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Tornado (Provence Côte d'Azur)

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PROVIDENCE T02
PROVIDENCE T02
par Alan Moore
Edition : Relié
Prix : EUR 18,00

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 De la fiction à la réalité, 24 août 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : PROVIDENCE T02 (Relié)
Ce deuxième tome de la série "Providence" regroupe les épisodes #5 à 8 publiés initialement en 2016 chez l'éditeur Avatar Comics. Le scénario est l'œuvre d'Alan Moore et les dessins sont effectués par Jacen Burrows. A noter que cette série est dans la continuité de [[ASIN:2365772684 Neonomicon], qui était lui-même la suite de "The Courtyard" (ce dernier récit apparaissant comme un prologue à "Neonomicon" dans l’édition VF), tout en demeurant une histoire parfaitement autonome (12 épisodes sont prévus)...
Une fois n'est pas coutume, on peut célébrer le travail d'édition effectué par Panini Comics, qui a fait les choses dans les règles de l'art, avec un rédactionnel bienvenu et les couvertures originales au début de chaque épisode, le tout complété par quelques bonus disposés en annexe (soit les multiples couvertures alternatives réalisées par Burrows). Et c'est suffisamment rare pour le faire remarquer...

Etant donné que j’ai écrit un commentaire détaillé à propos du [[ASIN:2809436363 premier tome]], celui-ci sera plus ramassé et ne reviendra pas sur ce qui a déjà été développé.

Alan Moore poursuit son entreprise de déconstruction et de reconstruction de l'univers lovecraftien et nous invite à continuer le voyage vers le monde obscur en compagnie de Robert Black, le héros spécialement inventé pour cette histoire.
Comme il l'avait fait dans les épisodes précédents, l'auteur de Watchmen nourrit son récit de références aux nouvelles originelles de Lovecraft. Mais contrairement au premier tome, dans lequel chaque épisode dissimulait un hommage à une nouvelle emblématique (épisode #1 : "L'air Froid", épisode #2 : "Horreur à Red Hook", etc.), il multiplie ici ces références tout en les rendant moins facilement identifiables, comme si elles étaient distillées au compte-gouttes. Ainsi, le second épisode de ce recueil ("L'Abîme du Temps") contient des éléments issus de plusieurs nouvelles lovecraftiennes, telles "Dans l'Abîme du Temps", "Herbert West Réanimateur" et "Monstre sur le Seuil". En gros, plus on avance dans l'univers de Lovecraft, plus les références sont nombreuses et diffuses...

Maintenant, l'intrigue toute linéaire du récit prend un tournant inattendu dans la mesure où Alan Moore cherche à lier son récit avec la vie de l'auteur de Providence. Mais Moore est également l'auteur de Providence puisque c'est le titre de sa série ! On assiste ainsi, dans ce second tome, à une étonnante tentative de lier le réel avec la fiction, c'est-à-dire l'un des thèmes forts de l'auteur de Promethea...
D'une manière quasi-inintelligible (heureusement que c'est expliqué dans le rédactionnel !), Moore diffuse également tout un tas de références à la famille de Lovecraft, semblant remonter progressivement vers le personnage réel. Et alors que Robert Black se rapproche peu à peu de la ville de Providence, il croise de manière indirecte les aïeux de l'auteur du Mythe de Cthulhu.
Dans le cinquième épisode, le père de Lovecraft (Winfield Scott) apparait en toile de fond. Puis, dans l'épisode suivant, c'est autour de son grand-père (Whipple Van Buren Phillips) de faire une apparition furtive sur un tableau, avant de revenir dans le dernier chapitre, au cours d'une manifestation onirique. Ce sont des références obscures, nébuleuses, sibyllines. Et il faut les clés pour les assimiler. Mais effectivement, l'un des membres fondateurs de la "Stella Sapiente", société secrète et ésotérique à la recherche du monde d'en dessous, apparait sur un tableau, et il se nomme Van Buren...

En réalisant cet exercice sur le jeu des références, Moore continue de mêler le réel à la fiction par le biais d'une savante étude de son matériel séminal, à savoir, ici, l'ascendance d'H.P. Lovecraft et ses éventuelles répercutions sur son œuvre. Et l'on apprend effectivement que ses parents avaient vécu des événements qui peuvent être reliés à ses récits imaginaires.
Pour Alan Moore, il ne s'agit pas d'exposer ces recherches en les offrant ostentatoirement à ses lecteurs, mais au contraire de les digérer en les diluant dans sa phase de reconstruction de l'univers lovecraftien. Ce sont ainsi des références cachées, qui participent de l'œuvre en toute discrétion. Et Moore de s'imposer tel un artiste contemporain, soucieux de nourrir ses créations sans avoir peur de ne pas être suivi par le public dans son exploration aux diverses couches de lecture.

Ainsi, dans le dernier épisode de ce recueil, Robert Black rencontre Howard Phillips Lovecraft en personne. Celui-ci l'invite à le rejoindre chez lui, à Providence. Et le livre se referme en attendant le troisième et dernier tome. Ce faisant, la réalité vient de rejoindre la fiction et le lecteur perçoit que le maître Moore cherche à percer les mystères de la création...

Le versant purement "divertissant" de l’ensemble est évidemment basé sur le rapport qu’entretient le récit avec l’horreur lovecraftienne. Tous les admirateurs des nouvelles de Lovecraft le savent : Ses descriptions en termes d’horreur et de créatures fantastiques étaient toujours nébuleuses, distillées en pointillés, et le lecteur devait lui-même imaginer l’essentiel de ces manifestations fantastiques. Dès lors, illustrer cette dimension relève de la gageure. Et Moore & Burrows s’en tiennent donc au minimum, préférant tisser une atmosphère plutôt que de déballer un bestiaire horrifique. Il y a bel et bien quelques monstres, mais ils sont sans cesse assimilés à des manifestations oniriques et sont rarement exposés au premier plan. Et la scène la plus horrifique de ces quatre épisodes est ainsi réalisée sans le moindre artifice folklorique : Une horreur surnaturelle physique et domestique, entre deux être humains !

Comme c'était le cas dans le premier tome, la narration linéaire et monotone choisie par Alan Moore plombe un peu l'ensemble de la lecture. Et le récit peut encore quasiment se résumer à une suite de conversations entre les personnages. Tout comme dans le recueil précédent, également, chaque épisode est complété par un très long texte en prose (14 pages) représentant le journal intime de Robert Black. Bien que le procédé renvoie de nouveau à l'auteur du Mythe de Cthulhu, qui pratiquait assidument cet exercice, on ne peut s'empêcher de trouver la rupture un peu disproportionnée, d'autant que la partie bande-dessinée à proprement parler est plutôt maussade, avec une moyenne de deux à quatre vignettes par planche.
Il y a bien quelques passages qui relèvent le ton monocorde de l'ensemble (dont la fameuse scène choc évoquée plus haut, qui défie les limites de la perversité), mais il faut avouer que le tout manque clairement de vitalité.

Il faut dire aussi que le dessin figé de Jacen Burrows ne permet pas beaucoup à l'ensemble de décoller. Et même si l'artiste se démène afin de remplir soigneusement ses vignettes de tous les détails possibles afin de rendre l'immersion probante, il souffre de ses limites en termes de créativité.
D'ailleurs, on peut remarquer que Moore cherche parfois à contourner ces limites par quelques trouvailles narratives, comme par exemple lorsque les personnages parlent à travers la voix d'autres protagonistes dans une poignée de vignettes-flashbacks. Mais ces expérimentations paraissent bien fades au final.
Connaissant le talent du maître pour se dégotter un dessinateur à l'aise dans le concept, on peut imaginer qu'il s'agit d'un parti-pris assumé et que le style assez plat de Burrows correspond à l'idée première de lier l'horreur lovecraftienne au réel le plus domestique, et ainsi la réalité à la fiction ; mais on reste un peu sur sa faim quand même...

