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Contenu rédigé par Pascal Kneuss
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Commentaires écrits par
Pascal Kneuss "Paco" (Fribourg, Suisse)

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Une putain d'histoire
Une putain d'histoire
par Bernard Minier
Edition : Broché
Prix : EUR 21,90

14 internautes sur 19 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Puissante maîtrise!!, 30 avril 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Une putain d'histoire (Broché)
Il y a quelques thrillers qui m'ont marqué au fer rouge, celui-ci en fait partie, c'est indéniable. C'est certainement le roman le plus abouti de cet auteur.

Henry Dean Walker, 16 ans, a une putain d'histoire à nous raconter, comme il le dit si bien, comme il le dit également à la personne qui est assise en face de lui. Il précise tout de même qu'il ne nous blâmera pas si on ne le croyait pas...

Il va nous la narrer, cette histoire, comme si c'était nous, finalement, qui étions assis en face de lui. Je dois admettre que ce jeune homme - manié par l'auteur - nous la raconte d'une putain de manière, son histoire. C'est fluide, captivant, l'encre se déverse et coule en ne rencontrant aucune aspérité. On tourne les pages sans même y réfléchir, comme si des rafales de vent nous aidaient à effectuer cette tâche. Et des rafales, il va sérieusement y en avoir.

Dès les premières pages, nous remarquons, comme pour les précédents romans de Bernard Minier, que la nature, l'atmosphère et les paysages vont jouer un rôle important. Le décor va devenir un personnage à part entière, et pas des moindres.

Nous sommes dans l'Etat de Washington, au nord-ouest des Etats-Unis, à la frontière canadienne. La mer, la houle, le froid, la brume et la pluie seront des éléments omniprésents. La partie va être sombre, continuellement, à la limite de saper le moral, le soleil ne semblant pas être l'astre le plus représentatif dans cette région. L'ambiance de ce huis-clos est mise en place, bien en place, verrouillée et approuvée par l'auteur.

Bernard Minier a laissé tomber l'Hexagone le temps d'un roman pour nous emmener aux Etats-Unis. Après la lecture de ce thriller, qui ne présente aucun temps mort, oui je dis bien aucun temps mort - 525 pages! - je comprends mieux le choix de l'auteur: c'est bien là-bas que cela devait se passer.

Le jeune Henry vit sur une île, - Glass Island -, depuis l'âge de 9 ans, au nord de Seattle. Glass Island est une île difficile d'accès, principalement composée de forêts, assez vallonnée, qui plonge dans un grand calme lorsque les derniers touristes prennent le ferry pour retourner sur le continent.

Ce jeune homme vit avec ses deux mamans adoptives, l'une étant sourde-muette, les deux étant très protectrices. A ce stade, nous commençons à percevoir un sérieux noeud dans la vie d'Henry. L'auteur y va gentiment, petit à petit, mais on devine clairement l'angoisse et la paranoïa qui tournent autour de l'ado, comme des vautours affamés, sans pour autant qu'il en soit conscient.

Nous rencontrons aussi Charly, le meilleur ami d'Henry, un peu obsédé sur les bords, clairement puceau, peu sûr de lui avec les filles, mais un sacré fidèle compagnon.

Il n'y a pas que Charly qui gravite autour d'Henry, nous découvrons aussi d'autres ados, filles et garçons natifs de l'île, qui ont décidé de l'accepter dans leur "royaume", créant un puissant pacte d'amitié. Et oui, lorsqu'on est adolescents et qu'on vit sur une petite île dans le nord, sous une pluie diluvienne quasi constante avec le tonnerre comme bruit de fond, on se serre les coudes et on veille les uns sur les autres.

Le rythme est d'abord stable, une tension toujours active; on écoute encore Henry qui nous explique avoir eu une violente dispute avec sa copine sur le ferry.

Puis le rythme augmente, à l'image des battements de coeur du jeune homme. Cette fois nous avons enfin la preuve que ça ne tourne pas rond sur cette île. Une jeune fille sera retrouvée sur une plage, morte, sauvagement assassinée. Henry, par diverses circonstances, va être, malgré lui, un suspect potentiel. La jeune fille assassinée est sa petite-amie.

Bernard Minier sème le doute à chaque page tournée. Les personnages, taillés à la serpe, n'y sont pas pour rien. L'ambiance joue un grand rôle dans tout cela, une atmosphère qui dérange dans cette île pas trop accueillante, dans cet univers clos. L'auteur fait couler beaucoup d'encre, mais aussi énormément d'eau. Il faut dire qu'au bout d'un moment cela a tendance à avoir une influence sur nous. J'imagine alors ce que cela peut être pour les personnages qui subissent cette colère météorologique quasi quotidiennement. La pluie et la pénombre comme toile de fond permanente, ça doit peser la moindre.

Pas mal d'éléments viennent se greffer autour d'Henry. Nous n'en savons jamais assez pour nous faire notre propre scénario, mais suffisamment pour en comprendre l'enjeu. Quoique... C'est du moins ce que nous pensons durant la lecture. Le personnage d'Henry est trouble: un ado qui aime le contact, être avec ses amis, intelligent, mais un ado tout de même très contrasté. Quelques points laissés par l'auteur, en rapport avec l'environnement et les goûts de ce jeune homme, nous permettent de nous faire une petite opinion. Pas grand-chose mais, en ce qui me concerne, j'ai réussi à cerner le personnage petit à petit. (Sans pour autant en être sûr, évidemment).

L'auteur s'est donné de la peine pour construire une ambiance calculée à la virgule près, mais aussi pour ses personnages. Chaque protagoniste est fouillé, détaillé, surtout au niveau du ressenti. Pas facile à réaliser et, pourtant, cet état de fait est une belle réussite. Je pense ici à ces ados qui gravitent autour d'Henry. L'adolescence est un point important dans ce roman.

Au fil des pages, l'auteur nous donne toujours un peu plus d'éléments, au compte-gouttes, pour nous permettre d'avancer, sans pour autant vraiment nous guider concrètement. Il nous oblige tout au plus à nous poser davantage de questions, mais nous permet aussi de faire quelques liens. Néanmoins, ceux-ci ne sont pas si évidents à réaliser car la vérité se trouve dans le passé qui, vous verrez, est relativement complexe.

Nous comprenons que quelque chose de "gros" se passe, ou plutôt s'est passé un jour. Les personnages impliqués semblent vouloir verrouiller un événement par tous les moyens. Ou est-ce autre chose?

Concernant Henry, son combat consistera à tenter de se disculper. Les réseaux sociaux créeront rapidement un raz-de-marée - normal avec cette météo! -; condamné avant d'être jugé, cela devient un sport national. Maudit Facebook. Nous sommes en pleine réalité à ce niveau-là.

Dans le cadre de cette intrigue, l'auteur met en place un autre aspect qui est très tendance actuellement. La surveillance par l'informatique, la surveillance pour tout savoir sur tout, sur tout le monde, pour être très proche de monsieur et madame "tout le monde", mais aussi proche de personnages publics, histoire d'être dans la confidence intime, très intime, et ainsi faire chanter la planète entière qui devient à la merci du détenteur de ces informations! Tout le monde a ses petits secrets, certains avouables, d'autres non, mais tous puissamment gênants. Pas vous? Mais si...

Dans ce roman, Bernard Minier va utiliser ce thème bien actuel, sous plusieurs formes, et il le fera plutôt bien. Ce qui va être intéressant à notre niveau, c'est que nous n'allons pas vraiment laisser notre confiance traîner dans les recoins de cette île, respectivement de cette histoire. De toute manière, des recoins qui nous permettraient de nous cacher et souffler un peu, il n'y en a plus depuis longtemps. L'auteur supprime tous les couverts: dites bonjour à Big Brother! Et souriez, c'est plus poli, vous êtes certainement surveillés...

Bref, ce que nous allons apprendre, c'est qu'un père cherche son fils depuis des années, par tous les moyens, c'est le moins que je puisse dire.

Et puis il y a le dénouement. Que dire? Je crois que je ne dirai rien, à part peut-être le fait que tout est remis en question, histoire de bien nous déstabiliser. Moralement, c'est d'une violence inouïe. Psychiquement, c'est également d'une violence indescriptible.

Bonne lecture. Et méfiez-vous: si vous avez des petits secrets que vous voulez continuer à garder pour vous, soyez discrets. Mais je crois bien que ce n'est tout simplement pas possible...

Issu de mon blog "Passion-romans"


Les Neuf Cercles
Les Neuf Cercles
par R. J. ELLORY
Edition : Broché
Prix : EUR 22,00

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 La mort et la douleur comme unique compagnie le temps d'un récit, 22 avril 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les Neuf Cercles (Broché)
Une ambiance lourde, froide et humide nous accueille dès les premières pages. On débarque dans ce roman la tête baissée, les yeux regardant le sol, la terre, la vase. Il y en a pour tous nos sens; l'air est fétide, nauséabond; ça craint, ça pue la mort.

