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Contenu rédigé par Eminian
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Eminian
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Mrs Dalloway
Mrs Dalloway
par Virginia Woolf
Edition : Poche
Prix : EUR 6,50

3.0 étoiles sur 5 Quel style !, 20 août 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Mrs Dalloway (Poche)
Virginia Woolf, pseudonyme d’Adeline Virginia Alexandra Stephen (1882-1941), est une femme de lettres anglaise, l'une des principales auteures modernistes du XXe siècle. Bisexuelle et féministe, elle fut une figure marquante de la société littéraire londonienne et un membre central du Bloomsbury Group, qui réunissait des écrivains, artistes et philosophes anglais, groupe au sein duquel elle rencontrera Vita Sackville-West avec qui elle aura une liaison durant toutes les années 1920. Woolf souffrait d'importants troubles mentaux et présentait tous les signes de ce qu'on nomme aujourd'hui, troubles bipolaires. En 1941, à l'âge de 59 ans, elle se suicida par noyade dans l'Ouse, dans le village de Rodmell (Sussex), où elle vivait avec son mari Leonard Woolf, écrivain lui aussi. Elle avait commencé l'écriture comme activité professionnelle en 1905 pour le supplément littéraire du Times ; un premier roman en 1915, tandis que Mrs. Dalloway, l’une de ses œuvres les plus connues, date de 1925.
Le lieu : Londres, après la Première Guerre mondiale. Le temps : une journée dans la vie de Clarissa Dalloway, une femme de la bonne société anglaise, épouse d’un homme politique (Richard) et mère d’une jeune fille de dix-sept ans (Elizabeth), entre sa sortie le matin pour aller chez le fleuriste et la réception qu’elle donne le soir chez elle.
Une journée au cours de laquelle Clarissa s’interrogera sur les raisons qui l’ont amenée à épouser Richard alors qu’à l’époque elle fréquentait Peter Walsh – Peter qui tout juste revenu des Indes et pour quelques jours à Londres, lui rend une visite imprévue. Evocation aussi d’une relation lesbienne avec Sally Seton quand elle était jeune (« Est-ce que ça n’avait pas, finalement, été de l’amour ? »). Parallèlement à la journée de Clarissa, un drame se joue chez les Warren Smith quand Stephen, jeune militaire revenu de la guerre frappé d’un choc post-traumatique, se suicidera par défenestration au moment où son médecin venait le chercher pour le faire interner. Médecin que nous retrouverons à la réception du soir, révélant cet incident qui troublera beaucoup Clarissa Dalloway.
Autant le dire tout de suite, si pour vous un roman se doit d’avoir une histoire bien ficelée avec un début et une fin, voire mieux encore, des rebondissements dramatiques, ce bouquin risque de vous décevoir. Ici nous sommes plus dans l’analyse psychologique, l’introspection, la réactivation de souvenirs. A priori, ce n’était pas un roman pour moi, j’ai commencé à le lire avec une certaine distance, le temps de réaliser que je l’abordais par un mauvais angle (pas d’histoire à proprement dire) et de reprendre ma lecture avec une autre paire de lunettes. Et là, j’ai vu et compris les raisons de la renommée de l’écrivain et de ce livre en particulier.
L’écriture très moderne est particulièrement travaillée, voir la place de la ponctuation par exemple (le point-virgule !) ou du dédoublement des mots (« Elle soupirait, elle ronflait, non qu’elle fût endormie, simplement lourde, somnolente, lourde, somnolente, comme un champ de trèfle au soleil… ») Virginia Woolf est une styliste de haut niveau. Une écriture qui m’a rappelé, par certains aspects, Marcel Proust, avec ses personnages réfléchissant à leurs actes, ramenés à leur passé par de petits faits actuels, des descriptions pointues de leur environnement… mais en moins coulé/coulant à la lecture car mâtinée de James Joyce, quand on passe d’un personnage/d’une situation à un(e) autre subitement. Et que dire de la construction du roman ? Le récit se déroule sur une seule journée mais Virginia Woolf est assez habile pour évoquer des jours anciens et se jouer du temps.
Les caractères sont très fouillés, l’écrivain opposant les uns aux autres. Le sérieux guindé de Mrs. Dalloway à la « folie » de Septimus ou de Doris Kilman (professeur d’Elizabeth) mais l’opposition peut aussi être intérieure, Mrs. Dalloway sait être un peu snobe alors que Clarissa a des états d’âme qui nous la rendent plus proche. Et si Clarissa Dalloway comme Septimus Warren Smith luttent contre leurs pulsions de mort, l’un y cèdera quand l’autre s’y adaptera.
Un bon roman pour ceux qui feront l’effort nécessaire – mais mérité – d’y entrer, ne serait-ce que pour apprécier ce que le mot écrire veut dire.

