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Contenu rédigé par Eric OD Green
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Commentaires écrits par
Eric OD Green (Paris, France)
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5.0 étoiles sur 5 Une édition Blu Ray parfaite d'un grand classique du film fantastique : à ne pas louper!!!, 18 juin 2017
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Sur le plan technique, mon commentaire porte sur le coffret avec film au format Blu Ray : la transposition est une pure merveille, 97% des images possèdent une colorimétrie intense et les vues intérieures du funérarium sont d'une grande précision. Quelques images nocturnes possèdent un peu de bruit, mais cela reste totalement marginal sur l'ensemble du film. Il est certain que cette bonne transposition numérique est de nature à laisser la magie de Phantasm opérer.

J'avais découvert ce film adolescent au début des années 1980 et je l'avais trouvé formidable, j'attendais une édition Blu Ray pour l'acheter et j'étais tout de même un peu inquiet du fait de savoir si le film conservait sa puissance presque 37 ans plus tard : la réponse est oui, toutes les personnes qui ont aimé ce film peuvent acheter cette version Blu Ray collector sans craintes. Le film demeure un véritable classique du cinéma fantastique, on peut même dire qu'il est bien meilleur que de nombreux navets contemporains, qui mettent tout dans les effets spéciaux et rien dans l'ambiance et le scénario. Bonne séance de cinéma à tous.


Tibère
Tibère
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1 internaute sur 3 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Un ouvrage magistral qui réhabilite de manière honnête l'empereur Tibère : un exercice d'érudition et d'esprit critique, 27 mai 2017
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Tibère (Format Kindle)
Robert Turcan avec sa biographie de Tibère nous livre un de ces ouvrages rares dont la qualité littéraire n’a d’égale que l’érudition parfaitement maîtrisée et qui font de ce thème de la Rome Antique un ultime refuge contre la médiocrité, alors même qu’en 2017 nous enregistrons les premiers « résultats » de la profanation de l’enseignement de l’histoire en collège, voulue par François Hollande, avec des manuels ou la dynastie des Carolingiens est désormais traitée en 5 lignes. J’étais persuadé qu’il s’agissait d’une boutade, mais mon frère ma certifié que non et m’a montré l’ouvrage de mon neveu de 12 ans et j’ai pu constater de facto le vide absolu de l’enseignement prodigué même dans les meilleurs établissements. A côté de cela nous avons désormais l’histoire de peuplades totalement étrangères, illettrées et surtout analphabètes qui sont situées en dehors de notre ère civilisationnelles. Je persiste à croire qu’en 2017 les références culturelles qui sont les notre sont gréco-romaines, avec forcément des racines chrétiennes importées de Rome dans les Etats barbares qui lui succédèrent en Europe et que cet élément ne souffre point de contestation depuis les travaux éponymes de Bruno Dumézil : tout le reste est basse politique, apologie de l’ignorance et volonté délibérée, d’une décadence bobo-mondialiste, de nous priver de notre identité historique…Et cela ne va pas aller en s’améliorant.

Toujours est-il qu’à l’instar des travaux considérables de Pierre Grimal et du recteur François Hinard, nous sommes avec le professeur Turcan, membre de l’institut, dans le domaine du travail de référence en matière d’histoire romaine (il faut noter que Yann le Bohec maintient lui aussi dans le domaine de l’histoire militaire de Rome un très haut niveau qui fait honneur à la recherche historique française). Le professeur Turcan s’attaque à un personnage particulièrement intéressant qui est l’empereur Tibère, qui comme l’écrivit brillamment Catherine Salles fut le « second César » dans un excellent ouvrage hélas en rupture de stock depuis longtemps (il convient aussi de mentionner le travail fort intéressant d’Emmanuel Lyasse avec une biographie de Tibère qui mérite vraiment d’être lue). Cette problématique, consistant à démystifier un personnage illustre, est un travail d’ampleur compte tenu du fait que deux sources historiographiques majeures, Suétone dans sa fameuse Vie des douze César (je ne saurais trop vous conseiller la nouvelle traduction revue à la marge dans la collection Minor des Belles Lettres parue en 2016 qui donne enfin une édition digne d’un auteur Antique) et bien sûr Tacite dans les Annales (là aussi il existe une édition qui a m’a préférence, car elle est de qualité et permet une lecture correcte du texte : il s’agit de la publication des œuvres complètes de Tacite, avec des traductions revues par Me Salles concernant la vie d’Agrippa, la Germanie et le dialogue des Orateurs dans la collection Bouquin) : si l’on s’en tient aux auteurs précités Tibère fut seulement un hypocrite, qui complota peut être contre son neveu Germanicus, et qui de toute façon devint le jouet du préfet du Prétoire Séjan appliquant sans discernement la loi sur le crime de lèse-majesté (lex maiestatis) et finissant dans un exil sordide à Capri dans la villa Iouis afin de s’adonner à la débauche et surtout à la pédophilie selon Suétone…Tout cela n’est pas très engageant à première vue et la tâche risque d’être rude.

En fait, le professeur Turcan montre que Tibère fut un empereur capable et soucieux de la bonne gestion de l’Empire, notamment sur le plan financier avec un budget largement excédentaire (qui sera dilapidé en quelques semaines par Caligula…), il fut particulièrement attentif à bien pourvoir l’approvisionnement alimentaire de Rome (avec ce qui est connu comme la préfecture de l’annone) et tenta d’associer sans arrière-pensée le sénat à son travail de Princeps : les sénateurs terrifiés depuis le règne d’Auguste étaient terrifiés et refusèrent la proposition de Tibère, ce qui accru sensiblement son antipathie à l’encontre de cet ordre sénatorial « qui se complaisait dans la servitude ». Pourtant, Tibère laissa une marge de manœuvre considérable au sénat et n’hésita pas à aider des sénateurs impécunieux pour leur permettre de conserver leur rang : contrairement aux affirmations trop rapides de Suétone et de Tacite, Robert Turcan démontre que l’empereur Tibère fit pour lui-même, au début de son principat un usage modéré de la loi de lèse-majesté, acceptant de cautionner une plainte contre un citoyen ayant diffamé la mémoire du divin Auguste mais refusa de prendre en compte des ragots le concernant ainsi que sa mère Livie (qu’il avait consulté). En revanche, après la conjuration de Séjan il perdra le sens des réalités et l’utilisera pour procéder à une véritable purge, qui elle est bien réelle et a sans nul doute été l’élément majeur permettant de broder sa légende noire.

Il convient de se souvenir que Tibère devient empereur de Rome à 50 ans passé presque par accident, après avoir été en exil à Rhodes pour laisser se dérouler le plus favorablement le processus de succession impérial : Auguste avait prévu un dispositif dynastique extrêmement complexe qui permettait sans nul doute de parer au coup du sort (ce dispositif est étudié dans un ouvrage remarquable de Yann Rivière « Germanicus un prince Romain » dont j’ai écrit une recension sur ce site) et finalement Tibère adopté par Auguste ne devient princeps qu’en dernier recours, ce qui pour un homme brillant qui fréquenta le cercle littéraire et culturel de Mécène et possédait une formidable culture grecque qui était l’apanage des Romains de haute ligné pouvait sembler un peu amère. Par ailleurs, Tibère s’était illustré avec un courage sans faille et des succès remarquables en Germanie (qui sera toujours le point faible de l’empire romain au nord, avec aussi un sérieux problème connexe sur le Danube même après les victoires de Trajan) et disposait de tous les sacrements pouvant faire de lui un empereur légitime dans un système qui refusant l’apparat monarchique ne comportait de règles de dévolution héréditaire de succession : cet élément conduira à l’anéantissement de la dynastie des julio-claudiens et sera aussi catastrophique pour les Flaviens, laissant toujours une porte ouverte à la guerre civile avec une carte à jouer pour les aventuriers militaires et les usurpateurs à demi fou… D’une très belle formule, le professeur Le Bohec a dans sa géopolitique de l’Empire Romain conclu que cette institution était « une monarchie absolue tempérée par l’assassinat ».

En fait, d’une manière factuelle, Tibère avait très peu de raison d’être un empereur « joyeux » et la pudeur associée à un caractère taciturne firent de lui un hypocrite aux yeux de Suétone et de Tacite.

Pour ce qui est de la loi de lèse-majesté dont Tibère sera l’instigateur ou pour le moins l’homme qui l’aurait remis en vigueur, Robert Turcan a contrôlé le fait que cette loi n’avait jamais cessé d’être en vigueur depuis la dictature exercée par Lucius Cornelius Sulla Felix dit Sylla…
Dans la pratique, Tibère héritait d’Auguste un Empire gigantesque mais totalement sous dimensionné sur le plan militaire : les effectifs de 200 000 hommes étaient assez largement insuffisant pour gérer l’ensemble du monde connu. En la matière la défaite des trois légions de Varus face aux Chérusques d’Arminius lors du massacre dit du Teutoburg avait considérablement ébranlé les certitudes d’Auguste qui dans son testament estimait que l’expansion de l’empire n’était plus possible. Sous le principat de Tibère des actions militaires furent conduites brillamment par son fils Drusus et par son neveu Germanicus : toutefois cet aspect militaire de l’action de Germanicus a fait l’objet d’une thèse de la part de Pierre Laederich qui conclut que l’action de Germanicus était des guerres de dévastations qui ne permirent pas de faire progresser la présence romaine en Germanie et que les pertes des légions devaient approcher les 10 % lorsque Tibère décida sous couvert de l’octroi du triomphe de rappeler son neveu à Rome. Par la suite Germanicus sera chargé d’une importante mission en Orient ou il aura le malheur de croiser la route d’une fripouille du nom de Pison : la mort présumée accidentelle de Germanicus deviendra un empoisonnement, avec une épouse Agrippine particulièrement remontée contre le princeps. Celui-ci accepta bien évidemment de faire juger Pison par le Sénat, il fut condamné et se suicida pour échapper à son exécution (le suicide permettait aussi juridiquement d’empêcher la confiscation des biens du coupable par le domaine impérial). Tibère refusera d’étendre la condamnation à l’épouse de Pison, ce qui fit d’Agrippine un ennemi acharné de Tibère.

Par ailleurs, Tibère se montra toujours soucieux de superviser lui-même, même en exil à Capri les dossiers importants relatifs à la sécurité de l’Empire, notamment les relations avec les Royaumes clients d’Orient qui constituaient des sortes d’états tampons permettant de contenir l’empire Parthe que Rome n’avait pas réussi à vaincre (on se souvient de la détestable défaite de Marcus Licinius Crassus contre les Parthes, avec son suicide et la profanation de son cadavre dont la tête fut coupée et agrémentée d’une coulée d’or en fusion dans la gorge…). Il fit également preuve d’un grand souci concernant les gouverneurs de provinces qui faisaient dans la concussion et l’enrichissement personnel et les poursuivaient impitoyablement en justice. Un point à rappeler, il est souvent question de délateurs dans l’ouvrage, qui portent une accusation contre une tierce personne : cela correspond à l’absence de ministère public à Rome et il fallait donc trouver le témoin à charge (généralement très intéressé financièrement puisqu’il touchait un pourcentage de la valeur des biens confisqués aux termes de la procédure) ; il s’agissait toutefois d’un métier à haut risque car nombreux furent les « délateurs » à succomber sous la pointe d’une lame ou dans les tourments d’un poison.

Tibère n’aimait pas les sénateurs à cause de leur lâcheté, mais il ne fit rien non plus pour se concilier la plèbe de Rome il n’organisa pas des festivités ni des jeux dispendieux, ce qui a l’évidence lui coûta fort cher au regard de la postérité. En revanche, il aidait financièrement toutes les villes de l’empire qui se trouvait en proie à une catastrophe naturelle.

Dans le domaine religieux, en sa qualité de grand pontife chef de la religion romaine Tibère intervint peu mais toujours conformément aux usages de la tradition ancestrale de Rome. Concernant les cultes étrangers, il procéda sans méchanceté ou mépris à des opérations de police correspondant à la sûreté intérieur de l’Empire et mis fin à des pratiques peu recommandables qui étaient conduites sous couvert de cultes étrangers (Robert Turcan relate une édifiante affaire de viol commise par un faux dieu).

Une fois de plus la problématique de l’historien est celle des sources ; on sait bien que tout travail de recherche, y compris des travaux accomplis sur des fonds d’archives nécessitent une critique pointue des données avec une expérience qui ne s’acquière qu’au fil du temps. Ayant conduit de nombreux travaux de reconstitution historique à partir d’archives, je peux certifier qu’il existe d’origine des documents faux ou des éléments trop beau pour être vrai (on parle de pot de miel). Les sources utilisées par le professeur Turcan sont essentiellement Suétone et Tacite : chez ces deux auteurs il existe une césure chronologique et factuelle qui montre qu’après un principat heureux, la personnalité de l’empereur évolua vers une dérive scabreuse et sanguinaire dans son exil de Capri (exil relatif car en vérité le complexe de 7000 m² qui composait la villa Iouis possédait un phare dont la fonction était aussi l’envoi de signaux optiques vers le continent et Tibère se tenait informé des affaires de l’empire en observant des signaux identiques émis à partir du continent).

Le seul témoin du règne de Tibère qui ait écrit une histoire est un de ses anciens officiers, Velleius Paterculus (dont le travail est restitué par une traduction fort savante en deux tomes aux éditions des Belles Lettres) : ce travail est porteur d’une vision positive de l’empereur Tibère et même si l’on prend en compte de l’aspect apologétique de ce travail, il n’en demeure pas moins vrai selon Robert Turcan que le contraste est anormalement fort avec le contenu des Annales de Tacite. Turcan estime que la lecture du texte de Tacite montre que ce dernier dépend souvent de sources antérieures, et brode un peu, voire parfois beaucoup en introduisant régulièrement des rumeurs ou des affirmations insidieusement sournoises. La légende noire de l’insulaire féroce et débauché est une création qui apparait dans l’historiographie romaine à partir de Suétone et de Tacite. La consultation des œuvres de Philon d’Alexandrie, de Valère Maxime (guère fiable) et de Sénèque dont le père avait rédigé des histoires ne fait pas état de ces terribles problèmes de débauche mais rappelle en revanche au jeune empereur Néron les ravages causés par l’application de la loi de lèse-majesté (largement imputable à Séjan qui briguait la pourpre, puis à Tibère lui-même qui décida de se débarrasser de tous les affidés de Séjan). Flavius Josèphe qui est une source historique de valeur ne dit rien des vices qui aurait affecté le « nésiarque » de Capri tout en indiquant qu’il sévit rudement contre les nobles de Rome. De même chez l’historien grec Plutarque auteur fameux des « Vies parallèles des hommes illustres » avait écrit une vie de Tibère perdue depuis lors, mais en principe son approche de moraliste semble exclure un choix portée sur un mauvais empereur, son traité sur l’Exil va plutôt dans le sens d’un bon prince accablé par le fardeau de l’Etat et soucieux du bien-être de ses sujets y compris durant les 7 années passées à Capri. Les Annales et les Vies déconsidèrent de manière impitoyable les années passées à Capri et ce phénomène avait déjà été étudié par Jérôme Carcopino qui avait conclu « des souillures dont l’avais voulu noircir des pamphlétaires qui peut être n’écrivirent qu’au début du IIème siècle », le problème est que la légende noire brodée par Suétone et Tacite est ensuite reprise in extenso par tous les auteurs antiques.

Robert Turcan estime que 70 ans après la mort de Tibère Suétone et Tacite ont façonné leur vision arbitraire de l’histoire et cette vision s’est imposée aux siècles ultérieurs et il n’est guère plus possible de la remettre en cause qu’en y opposant le silence des auteurs contemporains du règne de Tibère.

