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Contenu rédigé par Melimelomane
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Commentaires écrits par
Melimelomane (Valréas France)
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Christian Thielemann : Tristan und Isolde [Blu-ray]
Christian Thielemann : Tristan und Isolde [Blu-ray]
DVD ~ Christian Thielemann
Prix : EUR 21,99

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 MAGIE NOCTURNE, 5 août 2016
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Christian Thielemann : Tristan und Isolde [Blu-ray] (Blu-ray)
Au vu des différentes réalisations de ces dernières années, j'ai le sentiment que depuis que les arrières petites filles Wagner : Eva et Katharina, sont à la tête du Festival, elles jouent les enfants gâtées, cherchant systématiquement à agresser le spectateur, affichant ainsi un mépris permanent pour les intrigues et par enchainement, souvent pour la musique même, composée par leur arrière-grand-père.

L'adaptation des Maîtres chanteurs par Katharina, présentée de 2007 à 2010, avait été éreintée par la critique. C'est aussi elle qui avait choisi en 2011 l'Allemand Sebastian Baumgartner pour mettre en scène un Tannhäuser tellement impopulaire qu'il a été retiré dès l’année suivante de la programmation.
D’autre part c’est sous l’iconoclaste férule de ces dames qu’en 2009 le scénographe Christoph Marthaler nous avait fait subir la plus indigente mise en scène de Tristan !
Alors que nous réserve la production de 2015 scénarisée, justement par Katharina Wagner ?
Je dois reconnaître que dans l’ensemble, c'est une bonne surprise !
Il y a bien des passages qui ne suivent pas le livret : Isolde se précipite sur Tristan avant d’avoir bu le filtre d’amour. Mais Wagner, lui-même, y croyait-il ?
À la fin Isolde au lieu de s’allonger sur le corps mort de Tristan est subtilisée par ce « bon Roi Marke » qui récupère son dû !!!
A part ces quelques dérives, qui montrent que, Katharina n’a pas totalement perdu son coté inutilement subversif, nous sommes face à une scénographie qui nous réserve des passages souvent admirables. En particulier tout le 3ème acte. (Excepté la scène finale).
Cependant Katharina Wagner n’évite pas tous les pièges inhérents à certains dictas à la mode. Pour exemple : le vaisseau de l’acte un est symbolisé par un de ces eternels praticables tubulaires qui envahissent les scènes du monde entier. Autre facilité infantile: le manteau jaune du Roi Marke ! Pourquoi pas des cornes pour mieux nous faire comprendre sa situation conjugale?

Katharina Wagner propose une vision essentiellement intimiste où l’attention du spectateur est dirigée vers le couple, ce que mettent en relief les éclairages de Reinhard Traub qui se concentrent sur les amants, laissant la plupart du temps de larges zones d’ombres. Dans cette perspective l’acte 3 est particulièrement révélateur : une petite tache de lumière dorée, coté cour, éclaire les amis de Tristan serrés autour du corps agonisant.
Durant les hallucinations de notre héros la lumière s’émancipe, le suivant à travers l’espace scénique, jusqu’aux visions d’une Isolde fantasmée se détachant sur des triangles de lumière blafarde.
Une symbiose parfaite entre texte et musique !

LES INTERPRÈTES :
Un mot sur l’orchestre du Festival de Bayreuth. Sous la baguette inspirée de Christian Thielemann il sonne très sombre et trouve toute sa beauté dans l’ample respiration des passages intimistes. Les dernières notes de la Liebestod résonnent comme un dernier soupire.

Le roi Marke incarné par Georg Zeppenfeld n’a pas, à mon sens, la prestance vocale ni la noblesse qui doit caractériser ce personnage.
Avec sa voix ample Christa Mayer donne au personnage de Brangäne toute l’humanité qui dépeint cette héroïne. Il faut écouter son cri d’alarme « Habet acht ! » lors de l’extase amoureuse du couple, pour prendre conscience de la qualité de son incarnation.
Kurvenal, interprété par Iain Paterson possède une voix magnifique. Il est le compagnon fidèle et idéal pour accompagner Tristan dans cette quête impossible.

Les rôles principaux :
L’écoute de la prestation de Stephen Gould dans Tristan nous rappelle l’exigence de ce rôle si écrasant qui épuise la voix toujours poussée dans ses extrêmes. Le ténor américain chante ce héros avec vaillance, nous réservant un 3ème acte où se mélange tendresse, colère, folie et résignation : un grand moment d’opéra, même si nous sentons parfois ses limites vocales.
Je comprends encore mieux la réticence de Jonas Kaufmann !

Qu’en est-il de l’Isolde d’Evelyn Herlitzius ?
Après une Helektra qui m’avait subjugué, sous la houlette de Patrice Chéreau, j’avoue que je suis très partagé sur sa prestation.
A-t’elle vraiment les moyens vocaux pour assumer un rôle si lourd ?
Ne dirige-t-elle pas son Isolde vers une agitation exacerbée ? En particulier dans la Liebestod finale qui ne nous conduit pas vers le sublime. Elle incarne une Isolde trop humaine qui ne se hisse pas au statut de légende.
Trop humaine. Certes, mais c’est aussi le charme de sa prestation : Une Isolde accessible qui nous permet de partager son amour, sa douleur, ses émotions.
Ces quelques interrogations pour dire simplement la difficulté de juger la pertinence de son incarnation. Nous ne sommes pas face à Birgit Nilsson, ni face à Waltraud Meier ou Nina Stemme mais sa vision d’une femme fragile nous rappelle qu’Isolde est aussi un être de chair et de sang.
Ce qui n’est déjà pas si mal.

Depuis celui de Chéreau, dans un genre très différent, tourné vers une vision mêlant intelligemment magie nocturne et humanité, certainement un des Tristan les plus intéressants de ces dernières années.


Verdi : I due Foscari. Domingo, Meli, Agresta, Pappano, Strassberger.
Verdi : I due Foscari. Domingo, Meli, Agresta, Pappano, Strassberger.
DVD ~ Plácido Domingo
Prix : EUR 34,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 I DUE FOSCARI ET DOMINGO…, 12 juillet 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Verdi : I due Foscari. Domingo, Meli, Agresta, Pappano, Strassberger. (DVD)
La Programmation du Royal Opera House fait rêver. Après quelques grands classiques tel « Faust », « Les Troyens », « Don Giovanni », « Parsifal ». Cette maison prestigieuse ne craint pas de s’aventurer sur des chemins moins fréquentés : « Le Roi Roger » de Szymanowski, Manon Lescaut de Puccini et aujourd’hui « I due Foscari » Cet opéra de jeunesse de Verdi déserté par les maisons d’opéra. A ma connaissance, il n’existe qu’une seule version récente en DVD. Celle d’ailleurs fort intéressante, avec Leo Nucci, éditée à l’occasion du bicentenaire de la naissance de Verdi, dans le coffret Tutto Verdi, devenu maintenait malheureusement franchement inaccessible : 630, 90 € !!!
Sinon quel désert éditorial !