« Peter Walsh s’était levé, il était allé à la fenêtre, il lui tournait le dos, et se passait nerveusement un grand mouchoir sur le visage. Il avait l’air imposant, sec, solitaire, ses omoplates maigres soulevaient un peu sa veste ; il se mouvait bruyamment. Emmenez-moi, pensa impulsivement Clarissa, comme s’il prenait incessamment le départ pour un grand voyage ; et puis, la minute d’après, ce fut comme si les cinq actes d’une pièce qui avait été très excitante, très émouvante, étaient maintenant terminés, et qu’elle avait vécu, pendant leur déroulement, une vie entière, qu’elle s’était enfuie de chez elle, qu’elle avait vécue avec Peter et que c’était maintenant terminé. »


Electre à la Havane
Electre à la Havane
par Leonardo Padura
Edition : Poche
Prix : EUR 6,70

4.0 étoiles sur 5 Un polar littéraire, 17 août 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Electre à la Havane (Poche)
Leonardo Padura Fuentes, né en 1955 à La Havane (Cuba), et licencié en philologie, est auteur de romans policiers, scénariste, journaliste et critique littéraire, auteur d’essais et de livres de contes. Il amorce sa carrière de romancier en 1991 et devient l'auteur d'une série de romans policiers ayant pour héros le lieutenant-enquêteur Mario Conde qu’on retrouve dans Electre à La Havane, paru en 1998.
Août 1989, Alexis Arayan, fils d'un diplomate cubain est retrouvé mort étranglé à La Havane, à ce détail près que la victime était habillée et maquillée en femme. Quand débute le roman, le Conde, a été suspendu provisoirement de ses fonctions suite à une bagarre avec l’un de ses collègues, mais son chef le major Rangel (Le Vieux), en manque d’effectifs, doit le mettre sur l’affaire. Une enquête dans laquelle notre héros, homophobe notoire, va entrer en reculant, « ce monde-là était trop lointain et exotique pour lui, il s’y sentait définitivement perdu… » d’autant que ses premières investigations vont le mettre sur les traces d'Alberto Marqués, un dramaturge et metteur en scène homosexuel.
Résumé ainsi, on pourrait penser qu’il s’agit d’un polar quelconque, en fait il s’agit d’un roman beaucoup plus profond/ambitieux que cela, ce que l’on constate dès les premières pages. Il s’agit d’un polar littéraire, les phrases sont souvent longues, ce qui n’est pas banal dans ce genre de bouquin, l’écriture est soignée même dans les passages scabreux et par-dessus tout, ce polar nous préserve (dans l’ensemble) des clichés trop souvent présents, même chez les plus grands écrivains de romans policiers. Littérature que nous retrouvons au sein de l’intrigue, Mario Conde se voulait écrivain dans sa jeunesse, Alberto Marquès écrit pour le théâtre et sa demeure est une immense bibliothèque de livres rares. Et des flash-back consacrés à un séjour à Paris du dramaturge verront intervenir, Jean-Paul Sartre, Albert Camus…
Leonardo Padura élargit son propos premier qui ne manque pas d’érudition – la mort d’un travesti mystique où la Transfiguration du Christ n’est pas étrangère – à une réflexion sur l’homosexualité et la place des intellectuels dans un pays, Cuba, qui a beaucoup souffert des vicissitudes du pouvoir en place et des privations. Mario Conde, après bien des sueurs froides au contact de l’homosexuel Alberto Marquès finira par ne plus voir que l’intellectuel banni et prendra plaisir à discuter avec lui, discussions qui lui ouvriront l’esprit au point de le relancer dans son projet d’écriture et peut-être d’avenir…
Un roman sur des vies brisées ou non abouties, conséquence des tabous moraux ou de la censure d’état conduisant à se cacher, à se masquer et par analogie à se travestir, au risque de tomber victime de la délation. Un bien bon roman donc, d’un grand écrivain qu’il va me falloir découvrir mieux encore.

« J’ai d’abord été accusé d’être un homosexuel qui affichait sa condition (…) et qu’on n’allait pas permettre que des homosexuels notoires dans mon genre puissent avoir la moindre influence et sapent la formation de notre jeunesse et que c’était pourquoi on allait analyser « attentivement », (cette fois, les guillemets sont de moi) la présence des homosexuels dans les organismes culturels, et qu’on allait déplacer tous ceux qui ne devaient pas être en contact avec la jeunesse, et qu’on n’allait pas les autoriser à sortir du pays dans des délégations représentant l’art cubain, parce que nous n’étions pas et ne pouvions être d’authentiques représentants de l’art cubain. »