A ce stade de la publication, "Providence" est une série d'une richesse vertigineuse, très austère dans la forme, mais non dénuée de séduction vénéneuse. Les pages se tournent avec un réel intérêt et l'écriture de l'ensemble est extrêmement sophistiquée. Soit un étrange mélange entre la création exigeante d'un auteur au sommet de ses explorations thématiques, le charme attirant de l'univers lovecraftien, et l'application froide et rigide de tout un concept.
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Aug 26, 2016 6:00 AM MEST


GOTHAM ACADEMY Tome 2
GOTHAM ACADEMY Tome 2
par Collectif
Edition : Album
Prix : EUR 17,50

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Chauves-souris, pentacles et loups-garous, 23 août 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : GOTHAM ACADEMY Tome 2 (Album)
Ce deuxième tome (après Gotham Academy Tome 1) regroupe les épisodes #7 à 12 (plus deux courts épisodes bonus) de la série "Gotham Academy". L'ensemble, publié en 2015, est écrit par Becky Cloonan & Brenden Fletcher, et dessiné principalement par Karl Kerschl (hormis les bonus). Il y a de nouveau tout un bataillon de coloristes qui viennent compléter le générique.
La série se déroule toujours concomitamment aux autres séries régulières dédiée au "Batverse" (l'univers de Gotham City et donc de Batman), en particulier Batman, Batman & Robin et Batgirl. Mais elle peut néanmoins se lire pour elle-même.

Après avoir repris les codes de la saga Harry Potter afin de les mêler à l'univers de Batman, les auteurs de Gotham City persistent et signent en convoquant de nouveaux éléments directement issus des romans de J.K. Rowling : Des étudiants facétieux qui font le mur pour aller rôder dans la mystérieuse forêt de l'école peuplée de créatures mythologiques, un loup-garou intégré au campus qui espère lever sa malédiction, des professeurs qui ne sont pas ce que l'on croit... Le lecteur assidu des aventures du petit sorcier à lunettes reconnait ainsi tout un tas de détails empruntés sans complexes à l'univers de Poudlard.

Dans le premier tome, le mystère des origines d'Olive Silverlock, la petite héroïne albinos de la série, était entier. Ce second recueil offre ainsi l'opportunité d'en apprendre davantage sur cette énigme. Et peu à peu, le voile se lève sur ce passé trouble, en grande partie effacé de la mémoire de la jeune fille.
Une fois le livre refermé, il reste encore un certain nombre de points à éclaircir et l'on ne sait toujours pas si la mère de la fillette a réellement survécu. Mais la série continue !

Le staff des héros en herbe est cette fois bien établi. Olive est ainsi entourée de quatre autres étudiants fidèles autour desquels gravitent quelques membres plus irréguliers, avec de temps en temps un invité surprise issu de la Bat-family, à commencer par le jeune Damian Wayne...
A noter que la jeune héroïne aux cheveux blancs est un peu en retrait dans ce second tome, et que sa petite sidekick asiatique a tendance à se tailler la part du lion grâce à une personnalité vivifiante et frondeuse qui emporte tout sur son passage. C'est un peu paradoxal étant donné que le sujet principal est bien de fouiller le passé de la famille Silverlock, mais d'un autre côté cela permet à la série d'évoluer peu à peu vers son identité propre, en laissant tout naturellement les personnages les plus charismatiques prendre le devant.

A l'issu du premier tome, on pouvait regretter que l'ensemble soit trop inféodé à l'univers d'Harry Potter et que la série ne s'émancipe pas assez de son concept de départ. Un ensemble de grande qualité, bien écrit, attachant et superbement illustré. Mais avec des limites fixées par un cadre un peu trop balisé. Le postulat est encore le même au terme de ce second opus. Et la série demeure un peu légère, destinée avant tout aux jeunes lecteurs, malgré sa toile de fond relativement sombre, au diapason de l'univers du Dark knight... et d'un certain Mr Potter...
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Aug 24, 2016 11:20 AM MEST


Nailbiter - Tome 01 : Le sang va couler
Nailbiter - Tome 01 : Le sang va couler
par Joshua Williamson
Edition : Broché
Prix : EUR 15,95

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un éléphant ça trompe énormément, 18 août 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Nailbiter - Tome 01 : Le sang va couler (Broché)
Ce premier tome de la série regroupe les épisodes #1 à 5, réalisés en 2014 par le scénariste Joshua Williamson et le dessinateur Mike Henderson.
Il s'agit d'une nouvelle série publiée chez l'éditeur Image Comics et nous ne savons pas encore combien de temps elle va durer...

Le pitch : Dans l'état de l'Oregon, la ville de Buckaroo est tristement célèbre car elle a vu naître et opérer seize des pires tueurs en séries de toute l'histoire américaine.
Le dernier en date est une pointure : Il s'agit d'Edward Charles Warren, surnommé "Nailbiter", car il choisissait ses victimes parmi les gens qui se rongent les ongles. Son modus operandi consistait à leur dévorer les doigts jusqu'à l'os, avant de les tuer. Par un incompréhensible imbroglio juridique, et alors qu'il était accusé de 45 meurtres, Warren a été jugé non coupable !
Notre histoire commence lorsque l'inspecteur de police Eliott Carroll, qui enquêtait sur un éventuel lien entre tous ces tueurs issus du même patelin, est soudain porté disparu. Arrivé sur les lieux, Nicholas Finch, un agent du service de renseignement pour le compte de l'armée, mène l'enquête auprès de l'inspecteur Shannon Crane, de la police du comté...

Wahou ! Tous les amateurs de récits mettant en scène un serial killer (genre à part entière depuis le succès du film Le Silence des Agneaux, lui-même tiré du roman de Tony Harris) vont être à la fête ! Car Joshua Williamson & Mike Henderson nous ont concocté une histoire de genre aux petits oignons, et ce pour notre plus grand plaisir coupable (car il faut admettre qu'il s'agit d'un plaisir un peu malsain, quoique cathartique). Et les bougres maitrisent leur sujet ! C'est ainsi que l'atmosphère de "Nailbiter" met en scène tous les codes des meilleures histoires de serial killer, où les images-chocs se bousculent à coup de carcasses humaines glauques, de caveaux putrides et de tortures sordides, le tout baigné dans la terreur, ce type même de terreur qui nous fascine dans ce sujet précis, lorsque le tueur hors-champ, aussi humain que vous et moi, se révèle capable d'exercer le mal le plus extrême, à travers le sadisme le plus cauchemardesque qui soit. C’est d’ailleurs à travers cette terreur que le lecteur entreprend le chemin de la catharsis, et par extension de l'exutoire (le lecteur exorcise ses peurs par procuration), raison pour laquelle le genre rencontre un tel succès...

Comme d'habitude, les détracteurs du genre feront certainement la fine bouche en hurlant au Grand-Guignol, prétextant le manque de crédibilité de la chose et, ce faisant, passant complètement à côté de l'essentiel : Car c'est justement cette accointance avec le fantastique (lorsque les capacités et le génie du crime d'un serial-killer flirtent avec le surnaturel) qui fait le charme de ce genre de fiction et son attrait pour un certain type de lecteurs.
A maintes reprises, on croit ainsi revenir chez Maurice Dantec et ses Racines du Mal, où s'égayaient tout un tas de tueurs en série profitant du monde moderne afin de s'adonner à leurs atroces penchants. Toutefois, "Nailbiter" n'est pas un récit de science-fiction et, bien que son atmosphère flirte parfois avec le fantastique, la série demeure un pur polar, mâtiné de serial-killers.

Mais, outre cette maitrise des codes propres à ce genre particulier, ce qui fait le sel de ces épisodes se joue bel et bien dans les arcanes du scénario. Car Joshua Williamson nous a imaginé une intrigue démente ! Ainsi, les pauvres lecteurs que nous sommes ne cessent de se faire mystifier et, alors que l'on pense sans cesse avoir découvert le pot-aux-roses et deviné l'identité du tueur (ou des tueurs), le récit prend soudainement un chemin inattendu, nous laissant sur le carreau avec une belle bouche béante ! Et il en va de même pour les personnages car, si l’on a l'impression de les connaitre immédiatement, les retournements de situation ont vite fait d'induire que chacun d'entre eux, qu'il soit d'un côté ou de l'autre de la loi, n'est peut-être pas celui que l'on croit !
En bref, un script assez génial, qui joue sur les codes d'un genre aujourd'hui bien balisé en zigzagant autour des attentes du lecteur, pour le mener au final dans une direction inattendue. Et c'est cette maestria purement narrative qui, en définitive, porte le récit à un très haut niveau en jouant sans cesse sur les divers McGuffin afin de remettre constamment en question toutes nos certitudes et tous nos aprioris. Brillant.