Il faut reconnaître que la trame de l’opéra est particulièrement sombre !
Elle s’appuie seulement sur trois personnages : le Doge Francisco Foscari, son dernier fils vivant Jacopo Foscari et son épouse Lucrezia.
Elle nous conte la tragédie d’un homme seul !
Le Doge Francisco Foscari, prisonnier de sa couronne ne peut ou ne veut pas, malgré les supplications de sa bru, sauver son propre fils, condamné, pour meurtre, à l’exil en Crète.
Le Doge est pris en tenaille entre son amour filial et le devoir une véritable « tempête sous un crâne » digne des interrogations de Jean Valjean.
Écoutons Victor Hugo, tant ces quelques phrases tirées des « Misérables » éclairent les tourments du Doge :
«Il est certain qu'on se parle à soi-même, il n'est pas un être pensant qui ne l'ait éprouvé. On peut dire même que le verbe n'est jamais un plus magnifique mystère que lorsqu'il va, dans l'intérieur d'un homme, de la pensée à la conscience et qu'il retourne de la conscience à la pensée. [ ] On se dit, on se parle, on s'écrie en soi-même, sans que le silence extérieur soit rompu. Il y a un grand tumulte, tout parle en nous, excepté la bouche. Les réalités de l'âme, pour n'être point visibles et palpables, n'en sont pas moins des réalités. »
Comment définir avec plus de justesse les hésitations de Francisco Foscari ?

Toutes les interventions de Lucrezia sont véhémentes, celles du fils pétries de nostalgie et de tendresse pour sa patrie, sa femme, ses enfants.

La fin est sinistre : le fils à nouveau condamné part en exil, les preuves de son innocence arrivent, mais trop tard, il meurt aux portes de Venise. Le doge est démis de ses fonctions, les cloches de Saint Marc annoncent l’avènement de son successeur. Ce tocsin le tue !

Verdi lui même écrivit à Piave, son librettiste, concernant « I due Foscari » que « dans des sujets qui sont tristes par nature, on finit toujours par se retrouver à la morgue ».
Jugement bien trop sévère pour une œuvre qui contient de réelles beautés, en particulier la fin de l’opéra, d’une grande noblesse, avec la scène bouleversante de la destitution du Doge !

LA MISE EN SCÈNE :
Elle est l’œuvre de Thaddeus Strassberger qui à cette occasion compose sa première scénographie dans la célèbre Royal Opera House. Elle se distingue par une beauté qui caractérise chaque tableau. Une beauté qui s’appuie sur l’éclat et la majesté des costumes dus à l’imagination de Mattie Ullrich ainsi que sur la lumière souvent contrastée de Bruno Poet.
Ce clair-obscur aux oppositions très marquées évoque en permanence la peinture du Caravage d’autant que certaines scènes n’hésitent pas à convoquer la violence, voir la cruauté chère au peintre italien: la torture de Jacopo, le doigt coupé d’une prisonnière.
Le terrible conseil des dix, vêtu somptueusement de robes rouges, ripaille pendant que l’on administre de force l’eucharistie à Jacopo. Contraste ! Encore.
Pendant la fête qui ouvre l’acte 3, les saltimbanques surgissent de la bouche d’un lion grotesque et ridicule, symbole de la ville de Venise. Discrédit pour ses dirigeants corrompus.

LES INTERPRÈTES :
C’est inutile de redire la qualité exceptionnelle de l’orchestre et des chœurs du Royal Opera House. Sous la baguette de son chef attitré, le précieux Antonio Pappano ils font, une fois de plus merveille.

Je voudrais commencer par évoquer un rôle secondaire, qui marque cette version, celui de Jacopo Loredano, chanté avec conviction par Maurizio Muraro. Il est un membre influent du conseil des dix et personnifie à lui seul la haine et la vengeance vouées à la famille Foscari, au point que lors des saluts au public il est légèrement sifflé malgré une prestation remarquable. Devant cette réaction il fait comprendre, d’un signe, qu’il a simplement joué son rôle. Suit un tonnerre d’applaudissements.
Jacopo Foscari est interprété par Francesco Meli. Il possède une belle voix de ténor et chante avec raffinement. Sa voix s’harmonise parfaitement à celle de Maria Agresta qui incarne Lucrezia dans les nombreux duos que leur réserve la partition.
Maria Agresta possède une voix ample au souffle large, qui sert la véhémence suppliante de ses interventions.

Il est certain que beaucoup achèteront cet opéra pour la prestation du grand Placido Domingo. Je pense d’ailleurs que le Royal Opera House a choisi cet opéra pour la personnalité hors norme de ce chanteur.
Ce diable d’homme m’étonnera toujours. Lors de ces représentations, il a 73 ans et arrive encore à faire chavirer la salle. Une ovation de plusieurs minutes.
Question insidieuse : le public, très averti, de la salle de Londres salue-t-il l’icône vivante ou la prestation du soir ?
Personnellement, je suis partagé.
Possédant l’autre version avec Leo Nucci, je dois reconnaître que j’ai une nette préférence pour celle de Nucci. Voix de bronze qui domine l’orchestre, alors que Domingo se perd parfois dans l’ensemble.
Même ses qualités d’acteur exceptionnel ne compensent plus une voix qui, malgré le changement de registre, passant du ténor au baryton, n’arrive plus, à mon sens, à convaincre dans des rôles aussi exigeants.
J’avance cet avis avec beaucoup de prudence, car j’ai parfaitement conscience qu’il est complètement subjectif et ne doit surtout pas empêcher l’achat de cette version.

En réalité ne boudons pas notre plaisir car nous possédons maintenant deux visions récentes, remarquables de ce chef-d’œuvre injustement délaissé de Verdi.


Verdi : I due Foscari. Domingo, Meli, Agresta, Pappano, Strassberger. [Blu-ray]
Verdi : I due Foscari. Domingo, Meli, Agresta, Pappano, Strassberger. [Blu-ray]
DVD ~ Plácido Domingo
Prix : EUR 41,05

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 I DUE FOSCARI ET DOMINGO…, 12 juillet 2016
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
La Programmation du Royal Opera House fait rêver. Après quelques grands classiques tel « Faust », « Les Troyens », « Don Giovanni »,
« Parsifal ». Cette maison prestigieuse ne craint pas de s’aventurer sur des chemins moins fréquentés : « Le Roi Roger » de Szymanowski, Manon Lescaut de Puccini et aujourd’hui « I due Foscari ». Cet opéra de jeunesse de Verdi déserté par les maisons d’opéra. A ma connaissance, il n’existe qu’une seule version récente en DVD. Celle d’ailleurs fort intéressante, avec Leo Nucci, éditée à l’occasion du bicentenaire de la naissance de Verdi, dans le coffret Tutto Verdi, devenu maintenait malheureusement franchement inaccessible : 630, 90 € !!!
Sinon quel désert éditorial !