R.J. Ellory plante un décor, une atmosphère, ceci avant toute chose.

Nous sommes en juillet 1974. John Gaines, vétéran de la guerre du Vietnam, est shérif d'une petite ville dans le comté de Breed, dans le Mississippi. Le genre de ville qui ne bouge pas, qui stagne, dans laquelle tout semble figé depuis de nombreuses années. Il faut dire qu'il ne s'y passe pas grand-chose, habituellement.

Avec son adjoint, Richard Hagen, il découvre le corps d'une adolescente au bord d'une étendue d'eau, dans la vase, dans un cercueil naturel constitué de terre, d'eau et de boue. Le corps aurait stagné à cet endroit durant plus de 20 ans. Son torse semble avoir été ouvert, avant d'être refermé à la va-vite. L'autopsie nous révélera ce qu'il s'est produit, à l'époque, entre ces deux étapes, respectivement ce que nous allons découvrir à l'intérieur de ce cadavre.

Le shérif Gaines, quelque peu démuni face à ce vieil homicide, nous expliquera ce début d'enquête, mais surtout il nous parlera de la guerre du Vietnam, car on n'oublie pas cet enfer; ou plutôt, cette guerre ne vous oublie plus. On n'en ressort pas indemne, pas vraiment d'exception.

Il nous parle de la guerre comme si elle était encore là, mais c'est en lui qu'elle vit encore, inlassablement. Les quelques corps qu'il découvre dans le cadre de son job - très peu heureusement -, n'aident pas à oublier. La guerre sera omniprésente dans ce récit noir, maintenue en vie par la mémoire de ce personnage, par son âme détruite et brisée.

"Plus que toute autre chose, John Gaines était l'homme qu'il était devenu au Viêtnam. C'était un homme de la guerre. Une guerre sombre, impitoyable, implacable, qui prenait tout ce qu'il y avait de bon en vous et le remplaçait par du néant."

Les lésions dues à la guerre; cet élément sera le fer de lance dans ce récit. L'auteur semble vouloir essayer de comprendre d'où vient le mal qui est en nous, comment il nait et surtout ce qu'on en fait. La mort semble également le fasciner, dans le sens où il essayerait peut-être de la comprendre, voire de l'apprivoiser. Par ce récit, R.J. Ellory nous confronte à la mort en la tournant dans tous les sens, en nous plaçant face à diverses situations bien distinctes, mais qui s'orientent toutes vers la même direction, la douleur, la peur, l'angoisse et le vide.

Etre vivants, pour certains, c'est peut-être pire que d'être morts. Tout devient relatif. Survivre à une guerre, par exemple, est-ce vraiment une chance dans la vie? Pour le shérif Gaines, cela restera un cadeau empoisonné. L'envie de vivre pleinement, intensément, n'est tout simplement pas concevable pour cet homme: sentiment de culpabilité total, même si cet état d'esprit n'aurait vraiment pas lieu d'être. Et pourtant.

Bref... Qu'est-il arrivé à cette jeune fille vingt ans auparavant? Une grande amitié entre adolescents, quelques amourettes, quelques balades, pique-niques au bord de la rivière, la belle vie, l'insouciance, puis soudain ça arrive.

L'enquête va s'avérer difficile, lourde et particulière pour le shérif Gaines; faire parler le temps, toute une histoire. Vingt ans ont passé entre la disparition de la petite et la découverte de son corps. Gaines est plutôt habitué à enfermer des poivrots quelques heures, ou encore gérer de petits conflits de voisinage, mais ici, il devra faire preuve d'esprit d'initiative et de beaucoup de persévérance. La rage qu'il a en lui et qu'il va déployer afin de rendre justice à une victime va carrément lui donner des ailes. Pour lui, la justice doit être rendue, il n'y a pas d'autre option possible.

L'enquête conduira à un suspect, un rescapé de la seconde guerre mondiale, encore un. Un homme qui vit également comme une ombre, dans le souvenir de la mort. Un vice de procédure reconduira cet homme vers la liberté, ou peut-être à nouveau vers l'enfer.

A partir de ce moment-là, Gaines va devoir s'attaquer à bien plus fort que lui: une puissante et influente famille de la région.

R.J. Ellory met en scène la tristesse, le désespoir, la souffrance et la mort. Ces sentiments prennent la place d'un personnage à part entière. Le récit ne nous donne pas beaucoup d'espoir; ce n'est pas avec un grand optimisme que nous tournons ces lourdes pages.

L'auteur, pour noircir encore un peu plus le tableau, nous expliquera aussi comment les Noirs étaient traités dans les années 1970, dans ces Etats bien retirés, peuplés de personnes maniant l'art de la ségrégation autant bien que le fouet. L'Enfer n'est pas si loin pour certains. Et encore, avant d'aller en Enfer, nous sommes censés être jugés. Mais pas ici.

Et lorsque nous arrivons au terme de ce récit, au dénouement, on s'aperçoit que les secrets de famille sont parfois terriblement malsains. On s'aperçoit aussi que certaines personnes sont complétement hors des réalités de la vie, dotées d'un cerveau stérile, profondément égoïstes et sans âme. Sauver et préserver l'honneur de son Nom devient plus fort que tout.

Bonne lecture.

Issu de mon blog: passion-romans


Trait bleu
Trait bleu
par Jacques Bablon
Edition : Poche
Prix : EUR 17,00

1 internaute sur 2 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Noir, très noir!, 4 avril 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Trait bleu (Poche)
Magnifique couverture...

L'histoire nous est racontée par le personnage principal, que je ne nommerai pas, car je ne sais pas comment il s'appelle. Pourquoi pas. Ne pas le savoir donne une dimension intéressante et, surtout, je me rends compte que de le savoir ne rapporterait rien de plus.

Par contre, ce que l'on sait, ou que l'on croit savoir, c'est qu'il a tué un homme, un jour, - coup de poignard -. Cela nous le savons, il ne le nie même pas, par contre il ne nous dira pas pourquoi.

Le corps a été retrouvé dans un étang asséché, pas de bol.

Notre personnage se retrouve derrière les barreaux, pour vingt ans. Et là, il nous raconte tout, ou presque: ses visites, ses pensées, ses em****, ses magouilles aussi pour manipuler le psy de la prison. A ce stade, je dois déjà admettre que l'auteur maîtrise les mots et le rythme, c'est certain. Le constat est assez clair, Jacques Bablon sait raconter une histoire, une "putain" d'histoire qui est écrite sur des pages très sombres et froissées par la rage.

Puis c'est rapidement la liberté; rebondissement dans l'enquête, on va dire cela comme ça. La liberté oui, mais pas dans l'âme. Ce qu'il va apprendre par son avocat va l'enfermer à nouveau, mais dans sa propre tourmente cette fois-ci. Culpabilité.

Le problème? Et bien le problème c'est qu'il va y en avoir plein d'autres pour notre mec sans nom. Et pas des moindres. S'enfoncer et patauger dans la m****, c'est tout un art!

L'auteur nous brosse le portrait d'un homme haineux, colérique, qui garde une grande souffrance au fond de lui. Un type perdu, pas franchement intelligent, qui n'a pas tout reçu à la naissance, au départ d'une vie plutôt m****. Pas intelligent, c'est vrai, mais capable de faire de bonnes réflexions plutôt pertinentes.

Cela se lit vite, l'écriture est brute de décoffrage, froide, vulgaire et sans chichi; l'aspect vulgaire étant évidemment attribué au personnage. Jacques Bablon va à l'essentiel, tout comme le héros du livre. Nous observons ses journées qui se suivent et qui ne se ressemblent pas; ça s'enchaîne et ça file. Les em****, les amours, les amis et les coups dans la tronche, on les vit avec le personnage et on esquive comme on peut.

La morale, on l'oublie le temps d'un bouquin. Notre personnage sans nom n'a pas le temps et les moyens de se pencher sur cet aspect-là. Niveau contact humain c'est très spécial aussi, nous en aurons l'exemple sur le plan familial. Et quel exemple!

Quelques révélations plus loin, notre vision de l'intrigue change mais le ton reste le même. Cela s'enchaîne tel un kaléidoscope qui s'emballe et qui part dans tous les sens. Les images éclatent...

Le rythme, les mots et la noirceur, c'est ce que je retiendrai de ce roman. Quelques passages d'une violence assez extrême. Il faut bien l'admettre: nous sommes témoins de gestes qui pourraient en troubler plus d'un.