Le dessin de Mike Henderson, un peu sec au départ, finit par s'imposer rapidement par une efficacité immédiate qui apporte au récit toute sa substance et son assise. Et là encore, le lecteur n'en a pas fini d'être baladé par tous les artifices possibles dès qu'il s'agit de jouer avec des apparences qui sont, apparemment, souvent trompeuses...
Le meilleur démarrage d’une série pour 2016 (en VF), selon moi.
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Aug 18, 2016 8:34 PM MEST


Carthago Adventures : Bluff Creek
Carthago Adventures : Bluff Creek
par Jaouen Salaün
Edition : Album
Prix : EUR 14,20

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5 A la recherche des monstres perdus, 16 août 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Carthago Adventures : Bluff Creek (Album)
En 2009, au terme du second tome, la série Carthago subit une pause forcée à cause du désistement de son premier dessinateur. Elle se voit alors dédoublée en 2011 d'un spin-off : "Carthago Adventures". Au départ, cette série adjacente est lancée afin de permettre aux lecteurs de patienter en attendant le tome 3 de la série-mère, qui tarde à paraitre au delà du raisonnable (il faudra attendre 2013 pour le voir débarquer en librairie !). Ainsi, les lecteurs découvrent le premier tome de ce spin-off qui, succès aidant, appellera plusieurs suites !
Le scénario de ce premier opus, intitulé "Bluff Creek", est toujours effectué par Christophe Bec, créateur de l'univers de "Carthago" et anciennement dessinateur de la série Sanctuaire. Le dessin est l'œuvre de Jaouen Salaün.

Le concept de ce spin-off est le suivant : Nous revenons dans le passé afin de revivre les aventures de deux des personnages principaux de la série-mère : L'aventurier "London Donovan" et "Wolfgang Feiersinger", le fameux milliardaire surnommé le "centenaire des Carpates", toujours à la recherche des créatures mythiques cachées dans les coins les plus reculés de notre monde...
Ici, les deux aventuriers se lancent à la chasse au "Bigfoot" dans le nord de la Californie. Leurs péripéties débutent dans une réserve indienne et se poursuit sur le mont Shasta.

Voici une série qui ne manque pas de potentiel et dont l'idée de départ est plutôt excitante, car nous voilà soudain partis à la recherche de tous les monstres mythiques de notre planète, dans un mode réaliste fleurant bons les récits d'aventures rétro de l'époque des pulps. Le postulat permet ainsi d'établir un sympathique complément par rapport à la série-mère, tout en nous offrant l'opportunité de creuser un peu le passé de deux de ses figures principales.

Le ton est résolument réaliste, avec un suspense et une tension dramatique qui évoluent sans relâchement. Scénario et dessin témoignent d'une recherche documentaire rigoureuse, établie sur des bases historiques et géographiques solides.
Le script en lui-même demeure très classique, mais nous réserve tout de même quelques jolis retournements de situation.
Du début à la fin, Christophe Bec entretient le mystère des origines du "Bigfoot" et l'on referme le livre sans avoir obtenu les clés de ce mystère. Certes, l'espace d'une ou deux séquences, il semble se passer quelque chose de l'ordre du fantastique. Mais l'auteur joue alors sur les non-dits et l'on se parvient jamais à percer réellement le secret de ces origines. L'expérience est à la fois frustrante et assez envoûtante, nous donnant l'envie d'y revenir...

Il est fort dommage que l'auteur n'ait pas cherché à donner davantage d'épaisseur à ses personnages, d'autant qu'il était possible de le faire dans le cadre de ces aventures centrées sur deux des protagonistes principaux de la série-mère. Si le vieux "Feiersinger" se taille la part du lion avec truculence grâce à une ambivalence pleine de densité, le jeune Donovan demeure particulièrement lisse et, finalement, pourrait être remplacé par n'importe quel autre aventurier sans que le récit ne s'en trouve changé. C'est en quelque sorte contre-productif dans la mesure où le lecteur est en partie venu pour faire plus ample connaissance avec ces personnages, dont on n'apprendra quasiment rien de plus que ce qui avait été dit jusqu'ici...
Il manque donc clairement une dimension humaine à ce premier tome de la série, qui ne constitue au final qu'une aventure exotique de plus, n'apportant strictement rien à la série principale.

Les planches de Jaouen Salaün sont bien travaillées. Un dessin réaliste un peu consensuel, néanmoins embelli par une mise en couleur en "peinture directe" (seuls les personnages sont encrés), qui offre de splendides décor plus vrais que nature et, au final, une belle immersion dans le récit à destination du lecteur.
Un assez bon premier tome. Un peu lisse. Bien meilleur en tout cas que le second réalisé trois ans plus tard : Chipekwe.
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Spider-Man - La saga du clone, Tome 1 :
Spider-Man - La saga du clone, Tome 1 :
par Kevin Kavanagh
Edition : Album

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
3.0 étoiles sur 5 Clones & loops, 13 août 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Spider-Man - La saga du clone, Tome 1 : (Album)
En 1975, Spiderman affronte un terrible ennemi : le Chacal (lire pour cela Spider-man : l'intégrale 1975 ou Spider-man. les incontournables n°7 : Face-À-Face Avec Le Clone). Celui-ci crée un clone de la défunte Gwen Stacy afin de tourmenter le pauvre Peter Parker, avant de lui opposer un clone de lui-même. A la fin de cette ancienne saga, le clone de Spiderman meurt ainsi que le Chacal...
En 1994, près de vingt ans plus tard (mais seulement cinq années se sont déroulées dans la série), débute alors la grande "Saga du Clone" : Peter se retrouve nez à nez avec son clone. Celui-ci avait en réalité survécu en restant caché dans le secret le plus total, avant de devenir le mystérieux "Scarlet Spider" et de revenir à New-York afin de se rendre au chevet de la vieille Tante May, alors mourante.
Ce retour imprévu va s'accompagner de tout un tas de bouleversements dans la vie de notre héros, car un clone du chacal vient annoncer à Spiderman et à Scarlet Spider (qui possèdent les mêmes souvenirs de jeunesse) que le clone n'est peut-être pas celui que l'on croit...

Ce premier tome de la célèbre Saga du Clone, énorme recueil de 912 pages, regroupe 42 épisodes issus des quatre séries dédiées à l'époque à l'ami Spiderman ("Amazing Spider-man", "Spectacular Spider-man", "Web of Spider-man" et "Peter Parker : Spider-man"). Ces épisodes ont été ici regroupés dans l'ordre de la narration et forment la première partie de ce crossover (lorsque toutes les séries sont connectées afin de raconter une histoire commune, obligeant ainsi le lecteur à tout acheter...), qui allait devenir le plus grand crossover de l'histoire éditoriale de "l'Homme-araignée", s'étalant ainsi sur plus de quatre longues années de 1993 à 1997...

Attention : Il ne s'agit en aucun cas d'une intégrale, mais plutôt d'une sélection privilégiant de manière très nette les épisodes des séries régulières plutôt que les mini-séries parues dans le même temps, qui approfondissaient les ramifications de la saga (comme par exemple Spider-man : Frères ennemis, publié chez un autre éditeur). Ceci étant dit, cette sélection est très incomplète et il lui manque de nombreux épisodes des quatre séries régulières (plusieurs dizaines au bas mot, certains épisodes devenant donc plus ou moins incompréhensibles puisque l'on n'a pas lu les précédents), ainsi que plusieurs one-shot incontournables pour bien comprendre tous les fils de la saga, comme par exemple "The Osborn Journal" (possibilité de le trouver d'occasion dans le magazine des éditions Semic "Spider Man Extra N° 9 : Le Journal D'Osborn") ou encore la mini-série "Redemption" (Spider Man Extra N°4 et 5).