Les Menteurs
Les Menteurs
par Marc Lambron
Edition : Poche
Prix : EUR 7,10

3.0 étoiles sur 5 Intéressant, 14 août 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les Menteurs (Poche)
Marc Lambron, né en 1957 à Lyon, est un haut fonctionnaire, critique littéraire et écrivain français, élu à l'Académie française en 2014. Il est aussi conseiller d'État. En 1983, dans le cadre de sa scolarité à l'ENA, il effectue un stage à l'ambassade de France en Espagne où il écrit son premier livre, L'Impromptu de Madrid. Le présent roman, Les Menteurs, date de 2004.
Karine, Claire et Pierre étaient étudiants en lettres à Lyon, en 1975. Ils se sont aimés et ils se sont quittés. Chacun a vécu sa vie de son côté, sans jamais se revoir jusqu’à ce rendez-vous de retrouvailles trente ans plus tard, à Paris.
J’ai lu ce roman par hasard, pour découvrir l’auteur, et c’était le seul disponible à cet instant dans la bibliothèque de ma ville. Quand je l’ai entamé, je me suis dit que j’avais déjà lu ce genre de roman et que ça n’irait pas bien loin, et puis… ce fut une bonne surprise.
Roman choral où nos trois héros prendront la parole tout à tour, chacun expliquant son parcours, donnant sa vision des évènements vécus, portant son regard sur les deux autres. Si vous n’étiez pas sur Terre durant les trente années séparant 1975 de 2004 pour quelque motif, pas né encore, séquestré par un gourou dans un ashram ou perdu dans la jungle de Bornéo, ce bouquin va vous permettre de rattraper votre retard que ce soit en matière de politique, d’évènements culturels ou sociologiques. Trente années passées au crible dans leurs moindres détails, en suivant Claire l’universitaire un peu guindée devenue mère et professeur, Karine la volcanique journaliste de mode qui ne trouve pas l’homme idéal et Pierre le normalien passé par les soirées au Palace et les antichambres du pouvoir. Des univers différents ouvrant la porte à des constats et des critiques parfois acerbes ou désabusées, toujours pointues.
Lyon, Paris, le campus de Berkeley, Madrid et sa movida ; Lacan, Alain Robbe-Grillet, Jean-Marie Messier pour ne citer que quelques unes des nombreuses célébrités croisées et croquées parfois méchamment ; Led Zeppelin, Le Palace et les Halles, Debbie Harry pour l’ambiance. Tout est trop bien décrit ou documenté pour ne pas être en partie – au moins – autobiographique. Sous couvert de roman, Marc Lambron nous livre une analyse sociologique de cette époque. La différence entre son bouquin et d’autres du même tonneau, c’est qu’il est très cultivé et intelligent, livrant des théories en apparence étonnantes (« J’affirme que l’on peut quitter un homme à cause de François Léotard. »), sur le sexe, le pouvoir, l’argent…
Désenchantement sûrement devant « l’écart qui se creuse entre le personnage que l’on devient et l’individu que l’on pensait être », mélancolie un peu, le portrait d’une génération et de son époque qui s’interroge « Comment, petits frères de mai 1968, irions-nous au-devant d’un nouveau monde qu’il nous appartenait de façonner, et qui nous laissa dépossédés ? »
Un livre commencé dans une gentille indifférence et qui s’avéra au fur et à mesure, beaucoup plus intéressant que ce que j’en imaginais.

« … j’ai compris que l’angélisme fraternel de ma première jeunesse était bien mort. C’était un rêve américain venu des campus des années 60. Il avait existé un temps fragile où, dans une frange non négligeable de la jeunesse occidentale, les attitudes libertaires tendaient à prévaloir, accompagnées de codes de comportement qui valorisaient la gentillesse, le voyage initiatique, l’indifférence à l’argent, le principe d’amitié. Des individus s’efforçaient de vivre selon ces préceptes, et parvenaient à conjurer momentanément les fantômes de la guerre, de l’esprit de possession, des rivalités de classes. Cela avait fait long feu, mais cela avait existé. »


Mississippi
Mississippi
par Hillary JORDAN
Edition : Poche
Prix : EUR 8,80

4.0 étoiles sur 5 Un roman très noir, 11 août 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Mississippi (Poche)
Hillary Jordan est un écrivain américain. Elle a passé sa jeunesse entre le Texas et l’Oklahoma et vit actuellement à Brooklyn, New York. Deux romans à son actif et un troisième en cours d’écriture. Mississippi est le premier, paru en 2008.
Memphis, Etat du Mississippi, dans la seconde partie des années 40, après la Seconde Guerre mondiale. Laura, professeur d’anglais, issue de la moyenne bourgeoisie, a épousé à plus de trente ans, Henry ingénieur de son métier. La vie confortable qui s’annonçait pour Laura va vite être chamboulée quand Henry, sans la consulter, annonce qu’il a acheté une ferme dans un bled du Delta ; victime d’une arnaque le couple et leurs deux petites filles vont devoir vivre dans une masure sans eau courante, ni électricité, et cohabiter avec Pappy, le père d’Henry, un ignoble personnage. Hap, un métayer Noir travaille sur la ferme tandis que Florence, sa femme, aide au ménage et fait office de sage-femme pour le voisinage. D’Europe, où la guerre s’achève, reviendront au pays, Jamie, frère cadet d’Henry, pilote de bombardier, ainsi que Ronsel, fils de Hap et Florence, qui servait dans les blindés. Quand débute le roman, on enterre Pappy à la sauvette…
Roman choral, chaque chapitre donne la parole à l’un des acteurs de ce drame pour tenter d’expliquer les raisons, les enchainements de faits, qui aboutiront au meurtre de Pappy et aux tragiques évènements connexes. Tragique, dramatique, ces mots sont trop faibles pour décrire ce que relate ce roman. Lecteur, toi qui t’engageras dans ce terrible ouvrage, sache que tu vas connaitre comme ses acteurs, la déception quand Laura découvrira le cadre de sa nouvelle vie et le poids accablant de la présence permanente du beau-père qui sème la terreur, « il aimait juste savoir qu’elle avait peur de lui », les amours interdites quand Jamie de retour du front, traumatisé et alcoolique, recueilli par Henry, apportera une note de gaité dans la maison et le cœur de Laura.
Pourtant tout cela n’est rien, en comparaison avec le sort réservé à Ronsel. En Europe, malgré les horreurs de la guerre, la vue des camps de concentration, le jeune homme a goûté au bonheur, celui d’être un homme Noir pouvant vivre avec des Blancs et des Blanches, sans être rejeté. Son retour au pays n’en sera que plus difficile dans cet état Sudiste où règne la ségrégation raciale, dans ce bled où une petite bande d’affiliés au Ku Klux Klan entend faire sa loi.
Sans jeu de mot malvenu, le roman est épouvantablement noir, le racisme y est effroyable et sous toutes ses formes : chez Henry, il s’agit d’un racisme de tradition locale et - si j’ose dire – sans plus, les Blancs d’un côté, les Noirs de l’autre, tandis que chez Pappy il est plus virulent, violent et bestial, comme chez ses amis à cagoule blanche.
La technique du roman choral donne une force inouïe au texte, chacun exprimant ses propres souffrances et ses craintes. Laura bien sûr mais Florence, femme de caractère et mère elle aussi, Jamie le cadet torturé psychologiquement par la guerre et surtout par l’éducation reçue de son père, Ronsel qui paiera physiquement le prix de son émancipation vis-à-vis des Blancs… Tout sonne parfaitement juste, c’est très joliment écrit (quel étrange – mais très réel - qualificatif pour ces horreurs insoutenables !) et le lecteur, témoin impuissant autant qu’exaspéré, ne peut que voir venir l’irrémédiable.
Un très bon roman.