Pas vraiment d'intrigue à démêler, ce n'est pas le but ici, pas vraiment de rebondissements qui nous éclatent au visage, mais plutôt des scènes qui détonnent devant nous et qui se brisent. Ce qui est appréciable dans ce roman, c'est l'épatant exercice de style et personnages qui évoluent autour de notre héros sans nom. Finalement, il faut juste lire, tourner les pages et se laisser emporter dans ces grands espaces!

Bonne lecture.
source: mon blog "Mon univers du polar, du roman noir et du thriller"


Innocenti
Innocenti
Prix : EUR 8,10

2 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Histoire à grande vitesse!, 3 avril 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Innocenti (Format Kindle)
En 2011, Eric Descamps sortait son premier roman, "Alvéoles" - chronique -, un thriller qui avait suscité toute mon attention lorsque j'avais parcouru sa trame démoniaque. L'avis que j'avais donné à l'époque concernant ce premier livre était assez explicite, mais je profite de cette chronique pour affirmer encore une fois que j'avais bien été bluffé par la rapidité et surtout le rythme de cette histoire. Point fort.

Il s'agissait d'un techno-thriller dont j'avais failli manqué le départ, le démarrage étant plutôt rapide! Après m'être accroché in extremis au dernier wagon, je n'ai plus quitté le convoi; la preuve, j'ai embarqué pour un second voyage, une nouvelle expédition qui porte le nom de "Innocenti".

Je ne vais pas tout vous raconter ici, ce n'est pas le but, mais plutôt vous expliquer ce que j'en ai retiré, ce que j'ai apprécié, ce que j'ai ressenti aussi. Dans un contexte général, je peux affirmer que ce nouveau voyage a clairement respecté les points qui correspondent à mes attentes. Oui, car lorsque nous plongeons dans le second bouquin d'un auteur qui vous a déjà conquis la première fois, les attentes sont bien là. Ne pas se reposer sur ses lauriers...

Dans ce thriller, j'ai retrouvé les qualités que j'avais relevées dans "Alvéoles", soit un rythme soutenu - obligatoire pour moi! -, une intro rapide qui nous pousse violemment dans le dos, en nous faisant en plus un méchant croche-pied pour bien nous faire trébucher, la tête la première, dans l'histoire. J'ai remarqué que l'auteur avait conservé son style d'écriture, utilisant une plume apparemment équipée d'un turbo, pratique! Mais, surtout, j'ai aussi pu constater qu'Eric Descamps avait pris une certaine assurance, acquis de l'expérience, ce qui permet au récit d'être plus complexe, cadré et peut-être même plus subtil.

Et bien sûr, comme dans son premier roman, nous avons droit à un véritable "page turner"; que demander de plus!

Nous sommes vite dans le vif du sujet, avec des événements qui ne manquent pas de nous surprendre. De quoi parle-t-on? De femmes enceintes qui tombent comme des mouches dans la rue, lors de manifestations, mourant subitement d'une hémorragie interne.

Le décor est vite planté pour moi; une énorme machination, des flics tendus comme des strings et un jeune homme, consultant informatique, qui va jouer un rôle clé, impliqué malgré lui jusqu'au cou. Un vrai malade mental semble vouloir arriver à ses fins; à ce stade on se demande évidemment qui? Ou encore pourquoi? Mais aussi comment!

Sympathique entrée en matière dans l'univers de la police, par la présence de Vincent, ce consultant informatique qui se présente assez rapidement au lecteur comme étant un type brillant, mais tout de même un peu "Je m'en fout un peu de tout". Son histoire personnelle qui nous est rapidement relatée permet de nous donner un cadre assez précis concernant ce personnage. L'avantage? Il nous est rapidement sympathique, du moins on se sent impliqués vis à vis de cet homme.

Une tension assez particulière nous tourne autours, les choses ne sont pas claires, on se pose pas mal de questions. J'admets que j'adore cet aspect-là du roman! La relation entre ce jeune homme et les membres de la police demeure assez ambiguë, nous comprendrons assez vite pourquoi. Tous les personnages mis en scène par l'auteur restent pour nous assez troublants, suffisamment pour nous faire douter sans arrêt. Bon point.

Le personnage de Vincent, ce consultant informatique, évolue bien, et vite. Nous apprendrons évidemment au cours du roman pourquoi il sera amené à s'adapter constamment face aux événements qui lui claquent dans la figure. A ce sujet, nous arrivons dans un contexte que j'adore, soit prouver son innocence en toute discrétion en faisant fonctionner ses méninges, puis sauver sa peau, et accessoirement découvrir la vérité!

En qualité de lecteurs méfiants, nous n'arrivons plus à faire confiance à qui que ce soit; mais en même temps, on compatit et on aimerait savoir ce qui se trame réellement, et au plus vite. Bon point.

La complexité de cette histoire devient fascinante. Des liens se créent, mais des liens assez fragiles car nous sommes tout de même un peu perdus. J'ai parlé avant de l'expérience que l'auteur avait acquise; nous nous en rendons justement compte ici. Nous sommes perdus, c'est vrai, mais l'auteur, lui, sait exactement où il va - il jalonne! - et, du coup, il nous guide avec une extrême discrétion. Résultat: nous ne sommes pas perdus, nous sommes juste désemparés et désorientés. Ca énerve, mais le challenge est bien là; lecteur, débrouille-toi pour comprendre dès que tu le pourras!

Cela tombe plutôt bien, j'adore les défis. Est-ce que j'ai pu relever celui-ci et ainsi déjouer les plans de l'auteur? Je ne vous le dirai pas!

Le volet informatique de cette enquête me passionne. J'adore cette sensation d'avancer peu à peu, totalement dépendant de la technologie, au gré d'une machine qui nous dévoile toujours un peu plus sur les faits. Je me suis franchement demandé où cela pouvait bien nous conduire. La réponse viendra aussi petit à petit, forcément, et nous conduira vers une direction un peu particulière. Concernant ce gros volet technologique, je peux constater qu'Eric Descamps n'est pas en reste. Déjà dans "Alvéoles" il nous avait prouvé que ce domaine n'avait pas de grands secrets pour lui. J'irais encore plus loin, cela doit même le passionner et ceci se ressent dans le récit, bien évidemment.

Cette partie technologique du roman a trait à la surveillance de personnes, c'est assez palpitant. A se demander où sont les limites. Bien évidemment, lorsqu'on parle de surveillance de personnes, on fait carrément le lien avec une certaine série télévisée, que j'adore, je l'avoue! Je ne vous dirai pas laquelle, peut-être alors juste un indice:

"On vous surveille. Le gouvernement possède un dispositif secret, une machine. elle vous espionne jours et nuits, sans relâche. Je le sais, parce que c'est moi qui l'ai créée. Je l'avais conçue pour prévenir des actes de terrorisme, mais la Machine voit tout... .... mais victime ou criminel, si votre numéro apparaît, nous vous trouverons."

Le lien avec la série s'arrête là. Je ne veux pas que vous croyez que cette série américaine s'est inspirée du roman d'Eric Descamps! Ou alors peut-être que si... ? ;-)

Le dénouement est subtil et diabolique. Quelle folie! Ce défi que je m'étais lancé - bon ok, le défi que l'auteur m'avait lancé! - de résoudre cette intrigue, est tombé à l'eau, et bien profond. Bien que l'auteur m'ait mené en bateau tout au long de ce récit, je n'ai pas réussi à atteindre l'autre rive. Je n'ai pas su voir venir, et c'est peut-être aussi bien comme ça.

Je vous donne peut-être quelques indications pour pouvoir dénouer cette intrigue mieux que moi (bonne chance); la folie de l'homme est sans limite, ses traumatismes sont indestructibles et immuables, notre corps ou notre esprit n'oublient jamais rien. Pour arriver à ses fins, un être est sans doute prêt à dépasser toutes les limites, surtout s'il n'est probablement pas conscient de ce qu'il est en train de faire.

Voltaire a déclaré un jour:

« Le fanatisme est à la superstition ce que le transport est à la fièvre, ce que la rage est à la colère. Celui qui a des extases, des visions, qui prend des songes pour des réalités, et ses imaginations pour des prophéties, est un enthousiaste; celui qui soutient sa folie par le meurtre, est un fanatique. »

Bonne lecture.

Source: mon blog "passion-romans"


Hyenae
Hyenae
par Gilles Vincent
Edition : Broché
Prix : EUR 18,50

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Comment flirter avec les limites de l'insoutenable!, 15 mars 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Hyenae (Broché)
L'auteur de ce polar m'avait mis en garde avant que je débute son bouquin, en me déclarant: "Attention, vous n'en sortirez pas indemne". J'ai ris intérieurement, secoué un peu la tête et j'ai murmuré, un peu pour moi-même: "C'est ça, cause toujours...".

