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Contenu rédigé par freddiefreejazz
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Commentaires écrits par
freddiefreejazz (Somewhere...)
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Classic!
Classic!
Prix : EUR 16,99

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 classique, classieux, ou disons une certaine classe..., 25 août 2016
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Classic! (CD)
Avec cette captation « live » d’août 2005 au festival de Newport (Côte Est des Etats-Unis), le saxophoniste Joe Lovano publie son vingt-cinquième album pour le label Blue Note (sic) ! Ainsi, après la publication, l’année dernière, d’un concert donné au festival de Monterey (Côte Ouest), voici un tout autre donné de l’autre côté du continent dix ans auparavant. Une publication qui tombe à pic, sans doute, mais qui n’est pas un hasard, un peu comme si le saxophoniste voulait nous rappeler qu’il était une « méga star » de l’Atlantique au Pacifique… Tout est bien calculé ! Chapeau ! En attendant, on l’aura deviné, à ses côtés, les musiciens ne sont pas les mêmes, et le format du quintette à Monterey redevient quartette à Newport… Joe Lovano, pour qui ne connaîtrait pas, c’est d’abord une sonorité rude, parfois âpre, ou frappée d’âcreté, tout en ayant cette libération d’effluves de velours, dans un style filandreux (on aime ou on n’aime pas, peu importe). Ce style le place en tout cas parmi les saxophonistes ténor les plus singuliers de sa génération. Technicien hors pair, il sait moduler les mélodies de son saxophone en donnant du corps et du volume à ses improvisations. Son jeu s’inscrit dans un jazz puisant dans la tradition et un son très contemporain. Un son bien identifiable, par ailleurs, un univers bien à lui, et ce dès les premiers instants, les premières notes. Il est même assez proche de Joe Henderson à qui on pense parfois. De la génération suivante, Tony Malaby est sans doute de ceux qui possèdent un volume sonore comparable (bien que leur approche à l’égard de la musique soit très différente). Bref, Joe Lovano fait partie, qu’on aime ou pas sa musique, des plus grands musiciens de jazz de la fin du XXème siècle et de ce début de XXIème. Et ça, nul ne peut le nier.

Les amateurs et autres mélomanes n’ont pas oublié le trio expérimental qu’il a conjointement mené avec le guitariste Bill Frisell et le batteur Paul Motian (dans les années 80 et ce jusqu’au milieu des années 2000, avec un Time and Time Again clôturant ce fameux cycle…). Et puis, souvenez-vous, il y a eu cette perle gravée au début des années 90 avec Michel Petrucciani, Dave Holland et Ed Blackwell, un album somptueux et grandiose, l’un des plus beaux disques de jazz de ces trente dernières années : From the Soul (Blue Note, 1991). Tout un programme avec des compositions inoubliables, dont une interprétation incroyable d’une pièce de Trane. Bref, même s'il n'a pas le côté langoureux d'un Charles Lloyd ou l’expression lyrique d’un John Coltrane, le saxophone ténor de Joe Lovano est d'une authenticité inouïe. Doté d'une technique sans faille, il est certainement, avec Chris Potter, Ellery Eskelin et Tony Malaby le saxophoniste le plus en vue dans le jazz contemporain. Si Joe Lovano a pu susciter la controverse l’année dernière, notamment dans son album avec Dave Douglas paru sous le même label (voir donc ce fameux Live at Monterey Jazz Festival, Blue Note, 2015), il nous offre en tout cas une belle surprise cette année avec la publication de ce « Classic ! Live at Newport ».

On pourra d’ailleurs toujours trouver un peu présomptueux cette appellation de « classique » sur son propre quartette (alors que John Coltrane n’y a jamais songé, ne s’en est jamais vanté alors qu’il avait toutes les raisons de le proclamer de son vivant !) mais que voulez-vous, toutes les techniques sont bonnes aujourd’hui pour frapper l’œil et piéger les derniers mélomanes plus ou moins avertis (ou endormis) qui, par amour pour la musique, se laisseront attirer par ce genre de petite inscription qui sert plus ou moins d’appât. Mordez, mais mordez donc ! Rassurez-vous, je n’ai pas eu besoin de mordre à l’hameçon pour comprendre ce qui se cachait derrière. Bref, inutile de faire un mauvais procès à Lovano : son quartet avec Hank Jones (piano), George Mraz (contrebasse) et Paul Motian (batterie) a donné au cours de la décennie précédente deux albums somptueux, parmi lesquels I’m All For You et Joyous Encounter, lesquels sonnent effectivement comme deux… grands « classiques ». Ce quartette l’était réellement, y a pas à dire. De toute façon, le sens de ce mot, « classique », il faut l’entendre comme « classe » ou « qui a de la classe ». C’est la même étymologie.

« Classieux » donc, histoire de désigner des musiciens de premier ordre. En ce sens, Lovano n’a pas tout à fait tort. Hank Jones était un pianiste d’une grande élégance, un pianiste de premier rang, ayant joué avec les plus grands, de Charlie Parker à Miles Davis, en passant par George Duvivier, Shelly Manne ou encore Alan Dawson (pour ne citer que les premiers qui me viennent à l’esprit…). On pourrait en dire tout autant de George Mraz, magnifique contrebassiste tchèque s’étant réfugié aux Etats-Unis à la fin des années 60 et ayant fourbi ses armes aux côtés de musiciens tels qu’Oscar Peterson (son premier employeur) ou encore Tommy Flanagan (avec ce dernier et Al Foster, il allait d’ailleurs constituer une rythmique stable et somptueuse, un classique…). Enfin, et c’est un peu la surprise de ce « live », ça n’est pas Paul Motian derrière les fûts mais Lewis Nash (batteur increvable, ayant joué auprès de Don Pullen, Tommy Flanagan et j’en passe…). Un batteur qui n’est pas un coloriste comme son aîné, mais qui possède un drive et une pulse phénoménale (contretemps, sens du tempo inouï, finesse, jeu ternaire sur la ride et frappes sèches hallucinantes). Ecoutez ses frisées sur son solo final dans « Bird’s Eye View » (3).

Le répertoire, quant à lui, ne comprend que six pièces. Au total, 55 minutes. Correct pour la durée d’un set. La performance débute sur « Big Ben », déjà entendue sur « Joyous Encounter », et d’emblée, Lovano dans un style de cogneur, plein d’assurance, un peu comme s’il se pavanait dans une démarche de jeune homme effronté, donne à entendre la clarté de la thématique, aussitôt reprise par un Hank Jones des grands jours. N’oublions pas qu’à cette époque, Jones était âgé de 86 ans (sic). Il est toujours impressionnant de l’entendre dans un jeu aussi robuste et ferme ! Il allait s’éteindre cinq ans plus tard, après avoir enregistré un dernier disque avec Lovano, en duo cette fois-ci (Kids:Live At Dizzy'S Club Coca-Cola, magnifique captation live à New York, gravée peu de temps après ce concert à Newport, et dont là aussi je vous recommande une écoute des plus attentives). Les autres pièces sont toutes tirées du répertoire des deux albums studio précités, et l’on est forcément heureux de retrouver par exemple cette merveilleuse composition de Thad Jones (génial trompettiste et bugliste, frère de Hank et d’Elvin…), « Don’t Ever Leave Me » (avec une coda à tomber par terre). On trouvera une seconde composition du frérot, cette version de « Kids are Pretty People ». Conclusion : si l’on a eu un avis mitigé sur les deux albums studio du quartette (ça serait quand même un comble, vue leur grande réussite, mais bon, les goûts et les couleurs…), il sera donc inutile de venir sur celui-ci. Maintenant, le débat pourra toujours faire jaser : Lewis Nash ou Paul Motian ? Pour moi, s’il est clair que les deux hommes ne sont pas comparables, la réponse est toutefois évidente, ou disons qu’elle va de soi. En attendant quatre étoiles pour ce disque que je considère comme l’un des plus grands de Lovano.
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(1) Si lors d’une première écoute j’ai pu avoir le sentiment désagréable que Lovano bavardait, et bavardait encore, ne pouvant plus s’arrêter, ne laissant pas suffisamment de liberté à ses congénères, de réécouter la galette attentivement (sans augmenter le volume), ces impressions finalement s’évanouissent, ces scènes de comédies laissent place au réel et à une impression tenace, comme quand le rideau tombe. Au lieu de chercher en vain la petite bébête sur le jeu de nos musiciens, l’on se dit, que oui, on a passé un très bon moment… Pas forcément inoubliable, mais un très bon moment malgré tout. Et comme tous ces disques notés quatre étoiles (de grands disques), je le réécouterai, c’est certain. D’ailleurs, je le réécoute déjà…

(2) La très belle toile sur la pochette du disque est signée Judi Silvano, l’épouse de Joe Lovano. Le saxophoniste a bien entendu produit l’album et signé les notes de livret…

(3) On admirera également son jeu dans « Six and Four » (la fameuse composition d’Oliver Nelson). Lewis Nash fait preuve d’une autorité et d’une conviction incroyables.