Afin de bien saisir le contexte de ce crossover, il parait important d'effectuer un retour en arrière : Au début des années 90, les grandes stars de la Marvel (c'est à dire les dessinateurs vedettes comme Jim Lee, Todd Mc Farlane, Marc Silvestri, Erik Larsen et Rob Liefeld) claquent la porte de l'éditeur afin de monter leur propre maison : Image Comics (dont le principe était de laisser le copyright des personnages à leurs propres créateurs, contrairement à la pratique habituelle de l'industrie selon laquelle l'éditeur s'appropriait les droits exclusifs). Marvel frôle ainsi le dépôt de bilan !
A la même époque, les grands crossovers et événements centrés sur un personnage majeur des comics de super-héros sont à la mode. En 1992, La Mort de Superman atteint des records de vente et son retentissement s'étend sur toute la planète. Du côté de la Marvel, Onslaught est également un événement majeur lié aux "séries mutantes". Chez DC encore, Knightfall arrive à point nommé pour exposer Batman sous le feu des projecteurs et va durer de 1992 à 1994.
Sur le même principe, la "Saga du Clone" est pensé pour attirer un maximum de lecteurs sur un événement majeur dédié au personnage phare de la "Maison des idées"...

Sur bien des points, "Knightfall" et la "Saga du Clone" reflètent de nombreuses similitudes et il est très intéressant de les comparer afin de noter la manière dont le second s'est probablement inspiré du premier.
Pour commencer, dans les deux cas, un nouveau personnage plus tourmenté se substitue au héros du titre. Et il faudra attendre la fin de la saga avant que l'ensemble ne retombe sur un statuquo.
C'est une époque plus sombre pour les comics, une période dominée par l'esprit du "grim'n gritty", avec des histoires et des personnages beaucoup plus violents (comme par exemple Spawn). Les deux sagas imposent donc une descente aux enfers pour leurs héros, dans une débauche de bruit et de fureur.
Enfin, dans les deux cas, la recette fonctionnant à merveille (avec des ventes à la hausse), les éditeurs vont étirer le filon jusqu'à plus soif, reculant au maximum le dénouement tant attendu.

Cet "étirement du filon" est le principal défaut de cette "Saga du Clone", dont l'aspect répétitif (des clones à foison et des doutes quant à la véritable identité du vrai Spiderman, pour des épisodes clonés en boucle !) dilue la qualité du récit au fur et à mesure que l'on avance dans la saga.
La qualité purement artistique de l'ensemble est par ailleurs très inégale. D'un point de vue scénaristique, l'ensemble est extrêmement fluctuant du fait que chaque série soit écrite par un auteur distinct. Et tous ne sont pas bons, loin de là.
La série "Amazing Spider-man" est majoritairement écrite par J.M. De Matteis. C'est un auteur brillant, qui nous avait livré quelques années auparavant une autre grande saga (assurément l'une des meilleures histoires dédiées à Spiderman) : La Dernière Chasse de Kraven. De Matteis apporte son talent à la première partie de la "Saga du Clone" où l'on retrouve un grand nombre de ses thèmes récurrents, avec ses personnages habituels comme le "Scrier" ou encore l'affreux "Vermine". Il s'agit clairement de la meilleure partie de l'ensemble, et l'on perçoit nettement l'influence de ce scénariste majeur de la série. A ce titre, on peut retenir trois superbes arcs narratifs : "Le Double" (qui revient sur les origines du clone), "Le Cadeau", avec la mort de Tante May, et "L'héritage des Parker" (encore un récit dédié au passé du clone, dans la lignée de "Frères Ennemis", avec d'ailleurs le même dessinateur : John Romita Jr).
Hélas, les trois autres séries sont chapeautées par des auteurs bien plus laborieux et aucun, qu'il s'agisse de Terry Kavanagh, Tom de Falco, Todd Dezago, Howard Mackie et le très mauvais Tom Lyle, n'arrive à la cheville de J.M. De Matteis. Alors que ce dernier nous offre des épisodes superbement écrits et dialogués, au découpage séquentiel sophistiqué dominé par une voix-off prenante et pulsionnelle, les autres besogneux nous assomment de combats idiots en forme de bagarres de bac à sable vulgaires et infantiles, de dialogues et autres bulles de pensées écrites pour des enfants de huit ans, le tout noyé dans un abattage de planche criardes de cacophonie indigeste.

Il est parfois lassant d'avoir raison : "La Saga du Clone" est épatante lorsqu'elle est écrite par J.M. De Matteis, et souvent très mauvaise lorsqu'elle est écrite par les autres auteurs. Ce qui signifie une fois encore que ce n'est pas l'histoire qui compte, mais bel et bien la manière dont elle est racontée.
A ce titre, les deux derniers (et interminables) arcs narratifs (intitulés respectivement "Le Procès de Peter Parker" et "Maximum Clonage") sont les pires de ce premier tome. Un grand moment de n'importe quoi décérébré et vulgaire, entièrement écrit par tout le monde, sauf par... J.M. De Matteis !

Du côté de la partie graphique, on serait tenté de dire que c'est encore pire. Nous l'avons déjà évoqué plus haut : Toute la crème des dessinateurs Marvel du début des années 90 s'en était allé, ne laissant la place qu'à des tâcherons. Alors, qui avons nous ici ? Et bien il y a Mark Bagley. Il n'est pas très bon aujourd'hui, et il l'était encore moins à l'époque en essayant de recopier le style de Rob Liefeld... Il y a Tom Lyle, l'un des moins pires de ce recueil (quand il n'est pas au scénario...), Liam Sharp, Steven Butler, Tom Grummett, Roy Burdine (affreux), Ron Lim, John Romita Jr (sur les quelques épisodes fameux relevés plus haut), et enfin le duo Sal Buscema & Bill Scienkiewicz, qui bossent clairement à l'arrache, mais qui parviennent néanmoins, grâce à l'encrage du second, à fournir les épisodes les plus originaux et les plus expressifs de l'ensemble.
Pour l'essentiel, les dessins ne sont pas très bons, et surtout pas très beaux. Dans le plus pur esprit des comics 90's, qui souffrent désormais d'un style graphique et d'un découpage indigeste ayant, n'en déplaise aux fans, extrêmement mal vieilli.

Malgré tous ces défauts, la "Saga du Clone" mérite néanmoins le détour. C'est long et laborieux, répétitif et parfois mal fichu. Mais c'est un événement culte de l'histoire des comics de super-héros. Et n'importe quel lecteur ne peut sortir que plus cultivé (dans le sens d'une culture historique) après lecture de la chose.
Il faut avouer que le pitch de départ était sacrément culotté et bien trouvé : "Et si le personnage qui avait endossé le costume de Spiderman depuis 1975 était en fait un clone ? Et si le véritable Spiderman était resté caché pendant tout ce temps ? Et si ce dernier revenait soudainement réclamer son dû ?" Une idée éditoriale risquée mais brillante, permettant de remuer la mythologie de la série de l'intérieur, de la redéfinir entièrement, de revenir sur tout un tas d'histoires passées inédites (quelles aventures avait pu vivre le "vrai" Peter Parker durant toutes ces années d'exil ?), et de secouer le lecteur avec un postulat surprenant, quasiment traumatisant. Un suspense poussé à son comble ("tout cela est-il vrai ? "), et une dimension littéraire où, enfin, tout pouvait arriver (y compris la mort de la vieille tante May et la naissance d'un enfant pour le héros) !
Evidemment (comme d'habitude), le gras du lectorat le plus réactionnaire qui ne veut lire que les mêmes histoires en boucle cria au scandale et à l'hérésie, menaçant de tout saborder à l'idée d'avoir lu, durant tant d'années, les aventures d'un clone imposteur !