"Vous n'en sortirez pas indemne".

Franchement, je ris déjà nettement moins, je secoue toujours autant la tête et je crie cette fois-ci haut et fort: "M****, il avait raison bon sang!".

Nous sommes à Marseille, pas dans les plus beaux quartiers, loin de là, et nous arpentons les escaliers d'une tour d'habitation, en compagnie de la commissaire Aïcha Sadia et de son équipe. Le but de la manoeuvre: obtenir des informations sur l'enlèvement d'une fillette, quatre ans auparavant. La petite n'a jamais été retrouvée; aucune nouvelle depuis.

Les flics sont tendus; une vidéo retrouvée par un petit branleur lors d'un cambriolage va donner une forte impulsion à l'enquête sur ce fait divers tragique et incompréhensible. Une vidéo qui fait froid dans le dos, une vidéo qui donne envie de gerber et qui réveille en nous un puissant sentiment de haine; c'est du moins mon cas, et certainement aussi celui des flics.

Deux personnes vont jouer un rôle clé dans cette affaire, deux personnes dont les actions noircissent les pages des polars de Gilles Vincent depuis quelques années déjà: la sulfureuse Aïcha Sadia, une femme au caractère bien trempé, qui ne lâche plus son os lorsqu'il se retrouve dans sa gueule, une flic de choc dont l'autorité naturelle a largement fait ses preuves. Mais c'est aussi une femme fragile.

La seconde personne dont je fais mention est l'ex-détective Sébastien Touraine, ex-flic des stups, un homme au bout du rouleau, un mec qui n'en peut plus, qui garde un lourd fardeau sur ses épaules, sans jamais pouvoir le déposer. Sébastien Touraine est en survie depuis quatre ans, depuis qu'il enquête sur la petite fillette disparue, cette petite fille qui s'est retrouvée dans un fourgon blanc; puis plus rien.

L'affaire semble être bien plus complexe qu'elle n'en a l'air; et les petites victimes peut-être bien plus nombreuses qu'il n'y paraît. Nous en aurons la preuve assez rapidement.

Aïcha Sadia et Sébastien Touraine, c'est une belle histoire de passé, mais également une terrible histoire à venir. Touraine s'est isolé depuis quatre ans, n'a plus donné signe de vie mais s'est accroché à son enquête sur l'enlèvement comme à un dernier appui avant de dégringoler définitivement dans le vide. Cet homme a tout planté car il n'avait plus le choix.

La commissaire et l'ancien détective - à présent libraire - vont être amenés à se revoir pour affronter ensemble l'horreur à l'état brut, pour combattre le mal absolu, main dans la main.

Nous apprendrons que l'homme qui est responsable de ces enlèvements est un bourreau en puissance, jusqu'au plus profond de ses tripes bien pourries. Pour la police, c'est l'heure de l'ouverture de la chasse: tous les coups seront permis, respectivement ils auront l'avantage d'être proportionnés au danger. Celui-ci demeurera d'une perversité sans nom; donner un nom à celui qui crée une telle menace serait un véritable sacrilège.

Quoique, dans son milieu, il paraît qu'on l'appelle la hyène. Charmant.

Gilles Vincent nous brosse le portrait d'un Marseille peu reluisant; ceci en quelques phrases, en quelques situations de la vie de tous les jours, une vie sans espoir pour certains. L'ambiance est sombre, tendue, le peu de lumière que nous percevons nous éclaire des visages inquiets, tourmentés et angoissés.

Nous plongerons - très bas - dans l'univers du très hard, dans un milieu où s'organise l'élaboration d'une marchandise très prisée par certaines personnes, qui se vend à prix d'or, sur la base de scènes d'une perversité et d'une déviance absolues. Notre haine déborde et se déverse tout autour de nous.

L'auteur nous enfonce la tête dans cet univers malsain sans aucune retenue, sans aucune censure; aucun garde-fou n'est installé pour nous permettre de nous retenir et souffler un moment. La souffrance est relatée à son état brut, froidement, et cette souffrance nous l'emmagasinons, nous l'accumulons jusqu'à son paroxysme. Être témoins d'actes inhumains perpétrés sur des enfants engendre une haine viscérale.

Les personnages mis en scène par Gilles Vincent sont d'une magnifique épaisseur, dotés d'une puissante aura. Je pense par exemple à Sébastien Touraine, un personnage qui laisse des traces - des sillons! - sur les pages que nous tournons. Dans cette aventure qui va terriblement le malmener, Touraine endossera le rôle du gibier, mais un gibier qui ne va pas se laisser pister aussi facilement, qui va même se mettre en position de chasse. Pour arriver à ses fins, il devra se soumettre à un examen difficile: fouiller dans les tréfonds de sa mémoire.

Aïcha Sadia ne sera pas en reste en ce qui concerne l'aspect charismatique des personnages. Cette femme va nous en mettre plein la vue, ses méthodes que je qualifierais de barbares seront juste ce qu'il faut pour anéantir un tel danger. Une question de dosage...

Ce qu'il faut également retenir dans cette histoire, c'est qu'on ne devient pas ce que l'on est sans raison; il y a parfois des actes commis qui nous détruisent à jamais. Alors, soit on se terre et on encaisse comme on peut, ou alors on agit. Et là, les dégâts - surtout collatéraux - surviennent un "beau" jour, parfois bien longtemps après. Mais, bien évidemment, notre base en est aussi pour quelque chose, c'est inéluctable. Les actes dont je parle sont peut-être juste la petite impulsion, ou alors, carrément, la bombe qui a fait sauter les barrières de notre raison.

Bref, dans cette histoire, un sadique psychotique joue avec les nerfs des membres de la police avec une certaine délectation; l'auteur de ce polar / thriller, présentant peut-être les mêmes symptômes (?), joue méchamment avec les nôtres.

Puis, bien évidemment, nous arrivons au dénouement. Le roman s'achève, et il en fait de même avec nous...

Et ensuite? Ensuite, c'est une autre histoire... Vous comprendrez!

Bonne lecture.

Source: mon blog "Passion-romans"
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La chasse au trésor
La chasse au trésor
par Andrea CAMILLERI
Edition : Broché
Prix : EUR 20,00

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Très bon cru de Camilleri!, 11 mars 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : La chasse au trésor (Broché)
Lorsque nous ouvrons un Camilleri, nous savons pertinemment que c'est toute l'Italie qui va nous exploser au visage; ses effluves d'aubergines grillées, de poissons fris ou encore de tanins bien puissants, émanant ici de cette petite ville de Vigata, bordant la Méditerranée, où déambulent ces Siciliens que nous croisons en tendant l'oreille afin de percevoir leur accent bien caractéristique.

Ma phrase est longue, je sais, je m'adapte au contexte et à la région!

Et cet accent, nous le percevons réellement en tournant les pages de ce livre, avec l'excellent travail du traducteur - Serge Quadruppani - qui s'efforce de retranscrire le texte de Camilleri au plus près de la réalité Dalla Sicilia. Épatant. Lire Camilleri, c'est partir en voyage et traverser toute l'Italie en quelques minutes afin de rejoindre cette île.

Parmi tous ces Siciliens, au détour d'une ruelle de Vigata, nous croiserons évidemment le commissaire Montalbano, personnage désormais incontournable des aventures d'Andrea Camilleri.

Un commissaire Montalbano qui vieillit, qui s'en rend compte et qui doute. Nous ne sommes pourtant pas dans le roman "L'âge du doute", mais je crois que ce sentiment persiste pour notre commissaire!

Le rideau s'ouvre également sur le fameux commissariat de Vigata, la scène principale d'une vaste pièce de théâtre où entrent en scène des personnages rocambolesques, hauts en couleurs, aux forts caractères; c'est l'Italie!

Mais tout d'abord, ce sont deux autres personnages que nous découvrons au début de l'histoire; Gregorio Palmisano et sa soeur Caterina, respectivement 70 et 68 ans, qui vivent ensemble, reclus dans un appartement rempli d'un impressionnant capharnaüm. Une seule et même passion: se rendre à l'église - les rares fois où ils sortent - et suivre la messe. De vraies grenouilles de bénitier qui, depuis quelques temps, ont l'air d'avoir "pété un câble". Ils deviennent carrément menaçants.

La police, sous les ordres de Montalbano, va intervenir et mettre la main sur cet étonnant duo qui se met subitement à tirer sur tout ce qui bouge. Lors de la perquisition, une poupée gonflable va être découverte dans le lit du vieux. La presse locale va en faire ses choux gras et par la même occasion un appel au scandale.