Le roman du mariage
Le roman du mariage
par Jeffrey Eugenides
Edition : Broché
Prix : EUR 24,00

4.0 étoiles sur 5 un roman de campus plutôt bien foutu..., 21 août 2016
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Le roman du mariage (Broché)
Début des années 80, un campus universitaire très chic de la Côte Est des Etats-Unis, entre New-York et Boston (Providence, Rhode Island). Des livres, des sacs à dos, des effluves amoureuses dans les studios, de l’apprentissage de vivre en colocation ou en couple, des chaussettes qui sentent le jus de raisin fermenté, etc., de l’art de se poser des questions quand on est étudiant, de briller ou pas. Mais briller pour qui, pour quoi ? Des universités, des profs et… des étudiants donc. Il sera aussi question des limites de la connaissance face au réel. Puis direction la pointe du Cap Cod. Les premiers grands voyages après les études. Des pérégrinations en Europe, jusqu’en Afrique du Nord, et en Inde… Avec ce roman, vous allez voyager et vous instruire! Et rencontrer pas mal de monde! Et réaliser enfin que les mentalités n'ont pas changé des masses, entre 1980 et aujourd’hui... Les personnages principaux d'abord. Ils sont trois, une jeune fille (Madeleine) et deux jeunes gaillards (Mitchell et Leonard). Ils ont entre 19 et 23 ans. Ils viennent de quitter le lycée et rentrent à la fac. C’est leur portrait avec leurs angoisses, leurs joies, leurs études et leurs interrogations. Des portraits remarquablement dessinés par le romancier Jeffrey Eugenides dans ce qui constitue son troisième roman. Un roman qui, de mon point de vue, est très réussi (éditions de l’Olivier, 2013). On dira aussi que ce n'est point là un roman dans la veine de Bret Easton Ellis (désenchanté et pessimiste) ni de David Lodge (plus amusant et distancié). Je dirais que ce roman s’approche « un peu » (de par le style) de certains romans de Philip Roth… Jeffrey Eugenides pose surtout de bonnes questions dans ce roman d’apprentissage. Il nous donne de voir, de sentir, de ressentir… Enfin il nous laisse un agréable moment de lecture. Et ça, c'est le principal, non?

Elle, c’est donc Madeleine. Elle est jeune, plutôt jolie, aime la littérature et le sport, et a ce côté un peu bourgeois et désagréable hérité des grandes familles WASP. Submergée d’autosatisfaction (l’éducation qu’elle a reçue de ses parents y est pour beaucoup, mais après tout, qu’est-ce que cette posture de bourgeois et même d’anti-bourgeois ?), elle fait partie des élèves les plus appliqués de sa promo, un peu rêche sur les bords. Elle aime Emily Dickinson, Jane Austen, Henry James et surtout Roland Barthes (Fragments d’un discours amoureux est son livre de chevet). Quand elle débarque à la fac, elle est pleine d'assurance. Elle ne doute pas. Elle sait ce qu'elle veut et ce qu'elle ne veut pas... Et si les questions de flirt et de mariage abondent dans sa tête (elle est très influencée par ses lectures), elle est loin de se douter que sa vie va prendre une tournure pour le moins inattendue et basculer dans une impasse plutôt dramatique et ce, par l'entremise de deux étudiants : Mitchell et Leonard… Est-on attiré par quelqu’un physiquement ou intellectuellement ? C’est la question que posera Mitchell à Madeleine. Mitchell, l’un des personnages les plus attachants de cette histoire. Lui, c’est l’étudiant très sympa, mais bourré de doutes, tolérant et surtout très fin, vif, instruit et très intelligent. Bref, le gars avec qui j’aurais bien aimé être pote ou ami quand j’étais à l’université. J’en ai peu connu des Mitchell. Quasiment pas, à vrai dire. Féru de théologie et de questions tournant autour de la foi et de la religion, en pleine recherche spirituelle (il finira par s'engager dans l’association de Mère Teresa à Calcutta, non sans péripéties…), il sait néanmoins prendre suffisamment de distance par rapport à toutes ces questions existentielles qui ne le quittent jamais (voir l’épisode avec l’évangéliste américaine qu’il croisera en Europe). Bref, il ne renie pas la part d'humanité qui est en lui et chez les autres, évite les stéréotypes et les pensées dogmatiques. Mitchell, c’est un peu l’alter ego de Jeffrey Eugenides. Comme lui, il est d’origine grecque. Comme lui, il observe, réfléchit, lit et surtout essaie de comprendre le monde dans lequel il vit. Puis, vient Leonard, l’étudiant scientifique. Un passionné de biologie. Lui, son « dada », c’est d’observer les levures au microscope. Grand gaillard d’un mètre quatre-vingt-dix, il est l’un des mecs les plus séduisants de la fac. Le problème, c’est qu’il a un passé trouble, et une famille complètement barrée… Tous les trois vont donc se croiser et nouer des relations… De ces relations va naître une histoire complexe, dont l’intensité va s'accroître au fil des pages...

C’est très bien écrit, très bien traduit (suis maintenant en train de lire l’ouvrage en anglais), et bien entendu, pour moi, il est clair que c'est de la grande littérature. Le lecteur (ou la lectrice) va jusqu’au bout de l'ouvrage sans difficulté (un pavé de près de six cents pages malgré tout). Le vocabulaire est riche, les phrases sont comme des torpilles, efficaces, non dénuées d'humour et de dramaturgie. On pourrait même qualifier ce roman de « comédie dramatique ». M’étonnerait pas si un jour ce roman était adapté au cinéma… L’ensemble est en effet très visuel. Sa structure, bâtie de façon harmonieuse entre présent et passé (j’ai beaucoup aimé les digressions, et surtout les flash-back, nous permettant, à nous autres lecteurs et lectrices, de mieux comprendre le cheminement de tel et tel personnage), tout cela est superbement maîtrisé. Eugenides est un artiste, y a pas à dire. Il réussit avec le roman du mariage (« The Marriage Plot » en anglais) un petit tour de force. Non seulement, il maîtrise la technique narrative mais de surcroît, il nous amuse et nous donne beaucoup de plaisir. Personnellement, j’ai avalé le bouquin en quelques jours sans voir le temps passer.

Barthes, mais aussi Jacques Derrida et Maurice Blanchot sont évoqués. Et Eugenides de nous montrer les limites des sciences sociales et humaines. Voire ses dégâts… C’est bel et bien un « campus novel », donc, un roman de campus. Et le plaisir, je l'ai tiré de là: de toutes ces références livresques (les étudiants lisent et discutent de leurs lectures imposées ou non), sans que cela ne plombe ou ne surcharge le roman. C’est écrit avec un naturel désarmant et le tout est à la fois très aéré et compact. Tout se passe sur ce terrain là donc et un peu ailleurs (en famille, dans une classe, ou en stage dans un labo prestigieux, quand l’étudiant en biologie a réussi son examen de deuxième cycle). Et bien sûr, pour rendre la chose attrayante, l’histoire ne se déroule pas dans n’importe quel campus universitaire, mais bien dans une Ivy League (ces universités prestigieuses et anciennes, comme Harvard, Yale, Princeton, etc.). Avec cette flopée de références littéraires, je me suis régalé (les pages consacrées à William James par exemple ou encore à Tolstoï sont savoureuses). L'engouement des étudiants pour Sade (au tout début du récit) est décrit en quelques lignes et l’explication qui en est donnée est pleine de bon sens. Les traits sont justes, et évitent la caricature (sauf à un moment ou deux).