Cette réflexion passionnante renvoi au métier d’historien dans la Rome antique et d’une manière plus général au métier d’historien en général qui possède un fabuleux pouvoir d’influence sur la postérité des évènements dont il assure la transcription pas forcément neutre ou désintéressée.
Jean Gascou a réalisé un formidable travail de recherche sur « Suétone historien » qui fit l’objet d’une thèse et d’une publication à la diffusion plutôt confidentielle sous les auspices de l’Ecole française de Rome et d’Athène que l’on peut compléter par l’ouvrage de Turcan « L’archéologie dans l’antiquité, Tourisme lucre et découverte », Les Belles Lettres 2014. Il en ressort que Suétone est un chercheur qui a le souci archéologique des données concrètes et qui allait à l’occasion allait consulter les archives impériales (il est révoqué de sa fonction de secrétaire par l’empereur Hadrien en même temps que le préfet du Prétoire pour des privautés à l’encontre de son épouse sans que l’on en sache plus et c’est à cette date que l’on perd la trace de Suétonius Tranquillus dit Suétone), mais son information paraît hétérogène et il a le goût des données orales (on parle de manière moderne d’histoire orale qui est une source tout à fait valable sous réserve d’être capable d’introduire des boucles de contrôle) et il prend en compte les rumeurs. Selon Robert Turcan Tacite bien que plus prestigieux serait surestimé et aurait moins que Suétone le goût du document, mais comme lui il intègre dans son œuvre des bruits et des rumeurs et surtout il dispose de chercheurs à son service, cette information est donnée dans sa correspondance par Pline le jeune qui fut un de ses amis intimes et qui indique l’existence d’un cercle de disciples ou de jeunes érudits travaillant pour son compte : Turcan estime qu’une recherche ponctuelle conduite par une équipe de « nègres » avait peu le souci de l’aspect contextuel d’où certains contresens présents dans son œuvre. Bien sûr Tacite appartenant à l’ordre sénatorial eut l’occasion de consulter les actes du Sénat, mais il a aussi compulsé les mémoires d’Agrippine la Jeune et les mémoires de Tibère, sans parler de plusieurs historiens utilisés de manière disparate et même de rumeurs, mais surtout comme l’auteur des Annales se pose en investigateurs des motivations des princes, des mobiles secrets et inavouable, comme le note Robert Turcan la voie s’ouvre royalement aux hypothèses et présomptions….

Jusqu’à la fin Tibère eut de la malchance pour déjouer la conjuration de Séjan il utilisa le préfet des vigiles, Macron pour destituer l’assassin qui voulait être empereur. Ce fut un succès malheureusement, en la personne de Macron Tibère avait trouvé un second Séjan, désormais préfet du Prétoire, Macron complota contre Tibère pour faire accéder Caligula à la pourpre : Dion Cassius indique que Caligula aurait couvert de couverture le vieillard jusqu’à l’étouffer en profitant « dans une certaine mesure » de la complicité de Macron. Suétone indique que Caligula l’aurait étouffé d’un oreiller et aurait finalement terminé son forfait en l’étranglant. Robert Turcan opte pour une option plus simple, Tibère âgé de 78 ans et bien malade mourut finalement de mort naturelle. Caligula fut en mesure de faire invalider le testament de Tibère qui désignait comme successeur Tiberius Gemellus et en faisait le cohéritier avec Caligula : tout le pouvoir fut octroyé à Caligula par le Sénat avec l’aide de Macron (qui complotera contre le nouvel empereur et sera à son tour mis à mort). Tibère n’accéda pas à l’apothéose (qu’il n’appréciait pas d’ailleurs et qu’il avait refusé à Livie après son décès) et ne devint donc pas l’un des « divins César ». Pourtant il est incontestable qu’il fut l’un des grands empereurs romains, Théodore Monnsen le tenait en haute estime, il sut affronter le risque des guerres germaniques et pannoniennes et fit du principat d’Auguste une entreprise durable, ce qui était loin d’être évident.

L’ouvrage de Robert Turcan est un excellent ouvrage, un de ceux qui font réellement oublier la médiocrité du monde actuel et je vous en conseille vivement la lecture, qui est d’un accès aisé.


Philippe Henriot
Philippe Henriot
par Pierre BRANA
Edition : Broché
Prix : EUR 24,00

2 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 La dérive tragique d'un tribun politique : du catholicisme à la défense du nazisme, 3 mai 2017
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Philippe Henriot (Broché)
A ma connaissance l’ouvrage de Pierre Brana et de Joëlle Dusseau est la première biographie consacré au personnage de Philippe Henriot. Personnellement je l’ai acheté parce que j’ai un grand intérêt pour cette période tragique de l’histoire de France. Disons que avant la lecture de l’ouvrage j’étais un peu dubitatif sur l’intérêt d’une telle biographie tant la noirceur du personnage est odieuse : j’ai été agréablement surpris par la haute tenue de ce livre qui donne un aperçu sur les aspects les plus sympathiques de Philippe Henriot et montre essentiellement une dérive personnelle très inquiétante, et assez brutale finalement, d’un homme qui part du catholicisme réactionnaire pour se retrouver dans une position ultra-collaborationniste en faveur de l’Allemagne nazie, alors qu’il ne paraît pas exister de déterminisme qui puisse expliquer l’évolution erratique d’Henriot, par certains aspects on peut même penser à des tendances suicidaires. Le récit donne à Philippe Henriot une part d’humanité qui fut la sienne initialement et montre une personnalité complexe avec des ambitions littéraire et entomologique assez éloignées (voire même très éloignées) du résultat final qui verra l’apogée de sa carrière de tribun de la droite extrême et son assassinat par la résistance française au terme d’une série de dérives de plus en plus violentes.

Philippe Henriot nait le 7 janvier 1889 à Reims et est le fils d’un officier Louis-Georges Henriot qui aurait été le condisciple de Pétain à Saint-Cyr (cette affirmation est mal documentée et l’on ignore même si les deux hommes entretinrent des relations personnelles : il convient de prendre l’information de manière neutre sans connotation). Par ailleurs les origines géographiques de la Picardie et de la Champagne ne vont jouer aucun rôle dans la vie de Philippe Henriot. Pendant ses études à Cambrai ses parents se sont séparés ce qui a dû être traumatisant pour lui et ses jeunes frères, mais c’est un garçon brillant qui passe la deuxième partie de son baccalauréat à l’âge de 16 ans et à l’automne 1905 il devient étudiant à l’Institut catholique de Paris. Il va acquérir une puissante culture grecque latine et française : une base culturelle alors considérée comme normale, que j’ai moi-même reçu à l’école laïque il y a bien longtemps et qui est en cours de destruction en 2017. Deux mois après son entrée à l’Institut est voté la loi du 9 décembre 1905 qui instaure la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Le contexte est donc extrêmement tendu entre la République et l’Eglise catholique française et les auteurs estiment que déjà, Philipe Henriot peut déjà acquérir au sein de l’Institution catholique qui cultive le souvenir des religieux exécutés par la Révolution française une sérieuse hostilité à l’encontre de la République. Néanmoins la principale activité de Philippe Henriot consiste à rejoindre un groupe d’étudiant qui suit le mouvement littéraire poétique, car depuis quelques années Philippe Henriot écrit des poèmes. Toujours est-il qu’en 1906 Henriot est inscrit en deuxième année de lettre et s’inscrit aussi en droit : il sera bien licencié en lettre, mais va échouer en droit et cet échec paraît lui avoir causé beaucoup de déception.
Il interrompt ses études il décide de passer quelques mois en Angleterre : il part à Londres pour étudier la littérature anglaise et paie son séjour en donnant des cours de français à l‘école Berlitz, mal logé il va être victime d’une affection pulmonaire, une pleurésie dont il garda des séquelles qui vont jouer un rôle important en le faisant exempter du service national en 14-18 : cette exception a priori légale d’après les éléments rassemblés dans le livre sera exploitée jusqu’à la fin de sa vie pour le désigner comme un planqué et un lâche… Finalement poursuivant toujours une carrière de poète et de littérateur Philippe Henriot s’inscrit à la Sorbonne ce qui semble indiqué qu’il pouvait viser l’agrégation de lettres classiques, et obtiendra un diplôme supérieur de lettres classiques : pour une raison inconnue il interrompt alors ses études et à vingt ans il se retrouve trois mois après enseignant dans un petit collège religieux d’un gros Bourg de Gironde Sainte-Foy la Grande situé à la limite de la Dordogne ou se trouve son frère cadet. C’est au collège catholique Charrier qu’il devient enseignant en 1909 et exercera cette fonction jusqu’en 1925.

Le premier élément majeur qui caractérise Philippe Henriot n’est pas l’antisémitisme qui ne viendra que beaucoup plus tard (on sait de sources sûres que Henriot a toujours eu la plus grande sympathie pour Georges Mandel contrairement aux imbéciles de la milice qui exécuteront cet ancien ministre de l’intérieur pour venger l’assassinat d’Henriot…) va être une cristallisation de sa détestation sur la franc-maçonnerie : le premier épisode qui voit poindre cet antagonisme est à vingt ans le sinistre financier de son établissement scolaire suite à l’action du nouveau maire Etienne Flageot républicain et franc-maçon…On retrouve en définitif un jeune professeur de lettre impliqué dans son travail et ayant de bonnes relations avec ses élèves, intégré dans sa région avec des ambitions intellectuelles et littéraires, mais toujours très seul : cette solitude sera d’ailleurs en fait une caractéristique qui va marquer la vie d’Henriot. En revanche il rejoint un petit cercle littéraire girondin parisien d’une certaine notoriété mais situé à Paris. Le 23 juillet 1914 Philipe Henriot se mari à Eynesse avec Marie-Jeanne Helliot et devint par la même occasion châtelain puisque sa femme possède le château Picon à Eynesse qui est un domaine de 68 hectares à dominante viticole mais qui ne sera jamais une bonne source de revenus : c’est un endroit que Philipe Henriot aima profondément et où il vint régulièrement se ressourcer jusqu’à la fin de sa vie.

Philippe Henriot est fils de militaire, il est catholique et c’est un fervent patriote et pourtant il n’est pas soldat pendant la période 1914-1918 : il n’a pas été reconnu comme apte par le conseil de révision, mais au-delà du problème personnel et de santé c’est une véritable flétrissure qui lui sera rappelé par ses adversaires politiques (mais pas seulement) tout au long de sa vie : les auteurs ont retrouvé le procès-verbal du conseil de révision qui est conforme à la description donnée par l’intéressé. En revanche, les auteurs insistent sur le fait qu’il aurait pu s’engager et être déclaré apte d’office ce que beaucoup de personnes ont fait en France à cette époque ou la patrie était vraiment perçu comme en danger. Toujours est-il qu’il est envoyé devant un nouveau conseil de révision à Libourne le 15 mai 1917, et bien qu’il soit maintenu dans sa position il est versé dans le service auxiliaire et affecté au 57ème régiment de ligne, bien qu’il soit maintenu en sursis d’appel à l’école Charrier de Sainte-Foy la Grande du 5 mai 1917 au 30 juillet 1919.

Les premiers pas en politique de Philippe Henriot datent de 1924-1925 ou il va s’aventurer en compagnie d’un abbé député, l’abbé Bergey dans l’arène politique ou son ennemi demeure encore et toujours la franc-maçonnerie : mais au côté de Georges Mandel sur une liste « clemenciste » conçue sans l’avis de Clemenceau… La Liberté du Sud-Ouest publie une tribune tout à la gloire de George Mandel sous la plume de Philippe Henriot, ou il aborde la question de la judaïté de Mandel en estimant qu’elle est bien connue et que par ailleurs il n’existe rien à lui reprocher : clairement Philippe Henriot défend Mandel et jamais dans les débats publics ou locaux qui ont été examinés par les auteurs il n’y aura le moindre antagonisme entre les deux hommes. Ce qui pose question sur l’antisémitisme subi de Philippe Henriot et montre bien qu’il existe chez cet homme une profonde fracture. En politique c’est au sein de l’UPRG puis de l’UPR un mouvement politique catholique mais républicain que Philippe Henriot entre en piste, l’UPRG de l’abbé Bergey aura toujours à cœur de bien indiquer qu’il n’existe aucun lien avec l’Action Française, avec laquelle Henriot n’a jamais entretenu de bonnes relations. Comme journaliste Henriot est déjà considéré comme un polémiste redoutable qui fustige ses adversaires et n’hésite pas à cogner sur Jacques Doriot à l’époque membre du parti communiste qui sous sa plume devient « un sinistre apache », enfin l’antisémitisme toujours très discret au début commence à se manifester pour la première fois apparemment dans un discours lors d’une réunion à Sainte-Foy la Grande en octobre 1925 ou Henriot se met à attaquer les « métèques, les juifs se partageant le pays et abusant de ses difficultés pour lui extorquer les lambeaux de sa victoire » : les auteurs estiment que le socle conceptuel d’Henriot est déjà en place (en fait ce n’est pas encore tout à fait exact, l’opération Barbarossa contre l’URSS fera de lui un croisé de l’antibolchevisme).

Henriot est très loin à cette époque d’être un admirateur de l’Allemagne dont il redoute toujours le militarisme et l’impérialisme, et il convient de prendre avec circonspections les accusations de fascisme dirigées à son encontre par les communistes et les radicaux dès 1928, puisqu’il s’agit d’une insulte utilisée assez largement contre les non-communistes : et Henriot est un anticommuniste virulent. Le bilan donné par les auteurs est conforme à la réalité en 1927-1928, Henriot demeure un catholique conservateur à qui une incroyable agressivité donne une image plus extrémiste qu’il ne l’est à cette époque. Après avoir consolidé non sans difficulté un ancrage politique local en Gironde au moyen des élections cantonales, Henriot atteint en 1932 un ancrage politique national avec une élection législative qui voit l’échec et la mise à l’écart de l’abbé Bergey avec qui les relations furent de plus en plus conflictuelles. Lors de son entrée au parlement, Henriot devient membre de la commission de l’aéronautique, puis en 1933 il profite d’une carence pour entrer à la commission de l’enseignement et des Beaux-Arts. La première interpellation à la Chambre des députés, dont il deviendra un spécialiste et l’un des plus grands tribuns avec Xavier Vallat, va le voir intervenir dans le scandale de l’aéropostale : cette intervention sur une affaire qui est rétrospectivement bien secondaire marque le début de joutes oratoires qui en font un adversaire détesté mais redouté. C’est en 1934 que Philippe Henriot accède à une notoriété qui le fait remarquer dans son journal par le grand avocat Maurice Garçon, avec deux affaires différentes mais odieuses, l’escroquerie conçue par Alexandre Stavisky et le drame du 6 février 1934 ou les forces de l’ordre vont ouvrir le feu sur des anciens combattants. L’affaire Stavisky est une escroquerie d’envergure puisqu’elle porte sur 200 millions de francs et implique plusieurs hommes politiques et notamment le ministre des colonies Albert Dalimier et trois députés : toujours est-il que Stavisky fini « suicidé » alors que les hommes compromis paraissent être Joseph Garat, Gaston Bonnaure, Albert Dalimier et sont radicaux comme Camille Chautemps et Edouard Daladier : ce qui fait que l’opposition politique y voit la république des copains, les radicaux c’est-à-dire la franc-maçonnerie…Philipe Henriot se livre à une formidable charge contre les hommes politiques présumés corrompus, à tel point qu’Anatole de Monzie pourtant cloué au lit par la grippe est obligé de se lever pour venir affronter son accusateur avec une joute oratoire de haute volée : « monsieur Herriot vous êtes un salaud » tonne le ministre, tandis que le député de la Gironde répond « Vous en êtes un autre ».

Bien sûr l’ensemble des éléments de preuve qu’Henriot dit détenir vont voler en éclat devant la commission parlementaire d’enquête et montrer la malhonnêteté intellectuelle foncière de Philippe Henriot, vis-à-vis d’Anatole de Monzie qui le provoque en duel Philippe Henriot est contraint de signer une rétractation : donc un épilogue pitoyable qui ne confirme pas l’implication gouvernementale dans l’affaire Stavisky.

