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Contenu rédigé par Eric OD Green
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Eric OD Green (Paris, France)
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Le Livre noir des Juifs de Pologne
Le Livre noir des Juifs de Pologne
par Jacob Apenszlak
Edition : Broché
Prix : EUR 25,90

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un document historique d'une très grande valeur documentaire, 15 mars 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Livre noir des Juifs de Pologne (Broché)
« Le livre noir des juifs de Pologne » rédigé sous la direction de Jacob Apenszlak et publié pour la première fois en 1943 est réédité en France en 2013 par Calmann-Lévy avec le soutien du Mémorial de la Shoah. C'est un document de premier plan pour un historien de la seconde guerre mondiale et un document très fort pour un amateur éclairé. Pendant très longtemps il a été présumé que le secret entourant l'extermination des juifs à l'Est avait été entouré du plus grande secret et que les dirigeants des pays luttant comme l'Allemagne nazie l'on appris a posteriori lors de la libération des camps par les soviétiques et les Américains : toutefois la notion de secret des exterminations, si elle existait bien avec des messages codés par le système Enigma avait fait l'objet d'un décodage très précoce par le Royaume-Uni et la France à partir de données fournies par la Pologne : donc en vérité le secret étaient bien éventé, mais il semble évident que les puissances belligérantes ne pouvaient pas distraire leur moyens militaires déjà engagés dans une lutte à mort avec le nazisme pour venir en aide aux juifs : les propositions faites a posteriori de bombardement des camps d'extermination paraissent bien incertain compte tenu de la nature même du régime hitlérien.

Ce que l'on peut dire c'est qu'entre 1939 et 1942 il existait tout de même un grand nombre de sources ouvertes : journaux allemands, presse anglo-saxonne, presse sioniste en Palestine et aux Etats-Unis, presse des pays neutres, qui publiaient des éléments ne laissant aucun doute raisonnable sur la barbarie des hordes hitlériennes à l'encontre des juifs, des polonais et des Slaves en général. Traditionnellement au sein des services de renseignements du type 2ème bureau il existe toujours des cellules de veille qui sont chargées de faire une exploitation des sources ouvertes en pondérant les informations recueillies : de mon point de vue il est hautement improbable que rien de conclusif n'ai été compilé, surtout avec le décodage par Ultra des messages adressés à l'Ordnung Polizei.

Le livre noir de 1943 est une œuvre collective de responsables politiques, d'intellectuels juifs polonais exilés à New York et à Londres. Le livre noir a été publié en octobre 1943 à un moment ou l'Aktion Reinhard touchait à sa fin, le camp de Treblinka finissait d'être démantelé et celui de Sobibor connaissait une révolte qui allait précipiter sa fermeture. On estime qu'à ce moment plus de 85% des victimes de la shoah avaient été exterminés. L'organisateur de cette publication était Jacob Apenszlak, publiciste, journaliste traducteur et militant sionsites, qui vivait à Varsovie avant la guerre et se réfugia à New York en 1940.

Le texte dont je vous propose une recension est essentiellement le chapitre VIII « L'extermination » qui par son contenu et sa déduction de la rationalité hitlérienne reste d'une actualité surprenante et inquiétante. Le texte indique que la ségrégation des juifs par l'enfermement dans des ghettos et la réduction progressive de leurs capacités physiques par la sous-alimentation, l'épuisement de leur force vitale et l'affaiblissement de leur système nerveux par l'humiliation et la terreur ne constituaient pas « la solution finale du problème juif ». Le ghetto n'était pas encore « la voie sans issue » dans laquelle était reléguée la question juive, bien que au cours des premiers mois de 1941 on avait pu penser que d'après certaines déclarations nazies l'existence des juifs de Pologne allait se stabiliser « dans le tréfonds de la misère humaine des ghettos ». Mais cette séparation physique des juifs des « aryens » et des polonais s'est modifié dès le printemps 1941 avec des actes de terreur commis contre les juifs. La terreur et la liquidation relativement lente allait céder la place à une extermination rapide et radicale : la propagande de Joseph Goebbels commença à resserrer l'étau de l'antisémitisme et dans ses discours comme dans ceux d'Hitler et de Rosenberg la prétendue responsabilité des juifs dans la guerre fut signifiée plus clairement. Alfred Rosenberg, l'immonde idéologue anti-chrétien du IIIème Reich et antisémite spasmodique présenta un programme détaillé sur l'évacuation totale des juifs du Reich et de l'Europe, plaçant la question juive au premier plan des problèmes politiques européens. Rosenberg se lança dans une logorrhée mélangeant les théories du complot juif mondial et la prétendue influence juive sur la politique de l'Angleterre et des Etats-Unis. Les discours de Goebbels et les interventions d'Hitler visaient à raviver le vieil antisémitisme protestant présentant les juifs comme une puissance internationale dangereuse tirant les ficelles du monde démocratique : ce qui devient dans l'esprit des nazis « les ploutocrates anglo-saxons enjuivés », avec la mise en accusation d'une nouvelle puissance antiallemande en la personne de l'Etat judéo-bolchevique de l'URSS'Pour l'auteur de ce texte, l'accent mis subitement sur les éléments antijuifs dans la propagande allemande montrait que la stratégie d'Hitler concevait l'évocation de la question juive comme un atout entre ces mains, d'abord dans le cadre d'une offensive diplomatique du printemps 1941 qui avait pour objectif de rallier à la croisade antibolchevique du IIIème Reich l'Angleterre. Puisque les juifs possédaient dans le modèle cognitif hitlérien un rôle majeur via les milieux financiers juifs de la City de Londres, la menace d'un sort terrible pour leurs frères d'Europe de l'Est devait inciter les juifs britanniques à faire pression sur l'opinion publique anglaise et sur le gouvernement de Winston Churchill. Il s'agissait de créer une ambiance propice à la « mission » de Rudolf Hess en Angleterre. Mais cette mission se solda par un échec grotesque et alors le monde juif libre fut associé aux nations unies (les alliés) contre les nazis.