Il faut reconnaître que la trame de l’opéra est particulièrement sombre !
Elle s’appuie seulement sur trois personnages : le Doge Francisco Foscari, son dernier fils vivant Jacopo Foscari et son épouse Lucrezia.
Elle nous conte la tragédie d’un homme seul !
Le Doge Francisco Foscari, prisonnier de sa couronne ne peut ou ne veut pas, malgré les supplications de sa bru, sauver son propre fils, condamné, pour meurtre, à l’exil en Crète.
Le Doge est pris en tenaille entre son amour filial et le devoir. Une véritable « tempête sous un crâne » digne des interrogations de Jean Valjean.
Écoutons Victor Hugo, tant ces quelques phrases tirées des « Misérables » éclairent les tourments du Doge :
«Il est certain qu'on se parle à soi-même, il n'est pas un être pensant qui ne l'ait éprouvé. On peut dire même que le verbe n'est jamais un plus magnifique mystère que lorsqu'il va, dans l'intérieur d'un homme, de la pensée à la conscience et qu'il retourne de la conscience à la pensée. [ ] On se dit, on se parle, on s'écrie en soi-même, sans que le silence extérieur soit rompu. Il y a un grand tumulte, tout parle en nous, excepté la bouche. Les réalités de l'âme, pour n'être point visibles et palpables, n'en sont pas moins des réalités. »
Comment définir avec plus de justesse les hésitations de Francisco Foscari ?
Toutes les interventions de Lucrezia sont véhémentes, celles du fils pétries de nostalgie et de tendresse pour sa patrie, sa femme, ses enfants.

La fin est sinistre : le fils à nouveau condamné part en exil, les preuves de son innocence arrivent, mais trop tard, il meurt aux portes de Venise. Le doge est démis de ses fonctions, les cloches de Saint Marc annoncent l’avènement de son successeur. Ce tocsin le tue !

Verdi lui même écrivit à Piave, son librettiste, concernant « I due Foscari » que « dans des sujets qui sont tristes par nature, on finit toujours par se retrouver à la morgue ».
Jugement bien trop sévère pour une œuvre qui contient de réelles beautés, en particulier la fin de l’opéra, d’une grande noblesse, avec la scène bouleversante de la destitution du Doge !

LA MISE EN SCÈNE :
Elle est l’œuvre de Thaddeus Strassberger qui à cette occasion compose sa première scénographie dans la célèbre Royal Opera House. Elle se distingue par une beauté qui caractérise chaque tableau. Une beauté qui s’appuie sur l’éclat et la majesté des costumes dus à l’imagination de Mattie Ullrich ainsi que sur la lumière souvent contrastée de Bruno Poet.
Ce clair-obscur aux oppositions très marquées évoque en permanence la peinture du Caravage d’autant que certaines scènes n’hésitent pas à convoquer la violence, voir la cruauté chère au peintre italien: la torture de Jacopo, le doigt coupé d’une prisonnière.
Le terrible conseil des dix, vêtu somptueusement de robes rouges, ripaille pendant que l’on administre de force l’eucharistie à Jacopo. Contraste ! Encore.
Pendant la fête qui ouvre l’acte 3, les saltimbanques surgissent de la bouche d’un lion grotesque et ridicule, symbole de la ville de Venise. Discrédit pour ses dirigeants corrompus.

LES INTERPRÈTES :
C’est inutile de redire la qualité exceptionnelle de l’orchestre et des chœurs du Royal Opera House. Sous la baguette de son chef attitré, le précieux Antonio Pappano ils font, une fois de plus merveille.

Je voudrais commencer par évoquer un rôle secondaire, qui marque cette version, celui de Jacopo Loredano, chanté avec conviction par Maurizio Muraro. Il est un membre influent du conseil des dix et personnifie à lui seul la haine et la vengeance vouées à la famille Foscari, au point que lors des saluts au public il est légèrement sifflé malgré une prestation remarquable. Devant cette réaction il fait comprendre, d’un signe, qu’il a simplement joué son rôle. Suit un tonnerre d’applaudissements.
Jacopo Foscari est interprété par Francesco Meli. Il possède une belle voix de ténor et chante avec raffinement. Sa voix s’harmonise parfaitement à celle de Maria Agresta qui incarne Lucrezia dans les nombreux duos que leur réserve la partition.
Maria Agresta possède une voix ample au souffle large, qui sert la véhémence suppliante de ses interventions.

Il est certain que beaucoup achèteront cet opéra pour la prestation du grand Placido Domingo. Je pense d’ailleurs que le Royal Opera House a choisi cet opéra pour la personnalité hors norme de ce chanteur.
Ce diable d’homme m’étonnera toujours. Lors de ces représentations, il a 73 ans et arrive encore à faire chavirer la salle. Une ovation de plusieurs minutes.
Question insidieuse : le public, très averti, de la salle de Londres salue-t-il l’icône vivante ou la prestation du soir ?
Personnellement, je suis partagé.
Possédant l’autre version avec Leo Nucci, je dois reconnaître que j’ai une nette préférence pour celle de Nucci. Voix de bronze qui domine l’orchestre, alors que Domingo se perd parfois dans l’ensemble.
Même ses qualités d’acteur exceptionnel ne compensent plus une voix qui, malgré le changement de registre, passant du ténor au baryton, n’arrive plus, à mon sens, à convaincre dans des rôles aussi exigeants.
J’avance cet avis avec beaucoup de prudence, car j’ai parfaitement conscience qu’il est complètement subjectif et ne doit surtout pas empêcher l’achat de cette version.
En réalité ne boudons pas notre plaisir car nous possédons maintenant deux visions récentes, remarquables de ce chef-d’œuvre injustement délaissé de Verdi.
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Aug 4, 2016 12:19 PM MEST


Gounod / Faust [Blu-ray]
Gounod / Faust [Blu-ray]
DVD ~ Charles Gounod
Prix : EUR 47,49

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 LE FAUST DE GOUNOD RETROUVE SES ORIGINES, 11 juillet 2016
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Gounod / Faust [Blu-ray] (Blu-ray)
Suite aux deux versions récentes : celle du Royal Opera House avec Gheorgiu, Alagna et Terfel dirigée par Pappano dans une scénographie reniée par son auteur ; et celle du Met avec Poplavskaya, Kaufmann et Pape dirigée par Nezet-Seguin dans une mise en scène de Des McAnuff ; je me suis demandé, ce que l’Opéra de Turin pouvait proposer, étant donné les qualités souvent exceptionnelles de ces deux visions ?
Je dois reconnaître que je n’ai pas été déçu, bien au contraire, grâce à la conception très inspirée de Stefano Poda et à une équipe de chanteurs souvent remarquables.
Ce metteur en scène qui en véritable artiste s’occupe généralement de l’ensemble de la scénographie, lumières, costumes compris, nous a déjà offert un très beau « Thaïs » de Massenet et surtout « La forza del destino » de Verdi, qui pour moi, est la vision la plus admirable de cet opéra.