« On peut raconter ce qu’on veut, honnête ou pas, pour moi, la sueur sent toujours la sueur. Ca n’avait pas l’air de déranger Henry, mais personnellement je ne m’y suis jamais habituée. Je repensais à ma petite salle de bains sur Evergreen Street avec une nostalgie étourdissante. J’avais trouvé tout naturel d’en disposer, j’avais même ronchonné à l’occasion contre le manque de pression et les éclats sur la porcelaine de la baignoire. A présent que je me débrouillais d’un seau d’eau froide pour faire des toilettes de chat dans la cuisine, cette petite salle de bains me paraissait le comble du luxe. »


Cold In Hand
Cold In Hand
par John Harvey
Edition : Poche
Prix : EUR 9,65

3.0 étoiles sur 5 Avis mitigé, 8 août 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Cold In Hand (Poche)
John Harvey, né en 1938 à Londres, est un écrivain et scénariste britannique, spécialisé dans le roman policier. Après avoir été enseignant de théâtre et de lettres dans un établissement du secondaire de 1963 à 1974, il démissionne et commence à écrire dès 1975. Il obtient une maîtrise de l’Université de Nottingham en 1979 et y devient enseignant à temps partiel jusqu'en 1986. Après cette date, il se consacre entièrement à l'écriture, bien qu'il fonde et dirige, de 1977 à 1999, une petite maison d'édition spécialisée dans la poésie. Ecrivain très prolifique sous divers pseudonymes, c’est en 1989 avec la première enquête de son héros John Resnick qu’il obtient la célébrité. Le roman Cold in Hand, paru en 2008, s’inscrit dans ce cycle comme onzième épisode des douze de la série.
John Resnick, d’origine polonaise, est inspecteur au commissariat de Nottingham, proche de la retraite et accessoirement grand amateur de jazz. Lors d’une bagarre entre gangs de Nottingham, une jeune fille est tuée. Lynn Kellog, la compagne et collègue de Charles Resnick, est impliquée dans la fusillade. Le père de la jeune fille l’accuse de s’être servie d’elle comme bouclier pour se protéger. Par ailleurs, Lynn Kellog même une enquête sur un meurtre, mais les deux témoins lui font défaut. L’un disparaît, l’autre, menacé, refuse de parler.
Un bouquin difficile à chroniquer pour plusieurs raisons, d’abord parce qu’un fait capital – au cœur du sujet réel de ce roman - ne peut vous être révélé ici et ensuite parce que je n’ai pas été emballé outre mesure par le livre.
Donc, pour tenter de donner mon avis sur ce polar sans déflorer l’intérêt que vous pourriez lui porter, en ce qui concerne l’intrigue policière proprement dite, je ne l’ai pas trouvée très intéressante pour ne pas dire moins. John Harvey est un professionnel de l’écriture, il sait embrouiller le lecteur avec des digressions, des détails, des enquêtes annexes et son écriture ne souffre d’aucunes faiblesses. Certes. Mais l’amateur d’enquêtes bien ficelées et roublardes n’y trouvera pas son compte. Certainement n’est-ce pas le propos principal visé par l’écrivain – du moins dans ce roman.
Son message est ailleurs. Une réflexion sur la vieillesse et l’âge de la retraite bien trop proche pour Resnick, son regard porté sur le monde et la société Britannique ; mais plus encore, sur la mort, la manière de faire son deuil, comment réagissent les uns ou les autres quand un être cher décède tragiquement… ce qui nous vaut de très belles lignes particulièrement touchantes.
Pour résumer, un polar assez quelconque globalement duquel se dégagent de beaux passages ne laissant pas le lecteur insensible.