Les événements du 6 février 1934 lui donnent un autre motif d’utilisation de son talent, on note qu’il y a eu tout de même quatorze tués : Philipe rédige une véritable charge ou il est question de bolchevisme et de métèques : ce dernier mot est utilisé pour désigner toute sorte d’étrangers allant des britanniques aux juifs et le bolchevisme est l’héritier de la révolution française. Toujours est-il que ces deux évènements font de lui un homme qui fascine une sorte de Savonarole mâtiné de grand inquisiteur qui est lui-même grisé par sa notoriété…

Les débats au sujet de l’accord franco-soviétique initié par Louis Barthou et terminé par Pierre Laval lui donnent une nouvelle occasion de procéder à une formidable intervention et traite de « canaille » les communistes ce qui provoque un tôlé dans l’hémicycle avec plusieurs interruptions de séance et finalement cela lui vaut une gifle dans les couloirs quelques jours plus tard du député Arthur Ramette. A la veille des élections législatives de 1936 ses idées politiques sont toujours marquées par la défense de l’école libre catholique et une égalité de droit avec l’enseignement laïques, bien sûr il dénonce les méfaits des sans dieu et des francs-maçons, comme nous l’avons expliqué on l’accuse d’être un fasciste sans que cela est une grande valeur sur le plan pratique il se défini comme national, avec un certain goût pour le corporatisme professionnel et une admiration pour Benito Mussolini : toutefois en matière de corporatisme Henriot développe assez peu ses idées. En revanche il est violemment antiparlementaire et dénonce souvent la « loi du nombre » ce qui correspond à la décision majoritaire : toutefois Henriot se contente d’une critique mais ne propose rien de concret même pas la création d’un parti unique et se flatte d’être considéré comme le plus antiparlementaire des parlementaires : ces deux adversaires de prédilection sont le bolchevisme et la franc-maçonnerie. En fait, Henriot demeure un grand solitaire et entre 1938 et 1940 ses ennemis sont désormais autant à sa gauche qu’à sa droite avec notamment le colonel de La Rocque et la Cagoule. Après une longue période de silence il revient à la charge au début de l’année 1939 fustigeant l’Allemagne « qui n’a qu’un culte celui de la revanche » et se prononce pour une politique d’amitié avec l’Italie : dans le contexte de l’époque c’est tout à fait représentatif de ce qui a été tenté pour empêcher un rapprochement entre l’Allemagne nazie et Benito Mussolini qui resta dans une certaine mesure l’allié des démocraties jusqu’en 1938, date à laquelle une série de mesures défavorables à l’Italie le jetèrent dans les bras d’Hitler. Henriot se désole du rapprochement entre l’Allemagne et l’Italie. Contrairement aux affirmations de l’infâme Lucien Rebatet il n’existe pas de preuve que Philippe Henriot cautionne dès 1939 des idées antisémites extrêmes. En revanche il prend fait et cause pour Francisco Franco et voue aux gémonies les brigades internationales, les communistes et tous ceux qui doivent se réfugier en France et qui sont en fait parqués dans des camps de concentration installés par la IIIème République et souvent présentés à tort comme une création du régime de Vichy qui il est vrai va intensivement les utiliser…Face à l’effondrement militaire français Henriot demeure assez en retrait, mais rejoint assez vite les zélateurs du maréchal en utilisant une image christique que l’église va développer et qui glorifie Philippe Pétain « de prendre sur ses épaules tout le fardeau de la défaite et de s’en charger comme d’une croix ».

Toutefois, il convient de noter qu’Henriot est frappé par le malheur avec le décès de son fils Jacques Henriot qui est sergent-chef pilote dans l’armée de l’Air à Cazaux : il s’agit d’un décès accidentel sans rapport avec la conduite d’une opération de guerre. Paradoxalement cet homme d’extrême droite a peu de relais dans le monde politique de Vichy. Il est fait mention d’un très intéressant document dans lequel Henriot s’adresse à un ami juif ancien combattant et tente de la rassurer au sujet du statut des juifs en cours d’élaboration, on ne sait pas si le texte date de 1940 ou de 1941, mais toujours est-il que Philippe Henriot y prend la défense des français de confession israélite qu’il indique ne pas devoir confondre avec les « Juifs » ; de même Jean-Pierre Bloch qui vient de s’évader d’un camp de prisonnier en Allemagne rencontre fortuitement Henriot dans une gare et ce dernier s’empresse de lui dire « si vous avez besoin de moi pour quoi que ce soit, téléphonez moi je vous aiderais » : ces deux éléments montrent bien la complexité de la personnalité d’Henriot. Toutefois sa perception des choses va se modifier dramatiquement lorsqu’il va chercher à tout prix à se faire une place au soleil dans le domaine des médias et de la propagande du côté de Vichy et se livre à une terrible série d’article dans Gringoire, mais curieusement un trait humain réapparait encore sous la forme d’un article qui fait allusion à sa passion véritable qui est la chasse aux papillons…Tout change en 1941 lors du déclenchement de l’opération Barbarossa qui comme le note alors Lucien Rebatet « comme beaucoup d’entre nous, l’attaque de la Russie a fait d’Henriot un collaborateur convaincu » ; l’attaque nazie contre la citadelle du bolchevisme, mais malgré tout jusqu’à la fin 1941 Henriot est seulement un orateur officiel de la propagande maréchaliste, ses qualités oratoires lui valent à nouveau le succès et finalement il entreprend une tournée de propagande en Afrique Occidentale Française (AOF) dont il tire un formidable article pour Gringoire le 1er mars 1942 (qui est aussi l’occasion de fustiger la dissidence gaulliste), il interprète l’opération Torch du 8 novembre 1942 comme une trahison (un guet-apens). Le retour au pouvoir de Pierre Laval marque un tournant majeur idéologique selon Patrick Buisson, et Laval décide à continuer de se servir de Henriot qui partage sa terrible phrase sur le souhait d’une victoire allemande pour contrer le bolchevisme et son discours se radicalise en prenant une tournure violemment antimilitaire visant les généraux et même l’entourage de Pétain et peut être même le maréchal lui-même.

Le militantisme pronazi de Henriot devient évident avec son jeune fils André qui s’engage dans le NSKK un corps auxiliaire de soutien logistique de la Wehrmacht destine à ravitailler les troupes allemandes du front de l’Est (par la suite Henriot n’hésitera pas à dire que son fils s’est engagé dans la Waffen-SS histoire de bâtir stupidement une légende bien noire). Ultime aboutissement de sa dérive intellectuelle Henriot finit par rejoindre la milice en mai 1943 et c’est le seul uniforme qu’il aura porté de toute sa vie…et il arbore cet uniforme avec ostentation lors de meetings publics et trouve ainsi une sorte de compensation paramilitaire à son absence de service nationale. A partir de là Henriot devient le laquait des intérêts nazies. L’heure de gloire a sonné (c’est plutôt le glas) et les allemands imposent à Pétain la présence de Henriot comme secrétaire d’Etat, en même temps que Marcel Déat et Joseph Darnand. Le 6 janvier 1944, il devient officiellement secrétaire d’Etat à l’information et à la propagande et à défaut d’être un ministre capable de gérer une structure administrative, il va croiser le fer avec les speakers français de radio Londres et tous les coûts deviennent permis.

Cette montée en puissance dans un contexte ou la puissance du Reich est déclinante possède un aspect furieux et inquiétant, jusqu’au fameux duel avec Pierre Dac (André Isaac) à qui Henriot reproche sa judaïté et qui dans une formidable anticipation des évènements réponde Philipe Henriot mort pour Hitler fusillé par les Français. Tout est dit.

Cette ouvrage est exceptionnel car il donne des éléments honnêtes à décharge et à charge contre Henriot et empêche que le personnage ne soit dépourvu de toute humanité, ce qui rend le livre d’autant plus inquiétant pour le lecteur que je suis.
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Howl
Howl
DVD ~ Ed Speleers
Prix : EUR 14,99

2 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile 
2.0 étoiles sur 5 Méfiez vous des commentaires laudateurs : ce film est une daube, 29 avril 2017
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Howl (DVD)
Nous avons le thème du lycanthrope classique de la littérature et des films d'horreur et j'avais acheté ce film en me fiant aux commentaires plutôt corrects présents sur ce site.

Tout de suite, nous sommes sur un DVD dont la qualité vidéo est à peine celui d'une vieille VHS bien pourrie. Les effets spéciaux qui essayent de combiner du numérique low Cost pour montrer le train immobilisé en rase campagne et des costumes du loup-garou moches plus qu'effrayants : a vrai dire proche du grotesque.

Les acteurs sont mauvais dans l'ensemble et ils représentent des stéréotypes caricaturaux... J'ai eu du mal à tenir jusqu'à la fin de ce navet. Franchement faites vous une faveur, consacrez l'argent à un bon film comme la réédition de Phantasm en Blu Ray : une valeur sûre du film de genre.


Vichy-Alger, 1940-1942: Le chemin de la France au tournant de la guerre
Vichy-Alger, 1940-1942: Le chemin de la France au tournant de la guerre
par Elmar Krautkramer
Edition : Broché
Prix : EUR 29,00

1 internaute sur 3 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Un excellent ouvrage qui oblige a réfléchir sur les actions concrètes de nombreux personnels militaires de Vichy, 21 avril 2017
Ce commentaire fait référence à cette édition : Vichy-Alger, 1940-1942: Le chemin de la France au tournant de la guerre (Broché)
L’ouvrage d’Elmar Krautkramer publié aux éditions Economica dans la collection Mémorial de Caen est relatif à la période qui va de la défaite de la France en mai/juin 1940 à l’assassinat de l’amiral Darlan à Alger en décembre 1942. Cet ouvrage présente un intérêt considérable parce qu’il est écrit par un universitaire allemand qui n’est pas soumis à la mortification rituelle « des heures les plus sombres de notre histoire » : son analyse du jeu de Vichy comme celui de la France libre de De Gaulle se veut impartial et factuel sur cette période. En outre, il fait une très large exploitation des archives anglaises américaines et française stocké au Service Historique de la Défense à Vincennes (SHD), puisqu’il faut bien le dire il existe toujours des ouvrages en 2017 qui ne font même pas cet effort minimal…Disons qu’il existait un seul ouvrage français similaire celui de Jean-Pierre et Michelle Cointet qui couvre une période un peu plus longue à Alger et qui doit dater de 2005. Mais disons le l’ouvrage de Krautkramer a à notre avis été un travail pionner et difficile à dépasser : les seules zones d’ombres susceptibles de faire l‘objet d’un travail d’interprétation supplémentaire restent les évènements dont la narration repose sur les mémoires souvent contradictoires des protagonistes de l’époque : c’est certain sur ce point les débats ne seront jamais clos. Plutôt que de se complaire dans un anathème sur Vichy et de se faire l’hagiographe du général de Gaulle, l’universitaire allemand préfère indiquer que de Gaulle et Pétain ont tous deux avec des méthodes différentes, mais un ardent patriotisme poursuivi le même but qui consistait à tirer la France de l’ornière où la défaite l’avait plongée même si les méthodes utilisées par l’un et l’autre empêchait définitivement toute jonction des deux efforts : cette scission se manifesta à la libération, sans que l’épuration y mette un terme définitif. L’historiographie française de Vichy à fait beaucoup de progrès selon l’auteur avec les travaux d’Henry Rousso, de Marc Ferro, de Fred Kupfermann et surtout la biographie de Darlan de Hervé Coutau-Bégarie et de Claude Huan qui date de 1989 : sur ce point il convient de dire que les travaux de Huan et Coutau-Bégarie sont contestés dans les années 2010 avec notamment une nouvelle biographie de l’amiral Darlan aux presses du CNRS qui justement sous la plume de Bernard Costagliola démontre la complaisance et le révisionnisme de cette première biographie : toutefois il n’est pas impossible que l’on soit retombé dans le goût de l’anathème systématique à l’encontre de Vichy.

L’ouvrage de Krautkramer n’est pas une histoire de Vichy, mais se limite à reconstituer son jeu en Algérie, mais consiste en premier lieu il s’agit de rechercher comment les politiciens et les militaires surent utiliser la marge de manœuvre que l’armistice avait laissé à la France et surtout à l’Empire pour se frayer un passage qui allait aboutir à la libération du pays : le postulat de l‘auteur est que dans l’histoire de la seconde guerre mondiale on n’a pas apprécié à sa juste valeur le rôle que la France avait joué entre les deux camps. Pour M. Krautkramer « le combat de la France n’a pas commencé avec l’appel du 18 juin, mais tout a débuté et peut être avec plus d’efficacité avec l’armistice de Rethondes et l’utilisation de l’espace libre et de la liberté de manœuvre qui était laissé à la France ».

Ce leitmotiv pose tout de même quelques problèmes : je n’ai jamais lu de travaux historiques attribuant à l’armistice de Rethondes, puis ultérieurement à la politique de collaboration avec l’Allemagne nazie (qui figurait d’une manière rustique dans un article de la convention d’armistice) une quelconque vertu dans la victoire et le relèvement de la France en 1945. Pour tout dire je suis très surpris de cette formulation qui rend plus méritoire l’armistice que l’appel du 18 juin 1940.

Bien sûr il s’agit à mon avis d’une question de formulation, car les effets de l’armistice de Rethondes devaient doter l’état français d’une zone non occupée, d’une armée d’armistice, réduite certes à la portion congrue, mais permettant dans l’ensemble de conserver sous un changement d’appellation d’un 2ème bureau qui sera particulièrement actif en Algérie sous la direction du colonel Chrétien et à Vichy avec les colonels Rivet (qui rejoindra la France Libre à Alger en 1942) et Paillole (qui sera démis de ses fonctions par De Gaulle, qui n’a jamais compris que les grands serviteurs de l’état se doivent de rester apolitiques) : de ce point de vue il doit être rappelé que le 2ème bureau a conduit des actions impitoyables contre les espions allemands en zone non occupé et que de nombreuses personnes ont été fusillées sans que jamais Philipe Pétain ne fasse usage de son droit de grâce comme l’on démontré des travaux de recherche conduit par un chercheur anglo-saxon dans un ouvrage publié aux éditions Autrement en 2004.

Elmar Krautkramer dans la rédaction de son ouvrage sur les préparatifs franco-américano-britannique a eu largement accès au fond privé que détenait le général Chrétien (qui sera maintenu en fonction par de Gaulle dans ses fonctions de chef de la sécurité militaire) et dont une version contextualisée d’un tapuscrit a été publiée en 2015 dans la collection Histoire et collection : cet ouvrage a été mis en forme par le LCL Olivier Lahaie et porte le titre de « Guerre des services spéciaux en Afrique du Nord 1941-1945 : mémoires du général Jean Chrétien ancien chef du contre-espionnage à Alger.

Cet ouvrage est passionnant et l’on voit à quel point il vient bien corroborer les évènements factuels décrit par Elmar Krautkramer. On voit bien dans les deux ouvrages les efforts accomplis par Weygand en Afrique du Nord pour protéger les intérêts français, sans être toutefois capable de prendre ses distances vis-à-vis de Pétain auquel il est militairement subordonné, cette rigueur excessive et un peu ridicule qui le conduit notamment à encourager la législation antisémite infâme du régime de Vichy, toutefois, sur ce point Krautkramer montre bien que la position des Juifs d’Algérie au regard de l’abrogation du décret Crémieux était un vrai casse-tête pour les autorités française, pour la simple et bonne raison que les populations musulmanes avaient été ravi du sort des israélites et que dans le contexte ultra-tendu de l’époque avec tout le problème du foyer national juif créé par les Britanniques en Palestine et les appels à la haine du grand muphti de Jérusalem Al Husseini complètement phagocyté par la propagande antisémite de l’axe. L’Abwer parvint à recruter en Algérie, au Maroc et en Tunisie un certain nombre d’agents indigènes dont la plupart furent pris emprisonnés et pour une très large partie fusillés par les autorités françaises.