Le 22 juin 1941, les hordes allemandes attaquèrent l'URSS et dès lors les deux spectres voués aux gémonies par Hitler les juifs et les bolcheviques étaient désormais associés par un formidable effort de propagande : il fallait préparer un chantage à l'égard du monde libre, par la menace de faire subir aux juifs toutes sortes de persécutions' Le 16 novembre 1941, dans le journal Das Reich Joseph Goebbels argumenta sur le fait que les juifs souhaitaient entraîner les Etats-Unis dans une guerre contre l'Allemagne ; le ministre de la propagande présenta à ses lecteurs un portait du juif fauteur de guerre « qui sous le nom de Baruch, Morgenthau ou Untermeyer se tient derrière M. Roosevelt afin de l'inciter à faire la guerre »' Le constat est relativement simple : dès le déclenchement de la guerre germano-soviétique les Allemands entreprirent l'extermination de la population juive de Pologne.

L'auteur note que le comportement du gouvernement Polonais en exil à Londres fut exemplaire et que tous les groupes polonais de la résistance ont condamné les monstrueux crimes des nazis.

Ce texte est très intéressant sur le plan historique puisqu'il montre qu'il existait bien une perception d'une stratégie hitlérienne dans la gestion des juifs et comme le suppose de nombreuses études historiques modernes Hitler avait bien l'intention d'utiliser les juifs comme moyen de pression sur les démocraties anglo-saxonne : l'échec de cette stratégie est datée de 1941 avec un commencement d'exécution massif des juifs polonais : sur le plan de la datation de la décision de procédé à l'extermination des juifs d'Europe on retrouve un laps de temps décisionnel qui est exactement celui retenu par l'historiographie moderne, plus ou moins quelques incertitudes sur la datation précise de la décision de tuer en masse les juifs. On peut par ailleurs renvoyer le lecteur au livre classique de Walter Laqueur sur la diffusion et la compréhension de l'information relative à la Shoah : "le terrible secret" dont j'ai effectué une recension.


The Mirror [Blu-ray]
The Mirror [Blu-ray]
DVD ~ Karen Gillan
Prix : EUR 10,99

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Un film d'angoisse parfaitement maîtrisé : un très bon moment en perspective, 14 mars 2016
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : The Mirror [Blu-ray] (Blu-ray)
Je me permet d'écrire cette revue parce que le film (Oculus pour la sortie américaine) fait l'objet sur ce site d'une évidence malveillance dans l'évaluation. Tout d'abord, j'ai regardé ce film à plus de 5 reprises sur un support Blu Ray et je peux attester de sa grande qualité technique ; avec comme toujours un léger plus pour la VO, mais à peine sur ce titre.

Ceux qui veulent à tout prix mesurer la qualité d'un film de genre à l'aune des pitoyables tortureporn n'ont qu'à se vautrer dans cette fange cinématographique : personnellement les deux films que je préfère dans cette mouvance décérébrée est "I spit on your graves" et "la dernière maison sur la gauche" : je considère que c'est une bonne chose pour se vider la tête, mais cela ne peut pas être la majorité des films de genre.

"Mirror" est un film d'angoisse remarquablement construit, qui fait intervenir un jeune garçon qui a été placé en institution psychiatrique pour le meurtre de son père : mais il s'agissait d'un cas de légitime défense avec une mise sous tutelle médicale dans un bon environnement. Le jour de sa majorité légal son médecin traitant propose une sortie du patient avec l'accord de toutes les personnes concernés.