Roman d’apprentissage donc, et histoire de brèches, de failles, de ruptures, le roman du mariage est un peu tout cela à la fois. Apprentissage du choix, expérimentation dans le domaine des études, dans le domaine de ses capacités, et enfin dans celui de l’amour et de l’amitié. Des clans se forment, d’autres se défont et se déchirent. Eugenides prend de la distance avec un délice presque revanchard, pour ne pas dire jubilatoire. On sent un auteur sincère. Que ce roman, il l’a voulu. Qu’il était pour lui de l’écrire. De l’importance (ou non) de la famille, Eugenides en discute beaucoup également. Mais au final, et c'est là où le romancier réussit son pari, même si d'aucuns estiment que ce roman est plutôt mineur comparé à sa production antérieure, tout est vanité et illusions. Aussi grandes soient-elles, les études ne nous permettent pas de nous accomplir réellement. Ou si peu. De la vanité, il en sera donc beaucoup question... Du réel irrémédiable, aussi. De nos rêves de gosses qui nous poursuivent jusqu’à la fac et que l’on délaissera en la quittant… L’intérêt des étudiants pour la philosophie et pour les questions spirituelles, en vue de rentrer « armés » dans un monde « adulte » qui paraît de plus en plus intrépide et dangereux, voilà de quoi il est question dans « Le roman du mariage ». Et il faudra aller jusqu'au bout, jusqu'à la dernière feuille, pour comprendre le titre choisi par Eugenides… Des pages savoureuses également sur les rapports entre enseignants et élèves (le professeur Richter est à ce titre inoubliable, tout comme le vieux Saunders pour qui le roman est mort à la fin du XIXème siècle…). Mais quand Leonard débarque et qu’il lance que son « désir dans la vie, c’est de devenir un adjectif », le lecteur sent que même sous l’amusement et le côté désinvolte du personnage se cache un problème, une faille… Leonard parvient à séduire Madeleine… Mitchell amoureux de cette dernière s’en trouvera fort malheureux. Il est donc question d’échecs, de réussites, de séductions. Qu’est-ce que réussir sa vie ? Mais il ne faut pas se leurrer. Le romancier américain d’origine grecque montre bien la solitude dans les jeunes couples et que toute cette belle apparence cache bien des choses. « La solitude était extrême parce qu’elle n’était pas physique. Elle était extrême parce qu’on la ressentait alors qu’on était en compagnie de l’être aimé. Elle était extrême parce qu’elle était dans votre tête, le lieu le plus solitaire qui soit. »

Je n’en dirai pas plus, mais Eugenides traite de pas mal de thèmes dans ce roman que je serai tenté de qualifier de « total ». Au delà de la maladie mentale de l’un d’eux (troubles bipolaires), il sera aussi question de la tyrannie de l’état amoureux, de la passion, des pulsions sexuelles, du fléau de l’alcool qui coule à flot pendant les fêtes, etc. Bref, de tout ce qui fait et défait la jeunesse. Si Eugenides ne fait pas dans le voyeurisme, il reste toutefois un brin moraliste. Les scènes intimes sont décrites avec quelque pudeur. Puis des pages inoubliables sur l’intensité de la souffrance des personnages. La quête, les questions, les doutes, et les quelques réponses sur le christianisme en Occident sont fort intéressantes. Sur le sexe, entre fantasmes et réalité, de très bonnes pages également. Bref, on s’y croirait. Ce roman n’est peut être pas un chef-d’œuvre, mais un plaisir de lecture, ça oui ! Du coup, je compte lire prochainement Middlesex (qui reçut le Pulitzer Prize en 2003), puis j’enchaînerai avec Virgin Suicides, le fameux roman qu’il a publié en 1993 et qui fut adapté au cinéma par Sophia Coppola en 1999. Eugenides semble être tout désigné pour devenir l’écrivain de l’angoisse vécue par la jeunesse. Ses réflexions sur le conformisme (intellectuel, populaire, religieux, politique et autre) sont franchement bien trouvées. Un livre qu’on peut lire dès l’âge de 17 ans. Le roman existe en édition de poche mais on peut le trouver aussi dans cette édition brochée à des prix très attractifs (occasion)…


Highlights From Turn Out The Stars
Highlights From Turn Out The Stars
Prix : EUR 22,08

3.0 étoiles sur 5 la douche froide..., 19 août 2016
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Highlights From Turn Out The Stars (CD)
Initialement, ce devait être un double LP. Celui-ci ne verra jamais le jour du vivant du pianiste qui allait s’éteindre quelques mois plus tard. Extrait du coffret publié par le label Warner en 1996, « Highlights from Turn Out The Stars » devait comprendre au moins 80 minutes. Or, le disque ci présent n’en contient que 55. C’est pour moi une petite déception, moi qui voulais offrir ce compact à un ami. D’autre part, la dernière piste, « Nardis » (une des trois versions présentes dans le coffret), est ici tronquée de dix bonnes minutes (sic). Sur les seize minutes originales, l’amateur n’en aura droit qu’à cinq ! Un comble ! Bref, chers amateurs, c’est finalement sur le coffret qu’il faut se rabattre (quand les prix seront plus doux). Je rappelle seulement que la publication de celui-ci fin novembre 1996 fut un événement sans précédent dans le milieu du jazz et que les plus belles plumes de la presse spécialisée ne tarirent pas d'éloges à son égard. A juste titre ! Le coffret en question fit l’objet d’une réédition (Nonesuch) en 2009 (Turn Out The Stars dans un emballage beaucoup plus mince que le superbe « cube box » paru treize ans plus tôt…). On pourra toujours lire mes commentaires à ce propos. Aujourd’hui les deux éditions sont en rupture de stock et les prix dépassent vraiment la décence…

Cela étant dit, l’intégralité de ces soirées se trouve sans problème sur des sites en streaming, et même si le son n’y est pas aussi excellent que sur compact disque ou sur vinyl, c’est une possibilité. A vous de voir. Soit vous vous rabattez sur ces sites (avec publicités et une qualité sonore inférieure, c’est évident), soit vous vous contentez de cette compilation (les prix ont quand même augmenté, il y a encore peu de temps, ce disque était disponible pour moins de cinq euro). Parmi les pièces retenues, vous trouverez « Bill’s Hit Tune », « My Foolish Heart », « Turn Out the Stars », « Like Someone In Love », « The Two Lonely People », « Laurie », « Yet Ne’ver Broken », et enfin un « Nardis » amputé de dix minutes ! De mon point de vue, il y a donc de quoi être déçu par ce « Highlights » et sans faire de mauvais jeu de mot, c’est plutôt « Low lights ». Et pourtant, il y a dans cette musique quelque chose d’ineffable comme le disait Vladimir Jankélévitch (La musique et l’ineffable). Ineffable et métaphysique à la fois. Je n’ai pas encore écouté les sessions au Keystone Corner captées entre les 31 août et 08 septembre 1980, soit une semaine avant la disparition du maître (dans The Last Waltz et Consecration nous avons droit à seize heures de musique captées au cours de neuf soirées au fameux club de San Francisco).

Mais ici, à New-York, au Village Vanguard (contrat d’une semaine, entre les 04 et 08 juin 1980), une chose est sûre : Bill Evans éblouit, séduit, rage, veut comme en finir au plus vite. Il est notable que le dernier passage du pianiste au Village Vanguard (d’où l’inscription « The final Village Vanguard recordings »), et ce trois mois avant sa mort prématurée le 15 septembre 1980, ait pour titre « Turn Out The Stars ». Après tout, n’était-ce pas une façon de dire qu’il ne lui restait que peu de temps à vivre, que son art, aussi brillant fût-il, touchait à sa fin ? Il le savait. Il en était bien conscient. Conscient qu’il était malade et que ses jours étaient comptés. Ses problèmes de drogue le tiraient vers le bas depuis pas mal d’années déjà. « Turn Out The Stars », composition merveilleuse du pianiste, est à ce titre prémonitoire. Prémonitoire jusqu’au bout des ongles, jusqu’au creux de la nuit, dans l’obscurité d’un club légendaire… Le public est médusé, enchanté… Le pianiste ne m’a jamais paru aussi volubile, aussi loquace, et aussi nerveux qu’ici. Mais il est également concentré, juste, profond, sincère et d’une authenticité de cristal. De toute manière, le pianiste véritable n’est-il pas un conteur, un livre ouvert à lui seul ? En sa compagnie, la musique prend alors le tour amical d’une immédiate intimité. Et quand de surcroît ce pianiste s’appelle Bill Evans, nous sommes avec lui comme le plus sûr des compagnons. Nous l’écoutons. Nous fermons les yeux.