« Parfois, le fait de visiter les lieux, de rester seul dans le silence, de marcher lentement d’une pièce à l’autre, pouvait donner une idée de ce qui s’était passé. Encore une chose qu’elle avait apprise de Resnick et reprise à son compte, à l’époque où elle était jeune inspectrice adjointe. Mais cette fois, il n’y avait rien de plus que l’évident, le déjà connu, pas d’ombres qui se détachaient des murs. Il lui faudrait donc réinterroger les deux hommes, même si elle était de plus en plus convaincue qu’il y avait quelqu’un d’autre dans le coup. Un inconnu, un autre amant, un ami. »


La Nouvelle rêvée
La Nouvelle rêvée
par Arthur Schnitzler
Edition : Poche
Prix : EUR 5,60

3.0 étoiles sur 5 Intrigant, 4 août 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : La Nouvelle rêvée (Poche)
Arthur Schnitzler (1862-1931) est un écrivain et médecin autrichien. Après avoir étudié la médecine et obtenu son doctorat en 1885, il travaille à l'hôpital général de Vienne, mais finit par abandonner la médecine pour se tourner vers l'écriture après le décès de son père (1893) qui s’y opposait. Arthur Schnitzler est l'auteur de pièces de théâtre, de nouvelles et de romans.
La Nouvelle rêvée, une nouvelle parue en 1929 a fait l'objet d'une adaptation cinématographique par Stanley Kubrick en 1999, Eyes Wide Shut, son dernier film, avec Tom Cruise et Nicole Kidman.
Vienne au début du XXème siècle. Fridolin est médecin, marié avec Albertine, ils ont une petite fille de six ans et forment un couple heureux. Un soir, appelé au chevet de l’un de ses patients il ne peut que constater le décès. C’est aussi le moment choisi par Marianne, la fille du défunt, pour avouer son amour au médecin. Troublé Fridolin s’éloigne dans la nuit, hésite mais ne consomme pas une jeune prostituée avant de tomber par hasard dans un café, sur un vieil ami perdu de vue depuis longtemps, devenu pianiste et qui va jouer tout à l’heure dans un endroit inconnu, lors d’une partie fine entre membres masqués d’une société secrète. Excité, Fridolin insiste pour suivre son ami qui pourtant le met en garde contre le danger encouru s’il est démasqué…
Un texte particulièrement intrigant car il mêle le mystère – réalité et rêve -, l’érotisme (discret pour notre époque actuelle) et la psychanalyse chère à Freud où le rêve est le refuge de la pulsion refoulée. D’un côté, Fridolin va vivre une nuit presque torride, avec Marianne et la prostituée qui étaient partantes mais qu’il ne touchera pas, puis lors de la soirée libertine quand il sera fortement attiré par une femme superbe et nue, qui elle se refusera et lui enjoindra de quitter les lieux au plus vite. Rentré au petit matin, sa femme à peine réveillée va lui raconter son rêve, non seulement elle faisait l’amour avec un officier danois – réellement croisé l’an passé quand ils étaient en villégiature – mais elle regardait sans peine son mari se faire torturer. Cet aveu d’assouvissement onirique d’un fantasme de son épouse rend fou de jalousie Fridolin. Le couple va-t-il résister à cet évènement ? Je vous laisse découvrir la suite…
Avec cette nouvelle, Schnitzler ouvre les portes à de multiples interprétations et les spécialistes ne se sont pas privés depuis sa parution comme vous vous en doutez. Creuser l’inconscient humain c’est s’aventurer dans un gouffre sans fond. Le texte est court évidemment, l’écriture irréprochable et le lecteur toujours en éveil (le seul dont on soit certain qu’il ne dorme pas !) à tenter de démêler le vrai du faux, le réel de l’inconscient, la réalité du rêve, fasciné par cette mise en lumière de caractères et de pensées qui normalement restent dans l’ombre protectrice de notre moi le plus secret.

« Et comme il continuait ainsi, tout en prenant sans le vouloir la direction de sa maison, il arriva à proximité de cette rue sombre et plutôt mal famée, où, moins de vingt-quatre heures auparavant, il avait suivi une créature perdue jusqu’à son logis misérable et pourtant chaleureux. Perdue, cette fille-là ? Et mal famée, cette rue, justement celle-là ? Comme nos habitudes paresseuses nous font nommer et juger les rues, les destins, les gens, parce que nous cédons toujours à la séduction des mots. Cette jeune fille n’était-elle pas au fond, de toutes celles que de curieux hasards lui avaient fait rencontrer la nuit passée, la plus gracieuse, pour ne pas dire la plus pure ? Il ressentait quelque émotion quand il songeait à elle. »


La belle de Fontenay
La belle de Fontenay
par Jean-Bernard Pouy
Edition : Poche
Prix : EUR 7,70