Ce garçon tout à fait normal va rapidement retrouver sa sœur qui n'a pas été placée en institution psychiatrique, et a connu plusieurs familles d’accueil. La jeune femme reste obsédée par l'aspect surnaturel qu'elle attribue à un miroir maudit qui aurait jadis été un élément du mobilier de la résidence royale britannique de Balmoral. La jeune femme a constitué un dossier historique très documenté sur le miroir (miroir Lasserre) et sur le sort tragique de tous ceux qui en ont été les propriétaires.

La jeune femme qui travaille dans une galerie d'art parvient à remettre la main sur le miroir avec l'aide de son époux et décide de le réinstaller dans l'ancienne maison de ses parents pour s'y livrer à des expériences avec mesure de température, surveillance vidéo, et plante et chien servant de cobaye...sans compter un ingénieux dispositif qui en l'absence d'une remise à zéro manuel est conçu pour détruire le miroir.
Elle parvient a faire venir son frère pour l'accomplissement de l'expérience : en fait il y aura de nombreux flash back sur la période de leur enfance avec les éléments surnaturels ou présumés comme tels et la situation actuelle dans une grande maison vide et angoissante.

Le ressort du film consiste à maintenir le plus longtemps possible une incertitude sur l'aspect surnaturel et une explication plus prosaïque : psychose, folie à deux..etc.

Au cours de la progression du film ce sera au spectateur de décoder les événements : la tension est constante et le suspense est quasiment maintenu jusqu'à 15-20 minutes de la fin. Un spectacle de qualité réglé au mini-mètre avec d'excellents acteurs... A voir et à revoir pour décortiquer la complexité des informations distillées tout au long du récit.


Le grand incendie de Rome : 64 ap. J.-C.
Le grand incendie de Rome : 64 ap. J.-C.
par Catherine Salles
Edition : Poche
Prix : EUR 9,00

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un excellent ouvrage accessible à tous les amateurs d'histoire romaine, 13 mars 2016
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le grand incendie de Rome : 64 ap. J.-C. (Poche)
L’ouvrage de Catherine Salles relatif à l’incendie de Rome en 64 APJC est un ouvrage qui réalise la symbiose des informations scientifiques caractérisant une bonne historienne avec un talent de narration vraiment excellent : toute personne ayant un intérêt pour la Rome antique et quelques connaissances sur cette période est en mesure de lire cet excellent texte.

Madame Salles nous fait découvrir le quotidien de la ville de Rome aux côtés d’un couple fictif d’affranchis Calliopé et Abascanus qui faute de moyens financiers vivent dans une habitation à étage une Insulae. L’auteur donne d’excellents éléments d’information sur l’urbanisation de Rome avec un paradoxe certain : cette métropole siège d’une formidable puissance militaire et politique compte alors au moins un millions d’habitants sur un espace restreint 1800 hectares de superficie. La ville de Rome a été construite sur la rive gauche du Tibre dans un amphithéâtre de collines de faible hauteur (entre 45 et 60 mètres) et entourant le Palatin. Malgré ses défauts Rome possèdent certains atouts sur lesquels ont insisté les auteurs anciens, Cicéron en particulier avec une position centrale en Italie et dispose d’un port relativement proche, celui d’Ostie à 24,50 km. Toutefois, cela ne peut pas cacher que la cité a été construite sans schéma directeur d’urbanisme et la ville n’a jamais été capable de s’adapter à la progression de sa population. La ville fut prise par les Gaulois en 390 Av JC et incendiée (ce qui reste symboliquement pour les Romains le plus grand désastre de leur histoire avec justement l’incendie de 64) mais la reconstruction n’a donné lieu à aucune amélioration tangible : il est très difficile tant pour les voitures que pour les piétons de circuler dans la ville, et à l’époque néronienne seuls quatre ponts permettent de franchir le Tibre ce qui est peu pour un fleuve qui longe la citée sur 9 km. Catherine Salles indique quels sont les travaux d’amélioration prévus par Jules César à la fin de la République : il s’agissait en vérité de travaux colossaux qui nécessitaient de dévier le cours du Tibre, les ides de Mars fut fatales à César et son projet demeura purement théorique même si les études réalisées servirent à ses successeurs. Et en vérité les travaux conduits par Octave/Auguste sont considérables et il se vante « d’avoir hérité d’une ville en brique et de l’avoir rendue en marbre », le périmètre urbain de la ville est augmenté de 2,8 km. Auguste procède à la réorganisation de Rome en 14 régions, de de dimensions très variables avec des superficies très disparates, la plus petite étant celle du Palatin avec 240 000 m² et la plus étendue celle du Transtévère avec ses 4 000 000 m². Les régions sont subdivisées en 265 vici (quartier) régis par des structures administratives et religieuses. Malgré la modernisation entreprise par Auguste la vie reste très difficile à Rome surtout pour ses habitants les plus modestes avec une pollution atmosphérique générale et un terrible vacarme. Sur le plan des habitations se côtoient les Domus (villa) des Romains les plus riches sont situées sur les collines, tandis que les demeures collectives à étages, les Insulae sont construites dans les dépressions, beaucoup plus polluées et moins plaisantes à vivre. Rome est pourvu d’un corps de pompier professionnels dénommés « cordeliers » extrêmement bien formés et entraînés. Ce corps de vigiles bâtît sur un modèle militaire proche de celui des légions a été plusieurs fois démontrés avec une capacité à éteindre les étincelles dans leurs Régions respectives, mais en 64 l’incendie touche simultanément plusieurs régions et entraîne une dangereuse confusion entre les cohortes appelées à lutter contre le feu.