Nous sentons ses silences et ses élans lyriques (qui ne tombent jamais dans la sensiblerie ou le sentimentalisme forcené), ou pour le dire autrement, nous sentons sa vie, son cœur déchiré, son âme, sa patrie intérieure bouleversée et si humaine, même si ceux-ci se teintent de mélancolie, de langueurs lucides et lointaines, notamment sur des ballades inoubliables telles que « My Foolish Heart », « Yet, Ne’er Broken » ou encore « The Two Lonely People ». Manquent quand même « Quiet Now » et bien d’autres pièces essentielles du coffret. Quoiqu’il en soit, Bill Evans, de disque en disque, de concert en concert, s’est fait des amis de voyage et de bordées. Le piano comme instrument, la mélodie et l’épanouissement harmonique comme boussole, le jazz comme carte ou comme territoire, les notes suivaient les années et les différentes saisons, que ce soit un dimanche de juin 1961 (Sunday at the Village Vanguard) ou un jour d’hiver de janvier 1974 (Since We Met et Re :Person I Knew), le Village Vanguard était un peu sa résidence.

Il allait ainsi clore sa carrière sur la côte est, tout comme John Coltrane, dans un lieu mythique de New-York, et ce, de façon si extraordinaire (les deux hommes, même s’ils ont joué ensemble, avaient bien entendu un style et une approche bien différentes du jazz). Evans était donc concentré pour l’enregistrement. Les notes de livret présentes dans le coffret sont explicites à ce sujet (celles-ci sont malheureusement absentes dans cette édition très médiocre, seul le son est superbe, aussi bon que dans le coffret, et si l’on excepte le fait que « Nardis » soit amputé, bref, si l’on n’est pas trop perfectionniste, c’est quand même un bon petit investissement). Certains s’en contenteront. Retour sur les musiciens : les nouveaux partenaires de Bill sont ici Marc Johnson à la contrebasse et Joe LaBarbera à la batterie, arrivés un an plus tôt (on les avait déjà entendus à l’Espace Cardin, dans deux sublimes volumes publiés eux aussi à titre posthume, The Paris Concert, edition one et The Paris Concert, edition two). Ces deux musiciens savouraient le velouté de quelques standards marqués au fer rouge et la fraîcheur des nouvelles compositions du pianiste. Notes bouillonnantes et accords complexes glissaient ainsi au revers des heures, jusqu’à jouer pendant trois sets au cours d’une même soirée, et le jour s’en allait, consumé et rougeoyant, vers des couchants fondus avec les aubes, avant de reprendre le lendemain le même chemin.

On a longtemps disserté sur l’apport de Marc Johnson dans ce nouveau trio (dans la droite lignée d’Eddie Gomez mais surtout de Scott LaFaro et même de Charlie Haden, au point que Bill Evans dira que ce trio était le meilleur qu’il ait eu depuis la mort tragique de celui qui avait composé « Jade Visions » et « Gloria’s Step »). Si Marc Johnson fit l’unanimité, en revanche Joe LaBarbera posa problème. Son jeu n’avait rien de fondamentalement « jazz ». D’aucuns le trouvaient lourdingue derrière les fûts, aussi lourd qu’un éléphant marchant sur un tapis de porcelaine, comme diraient certains. C’est un jugement un peu injuste. Certes, La Barbera n’est pas le coloriste que fut Paul Motian, ni le très fin Larry Bunker, et son rôle, s’il avait été tenu par un Philly Joe Jones, ou un Marty Morell, ou encore un Shelly Manne, on se doute que le résultat eût été autrement plus brillant. Et pourtant. Et pourtant, il y a une telle télépathie entre les musiciens que l’on pardonnera cette faute de goût de la part du pianiste et cette incompréhension de la part des mélomanes. Marc Johnson est incroyable de bout en bout, donnant le maximum (non pas que le batteur se contente du minimum), mais c’est là où l’on voit la différence entre celui qui possède un style merveilleux identifiable dès les premières notes (comme je le disais plus haut, Marc Johnson se rapproche énormément de Charlie Haden) et celui qui possède une technique limitée, sans aspérité, malgré toute l’ardeur qu’il peut y mettre, ça ne changera pas grand chose. Bref, vous m’aurez compris : on passe un bon moment, mais cette compilation n’est pas comparable au coffret « événement » dont elle est tirée. Et Warner (ou Nonesuch) serait avisé de sortir un vrai double album, supervisé par un personnel compétent. Non ?


Cube Box 6 CD : Turn Out The Stars, The Final
Cube Box 6 CD : Turn Out The Stars, The Final

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 turn on the lights..., 13 août 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Cube Box 6 CD : Turn Out The Stars, The Final (CD)
Je ne m’imaginais pas qu’en ressortant ce coffret de derrière les fagots l’expérience pût être tout aussi bouleversante qu’il y a vingt ans, quand parut pour la première fois ce magnifique objet sur fond rouge et noir. Publié initialement par le label Warner, ce fameux « cube box » comprend six disques incluant chacun plus d’une heure de musique ! Sa publication en novembre 1996 fut un événement sans précédent dans le milieu du jazz et les plus belles plumes de la presse spécialisée ne tarirent pas d'éloges à son égard. Ce coffret fit l’objet d’une réédition (Nonesuch) en 2009 (Turn Out The Stars dans un emballage beaucoup plus mince que le superbe « cube box » paru treize ans plus tôt…). Aujourd’hui les deux éditions sont en rupture de stock et les prix dépassent vraiment la décence… Cela étant dit, l’intégralité de ces quatre soirées se trouve sans problème sur des sites en streaming. Les sites en streaming, la mort programmée de la musique, quelque part… Le son n’y est pas aussi excellent que sur compact disque ou sur vinyl, on ne le répètera jamais assez. Et je ne suis pas sûr que l’on puisse aussi bien apprécier un enregistrement par ce moyen de diffusion. Les sites en streaming nous disent seulement dans quel monde de surconsommation nous nous trouvons. On ne lit plus les critiques fiables. Tout le monde se fait critique de tout et n’importe quoi. Quant à la qualité d’écoute, elle s’en retrouvera toujours lésée, forcément… Bref, on n’écoute pas un disque de la même manière. Mais c’est ainsi, les temps changent. Nouvelles générations… De celles qui mépriseront et jugeront sans doute à l’emporte pièce des œuvres aussi essentielles que celle-là.

Les vacances sont en tout cas propices à écouter ce genre de monument. Entre minuit et cinq heures du matin, puis entre midi et quatorze heures… Les bras m’en tombent. L’idée d’un certain bonheur aussi. Fragile mais réel. Ou l’idée d’une certaine plénitude, car cette musique stupéfiante nous comble au delà de toute parole. Le temps parcouru au cours de ces six heures et trente-six minutes vous dépasse. Il y a là effectivement quelque chose d’ineffable comme le disait Vladimir Jankélévitch (La musique et l’ineffable). Ineffable et métaphysique à la fois. Je n’ai pas écouté les sessions au Keystone Corner captées entre les 31 août et 08 septembre 1980, soit une semaine avant la disparition du maître (dans The Last Waltz et Consecration nous avons droit à seize heures de musique captées au cours de neuf soirées au fameux club de San Francisco). Pour moi, c’est beaucoup trop, me contenterais de cette somme au club new-yorkais. Au Village Vanguard (contrat d’une semaine, entre les 04 et 08 juin 1980), une chose est sûre en tout cas: Bill Evans éblouit, séduit, rage, veut comme en finir au plus vite. Prémonitoire ? Sans doute. Et pourtant, il le touche, le sublime. En jazz, il y a toujours eu le joli, le beau, et le sublime. La différence est de taille, comme entre l’anecdotique et le métaphysique.