Ceux qui connaissent la saga savent évidemment comment elle se termine, et qui des deux personnages principaux (ou des nombreux autres) est le vrai clone... Les autres devront évidemment lire la suite dans le Tome 2, tout en sachant que ces deux tomes, comme précisé plus haut, sont incomplets et qu'il est conseillé de lire certaines mini-séries précitées entretemps...
Aux USA, l'éditeur Marvel a publié l'intégrale de la saga en 5 tomes (à commencer par Spider-Man: The Complete Clone Saga Epic Book 1). Toujours aux USA, une nouvelle collection Omnibus est prévue pour la fin 2016 (à commencer par Spider-Man: Clone Saga Omnibus Vol.1).
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Gotham Academy Tome 1
Gotham Academy Tome 1
par Collectif
Edition : Broché
Prix : EUR 15,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Harry Potter à l'école de Batman, 11 août 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Gotham Academy Tome 1 (Broché)
Ce premier tome regroupe les six premiers épisodes de la série "Gotham Academy". L'ensemble, publié entre 2014 et 2015, est écrit par Becky Cloonan & Brenden Fletcher, et dessiné par Karl Kerschl. Il y a néanmoins des dessinateurs additionnels et tout un bataillon de coloristes qui se bousculent au générique.
"Gotham Academy" étant une (nouvelle) série régulière, il apparait logique et légitime qu'elle nécessite la participation de tout un staff d'auteurs et d'artistes à sa barre, d'autant que l'essentiel est parfaitement dirigé par les trois personnes citées plus haut, offrant à l'ensemble une identité et une sincérité propre.
Il faut préciser, enfin, que cette série se déroule concomitamment aux autres séries régulières dédiée au "Batverse" (l'univers de Gotham City et donc de Batman), en particulier Batman, Batman Eternal, Batman & Robin et Batman & Robin Eternal. Néanmoins, bien que "Gotham Academy" fasse souvent référence à toutes ces séries, ces six premiers épisodes peuvent parfaitement se lire de manière autonome.
En somme : Une série parfaitement connectée au Batverse pour les complétistes, mais également une série autonome (pour l'instant) pouvant également être lue par les néophytes.

Le pitch : "Gotham Academy" est l'école la plus prestigieuse de Gotham City. Subventionnée par la fondation Wayne, elle renferme bien des mystères, notamment depuis la mort, au siècle dernier, de "Millie Jane", la jeune héritière de la famille Cobblepot, dont le fantôme aurait été aperçu par les étudiants ! Il ne s'agit que de la partie émergée de l'iceberg, tant les murs du campus semblent renfermer de mystères et de manifestations surnaturelles. Dans ce contexte, la jeune "Olive Silverlock" traine un passé trouble. Elle pourra néanmoins compter sur ses amis pour la soutenir dans sa quête de vérité et la recherche de ses souvenirs mystérieusement effacés...

Cela a été dit et répété : "Gotham Academy" évoque l'univers d'Harry Potter, notamment ses trois premiers livres. C'est un fait, à tel point que ce postulat semble s'imposer naturellement comme un hommage révéré, davantage que comme un pastiche éhonté.
Becky Cloonan & Brenden Fletcher réinvestissent ainsi, dans le fond, ce qui a fait l'apanage de la saga du petit sorcier à lunettes dans les détails de ce campus à l'aura surnaturelle : La cantine et ses diners aux mets particuliers, les clans et les associations inattendues, les professeurs folkloriques ou inquiétants (mais pas toujours manichéens), les fantômes et les passages secrets, les créatures mythologiques, les étudiants affectés par un passé difficile qui met en avant leur différence. L'émancipation de ces derniers par la transgression des règles. La protection de ces mêmes adolescents par quelques protecteurs puissants et bienveillants (en l'occurrence Batman dans le rôle de la guest-star !). Les cours d'histoire liés à la mythologie du lieu... Il ne manque que le sport-maison (le "quidditch de Poudlard" étant ici remplacé par un tennis bien consensuel).
Le lecteur (ou le spectateur) familier des aventures d'Harry Potter ne peut que trouver que cette dernière série liée au Batverse s'inspire au plus haut point de l'œuvre de J.K. Rowling.

Dans la trame, "Gotham Academy" régurgite également de nombreux éléments du script des trois premiers livres dédiés à Mr Potter : Comme dans Harry Potter à l'école des Sorciers, la jeune Olive Silverlock est liée à son passé et à la mort de ses parents. Comme dans Harry Potter et la Chambre des Secrets, Olive et ses amis sont en quête d'une mystérieuse zone secrète cachée au milieu de leur vieille école, où rode une mystérieuse créature, le tout étant rendu possible grâce à un grimoire regroupant les mémoires d'un ancien pensionnaire. Et enfin, comme dans Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban, les jeunes héros finissent par maitriser les mystères et les moindres recoins de ce campus très particulier.

Mais au delà de ce postulat, les auteurs de "Gotham Academy" parviennent à diluer malicieusement ces références dans l'univers de Gotham City, dans sa mythologie interne et dans son histoire ; dans ses personnages et dans son identité esthétique intrinsèque. Tous ces emprunts à la saga du petit sorcier à lunettes se marient ainsi idéalement à l'univers de Batman et à celui de ses ennemis, à cette mégalopole gothique, séculaire et familiale, dominée par la magie et les phénomènes surnaturels.
La série est donc autant liée aux fondamentaux de l'œuvre de Rowling, dont elle reprend les codes, qu'à ceux du Batverse, dans laquelle elle s'intègre harmonieusement. Les lecteurs ne voyant que le verre à moitié vide (la série n'est qu'un pastiche d'Harry Potter) devront donc rebrousser chemin. Ceux qui verront le verre à moitié plein (l'univers d'Harry Potter se marrie idéalement à celui de Batman) pourront pleinement profiter de cette alchimie envoûtante.

Quand on y pense, il y avait effectivement des ponts entre ces deux mythologies : Un cadre gothique intemporel, une toile de fond familiale embourbée dans une mythologie séculaire ; quelque chose mêlant le présent au passé, dans une atmosphère à la Dickens (dont on reprend également les thèmes principaux). Becky Cloonan & Brenden Fletcher n'ont, en définitive, rien fait d'autre que de lier deux univers dont les liens étaient tout naturels...

Pour le reste, "Gotham Academy" demeure avant tout une série destinée à un jeune lectorat, et plus précisément à des adolescents. Les auteurs ont toutefois veillé à trouver un équilibre qui procure à l'ensemble une dimension universelle, dénuée d'infantilisme ou de violence gratuite, lui offrant ainsi l'opportunité de plaire à des lecteurs de tout âge.
Comme c'est souvent le cas dans ce type de création, Cloonan & Fletcher ont pris soin de dissimuler tout un tas de références destinées aux adultes afin de leur procurer une position privilégiée (et de les déculpabiliser de lire une série prétendument enfantine...). Par exemple, le directeur de l'école, avec ses faux airs de Peter Cushing, se nomme "Hammer". Soit un hommage aux films d'horreur gothiques britanniques des années 60, qui marque l'appartenance de la série au genre consacré. Ce même directeur cite par ailleurs des passages du roman originel de Bram Stocker, Dracula, au détour d'une discussion anodine ! Ce ne sont que deux exemples parmi tant d'autres, mais ces inserts permettent d'installer une véritable connivence avec les seniors.

En dehors d'un certain manque d'originalité (puisque l'ensemble fonctionne avant tout sur un hommage référentiel), on pourra également regretter un parti-pris un peu racoleur dans la caractérisation des personnages et dans le rendu graphique de ces derniers. Si les protagonistes sont tous des archétypes de la littérature adolescente (l'héroïne "différente" – ici une albinos-, la copine rigolote, la gothique antipathique mais attachante, le beau ténébreux, l'intellectuel binoclard, etc.), le dessin de Karl Kerschl, accentué par la mise en couleur chatoyante de ses collaborateurs, se situe au carrefour du manga et du Walt Disney, baignant dans un jeunisme affirmé. Ce parti-pris esthétique participe du succès de la série, puisque l'on assiste aujourd'hui à une grosse mode adulescente un peu fétichiste. Mais c'est tout de même très racoleur.
Enfin, la caractérisation des personnages emblématiques du Batverse (Bruce Wayne, ainsi que l'un de ses ennemis récurrents dont je tairais le nom afin de préserver l'effet de surprise) risque de contrarier les puristes, car ils ne sont pas toujours bien fidèles à eux-mêmes si l'on se réfère à la continuité du Batverse en question...