Pendant la journée du 19 juillet, alors que l’incendie échappe à tout contrôle on a envoyé des messagers à Néron qui se trouvent dans sa résidence d’Antium : dès qu’il a connaissance de l’évènement le Princeps décide de se rendre immédiatement à Rome et il arrive d’ailleurs deux jours plus tard le 21 juillet. Néron s’informe immédiatement auprès du préfet et des responsables des vigiles et réunit un état-major comprenant les préfets des vigiles, de l’anome (approvisionnement alimentaire de Rome) et du Prétoire et des officiers des cohortes prétoriennes et de chacune des casernes de vigiles : le prince s’entretient avec les cordeliers et les félicitent pour leur courage, compte l’écrit Me Salles le prince à un certain talent pour s’entretenir avec les hommes simples et les vigiles l’écoutent avec sympathie et reconnaissance : on est donc à mille lieux de la légende noire de Néron. On considère que les effectifs engagés pour lutter contre le feu comprennent 20 000 militaires venant renforcer le corps des vigiles, d’une manière générale le comportement de Néron est digne d’éloge puisqu’il n’hésite pas à se mêler à la foule pour calmer les Romains et fait ouvrir ses jardins du Vatican pour y recueillir les foules en fuite. Malheureusement, l’incendie étant hors de contrôle il est décidé avec l’accord de Néron d’utiliser des moyens d’exceptions et de faire la part du feu : c’est ainsi que des balistes sont utilisées pour détruire des bâtiments et mettre le feu volontairement à d’autres bâtiments pour dégager le terrain : cette politique de « la part du feu » qui n’est généralement pas employée à Rome a été très mal comprise par les Romains : la conclusion est qu’il existe des hommes qui mettent volontairement le feu pour des commanditaires puissants . C’est là l’origine de la fameuse rumeur selon laquelle Néron devient le responsable de l’incendie…

Catherine Salles introduit des éléments majeurs sur la personnalité de l’empereur, et surtout sur son mauvais entourage, constitué d’une part par une mère abusive et d’autre part par des précepteurs dont le plus célèbre est Sénèque, un homme richissime qui professe la philosophie stoïcienne : les intrigues qui vont se dérouler en permanence dans l’entourage de Néron vont induire une sorte de peur panique persistance avec pour Néron une propension à régler ses angoisses par le recours à l’élimination physique systématique de ceux qui en sont présumés coupables. Néron est le dernier empereur de la lignée des julio-claudien et selon Catherine salles il ne possède pas de pathologie mentale comme son oncle Caligula qui lui était un authentique pervers prenant plaisir à faire souffrir autrui… le principal problème du jeune empereur est qu’il se perçoit avant toute chose comme un artiste, chanteur, acteur et joueur de cithare et accessoirement conducteur de char !!! Rien de très grave sur le fond, mais sommes toutes des occupations pas forcément compatible avec les fonctions d’Empereur romain. Cette absence d’appétence pour le sérieux de la fonction, doublée d’une frivolité certaine et d’un goût pour la provocation qui le conduit à se marier à deux reprises à des gitons vont conduire Néron à sa perte. Sans compter, le mythe de Néropolis, expliqué en détail par l’auteur et qui montre que l’on a cru à un complot visant à brûler Rome pour y édifier une nouvelle capitale somptuaire dédiée à la gloire de Néron et d’un style hellénistique très poussée : l’embryon de cette nouvelle capitale est bien sur la fameuse Maison Dorée, gigantesque et somptueux palais jamais terminé qui contribuait à la ruine des finances publiques de Rome.

