque, cape et gadgets divers et variés), beaucoup ceux des pulps d'antan, mais également un héros annonçant ceux du genre cyberpunk, qui culminera avec la saga Matrix au cinéma (ce n'est pas pour rien que les frères Wachowski adapteront finalement notre série !).

Dans la forme, le duo Moore/Lloyd fait des merveilles. Divisé en trois actes (trois parties principales), le récit s'articule telle une pièce de théâtre et exhale des relents shakespeariens. L'atmosphère sombre et désespérée est sublimée par un graphisme puissant et réaliste ne souffrant d'aucun défaut et sachant restituer chaque aspérité du récit, qu'elle soit matérielle, physique ou émotionnelle.
Certaines séquences, notamment lors du premier acte (le meilleur des trois, assurément), sont autant de pièces maitresses de l'histoire du comic-book, où le découpage des planches au cordeau offre une résonance impressionnante au contenu sémantique du récit, notamment lorsque "V" déclare à la justice, personnifiée par son avatar statufié, qu'elle est désormais pervertie par la dictature, avant de la faire exploser ! Une mise en scène à la fois littéraire et iconique, portée par une verve d'une inspiration incroyable, offrant à l'ensemble une portée universelle et une classe narrative à l'épreuve du temps.

Dans le fond, Alan Moore nourrit son sujet d'un nombre incalculable de détails substantiels. Le temps de quelques pages, il multiplie les références culturelles (arts plastiques, cinéma, musique...) et enrichit la personnalité de son héros par autant de constituants fondamentaux venant contrebalancer le manque de nuances imposé par son apparence monolithique de vigilante masqué (car le lecteur ne verra jamais son visage). Par une mise en scène jouant sur la mise en abîme, le scénariste et le dessinateur utilisent tout un jeu de miroirs dans lesquels le reflet des personnages finit par se confondre symboliquement avec celui du lecteur. Se faisant, les auteurs appellent ce dernier à s'identifier directement à certains protagonistes et, ainsi, le mettent en position de s'interroger sur le choix des personnages, suscitant sa participation aux enjeux philosophiques soulevés par leur histoire.
Cette richesse sous-jacente invite également chaque lecteur à pouvoir relire la série indéfiniment, avec la promesse d'y trouver à chaque fois de nouvelles pistes de réflexion et de nouvelles découvertes référentielles, entendu que la culture de chaque lecteur évoluera probablement de concert avec le temps...
Bien évidemment, à la fin, le lecteur est directement invité à mettre lui-même le masque de "Guy Fawkes", et à poursuivre le combat contre la dictature...

Au delà de tous ces détails référentiels et de cette mise en scène symbolique, Alan Moore puise ses sources dans l'Histoire de l'Angleterre (comme il le fera plus tard avec From Hell) et s'imprègne du climat angoissant de l'ère Thatcher (contemporaine de la genèse de "V For Vendetta") afin de développer son itération d'un régime totalitaire où le sentiment de peur ressenti par le peuple est utilisé par les gens de pouvoir pour mener à l'oppression et au fascisme.
A l'arrivée, "V For Vendetta" devient un véritable plaidoyer contre toutes les dictatures et tous les régimes totalitaires, une ode à la liberté et un appel à l'anarchie. Ce dernier élément est sans doute le plus ambigu, puisqu'il incite à choisir, à travers cette anarchie, une solution radicale face au pouvoir et à ses méfaits. Toutefois, on notera que le personnage de "V" entrevoit la notion d'anarchie non comme un synonyme de chaos nihiliste, mais plutôt comme une alternative à la corruption exercée par le pouvoir. Son idée de l'anarchie est ainsi inféodée au respect des valeurs humaines et dictée par un code de l'honneur exigeant une haute dévotion à ces valeurs. A maintes reprises, "V" insiste pour que le commun des mortels s'éveille à deux notions majeures : Premièrement la prise en main de son propre destin (chaque personne doit se lever contre le pouvoir et se battre pour sa condition, plutôt que de se laisser dicter ses lois pour le confort d'une existence docile). Deuxièmement la préservation absolue de la culture sous toutes ses formes, sachant que cette dernière notion, qui élève notre condition, est systématiquement la première victime d'un régime totalitaire...