4.0 étoiles sur 5 Un bon polar rétro, 1 août 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : La belle de Fontenay (Poche)
Jean-Bernard Pouy, né en 1946 à Paris, est un écrivain de roman noir et un directeur de collections littéraires. Il est notamment le créateur du personnage du Poulpe, aux éditions Baleine dont il est un des fondateurs. Il participe aussi à l'émission Des Papous dans la tête sur France Culture. Si son premier roman est paru en 1983, La Belle de Fontenay date de 1992.
En 1991 (puisque la série Twin Peaks passe à la télé) en banlieue parisienne, Laura, une lycéenne de 17 ans, est trouvée morte dans la parcelle du jardin ouvrier occupée par Enric Jovilar, un vieil anarchiste retraité de la SNCF. D'abord soupçonné par la police - Laura venait souvent profiter du jardin – Enric est relâché. Il décide alors de mener sa propre enquête, en souvenir de la jeune fille mais aussi et surtout pour se retrouver lui-même, un baroud d’honneur, « la chasse à mon propre immobilisme, me remettre face aux raisons de mon malheur ».
L’idée originale de ce polar, c’est qu’Enric son héros narrateur, est un sourd-muet ! Une balle lui a traversé le crâne alors qu'il fuyait la guerre d'Espagne. Quant à la Belle de Fontenay, ce n’est pas Laura, mais la variété de pommes de terre qu’affectionne et cultive notre détective en herbe.
Un sourd-muet qui enquête, vous devinez que ça ne va pas être coton pour lui, obligé de recourir à l’écrit, sur des bouts de papier, des nappes de restaurant etc. pour poser ses questions et obtenir des réponses. Du coup, le rythme s’en ressent, les investigations prennent leur temps mais le lecteur s’en fiche, il a bien compris que là n’est pas l’essentiel. Nous sommes dans un polar d’une autre époque, de ceux où l'atmosphère l'emporte sur l'histoire. Les jeunes générations risquent de n’en pas savourer les richesses, à savoir ces références au passé, politiques ou syndicales, les maos et les trotskystes, la mouvance soixante-huitarde, ainsi que l’esprit libertaire qui anime notre héros…
Le champ d’action du « détective » va se cantonner au lycée où étudiait Laura, ses professeurs, ses élèves, la belle y piochant ses amants dans l’un et l’autre camp, et le Mickey-bar, un vieux troquet à l’ancienne (genre c’était bien chez Laurette) où les gamins ont leurs habitudes – ce qui m’a rappelé de très bons souvenirs personnels, mais ceci est une autre histoire. J’ai dit que l’enquête prenait son temps, mais les cinquante dernières pages donnent un coup de fouet salutaire à l’intrigue.
Un polar rétro mais avec toute l’affection que je puisse donner à ce qualificatif, très bien écrit avec des mots d’argot qu’on ne connait plus (camtar, chaussettes à clous…) et dont je me suis régalé et amusé. Un de ces romans que je classerais volontiers aux côtés de ceux de Léo Mallet (1909-1996).

« Je suis revenu dare-dare aux jardins, en me méfiant, en rasant un peu les murs, je n’avais aucune confiance en l’homme, et en l’occurrence en des membres possibles de la famille de Laura qui se seraient bien concocté une petite vengeance, un petit lynch de banlieue, vite fait, vite regretté, mais ça fait du bien. Mais tout était calme autour des potagers. La centrale électrique était toujours plus ou moins nimbée. Les trains de banlieue passaient à peu près à la même cadence. J’ai enfin semé mes patates, les recouvrant de terre avec amour. Deux jours après, j’ai été à l’enterrement de la petite qui, elle, dans les mêmes conditions, ne donnerait plus de saine récolte. »


América
América
par T. Coraghessan Boyle
Edition : Broché

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Un bon roman toujours très actuel, 27 juillet 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : América (Broché)
T.C. Boyle (Tom Coraghessan Boyle) est un écrivain et romancier américain né en 1948 à Peekskill dans l’Etat de New York. Depuis 1978, il anime des ateliers d’écriture à l’Université de Californie du Sud et vit près de Santa Barbara, dans une maison dessinée par l’architecte Frank Lloyd Wright. Il est l’auteur de plusieurs recueils de nouvelles ainsi que de nombreux romans. Celui-ci, América, date de 1995.
Delaney Mossbacher est écrivain, rédigeant des articles écolos pour la presse ; sa seconde femme, Kyra, bosse pour une agence immobilière ; avec Jordan le fils de sa femme, leurs deux chiens et le chat, ils habitent une jolie maison dans un domaine de résidences huppées vers Topanga Canyon, près de Los Angeles, loin de la grande ville et de ses dangers. Un soir, alors qu’il rentre chez lui en voiture, Delaney renverse sur la route un « chicano », un Mexicain entré clandestinement en Californie. Candido, c’est son nom, vit misérablement dans les broussailles au fond d’un ravin, avec sa jeune femme América, enceinte. Ils sont venus aux Etats-Unis, pour fuir la misère, la violence et la corruption régnant dans leur pays, bien décidés à travailler dur pour s’en sortir.
Deux mondes que tout oppose, en théorie à cent lieues l’un de l’autre et pourtant si proches. La bourgeoisie aisée du monde de Delaney, ses belles demeures, ses belles voitures, la campagne toute proche, au fond du jardin, où il excursionne pour faire ses observations animales et alimenter ses articles. Et dans cette campagne, tapie dans les coins sombres pour échapper à la police et aux services de l’immigration, des Mexicains qui vivent là comme des bêtes, moins bien même, sans ressources, ne parlant pas la langue du pays, qu’on ne voit que sur le parking de la supérette, attendant le bon vouloir d’un patron qui les engagera peut-être pour une journée de labeur avant qu’ils ne retournent dans leur trou pour la nuit.
La faim (sauf à bouffer dans les poubelles), la soif (boire l’eau croupie de l’arroyo), l’humiliation (lui le mari ne peut subvenir aux besoins de sa femme), la violence (América sera violée, Candido sera battu), T.C. Boyle nous plonge dans le destin tragique de ces immigrés qui fuient leur pays, prêts à endurer les pires souffrances pour, non pas toucher le gros lot, mais obtenir le minimum vital pour vivre dignement, à savoir un job et un toit. Candido et América vont devoir affronter, non seulement l’indifférence ou la répulsion des locaux mais aussi, leurs propres frères de misère, Mexicains aussi pauvres qu’eux mais qui n’hésiteront pas à les dépouiller du peu qu’ils possèdent, le combat pour la vie est sans pitié. Le lecteur enrage d’impuissance, car l’écrivain a pris soin de nous montrer Candido et América sous un jour favorable.
De leur côté, nos Américains bon chic, bon genre, commencent à s’inquiéter de la présence de ces bandes de Mexicains venant dévaloriser leur décor ou source de tracas. Ils vont faire dresser un mur autour de leur domaine, avec un portique et un vigile à l’entrée. Et lentement, mais sûrement, nous assistons au retournement de pensée de Delaney, lui le libéral, opposé au départ à ce mur va s’y résoudre d’abord par lâcheté conjugale (sa femme y tient, elle), puis par paranoïa, allant jusqu’à traquer les Chicanos jusqu’au fond de la ravine armé d’un révolver. Ou comment le racisme, la peur de l’autre, en vient à gangréner même ses plus farouches opposants. Le roman s’achevant dans un final apocalyptique où l’écrivain, pour ne pas rendre son bouquin plus noir qu’il n’est déjà, semble ouvrir une porte à l’espoir en l’homme… ?
Roman magnifique pour la forme. L’écriture est limpide, même si des tournures de phrases m’ont parfois étonné (« la petite boite noire à lui prêtée par le Service de surveillance électronique du comté de Los Angeles »), extrêmement détaillée comme toujours chez Boyle, portée par un souffle puissant, sans que le texte ne soit dénué d’humour pour autant ou de scènes grandioses. Roman dramatique pour le fond, car écrit il y a vingt ans, il reste complètement d’actualité, peut-être même pire encore.
Un excellent roman.