Il est notable que le dernier passage du pianiste au Village Vanguard (trois mois avant sa mort prématurée le 15 septembre 1980) ait pour titre « Turn Out The Stars ». Après tout, n’était-ce pas une façon de dire qu’il ne lui restait que peu de temps à vivre, que son art, aussi brillant fût-il, touchait à sa fin ? Il le savait. Il en était bien conscient. Conscient qu’il était malade et que ses jours étaient comptés. Ses problèmes de drogue le tiraient vers le bas depuis pas mal d’années déjà. « Turn Out The Stars », composition merveilleuse du pianiste, est à ce titre prémonitoire. Prémonitoire jusqu’au bout des ongles, jusqu’au creux de la nuit, dans l’obscurité d’un club légendaire… Le public est médusé, enchanté… Le pianiste ne m’a jamais paru aussi volubile, aussi loquace, et aussi nerveux qu’ici. Mais il est également concentré, juste, profond, sincère et d’une authenticité de cristal. De toute manière, le pianiste véritable n’est-il pas un conteur, un livre ouvert à lui seul ? En sa compagnie, la musique prend alors le tour amical d’une immédiate intimité. Et quand de surcroît ce pianiste s’appelle Bill Evans, nous sommes avec lui comme le plus sûr des compagnons. Nous l’écoutons. Nous fermons les yeux. Nous sentons ses silences et ses élans lyriques (qui ne tombent jamais dans la sensiblerie ou le sentimentalisme forcené), ou pour le dire autrement, nous sentons sa vie, son cœur déchiré, son âme, sa patrie intérieure bouleversée et si humaine, même si ceux-ci se teintent de mélancolie, de langueurs lucides et lointaines, notamment sur des ballades inoubliables telles que « I Do It For Your Love » (disque 5), « Minha » (disque 6) ou encore « Quiet Now » (disque 2). Que dire encore de ces trois versions de « Nardis » au cours desquelles le trio m’apparaît plus free que jamais ? Bill Evans, de disque en disque, de concert en concert, s’est fait ainsi des amis de voyage et de bordées. Le piano comme instrument, la mélodie et l’épanouissement harmonique comme boussole, le jazz comme carte ou comme territoire, les notes suivaient les années et les différentes saisons, que ce soit un dimanche de juin 1961 (Sunday at the Village Vanguard) ou un jour d’hiver de janvier 1974 (Since We Met et Re :Person I Knew), le Village Vanguard était un peu sa résidence.

Il allait ainsi clore sa carrière sur la côte est, tout comme John Coltrane, dans un lieu mythique de New-York, et ce, de façon si extraordinaire (les deux hommes, même s’ils ont joué ensemble, avaient bien entendu un style et une approche bien différentes du jazz). Un double LP de ses sessions était prévu. Evans était donc concentré pour l’enregistrement. Sa publication ne verra hélas jamais le jour de son vivant (pour celles et ceux qui ne pourraient se procurer le coffret, signalons la sortie de ce disque tout aussi recommandable, Highlights from Turn Out The Stars qui illustre le choix du pianiste pour un double LP, voir mon commentaire là-dessus)… Bref, il fallut attendre seize longues années ! Les nouveaux partenaires de Bill sont ici Marc Johnson à la contrebasse et Joe LaBarbera à la batterie, arrivés un an plus tôt (on les avait déjà entendus à l’Espace Cardin, dans deux sublimes volumes publiés eux aussi à titre posthume, The Paris Concert, edition one et The Paris Concert, edition two). Ces deux musiciens savouraient le velouté de quelques standards marqués au fer rouge et la fraîcheur des nouvelles compositions du pianiste. Notes bouillonnantes et accords complexes glissaient ainsi au revers des heures, jusqu’à jouer pendant trois sets au cours d’une même soirée, et le jour s’en allait, consumé et rougeoyant, vers des couchants fondus avec les aubes, avant de reprendre le lendemain le même chemin.

On a longtemps disserté sur l’apport de Marc Johnson dans ce nouveau trio (dans la droite lignée d’Eddie Gomez mais surtout de Scott LaFaro et même de Charlie Haden, au point que Bill Evans dira que ce trio était le meilleur qu’il ait eu depuis la mort tragique de celui qui avait composé « Jade Visions » et « Gloria’s Step »). Si Marc Johnson fit l’unanimité, en revanche Joe LaBarbera posa problème. Son jeu n’avait rien de fondamentalement « jazz ». D’aucuns le trouvaient lourdingue derrière les fûts, aussi lourd qu’un éléphant marchant sur un tapis de porcelaine, comme diraient certains. C’est un jugement un peu injuste. Certes, La Barbera n’est pas le coloriste que fut Paul Motian, ni le très fin Larry Bunker, et son rôle, s’il avait été tenu par un Philly Joe Jones, ou un Marty Morell, ou encore un Shelly Manne, on se doute que le résultat eût été autrement plus brillant. Et pourtant. Et pourtant, il y a une telle télépathie entre les musiciens que l’on pardonnera cette faute de goût de la part du pianiste et cette incompréhension de la part des mélomanes. Marc Johnson est incroyable de bout en bout, donnant le maximum (non pas que le batteur se contente du minimum), mais c’est là où l’on voit la différence entre celui qui possède un style merveilleux identifiable dès les premières notes (comme je le disais plus haut, Marc Johnson se rapproche énormément de Charlie Haden) et celui qui possède une technique limitée, sans aspérité, malgré toute l’ardeur qu’il peut y mettre, ça ne changera pas grand chose. En attendant, allez à votre médiathèque ou attendez une nouvelle édition ! Sinon, greffez-vous sur le LP mentionné plus haut. Bonne écoute à toutes et à tous.


Some Other Time
Some Other Time
Prix : EUR 29,90

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 découverte archéologique..., 11 août 2016
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Some Other Time (CD)
La belle sépulture que voilà ! Datant de 1968 de notre ère, celle-ci vient d’être découverte au village de Villingen (Forêt Noire, Allemagne). En tous les cas, c’est bel et bien la publication de ce double compact par le label Resonance qui a crée le « buzz » cette année. On peut en comprendre les raisons (c’est la seconde trace de ce trio avec le batteur Jack DeJohnette). Mais curieusement, l’engouement, au vue du nombre de chroniques laissées sur le site, semble être retombé… En attendant, il s’agit là d’un véritable inédit (Pas de ces bootlegs dont profiteraient quelques labels pour s’en mettre plein les poches…), et cette publication le fruit d’un travail indiscutable et sincère de la part des nos deux archéologues (Zev Feldman et George Klabin). Après maintes recherches, quelques tractations et autres négociations, puis une autorisation officielle obtenue auprès de la famille de Bill Evans, l’enregistrement put enfin voir le jour ! Gravé en studio, celui-ci possède par ailleurs une prise de son époustouflante (au plus près du piano, au plus près des cordes). C’est vraiment le premier intérêt de cet objet luxueux. La présence de Jack DeJohnette constitue l’autre intérêt donc, même si, comme on le verra, le batteur est parfois très, très en retrait. D’ailleurs, est-ce vraiment un problème ? Personnellement, je ne trouve pas. Car ce double compact comprenant vingt-et-une pistes propose plusieurs configurations : le trio, le duo et le solo.

Succédant au Live at Art D’Lugoff’s Top of The Gate publié en 2012 par le même label (un concert avec Eddie Gomez et un nouveau batteur, Marty Morell), cette parution, beaucoup plus que la précédente, mérite qu’on s’y arrête. D’aucuns feront sans doute la fine bouche. Et je pourrais les comprendre s’ils se contentaient d’une seule écoute, et ce, sans prêter une oreille attentive au second compact… Bien entendu, on ne criera pas à l’exploit artistique « absolu », et il ne saurait être question ici de dire que cet objet est « indispensable » (comme on peut le lire parfois sous la plume de quelques amateurs un peu trop enthousiastes…). Disons qu’il s’adressera avant tout aux amoureux du pianiste. Des amoureux qui sauront également prendre leur distance vis à vis de leur « idole ». Y regorgent toutefois de nombreuses perles (dans le deuxième compact notamment, lequel m’apparaît nettement supérieur au premier), et comme je le laissais entendre plus haut, la qualité de l’enregistrement étant à ce point exceptionnelle, le reste ne sera donc que pur bavardage…

Gravé cinq jours après leur fameux concert en Suisse (At The Montreux Festival mis en boîte par le label Verve), Some Other Time devait être initialement édité par le label MPS et son producteur Hans Georg Brunner-Schwer, HGBS pour les intimes (sic). Problème : Bill Evans avait signé un contrat d’exclusivité avec le label de Creed Taylor. Bill Evans a depuis quelques mois constitué avec Eddie Gomez (contrebasse) et Jack DeJohnette (batterie) un nouveau trio qui semble bien rodé. Le batteur restera six mois auprès du pianiste (bien trop court hélas pour constituer un trio stable), avant d’être remplacé par Marty Morell en novembre. Car c’est en novembre que DeJohnette sera sollicité par un certain Miles Davis… Après un passage au sein du quartette de Charles Lloyd (1966-1968), puis dans le trio de Bill Evans (1968), Jack ira donc butiner chez Miles (1968-1970) avant d’entamer une carrière solo impressionnante. Bref, le trompettiste était bien trop gourmand et rien ni personne ne pouvait s’opposer à ses choix!