Il est absolument certain que Vichy étudia les modalités d’utilisation de l’Empire et de la flotte française comme moyen de rentrer dans le conflit aux côtés des alliés contre l’Allemagne nazie. Cette volonté persistera même après la tragédie de Mers El Kébir qui avait toutefois puissamment nourri l’anglophobie de Darlan car il est juste de rappeler qu’il avait donné à Churchill sa parole que jamais la flotte française ne serait mise à disposition de l’axe, ce que le sabordage de Toulon après l’accomplissement de la directive Attila devenu l’opération Anton, d’occupation de la zone sud concrétisa de manière tragique.

L’ouvrage confirme à quel point De Gaulle fut considéré par Roosevelt comme un minable et à quel point cela fut dramatique, conduisant Washington et Londres à tenter de jouer la carte du général Giraud : même si l’on peut dire que Churchill malgré ses relations difficiles avec De Gaulle en éprouva une certaine gêne (fortement appuyée par l’action d’Antony Eden et des travaillistes qui définirent l’organisation de la France libre) : on peut penser que l’activité diplomatique du Royaume-Uni avec Vichy fut loin d’être inexistante jusqu’au 8 novembre 1942 : les archives de cette période étant seulement consultable à partir de 2017 : on devrait bientôt avoir une appréciation du professeur Kersaudy qui faisait lui aussi état de fonds d’archives toujours classifiés…

Krautkramer ne cache rien des protocoles de Paris et des tentatives de collaboration militaire avec l’Allemagne dont l’architecte fut l’immonde Benoist-Méchin avec son ami Otto Abetz, qui répondait à une véritable demande allemande concernant la mise à disposition d’aérodrome en Syrie pour appuyer le putsch de Rachid Ali contre les Britanniques, sans compter une demande de moyens logistiques considérables pour ravitailler discrètement l’Afrika Korps de Rommel à partir de la Tunisie : ce qui fut au moins partiellement fait… Finalement les protocoles de Paris furent bloqués par l’opposition conjointe de Pétain et Weygand.

Toujours est-il que l’on dispose d’une très bonne étude de la préparation de l’opération Torch avec l’action de Murphy et de l’OSS en Afrique du Nord pour des contacts avec le groupe des cinq dont le leader était un personnage glauque Lemaigre-Dubreuil assisté pour les aspects diplomatiques de Saint Hardouin qui finira par rejoindre le général de Gaulle : on assiste à un montage surréaliste dans lequel les Etats-Unis acceptent finalement de cautionner un complot d’origine monarchiste visant à porter à la tête de la France libre le comte de Paris. Les Etats-Unis ne reculeront devant aucune bassesse, lorsque la nullité de Giraud deviendra trop criante sur le plan politique ils joueront l’expédient provisoire « Darlan » dans des conditions qui montrent certes l’habileté manœuvrière de l’amiral de la Flotte et correspond peut être aussi à une volonté sincère de se racheter une conduite. Darlan est utilisé par les américains pour obtenir le succès de l’opération Torch avec le moins de pertes possibles : ce qui sera d’ailleurs très complexe pour lui qui doit jouer avec les apparences vis-à-vis de Vichy.

Peu à peu Darlan va susciter la vindicte à la fois des opinions publiques anglo-saxonnes, avec une presse qui se déchaine outre-Atlantique et le fait qu’il est perçu de plus en plus par Roosevelt comme un expédient provisoire : expédient provisoire qui disparaît brusquement le 25 décembre 1942 lors d’un attentat monarchiste, ou au moins d’un attentat dans lequel des éléments monarchistes ont été manipulés par les anglo-saxons et éventuellement par de De Gaulle.

Sur l’implication de la France libre on sait tout de même que le jeune homme qui était un ardent patriote et un royaliste convaincu était en possession de fonds provenant de la France Libre avec probablement une origine américaine. Toutefois, Krautkramer estime que si le général de Gaulle était informé de la préparation de l’attentat contre Darlan, il n’en aurait point été le commanditaire et se bornait à avoir d’excellentes relations avec le comte de Paris. Et finalement dans la course au pouvoir en Afrique du Nord Charles de Gaulle parviendra sans grand mal à éliminer de la course le général Giraud qui n’avait franchement aucune prédisposition à devenir une autorité politique.

Donc au final un très bon livre, à lire avec l’esprit critique et tout de même une assez bonne connaissance de cette période. Sinon, cet ouvrage vous conduira à réfléchir longtemps après avoir terminé sa lecture et l’on ne peut rien demander de plus à un bon travail de recherche qui fait fi des clivages habituels.


France 1940
France 1940
par Philip NORD
Edition : Broché
Prix : EUR 19,90

2 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
2.0 étoiles sur 5 Un ouvrage médiocre : une compilation de poncifs et d'analyses creuses, 17 avril 2017
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Ce commentaire fait référence à cette édition : France 1940 (Broché)
L’ouvrage de Philip Nord « France 1940 défendre la république » est un livre qui propose une relecture des évènements ayant conduit à la défaite de la France en mai/juin 1940. L’auteur propose un regard extérieur destiné à relativiser l’état d’impréparation de la France dans son conflit avec l’Allemagne nazie. Dans l’ensemble cet ouvrage est fluide et bien écrit mais il contient quelques partis pris que je vais développer et qui ne me paraisse pas convaincants. Dès la première page l’auteur indique que la France a perdu 90 000 soldats : c’est une affirmation fausse qui a été rectifié par le ministère de la défense français via le service historique de la Défense (SHD) qui montre que les pertes françaises, hors marine (qui n’a pas combattu) ont été de 55 000 hommes ce qui est déjà très honorable compte tenu de la brièveté et de l’intensité des combats : ce monsieur commence par une donnée fausse, au demeurant reprise jusqu’à 100 000 hommes par certains auteurs sans scrupules, alors même que le ministère de la défense a parlé « de chiffres patriotiques » pour qualifier ces surestimations.

L’auteur s’en prend aussi d’emblée aux analyses de gens aussi différents que Marc Bloch et Philipe Pétain : Philipe Pétain indiquait « trop peu d’armes trop peu d’enfants et trop peu d’alliés » : en fait il faut dire que le trop peu d’enfants correspondait à la saignée démographique de 1914-1918 dont la France ne s’était pas remise en 1939/1940, c’est un fait vérifiable par l’étude de la démographie et le trop peu d’alliés fait référence à un engagement nul des Etats-Unis sauf pour des ventes d’armes et à un service minimum des Britanniques (qui ne pouvaient pas faire mieux, il convient de le dire par honnête). L’analyse de Marc Bloch, que l’on ne pourra pas soupçonner de connivence avec Pétain est consignée dans un formidable ouvrage « L’Etrange défaite » dont la sincérité et la lucidité n’ont jamais été remises en cause depuis sa parution : Bloch à des mots très durs pour les Britanniques et surtout pour le manque d’imagination des planificateurs militaires français, puis bien sûr l’égoïsme et l’individualisme de tout le corps social français. L’auteur cite aussi, mais sans les critiquer les travaux de Jean-Baptiste Duroselle en matière diplomatique (L’Abime et la catastrophe ») qui montre bien l’aboutissement d’un processus de décadence. L’auteur considère que ce type d’approche est celui d’une explication classique avec une période de décadence de la France qui aboutit à l’année 1940 qui est en quelque sorte le point culminant du processus, avant l’engagement dans l’après-guerre d’un processus de modernisation qui verra la restauration de la puissance de la France : dans cet esprit il existe un très bon ouvrage disponible dans la collection Texto d’Alistair Horn « Comment perdre une bataille » bien écrit et accessible. Cette explication classique selon Nord serait déjà contestée à partir des années 1970 et ne reconnaîtra pas l’existence du concept de « France décadente » et serait remplacée aux Etats-Unis par une démarche « révisionniste » notamment marqué par les travaux d’Ernest May (historien de grand renom aux Etats-Unis) et de Julian Jackson qui n’est pas connu en France sauf par des universitaires spécialistes de la question et qui à ma connaissance ne jouit pas d’un grand crédit. La particularité de ces historiens selon Nord serait de déceler des efforts français là où les autres n’ont rien vu…L’approche révisionniste qui consiste à revisiter les causes de la défaite française est plutôt sympathique a priori mais nous verrons que son résultat n’est pas conclusif. Un élément juste consiste à montrer que la politique de réarmement de la France vers la fin des années 1930 n’était pas dépourvu d’énergie sauf peut-être en matière aérienne, mais là aussi monsieur Nord estime que ce n’est pas sûr : et pourtant la Luftwaffe a surclassé sans grande difficulté la chasse française, en dépit d’un immense courage et de qualités professionnelles reconnues pour les pilotes français ; de même les tentatives de bombardements des blindés allemands lors de la percée de Sedan a été un échec en raison de l’absence de bombardiers assez modernes et rapides : les quelques unités envoyées par la France ont été décimées par la Flak allemande… M. Nord note sans rire « Après la débâcle munichoise de 1938, l’opinion se ressaisit et se regroupa sous la bannière de la défense nationale » : oui sauf que c’est un peu tard et cette débâcle de la France et du Royaume-Uni avec les Daladier et Chamberlain donne à Hitler l’impression de pouvoir compter sur un recul indéfini des démocraties ; dans ses mémoires le diplomate italien Anfuso donne un aperçu drolatique et grotesques des aventures de Daladier et d’Alexis Léger cette nullité connue sous le nom de Saint John Perse dont la reconstitution des journées lorsqu’il était secrétaire général du Quai d’Orsay montre qu’il devait consacrer un peu moins de deux heures à ses activités professionnelles (CF JB Duroselle).

Sans compter une phrase que j’adore vraiment et qui est touche le fond du n’importe quoi et du délire « La France connut la déroute au printemps de 1940, mais pour les armées de Hitler, la bataille de France ne fut qu’une victoire de plus dans une chaîne ininterrompue de succès (à l’exception de la bataille d’Angleterre) qui se poursuivent jusqu’au moment où les troupes allemandes ses trouvèrent stoppées devant Moscou début décembre 1941 » : personnellement je ne comprends pas comment la défaite de la France qui disposait toujours d’une armée considérée comme la plus puissante au monde avec la seconde flotte de combat, juste derrière le Royaume-Uni peut être comparée avec des pays comme la Pologne, les Pays-Bas ou la Belgique : alors même que l’on sait par les documents d’époque que les Allemands eux-mêmes malgré la manœuvre de percée de Sedan imaginée par Von Manstein et exploité surtout par Guderian et Rommel n’imaginait pas une victoire aussi facile : c’est d’ailleurs la fausseté des causes réelles de ce blitzkrieg imprévu qui va donner une confiance indue à Hitler pour l’opération Barbarossa avec les conséquences que l’on connaît.

Concernant le gouvernement de Vichy ; ce dernier est désigné par monsieur Nord en page 16 comme « collaborationniste » alors que ce qualificatif est réservé, dans la totalité de la littérature universitaire et historique aux ultra qui étaient financés directement par l’Allemagne : Marcel Déat, Jacques Doriot, certes Benoist-Méchin et François de Brinon en théorie plus proche de Vichy, sans compter les Philipe Henriot les Jean Luchaire etc…les entretiens de Montoire ont mis en place les conditions d’une collaboration entre l’Etat française et l’Allemagne nazie : mais contrairement au collaborationnisme, il n’y avait à l’origine nul adhésion à l’idéologie nazie.

Assez curieusement M. Nord convient que « A certains égards la France se trouvait de fait dans une situation stratégique défavorable quand la guerre éclata en septembre 1939 » : c’est déjà le nœud du problème un tel désavantage est impossible à remonter face à un ennemi aussi déterminé que l’Allemagne nazie.

Sur un point je donne volontiers quitus à M. Nord, le comportement de la Grande-Bretagne vis-à-vis de la France a souvent été inconstant, lors de la remilitarisation de la Rhénanie en mars 1936, la France envisagea différents type d’action mais n’en engagea aucune dissuadée par le refus du Royaume-Uni d’apporter son aide, de même elle avait autorisé Hitler de manière unilatérale et sans en informer la France de pouvoir accroître le tonnage de sa flotte de guerre et bien plus tard l’aide apporté à la France fut tardive et limitée une dizaine de divisions en mai 1940 (c’est vrai mais on passe sous silence que les Britanniques n’étaient pas vraiment dans un très forte position, et qu’il paraissait évident que leurs planificateurs prévoyaient déjà la défense du Royaume-Uni….). Monsieur Nord surestime de beaucoup les accords négocié par Aristide Briand en 1925 à Locarno, d’ailleurs comme il l’indique fort justement il fallut dès 1935 négocier avec l’Italie et le Royaume-Uni le front de Stresa pour garantir l’indépendance de l’Autriche, sans compter le pacte d’assistance mutuelle avec l’URSS : pacte dont la négociation fut lancée par Louis Barthou et achevé après son décès par Pierre Laval : mais dans les deux cas pour des raisons différentes les tentatives françaises d’encercler l’Allemagne échouèrent lamentablement : ce que reconnaît M. Nord au demeurant : tous cela est bien connu depuis des lustres et n’apporte rien à la compréhension des évènements…Nord estime que la France aurait pu jouer davantage la carte soviétique, ce n’est pas faux, mais c’est oublier que les accords déjà signés avec les soviétiques étaient dépourvus de volets militaires concrets et d’ailleurs le Royaume-Uni était fortement hostile à un tel jeu diplomatique, qui de toute façon n’aurait jamais eu l’agrément des Polonais pour les raisons que nous connaissons et que Nord cite.

Ensuite Nord essaye de montrer que la France n’a pas été plus lente ou moins impréparé que le Royaume-Uni et les Etats-Unis : c’est vrai mais cette transposition butte sur des données géopolitiques incongrues et inadmissibles : le dilettantisme français est d’autant plus impardonnable que la France est un pays riverain de l’Allemagne que l’absence de profondeur stratégique et que la comparaison avec une île comme la Grande-Bretagne et a fortiori avec les Etats-Unis est purement absurde et incompréhensible…. De même dire que la débâcle française ne fut pas plus déshonorante que celles de la Belgique et de la Hollande marque une vrai progression vers le n’importe quoi (page 132). La France ne disposait pas de glacis stratégique face à l’Allemagne contrairement à l’URSS, les Etats-Unis et le Royaume-Uni, donc je ne comprends pas en quoi à l’abri d’une ligne fortifié, au demeurant incomplète la France aurait été comme le dit Nord capable de jouer sur une pseudo « stratégie de guerre longue » « tenir la ligne, amasser des ressources, puis partir à l’attaque » (!!!??) (page 135).