LA MISE EN SCÈNE :
Le titre de cette petite chronique, souligne que la vision proposée par le scénographe Poda est plus proche de la pensée et de la symbolique de Goethe que du livret de Jules Barbier.
Dans un décor très graphique trône au centre un immense cercle en métal symbole de la roue de la Vie, de celui du destin qui est accentué par la présence de sabliers posés au sol.
Ce cercle n’est pas statique, il bouge, très lentement accompagnant l’évolution de l’intrigue.
Parfois il se referme, devenant alors couronne protectrice posée au sol.
Ce cercle impressionnant donne une cohérence à l’action qui se déroule sous nos yeux. Durant l’Acte 3, celui du jardin de Marguerite des bois flottés « fleurissent » l’anneau.
Pendant la scène de l’Église, la plus impressionnante qu’il m’a été donné de voir, une croix de lumière se dessine dans le Cercle.
Cet anneau domine un autre « cercle magique » dessiné au sol dans lequel nous pouvons lire : «Vanitas vanitatum et omnia vanitas. » Vanité des vanités, et tout est vanité. Paroles par lesquelles l'Ecclésiaste enseigne que tout est illusion et déception ...
Tout est dit !
Après la mort de Valentin, les lumières baissent et le chœur accompagne les dernières notes en allumant de petites bougies. Émotion.
Il faudrait tout citer tant le travail de Poda fourmille de trouvailles, toujours attentives à l’esprit de l’œuvre : À l’acte IV dans les montagnes du Harz, pendant la Nuit de Walpurgis, le ballet, agité par des mouvements saccadés, est dansé par une troupe couverte de boue, la glaise originelle, celle qu’utilisa Adonaï, Dieu de la Bible pour façonner le Premier Homme.
L’air du « Roi de Thulé » est chanté par Marguerite qui est revêtue d’un manteau de fleurs fraiches. Après la perte de son Innocence le manteau sera couvert de fleurs fanées…
Comment ne pas citer aussi, la grandiose scène finale où Marguerite morte, allongée sur une croix de lumière se relève hébétée et devine à travers l’anneau fatidique, une porte dessinée dans le mur du fond, qui semble l’inviter vers un monde nouveau !

Il faut souligner également l’extraordinaire travail sur les lumières, toujours dû au talent de Stefano Poda. Lumière à la Rembrandt qui fouille un clair-obscur chargé de beauté et de mystère.
Je ne dirai jamais assez, qu’à mon sens, cette scénographie sort l’opéra de Gounod d’une simple amourette dramatique entre Faust et Marguerite, pour lui redonner le souffle métaphysique et existentiel des deux pièces de Goethe.

L’INTERPRÉTATION :
L’orchestre du Théâtre de Turin conduit par Gianandrea Noseda n’a certes pas les qualités des orchestres du Met ou du Royal Opera House mais il contribue pleinement à la vision tragique de cette version.

Les chœurs sont à la peine avec un français qu’ils maîtrisent mal au point de ressembler souvent à un sabir incompréhensible. De plus l’ensemble manque parfois de cohérence.
Avec la prestation de Vasilij Ladjuk, dans le rôle de Valentin ce sont à mon sens les points faibles de cette interprétation.

Faust est incarné par le ténor américain Charles Castronovo. Ce n’est ni Kaufmann, ni Alagna, mais ne boudons pas notre plaisir. Il possède une voix agréable qu’il maîtrise parfaitement lui imposant des nuances que caractérisent des sons filés d’une grande délicatesse. Il nous gratifie d’un « Salut demeure chaste et pure » très raffiné malgré un contre-ut final qui vacille légèrement.

Méphistophélès est incarné par la grande basse Ildar Abdrazakov. J’ai retrouvé dans sa prestation le souvenir des grandes icones du passé en particulier celle de Ghiaurov (j’ai osé) : voix ample et présence souveraine.
Irina Lungu interprète le rôle de Marguerite. La cantatrice dispose d’une voix fruitée au medium solide. Elle donne à ce personnage toute la douceur désirée par le compositeur. Fine comédienne, dotée d’un physique agréable, elle impose une Marguerite à la fois touchante par sa naïveté et résolue dans son engagement final.

En conclusion nous avons la chance de posséder maintenant 3 interprétations exceptionnelles du Faust de Gounod ayant chacune des qualités bien particulières.
Je ne me permettrais pas de proposer un choix. Je rappelle simplement que la plus proche de l’œuvre de Goethe est celle de Turin, pour peu que cette qualité présente, pour le spectateur, une réelle importance dans cet opéra !


Om. la syllabe primordiale
Om. la syllabe primordiale
par Roberto Caputo
Edition : Broché
Prix : EUR 14,00

5.0 étoiles sur 5 PETIT PAR LA TAILLE - GRAND PAR SON CONTENU, 9 juillet 2016
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Om. la syllabe primordiale (Broché)
En nous présentant la syllabe primordiale OM, l’auteur commence par nous donner quelques clefs indispensables pour mieux pénétrer la pensée mystique Hindou :
Il commence par nous expliquer le mot Brahman qui est la réalité ultime ; l’Absolu qu’il ne faut pas confondre avec Brahma qui est une des trois divinités issue du « Seigneur suprême ». Brahma est le Créateur du Monde. Vishnu, la seconde divinité est celle qui préserve le Monde. Enfin Shiva est celle qui dissout le Monde Manifesté à la fin de chaque cycle.
Pui vient le mot Âtman : « le Soi », l’ego n’est pas le réel ; la seule véritable réalité, la seule véritable identité est le « Soi ». Le seul « Je » réel. Suivi du mot Mâyâ qui pour les Hindous traduit, justement l’irréalité du monde.