Retour sur cet intermède avec le trio de Bill Evans. Avant de partir jouer au Ronnie Scott en juillet, ce club londonien où le trio aurait produit ses meilleures performances (selon le témoignage du batteur dans les notes de livret), les voici donc dans un studio d’enregistrement de luxe en pleine forêt noire pour graver l’équivalent de deux albums (vingt-et-une pistes!). L’altitude de la maison de disque explique sans doute aussi ce sentiment de fraîcheur que l’on ressentirait presque à l’écoute de ces 90 minutes de musique. Piano accordé à la perfection, une cigarette entre deux pistes… Si l’ambiance est plutôt tendue (Bill Evans ne parlait quasiment pas, paraît-il…), nos musiciens sont bel et bien concentrés. Le répertoire ne comporte que des standards et quelques compositions du maître (Very Early, Turn Out The Stars et surtout le magnifique Some Other Time, lequel fut déjà enregistré par le pianiste, au cours de l’enregistrement de Everybody Digs Bill Evans). En tout cas, il faudra attendre quarante-huit ans avant de voir paraître ce document qui semble être tout droit sorti de la pyramide de Khéops…

Bill Evans a laissé une kyrielle d’enregistrements savoureux. On ne le répètera jamais assez. D’autres sont nettement moins réussis. Je n’y reviendrai pas… Celui-ci me paraît franchement au dessus de la moyenne (d’où ces quatre étoiles). Outre la qualité sonore irréprochable, discutons maintenant de l’apport de Jack DeJohnette. Ce batteur est bien entendu un monument de la batterie jazz. Et d’aucuns espéraient y trouver pour ces sessions inédites un batteur décoiffant, voire stimulant pour le pianiste, prenant de sacrés risques, bousculant les harmonies, faisant preuve d’ingéniosité et d’inventions sur le plan rythmique. Impressionné sans doute par les lieux, le batteur ne remplit malheureusement pas son rôle. Ou à peine. Il se contente en effet d’accompagner très poliment le pianiste. Simple figuration ? Quelque part, c’est le constat un peu amer et décevant. Et pourtant ça fonctionne (écoutez la version de « I’ll Remember April » ou encore « In A Sentimental Mood », la fameuse composition de Duke Ellington). Si l’on s’attend à ce que le batteur fasse des étincelles, fasse étalage de sa technique polyrythmique, on sera donc pas mal déçu.

Maintenant, dans le cadre de cette édition, et de cette musique précisément (une musique frappée de « neurasthénie » diront les mauvaises langues), l’ensemble fonctionne plutôt bien. Il ne s’agit pas pour Bill Evans de brouiller le cadre ou d’en sortir. Seulement de jouer, et de faire sonner son piano comme on l’a rarement entendu jusque là (micros tous près des cordes du Steinway). Et ici, c’est tout simplement grandiose. Pourquoi ? Parce que le trio dans une sorte de cocon (certes) se concentre sur la rigueur de son jeu, sur le phrasé mélodique du pianiste. La rondeur de la contrebasse d’Eddie Gomez prend alors tout son essor (c’est aussi l’atout de cet enregistrement), et puis il y a la qualité, la clarté d’un jazz décidément lyrique, expressif et aussi ragoutant qu’une bonne tasse de café. Voilà, je n’en dirai pas davantage, ça ne servirait à pas grand chose de développer (pour la lisibilité des thèmes, on consultera le site). Ecoutez, et comprenez que de mon point de vue, ce double compact méritait une pareille publication, vue la haute définition de l’enregistrement, et puis, pour la présentation soignée de ce très beau digipack, les textes, etc., là encore, ça vaut le coup d’œil, les oreilles grandes ouvertes en même temps...


At Shelly'S Mane Hole
At Shelly'S Mane Hole
Prix : EUR 12,43

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3.0 étoiles sur 5 california, here I come..., 10 août 2016
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Ce commentaire fait référence à cette édition : At Shelly'S Mane Hole (CD)
On n’en attendait pas moins de la part d’Orrin Keepnews, le producteur de Riverside qui fut à l’origine de ce dernier disque du pianiste pour son label, et surtout de la part de Bill Evans qui donnait à cette occasion une série de concerts à Los Angeles entre les 14 et 19 mai 1963. On s’étonnera seulement que d’autres pièces n’aient pas été retenues ou n’aient tout simplement pas fait l’objet d’un disque plus soigné... Furent-elles meilleures ou plus banales ? On ne le saura jamais. Et c’est peut-être mieux ainsi. On trouvera toutefois une infime partie de ces cinq soirées dans un autre enregistrement du pianiste (Time Remembered, beaucoup plus intéressant de mon point de vue). Mais au final, que dira-t-on de celui-ci ? Et surtout qu’en reste-t-il ? Certes, nous avons là une nouvelle rythmique pour le trio de Bill Evans. Mais elle eut à peine le temps de se roder, de se mettre en place, de prendre ses marques et autres repères. Paul Motian avait pris sa décision de quitter le trio, juste avant le départ de Bill pour L.A., décidant, au tout dernier moment, de ne pas l’accompagner, ce qu’il finira par regretter d’ailleurs… Cela étant dit, le batteur effectua un retour éclair auprès du pianiste, quelques mois plus tard, pour graver chez Verve l’excellent Trio 64 avec Gary Peacock (1)...

Au sujet de cette période charnière, Paul Motian l’a maintes fois répété : il préférait s’envoler vers d’autres horizons, explorer d’autres univers musicaux, faire de nouvelles expériences, surtout après avoir découvert les idées issues du free jazz (l’apport de Scott LaFaro au sein du quartette d’Ornette Coleman illustre très bien cet engouement pour un jazz libéré de ses codes)... En dépit du retrait inattendu de son batteur, le pianiste ne se démonte pas et part donc pour la Californie. « California Here I Come » ! Qu’à cela ne tienne, il jouerait en duo avec un contrebassiste local, ou avec Chuck Israels, à condition que celui-ci puisse revenir à temps de Détroit… In extremis, l’ami Chuck (qui signe les notes de livret) sera au rendez-vous. Bill Evans avait été invité par le batteur Shelly Manne qui tenait un club à Los Angeles. Les mélomanes gardent moult souvenirs d’enregistrements historiques de ces soirées organisées par le batteur avec « ses hommes » dans l’antre de son club situé à Hollywood et surplombant la baie des Anges. A la rigueur, se dit Bill, Shelly pourrait aisément prendre la place jadis occupée par Paul Motian... Qui sait ?

Les choses allèrent très vite. Israels put se libérer et c’est finalement Larry Bunker, connu pour avoir joué aux côtés de Chet et de Stan Getz, qui fut choisi. Très à l’aise derrière les fûts et fort ingénieux (son jeu est d’une joyeuse clarté, entre justesse sur les thèmes rapides et subtilité, finesse sur les balades…), Larry Bunker n’était pas né de la dernière pluie. Ce fut là son premier contrat avec le pianiste. Il restera auprès de lui jusqu’en 1965, avant d’être remplacé par Alex Riel, puis Arnold Wise et Shelly Manne l’année suivante, Philly Joe Jones (ami de longue date du pianiste, pour des raisons qui n’étaient pas que musicales…), et enfin Jack DeJohnette (2). Chuck Israels est arrivé plus tôt (à l’automne 61, alors que Bill souffrait terriblement de la perte de son ami et contrebassiste Scott LaFaro au point d’envisager de quitter définitivement le circuit jazzique…). Même si les solos du contrebassiste ne sont pas inoubliables, ce concert en club est correct mais sans réelle surprise. La faute à un producteur sans doute trop gourmand (Orrin Keepnews), ou un peu trop impatient d’immortaliser ces moments. Bon, pourquoi pas.