Les efforts de réarmement considérable entamé durant le front populaire sont bien connus et ils sont méritoires, en revanchent ils sont beaucoup trop tardif pour placer la France dans une situation de force face à l’Allemagne de Hitler… L’argument tendancieux qui consiste à dire qu’au début de 1940 la France et le Royaume-Uni réunis produisaient plus d’avions de guerre que l’Allemagne consiste à additionner des choux avec des carottes pour finir par se retrouver avec des navets le jour de la confrontation avec la Luftwaffe…Dotant plus curieux que si le Spitfire est bien un réel succès présenté comme tel par Nord ce dernier reconnaît l’infériorité du Morane par rapport au BF-109 allemand ; il en va de même sur le constat que le SOMUA S-35 était le meilleur char moyen au monde (il sera réutiliser lors de l’invasion de la Russie par des équipages allemands à partir de la Finlande et montrera rapidement ses défauts considérables…), le char lourd B1 Bis doté d’un excellent canon de 75 mm. monté en casemate avait le plus grand respect des militaires allemands, mais il fut pénalisé par l’absence de moyen radio (sauf sur le char de commandement) et par une doctrine d’emploi aberrante, alors qu’utilisé en masse contre les chars allemands il aurait ruiné une partie non négligeable des capacités militaire de Hilter…

Bien sûr M. Nord y va de son couplet sur le passé moi l’expression « harakiri politique, un suicide d’autant plus atterrant qu’il ouvrait la voie à un nouveau régime de nature autoritaire ». Bien sûr nous avons droit à un immonde passage qui parle du colonel de la Roque et de son parti le PSF comme un mouvement fasciste : c’est un fantasme bien américain, auquel la recherche française a tordu le cou il y a déjà longtemps sous la plume de Michel Winock mais aussi sous celle de Serge Berstein aux presses du CNRS. Décidé à recycler tous les poncifs qui doivent apparemment prospérer aux États-Unis M Nord retient quasiment la thèse du complot (qui il fait le rappeler a été écarté par les tribunaux à la libération) « Il y eu un Iago dans cette stratégie, beaucoup de Iago : des officiers, des fonctionnaires qui se sentaient peu ou ne sentaient pas solidaires du régime, profitèrent d’un crise très intenses pour prendre temporairement la main » : historiquement la IIIème République avait beaucoup d’ennemis suite à des poussées d’anticléricalismes, mais la République s’est sabordé elle-même par un vote majoritaire dont la légalité est difficile à contester : dire que Laval ou Pétain n’ont pas tiré parti de cette situation serait faux, mais ils n’en furent pas les instigateurs, nous avons été confronté à une crise de régime larvé depuis 1924 qui aboutit à une déliquescence complète qu’il faut attribuer aux hommes politiques de cette époque de manière générale. Au demeurant l’analyse de la situation dramatique dans laquelle fut plongé Paul Reynaud, l’absence de soutien du Royaume-Uni et le refus de s’engager des Etats-Unis étaient dramatiques et venaient consommer la défaite de la France ; sans compter que la situation militaire avec un changement de généralissime passant de Gamelin à Weygand était insusceptible de modifier la donne militaire.

Assez curieusement, M. Nord cite le général Charles Noguès commandant en chef des forces armées françaises comme décrivant une situation ne permettant pas de continuer la guerre à partir de l’Afrique, hors en 1999, un chercheur allemand du nom d’Elmar Krautkramer a réalisé un travail colossal sur la période 1940-1942 à partir des archives française du SHD de Vincennes et des archives allemandes, britanniques et américaine et il apparaît clairement que Noguès était déterminé à poursuivre la guerre en Afrique et qu’il fallut lui faire entendre raison pour pouvoir négocier un armistice…

Ce récit confus est contestable est suivi d’une analyse superficiel du régime de Vichy, ce qui me paraît hors sujet pour un ouvrage qui traite de la défaite de la France en mai 1940. En la matière je pense qu’il convient de renvoyer les lecteurs intéressés aux ouvrages de Jean-Pierre Cointet, Henry Rousso et autres auteurs de talents.

Pour une étude historique des problèmes rencontrés par l’armée française, il existe un ouvrage un peu dense mais faisant une exploitation massive des archives détenues au Service Historique de la Défense (SHD) de Vincennes : Gérard Chauvy « le drame de l’armée française du Front populaire à Vichy », éditions Pygmalion, 2010. Au moins vous ne gaspillerez pas votre argent pour un ouvrage médiocre.
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Histoire des guerres romaines : Milieu du VIIIe siècle avant J.-C.-410 après J.-C.
Histoire des guerres romaines : Milieu du VIIIe siècle avant J.-C.-410 après J.-C.
par Yann Le Bohec
Edition : Broché
Prix : EUR 25,90

8 internautes sur 9 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un remarquable ouvrage de référence qui confirme la maîtrise du sujet par son auteur, 8 avril 2017
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
L’ouvrage de Yann Le Bohec « Histoire des Guerres Romaines, milieu du VIIème siècle avant JC-410 après JC » constitue une suite à l’ouvrage du même auteur dont le titre est « la Guerre Romaine ». De mon point de vue cet ouvrage ne peut pas être qualifié d’original dans la mesure où il reprend assez largement des informations provenant de divers ouvrages de Yann Le Bohec notamment son ouvrage dédié à « l’histoire militaire des guerres puniques » disponible dans la collection Texto et qui malgré les grincheux et surtout les universitaires jaloux qui viennent se défouler sur Amazon en postant des commentaires assassins demeure en français le texte de référence, en Italie il faudrait compter sur le livre de Giovanni Brizzi, mais avant d’avoir une traduction digne de ce nom il faudra sans doute attendre un peu. Pour mémoire on peut rappeler que l’ouvrage classique de Brizzi sur le fantassin de l’antiquité allant de l’hoplite grec au légionnaire romain a été traduit par Yann le Bohec et n’a pas été réédité à ce jour ce qui en dit long sur les éditeurs français mais aussi sur le lectorat français pour de tels ouvrages. Des éléments proviennent bien évidement de « César chef de Guerre » qui est aussi une petite merveille disponible en format de poche toujours chez Texto. Certains éléments sur la période qui va de la crise militaire du IIIème siècle à la fin de l’empire dont une des dates scientifiquement acceptées est bien celle de 410, retenue par l’auteur, proviennent de l’ouvrage « Géopolitique de l’Empire Romain » qui n’a pas été publié en format de poche et reste disponible chez Picard. Donc si tous les éléments utilisés ne peuvent pas être considérés comme rigoureusement originaux, il n’en demeure pas moins que le rassemblement des données dans un seul volume publié par les excellentes éditions Tallandier en 2017 dans la collection l’Art de la Guerre mérite d’être salué et non pas conspué comme le fond certains imbéciles qui au demeurant ne lisent pas les ouvrages dont ils écrivent des recensions et se comportent comme de vulgaires voyous dont le seul but est de dénigrer le travail colossal de Yann Le Bohec. On doit noter que l’ouvrage a été édité avec le soutien du Centre National du Livre ce qui démontre bien qu’il s’agit d’une aventure commerciale dont le caractère rentable n’est pas du tout assuré.

Pour l’honnête homme et l’amateur d’histoire romaine l’ouvrage de Yann Le Bohec constitue un ouvrage de référence qui permettra de rayonner ensuite vers les ouvrages thématiques de l’auteur tout en ayant fourni un corpus extrêmement solide et complet : il paraît difficile d’attendre davantage d’un livre qui ne fait « que 562 pages » de texte. Comme à son habitude Le Bohec donne un ensemble de schémas tactiques assez explicites pour chacun des engagements militaires majeurs évoqués et je mets au défi ses contempteurs de faire mieux. Le seul reproche que j’adresserais de bonne foi à l’ouvrage est de ne pas procurer au lecteur néophyte ou même au chercheur confirmé une ou plusieurs cartes de l’Empire Romain d’Occident, même si en la matière il existe de superbes atlas qui feront très bien l’affaire.
J’ai ressenti à la lecture de l’introduction une charge émotionnelle assez lourde chez Le Bohec qui me semble avoir été chagriné de traiter de l’apogée et de la chute de L’empire d’Occident, tout en réfutant que tout essai d’histoire militaire soit en lui-même une apologie de la violence : en effet c’est un sujet d’étude qui nécessite un certain détachement de la part de l’auteur, mais je dirais pour le rassurer qu’il en va de même de beaucoup d’autres périodes militaires, 14-18 et plus encore la seconde guerre mondiale…

Yann Le Bohec est très conscient de la difficulté de l’exercice et indique en introduction que le présent ouvrage est seulement un essai de synthèse « Il convient de rester modeste ».

Il est impossible ou sans intérêt majeur de faire une recension de l’ensemble des conflits militaires identifié par Le Bohec en revanche, on peut estimer qu’une étude de sa méthodologie et ses conclusions intermédiaires et globales sont de nature à inciter fortement un futur acquéreur à décider l’achat et la lecture d’un ouvrage qui par son style universitaire raisonnable est de nature à être une référence : et ce beaucoup plus que des ouvrages vulgaires au ton familier qui tendent à se multiplier dans le secteur de l’histoire de Rome dans l’espoir de séduire un lectorat qui à mon avis fera des contresens monstrueux ou demeurera en possession d’un couche superficielle de connaissances, et c’est d’ailleurs bien dommage.

Le Bohec s’interroge sur les difficultés concernant les études sur les guerres et surtout sur la nature des sources : celles-ci sont disparates, tantôt lacunaires tantôt claires et précises mais toujours concises, et souvent connue par des travaux de synthèse rédigés par des abréviateurs pas forcément inspirés ou fiables : avec l’exemple de la bataille d’Orange en 105 av JC et des évènements comme la bataille du Harzhorn peu après 235 de notre ère révélée par des travaux archéologiques.

Ensuite il convient de distinguer pour chaque évènement les causes (causes lointaines, en général au pluriel) et le prétexte c’est-à-dire la cause proche (normalement au singulier) qui ont conduit à la conflagration. Pour ce qui est des causes il est admis qu’elles étaient en général multiples et qu’elles répondaient à des besoins éternels, l’argent et le pouvoir étant les causes les plus courantes. Dans le cas d’une guerre civile la politique jouait un rôle : unique pour les guerres civiles et déterminant lorsque des alliés des Rome demandaient du secours ; comme tous les états civilisés Rome cherchait une solution à ses problèmes d’abord par la diplomatie et disposait d’ambassadeurs extraordinaires, des legati, si les négociations échouaient il fallait soit renoncer soit continuer par le combat. Au sujet des guerres le droit romain était strict : il ne connaissait qu’une possibilité celle d’une guerre défensive répondant à une agression perpétrée par une autre puissance, qui de plus aurait selon l’auteur refusé de réparer ses torts : un ennemi attaquait et refusait toute compensation : s’était à ce moment que se produisait la déclaration officielle de de guerre qui était notifié par les legati. Toutefois, Le Bohec nuance cette approche qui nous paraît très optimiste dans le cas d’une puissance aussi impérialiste que Rome : quand l’Etat Romain voulait provoquer une guerre, « il trouvait toujours un arrangement avec le ciel pour se donner le beau rôle ».

Une fois que la guerre est décidée, l’historien doit mesurer les forces en présence et en la matière il est souvent plus aisé de connaître la partie romaine que le camp adverse, d’une part parce que la majorité des sources historiographiques antique sur cette période sont romaine et parce que certains peuples ne maîtrisaient pas l’écriture, l’auteur cite les Germains, mais on pourrait aussi bien y raccrocher les Sarmates, les Quades, les Marcomans et les Huns et la liste n’est pas exhaustive loin de là : ensuite l’historien doit rajouter une chronologie ou proposer une interprétation de faits connexes dont il est nécessaire de procéder à un balayage synoptique y compris bien sûr a posteriori avec l’exposé des stratégies et tactiques associées.

La guerre se termine par « une bataille décisive » suivi dans la perspective romaine par un armistice et un traité : traité (foedus) qui était toujours inéquitable parce que les Romains ne se reconnaissait pas d’égaux (on constate que ce trait de comportement perdure jusqu’à nos jours pour toutes les superpuissances modernes Etats-Unis en tête) car ils avaient reçu des dieux la majesté. Concernant les causes de la guerre Le Bohec passe en revue un certain nombre de théorie qui font de Sigmund Freud à la continuation de son œuvre par Norbert Elias, et sans doute la polémologie dont le fondateur était français en la personne de Gaston Bouthoul, cette approche a été reprise par des auteurs anglo-saxons dans le cadre d’une programme qui était le « Correlates of Wars program » qui n’est pas cité distinctement par l’auteur mais qui est reconnaissable au listage des conflits et à leur analyse statistique : l’auteur estime que cette compilation des conflits a conduit à l’exposé de motivations anachroniques, et sur ce point nous lui donnons bien volontiers quitus, toutefois, l’aspect mathématiques du programme était une première tentative de croisement entre les sciences « dures » et les sciences « molles » qui ne doit pas être rejeté d’emblée.

Pour les Romains qui furent pourtant très coutumier du fait la guerre civile se présentait comme la pire chose possible elle existait par la volonté de plusieurs hommes ou d’un seul la révolte de 49 av JC est dut au fait que César voulait échapper à une condamnation rendu inévitable par les actes dont ils s’étaient rendu coupable en Gaule (on parla même déjà à l’époque de crimes contre l’humanité) et il entra en conflit avec le Sénat qui se tourna vers Pompée : toutefois il est dommage que Le Bohec donc les connaissances sont remarquables ne contextualise pas davantage le conflit réel qui opposait Optimates et Populares et qui avait déjà eu des conséquences extrêmement violentes sous l’impulsion du parti marianiste (Marius et Cinna son continuateur) avec l’exercice de la fonction de dictateur par Sylla (cf Sylla du recteur Hinard dont j’ai effectué une recension détaillée sur ce site). Dans le cas de César deux peuples amis de Rome les Eduens et les Suèves réclamèrent l’intervention de César qui décida de défendre les Gaulois contre les Germains sans en référer au Sénat ce qui fut à l’origine de sa mise en accusation et provoqua la guerre civile de 49. Toutefois, l’exemple de Claude intervenant en Bretagne pour y défendre les intérêts de roitelet locaux amis de Rome est sujette à caution, Suétone soupçonne, à juste titre, que cette intervention militaire sans panache fut surtout pour un Empereur faible le moyen d’obtenir un triomphe militaire qu’il eut été bien en peine d’obtenir d’une autre manière…Et finalement la position dominante de Rome à l’issue de la seconde guerre punique en 201 av JC l’entraîna dans d’autres conflits : à partir de ce moment aucun autre Etat riverain de la Méditerranée ne pouvait prétendre rivaliser avec Rome : lorsqu’un sénateur prononça un discours à la fibre patriotique « et maintenant tous les peuples obéissent aux Romains » qui trouva une répartie pleine d’humour de Caton l’Ancien qui fit remarquer que tous les Romains obéissaient à leur femme ». Comme le note Le Bohec, de ce fait le Sénat se croyait obligé d’intervenir quand deux parties s’opposaient, que l’une ou les deux aient fait appel à son jugement : c’est pour protéger les juifs des Syriens que Pompée conquit la Judée (argument un peu fallacieux, et d’ailleurs Pompée par simple curiosité en profita pour profaner le Temple de Jérusalem..) .

Au fil de l’analyse de l’auteur il est devenu évident que les guerres romaines s’expliquaient par des causes plus nombreuses que l’on ne l’avait imaginé, avec sans doute un élément prépondérant qui avait été identifié par le général et historien grec Thucydide sous forme de volonté de puissance des peuples aboutissant à ce qu’il dénommé l’hégémonisme : constat absolument classique mais impeccable, qui aurait tendance à minorer l’explication de simples guerres justes et pieuses (conforme à la volonté des dieux) et strictement défensives : l’exemple célèbre est l’antagonisme entre Rome et Carthage avec la fameuse ritournelle de Caton l’Ancien sur la nécessité de détruire Carthage alors même que la puissance militaire de la cité état était déjà détruite : mais à l’évidence comme le montre l’auteur on avait aussi le thème complémentaire de l’ennemi héréditaire, voué à une formidable et inquiétante postérité qui pour Caton et Scipion rappelait que l’agresseur avait été Hannibal : c’est lui qui était venu en Italie et ce n’était pas les légions qui étaient allées en Afrique : sauf que c’est bien Rome qui fut à l’origine de la première guerre punique, mais la seconde guerre punique qui avait été à l’origine de situations catastrophiques pour Rome avait éclipser ce « détail »…. De même pour Le Bohec César a sciemment déclenché et fait durer la guerre des Gaules pour montrer son grand sens de l’Etat : sa virtu comme le note l’auteur Pline l’Ancien lui avait durement reproché d’avoir fait tuer tant d’hommes même s’il admirait l’intelligence du personnage.
Les Romains avaient mis en place des mécanismes qui étaient destinés à freiner l’activité guerrière : la guerre était un mal et il fallait l’éviter, il fallait d’abord que la guerre fut défensive et que ce soit un peuple ou un état extérieur qui est commis l’agression ; ensuite un prêtre faisait office de diplomate, le pater patratus engageait des négociations pour obtenir des réparations, puis en cas d’échec une déclaration de guerre en bonne et due forme était envoyée aux ennemis et plusieurs rites religieux se déroulaient faisant intervenir le temple de Bellone, les saliens prêtre du dieu Mars exécutaient une danse sacrée, la porte du temple de Janus était ouverte, les haruspices examinaient les entrailles des victimes tandis que les augures scrutaient le vol des oiseaux : toutes ses activités avaient pour but de conduire une bellum iustum piumque mots rendus souvent par « guerre juste et pieuse » alors que la traduction proposée par l’auteur est « guerre conforme au droit et à la religion ».