Montalbano, qui ressent de plus en plus le poids de son âge sur ses épaules - 57 ans -, va commencer à se poser de sérieuses questions lorsqu'un corps de femme sera retrouvé dans un container. Pourquoi tant de questions? Car il s'agira à nouveau d'une poupée gonflable, identique à celle retrouvée chez le vieil homme fou, usures comprises. Jusque-là, pourtant, pas vraiment de quoi s'inquiéter.

Parallèlement, Montalbano va être mis au défi par un étrange inconnu au moyen d'une sorte de chasse au trésor, sous forme d'énigmes, le faisant tourner en rond dans la ville et sa périphérie. Une vieille affaire, qui s'est déroulée bien avant qu'il soit en place comme flic dans la région, refait visiblement surface.

Cette chasse au trésor serait-elle plutôt un chemin à prendre pour la découverte d'une vérité? La vérité peut effectivement être considérée comme un trésor, pour certains...

Le calme qui régnait sur le commissariat de Vigata va s'arrêter net lorsque l'enlèvement inquiétant d'une jeune fille survint en pleine ville.

Camilleri nous emmènera jusqu'au dénouement avec une écriture légère, vive, donnant un résultat d'une belle finesse. Un dénouement lors duquel les éléments vont finir par tous s'imbriquer, avec une belle précision et une petite touche bien macabre.

C'est chaque fois un réel bonheur de retrouver l'ambiance Camilleri, soit de suivre une étonnante pièce de théâtre à ciel ouvert. Une pièce un peu absurde, un peu tragique et même comique. Scènes embarrassantes enchaînant sur scènes rocambolesques sur un fond d'une belle enquête de police; un vrai régal (comme les plats décrits tout au long du récit d'ailleurs).

Les confusions sont énormes, Montalbano en subira les conséquences et en ce qui nous concerne, nous allons d'une certaine manière aussi les subir, car on s'éclate! De tous ces personnages, je crois bien que je ne m'en lasserai jamais.

Buona Lettura! Je crois...
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Troisième Humanité de Bernard WERBER (2012)
Troisième Humanité de Bernard WERBER (2012)

4.0 étoiles sur 5 Fascinant!, 4 mars 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Troisième Humanité de Bernard WERBER (2012) (Broché)
L'introduction nous donne déjà un bel aperçu de ce qui nous attend dans ce roman, le 1er tome d'une trilogie dont le dénominateur commun est l'humanité. Une catastrophe naturelle, une réponse de la nature, très concrète; nous allons parler d'évolution. Thème fascinant; évoluer, peur de l'inconnu. Ne pas évoluer, stagner. Tout un programme.

Bernard Werber tisse son intrigue dans ce domaine complexe qui ne manque pas d'interrogations, englobé de zones d'ombres restant puissamment bien ancrées, encore à ce jour. Comment sommes-nous réellement arrivés là? Sommes-nous les premiers locataires humains de cette planète? Est-ce qu'il y en aura d'autres? Quelques réponses seront données par l'auteur, par ses propres pensées, bien entendu, ou plutôt par celles fournies par ses personnages.

Pourrions-nous avoir une certaine influence sur le futur et ainsi choisir une voie bien déterminée concernant l'évolution de notre propre espèce? Allez savoir. Ici, le monde scientifique et biologique se mélangera avec celui de la politique; ce dernier monde est représenté par un homme renvoyant une image très égoïste, opportuniste, tout en étant très impliqué par l'avenir. Pas uniquement le sien, - quoi que... - mais aussi celui de l'Homme, et à long terme. Ce personnage est le président français.

Quel est l'intérêt pour la sphère politique de s'intéresser au monde de la science? Peut-être pour pouvoir maîtriser, justement, l'orientation de notre évolution. A méditer...

Une forte pression sera omniprésente durant la lecture; quelques éléments nous conduiront peu à peu vers un probable drame à l'échelle planétaire. Une histoire de pouvoir - comme souvent! -, de religions - évidemment! -, de frustrations et de vengeances; les deux derniers termes étant le résultat évident des deux premiers. Non?

Nous serons toujours assez proches de l'Iran, par le biais des médias, un pays reposant sur de la nitroglycérine, un pays qui ne veut plus subir, surtout religieusement parlant. L'Iran est constitué de musulmans chiites, soit une minorité bien évidente face aux 90 % de musulmans sunnites qui l'entourent. La haute sphère religieuse, ainsi que le président de ce pays très instable, ne compteront pas en rester là.

Mais la réelle menace viendra peut-être d'ailleurs.

Tout débute en Antarctique, lors d'une expédition conduite par le professeur Charles Wells - le nom doit certainement vous dire quelque chose -, à la découverte du lac Vostok, un lac subglaciaire situé à presque 4000 mètres sous la glace. Dans un profond univers constitué de glace et de roche, ils vont faire une étonnante découverte susceptible de remettre en cause des théories scientifiquement bien solides, soit la source-même de notre humanité.

Une bonne baffe pour le monde scientifique.

Parallèlement à ce qui se trame tout au long du roman, nous avons la possibilité - la chance! - d'entendre, d'écouter et de prendre en considération les réactions concrètes d'une entité qui semble bien être notre planète en personne! Une planète qui s'interroge sur les agissements de l'homme, et ceci depuis bien longtemps. Une planète qui se défend, qui réagit comme elle peut, fragile et puissante à la fois. Des propos qui nous feront prendre une certaine conscience. Fascinant. Et cette Terre va "se mettre à table", si j'ose dire, et tout nous expliquer, depuis son commencement, jusqu'au nôtre.

Nous ferons la connaissance du fils de Charles Wells, David, qui est également chercheur, mais encore au stade d'étudiant. Ce jeune homme s'intéresse également au phénomène de l'évolution, plus spécifiquement en vouant un intérêt sur la taille de l'être. Il en fera une réelle recherche, aidé financièrement par l'Université de la Sorbonne, dans le cadre d'un concours basé sur le thème de l'évolution. C'est à cet endroit qu'il fera la connaissance d'Aurore Kammeler, une jeune étudiante issue d'une famille de scientifiques, chercheuse en biologie.

Charles Wells a découvert ce qu'il y avait avant; David Wells sera probablement impliqué avec ce qu'il y aura après. Avant et après quoi? Je ne vais tout de même pas tout vous dire.

Nous quitterons l'Europe en compagnie de David Wells pour gagner le continent africain et ainsi atterrir en RDC, où nous irons à la rencontre des Pygmées. Nous irons également faire un petit périple en Turquie, cette fois-ci en compagnie d'Aurore Kammeler, sur les traces des Amazones. Deux destinations pour comprendre un peu plus l'Homme.

Par ces deux personnages, ces deux voyages, nous allons apprendre beaucoup de choses venant de peuples en voie de disparition, des peuples qui s'adaptent sans doute un peu mieux que nous à leur environnement et qui peuvent dès lors nous en apprendre beaucoup sur l'art de vivre.

De retour en France, les deux jeunes chercheurs vont être approchés par une branche scientifique de l'Etat bien gardée secrète, pour une raison bien précise et bien curieuse. Ce qu'ils vont découvrir et comprendre dépassera largement, dans un premier temps, les limites de leur imagination de chercheurs. Ils contribueront ensuite à développer ce qu'ils viennent de découvrir, sous les ordres d'une femme atypique, charismatique, dont la lignée familiale a grandement souffert. Une femme qui voit peut-être les choses que les autres personnes ne veulent pas voir: un monde qui se casse la gueule. Quelles sont les solutions possibles?

Leur mission consistera à empêcher un événement de se produire, mais non sans risque. Ce qu'ils vont réussir à réaliser - ou pas -, sera franchement envoûtant, éblouissant, mais tout de même inquiétant! Je vous laisserai le soin de le découvrir par vous-même.

Par ce récit très engagé, Bernard Werber nous fait plus ou moins comprendre que nous sommes une civilisation de transition. Il y avait un avant, et il y aura sans doute un après. Mais les transitions, justement, comment permettent-elles de passer d'un environnement à un autre? L'auteur va nous l'expliquer très clairement dans son roman. Ce qui est fascinant avec sa théorie, c'est qu'elle n'est pas spécialement vérifiable et j'avoue que cela me plaît! Car, évidemment, bien que cette théorie semble sortir tout droit d'une fiction, elle est tout à fait plausible et brillamment étayée.

A ce propos, Bernard Werber insère dans son histoire des parties de "L’Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu", d'Edmond Wells, une encyclopédie fictive, mais réelle - je me comprends -, imaginée par l'auteur et présentée dans "la trilogie des fourmis". Ces passages instructifs et précis apportent un crédit non négligeable dans les théories avancées dans ce récit.