Pour le reste, la recherche d’un bouc émissaire parmi les chrétiens témoigne selon Me Salles d’une démarche psychologique logique et qu’il est probable que l’empereur est beaucoup hésité entre une désignation des Juifs (déjà !!!) et des premiers chrétiens, et qu’au demeurant le choix des chrétiens et leur martyre afférent fut un choix assez indécis ou n’entrait pas une grande compréhension de la religion chrétienne : en bref, à cette époque les Juifs bénéficiaient encore d’une certaine forme de protection au sein de l’Empire romain, ce qui n’était pas encore le cas des chrétiens… Le déroulement de l’histoire tient finalement à bien peu de chose…


Propos intimes et politiques
Propos intimes et politiques
par Adolf Hitler
Edition : Broché
Prix : EUR 25,00

6 internautes sur 8 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Une remarquable modernisation de la traduction : un outil scientifique de référence, 10 mars 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Propos intimes et politiques (Broché)
Je souhaite sincèrement tirer mon chapeau à François Delpla pour la qualité de son travail de traducteur et de commentateur avisé des « Propos intimes et Politiques de Hilter : 1941-1942 » et j’attends avec impatience la parution du second tome qui sera consacré essentiellement à l’année 1942. Je tiens d’emblée à indiquer que l’ouvrage traduit et annoté par monsieur Delpla est avant toute chose un outil de travail scientifique destiné à des spécialistes du nazisme : son exploitation ex nihilo nihil par des profanes paraît assez difficile. En revanche, comme M. Delpla l’indique fort bien lui-même dans le prologue et dans le dispositif scientifique le croisement de cette source avec des éléments majeurs comme le journal de Joseph Goebbels, le tout récemment publié en Allemand et en français, journal d’Alfred Rosenberg, complété avec l’agenda d’Heinrich Himmler publié en 1999 permet d’obtenir une contextualisation chronologique de plus en plus poussée de certains évènements majeurs. Je tiens bien à indiquer que les Propos de Hitler ne sont pas une source prioritaire pour un néophyte souhaitant disposer d’informations pointues sur le déroulement de l’opération Barbarossa en termes militaires, mais permettent de se faire une idée précise des obsessions du dictateur nazi dans le contexte de cette opération qui échoue devant Moscou, entraînant notamment le limogeage de Heinz Guderian, dont l’ouvrage Panzerleader traduit en anglais mais non en Français reste à ce titre passionnant, et il en va de même du journal du général Warlimont, une documentation de tout premier ordre, partiellement traduite (et mal) en français mais dont une version complète est disponible en anglais dans un ouvrage qui commence malheureusement à devenir rare, mais qui est indispensable à un universitaire qui se respecte ou bien à un amateur éclairé disposant de puissantes connaissances…

Toujours est-il que le travail de François Delpla porte sur un élément qui est en quelque sorte un prolongement de Mein Kampf : le flot des paroles du Führer démarre à l’été 1941 qui voit la Wehrmacht essayer de terrasser l’URSS : bien sûr en termes de guerre rapide, la formidable capacité de résistance de l’armée rouge et de ses soldats dont on ne peut que souligner le courage vont enrayer le béhémoth nazi qui avait été conçu pour conduire des opérations de quelques semaines à quelques mois probablement sans excéder six mois d’après les données opérationnelles qui sont connues. Le présent ouvrage possède une singulière histoire : de 1951 à 1980 ce texte a été connu sous le nom de Propos de table d’Hitler, libre propos sur la guerre et la paix et Monologues du quartier général-général du Führer. Pour François Delpla le texte serait essentiellement un recueil de directives. Ces directives ont été recueillies par deux secrétaires assignés à cette mission par Martin Bormann, Heinrich Heim et Henry Picker. Selon l’interprétation retenue par François Delpla le successeur de Rudolph Hess à la tête du parti a demandé aux secrétaires de procéder à un tri pour conserver une trace manuscrite des éléments pouvant être utilisés pour le mouvement nazi et la conduite de l’Etat, qui était lui-même devenu une sorte d’excroissance du parti. François Delpla fournit en introduction quelques éléments sur la personnalité de Heim et Picker. Le rôle de Martin Bormann dans cette conservation des connaissances n’est pas une grande surprise, même si ses motivations demeurent assez mystérieuses : il tenait à ses recueils au point d’en faire réaliser une version dactylographiée qu’il conservait précieusement. La première édition disponible en français était celle devenue disponible en 1952 qui a été réalisée par un homme d’affaire suisse François Genoud qui aurait acquis le texte initial auprès d’un collectionneur italien. Genoud aurait attribué un rôle considérable à Bormann. Je confirme les propos de François Delpla qui indique que la traduction était d’un médiocre niveau, pour l’avoir utilisé et les chercheurs français disposent désormais d’un texte de référence avec toute la rigueur linguistique que l’on peut espérer.

Le texte des propos d’Hitler est reproduit selon un exposé chronologique qui était le seul utilisable sur la page de gauche alors que le dispositif scientifique de contextualisation rédigé par François Delpla se trouve systématiquement sur la page de droite : une structure particulièrement opérationnelle.