Evidemment, les prises de position philosophiques du scénariste n'engagent que lui et certains éléments prêtent à débattre. Le long chapitre durant lequel "V" torture sa protégée "Evey", afin de l'éveiller à la liberté et la préparer à son grand dessein est bien évidemment très discutable entant que solution radicale, et les agissements du héros sont tout de même assimilés à ceux d'un terroriste, au sens littéral du terme. Toutefois, on notera que le parti fasciste tel qu'il est décrit dans le récit a procédé, afin de rétablir l'ordre dans le pays, à une épuration ethnique, politique et sociale sans pitié, et qu'il maintient cet ordre par la violence. Ce postulat s'appelle un "Terrorisme d'état" (théorisé de manière officielle par le philosophe Thomas Hobbes), et l'on peut ainsi considérer que, dans ce cas, "V" n'est pas un terroriste, mais bel et bien un justicier classique à la "Robin des bois", seul rempart héroïque contre le pouvoir corrompu.

A l'heure où notre propre pays sent monter lentement mais sûrement un parti d'extrême droite de sinistre popularité, "V Pour Vendetta" apparait rétrospectivement, et plus que jamais, comme une parabole imparable sur les méfaits des régimes totalitaires et des états régnant par la force sur des promesses de sécurité et de répression.
En 2006, une adaptation cinématographique réalisée par les frères Wachowski, relativement fidèle, apportera une vision philosophique simplifiée et plus directe de ce postulat. Mais cette simplification de la parabole générée par Alan Moore et David Lloyd n'était peut-être pas le meilleur choix, justement...
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Carthago, Coffret Tomes 1 à 4 :
Carthago, Coffret Tomes 1 à 4 :
par Eric Henninot
Edition : Broché

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Monstres & compagnie, 12 février 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Carthago, Coffret Tomes 1 à 4 : (Broché)
"Carthago" est une série en cours de publication. Ce coffret regroupe les quatre premiers tomes et ne constitue en aucun cas une intégrale puisque Christophe Bec, l'auteur de la série (et anciennement dessinateur de Sanctuaire, à croire que le bonhomme est passionné de fonds marins !), a annoncé huit tomes au total.
Cette création connait un succès certain mais souffre d'un rythme de parution particulièrement étiré, car le premier tome est sorti en 2007, le deuxième en 2009 et le troisième en 2013 ! Depuis, néanmoins, la série semble retrouver une publication plus soutenue avec un album par an, puisque le tome 5 est prévu pour cette année.
A noter que les deux premiers tomes étaient dessinés par Éric Henninot, dont le travail (de très grande qualité) était, pour diverses raisons, très lent. Depuis, il est remplacé par Milan Jovanović. Le dessin est moins bon, tout en restant très acceptable.

Le pitch : Dans les années 90, une grande société de forage aux sources énergétique, la "Carthago", cause involontairement l'ouverture d'un gigantesque réseau de cavernes dans les abysses sous-marines. Surgit alors un "mégalodon", un requin gigantesque considéré comme le plus dangereux prédateur que la terre ait connu, sensé avoir disparu depuis plus d'un million d'années.
Parallèlement à cette découverte, et alors que les requins géants commencent à répandre la mort dans les océans, les trouvailles de monstres marins préhistoriques semblent se multiplier aux quatre coins du globe. C'est également au même moment que des fouilles sous-marines mettent à jour une cité enfouie faisant écho au mythe de l'Atlantide...