« Bien, mais… Où ces gens étaient-ils censés aller ? Rentreraient-ils au Mexique ? Il en douta, tout ce qu’il savait des espèces migratoires et des réactions d’une population qui se fait déloger par une autre lui disait le contraire. Tout cela conduisait à la guerre, à la violence et aux meurtres jusqu’à ce qu’enfin un groupe ait décimé l’autre et rétabli ses droits sur ses territoires de chasse, ses pâturages ou ses aires de nidification. C’était triste, mais les choses se passaient comme ça. »


Vagabonds de la vie : Autobiographie d'un hobo
Vagabonds de la vie : Autobiographie d'un hobo
par Jim Tully
Edition : Broché
Prix : EUR 18,00

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3.0 étoiles sur 5 Sur la route, 24 juillet 2016
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Jim Tully, né de parents immigrés Irlandais dans l’Ohio en 1886 et décédé en Floride en 1947, a vécu plusieurs vies. Garçon de ferme, boxeur, conseiller à Hollywood (pour Charlie Chaplin pendant le tournage de La Ruée vers l’or), c’est aussi un écrivain qui dès les années 1920 se partagea entre littérature et journalisme pour de nombreux magazines tels Esquire, Vanity Fair, etc.
Le présent ouvrage qui vient de paraître, Vagabonds de la vie, autobiographie d’un hobo, revient sur une époque difficile de la vie de Jim Tully, les six années courant de 1901 à 1907, où très jeune encore, il s’embarqua dans l’aventure ferroviaire chère aux clochards célestes.
S’il y a un mot qui m’a toujours fait rêver, c’est bien ce « hobo », croisé aussi bien dans la littérature que dans les chansons d’artistes américains. Aux Etats-Unis, le terme désigne un sans domicile fixe se déplaçant de ville en ville, le plus souvent en se cachant dans des trains de marchandises, et vivant de travaux manuels saisonniers et d'expédients. Bien entendu mes rêves se conforment mal avec la réalité qui n’est pas aussi rose, l’idée de liberté absolue, de voyages et de grands espaces devant être opposée aux souffrances (la faim, le froid) et aux violences physiques (bagarres entre trimardeurs ou avec les flics du train).
C’est de cette réalité qu’il sera question ici. Dans les pas de Jim nous allons faire connaissance avec des personnages pittoresques à défaut d’être toujours de bonne compagnie. Poivrots, voleurs, bagarreurs voire criminels, les hobos vivent de la mendicité des gens pauvres ou de petites arnaques qui paieront leur gnôle. « Ces hommes étaient des pauvres diables, des petits escrocs en loques. » De ses rencontres, l’écrivain ne gardera un souvenir ému que des prostituées, qui toujours lui apporteront un secours modeste mais bienvenu quand la dèche sera à son comble.
Jim Tully va sillonner les Etats-Unis en long et en large, croiser et recroiser tel ou tel, se faire des amis comme Bill, un fugueur ; il va frôler la mort, touché par la typhoïde et la malaria, être mêlé à des évènements guère brillants, le plus souvent en tant que témoin comme cet horrible épisode où un Noir est lynché. L’écrivain raconte ses souvenirs comme le ferait un journaliste, sans y mettre de pathos, les faits se suffisent à eux-mêmes ; ils sont ainsi, chacun en jugera comme sa morale l’entend.
Un bouquin très intéressant pour qui veut se plonger dans ce monde parallèle qui a ses règles, son argot, ses combines. Le récit est moins rude ou émouvant que celui de Jack London (Les vagabonds du rail) ou bien de Woody Guthrie (En route vers la gloire), il n’a pas le souffle de l’épopée d’un Jack Kerouac, il se rapproche peut-être plus d’un Mark Twain…
En ce temps de vacances et de voyages, vous lirez cette autobiographie en écoutant un disque de Woody Guthrie ou bien un Bob Dylan des débuts.