Après ce panorama succinct de la pensée Hindou, l’auteur va nous proposer quelques clefs pour s’affranchir progressivement de ce monde de la non réalité.
Arrivent donc les Upanishads qui sont un enseignement tourné essentiellement vers la libération de l’égo pour atteindre le « Soi ».
Autre outil le Mantra qui est une formule sacrée. A la différence de la prière, où la signification des mots est essentiel, dans le Mantra elle ne possède qu’une valeur relative car le Mantra est une masse d’énergie rayonnante. Le Mantra OM contient en germe l’ensemble des Veda.
Le Veda (devanāgarī : वेद - sanskrit : est la « vision » ou « connaissance »)

Le mot OM qui est en réalité la contraction des 3 lettres A.U.M.. La syllabe où tout commence, « Syllabe primordiale », « vibration éternelle », « son originel » : les définitions de l’indéfinissable ne manquent pas au point que, l’idée de l’immersion d’un dieu dans la syllabe ou son OM a été exprimée dans la CHANDOGIA UPANISHAD, une des plus anciennes parmi les 108 UPANISHADS canoniques, dont l’auteur résume un passage :
« Les dieux, lorsqu’ils eurent peur de la mort, prirent refuge dans la triple connaissance des VEDA…. La mort les observait…quand ils surent cela… ils prirent refuge dans le son….le son par excellence, immortel, tranquille….prenant refuge dans le OM … les dieux devinrent immortels et sans crainte….
Celui qui connait ainsi la syllabe indestructible…y étant entré, devient immortel comme les dieux…. »
Une affirmation qui donne le vertige !

Permettez-moi d’essayer de créer une passerelle entre cet Orient et notre Occident. Je pourrais avancer, avec une grande prudence, que OM, AMEN, et le VERBE JOHANNIQUE sont sur notre plan d’existence, des formes pensées saturées de PRANA (le souffle divin) aux travers desquelles l’Indicible affleure et s’ouvre à nos connaissances selon nos dispositions pour ouvrir les portes de La CONNAISSANCE.
Ce livre nous aide dans ce chemin délicat mais si riche de promesses!

Je l’affirmais dans le titre : un livre « petit par la taille mais grand par son Contenu. »


Verdi : La forza del destino
Verdi : La forza del destino
DVD ~ jonas kaufmann Anja Harteros
Prix : EUR 22,00

5.0 étoiles sur 5 UN INTERPRETATION DE RËVE DANS UNE MISE EN SCENE PARFOIS QUELCONQUE, 8 juillet 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Verdi : La forza del destino (DVD)
Le titre un peu long, résume assez bien ce que j'ai ressenti, à la vue et à l'écoute de cette « Forza del destino ».
En effet la scénarisation de Martin Kušej est difficile à juger alternant le bon : le jeu des acteurs et le quelconque : tout le reste de la didascalie.

Comme souvent chez les metteurs en scène contemporains, il déplace l'intrigue de nos jours. Après tout pourquoi pas ? Mais cette licence n'impose pas de retrouver la plupart des protagonistes affublés de jeans et de polos pathétiquement hors de propos.
Les moines sont épargnés, mais ils se retrouvent en bras de chemise. Ce qui n'est guère mieux !
Les chœurs sont couverts de fripes, quand ils ne sont pas carrément dénudés lors du réveil des troupes du campement militaire de Velletri. Cette nudité n'est aucunement justifiée par l'intrigue. Encore une concession au dicta des mises en scène « dans le vent ».
Je me souviens des premières scènes de nudité qui émaillaient « Le Grand Macabre » de Ligeti, en 1981 à l'Opéra Garnier, dans la scénographie de Daniel Mesguich, qui à l'époque avait engendré un scandale tel que certains critiques écrivaient que l'œuvre de Ligeti était un « pornopéra intellectuel».
Plus de trente ans ont ouvert les esprits, heureusement nous sommes loin de cette pudibonderie effarouchée, mais de là à banaliser la nudité'

Les décors n'arrangent rien. En étant indulgents nous pourrions évoquer un parti pris graphique, surtout dans la dernière scène où de nombreuses croix blanches suggèrent l'Hermitage de Donna Léonore.

Pourquoi alors se procurer le DVD ?
Pour le jeu des acteurs/chanteurs qui est exceptionnel.
Chaque attitude, chaque geste porte sens. Les différents affrontements entre Don Carlo et Don Alvaro témoignent d'une intensité rare. De même les rencontres entre Donna Leonora et Don Alvaro montrent la tension et la souffrance qui caractérisent leur destin.
Destin : le mot est lâché. Rarement une mise en scène aura permis de mettre en relief avec autant de force, le poids du destin inexorable du karma incontournable qui manipule ces petites marionnettes humaines qui survivent sous nos yeux !
Martin Kušej nous fait partager avec une singulière pertinence, le pesant message mortifère que véhicule «La Forza del destino ».

LES INTERPRÈTES :
Nous sommes face aux forces de l'orchestre et des chœurs de l'opéra de Bavière. A mon sens sous la baguette d'Asher Fisch l'orchestre sonne un peu sombre et manque d'électricité. Il suffit de comparer l'ouverture de l'opéra avec celle de Zubin Metha à Vienne pour s'en convaincre. (Toujours en DVD). Ce chef nous réserve cependant des passages d'une grande intensité, en particulier le 4ème acte qui est bouleversant !

Beaucoup, dont je fais partie, ont acheté cette publication pour la présence du phénomène Kaufmann. Ils ne seront pas déçus car il est au sommet de son art. De sa voix de bronze il envoûte le spectateur. Il émaille le rôle de Don Alvaro d'une infinité de nuances, sécrétant des aigus qui transpercent la salle, jusqu'à réduire sa voix à un simple souffle, un simple murmure. Une prestation magistrale accompagnée d'un jeu d'acteur étonnant.
Chaque prise de rôle de cet artiste hors norme, est une révélation !

Ludovic Tézier n'est pas en reste dans l'incarnation de Don Carlo di Vargas. De sa belle voix de baryton il assume l'obsession aveugle de ce personnage qui ne vit que pour venger sa famille. Un monolithe qui à lui seul incarne le Destin qui avance inexorablement vers la mort.
La Preziosilla de Nadia Krasteva est pleine d'entrain et de fraicheur. Son « Rataplan » est chanté avec finesse.
Vitalij Kowaljow dans le rôle du Padre Guardiano est bien palot, sa voix de basse se perd dans les profondeurs du spectre, son charisme, son autorité sont totalement inexistants. Un petit bémol dans cette distribution de rêve.

J'ai volontairement gardé pour conclure la prestation d'Anja Harteros dans le rôle de Donna Leonora. Cette artiste, lors de ces représentations est en état de grâce. Difficile de décrire la perfection du chant, difficile aussi d'analyser la perfection psychologique. Chacune de ses interventions est un miracle. Elle arrive même à voler la vedette à Jonas Kaufmann' ce qui ne doit pas arriver souvent !

En conclusion malgré une mise en scène qui ne s'appuie que sur la psychologie des personnages ignorant de ce fait, décors et costumes, c'est à mon sens, et de loin, la plus belle de toutes les « Forza del destino » qui existe en DVD ou Blue Ray. Celle qu'il faut se procurer ,en priorité, pour un enchantement des oreilles.
Certes j'ai toujours en mémoire les représentations prestigieuses avec Tebaldi, Corelli, Christoof et Bastianini, celle aussi de Caballe, Carrerras, Ghiaurov et Cappuccilli: des plateaux inaccessibles malheureusement desservis par une qualité technique balbutiante.