Quel pitch ! Il faut avouer que tout amateur de monstres en général et de monstres marins en particulier (voire de monstres marins préhistoriques) ne peut résister très longtemps à l'appel de la chose !
Les magnifiques dessins d'Éric Henninot ajoutent encore au fantasme et le scénario extrêmement solide de Christophe Bec ménage avec beaucoup de savoir-faire un suspense, un intérêt et une addiction sans faille de la part du lecteur.
Bien évidemment, si l'on y regarde de plus près, les tenants et les aboutissants de la série jouent à fond le racolage "king size" et chaque créature dépasse de loin toute considération réaliste. Les scientifiques évoquent actuellement la possibilité que le mégalodon ait pu mesurer entre 15 et 28 mètres ? Il fera donc près de trente mètres dans la série "Carthago" ! Ces mêmes scientifiques reviennent sur les anciennes spéculations ayant avancé que les pliosaures aient pu mesurer 25 mètre et peser 150 tonnes, ramenant la chose à 12 mètres ? Que nenni ! Ils feront bien 25 mètres dans la série "Cartagho" !
Privilégiant à fond la carte du divertissement et de l'émerveillement face à un tel postulat, les auteurs préfèrent donc grossir le trait, quitte à bafouer les règles de la science...

Il est néanmoins difficile de savoir, à ce stade, si la série sera au final une réussite sans en avoir lu la seconde moitié. Etirant la sauce au maximum de ses constituants, Christophe Bec multiplie les intrigues, les sous-intrigues, les personnages et les créatures diverses et variées. Le scénario prend ainsi la voie d'une histoire tentaculaire où se mêlent le thriller scientifique, le récit d'aventures, la fable écologique, les histoires de monstres marins, la fresque familiale, le fantastique mythologique et les légendes antiques.
Cette multiplicité des éléments narratifs apporte certes un intérêt à l'histoire de tous les instants, permet d'intégrer tout un tas de personnage aux promesses certaines, et apporte beaucoup de densité à l'ensemble. Mais d'un autre côté, ils alourdissent la trame scénaristique et risquent de mener plus d'une intrigue dans l'impasse si Christophe Bec ne maitrise pas la totalité des fils narratifs jusqu'au bout, avec de préférence une ou deux surprises ou retournements de situation justifiant l'accumulation de tous ces éléments...

Les personnages en eux-mêmes ne sont encore pas assez habités. Et la dizaine de protagonistes principaux manque au final de charisme. Ici encore, le scénariste a tout intérêt à poursuivre dans les flashbacks (il sont encore trop rares) afin d'apporter un peu d'épaisseur et une réelle consistance à tout ce beau monde.
Et quid de cette toile de fond mythologique à base de fin du monde ? A peine suggérée par petites touches discrètes, on ne sait pas encore s'il s'agit d'un MacGuffin racoleur ou au contraire si cette sous-intrigue va tenir ses promesses et révéler toute sa substance au fur et à mesure des tomes à venir.
Sur le terrain de la mise en scène et du découpage, on notera également un procédé "cinématographique" un peu surfait et systématique, amenant le lecteur à changer de scène toutes les deux ou trois planches, sur la base d'une mécanique répétitive portée par un encart de texte annonçant à chaque fois le lieu et la date...
En définitive, la série "Carthago" a pour l'instant tout d'une grande, mais attention au risque d'écroulement si l'auteur principal ne maitrise pas son sujet jusqu'au bout et si les multiples promesses à tous les niveaux du scénario s'étiolent en fin de compte. On dira que, jusqu'ici, le suspense est à son comble !
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Sanctuaire Genesis, Intégrale : Coffret en 2 volumes
Sanctuaire Genesis, Intégrale : Coffret en 2 volumes
par Stefano Raffaele
Edition : Broché

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5 Les racines du mal, 11 février 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Sanctuaire Genesis, Intégrale : Coffret en 2 volumes (Broché)
"Sanctuaire Genesis" est une mini-série en deux tomes faisant office de préquelle à la série Sanctuaire. Le scénario est réalisé par Philippe Thirault, sur une histoire de Christophe Bec, anciennement dessinateur sur "Sanctuaire", tandis que le dessin est l'œuvre de Stefano Raffaele. L'ensemble a été publié initialement en 2015.