Parmi les obsessions qui sont rémanentes dans le texte d’Hitler se porte sa fameuse haine du christianisme, dès la page 28 il affirme que « le coup le plus dur qui est frappé l’humanité c’est l’avènement du christianisme. Le communisme est un enfant illégitime du christianisme. L’un et l’autre sont des inventions du Juifs. (…) ». Cette thématique sera rémanente d’une manière de plus en plus violente dans l’ouvrage. On note que Hitler fait du christianisme la cause de la chute de l’Empire Romain, ce n’est pas nouveau c’est la thèse défendue par l’historien Edward Gibbon (Gibbon’s Problem), le thème du complot juif en moins bien sûr… Dans la même page Hitler parle de la soupe du Schleswig-Holstein qu’il assimile au fameux « brouet Spartiate » qui sera lui aussi évoqué à plusieurs reprises pour « prouver » l’origine Grec et aussi romaine des Germains…

En page 32, Hitler exprime son admiration apriori sincère pour Benito Mussolini dont son profil lui évoque le profil des bustes romains et par la même son, héritage des grands hommes de l’Empire romain.

En page 42, Hitler évoque sa vision politique de la domination germanique de l’Est, pour cela il faudra faire en sorte qu’il n’existe jamais de pouvoir militaire résiduel de ce côté de l’Oural c’est-à-dire selon le dictateur sur une ligne située à 200-300 km à l’Est de l’Oural pour empêcher une alliance entre l’Angleterre et un éventuel potentat « asiatique ». Hitler pense que cet immense espace pourra être tenu avec 250 000 hommes et quelques bons administrateurs (on note que cette tâche embryonnaire compte tenu des revers militaires sera néanmoins confiée à Rosenberg qui deviendra ministre des territoires de l’Est) ; Hitler établit un parallèle obsessionnel entre la domination de l’Inde par le Royaume-Uni. Pour le sud de l’Ukraine, et surtout la Crimée, elle sera essentiellement peuplées de colons allemands avec une notion de paysan soldat (vétérans) : cette thématique est celle des colonies de peuplement SS développée par Heinrich Himmler (cf sa biographie par Peter Longerich).

Le 2 août 1941 on trouve évoqué la France avec les éléments suivants « Les Français par exemple doivent conserver leurs partis. Plus il y aura chez eux de mouvements sociaux-révolutionnaires, mieux cela vaudra pour nous. (…) Beaucoup de français ne désireront pas que nous quittions Paris, car du fait de leurs relations avec nous ils sont suspects aux yeux des français de Vichy. Pour une raison analogue, Vichy ne voit peut être pas d’un mauvais œil que nous soyons installés à Paris, car si nous n’étions pas là ils auraient à craindre des mouvements révolutionnaires » : en la matière outre l’excellent « Montoire » de François Delpla, dont je prépare une recension, on peut se rapporter à « la France Allemande » de Pascal Ory et à « Hitler et la France » de Jean-Paul Cointet.

On note la modernité d’un Hitler qui en 1941 est déjà favorable aux énergies renouvelables avec l’eau et le vent et aussi l’utilisation de l’hydrogène comme moyen de chauffage…Un précurseur possédant une fibre écologiste avant la lettre : mais ces propos prémonitoires ne l’empêche nullement de présumer que les « lacs souterrains de pétrole » sont capables de se reformer spontanément : tout au long de l’ouvrage on voit bien que si Hitler est un autodidacte assez sérieux, il n’en demeure pas moins quelqu’un possédant des connaissances scientifiques superficielles et des connaissances historiques ou l’ignorance et la confusion le dispute à la mauvaise foi. Sans compter l’attribution incompréhensible de l’invention de la charge creuse à l’Italie ( ?!!!).

Hitler indique en page 58 : « Ce que l’Inde a été pour l’Angleterre, l’espace orientale doit l’être pour nous. Si seulement je pouvais faire comprendre au peuple ce que cette espace représente pour nous. »

Page 62 : Hitler affiche une méconnaissance crasse des capacités industrielles des Etats-Unis en estimant qu’il lui faudrait quatre ans pour combler les pertes en matériel de la Russie : une terrible naïveté et de l’autosuggestion couplé à une méconnaissance totale de l’Amérique. Concernant les prémonitions stratégico-militaires ce n’est pas forcément mieux avec page 64 « Les armes de l’avenir, En premier lieu, l’armée de terre, en second lieu l’aviation et seulement en troisième lieu la marine ! » : dans son conflit avec l’Angleterre Hitler ne disposait pas d’une aviation suffisante, notamment une aviation de bombardement stratégique à long rayon d’action, cette carence va d’ailleurs se montrer de plus en plus en Russie ; concernant les Etats-Unis le Führer avait pourtant envisagé un temps un bombardier lourd quadrimoteurs pour couvrir 11000 km, le dossier de cette erreur technologique est traité par François Kersaudy dans « les derniers secrets du IIIème Reich ».