« Les verres défilèrent et le clochard devint plus loquace. Il nous montra une lettre d’un directeur de prison de Géorgie. On pouvait y lire que le détenteur de la missive avait purgé une peine de onze mois et vingt-neuf jours. Bien qu’il eût été condamné pour vagabondage, il s’était bien conduit et son travail avait été irréprochable. Le pauvre bougre en tirait autant de fierté que des hommes plus chanceux de leurs diplômes, ce qui ne vaut guère plus. »


Le Cinquième Témoin
Le Cinquième Témoin
par Michael Connelly
Edition : Poche
Prix : EUR 8,60

3.0 étoiles sur 5 Classique et confortable, 21 juillet 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Cinquième Témoin (Poche)
Michael Connelly, né le 21 juillet 1956 à Philadelphie, (c’est donc aujourd’hui son anniversaire !) est l'un des principaux écrivains américains de romans policiers. Diplômé de l'université de Floride en journalisme en 1980 il travaille ensuite comme journaliste à Daytona Beach et Fort Lauderdale (Floride). En 1986, il est le coauteur d'un article sur les rescapés d'un crash d'avion, qui figure parmi les finalistes pour le prix Pulitzer, ce qui lui permet de devenir chroniqueur judiciaire pour le Los Angeles Times. Il se lance dans la carrière d'écrivain en 1992 avec Les Egouts de Los Angeles, son premier polar, où l'on découvre le personnage d’Harry Bosch. Ayant quitté Los Angeles, il vit depuis 2001 à Tampa, en Floride.
Si l’inspecteur Harry Bosch est son héros le plus connu avec une vingtaine de romans, un autre cycle, de cinq bouquins seulement à ce jour, est consacré à Mickey Haller, un avocat. Le Cinquième témoin, roman paru en 2013, fait partie de cette seconde série. Si je connaissais bien Harry, je découvre aujourd’hui Mickey.
« Abandonnée par son mari, Lisa Trammel ne peut plus payer ses mensualités d'emprunt immobilier, et la Westland National Bank menace de saisir sa maison. Lisa est si révoltée par l'épidémie de saisies liée à la crise des subprimes qu'elle manifeste souvent et violemment devant la banque. Son avocat, Mickey Haller, espère gagner du temps en faisant traîner la procédure. Mais le dossier se corse quand Mitchell Bondurant, un cadre dirigeant de la Westland, est retrouvé mort dans le parking de son agence. Lisa est accusée du meurtre. Au fur et à mesure qu'il monte un système de défense bien hasardeux, Haller découvre un certain nombre d'éléments qui l'amènent à douter de sa cliente et de lui-même, et ce, jusqu’au verdict. »
Comme vous l’avez compris, ce roman s’inscrit dans la tradition des polars judiciaires, très calibré donc, l’essentiel de l’intrigue se déroulant durant le procès où Mickey Haller va tenter de défendre sa cliente Lisa Trammel. Vous imaginez la suite, et vous avez deviné juste, combat féroce entre la défense et l’accusation, le juge au milieu qui réparti les points, querelles d’experts, interrogatoires des témoins, nouveaux éléments sortis des manches des uns et des autres en cours de procès, l’accusée qui n’a pas tout dit à son avocat, etc. Et un épilogue retors.
Tout cela est très classique, peut-être trop. Comme toujours, je redécouvre à chaque fois, les étonnantes spécificités du droit américain et Michael Connelly livre quelques clés pour comprendre la mécanique de raisonnement des avocats : « Il y avait des choses que je ne voulais pas découvrir tout de suite. Etre au courant de certains faits peut limiter l’action du défenseur. », ou aborder rapidement les cas de conscience qui peuvent se présenter à eux : « On essaie d’obtenir le meilleur résultat. – Pour qui ? Pour le client ? La société ? Ou pour soi-même ? »
L’écrivain sait aussi reposer son lecteur en le sortant du prétoire, avec des épisodes sur la vie personnelle assez compliquée de Mickey Haller, ou bien un clin d’œil malicieux quand il croise rapidement Harry Bosch lors d’une soirée (qui pour les novices de l’écrivain, s’avère être le demi-frère de Bosch ! Too much ? Oui, mais amusant quand même…)
Je chipote parce qu’il ne s’agit pas d’un grand roman à mon sens mais j’ai pris néanmoins beaucoup de plaisir à le lire ! C’est ce que j’appellerais un bouquin confortable, on ne s’ennuie pas, on veut connaitre la fin de l’histoire, mais il n’y a pas de soubresauts dans la narration, rien qui fasse monter votre tension et la faire jouer au yoyo. Un bouquin idéal pour les vacances, à lire dans sa chaise-longue… Et c’est déjà pas mal.

« - Il n’y a pas de mais qui tienne, dis-je. C’est de stratégie de défense que nous parlons. De façons d’offrir la meilleure défense possible au client. De stratégies que nous pourrons adopter, innocence ou culpabilité mises à part. Vous voulez défendre au pénal ? C’est ça qu’il faut commencer par comprendre : on ne demande jamais au client s’il a fait le coup ou pas. Qu’elle soit positive ou négative, la réponse à cette question ne sert qu’à distraire du but. Voilà pourquoi il est inutile de le savoir. »


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