La thèse d’un impérialisme Romain au sens d’un projet géopolitique moderne construit est un sujet qui est très controversé et qui a déjà fait couler beaucoup d’encre avec notamment la « Conquête Romaine » d’André Piganiol et les études de Jérôme Carcopino, sans compter l’article cité de Paul Veyne « Y-a-t-il eut un impérialisme romain ? » qui montrait des guerres réalisées sur le mode défensif : sur ce point sans apporter une caution à la thèse de Luttwak Sur « la grande stratégie de l’Empire Romain » l’auteur insiste sur le fait que le cumul du syndrome du gendarme avec un déroulement favorable des guerres romaines a sans doute fini par engendrer un vrai impérialisme résumé par Virgile «n’oublie pas Romain : c’est à toi qu’il appartient de soumettre les nations ».

L’auteur passe en revue les concepts de grande guerre et de petite guerre (autrement dit la guérilla) : cette dernière forme assez rare chez les Romains fut surtout utilisée contre Hannibal : en fait le Romains pratiquaient essentiellement une guerre contre-insurrectionnelle avec une méthode simple (constamment reprise depuis lors) qui consistait à tuer tout ce qui bougeait et « ils incendiaient le reste ».

Concernant la stratégie de Rome entendue comme mise en œuvre de moyens divers pour remporter une guerre, Le Bohec considère qu’il ne faut pas retenir l’hypothèse d’une absence totale de stratégie sans tomber dans l’excès inverse de « grande stratégie », l’auteur estime que les Romains ont élaboré une « petite stratégie » qui était en partie empirique et qui évolua au fil du temps. L’auteur ne retient pas l’hypothèse d’une action coordonnée visant à contrôler le monde connu ; toutefois, les Romains ont d’abord dû lutter pour assurer leur survie dans un monde hostile puis ont étendu leur périmètre dans le Latium (338 av JC), puis à l’Italie (264 av JC) avant les grandes conquêtes (264 av JC 106 ap JC). Le Sénat se trouva à la tête de la plus grande puissance au monde, un changement dont l’élaboration commença en 201 av JC qui marque la fin de la deuxième guerre punique et s’achève en 106 ap JC avec l’annexion de l’Arabie Pétrée autrement dit la Jordanie actuelle.

Après cette date Rome se trouva placé dans une situation ou sa stratégie devint purement défensive et après un calme relatif, l’expansion fit place à la contraction ; les barbares menèrent leurs assauts au cours du IIIème siècle (pour qualifier la situation militaire de l’empire on parle de crise militaire du IIIème siècle), et après une période d’apaisement relatif il existe une période de renaissance du IVème siècle les barbares reprirent leurs assauts vers 378 et finir par obtenir en 406 et 410 l’effondrement d’une armée qui « ne savait plus ce que signifiait le mot offensif ».
L’auteur consacre un chapitre aux guerres au temps des mythes et se limite scrupuleusement à ce que les sources permettent de dire : c’est-à-dire en vérité très peu de choses et Le Bohec est beaucoup plus prudent et scrupuleux que Mary Beard dans SPQR dont j’ai effectué la recension et montré les extravagances.

Une première partie traite des « guerres pour la vie » qui démontre que l’histoire de Rome est inséparable de l’histoire de ses guerres ; la guerre la plus dangereuse qui dura de 340 à 333 av JC aboutit à la conquête du Latium et à l’intégration de ses habitants. A partir de 338 la cité devint un état territorial et elle disposa d’effectifs supérieurs à tous ceux que pouvaient aligner ses ennemis et l’expansion vers le sud fit rencontre aux Romains un ennemi d’un nouveau type, un roi venu à la tête d’une phalange à la macédonienne appuyée par des éléphants : ce roi fut vaincu et en 264 Rome put dominer toute l’Italie. Cette période montre que la mentalité collective des Romains était très particulière : les légionnaires refusaient de se déclarer vaincu et ils surent prendre aux ennemis ce qu’ils avaient de bon : ce qui totalement atypique car tous les peuples de l’Antiquité refusait l’innovation ; dans le domaine militaire les Romains absorbaient les éléments qui leur paraissait supérieurs. En outre, le Sénat accordait la citoyenneté Romaine aux vaincus à condition qu’ils acceptent de s’intégrer à la communauté.

La deuxième partie couvre la période de 264 à 201 av JC et présente deux centres d’intérêts majeurs la tactique et les mentalités collectives ; avec la première guerre punique elle vit la domination des Romains sur mer et des Carthaginois sur terre. L’armée romaine avait fait des progrès considérables et il fallut toute l’habileté d’un général comme Hannibal pour en venir à bout ; elle montra sa capacité à conduire des opérations militaires sur plusieurs fronts et à l’emporter même contre Hannibal. Ces années furent celles de l’apparition du concept de guerre conforme au droit et à la religion (guerres justes et non pieuses). La seconde guerre punique donna à Rome et au Sénat le contrôle de tout le bassin occidental de la méditerranée, mais sans annexion selon l’auteur Rome ne cherchait pas à dominer le temps ou l’espace. Rome poursuivait deux objectifs qui consistaient à annexer les territoires sous protectorat et ajouter de nouvelles provinces.

La troisième partie concerne les guerres tout azimuts de 200 à 63 av JC et correspond à une période ou à l’issu du traité de paix imposé à Carthage le Sénat devint une sorte de cour de justice internationale qui devait statuer sur l’envoi on non d’ailleurs des légionnaires, disposant de plus en plus d’alliés Rome se trouva impliqué dans plus en plus de conflits périphériques tantôt vers l’ouest tantôt vers l’est dans des mouvements pas forcément planifiés mais qui aboutissaient à la création « d’un empire mondial » selon l’expression du grand Giovanni Brizzi : cette expansion était devenue possible grâce à la politique de la citoyenneté de Rome et à ses ressources démographiques , le Sénat disposait alors d’assez de recrues potentielles pour constituer dix armées pouvait mener plusieurs guerres à la fois ce qui devint une nécessité lorsque les guerres civiles se rajoutèrent aux guerres extérieures et la chose la plus remarquable c’est que l’ensemble fut géré de telles manières que jamais les cruelles dissensions internes ne remirent en cause la puissance externes de Rome : ceux qui voulurent en faire l’usage furent balayés. Toujours est-il que les Romains ont très peu modifié leur armée entre 200 et 63 av JC, bien qu’ils y furent contraint pour faire face à des ennemis divers, ils sont passés lentement de la tactiques en manipule à la tactique en cohortes et leur guerres lointaines ont maintenu des hommes en service pour des périodes longues (20 ans) qui aboutissaient à une professionnalisation de fait de l’armée : il fallait contrôler un empire qui s’accroissait de manière incessante, apparemment sans stratégie et sans impérialisme : cette période vit l’affrontement des légions contre des phalanges d’origine macédoniennes : c’est la phalange qui fut vaincu (en la matière l’ouvrage qui est d’une clarté limpide et demeure irremplaçable est celui de Giovanni Brizzi désormais épuisé…et dans le cadre des guerres civiles des affrontements entre légions.
Une quatrième partie remarquable traitre de la période qui va de la guerre des Gaules aux guerres civiles (63-33 av JC) et si rien ne nous paraît inexact ou approximatifs il nous semble que le jugement moral de Yan le Bohec sur les guerres conduites par Jules César c’est considérablement durci depuis son ouvrage classique sur César chef de guerre, peut-être d’une manière excessive. La situation était la suivante Rome possédait un immense empire qui connaissait tout de même des situations de solutions de continuité avec deux visages très différents du nord au sud : au Sud la province de l’Afrique n’occupait que l’angle nord-est de la Tunisie actuelle et le reste était placé sous une sorte de protectorat. En revanche le voyageur pouvait aller depuis le Guadalquivir jusqu’au Pô sans quitter le monde Romain, seul l’angle nord-ouest de la péninsule Ibérique, le nord de la Gaule et les Alpes conservaient une indépendance plus ou moins surveillée. L’Orient était beaucoup plus découpé et possédait plus de terres libres, certes les Balkans et l’ouest de l’Anatolie avaient été transformés en provinces, la Syrie et la Judée étaient en passe de l’être. La domination de Rome s’appuyait sur une armée extrêmement performante, surtout en matière de bataille en rase campagne et en matière de siège ou les Romains devinrent maîtres de la poliorcétique. Les ultimes avancées de la République ont correspondu à l’âge d’or de la légion avec la fameuse formation en trois rangs la triplex acies et la tactique en cohortes. Au combat c’est elle qui était chargée d’emporter la décision, les auxiliaires ne jouaient qu’un rôle d’appoint, ils n’intervenaient que dans des combats mineurs ou juste avant les grandes batailles. Dans le gros de l’action les deux premières lignes, princes et hastats affrontaient face à face les ennemis ; les triaires se battaient rarement, l’armement n’a pas connu de changement majeur avec le binôme gladius-pilum lui aussi à son apogée. Pendant les guerres civiles les Romains s’opposèrent aux Parthes : la guerre étrangère était ralenti mais ne cessait pas pendant les périodes des guerres civiles et bien sûr les conflits politico-militaires ont pour conséquence l’établissement d’une monarchie qui prit le nom de principat et ce régime à son tour favorisa la naissance d’une nouvelle armée.

La cinquième partie : le principat et les systèmes défensifs (31/27 av JC 192 ap JC). L’année 31 a été marquée par la fameuse bataille d’Actium ou Marcus Agrippa donne la victoire à Octavien sur la coalition Marc Antoine Cléopâtre. Octavien devient Auguste en 27 et le régime crée n’était pas une monarchie absolue : du moins dans la pratique Auguste s’appuyait sur le Sénat et le Peuple de Rome, même si les travaux de Ronald Syme démontre que le Sénat avait été profondément transformé dans sa composition (La Révolution Romaine) ; pour le reste l’analyse formidable que fait Yann Rivière dans son Germanicus montre bien une exceptionnelle et graduelle concentration des pouvoirs entre les mains d’Auguste avec aussi une mainmise sur l’armée très habile. Auguste répartit les légions tout autour de l’empire pour résoudre les contraintes logistiques, tout en maintenant à proximité de Rome les cohortes prétoriennes qui étant stipendiées par lui ; lui étaient toute dévouées : il s’ensuivit des conquêtes considérables, Auguste a agrandi l’empire dans des proportions considérables, jamais égalées ni avant ni après lui : toutefois, la défaite du Teutobourg qui englouti trois légions en trois jours et à laquelle Le Bohec a rédigé une monographie majeure a mis un terme à cet expansion qui utilisait des ressources humaines en flux tendu et a empêché la transformation de la Germanie en deux provinces alors que les travaux avaient commencé : finalement cet échec est le pendant de celui de Marcus Licinius Crassus subi des années plus tôt à Carrhes le 9 juin 53 avant JC (cf Giusto Traina, Carrhes : anatomie d’une défaite, les Belles Lettres).

Les chapitres de cette partie sont très riches et contiennent notamment une analyse passionnante de la notion de limes qui remet les choses en place et montre l’absence d’une défense statique unique ceinturant l’Empire mais montre bien l’organisation des défenses statiques et l’adaptation du concept en fonction de la région défendu le mode de défense le plus important était la construction de camps militaires et de routes permettant d’acheminer rapidement des renforts. Dans l’ensemble on constate une très grande hétérogénéité de l’Empire avec des ressemblances concernant la Germanie inférieure, la Pannonie et le Mésie ainsi que la Cappadoce : sans que rien ne fut constant des additions furent faites tout au long des siècles.

La sixième partie est relative aux dernières conquêtes et à la paix romaine (31/27 avant JC 192 après JC). L’auteur estime que la période du principat, soit à peu près les deux premiers siècles de notre ère peut être découpée en deux parties. En un premier temps jusqu’à Trajan l’Optimus Princeps dont la politique militaire laisse dubitatif l’auteur : il faut dire que l’essentiel des conquêtes de Trajan devront être abandonnées à sa mort en ce qui concerne l’Est et que Hadrien va s’atteler à consolider une structure déjà un peu chancelante avec la construction du fameux mur en Bretagne ; et une seconde période après Trajan sans nouvelle province mais avec la fameuse paix Romaine qui correspond à l’âge d’or des Antonins (théoriquement la période des Antonins commence avec le prédécesseur de Trajan et est à son apogée sous Antonin le Pieux et Marc Aurèle : même si l’activité considérable de l’empereur philosophe en matière militaire montre bien le regain d’activités des barbares, notamment Quades et Marcomans, ensuite avec l’incapable Commode commence une chute déjà assez marquée…). En 192 ap JC à la mort de Commode l’empire est un gigantesque territoire qui va de l’Ecosse, isolée par le mur d’Hadrien curieusement doublé par le mur d’Antonin, jusqu’au Sahara et de l’Atlantique à la Mésopotamie et cet empire immense a tenu plusieurs siècles avec 300000 à 350000 hommes : la civilisation romaine séduit et le processus de romanité est attractif : l’auteur parle de Romanité et non de romanisation car comme il l’explique ce dernier concept a notamment été forgé par Jérôme Carcopino à une époque colonial ou l’on avait tendance à projeter dans le passé le présent voire à effectuer le contraire avec la France qui se prétendait depuis la conquête d’Alger l’héritière de Rome en Afrique…

La septième partie est consacré à la tourmente (193-284 ap JC) : Septime Sévère s’est imposé comme un grand empereur et a écrasé les perses ajoutant une nouvelle et dernière province, la Mésopotamie, à l’Empire. Les héritiers de Septime Sévère Caracalla, Elagabal (aussi nommé Héliogabale) et Sévère Alexandre purent contenir des adversaires redoutables ; Francs, Alamans et les Goths tandis que les Iraniens s’étaient réorganisés. A noter que cette période est plus faiblement documentée que les précédentes et n’a pas eu son Tacite. L’efficacité des légions est mince et les défaites succèdent aux victoires avec des soldats de plus en plus mercantiles et des chefs de plus en plus intéressés par le pouvoir d’où la multiplication des usurpateurs et de plus en plus la nécessité d’acheter la paix aux barbares en versant des tributs.
La huitième et dernière partie traite de la fin de l’armée romaine (284-410 après JC) : si la tétrarchie de Dioclétien et l’avènement de Constantin I donnent bien l’illusion d’une restauration de l’empire d’Occident il est indéniable que la chute est rapidement spectaculaire avec un processus accéléré de délitement de l’armée impériale qui possède d’ailleurs de moins en moins de soldats Romains et surtout des effectifs croissants de barbares : l’armée romaine du Bas Empire ne valait en aucun cas celle du principat.

Yann Le Bohec grave une épitaphe de l’armée romaine en indiquant que « Quand un armée conquière d’immenses territoires, comme ce fut le cas entre 338 av JV et 199 après JC, elle donne la preuve qu’elle est bonne ; quand elle n’est plus capable de défendre sa frontière (406 ap Jc), ni de protéger sa capitale (410 ap JC) elle montre qu’elle est mauvaise ». L’auteur estime que la vrai mort de Rome ne peut pas être datée avec précision, mais que 406 et 410 paraissent des dates plus importantes que celle de 476 qui ne fait que prolonger l’agonie d’un Empire déjà mort.