Page 70 : Hitler prend quand même quelques précautions : il donne l’ordre au Reichsführer SS Himmler de liquider toutes les personnes enfermées dans les camps de concentration en cas de troubles intérieures. Page 72 lors d’une péroraison sur le laxisme de la justice en Allemagne (sic !!!) Hitler compare les assassins récidivistes aux sous-hommes et « aux animaux qui peuplent nos camps de prisonniers russes » : il faut dire que 2 à 2,5 millions de prisonniers russes périront de froids et de malnutrition.

Sur le plan militaire page 74, Hitler a un commentaire juste pour cette fois : « Alors que cette fois nous n’avons pas eu à l’Ouest un adversaire supérieur en armement, on peut dire que la préparation russe à la guerre a été fantastique » : c’est totalement juste, l’ouvrage de Jean Lopez dans les développements relatifs aux armements russes et allemands montre bien que les chars russes de cette époque (T-34/76 et KV-1) avaient tout pour être les meilleurs chars du monde, alors que la supériorité technologique allemande est seulement un facteur qui va aboutir à la fabrication de chars sophistiqués très chers et peu fiables, jamais produits en nombre suffisant (Mythes de la seconde guerre mondiale).
Les diatribes sur les Slaves se poursuivent de plus belle page 76 « Il n’y a qu’à regarder ce pays primitif et on sait que rien ne s’y passe à moins qu’on force les hommes à travailler. Les Slaves constituent une masse d’esclaves nés, qui crient pour avoir un maître. Ils se demande juste quel il est ». Avec une digression vicieuse qui assimile les Hongrois « paresseux » aux Russes… Dans sa grande bonté, Hitler indique que l’Allemagne fournira aux Ukrainiens des foulards et de la verroterie « tous ce qui plaît habituellement aux peuples coloniaux ». Il faut dire que pour Hitler (page 188) l’Ukraine devient « les Indes européennes » : en permanence on observe que le Führer définit ses objectifs coloniaux par rapport à l’empire britannique, ce qui est forcément un signe d’admiration…

Le 23 septembre 1941 « il est absurde de vouloir tracer la frontière entre deux mondes, l’Europe et l’Asie, dans une chaîne de montagnes moyennes, je veux dire l’Oural (…) Non géographiquement l’Asie pénètre dans l’Europe sans solution de continuité géographie » ; Hitler poursuit son dialogue sur la géopolitique de l’Asie en page 90 en considérant que c’est un espace très dangereux, un réservoir d’hommes et la sécurité de l’Europe n’était possible qu’à condition de porter la frontière de l’Europe jusqu’à l’Europe et qu’il n’y est plus d’Etat organisé russe à l’Ouest de cette ligne : quelle merveilleuse autojustification pour la croisade antibolchevique : Hitler est le sauveur de la civilisation européenne !!!!
Dans un développement singulier en page 108, Hitler montre qu’il est conscient qu’il peut être judicieux pour un commandant militaire de ne pas laisser aller simplement des hommes aller se faire tuer et qu’il peut être nécessaire de réfléchir à un changement de tactique et à l’utilisation d’autres armes voire même décider d’abandonner rapidement une position difficile : un rare éclair de lucidité dans la pensée militaire d’un homme qui est avant toute chose un autodidacte et un pur amateur !!!! Ce développement est complété page 120 par l’interdiction, selon Hitler d’une attaque qui devait apporter aux troupes allemandes une avancée de 4 km parce qu’elle exigeait un sacrifice trop important en vies humaines : décidément un véritable humaniste notre Adolf…

En page 116, l’Ukraine sera vraiment le joyau des possessions coloniales allemandes avec un minerai de fer de haute teneur, du nickel, du charbon du manganèse et du molybdène ; sans compter l’hévéa que l’on cultivera pour produire du caoutchouc (sur 40000 hectares) un Eldorado et un pays de cocagne…

Le 14 octobre 1941 en compagnie de Himmler, Hitler estime qu’il n’est pas souhaitable de se jeter massivement dans un combat contre l’église : « le mieux est de laisser le christianisme s’éteindre doucement. Une mort lente a quelque chose d’apaisant : le dogme du christianisme s’effrite devant la science » : on peut y voir un rappel à l’ordre concernant les lubies païennes et l’anti-christianisme forcené de Himmler : les nazis n’ont pas été capables de l’emporter de manière frontale face aux églises et Hitler pense probablement qu’il est inopportun de rouvrir une telle querelle aux cours de la guerre avec l’URSS. Hitler est fortement opposé à la remise en vigueur d’un panthéon païen page 130 « Il me paraît insensé, au-delà de toute expression de faire rétablir un culte de Wotan. Notre vieux panthéon était démodé et incapable de se soutenir quand le christianisme est arrivé. »

Concernant l’organisation des régions de l’Est, celles-ci doivent perdre leur caractère de steppes asiatique et être européanisées, avec notamment de grandes voies de pénétration vers la pointe sud de la Crimée et vers le Caucase, avec des villes allemandes et tout autour l’installation de colons allemands qui seront pris en Allemagne, dans les pays scandinaves, l’Ouest et l’Amérique : pour l’Amérique François Delpla est fortement dubitatif, avec de très bonnes raisons !!!! Quant aux indigènes, il sera procédé à un tri : les juifs seront complètement éliminer : la Biélorussie donne une meilleure impression à Hitler que l’Ukraine, avec des propos sur une nécessaire dureté avec les indigènes et l’intention de réaliser une germanisation par l’immigration.