Faisons un rêve pour le temps qui nous concerne: la merveilleuse mise en scène de Stefano Poda et le plateau de Munich!!!


Beethoven: Fidelio [Blu-ray]
Beethoven: Fidelio [Blu-ray]
DVD ~ Beethoven
Prix : EUR 26,19

6 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 UNIQUE, 8 juillet 2016
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Beethoven: Fidelio [Blu-ray] (Blu-ray)
Nos rubriques sont écrites pour partager ce que nous avons ressenti. Il est évident que chaque personne, en fonction de paramètres qui lui sont totalement personnels va encenser une œuvre ou bien la critiquer. Mais dans le panégyrique il y a toujours un bémol, de la même manière qu'une étincelle, peut éclairer une mauvaise critique.
Il est rare surtout concernant l'opéra qui intègre une grande quantité de paramètres d'être face à une réalisation qui vous enchante totalement aussi bien musicalement que scénographiquement !
C'est le cas de ce Fidelio qui ; je le sais, malheureusement ne plaira pas à tous.
Car la mise en scène aussi bien que la musique ont emprunté des chemins audacieux téméraires (mais tellement justes !)

Claus Guth, le metteur en scène et Franz Welser-Most le chef, ont décidé, d'un commun accord, de supprimer tous les textes parlés.
Manquent-t-ils vraiment pour la compréhension de l'intrigue ?
En ce qui me concerne pas du tout, d'autant plus que l'intrigue est simple et facile à mémoriser. Une ou deux visions de l'opéra, quelques écoutes avec le livret et nous appréhendons aisément l'histoire.
Supprimer les dialogues ne gène non seulement pas l'action mais la resserre et donne à la musique composée par Beethoven un tout autre relief, une bien plus grande densité, une continuité, une cohérence qui nous échappent totalement avec la pratique des dialogues qui saucissonne cette musique et provoque une perte de tension alors qu'elle est essentielle chez le Maître de Bonn.
La suppression des dialogues est le premier point de discorde possible.

Voyons maintenant l'ensemble de la MISE EN SCÈNE :
Nous somme confronté à un décor unique : deux murs lambrissés en angle, sur un parquet de qualité en légère pente. Au milieu trône une masse noire inquiétante dont le rôle est capitale c'est elle qui dicte le ton de chaque scène se déplaçant ; tournant, s'élevant pour dévoiler la tombe destinée à Florestan. Nous sommes face à un espace mental dans lequel la lumière d'Olaf Freese va jouer un rôle essentiel devenant de plus en plus sombre au fur et mesure que l'intrigue se dramatise.
Les costumes, fin XIX ème, s'identifient parfaitement avec les personnages. La bande de Don Pizarro avec cirés et lunettes noires évoque la Tenue des MIB : les Men in Black.
La Scène où les prisonniers sont libérés un court moment de leurs geôles est particulièrement émouvante. Sortant de la forme noire ils se déploient en cercle habillés de blanc immaculé.
Le jeu des acteurs est très graphique, plein de retenue sauf Florestan qui ne sort pas indemne de son séjour au cachot.

Il faut rajouter à ce dispositif scénique deux trouvailles : deux ombres ; celle de Pizarro. C'est une projection visuelle de la pensée du tyran.
L'autre est celle de Léonore, elle dialogue en permanence avec son reflet en langage des signes, ce qui donne à la fin de l'opéra une conclusion universelle.
Dans cet hymne à l'amour les chanteurs sont plaqués contre le fond du décor, les chœurs sont en coulisse et l'ombre s'avance seule vers la salle en déclamant avec ses mains cette hymne à la gloire de l'AMOUR. Grands frissons garantis !

Encore une trouvaille : à la fin de la 1ère scène du deuxième acte, après le duo entre Léonore et Florestan, le rideau tombe. La caméra se tourne vers l'orchestre qui entame l'Ouverture de Léonore 3. Génial !
Déjà en 1978, le Grand Bernstein avait eu l'intuition de cette transition subtile qui amène intelligemment la fête finale.

LES INTERPRÈTES :
Nous sommes à Vienne en 2015 et l'ensemble est enthousiasmant
D'abord l'orchestre, dirigé par Franz Welser-Most : une réussite totale, il conduit cette phalange qui est toujours une des plus belles du monde avec finesse et vaillance : dans le quatuor du 1er acte l'orchestre caresse les chanteurs, il glorifie le travail des chœurs dans la péroraison finale. Lenore 3 est un beau moment d'orchestre.

Je ne vais pas passer en revue tous les chanteurs, car la plupart sont remarquables.
Quelque mots cependant pour Rocco campé par Hans-Peter König. Une interprétation noble servie par une voix au velours chaleureux.
Don Pizarro, incarné par Tomasz Konieczny,: un concentré de méchanceté avec une voix qui manque un peu de puissance.
Venons-en aux étoiles de cet enregistrement :
Honneur aux femmes, à La Femme : Léonore est incarnée par Adrianne Pieczonka.
Une belle voix, qui donne toute sa force au personnage de Léonore. On pourrait peut être lui reprocher un manque de nuances, en particulier dans son duo avec Florestan, mais elle campe jusqu'au bout ce personnage volontaire qui se bat par amour pour contrecarrer le destin.
Ce n'est pas le même profil d'amoureuse qu'incarnait avec tendresse Gundula Janowitz.

Passons au phénomène Kaufmann. Il nous avait déjà donné une vision de ce héros en 2010 avec les forces de Zurich sous la baguette d'Harnoncourt et dans une mise en scène, bien modeste de Jürgen Flimm.(récemment réédité en Blue ray, avec une nouvelle pochette).
Je trouve que ce diable d'homme a encore approfondi son personnage : il faut l'entendre jeter son premier mot : « Gott !» D'abord inaudible puis progressivement envahissant tout l'espace de l'immense salle du Festival de Salzbourg. D'ailleurs tout cet air, si exigeant, est bouleversant. J'ai souvent évoqué sa voix de bronze à qui il peut demander toutes les finesses, des murmures les plus arachnéens, aux vaillances les plus puissantes. C'est un rôle ou toutes ces qualités peuvent s'exprimer accompagné par un jeu d'acteur remarquable.
Personnellement j'ai toujours était surpris de voir ce prisonnier, soit disant si mal traité, finir l'opéra en pleine forme sans aucune séquelle des mois passés au cachot dans un silence total.
L'attitude de Florestan est enfin réaliste et apporte un supplément d'âme à la libération. Nous savons que le retour sera délicat !

Je me lance : sans vouloir faire de l'ombre aux autres visions, je trouve que ce Fidelio est la plus belle réalisation accessible en DVD. Celle qui rend vraiment justice au drame musical de Beethoven !
Une fusion totale entre la Vue et l'Ouïe !