Ces menus défauts sont toutefois bien les seuls que l'on puisse réellement relever. Car en dehors de cela, ces six premiers épisodes sont extrêmement bien écrits, superbement illustrés (la mise en couleur est particulièrement sophistiquée), merveilleusement immersifs et totalement attachants. Et, arrivé au terme de ce premier tome, le lecteur est accroc à cet univers, dont la plupart des mystères demeurent encore entiers et intrigants. En bref, un très bon démarrage pour une nouvelle série, qui mérite de gagner encore en maturité et en originalité...
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Tyler Cross, tome 1
Tyler Cross, tome 1
par Fabien Nury
Edition : Relié
Prix : EUR 16,95

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Black diamond, 11 août 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Tyler Cross, tome 1 (Relié)
"Tyler Cross, tome 1" (ultérieurement rebaptisé "Black Rock" lors de la sortie du tome 2) est un one-shot réalisé en 2013 par le scénariste Fabien Nury et le dessinateur Brüno.
L'album a connu immédiatement un grand succès, probablement grâce à la popularité de Fabien Nury, auteur de la très estimée série Il Etait Une Fois en France.

C'est l'histoire d'un gangster frondeur, froid et méthodique. C'est l'histoire d'un braquage raté, qui tourne à la bérézina. C'est enfin l'histoire d'une ville paumée du sud des États-Unis (Black Rock), dominée par une odieuse famille ayant fait fortune grâce au pétrole.
C'est donc l'histoire de Tyler Cross, recherché par tout le monde et coincé dans un patelin hostile, où la mort rode à chaque coin de rue, jusqu'aux confins du désert et aux berges du Rio Bravo...

"Black Rock". Voilà un titre qui met bien dans l'ambiance. Car nous sommes ici dans le polar pur, dans ce qu'il a de plus noir. Avec un peu moins d'humilité, on aurait même pu aller jusqu'à "Black Diamond", tant cette première aventure de Tyler Cross est un bijou de précision séquentielle. Tout ce qu'il faut faire en bande-dessinée du point de vue de la mise en forme est ici appliqué avec maestria. Le récit est mené de main de maître. Le découpage des planches est une leçon de concision et de savoir-faire narratif. Les dialogues et la voix-off sont millimétrés. Une véritable leçon de mise en scène !

Il y a quelque chose de cinématographique dans cette mise en forme séquentielle, où la majorité des vignettes, qui s’étendent sur la largeur de la page, évoquent des prises de vue panoramiques. Et c'est d'ailleurs majoritairement le cinéma qui est cité, dans cette aventure qui lorgne clairement vers le cinéma de John Huston (et de son fameux thème de l'échec), préférant le cadre, non pas classique des rues sombres de Chicago, mais plutôt du désert du Nouveau-Mexique, où le polar rejoint parfois le western...

La structure du récit renvoie également aux meilleurs comics (on pense parfois à Garth Ennis ou Warren Ellis), où les flashbacks et la narration anti-linéaire (faite de bons dans le temps et dans l’espace) construisent peu à peu un édifice aux multiples réseaux finissant, en dernier lieu, par se rejoindre et concorder parfaitement. Gangsters, mafiosi, avocats véreux et rednecks dégénérés finissent ainsi par se réunir dans un mémorable bain de sang cathartique que n’aurait pas renié le grand Sam Peckinpah !

Si l'on se contente de feuilleter les premières pages, la vision du dessin de Brüno peut paraitre frustre et simpliste. Ce serait une grave erreur de s'en tenir à cette première impression car, très vite, le style épuré et expressif du dessinateur (quasi humoristique par moment) dissimule une grande maitrise de la mise en scène (cadrage, point de vue, hors-champ, clair-obscur, composition). L'immersion est donc totale au bout de quelques planches et, rapidement, il parait impossible d'imaginer le récit mis en image par quelqu'un d'autre. Tyler Cross n'a beau être qu'une silhouette à peine esquissée, l'ensemble sonne juste et il n'est plus question de l'imaginer autrement.

Pour le reste, "Black Rock" remplit son cahier des charges en matière de roman (graphique) noir et l'ensemble réserve son lot de violence, de satire, de pessimisme et de fatalité tel qu'il est coutume de le trouver dans le genre consacré.
"Qui vit dans la violence périra dans la violence". Tel semble être enfin le crédo de ce premier album qui plonge aussi allègrement dans l'univers connoté du polar qu'il réussit à s'élever au dessus des poncifs en s'imposant, grâce à une classe de tous les instants, sous la forme d'un diamant noir, comme un "tout" indissociable et intemporel.
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CRISIS ON INFINITE EARTHS
CRISIS ON INFINITE EARTHS
par Marv Wolfman
Edition : Album
Prix : EUR 35,00

4 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Platon VS Superboy, 3 août 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : CRISIS ON INFINITE EARTHS (Album)
L'Anti-Monitor mène son armée d'ombre de dimensions en dimensions afin de détruire les Univers parallèles et de s'alimenter de leurs énergies. Son double positif, le Monitor, réunit une assemblée de héros de différents univers afin de stopper le cataclysme. Mais même les plus puissants surhommes ne peuvent rien face à cette menace. Les mondes vont mourir l'un après l'autre... et l'Univers DC ne sera plus jamais le même !
Cet énorme recueil de la collection DC Essentiels contient : Absolute Crisis on Infinite Earth + History of the DC Universe + autres + legend of the DC universe Special COIE. 544 pages.

Les comics de super-héros ont beaucoup de défauts. L'un des plus flagrants est leur aspect commercial. Ainsi, pour vendre un maximum de numéros, les grandes maisons d'édition ont-elles compris qu'il fallait aguicher le lecteur avec des événements et des trouvailles racoleuses. Par exemple : imaginer que Superman n'est pas le seul survivant de la planète Krypton. Ainsi vinrent, entre autres, Supergirl et... Superchien ! Ou qu'il n'est pas le plus puissant des super-héros, car sur d'autres terres parallèles, et même dans des futurs ou passés alternatifs, vivent Superboy, Superman II, etc.
Le problème est qu'au bout d'une quarantaine d'années, un éditeur aussi important que DC Comics croule sous les mondes et les personnages alternatifs, et plus personne à part le fan ultime qui lit la totale depuis des décennies n'y comprend plus rien. Comment alors ameuter de nouveaux lecteurs sans couper le lien avec les anciens ?
Ainsi naquit le projet "Crisis On Infinite Earth", destiné à faire table rase de tout cet imbroglio mythologique, en annulant tous ces mondes et époques alternatifs ainsi fusionnés en notre seule et unique "Terre 1" ! Dans ce contexte, le vieux fan n'est pas ignoré et accompagne ses figures chéries dans leur destin, et le nouveau lecteur peut enfin prendre le train à la gare de départ...

Allez voir le résumé de cette maxi-série sur Wikipédia : A lui seul, il vous occasionnera une migraine carabinée. Autant dire que je ne me risquerai pas à vous raconter les grandes lignes de cette histoire (le pitch recopié plus haut est quasiment un copié-collé du site Urban Comics)...
Bien que cette création soit mythique et qu'elle fasse partie du patrimoine de son médium, je ne peux guère vous la conseiller si vous n'êtes pas prêt à franchir la série d'épreuves qui suit :

- Patient et contemplatif vous devrez être ! En effet, ce récit n'est pas vraiment compréhensible pour qui ne connaît pas la mythologie de l'univers DC et son Histoire. Attendez-vous à aligner plusieurs chapitres avant de commencer à saisir la trame et de comprendre d'où vient tel ou tel personnage, que fabrique tel autre et pourquoi ils sont là. Attendez-vous également, si vous n'êtes pas très en forme, que vous êtes harassé après une dure journée de labeur, à ne jamais rien comprendre du tout...