A propos de théories, l'auteur apporte des éléments intéressants dans le corps de son intrigue, à savoir tout ce qui a trait à la taille. D'ailleurs, si on se réfère à quelques récits, Bible comprise, nous pouvons effectivement nous rendre compte qu'on y parle assez souvent de taille, de géants, notamment. Est-ce que nous sommes en train de rétrécir? Ou alors sommes-nous devenus plus petits que nos "ancêtres" pour mieux grandir ensuite? Ou alors est-ce encore autre chose? Ce sont des questions qui prendront un sens certain dans cette oeuvre.

Que faut-il faire pour perdurer et s'adapter aux nouvelles menaces dont, soit dit en passant, nous sommes les principaux auteurs? Est-ce une histoire de taille justement, de sexes même? Est-ce vraiment notre compétence de créer pour aider à s'adapter?

Justement, la manipulation génétique aura une grande place ici. Des manipulations qui font froid dans le dos, des méthodes dont la morale laisse une grande porte ouverte à la discussion et qui n'est peut-être pas une première. A méditer encore une fois...

Bernard Werber nous conduit à une puissante réflexion sur la création de l'humanité, et ceci avec des éléments carrément bluffants. Après cette lecture, nous n'avons plus vraiment la même approche nous concernant. Nous pourrons clairement nous interroger s'il est vraiment de notre ressort de créer une espèce humaine, ceci en nous prenant même pour des dieux. D'ailleurs, Dieu, quel qu'il soit, n'aura pas spécialement une grande place dans cette histoire. Encore une réflexion de plus.

Créer une humanité, biologiquement parlant, cela peut probablement être une éventualité. Mais créer toute l'âme humaine et les codes qui en découlent, c'est une autre histoire. La nature a ses limites, et je crois bien qu'elle n'aime pas trop être manipulée.

Néanmoins, dans cette histoire, des personnes aveuglées par leur travail - j'admets, très prometteur et destiné à créer "le bien" -, vont sans doute aller un peu trop loin. Ou peut-être pas?

Mais est-ce réellement les premiers à avoir commis cette erreur? Bon, finalement, dire que cela est une erreur, c'est carrément renier sa propre humanité. Vous comprendrez pourquoi je dis cela.

Bonne lecture.

Source: mon blog "passion-romans"


Le fossile d'acier
Le fossile d'acier
par Philippe Saimbert
Edition : Broché
Prix : EUR 9,99

4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Quelle claque!!, 15 février 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le fossile d'acier (Broché)
C'est logiquement les paupières lourdes que j'aurais dû terminer ce roman; "Le faux cil d'acier", vous imaginez... (Aïe, mauvais jeu de mot!). Blague mise à part, c'est en fait tout le contraire qui s'est passé: c'est avec un regard figé dans le vide que j'ai tourné la dernière page de ce thriller! Encore maintenant, je retourne quelques fois dans l'histoire, en pensée, en me disant que l'auteur a quand même fait fort.

Comment dire... Je crois que ce thriller fait partie des livres qui m'ont le plus marqué, touché aussi, heurté même. Sur deux plans bien distincts: d'abord pour la trame, qui est d'une belle subtilité, ensuite pour la dureté du récit. Je ne m'attendais pas à cela, c'est le moins que je puisse dire.

Je révélerai que très peu d'éléments sur le fond de cette trame morbide, dure et sans concession, car l'effet de surprise doit évidemment être total. Je citerai peut-être cette phrase bien connue: la vérité dépasse parfois la fiction.

L'auteur a réussi un truc auquel je ne suis que rarement confronté, je ressens le besoin de relire ce thriller en entier, avec une autre approche.

Cette intrigue se déroule en deux phases; la seconde est un violent coup de poing dans la gueule, je ne peux pas utiliser d'autres termes, désolé.

Le rideau s'ouvre sur une gare qui apparaît dans une brume bien épaisse; une atmosphère assez lourde, bien pesante se fait rapidement ressentir. Nous sommes apparemment dans une petite gare d'un pays de l'Europe de l'Est. Sur le quai, nous pouvons observer quelques personnes, soit deux enfants qui semblent assez enthousiastes, en compagnie de leur père, quant à lui, un peu tendu.

Notre regard se tourne également sur un couple d'un certain âge que je qualifierais comme assez standard, mais aussi un homme tenant des propos assez étranges, inquiétants, - incohérents? -, ou encore une charmante jeune femme, journaliste. Il y a aussi Henri, un homme perturbé qui fait toujours le même rêve depuis quelques temps, un songe qui risquerait bien un jour de l'achever. J'oublie encore peut-être quelques personnes, mais pas beaucoup..

Toutes ces personnes s'apprêtent à monter dans un wagon faisant partie d'un train à vapeur rénové pour l'occasion, pour une excursion menée par un certain M. Lohman, petit homme plein d'entrain et d'énergie.

L'ambiance est particulière. Dès le départ, nous ne savons pas vraiment s'il faut nous réjouir ou nous inquiéter pour les passagers de ce train issu d'une autre époque. L'auteur plante un décor qui ne nous rassure pas vraiment, avec des personnages assez énigmatiques. Et pourtant, le voyage se veut rassurant.

Nous ne connaissons pas leur destination, mais à les écouter parler dans ce train qui fonce dans la brume, nous pouvons tout de même comprendre qu'ils se dirigent vers un endroit particulier, un endroit qui regorgerait de phénomènes curieux, difficilement explicables. Tout un programme...

Les théories fusent dans ce wagon, chacun avance sa petite hypothèse, l'ambiance est tendue. Le responsable de cette excursion nous confirmera que depuis quelques semaines, des lumières étranges ont été aperçues dans le ciel, filmées ou encore photographiées par des touristes ayant emprunté cette voie de communication.

Phénomènes météorologiques?

Quoi qu'il en soit, un réel huis-clos va se matérialiser sous la forme d'un wagon perdu au milieu de nulle part. Nos passagers auront la mauvaise surprise de constater que leur wagon s'est détaché du reste du train, sous l'effet d'un choc. C'est livrés à eux-mêmes, au milieu d'une forêt dense pas vraiment accueillante, dans une brume toujours aussi épaisse, qu'ils vont devoir trouver une solution pour repartir de là.

Cette situation nous révélera le vrai visage de chaque personnage, qui ne pourra pas tricher face à la peur. Les masques tombent. Mais il y a encore autre chose.

A ce stade, le lecteur que je suis se demande évidemment quelle direction va choisir l'auteur pour faire évoluer son huis-clos. Pour mon plus grand plaisir, je constate qu'il va se diriger tête baissée vers une voie que j'apprécie. Je ne vous direz cependant pas de laquelle il s'agit, afin de garder le mystère le plus total. Je vous conseillerais juste de vous accrocher à ce que vous pouvez, car ça secoue les tripes.

L'auteur nous démontrera à quel point l'homme peut devenir fou face à ce qu'il ne comprend pas ou face à ce qu'il ne peut accepter, tout ceci mélangé à une angoisse permanente. C'est assez dur, la folie est omniprésente.

Puis c'est la révélation, si j'ose utiliser ce terme. Car le dénouement est spectaculairement fou et déstabilisant. Franchement, c'est puissant de la part de l'auteur. Je m'attendais à beaucoup de choses, - j'avais évidemment fait mes pronostiques -, je m'attendais presque à tout, mais pas à ça. C'est subtile, complexe, doté d'une sacré morale aussi! Et encore, il faut la comprendre. Oui, car l'auteur laisse un peu de lest et de moue au lecteur afin que ce dernier puisse faire sa propre approche.

Voilà ce que j'attends d'un thriller, soit d'être bluffé jusqu'au bout. Et là, à mon sens, c'est tout bonnement un coup de génie. La claque que j'ai reçue, j'en ressens encore les vibrations.

On en prend un sacré coup, c'est vrai, et le pire c'est que le fond de cette histoire est issu de l'Histoire. Comme quoi, je vous l'ai dit au début, la réalité est une sacré source d'inspiration lorsqu'il s'agit de dénicher une trame dure, touchante voir insoutenable. Pour obtenir des exemples de grosses m***** humaines, il n'y a pas besoin d'aller chercher très loin, malheureusement. Et ici, vous ne risquez pas d'être déçus si vous voulez en prendre plein la tronche. Ce n'est pas l'auteur qui va courir à votre secours pour vous remettre d'aplomb.

Lors du dénouement, tout est remis en question. Chaque scène prend un sens nouveau, différent, un sens tragique, insoutenable voir insupportable. L'auteur ne censure absolument rien et, d'un côté, tant mieux car on ne censure pas la vérité, et encore moins la réalité.

Je pense qu'il faut assumer ses actes - là, je parle des personnages, pas de l'auteur! -, ou encore assumer les actes qu'on aurait dû accomplir, du moins accepter cet état de fait, sinon cela risque de vous hanter à jamais.