Un ouvrage remarquable qui plaira aussi bien aux spécialistes qu’aux amateurs éclairés de Rome mais qui nécessite un certain investissement intellectuel.


Oppression [Blu-ray]
Oppression [Blu-ray]
DVD ~ Naomi Watts
Prix : EUR 14,99

6 internautes sur 8 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Un thriller de très bonne facture : un bon moment de détente, 3 avril 2017
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Oppression [Blu-ray] (Blu-ray)
Ce thriller d'une facture assez classique est toutefois très réussi de mon point de vue : disons qu'une jeune femme interprétée par Naomi Watts est pédopsychiatre ou psychologue pour enfant et va se trouver confronter avec des éléments qui sont dans une première partie du film presque surnaturelle. Les réalisateurs ont tiré un maximum d'effet d'une maison isolée en Nouvelle Angleterre, en plein cœur d'une tempête de neige (événement assez commun dans cette région). Victime d'un terrible drame familiale qui constitue le début de ce film, la jeune Mary va se trouver plonger dans un situation cauchemardesque ou le réel tend à se confondre avec l'onirisme. Cette première partie du film se révèle particulièrement angoissante et suscitera quelques frayeurs si vous adhérez à l'ambiance du film très prenante, avec une atmosphère spectrale et paranoïaque. Puis un twist se produit et l'on accède à un seconde partie boostée et surprenante au dénouement assez violent. Bref un très bon spectacle pour se détendre. Il est absolument impossible de prévoir la fin du film et mon commentaire ne contient aucun spoiler. Bonne séance à toutes et à tous.


Sylla
Sylla
par François Hinard
Edition : Broché
Prix : EUR 22,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Une réhabilitation méritée d'un grand homme d'Etat de la République Romaine, 3 avril 2017
Ce commentaire fait référence à cette édition : Sylla (Broché)
Lucius Cornelius Sulla Felix dit Sylla est une grande figure de la République romaine finissante, et bien qu’il n’est pas monopolisé le titre d’Imperator (on peut considérer que le premier empereur de Rome fut Jules César, même si juridiquement il possédait seulement un mandat de dictateur à vie), toutefois comme l’écrivait François Hinard le passage d’une République à un régime impérial marqué extérieurement par l’utilisation exclusif du titre d’Imperator a constitué un long processus dans lequel la dictature de Sylla a constitué une étape majeure : sur le plan de l’historiographie on note qu’en dehors des travaux du recteur Hinard, Sylla est mentionné de manière lapidaire comme une sorte de brute qui s’opposa au parti marianiste : une chose est vraie le conflit qui opposa Sylla trouve son origine, comme plus tard l’aventure militaire de Jules césar et les choses dramatiques qui suivirent son assassinat, dans la lutte opposant les proto-partis politiques romains, les Optimates et les Populares : en fait les optimates n’étaient surement pas les meilleurs et les populares n’avaient rien de populaire : ce clivage transcende largement les oppositions entre patriciens et plébéiens c’est beaucoup plus complexe et en la matière il faut rendre hommage à Ronald Syme pour avoir brossé un portrait d’une extrême minutie dans son ouvrage de référence « la Révolution Romaine ».

Sulla/Sylla est un personnage ambigu comme je les aime tant, qui pourrait bien être le prédécesseur direct de César et d’Octavien/Auguste. Le père de Sylla n’aurait pas appartenu à l’ordre sénatorial, mais même en étant un membre de l’ordre équestre (un chevalier romain) cela impliquait la possession de moyens très substantiels. Toujours est-il que Lucius Cornelius Sylla naquit en 138 av JC. Le jeune homme reçu une formation classique de l’aristocratie romaine avec une formation philosophique, juridique et surtout rhétorique pour lui permettre d’accéder à la carrière politique : selon toute vraisemblance il y eut un parachèvement de cette éducation par un séjour en Grèce : car la culture grecque demeurait la culture de référence de la noblesse romaine (Marc Antoine souvent présenté comme un soudard aviné possédait une culture hellénique très complète puisqu’il était un patricien). Bien sûr la légende noire de Sylla le présente lui un aristocrate de vieille souche se perdant en débauche avec des mimes et des bouffons : Sylla aurait vécu entouré de gens de théâtre, le très célèbre comédien Rocchus, le chef d’une troupe de mimes Sorix et surtout le mime Metrobios spécialiste des rôles de femme qui aurait été son giton : les accusations de pédérastie constitue l’une des tartes à la crème des textes antiques lorsqu’il est question de dévaluer une personnalité ; durant les guerres civiles Marc Antoine et Octavien s’accusèrent mutuellement d’être des sodomites et Suétone raconte à propos de Jules César qu’il fut « giton du roi de Bithynie dans sa jeunesse »… Donc tout cela est à prendre avec beaucoup de recul, et il est regrettable qu’une foule de jeunes auteurs pensent qu’un bon ouvrage d’histoire romaine ne peut pas faire l’économie d’une histoire de sodomie…A public vulgaire auteurs indigents. Toujours est-il que Sylla se maria quatre fois, dont la dernière Valeria qui n’avait que 25 ans lorsqu’il en avait 58. La seconde femme de Sylla aurait été Cloedia et appartenait à une famille patricienne, il semble que Sylla la répudia en 88 pour cause de stérilité, toutefois il n’est pas impossible que cette répudiation soit intervenu pour lui permettre d’accéder à un parti encore plus intéressant en la personne de Caecilia Metella membre de la plus puissante famille de la noblesse plébéienne. L’union paraît avoir été heureuse au cours des sept années : lorsqu’il était en Orient et que ses ennemis furent en possession de Rome sa femme le rejoignit : il châtia avec dureté les Athéniens après la prise de la ville pour avoir manqué de respect à sa femme qu’il perdit dans des circonstances tragiques.

Sylla commença sa carrière politique avec trois ans de retard sur les autres puisque c’est en 108 qu’l se fit élire à la questure pour l’année suivante, celle de ses trente ans : il s’était donc écoulé treize ans entre la prise de la toge virile et sa première charge de magistrat : pendant cette période il avait accompli les dix années de service militaire dans la cavalerie nécessaire pour toute sa carrière. La première mission confiée à Sylla fut de monter en Italie une importante troupe de cavalerie auxiliaire et de l’emmener en Afrique du Nord où Rome se trouvait engagé dans un conflit qui durait depuis quatre ans : il ne lui fallut que quelques mois pour donner de lui l’image de l’officier le plus compétent mais aussi le plus populaire de l’armée d’Afrique, il devint le questeur du consul Caius Marius et lorsque Marius dut entamer des négociations avec le roi Bocchus il envoya un certain Aulus Manlius tout en lui adjoignant Sylla : il avait été décidé que le plus ancien et le plus titré laisserait parler Sylla en raison de son habileté qui fut effectivement grande, il laissa miroiter au roi un accroissement de son royaume de Maurétanie tout en insistant bien « pénétrez-vous bien de l’idée que jamais on n’a surpassé la générosité du peuple romain, pour ce qui est de sa valeur militaire vous avez de bonnes raisons de la connaître ». Bien sûr Sylla devait surtout se dédier du roi Jugurtha roi de Numidie à qui Rome a déclaré la guerre après le massacre de tous les Italiens de Cirta (Constantine). Un personnage redoutable que Jugurtha qui profita de sa convocation à Rome pour y être entendu par une commission d’enquête dont son argent suborna les membres et il utilisa même son séjour pour y faire égorger un de ses plus redoutable adversaire ; en raison de son immunité juridique Jugurtha put quitter Rome et aurait prononcé la phrase fameuse « Rome ville à vendre, et qui périra bientôt si elle trouve un acheteur ». Finalement au terme de tergiversations diplomatico-militaire avec le roi Bocchus qui avertit Sylla d’un guet-apens permettant de capturer Jugurtha et finalement ce dernier est livré enchainé à Sylla : avec la capture du roi de Numidie prit fin la guerre d’Afrique et l’honneur en revint à Marius. Toutefois pour la noblesse Romaine c’est bien à Sylla que revenait réellement le succès en raison des risques qu’il avait pris avec courage. Sylla profita de cette polémique (justifiée) pour se faire graver un sceau montrant le roi Bocchus lui remettre Jugurtha. L’action de Sylla confortait son appartenance politique qui faisait de lui un partisan des très puissants Caecilii Metelli. Cet épisode possède une importante sans doute capitale pour Sylla et sa propagande puisque le Roi Bocchus devint un fidèle allié de Rome et plus particulièrement de Sylla. Bocchus fit construire un ensemble monumental au Capitol à la gloire de Sylla : cette ostentation ne fut pas du goût de Marius qui fit détruire cet ensemble après le départ de Sylla en Orient en 87 pour combattre Mithridate.
Toutefois, dans l’immédiat Marius estima qu’il pouvait encore se servir du jeune homme qu’était Sylla : deux consuls de 105 av JC et un proconsul Quintus Servillius Caepio avaient subi de sanglants échecs devant les peuples germains et celtes qui avaient envahi la Gaule : la situation était dramatique Rome avait perdu 80000 hommes et 40000 valets d’arme tandis que la migration germano-celtique semblait correspondre à une masse de 80000 à 100000 combattants : à Rome ce fut la panique ou l’on se souvenait du sac de la ville par les gaulois de Brennus…

Rome disposait d’un chef militaire compétent en la personne de Marius et lui confia le consulat pour la conduite des opérations militaires, ainsi Sylla devint légat en 104 et comme tribun militaire en 103 : ce qui montre bien comme l’explique Yann Le Bohec dans sa formidable histoire des guerres romaines qu’un climat de tension politique ou même de guerre civil n’empêchait pas à Rome la continuation des guerres contre les ennemis extérieurs. Heureusement pour les Romains les Teutons et les Cimbres ne prirent pas la direction de Rome (alors que la route était quasiment ouverte). Ce répit permit à Marius et à ses officiers de reconstituer une armée tout en menant dans le sud de la Gaule une politique de pacification dans laquelle Sylla joua un rôle essentiel et fut chargé de s’assurer de la fidélité des Tectosages en capturant leur chef pour leur ôter des velléités d’alliance avec les envahisseurs ; puis il réussit à convaincre une tribu germanique assez importante, qui n’avait pas suivi les mouvements migratoires des autres peuples de faire alliance avec le peuple Romain. Restait la phase militaire de l’opération qui devaient éliminer les Cimbres et les Teutons, Marius était réélu consul tous les ans depuis 104 avec pour mission de terminer la guerre, se porta au-devant des Teutons qu’il rencontra dans la région d’Aix tandis que son collègue au consulat de 102, Lucius Catulus avait la charge de barrer le passage des Alpes : cet aristocrate de vieux lignage était un honnête homme peu versé dans les choses de la guerre et choisit donc Sylla comme légat dont les ambitions devenaient incompatibles avec celles de Marius. Ledit Marius parvint à vaincre les Ambrons et les Teutons en deux batailles mémorables qui tournèrent au massacre… Du côté de Catulus, les choses étaient moins brillantes puisque la tâche était délicate puisqu’avec deux légions de l’époque qui représentaient moins de 25000 hommes en comptant les troupes auxiliaires il était question de bloquer le passage de 100000 hommes : l’affaire est mal engagée pour Catulus avec des cohortes installées dans un camp secondaire qui résiste vaillamment aux assauts des Cimbres, mais le tribun commandant les cohortes hésitait à tenter une sortie pour se dégager il fut tué par un centurion, Marcus Petreius et conduisit la troupe qui parvint à rejoindre l’armée de Catulus et se vit octroyer des honneurs exceptionnels pour un homme de son grade (visiblement on ne plaisantait pas avec les lâches) ; Sylla parvint à assurer un ravitaillement régulier aux troupes et à relever leur moral bien entamé…Marius aurait continué à être consul en 101 alors que Catulus n’était plus que proconsul avait placé les 20000 hommes de Catulus au centre de son dispositif et ses 32000 hommes de part et d’autre, escomptant bien tirer le plus de gloire possible, mais les choses se déroulèrent mal Marius et les siens passèrent à côté de l’ennemi et se perdirent dans la plaine de Verceil, et finalement se sont les troupes de Catulus emmenées notamment par Sylla qui emportèrent la décision avec le massacre de 120000 barbares et 60000 prisonniers. Bien que Catulus et Marius furent tout deux associés à la cérémonie du triomphe, on ne retenait que la victoire de Marius, ce qui provoqua la colère de Catulus qui écrivit un texte sur son consulat pour revendiquer sa part de gloire ; Sylla fit de même dans ses mémoires.

Toujours est-il que Sylla s’estima assez connu pour se lancer dans une carrière politique et décida compte tenu du retard pris ne pas devoir se présenter à la prêture mais directement à l’édilité : cette démarche un peu désordonné se soldat par un échec cuisant dont ne furent pas absent ses ennemis politiques. Toutefois, il se présenta aux élections de l’été 98 pour devenir prêteur en 97 après avoir fait une campagne sérieuse et il fut élu, ses adversaires politiques l’accusaient d’avoir acheté sa charge. Au terme de cette première année de préture urbaine dont l’objectif était l’organisation de la justice, Sylla se vit confier une mission importante en Asie : il partit à la tête d’une armée avec le titre de proconsul de Cilicie avec en fait une double mission, d’une part comme tous les responsables de la province de Cilicie il s’agissait de lutter contre une piraterie endémique (voir le très intéressant ouvrage « les pirates contre Rome » dans la collection des Belles Lettres). Sylla devait surtout remettre de l’ordre dans les affaires du royaume de Cappadoce, avec notamment les ambitions géopolitiques de Mithridate VI qui avait des vues sur la Cappadoce ou il avait installé sur le trône une sorte d’homme de paille, Gordios, alors que Rome souhaitait imposer un grand seigneur perse romanisé que les Cappadociens avaient eux-mêmes élu Ariobarzane qui prendrait ultérieurement le nom de Philoromeos (amis des Romains…). Incidemment il donna une autre dimension à sa mission en prenant les premiers contacts avec le puissant empire des Parthes, puisque lors des opérations de nettoyage sur le bord de l’Euphrate organisées contre les Arméniens il avait rencontré un ambassadeur du Roi des Rois (Shah in Shah) Arsacès : il s’agissait de le première rencontre entre les deux peuples dont les relations seraient toujours houleuses et guerrière. La rencontre fut conduite de main de maître par un Sylla toujours aussi habile négociateur et se conclu par un traité avec l’Empire Parthe qui fut ratifié en 95 par le Sénat de Rome lors du retour du proconsul et qui prévoyait une amiticia entre les deux peuples et une entente sur le tracé des frontières et un pacte de non-agression : Rome et l’Empire Parthe étaient réellement les deux superpuissances de cette époque. Le succès de Sylla commençait à agacer sérieusement ses adversaires politiques à Rome qui portèrent plainte contre lui pour sa gestion de son proconsulat : il fut accusé de s’être honteusement enrichi aux dépends de la Cappadoce : c’est sur ses adversaires politiques n’étaient pas plus vertueux que lui (toute ressemblance avec la vie politique française en 2017 montre qu’il subsiste bien une forte emprunte de romanité, mais uniquement dans le mauvais sens…) ensuite vint le dénigrement de son activité diplomatique à l’égard de l’Empire Parthe dont le représentant aurait été humilié… l’affaire n’eut pas de suite devant le tribunal car elle était mal montée et au demeurant la conclusion du traité par le Sénat démentait à elle-seule l’accusation. Toutefois, la carrière politique de Sylla connu une période de creux et l’atmosphère politique à Rome et dans toute l’Italie, en 91, était très tendue. Un tribun d’une stature exceptionnelle avait émergé en la personne de Marcus Liuius Drusus qui fit passer des lois à caractère populaire sur la distribution du blé, mais aussi des mesures conservatrices voire réactionnaires consistant à remettre entre les seules mains des Sénateurs les tribunaux qui jugeaient les anciens magistrats et surtout il s’était fait le champion de l’égalité des droits entre Italiens et Romains et en cette fin d’année 91 l’exaspération sur cette question était à son comble : s’était le début d’une guerre dont les romains sortirent vainqueurs au prix de beaucoup de sang versé. Toutes les énergies furent consacrées à la lutte contre les peuples Italiens qui avaient juré la destruction de Rome dont ils avaient été rejetés et qui connaissaient parfaitement les techniques romaines de combats. Les opérations militaires (pas forcément glorieuses) permirent à Sylla de s’acquérir la réputation « auprès de ses concitoyens d’un grand général, auprès de ses amis, du plus grand de tous et auprès de ses ennemis mêmes, du général le plus favorisé par la chance » (Plutarque), tandis que Marius vieillissant ne fut pas à la hauteur de sa réputation et finit par se démettre de son commandement parque la maladie lui ôtait toute vigueur. Les opérations se déroulèrent avec des fortunes diverses. Marius qui servait sous le consul Publius Rutilius Lupus essuya une terrible défaite contre des troupes Marses et ses forces durent retraiter rapidement…

Sylla qui était le légat du second consul, Lucius Iulus Caesar, réussi à prendre le relais et il tua plus de 6000 Marses qui étaient réputés invincibles, ce renversement de situation value à Sylla la couronne obsidionale (une couronne faite de gazon) qui est l’une des marques les plus éclatantes dont puisse se prévaloir un chef. Au fil des combats Sylla du faire faire face à une mutinerie qui provoqua près de Pompéi la mort d’un mauvais chef en la personne de l’insupportable Aulius Postumus Albinus : Sylla remis de l’ordre sans recourir à la pratique de la décimation, ce qui fit dire à ses ennemis qu’il cherchait à se rendre populaire dans une armée qu’il comptait bien utiliser pour faire la guerre contre Mithridate… Finalement la détestable et brutale guerre « sociale » (en latin socci signifie seulement allié) à la fois parce que les insurgés étaient vaincus ou massacrés et parce qu’en 90 le consul Lucius Iulius Caesar avait fait passer une loi accordant la citoyenneté romaines à tous ses alliées restés fidèles et autorisant des chefs militaires à l’accorder à des individus et à des collectivités en récompense des services rendus. Aux élections que se tinrent en 89 pour la désignation des consuls de 88 Sylla fut candidat et il fut élu en compagnie d’un collègue qui était Quintus Pompeius Rufus dont le fils avait épousé la fille de Sylla Cornelia.