Le pitch : En l'an 1220, l’évêque "Wittelsbach" conduit un bataillon de croisés dans le désert de Syrie. Ils cherchent l'entrée d'un royaume enfoui aux portes des montagnes : la cité mythique des "Ougarits". Tous meurent dans des conditions atroces, excepté l'évêque, qui parvient à fuir, non sans devenir fou.
En 1934, un groupe d'archéologues français à la recherche de la même cité découvre une statue aux vertus maléfiques. Depuis l'Allemagne, cette découverte suscite l'intérêt du parti nazi, toujours en quête d'une puissance ésotérique qui permettrait au III° Reich de mettre en œuvre son plan de domination mondiale.
Un groupe nazi s'empare alors du chantier de fouilles par la force. Et bientôt, tout ce petit monde découvre la mythique cité enfouie. Là, une entité maléfique attend patiemment que l'on vienne la libérer...

Exit les abysses sous-marines. Place au désert de sable ! Christophe Bec s'empare de l'univers de "Sanctuaire" et explore les origines du démon "Moth", qui trouvent ici matière à convoquer les archétypes du récit d'aventures teintées d'ésotérisme et d'horreur gothique. L'ensemble ne verse pas beaucoup dans l'originalité mais cela ne semble pas être le but. La toile de fond, très proche de celle du film Indiana Jones et les Aventuriers de l'Arche Perdue, semble même être assumée, dévoilant ouvertement sa prestigieuse référence, comme une forme d'hommage.
Le récit est fort bien troussé, bien dessiné (surtout en matière de décors, tous splendides). Le suspense est maitrisé de bout en bout et, contrairement à ce que j'ai pu lire ici et là, les personnages ne versent pas dans le manichéisme primaire (l'officier nazi et l'archéologue juif ne forment pas du tout un duo d'antagonistes au sens classique et naïf du terme. La jolie damoiselle n'a rien d'une innocente au cœur pur, etc.). En revanche, tous ces personnages manquent de charisme et demeurent tous plutôt antipathiques, empêchant de surcroit le lecteur de s'identifier, voire de s'attacher à l'un d'eux.

Au final, "Sanctuaire Genesis" est un récit de pur divertissement. Il est par contre réalisé avec soin et les auteurs n'hésitent pas un seul instant à verser dans l'horreur et la violence sanguinaire (âmes sensibles s'abstenir devant les flots de sang qui s'écoulent sur quasiment chaque planche !) pour une rencontre tout à fait cohérente entre le démon et les hommes sans scrupules qui rêvent de communier avec lui. Cette iconographie d'un nazisme romanesque résonne comme au temps des "pulps" et, si l'on se laisse porter par la simplicité archaïque mais séduisante d'un tel postulat, on pourra parfaitement apprécier cette illustration connotée de la folie des hommes sous fond de mariage entre les nazis et les puissances de l'enfer !

Selon les attentes du lecteur, on pourra regretter le manque d'originalité et de profondeur de ces deux tomes et choisir deux étoiles pour une histoire trop simpliste et racoleuse. Ou bien choisir quatre étoiles pour un récit de facture classique dans le fond, mais dynamité par une mise en forme moderne et âpre, au décorum malsain et à la noirceur racée comme un film d'horreur teinté de réminiscences pulp (on peut également penser au film La Forteresse Noire, de Michael Mann). En définitive, c'est presque postmoderne...
Les complétistes apprécieront en revanche la parfaite continuité qui relie cette préquelle avec la série principale puisque "Sanctuaire Genesis" se termine de manière parfaitement cohérente pour enchaîner sur le premier tome de "Sanctuaire". Parallèlement, Chritophe Bec aura replongé dans les abysses avec la série Carthago mais... ceci est une autre histoire !
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