Bonne chance.


Quand les Anges Tombent
Quand les Anges Tombent
par Bosco Jacques Olivier
Edition : Broché
Prix : EUR 19,00

5.0 étoiles sur 5 COUP DE COEUR!, 2 février 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Quand les Anges Tombent (Broché)
Avec les romans de Jacques-Olivier Bosco, nous n'avons pas vraiment l'occasion de nous dire: "tiens, je vais juste lire deux ou trois pages avant de démarrer sérieusement". Avec celui-ci, c'est ce que je comptais faire, soit parcourir quelques pages avant de me lancer dans le récit. C'est raté!

L'auteur nous lance tel un sac à patates dans son polar, sans vraiment se soucier où nous pourrions bien atterrir. Visiblement cela n'a pas une grande importance pour lui, du moment qu'on en prend plein la gueule. Et bien oui, l'introduction est une belle claque aller-retour, histoire de nous mettre en alerte maximale pour la suite.

Et lorsque je parle d'atterrissage, celui qui nous concerne dans cette histoire est quelque peu précipité et brutal! La mort pour certains, peut-être la liberté pour d'autres...

Jacques-Olivier Bosco nous donne souvent l'occasion, - voir à chaque fois! -, de nous placer face à des personnages forts et charismatiques. Celles et ceux qui le connaissent déjà savent pertinemment - et sans même réfléchir! - de quoi je veux parler. L'auteur a cette capacité de nous mettre sérieusement et intensément en condition face aux protagonistes de ses histoires, que ce soit des personnages que l'on aime, que l'on déteste, voir même des personnes qui sont sensées nous laisser totalement indifférents! Une sorte d'écriture très intuitive qui, en quelques mots, nous dresse le curriculum vitae d'un individu avec une pertinence qui me bluffe encore aujourd'hui.

Dans ce récit, nous sommes rapidement mis, - du moins indirectement -, en présence d'un personnage fort, qui dégage dès le départ de la crainte; un homme dangereux et probablement très pervers. Un tueur d'enfants?

L'auteur nous fait comprendre sans détour que nous sommes face à un monstre en puissance. Ce qui est troublant, justement, c'est qu'il nous envoie le topo en quelques mots seulement qui, à eux seuls, nous conditionnent émotionnellement. Bon vous vous en doutez, les personnages sont mon grand péché mignon et là, franchement, il y a de quoi être pleinement satisfait!

Concernant cet homme, cette menace, le doute nous gagne, et c'est là que l'auteur est fort. Toute l'intrigue, pour moi, repose même la dessus dès le départ. Nous avons un monstre en puissance, c'est sans doute vrai, ou alors c'est lui qui est face à "des monstres" en puissance qui l'ont mis dans cet état. Tout est relatif. Un homme fou furieux, oui, mais... C'est peut-être même encore un peu plus compliqué que ça. Bref...

Je ne vais évidemment pas parler que de cet homme, car il y a tellement de personnages dans ce roman. Personnages principaux ou secondaires? Franchement, impossible à dire. Ils ont tous un rôle clé et cela deviendrait totalement dérisoire et terriblement réducteur de les classer dans une catégorie.

Cinq enfants se font kidnapper dans Paris, quasi simultanément. Cinq parents inquiets, cinq pères et mère qui vont recevoir le même message qui stipule, dans les grandes lignes: vous avez m****, vous allez payer, et vous allez réparer.

Qui sont ces inquiets? Nous avons un préfet carriériste, respectivement une sale m****, un juge en fin de carrière, un flic marchant en équilibre au bord d'un gouffre qui tente de l'engloutir au moindre faux pas, un cheminot qui carbure à l'alcool et une avocate perspicace, belle et sexy. Il y a aussi son ami avec qui elle a un petit garçon, un truand, un mec respecté dans le milieu.

Qu'ont-ils en commun? On peut déjà se faire une petite idée, vu les fonctions. Les mots procès, jugement, tribunal ou condamnation nous viennent vite à l'esprit. De toute manière, l'auteur ne nous fera pas languir longtemps sur les motivations. La subtilité ne sera pas là.

Ces parents, l'auteur va nous les présenter un à un, afin que nous puissions nous forger notre propre opinion sur cette épée de Damoclès qui s'abat brutalement sur leurs têtes. Bien entendu, en essayant de ne pas tomber dans un piège probablement tendu par l'auteur.

Oui car avec Jacques-Olivier Bosco, je préfère me méfier; ce n'est pas au début de son histoire qu'il va nous donner les bons outils qu'il faut utiliser ou les bonnes ficelles qu'il faut tirer pour nous permettre de mettre à jour son intrigue! Il faut plutôt imaginer des outils de toutes sortes complètement enchevêtrés dans de la ficelle emmêlée et pleine de nœuds! C'est de toute façon à prendre ou à laisser...

Ces personnages, comme je le mentionnais déjà plus haut, sont un atout majeur dans ce roman. Ils sont fouillés, de grandes qualités, l'auteur leur a donné une épaisseur surprenante. Ils dégagent tous une force particulière, propre à chacun. Certains dégagent même une grosse odeur de m****, une fiente bien liquide, flasque, à l'image du préfet de Paris dans ce roman. Détestable, tout ce qui me répugne dans ce bas-monde.

La sphère politique représente un bel amas de déchets en tout genre. L'auteur nous démontre clairement ce qui peut se produire lorsque des hommes influents se tiennent par les couilles - dans le sens figuré! -, lorsque l'égoïsme et surtout le besoin de pouvoir mènent la danse. Cela donne un tango sur un fond de fausses notes bien désagréables, avec des pieds qui tournent et qui tournent encore dans la boue, sans s'arrêter. En fait ce n'est pas de la boue, c'est à nouveau de la m**** qui, par capillarité, réussie à monter jusqu'au cerveau de ces hommes imbus de leur personne pour s'accrocher à leurs synapses.

Nous verrons que toutes ces personnes ont des vies bien différentes l'une de l'autre, toutes cependant avec le même point commun: elles ont indirectement provoqué l'enlèvement de leurs enfants suite à des agissements du passé. Elles ne tarderont pas à en connaitre les motivations. Tout ce petit monde connaît le responsable, d'où leur profonde inquiétude.

Jacques-Olivier Bosco, par cette situation insoutenable, fera surgir des émotions relativement fortes pour un père ou une mère. Je ne vais pas développer cet aspect du roman, mais retenez tout de même une chose importante, voir capitale; il faut profiter de ses enfants. Il sont là, ils ont besoin de nous, pas uniquement de notre présence, mais de toute notre attention et de notre amour. On ne sait jamais ce que la vie nous réserve. Si un beau jour vous avez le malheur de vous dire que vous auriez peut-être dû, ce jour-là sera déjà trop tard pour agir.

Trop tard pour quoi? Pour réaliser des choses finalement très simple, mais au combien importantes. L'amour que l'on donne à son enfant, on le reçoit en retour, d'une manière ou d'une autre. Mais ce qu'il ne faut pas oublier, c'est que l'inverse est également applicable! C'est presque mathématique... Les protagonistes de ce roman en seront l'exemple parfait.

Cinq enfants kidnappés, une revendication précise, des parents qui devront agir au mieux. Mais encore faut-il qu'ils s'accordent les uns par rapport aux autres. Avec un sale type comme le préfet, quelques non-dits, quelques secrets inavouables, de longs silences et des explications biaisées, cela ne sera pas gagné d'avance. La détermination sera de mise, elle viendra même toute seule. Des manières de faire bien différentes, propre à chaque personne, qui devront les amener à ce seul but, les retrouver, jusqu'à en crever.

Des alliances improbables vont évidemment se former - mais avec Jacques-Olivier Bosco le mot improbable n'existe parfois même plus!, et la course contre la montre va enfin débuter. On dit parfois que les opposés s'attirent, cela sera sans doute le cas ici, pour le meilleure et surtout pour le pire. Parfois des intérêts communs nous condamnent à détruire les barrières qui nous séparent des autres, ici ce sera même des murs en béton!

Tous ces personnages nous accompagneront jusqu'à ce dénouement qui est digne d'une grosse production hollywoodienne. Tourner les dernières pages devient une obsession. De la violence, de la pure violence, mais pas seulement. Cette brutalité sera mélangé à bien des aspects, notamment à son antonyme; l'amour viscéral. L'enfant est bien mis à mal dans ce roman, c'est dur, l'auteur ne nous épargne pas grand chose, voir rien du tout.

Des enfants âgés de quatre à douze ans vont nous en mettre plein la vue. Je ne les présenterai pas ici car l'auteur se débrouille très bien pour le faire. Il faudra simplement ouvrir ce roman pour les rencontrer! Le courage d'un enfant, c'est fascinant.