Mithridate ordonna l’exécution de 80000 Italiens qui étaient essentiellement d’inoffensifs marchands d’huile et de vin, et en outre la flotte de Mithridate avait réussi à s’affranchir de la menace que représentait la flotte romaine du Bosphore et était désormais libre de quitter le Pont-Euxin (la mer noire). Les choses allaient particulièrement mal à Rome pour Sylla qui se trouva sous la menace directe du parti marianiste. Apparemment pour des raisons inconnues Sylla décida malgré tout de rejoindre son armée en Campanie pour se rendre en Orient, et c’est sur le chemin qu’il apprit que ses adversaires, Marius et Sulpicius lui retirait son commandement. Sulpicius fut à l’origine d’une loi transférant le commandement à Marius et d’autre part il procéda à la destitution de sa qualité de consul de Quintus Pompeius Rufus (dont le fils avait été égorgé lors d’une rixe…). Sylla décida de prévenir ses soldats de l’évolution défavorable à Rome, laissant entendre que Marius préfèrerait surement lever une nouvelle armée pour faire la guerre en Orient : les soldats furent bien sûr furieux car techniquement après des années de guerres civiles stériles en Italie, l’annulation de la campagne d’orient les privait d’un butin qui paraissait abondant et bien mérité ; c’est ainsi que les deux officiers venus de Rome pour remplacer Sylla et Rufus furent lapider par les soldats avant d’avoir pu terminer leur discours. Ses hommes demandèrent unanimement à Sylla de marcher sur Rome pour y rétablir l’ordre et annuler les dispositions illégales prises par Sulpicius. Sylla fut contraint de s’exécuter et il devint ainsi le premier romain à violer l’enceinte sacrée de Rome en y faisant entre des troupes en armes. Après de dures manœuvres, il réussit à obtenir un sénatus-consulte éliminant Marius et dix de ces complices mais aussi et surtout confirmant le bienfondé de l’action des deux consuls en titre Sylla et Pompeius Rufus.

Sylla trouve en Orient une situation militaire bien dégradée, alors même qu’il est trahi à Rome par Cinna qui rappelle les adversaires marianistes et Sylla était une nouvelle fois déchu de son commandement et le financement légal annulé avec le retour de Marius… les opérations militaires étaient trop engagées contre Mithridate pour que Sylla puisse renoncer et il dû prendre l’argent dans le trésor des sanctuaires d’Epidaure d’Olympie et de Delphes : ce qui eut pour conséquence de donner une image épouvantable de Sylla qui allait contribuer à forger sa légende noire et pourtant il était contraint de battre monnaie pour payer ses propres troupes…En outre le siège du Pirée défendu par les pontiques et le sac d’Athènes qui allait suivre allait rester dans les mémoires des Grecs comme un acte d’une cruauté froide de la part de Sylla, même si la réalité historique est plus prosaïque : la prise d’Athènes était nécessaire pour en finir avec le siège du Pirée, ce qui advint et Sylla fit raser le Pirée sans épargner un seul édifice, pas même l’arsenal si important au temps des guerres médiques. Toujours est-il que les forces pontiques alignaient sous le commandement d’Archélaos 100000 fantassins et 10000 cavaliers et 90 chars de guerre, les forces romaines ne rassemblaient pas plus de 40000 hommes, pour une bonne moitié d’Italiens avec des transfuges Grecs et quelques macédoniens. Les sources ont laissé des données très diverses dont l’exploitation est optimisée par le recteur Hinard et l’on sait que finalement, la qualité absolue des troupes romaines de cette époques, avec l’utilisation de la formation classique dite triplex acies donna la victoire à Sylla le repli des barbares à Chalcis en compagnie d’Archélaos semble indiquer des pertes considérables de l’ordre de 100000 tués ou prisonniers pour les troupes de Mithridate contre seulement 14 soldats manquant à l’appel du côté romain : chiffres à manipuler avec la plus grande prudence, mais pas forcément aussi faux que l’on puisse le penser…Finalement, Sylla apprit la capitulation de l’Acropole ou s’était réfugié le tyran Aristion avec les troupes pontiques : le commandant romain ordonna l’exécution dudit Aristion et de tous ceux qui avaient collaborés à son régime (il faut dire que les sources grecques elles-mêmes ne sont pas tendres avec ce triste sire)… Par ailleurs la victoire de Chéronée valut à Sylla le titre d’Imperator, titre que le chef d’une armée portait jusqu’à la fin de sa magistrature et le cas échéant jusqu’à son triomphe. La victoire finale contre Mithridate va encore demander du temps et des opérations militaires relativement complexes. Sylla l’emporta finalement et en l’absence de publicains, absents depuis les massacres de 88, il rétabli la perception des tributs dans les zones qui avaient échappé au contrôle de Rome et imposa le paiement des annuités arriérées. Sylla quitta la ville d’Ephèse pour Athènes en 84 av JC (670ème années de Rome) avec le sentiment que la mission confiée quatre ans plus tôt avaient été bien remplie.

Finalement, il obtint des ralliements de poids à sa cause dont celui de Caius Fabius Hadrianus qui avait une réputation de très grande justice et de piété. De tels ralliement étaient nécessaire à Sylla dont le dispositif militaire bien que sortie invaincu des guerres d’Orient avait été quelque peu affaibli il disposait au mieux de 40000 hommes dont 6000 cavaliers alors qu’en face ses ennemis envoyèrent quinze généraux qui disposaient de 450 cohortes soit 225000 soldats. Sylla bénéficia du ralliement du jeune Pompée, le fils de Cneius Pompeius Strabo qui avait d’abord servi dans l’armée de Cinna avant de juger opportun de prendre des distances. Issu d’une riche famille du Picenum, Pompée le jeune (23 ans à l’époque) procéda au recrutement d’une armée privée et grâce à lui tout une région bascula en faveur de Sylla qui le traita avec beaucoup de considération. Ultérieurement dans le déroulent des opérations qui virent graduellement la déconfiture de ses adversaires, Sylla fut rejoint par un personnage qui tout comme Pompée le Grand était voué à une célébrité certaine, Marcus Licinius Crassus, le futur homme le plus riche de Rome à qui Sylla prononça ses paroles illustres « je te donne pour escorte ton père, ton frère, tes amis, les parents assassinés contre toute loi et toute justice, et dont moi je poursuis les meurtriers ». Désormais Sylla se présentait comme le vengeur de toutes les illégalités et de toutes les atrocités commises par Marius et Cinna.

La situation militaire évolua favorablement pour Sylla et ses partisans, la route de Rome lui était ouverte et fit placer le siège devant Préneste dont Marius avait fait renforcer les fortifications. Sylla organisa plusieurs corps de troupe pour marcher sur Rome, corps de troupe qui empruntaient des chemins différents avec pour mission de prendre les portes : Sylla fit entrer le gros de ses forces et l’installa dans le Champ de Mars il se garda bien toutefois de franchir l’enceinte sacrée de la ville délimitée par le Pomerium. Il convoqua une assemblée du peuple et justifia son action par l’acharnement de ses adversaires et par leur cruauté, puis il incita les Romains à prendre courage en leur promettant de rétablir l’ordre républicain habituel qui avait été suspendu par les marianistes, tandis que d’intenses opérations militaires se poursuivaient en Italie : le recteur Hinard en donne un détail maximal qui devrait beaucoup plaire aux amateurs d’histoire militaire. Personnage toujours aussi ambiguë, Sylla convoqua une réunion du Sénat dans le temple de Bellone et voulait obtenir ratification de ses actes comme proconsul et prendre des dispositions pour procéder à l’élimination de ses ennemis les plus acharnés : au moment où se tenait la réunion de l’Auguste assemblée de pères, 3000 des 12000 prisonniers furent exécuter (des Samnites que Sylla avait demandé de passer a fil de l’épée) avec une terrible clameur : cette scène a souvent été interprétée comme destinée à exercer une pression sur les sénateurs, mais en fait rien n’est moins sûrs et la plupart des sénateurs possédaient une expérience des terribles guerres sociales ou ils n’avaient pas été trop regardant en matière d’exécution sommaire…Les sénateurs acceptèrent de ratifier la totalité des actes accomplis comme proconsul pour sa mission principale mais aussi pour les innombrables mesures complémentaires prises en Asie, en Grèce et même en Italie ; en revanche les sénateurs refusèrent les moyens de procéder à une purge à sa convenance. Et c’est à partir de ce refus que Sylla refusant que chacun puisse se faire justice, inventa la méthode des proscriptions qui était promise à un grand avenir sous la république romaine finissante, même si le jeune César était l’adversaire le plus déterminé des proscriptions syllaniennes disant que « l’égorgement ne prit fin qu’à l’heure où Sylla eut comblé de richesses toutes ses créatures » : belle formule d’auteur, mais en fait Sylla avait fixé une date butoir dans le souci d’éviter que les règlements de compte n’empoisonne trop la vie politique (les confiscations et les ventes aux enchères des citoyens exécutés dont le nom figurait sur une liste de proscription), il ‘s’agissait du 1er juin 81.

Finalement Sylla n’étant pas rentré dans la zone consacrée de Rome était toujours revêtu de son pouvoir proconsulaire une fois Cneius Papirius Carbo mort (en ayant conservé son mandat de consul) Sylla demanda au Sénat de constater la vacance du pouvoir suprême Tout se passa pour le mieux puisque le prince du Sénat soumis au peuple une loi pour la nomination d’un dictateur à pouvoir constituant (rédaction des lois et organisation de l’Etat). Sylla fut désigné par le prince du sénat pour exercer la magistrature exceptionnelle qui choisit immédiatement comme maître de cavalerie ledit prince du Sénat, Lucius Valerius Flacus. Des élections furent immédiatement organisées pour pourvoir aux magistratures dans le respect de la légalité avec des postes ouverts aux anciens partisans de Marius et Cinna.

Sylla fut à l’origine d’une très importante œuvre législative et reconstitua le Sénat qui était tombé à 150 membres en y adjoignant 150 sénateurs de plus ce qui lui laissait toute latitude pour parfaire ses réformes. Sylla donna à l’exercice de son pouvoir un certain décorum en se faisant précéder de 25 licteurs et sa propagande véhiculait un certain nombre de de thèmes qui faisait de lui un personnage d’exception, non pas chef d’un parti, mais fondateur de Rome ; un second Romulus. Toutefois la propagande adverse commençait à parler de « sa royauté négative » et le triomphe célébré par Sylla fut l’un des plus glorieux que Rome eut connu.

Sylla entrepris une réforme du Sénat qui devait pousser son effectif total à 600 membres comme il s’y était engagé lors de négociations avec le consul Lucius Scipio puis avec les différentes communautés italiennes au cours de l’hiver 83-82 : les nouveaux citoyens romains devaient être intégrés dans les unités de vote que Cinna avait prévu et qui correspondait à créer 35 tribus additionnelles avec les mêmes noms que les tribus traditionnelles. Sylla avait donc bien fondé une Rome nouvelle, une Rome élargie par toutes les conquêtes réalisées au cours du siècle précédent, mais aussi une Rome enrichie de presque toute l’Italie et dont lui avait achevé l’intégration avec sa magistrature spéciale. Les Romains apprécièrent cette réforme qui paraissait clore le chapitre des guerres civiles et pour témoigner de leur reconnaissance envers Sylla les sénateurs votèrent l’érection d’une statue équestre dorée de Sylla au Forum, devant les Rostres avec cette inscription « A Lucius Cornelius Sulla Felix Dictateur » avec un sénatus-consulte officialisant le cognomen Felix (celui qui est béni des dieux).

Finalement au terme d’une vie bien remplie Sylla abdiqua probablement avant la fin de l’année 81. A bien des égards on peut considérer que Sylla tenta une ultime opération de sauvetage de la République romaine, mais que la conjonction de la qualité d’imperator avec celle d’homme politique Optimates créait un précédent fâcheux (ce qui était aussi le cas de Marius) qui probablement énormément inspiré le grand Jules César et allait une nouvelle fois plonger Rome dans les affres d’une terrible guerre civile ou les proscriptions firent leur retour sous le second triumvirat.


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2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un film de science fiction qui dénonce l'usage sans éthique des biotechnologies, 26 mars 2017
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Morgane [Blu-ray + Digital HD] (Blu-ray)
Morgan a été une excellente surprise en ce qui me concerne, car j'ai acheté ce film sans attente particulière. Le visionnage a été particulièrement intéressant, le Blu Ray est de très bonne facture, même si la VF est un peu faible sur mon ampli. Toujours est-il que l'on retrouve sous un aspect féminin une réflexion qui n'est pas très loin de la fabrication des Terminator ou de la thématique de la vie artificielle dans Frankenstein le chef d’œuvre de Mary Shelley. Contrairement à une histoire à la Terminator, la thématique de la genèse d'une forme de vie synthétique est traitée de manière réaliste, quasiment sur la base de ce qui est déjà la norme dans les biotechnologies. Disons que l'une des problématiques modernes des compagnies militaires vise au développement de soldats synthétiques destinés au remplacement des humains trop fragiles physiquement et psychologiquement. Nous sommes donc dans un film ou les effets spéciaux ne sont pas utilisés au détriment d'une intrique souvent trop mince. Le film est d'une part un film d'action dont le rythme va crescendo avec des séances très physiques de close quarter combat et de vrai scènes d'émotion. Mais le véritable point fort de Morgan est de vous obliger à réfléchir longtemps après la fin du film. Ma revue ne comporte aucun spoiler et vous serez bluffé par la conclusion très édifiante de cette chasse à mort. Bonne séance à toutes et à tous.


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