- Le kitsch, il vous faudra apprécier ! Attention les yeux : nous sommes en 1985 ! Les super-héros (surtout ceux de l'univers DC) sont ringardissimes ! Basiques, soit méchants, soit gentils, ils portent des sobriquets hautement cocasses ("Psycho Pirate", "Blue Beetle", "Geo Force", "Firebrand", "Firestorm", "Dr Polaris", "Le Monitor"...) et arborent fièrement coiffes clinquantes, capes en satin et slips criards par dessus le pantalon, avec des logos à faire pâlir le plus voyant des panneaux publicitaires !

- Le naïf absolu, vous devrez tolérer ! Tout ce beau monde pense tout haut ce que tout un chacun pense tout bas, et vous le communique clairement à travers des bulles de pensée. Tout, vous saurez tout sur leurs moindres atermoiements, promis ! Vous les entendrez s'exprimer dans un langage médiéval très coloré, chaste un moment, vulgaire l'instant suivant. Vous les écouterez tergiverser des heures-durant sur d'incroyables phénomènes "méta-temporels" ou "supra-universels" à faire passer Platon pour un débutant. Enfin... à la condition que le philosophe grec se soit intéressé aux bagarres de bac à sable, parce que tous ces super-héros se battent comme à la maternelle pour un oui ou pour un non, certains préférant cogner avant de réfléchir à pourquoi ils cognent...

- Le cynisme, il vous faudra supporter. Car "Crisis On Infinite Earth", comme indiqué plus haut, est avant tout une opération visant à élaguer un univers devenu trop compliqué et mettant en péril l'avenir de la franchise d'un point de vue commercial. Les auteurs imaginent ainsi un gigantesque crossover afin d'effacer tout ce qui a permis, des années durant, de booster les ventes de leur éditeur : Mort et résurrection des héros, changement d'identité, déclinaison féminine et version adolescente des mêmes personnages phares, crossovers afin d'établir un lien plus ou moins cohérent entre diverses franchises ne partageant pas au départ la même intégrité, etc, etc. Ainsi, afin de tout annuler, utilisent-ils sans vergogne les mêmes ficelles qui leur ont permis de vendre davantage de comics sur le principe racoleur de "l'événementiel" factice, où tout convergera, à un moment ou un autre, vers l'incontournable statuquo. Ce que "Crisis On Infinite Earth" est...

Si vous réussissez à passer cette succession d'épreuves, vous aimerez probablement cette maxi-série. Elle est de toute manière bien meilleure que "Guerres secrètes", le méga-crossover lancé au même moment par Marvel afin de concurrencer son éternel rival. Car au premier degré frontal et passablement idiot de "Guerres secrètes", "Crisis On Infinite Earth" oppose tout de même une complexité réelle qui approfondit les ramifications mythologiques qui font l'intégrité de son éditeur.
Le scénariste Marv Wolfman, connu à la fois des fans de DC comme de Marvel, qui accède ici à un vieux rêve d'enfance (faire converger tous les héros de l'univers, confrontés à une menace cosmique), parvient à communiquer son enthousiasme à travers une forme de narration généreuse et décomplexée. Sa vision d'ensemble est également très cohérente, faisant ainsi passer la pilule.
Le dessin de George Perez possède tout les atouts et le charme des comics old-school. Avec une rare perfection, l'artiste réalise des planches ambitieuses en totale harmonie avec le sujet développé, magnifiées par le format deluxe (28,3 x 18,7 cm) de cette édition et la remastérisation des couleurs.
En bonus, vous aurez même droit à moult épisodes publiés à l'époque suite aux répercutions de cet immense crossover ! Cette édition propose ainsi 152 pages supplémentaires par rapport à l'ancienne édition Absolute de Panini Comics : Absolute Crisis on Infinite Earths.

"Crisis On Infinite Earth" est en définitive une œuvre aussi ambitieuse que cynique. Réservée aux fans ultimes de l'univers DC comics, elle paraîtra tantôt datée, tantôt parfaitement hermétique au lecteur profane. Personnellement, cette lecture a été pour moi une véritable torture. Préférant les comics modernes et adultes, j'ai eu du mal à franchir le cap...
Bien évidemment, les fans ne supporteront pas mon avis qui n'est pas le même que le leur, appuieront sur le bouton "VNU" et crieront sur les toits que cette maxi-série est un chef d'œuvre, sans chercher à regarder plus loin que le bout de leur nez. Mon commentaire est donc parfaitement subjectif et ne constitue ni une vérité ni même une crise universelle...
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Aug 11, 2016 8:03 AM MEST


Les Contrebandiers de Moonfleet
Les Contrebandiers de Moonfleet
DVD ~ Stewart Granger
Prix : EUR 10,00

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Je suis ton fils, 23 juillet 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les Contrebandiers de Moonfleet (DVD)
"Les Contrebandiers de Moonfleet" est un film d'aventures réalisé par Fritz Lang en 1955. Mâtiné de piraterie et de cape et d'épée, il s'agit à l'origine d'un "petit film" issu de l'industrie hollywoodienne (le premier film en cinémascope pour le metteur en scène allemand, aisni que son premier travail effectué pour une major company). Mais s'il connut lors de sa sortie un succès très modeste, il a fini avec le temps par s'imposer comme un chef d'œuvre, un film culte et l'une des œuvres phares du réalisateur de Metropolis.
Il s'agit en outre d'une adaptation très libre du roman éponyme de John Meade Falkner (XIX° siècle).

Attention : Plusieurs passages de mon commentaire dévoilent les éléments de l'intrigue.

Le pitch : Dans une région côtière de l'Angleterre au 18° siècle, le petit John Mohune vient de perdre sa mère, ce qui fait de lui un orphelin.
Avant de mourir, cette dernière a demandé à son fils de partir pour Moonfleet, le village de ses origines, et de contacter Jeremy Fox, l'un de ses plus chers amis. Celui-ci vit désormais au manoir des Mohune. Rapidement, l'on apprend que Fox a vécu une idylle avec la mère de John, peu avant sa naissance, idylle rendue impossible à cause de sa famille, alors toute puissante, bien qu'aujourd'hui anéantie.
D'abord réticent, Jeremy finit par se prendre d'affection pour le petit garçon, tout en demeurant très distant. Car l'enfant est un obstacle face aux véritables activités de cet homme ombrageux, qui est en réalité le chef des redoutables contrebandiers de Moonfleet, recherchés par les autorités du pays...

Si tout le début du film aligne les allusions au fait que Jeremy est probablement le père naturel du jeune garçon, avant que sa liaison d'avec sa mère ne fasse de lui un indésirable condamné au banditisme pour assurer sa survie (la mère de John ayant rapidement été mariée à un cousin choisi par la famille), la suite devient plus ambigüe, au point que le spectateur ne sache jamais vraiment si cette supposition est véritablement fondée.
Ce père probable se mue alors peu à peu en un "père idéalisé", dont l'ambigüité le rend plus fascinant encore et attise toujours davantage l'attachement du jeune garçon.
Ce postulat devient peu à peu l'essence du récit, quand les éléments de sa structure narrative (John Mohune recherche le trésor de Barberousse, son aïeul) passe au second plan. Et c'est bien l'attitude de Jeremy Fox (Stewart Granger, charismatique à l'extrême) qui tient alors le devant de la scène, le personnage se déchirant peu à peu entre son désir de mener à bien ses activités personnelles de bandit et son attachement croissant pour le petit garçon.

Lorsqu'à la fin, cette relation semblable à celle d'une famille recomposée coûte sa vie à Jeremy, le spectateur a le sentiment que le petit John a précipité la mort de son protecteur. Bien évidemment, cette toile de fond dissimule une relecture de l'Oedipe et, quelque part, le film est une véritable métaphore sur le passage entre l'enfance et l'âge adulte.
Toute la première partie du film insiste ainsi sur le monde de l'enfance : Le cadre gothique de cette région de l'Angleterre (avec son cimetière, ses scènes essentiellement nocturnes et cette impression de conte macabre, dans une esthétique proche de celle de la Hammer), les résonnances à L'Île au Trésor de Robert Louis Stevenson (dont "Les Contrebandiers de Moonfleet" pourrait constituer une "version terrestre", avec Jeremy Fox en lieu et place d'un Long John Silver), le parfum de l'aventure et de la piraterie ; tout concorde à faire du spectacle un conte effrayant, quelque part entre les frères Grimm et Lewis Carol (notamment lorsque le petit John tombe au fond de la crypte du cimetière). De plus, la caméra de Fritz Lang filme quasiment chaque plan en légère contre-plongée, un peu comme si l'on regardait chaque scène du point de vue d'un enfant...