Pour conclure, j'aurais envie de dire que certains actes commis dans le passé ne pourront jamais être oubliés. Si cela n'explose pas tout de suite, pas besoin de s'armer de beaucoup de patience, cela arrivera bien assez vite. Une histoire familiale fait vraiment froid dans le dos dans ce roman, peut-être le nœud de toute cette affaire. Ou peut-être pas...

Bonne lecture.


Territoires
Territoires
par Olivier Norek
Edition : Broché

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5.0 étoiles sur 5 Lorsque la banlieue s'embrase, 21 janvier 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Territoires (Broché)
Allez, pour éviter de dire plusieurs fois les mêmes choses, peut-être avec juste quelques petites nuances, je vais reprendre le premier paragraphe de ma chronique consacrée au précédent polar d'Olivier Norek, "Code 93". Quoi? facile?

Le voici donc. L'auteur de ce polar, Olivier Norek, toulousain de trente-huit ans - normalement trente-neuf à présent! -, bref, un contemporain de 1975, est flic à la PJ de Seine-Saint-Denis depuis une quinzaine d'années. Autant vous dire qu'il sait de quoi il parle. Olivier Norek est doté d'une vision de l'intérieur, ce qui lui permet d'exprimer et de transmettre ses ressentis de flic, de poser un cadre, un décor qui lui est connu - et réel! -, soit de transporter le lecteur, le temps d'un ouvrage, dans son univers quotidien et de nous poser dans un milieu concret pour lui: le nord-est de l'agglomération parisienne, le département de la Seine-Saint-Denis, le 93.

C'est dans une rue de ce département que nous débarquerons dans le roman, d'une manière assez sèche, froide et violente: trafic de stup, flics en planque; ça dérape, déjà un mort au compteur.

Nous tournons encore deux pages; un mort de plus, une méchante exécution - pardonnez-moi le pléonasme! -, et on arrive à la première partie. Et oui, ce n'était que le prologue.

La réalité de la rue se fait vite ressentir en tournant les premières pages. Une réalité pas très réjouissante, je dois l'admettre. Les grandes tours, les parcs défraîchis, du béton, le gris comme couleur prédominante; un décor parfait pour y ajouter quelques guetteurs, coursiers et vendeurs de détails. Quelques "boxs" de garage aussi, nombreuses boîtes ne révélant qu'une porte close, mais laissant deviner ce qui s'y trouve. Et justement, c'est derrière une de ses portes que tout va vraiment commencer.

Nous retrouvons le capitaine Victor Coste, que vous connaissez déjà si vous avez lu le premier roman d'Olivier Norek. Un flic vrai - pas une grotesque caricature! -, un gars qu'on aurait envie d'avoir comme chef de groupe, c'est certain. C'est sur un quai de gare que nous le retrouvons, mais principalement dans une salle d'autopsie. L'auteur nous donne tous les détails croustillants qui relèvent de cette pratique; c'est très visuel, il ne manque que les odeurs, et encore. J'ai aussi eu l'occasion de "vivre" ce moment particulier, et je dois admettre que je n'aurais pas su mieux décrire une telle scène si atypique et singulière.

Cette autopsie est une mesure issue d'une enquête qui débute pour la crim et les stup, une enquête un peu particulière, se déroulant dans un secteur rassemblant tous les avantages pour trafiquer; une plaque tournante. Les cadavres retrouvés récemment dans ce secteur n'annoncent rien de bon pour la lutte contre le crime lié aux stups, c'est même relativement inquiétant.

Ces morts ne risquent pas de manquer à qui que ce soit, c'est certain, mais paradoxalement cela engendrera un problème de taille au niveau stratégique. Je n'en dirai pas plus à ce sujet.

Olivier Norek nous place face à des personnages, des gamins qui ont grandi dans une ambiance stupéfiante - désolé pour ce mauvais jeu de mot -, qui n'ont côtoyé que des mecs gravitant dans ce même milieu n'offrant aucun avenir. La violence est une évidence, un réflexe, un mode de vie, et bien évidemment un moyen de pouvoir se faire respecter et, accessoirement, de pouvoir rester en vie.

C'est avec la peur au ventre que vivent également quelques citoyens de ces cités, qui tentent encore de résister, à l'image de ces personnes âgées qui deviennent complices malgré elles, face à une menace permanente et endémique.

A 12 ans, c'est avec un flingue entre les pognes qu'un gosse se sent exister.

Olivier Norek donne un rythme agrippant et accrocheur pour son polar. Nous avançons constamment, sans nous retourner; ça bouge, on se sent bousculé. Lorsque la cité s'enflamme, les pages de ce polar absorbent rapidement l'ambiance et nous brûlent entre les mains sans interruption. Ressortir d'un immeuble, pour des flics œuvrant dans une cité tenue par les trafiquants, revient à organiser une exfiltration en bonne et due forme. D'autant plus si ces trafiquants avaient eu le malheur d'être quelque peu contrariés...

Au niveau des enquêteurs et du petit monde qui les entoure, c'est à nouveau un vrai régal; les interactions sont pertinentes, vraies et percutantes. Le personnage de Coste est un ensemble de percussions à lui tout seul. Un sens de la répartie à toute épreuve; une seule ligne, celle qui amène à la protection et à la défense d'une victime, quelle qu'elle soit, quoi qu'il arrive, envers et contre tous. Franchement, j'aime ça!

Au niveau "police", je vais appeler cela comme ça, c'est cohérent et rationnel. Nous sommes toujours assez loin des caricatures à la super-héros, avec des flics alcooliques réglant leurs petites affaires à coups de poing - bien que je sois assez fan d'Harry Hole ou Harry Bosch, tout de même! L'enquête en elle-même est également cohérente, sans raccourcis faciles ou coups de baguette magique qui donneraient la solution sur un plateau d'argent. Bon, il faut dire que c'est un flic qui nous raconte une histoire de flics, y a pas photo!

Nous aurons également une vision politique par rapport à ce qui se déroule dans ce secteur conduit principalement par la violence. Une femme sera au centre de tout ce merdier, soit la maire de cette commune de Malceny. Cette élue va nous donner un bel exemple de ce qu'est une personne opportuniste, carriériste, égoïste, qui n'assume pas vraiment les problèmes, ou qui tente plutôt de les régler à sa façon, par tous les moyens.

Pour se diriger vers les réélections d'un pas sûr, serein et victorieux, il n'y aura pas mieux que quelques coups tordus - mais alors tordus dans tous les sens! -, pour arriver à ses fins, les mains bien sales.

Lorsqu'on joue avec le feu, on se brûle parfois les mains et les plaies ne se referment pas toujours. Cette élue en fera les frais. On ne peut pas faire un pacte avec le diable et en ressortir gagnant sur toute la ligne. Les flammes vont s'intensifier dans la cité et, pour y mettre un terme, il n'y aura pas trente-six solutions. La maire de Malceny a pourtant des cartes en main, mais peut-être pas les bonnes, malheureusement. Le jeu n'est pas facile, je le conçois tout de même.

La fin justifie-t-elle les moyens? A voir...

L'élue locale, en tant que très mauvaise gestionnaire, n'assumera pas ses actes et, pour faire honneur à sa belle lâcheté, ira chercher des responsables partout où cela est possible; partout, sauf dans son propre bureau, évidemment.

Victor Coste, avec l'aide de son équipe, va devoir faire la lumière sur un scénario plutôt sombre, un canevas provenant de plusieurs sources, de plusieurs foyers. Du moins, c'est ce qu'il croyait.

L'auteur va nous poser au centre d'une banlieue sous haute tension, en guerre, durant quelques jours et quelques nuits d'émeutes, et nous ne pourrons pas nous empêcher de nous dire que la réalité, encore une fois, dépasse largement la fiction. Les émeutes qui ont pris leur source à Clichy-sous-Bois le 27 octobre 2005 en sont une preuve flagrante.

La raison de cette tension extrême, nous la connaissons et, franchement, l'issue semble assez restreinte; c'est la guerre, et une guerre ne finit jamais bien, respectivement il y aura toujours des victimes. Pire! Celle-ci ne s'arrêtera sans doute jamais. Pardonnez mon pessimisme.

Quelqu'un a allumé la mèche, une mèche lente qui fait déjà bien des dégâts en se consumant, ne reste plus qu'à attendre l'explosion. A moins que quelqu'un sache comment couper cette mèche qui serpente tout de même assez rapidement entre les grandes tours et les parcs défraîchis de cette cité de Malceny.

Au niveau politique, ce roman est assez parlant. Pour ce monde-là, la fin justifie les moyens!

Bonne lecture.
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