Thin Red Line,the
Thin Red Line,the
Proposé par moviemars-amerique
Prix : EUR 3,66

5.0 étoiles sur 5 MUSIQUE DU BONHEUR, 21 juin 2016
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Thin Red Line,the (CD)
Il est où le bonheur ? Il est là le bonheur: dans les quelques sillons qui immortalisent ces chants de Mélanésie.

En regardant « The Thin Red Line » le film de Terence Malik sur les brulures de la guerre, j'ai été bouleversé par la musique qui porte les premières images, celles qui montrent la Vie dans ce qu'elle a de merveilleux et de paradisiaque. Un cocon de douceur perdu dans le Pacifique. Un chœur d'enfants mélanésiens, à peine retouché par le compositeur Hans Zimmer. Hélas un seul morceau, très court.
En cherchant un peu j'ai découvert ce disque qui est entièrement consacré à cette musique : ces chœurs mélanésiens qui sont nourris par les mystères de la Nature. Dans leur simplicité, ils nous parlent de l'innocence et de la fraicheur de la Vie accomplie si près des origines.

Pour approfondir et mieux comprendre la beauté simple de ces chants il faut lire "Le Papalagui" d'Eric Scheumann qui donne la parole à
Touiavii, le chef de la tribu de Tiavéa, qui a observé de près cet être étrange qu'est le Papalagui :
– le Papalagui étouffe son corps avec des peaux lourdes et serrées qui le privent de soleil ;
– le Papalagui vit dans des coffres de pierre empilés, séparés par des fentes bruyantes et grises ;
– le Papalagui est obsédé par le métal rond et le papier lourd qui régissent toute sa vie ;
– le Papalagui a inventé un objet qui compte le temps ; depuis il court sans cesse derrière...
Le sage Touiavii, qui vit dans les îles Samoa, aimerait bien que son peuple ne devienne pas comme le Papalagui, ce curieux homme blanc qui vit en Europe.

Un petit morceau de paradis pris entre les sillons d'une Terre qui se perd.


Stiffelio
Stiffelio
DVD ~ Placido Domingo
Prix : EUR 22,00

5.0 étoiles sur 5 INCOMPRÉHENSIBLE !, 30 mars 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Stiffelio (DVD)
L'ostracisme qui frappe cet opéra de Verdi est, à mon sens, totalement injustifié.
D'où peut venir un tel rejet ?
Il semblerait que l'histoire ait la vie dure et que cette œuvre souffre toujours de la censure qui s'abattit avec violence sur l'intrigue lors de sa Création à Trieste.
Jugez plutôt :
Nous sommes aux environs de Salzbourg, le pasteur Stiffelio est trompé par son épouse Lina, qui dans un moment de faiblesse a succombé au charme du jeune Raffaele. (Personnage sans consistance dans l'œuvre, elle-même). Le père de Lina, Stankar, vieux colonel de l'Empire, droit dans ses bottes soupçonne sa fille. (Encore un rapport père/fille tourmenté dans l'œuvre de Verdi) Pour sauver l'honneur filial, en réalité le sien, il tue l'amant. Stiffelio monte en chaire et s'appuyant sur la parabole de « la femme adultère » pardonne sans conviction à son épouse. Chœur final de rédemption. Fin de l'opéra.

Voici très abrégée la trame qui posa tant de problèmes au Maître de Busseto, au point que, sous le poids de la censure, lui si intègre, dut faire tant de concessions que l'intrigue perdit tous ses ressorts dramatiques. Il composa alors Aroldo, pâle reflet de l'original.

Encore de nos jours, débarrassé des castrations imposées par la censure, dans sa version originale, dont une copie fut retrouvée en 1968, Stiffelio reste dans l'ombre. C'est incompréhensible tant l'œuvre contient de passages admirables. La trame est serrée, fluide, s'appuyant sur une urgence musicale où verbe et musique se conjuguent harmonieusement. Les airs, les ensembles (magnifique septuor du I et merveilleux quatuor du II) s'intègrent parfaitement à l'ensemble, sans rompre le fil de l'intrigue. Du grand Verdi, malheureusement encore délaissé !
Seulement trois versions : deux en DVD, une en Blue Ray qui fait partie de la somptueuse intégrale « TUTTO VERDI »
Heureusement, elles sont toutes trois de grande qualité !

Concentrons-nous sur celle qui nous intéresse. Celle du Met de 1993, bâtie autour de la personnalité de Placido Domingo, pour fêter ses 25 années de participation à cette vénérable institution.

Avant de parler des interprètes quelques mots sur l'excellente mise en scène.
Sous la houlette de Giancarlo del Monaco et avec l'aide pour les décors et les costumes de Michael Scott. Le Métropolitain a sorti le grand jeu. Tout en gardant l'esprit austère et sombre de l'œuvre, les décors et les costumes restent somptueux. Un vrai bonheur pour les yeux qui doivent s'habituer à la pénombre acétique qui baigne la totalité de l'œuvre.
Le jeu des acteurs est remarquable nous faisant vivre avec intensité les affres de l'intrigue.

LES INTERPRÈTES :
Placido Domingo incarne, ici, un nouveau rôle verdien, un des plus exigeants. En pleine maturité, avec une voix qui se joue de tous les pièges de la tessiture souvent stratosphérique réclamée par l'auteur, il impose un Stiffelio bouleversant naviguant entre, largeur d'esprit, doute, jalousie colère aveugle, désenchantement enfin tolérance. Il nous fait visiter toute la palette des Souffrances et des Joies que traverse la condition humaine.

Pour faire face à ce torrent de vie Lina son épouse doit être chantée par une artiste de caractère. En réalité, en écrivant ces lignes je prends conscience que le rôle de Lina pose un problème quasiment insoluble. Elle doit tout à la fois assumer la faute de son adultère, tout en revendiquant son innocence ! Quelle ambigüité ! Quelle pirouette psychologique ! Ce n'est pas tout à fait le cas de Sharon Sweet qui possède une belle voix, chante avec conviction sans pour autant gérer cette ambigüité.
Stankar ne pose pas ce genre de problème, il avance tel un monolithe aveugle vers la vengeance de son honneur. Vladimir Chernov interprète ce rôle, peu de nuances, une voix qui parfois tient difficilement la note, mais une certitude dans son approche qui impose son personnage.

L'orchestre et les chœurs du Met sont sous la baguette, au combien attentive, de son chef, James Levine. Son dynamisme légendaire convient merveilleusement à cette partition.
Un petit mot sur l'ouverture : bien curieuse partition aussi longue qu'un mouvement de symphonie et qui dans sa relative insouciance ne laisse en rien présager le drame qui va suivre.

Une réalisation, en DVD de très bonne qualité, image 4/3 bien contrastée, son 5/1 bien équilibré , qui rend pleinement justice à ce chef-d'œuvre de Verdi injustement ignoré.