Dans la seconde partie, le récit opère un changement de ton subtil et la mort devient réelle, stigmatisant peu à peu le passage de l'enfance vers la sombre réalité de l'existence. A l'arrivée, le jeune Mohune retrouve sa solitude, mais il est devenu plus fort de son expérience, prêt à affronter son destin en espérant le retour de ce père qui ne reviendra sans doute jamais...
A ce titre, il est important de noter que la dernière scène du film, où John est assuré du retour de Jeremy, a été ajoutée au montage par le producteur. Une fin reniée par Fritz Lang, qui atténue effectivement la force et le message de l'œuvre.
Bien des années plus tard, George Lucas se souviendra probablement du chef d'œuvre de Fritz Lang en écrivant le final de Star Wars - Episode VI : Le Retour du Jedi : A la fin du film, en effet, Luke Skywalker causera également (et tout aussi indirectement) la mort de son père, Dark Vador. Un acte œdipien transcendé par un amour filial rédempteur et absolu...

En définitive, derrière ses airs de "petit film de studio", "Les Contrebandiers de Moonfleet" s'impose comme une œuvre majeure dans le fond et dans la forme, dont chaque élément est essentiel.
Derrière cette toile de fond crépusculaire et œdipienne (au diapason de toute l'œuvre de Fritz Lang), la mise en scène, éblouissante, regorge de symboles et sa construction narrative est un modèle de trouvailles fédératrices : Surcadrages en forme d'œil ou de cercle (mêlant points de vue et métaphores sur le cercle de la famille et le regard de l'enfant), toile de fond aux multiples résonnances, voilà tout à fait le genre de film à même de réconcilier l'élite intellectuelle et les spectateurs candides (notamment les enfants), pour un idéal de cinéma populaire et artistique...

Les bonus de cette édition DVD proposent deux documentaires (respectivement 20 et 30 minutes) sur l'analyse du film, dont l'un exhume les documents de Fritz Lang (découpage technique, story-board), attestant du travail de titans effectué par le réalisateur dans son approche de la mise en scène.


THE AUTUMNLANDS Tome 1
THE AUTUMNLANDS Tome 1
par Benjamin Dewey
Edition : Album
Prix : EUR 17,50

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Animaux humanoïdes pour fable humaine, 22 juillet 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : THE AUTUMNLANDS Tome 1 (Album)
Ce premier tome de la collection éditée chez Urban Comics regroupe les six premiers épisodes de la série "The Autumnlands", réalisée par le scénariste Kurt Busiek et le dessinateur Benjamin Dewey, avec une mise en couleurs de Jordie Bellaire. A l'heure où j'écris ce commentaire, nous ne savons pas encore sur combien de tomes va s'étendre cette série. Ces épisodes ont été publiés initialement en 2014 et en 2015.

Le pitch : Dans un royaume d'heroic fantasy où tous les êtres vivants intelligents sont des humanoïdes à tête d'animal, les "nuageois", une caste de nantis qui vit dans des cités flottant dans le ciel, domine les "moindres", qui évoluent dans les plaines et les forêts en dessous. Les nuageois ont imposé leur domination aux moindres grâce au pouvoir de la magie. Mais la magie se meurt, sans que l'on ne puisse rien y faire...
La légende raconte que c'est la venue d'un "champion éternel" (un guerrier invincible) qui aurait éveillé la magie. C'est ainsi que dans la cité de "Keniel", un groupe de magiciens entreprend de faire revenir secrètement ce champion d'une autre dimension...

La première chose qui frappe le lecteur à la lecture de ces épisodes, c'est bien évidemment cette faune humanoïde qui peuple le monde d'Atumnland. Chiens, phacochères, bisons, renards et hiboux-Grand-duc côtoient cigognes, iguanes, girafes, ours bruns, flamands roses, blaireaux, serpents et crocodiles (et bien d'autres espèces encore). Le dessinateur Benjamin Dewey a su donner une apparence immédiatement humaine à tous ces êtres féériques, tout en respectant scrupuleusement leurs attributs purement animaux au niveau du visage et des expressions. Cette alchimie sonne incroyablement juste, et l'immersion du lecteur est ainsi totale, offrant à l'ensemble une merveilleuse portée universelle, d'une évidence sidérante.

L'autre force du récit se situe dans le sous-texte, dont l'épaisseur du domaine de la fable s'impose également avec une immédiateté étonnante. Cette course pour le pouvoir et la richesse aux dépends des peuples les plus modestes résonne ainsi de manière directe pour nous autres lecteurs, évoluant chaque jour davantage dans un monde ou l'individualisme et le libéralisme sauvage semblent sans cesse accentuer le clivage entre les diverses couches de la société et les différentes populations.
Que le fameux "champion éternel" de la légende de The Autumnlands soit le seul être humain du récit, et par extension le seul être capable de sauver ce monde tel qu'il est à ce moment là (les castes dominantes exploitant les peuplades d'en bas), enfonce encore le clou et nous oblige à nous interroger sur le bien fondé de nos civilisations : Est-il acceptable de voir certaines populations profiter du labeur et de la pauvreté des autres ? Devons-nous accepter encore et toujours qu'une poignée de personnes avides de pouvoir et d'argent mettent leur esprit dénué d'empathie au service de leur propre intérêt et aux dépends des autres ? Toutefois, la barbarie de certaines cultures à priori exploitées leur donne-t-elle le droit de prétendre à davantage de pouvoir et d'ascendance dans un monde civilisé ?
Autant de question complexes et passionnantes, qui résonnent de manière universelle.

La force du récit concocté par Kurt Busiek & Benjamin Dewey se joue ainsi dans cette rencontre entre un sujet au diapason d'une imagerie puissante et inspirée, chaque image imposant un univers de féérie unique en son genre (l'architecture, les vêtements et les accessoires se distinguent de notre monde par chaque détail), tout en évoquant les pires travers de notre espèce.
La construction du récit est conceptuelle, très soignée (le premier épisode est un épisode double), de même que les illustrations.
Comme à son habitude, Kurt Busiek donne beaucoup d'épaisseur à ses personnages, sans tomber dans le manichéisme primaire, tout en faisant avancer très lentement ses intrigues. Et par moment, on regrette peut-être un soupçon de mollesse dans l'évolution de l'histoire.

Pour ma part, le principal problème de ces épisodes concerne leur mise en couleur. Si Jordie Bellaire est une professionnelle dont la carrière est jusqu'ici tout à fait respectable, elle effectue pourtant un travail qui fonctionne au détriment de celui de Benjamin Dewey, et je m'étonne d'être apparemment le seul à le penser, quand bien même cette colorisation a été conçue en amont, avec la bénédiction du dessinateur. En effet, à bien y regarder, la mise en couleur de The Autumnlands vient systématiquement écraser et alourdir le trait racé et aéré de Benjamin Dewey. En ajoutant une tonne d'ombres et en essayant de donner du volume à outrance à chaque élément et à chaque personnage de la série, la coloriste finit par tout assombrir, annihilant au final la précision gracieuse du trait. Soit un mauvais mariage entre le graphisme et la couleur, la seconde fonctionnant au détriment du premier.

Ce premier tome de la série demeure néanmoins une excellente lecture, dont la richesse formelle, la force et l'évidence en imposent dans l'esprit du lecteur. J'ai regretté pour ma part un rythme parfois étiré et une mise en couleur complètement inopportune. Malgré tout, je vais poursuivre l'aventure et je me tiendrai au rendez-vous pour la sortie du tome 2...
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