Un dernier mot sur le répertoire. Celui-ci est essentiellement composé de standards que Bill avait l’habitude d’interpréter. Malgré une technique sans faille, le jeu du pianiste s’il m’apparaît plus détendu qu’en studio, n’est pas toujours très convaincant ici. Pourtant, ça commençait très fort, avec une très bonne version de « Isn’t it romantic ». Mise en place, rythmes, recherche d’un épanouissement harmonique. La pièce suivante, « The Boy Next Door », est d’une saveur indicible dans son exposition, le swing très réussi dans « Swedish Pastry » et l’interaction trouvée entre les trois vaut le détour. Mais quand viennent « Wonder Why », « Round Midnight », « Our Love is Here to Stay », « Stella By Starlight », « Blues in F », « All the Things You Are », le niveau d’intensité baisse sensiblement.

L’ensemble manque parfois de fraîcheur et de peps. Mais cela reste de la belle ouvrage malgré tout. Même si les solos interminables de Chuck Israels ne sont pas forcément inoubliables (contrairement aux sessions studio qu’il grava avec Paul Motian). Bien sûr, pour les fans de Bill Evans, ce disque constitue un objet de choix, et l’on ne saurait se tromper si on se le procurait. L’ensemble y est très mélodique, c’est du bon jazz, ça swingue, les amateurs de la formule du trio devraient s’y intéresser de près. J’ai longtemps hésité entre trois et quatre étoiles, mais il est clair que c’est un disque plus que correct. La pochette est moche mais c’est un détail (L’autre jour, j’ai aperçu le LP d’une édition de 1967, autrement plus jolie)… Enfin une prise de son assez déplorable. Le son sur LP m’apparaît beaucoup plus net que sur CD. Sur CD, on ne ressent pas autant la proximité du trio (3). Enfin, un dernier mot : Bill Evans allait retrouver la même rythmique pour un dernier enregistrement, lequel mériterait lui aussi un sérieux travail de remastérisation (je songe au Trio 65, disque assez sous-estimé lui aussi dans la discographie du pianiste). Verdict : même si on est loin, très loin des prestations historiques au Village Vanguard avec Scott LaFaro et Paul Motian (enregistrées deux ans plus tôt), ce Live at Shelly’s Manne Hole vaut son pesant de cacahuètes.

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(1) Trio 64 fut gravé en décembre 1964 avec Gary Peacock (contrebasse) et Paul Motian (batterie).

(2) Arnold Wise dans Live at Town Hall (Verve, 1966), Shelly Manne dans A Simple Matter of Conviction (Verve, 1966), Philly Joe Jones dans California Here I Come (Verve, 1967).

(3) On l’aura compris. Pour cette édition, on privilégiera ou le LP ou l’édition japonaise (Import limité)


Moving Out
Moving Out
Prix : EUR 11,39

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5.0 étoiles sur 5 more than you know..., 6 août 2016
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Moving Out (CD)
Oeuvre souvent sous-estimée (à tort), Moving Out marquait les quasi-débuts du Colosse, fort bien entouré par ailleurs. Elmo Hope (piano), Percy Heath (contrebasse) et Art Blakey (batterie) sont soudés et donnent à entendre une rythmique de toute beauté. Et quand le trompettiste Kenny Dorham vient compléter ce quintette de luxe, nous sommes comblés. Session d'août 1954. La deuxième session d'octobre 1954 ne comporte qu'une plage. Mais était initialement dans le LP original. Il s'agit d'une pièce avec un line up complètement différent, puisque cette fois-ci Rollins retrouve Thelonious Sphere Monk, Tommy Potter (contrebasse) et Arthur Taylor (batterie). Cette pièce vaut à elle seule l'acquisition de ce compact que l'on pourra toujours retrouver dans diverses collections (coffret à petit prix). Un grand classique, pour ne pas dire un immense classique du jazz et du bop. La première partie est très enlevée (Moving Out et Swingin' for Bumsy) avec un Rollins encore très influencé par Coleman Hawkins. Mais l'intérêt principal, c'est bien entendu, outre les sonorités amples du Colosse (majestueux), la présence de ce pianiste hors pair. Elmo Hope est en effet très à son aise. Quant à Kenny Dorham, il est merveilleux d'inventions. Son interprétation sur Silk 'n' Satin est sublime. Comme vous l'entendrez, il n'arrive que pour la coda. Cette façon de jouer, un peu brumeuse, est un grand moment du jazz. Comme dans un film noir, Dorham donne à entendre des effluves mystérieuses de toute beauté. A écouter en boucle. L'un de mes disques préférés du Colosse sans aucun doute.


Un jeu risqué (Wichita)
Un jeu risqué (Wichita)
DVD ~ Vera Miles, Lloyd Bridges Joel McCrea
Proposé par Art Cub
Prix : EUR 7,00

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4.0 étoiles sur 5 un grand western signé jacques tourneur..., 6 août 2016
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Un jeu risqué (Wichita) (DVD)
Zybine l'a fort bien écrit. Mon commentaire n’aura d’autre prétention que d’enfoncer le clou. Ce film de Jacques Tourneur, assez méconnu par ailleurs, se doit d'être vu. Il fait réellement partie de ces très bonnes surprises, plutôt rares dans les rééditions, la qualité du dvd renforçant cette impression. C’est donc grâce à Joel McCrea (l’acteur avait apprécié leur collaboration dans le très bon Stars In My Crown tourné quelques mois plus tôt) que le cinéaste revient au western au milieu des années 50. C’est même l’acteur, au dire de Michael Henry Wilson, qui imposa le cinéaste, et ce dès Stranger on Horseback ! (1). Ici, il y est une nouvelle fois fort convaincant (dans le rôle d’un Wyatt Earp sans moustache !) et Vera Miles, belle à croquer, ne dépareille pas. Mais c'est surtout le scénario qui dans sa fausse simplicité mérité d'être salué. Le tout est filmé sobrement, mais avec style, faisant certes dans l’épure, mais tout est magnifiquement servi, dans une efficacité narrative inoubliable. Force symbolique du récit, détail et rigueur des dialogues. C'était par ailleurs la première fois que Jacques Tourneur employait le cinémascope. Ce film en couleurs est un grand moment de cinéma.


Sarabande
Sarabande
Prix : EUR 18,99

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5.0 étoiles sur 5 how my heart sings..., 28 juillet 2016
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Sarabande (CD)
Il y a trente ans, Fred Hersch gravait ce deuxième album en leadeur. Le titre dit d'emblée tout l'amour du pianiste pour cette danse lente et hypnotique qui est en même temps une danse forte, douce et noble (1). « Sarabande » fut capté en studio deux ans après Horizons, lequel inaugurait les vrais débuts du pianiste en tant que leadeur (ce premier disque fut enregistré en 1984 aux côtés de Marc Johnson et Joey Baron). De mon point de vue, et ce malgré une photo peu alléchante, ce deuxième album se situe nettement au-dessus. Pour plusieurs raisons. La première tient au répertoire (variation des climats, entre compositions personnelles et standards inoubliables). La deuxième au jeu du pianiste, beaucoup plus serein. La troisième à la présence conjuguée de Charlie Haden (contrebasse) et Joey Baron (batterie), donnant au projet de Hersch une consistance beaucoup plus naturelle et beaucoup plus solide. Le jeu du contrebassiste (sonorités boisées, expression mélodique et soutien incomparable, force et puissance du tempo, sens de l’écoute) contribue à ce bonheur d’écoute, pour nous autres musiciens ou mélomanes. Le pianiste désirait, à cette époque, retrouver l'ancien compagnon d'Ornette Coleman. Les deux hommes se sont maintes fois croisés, lors de plusieurs gigs en duo, notamment au Bradley's (comme le rappelle le pianiste dans les notes de livret), puis lors de l’enregistrement de Mighty Lights de la saxophoniste soprano Jane Ira Bloom (aux côtés d’Ed Blackwell). Leur entente musicale ne faisait aucun doute (1). Hélas, leur dernière rencontre remonte à l’enregistrement de ce disque. Enfin, on soulignera le niveau d’excellence de l’ensemble. Chaque pièce est ici traversée par une grâce ineffable. Bref, « Sarabande » est tout simplement un chef-d’œuvre de musicalité incomparable.