Falstaff
Falstaff
DVD ~ James Levine
Prix : EUR 22,00

5.0 étoiles sur 5 UN FEU D’ARTIFICE, 26 mars 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Falstaff (DVD)
« Il n’y a qu’un seul moyen de terminer votre carrière, mieux encore qu’avec Otello, c’est de finir victorieusement avec Falstaff. Après avoir fait résonner tous les cris et toutes les lamentations du cœur humain, de finir par une immense explosion d’hilarité ! C’est de les ébahir. »
Cette lettre écrite par Boito, le 9 juillet 1989 résume merveilleusement l’œuvre de Verdi tout en ouvrant la porte à l’ultime chef-d’œuvre du Maître de Busseto.
« Amen, ainsi soit-il ! Faisons Falstaff » répond le musicien.
Ainsi Verdi termine son œuvre par un feu d’artifice, qui est aussi son bouquet final !

Si tous les opéras du maître sont des « opéras de chef », celui-ci l’est plus encore que les autres, car il nécessite le don d’harmoniser de manière optimale le vif argent du chant, sa fluidité, avec l’extraordinaire liberté d’orchestration de la partition.

Après la maladie qui l’a éloigné pendant quelques temps des pupitres c’est un vrai bonheur de retrouver James Levine à la tête du Met dans une œuvre qu’il affectionne particulièrement l’ayant déjà interprétée en 1992.
Il n’a rien perdu de sa fougue et son orchestre qui le suit aveuglément rend justice à cette partition inépuisable. Face aux luxuriances qu’héberge cette œuvre, l’orchestre caresse, éclate, scintille. Il nous emporte dans ce flot ininterrompu de sensualité de la première note jusqu’à la gloire de la fugue finale !

LA MISE EN SCÈNE :
Robert Carsen nous concocte une scénographie classique, qui suit l’intrigue avec lucidité, rendant pleinement justice au merveilleux livret de Boito. Il s’appuie sur des décors simples mais efficaces, des costumes sobres (sauf évidemment ceux de Sir John), privilégiant un jeu d’acteur parfaitement réglé. Les scènes se suivent nous emportant dans un tourbillon incessant où nous rencontrons : joie, humour, truculence, une once de tragédie pour terminer par un immense éclat de rire.

LES INTERPRÈTES :
Nous avons déjà évoqué tout le plaisir ressenti à l’écoute de l’interprétation de James Levine. Je crois qu’il côtoie légitimement les prestations mémorables de Toscanini, De Sabata, Karajan 1956, qui étaient en CD et dont les enregistrements datent malheureusement.

L’ensemble de la distribution est remarquable, comme souvent au Met.

Il est difficile d’analyser séparément « les joyeuses commères de Windsor » tant leur complicité, dans cette course folle est palpable sur scène. Dans le tourbillon qui les embarquent, un point est essentiel c’est la clarté de l’émission vocale pour que chaque phrase, chaque situation garde tout son sens.
Nous pouvons toutefois avancer que dans ce trio plein de vie et de goguenardise, Alice, incarnée par Angela Meade, est la meneuse de jeu.
C’est une véritable joie de la voir feindre l’émotion pâmée à la lecture de la lette de Sir John, la séduction affectée lors de son entrevue avec Falstaff, enfin c’est elle qui au 3ème acte descend dans les profondeurs de son spectre vocal pour apeurer le pauvre Sir John pendant la scène nocturne.

« Elle doit avoir le diable au corps » voilà ce qu’écrivait Verdi concernant le rôle de Mistress Quickly. C’est ce que nous ressentons à l’écoute de Stephanie Blythe qui allie finesse et rouerie, tout particulièrement, lors de son entrevue avec Falstaff. Il faut entendre toute la moquerie qu’elle insuffle dans « Votre Honneur » lorsqu’elle salue « le Seigneur » de ces lieux.

Entendre Alice et Mistress Quickly traiter Sir John de « grosse baudruche », « de baleine » ne manque pas de piquant étant donné l’embonpoint qui flatte leurs silhouettes. Mais nous sommes au théâtre où heureusement l’on peut se permettre quelques anachronismes …surtout si le talent est au rendez-vous !
Meg Page qui possède un rôle moins caractérisé est jouée par Jennifer Johnson Cano. Elle se glisse dans le trio des Commères avec une grande intelligence.

Ford est coincé dans son rôle de mari jaloux. Il est interprété par Franco Vassallo. Tel Buster Keaton, c’est l’Homme qui ne sourit jamais. Au 2ème acte, sa confrontation avec Falstaff est un grand moment de théâtre. Son déguisement en cow-boy texan accentue encore son étroitesse d’esprit d’où tout humour est totalement banni. Une belle voix de baryton qui donne à son solo vengeur toute la noirceur bêtifiante voulue par Verdi.

Il est délicat d’évoquer Fenton sans parler de Nannetta. Dans la fraicheur qui les distingue, ils sont le contrepied du conflit tortueux des adultes.
Fenton est chanté par Paolo Fanale, sa voix de ténor aux riches nuances distille avec fraicheur sa complainte amoureuse : « dal labbro il canto… »
Nannetta est incarnée par Lisette Oropesa. Déguisée en reine des Fées, elle va nous plonger dans le monde du rêve. Elle entonne de sa voix pure un chant féerique : «Su fil d’un soffio etesio ». Un joyau de l’opéra, une plage de magie où l’orchestre devient dentelle où l’émerveillement nous étreint !

Falstaff, cette figure surhumaine « du chevalier gras » est incarnée par Ambrogio Maestri.
Ce chanteur au physique et à la voix hors normes a endossé la peau de Falstaff. Nous le retrouvons dans toutes les distributions récentes. Imaginez qu’il a fêté au Met sa 200ème représentation, dans ce même rôle !
Cet Acteur/Chanteur est une force de la nature qui balaie tout sur son passage, distribuant au gré de la partition, avec un plaisir presque jouissif, le rire, la colère, la fanfaronnade, les clins d’œil appuyés, les roucoulades, la peur, enfin la tolérance.
Il incarne l’élégance d’un grand Chevalier débauché ! Sa voix ample et merveilleusement maîtrisée peut tout se permettre, toujours guidée par l’exigence de l’intrigue.
Certes il y eu de grands Falstaff avant lui : Taddei, Gobbi, Fischer-Dieskau, Bruson, pour ne citer que les plus grands. Ambrogio Maestri vient dignement prendre place à leurs côtés.

L’opéra du duo Boito, Verdi délivre un message qui se termine par cette phrase sans appel lancée par Falstaff : « le monde est une farce » qui accompagne la glorieuse fugue finale.

Une représentation exceptionnelle, d’une œuvre exceptionnelle servie par un Blue Ray de qualité irréprochable (son et images).
A thésauriser précieusement pour profiter de cette leçon de Vie.


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