Comme d'habitude, l'esthétique de Fred Hersch est faite d'ombres et de lumières, et croyez moi ici, la luminosité atteint des firmaments que seuls Bill Evans et Keith Jarrett étaient capables de toucher. Alors que j'avais noté moins généreusement d'autres albums du pianiste, avec celui-ci, Fred met la barre très-haut et je donne ainsi le maximum d'étoiles dans ma notation. La quintessence de son expression artistique trouve un épanouissement harmonique des plus éblouissants qui soit. Souvent comparé à Bill Evans, Fred Hersch est en fait un pianiste singulier, ayant une sonorité bien à lui, mais comme son aîné, il a trouvé dans la formule du trio sa véritable identité. Cette séance gravée à New-York les 4 et 5 décembre 1986 vient donc d'être rééditée par le label SunnySide sous l'impulsion du pianiste (mai 2015 pour les notes de livret, mars 2016 pour le pressage). En attendant la prochaine publication du pianiste (une nouvelle captation « live » au Village Vanguard avec John Hébert et Eric McPherson/// la sortie de Sunday Night at the Village Vanguard est prévue pour la mi-août 2016...), on ne manquera pas de réécouter « Sarabande », cette merveille des merveilles. Même s'il ne s'agit là que de l’unique enregistrement en trio de Fred Hersch avec Charlie Haden, on saluera l'initiative du pianiste de ressortir la galette dans un son remastérisé.

Ce qui frappe l'auditeur, c'est bien entendu l’évidence de ce triangle rare qui n'a que très peu répété (sic). Quelle alchimie, quelle osmose au final ! Hersch n'a que trente ans au moment de graver « Sarabande », et son assurance artistique atteint un épanouissement que bon nombre de pianistes pourraient lui envier aujourd’hui... Très à l'aise sur tous les tempos (les climats sont variés et la version de « What is this thing called Love ? », joué en ternaire, sur un rythme rapide et casse-gueule, pousse le pianiste dans des retranchements hallucinants, permettant aux musiciens de prendre des risques incroyables avec une assurance de jeunes adolescents), le pianiste varie ainsi les harmonies, et propose des chants intérieurs mouvants. Mieux, on assiste à une sorte d'explosion lyrique sur chacune de ces pièces, sans que cela ne tombe dans la facilité ni la complaisance. Tout est parfaitement maîtrisé. Les émotions sont contrôlées, et en ce sens, « Sarabande » fait partie des plus grandes réussites discographiques dans l’art du trio de piano, contrebasse, batterie. Lyrisme, chant intérieur, complexité harmonique (écoutez « Enfant » d'Ornette Coleman, c'est d'un beauté sans pareille, avec un Charlie Haden donnant une assise et un tempo diabolique!), répertoire inoubliable, tout cela contribue à faire de « Sarabande » un album indispensable, forcément.

Composé de neuf pièces, l’album bénéficie par ailleurs d'une prise de son exceptionnelle. D'emblée, avec un « I Have Dreamed » d'une tendresse asbolue, Hersch raconte tout simplement la beauté des réveils sortis de l'aube. On est également heureux de retrouver deux magnifiques pièces composées par deux pianistes (à savoir « The Peacocks » de Jimmy Rowles et « Blue in Green » de Bill Evans). Deux versions d’anthologie qui ne tombent jamais dans la sensiblerie. Quand le pianiste développe ses idées et improvise sur ces thèmes, cela donne des interprétations où l'osmose entre les trois hommes est à son comble. Les autres standards (« Enfant » d'Ornette Coleman, « What is this thing called Love » de Cole Porter, « This Heart of Mine » d'Arthur Freed) sont autant de prétextes pour raconter avec saveur et une rigueur incroyable des moments de vie unique. Loin du tumulte, loin du bruit. Fred Hersch a par ailleurs apporté quelques compositions personnelles tout aussi inoubliables (« Cadences », très influencé par Keith Jarrett, « Child's Song » en hommage à son mentor, Charlie Haden, ou encore « Sarabande »). A l’écoute de ce set studio de 55 minutes il y a vraiment de quoi être ému par tant de beauté.

Comment ne pas être bouleversé au plus profond de son âme à l’écoute de chacune de ces pièces ? Ce sont parfois des échos à la musique de Schumann et de Chopin. Mais au-delà de ces références, c’est surtout une musique vivante, à fleur de peau et en plein mouvement. Album-phare dans la discographie du pianiste, « Sarabande » est à Fred Hersch ce que des albums comme Explorations ou encore Portrait in Jazz sont à Bill Evans. Il tiendra forcément une place importante dans votre cédéthèque. Ce jazz là sait non seulement être tendre mais aussi décoller, prendre de la hauteur, de par une intensité et un sens de la création inouïe. Les musiciens dans une cohésion et une rare alchimie sont tous inspirés et trouvent des idées lumineuses en termes de mélodies et d’harmonies… La maturité du jeune Fred Hersch est ici indéniable. Voici donc un disque indispensable, et inépuisable à mon sens (d'ailleurs, depuis que j'en ai fait l'acquisition, je l'écoute régulièrement en boucle). Quasiment obsessionnel, voire hypnotique, « Sarabande » s'incarne en un véritable chef-d'oeuvre. L'évidence même de la quintessence du trio de piano jazz.

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(1) Charlie Haden nous a quittés il y a deux ans des suites d'une longue maladie. Trois enregistrements parus sous le label Impulse ! ont depuis été publiés : le duo Jim Hall – Charlie Haden (ce disque publié en 2014 à titre posthume, comme tous les suivants, est un enregistrement capté « live » au festival de Montreal en 1989), puis le Tokyo Adagio (enregistrement de 2005 au club Half Note de Tokyo, un duo avec le pianiste Gonzalo Rubalcaba) et enfin, un live du Liberation Music Orchestra avec Carla Bley (Time/Life sortie prévue pour octobre 2016). C'est donc une sorte d'hommage qui lui est rendu avec « Sarabande ». Hersch qui signe les notes de livret le rappelle de façon admirable.

(2) L'origine, discutée, de la sarabande, paraît être espagnole, voire sud-américaine. L'étymologie reste incertaine. Le terme serait dérivé du persan « sarband », turban (Dictionnaire étymologique, Alain Rey, 1992).
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Here Is Phineas
Here Is Phineas
Prix : EUR 7,68

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 chef-d'oeuvre absolu..., 18 juillet 2016
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Here Is Phineas (CD)
Dans l'art du trio, jamais un disque ne m'avait paru aussi essentiel que celui-ci. Mêlant technique déclenchant une décharge d'émotions et d'adrénaline, Phineas Newborn se hisse au sommet de sa discographie. Son art, si particulier, cette façon si personnelle de raconter avec une accroche très classique, des morceaux de vie inoubliables, se trouve dans Here is Phineas comme l'étendue d'un océan, l'étendue d'une paix retrouvée. L'âme s'en retrouve rassasiée, nourrie même. Après le premier thème, techniquement énorme (Barbados), nous parvient la version d'anthologie de All The Things You Are. C'est de mon point de vue la meilleure, la plus émouvante, la plus bouleversante. Cette introduction en solo absolu, à vous vriller l'âme, une main gauche indépendante inspirée par J.S. Bach, dialoguant avec une main droite agile et sur-prenante, magnifiée par l'arrivée de la rythmique (Oscar Pettiford à la contrebasse et Kenny Clarke à la batterie, excusez du peu!). On assiste alors à l'une de ces session historiques (le mot n'est pas galvaudé) qui aujourd'hui prend tout son sens. Gravée les 3 et 4 mai 1956 pour le label Atlantic (soixante ans déjà!), cette galette n'a non seulement pas pris une ride mais brille encore aujourd'hui, au milieu du fracas contemporain et de cette obscurité qui semble nous envahir peu à peu, comme une ultime lumière, une ultime étoile. Mais une étoile qui ne s'éteindra jamais. Une étoile éternelle. Huit thèmes (viennent ensuite The More I See You, Celia, Daahoud, Newport Blues, I'm Beginning to See the Light, et enfin Afternoon in Paris). Yes, avec Phineas, vous commencez à voir la lumière. Bonne journée à toutes et à tous.


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