Page 148 : sur la France « Certes les Français en général se conduisent mal mais n’importe comment ils nous sont apparentés et cela m’aurait fait de la peine de devoir attaquer une ville comme Laon avec sa cathédrale » : c’est un propos qui tranche considérablement avec ceux de Mein Kampf ou Hitler parle de race dégénérée en voie de négrification…

Page 156 : Hitler bucolique « Que le monde antique ai été si beau, si serein et si léger s’explique par l’absence de ces deux fléaux : la syphilis et le christianisme. Le christianisme était un pré-bolchevisme, la mobilisation de masse d’esclaves par le juif afin de miner l’Etat (…) » et complète sa diatribe le 21 octobre 1941 « Le christianisme était un bolchevisme détruisant tout. Mais le Galiléen qu’on devait plus tard appeler le Christ avait voulu autre chose. C’était un guide du peuple qui prit position contre la juiverie. La Galilée était certainement une colonie dans laquelle les Romains avaient installé des légionnaires gaulois, et jésus n’était certainement pas juif. Les juifs le nommait d’ailleurs « fils de putain », le fils d’une prostituée et d’un soldat romain » : comme le fait remarquer François Delpla le fait de considérer le christ comme un « aryen » était un élément redondant des théories « aryanistes » du XIXème siècle. Page 160, Hitler ajoute « Paul le premier, se rendit compte de l’utilité des méthodes de propagande juive sous le masque d’une religion. En faisant de la protestation aryenne contre la juiverie en Palestine une religion chrétienne supra-étatique, le juif a détruit l’Empire romain. » On trouve une redite de l’aryanité du Christ et du dévoiement de sa doctrine par Paul en page 284 (13 décembre 1941).

Page 170, Hitler indique qu’il est un chef de guerre contre sa volonté et se consacre aux affaires militaires faute de meilleur chef indiquant qu’il voulait surtout être un bâtisseur : c’est peut-être vrai dans une certaine mesure compte tenu de son goût ancien pour l’architecture, mais vu l’état final de l’Allemagne cela paraît un peu loupé…

Concernant les élites dirigeantes, page 214, Hitler que d’ici une centaine d’année les postes de commandement seront occupés en Allemagne par des SS qui pratiquent la sélection raciale (sans tenir compte de l’origine géographique Norvège ou Autriche : comme le note François Delpla cela indique fortement une volonté d’annexer la Norvège).

Voici donc quelques perles extraites de l’ouvrage qui en compte bien d’autres ; certes François Delpla constate qu’il existe de curieux trous dans la structure narrative avec notamment une interruption de cinq jours correspondant à la crise de commandement qui oppose Hitler au général von Brauchitsch chef de l’armée, entraîne la démission de ce dernier et la nomination d’Hitler à sa place.

Donc, un formidable outil de travail à destination des universitaires ou des amateurs d’histoire de la seconde guerre mondiale disposant d’excellentes connaissances. Sinon bonne lecture à tous et vivement le second tome !!!!


La France occupée
La France occupée
par August von KAGENECK
Edition : Broché
Prix : EUR 8,00

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un ouvrage lucide et impartial par un grand auteur : le point de vue allemand, 8 mars 2016
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« La France occupée » est le dernier ouvrage du comte August von Kageneck et le texte est celui d’un manuscrit inachevé en raison du décès de l’auteur, la narration s’achève à l’été 1942, date à laquelle Berlin décidait de faire passer la responsabilité de la sécurité intérieure du Militärbefehlshaber in Frankreich (commandement en chef de la Wehrmacht) et gouverneur militaire de Paris à la SS. August von Kageneck a été un partisan et un acteur de la réconciliation franco-allemande. Il a mené en France une carrière de journaliste pour le quotidien Die Welt. Il s’est marié à une française et a choisi de s’établir en France tout en conservant ses attaches badoise et mosellane. Initialement dans son travail d’historien, l’auteur se consacre à l’étude de la guerre à l’Est ou il a lui-même été engagé (« Lieutenant de Panzer »), puis en 1996 il publie « Examen de conscience » un ouvrage majeur ou il prend position dans la controverse qui fait alors rage en Allemagne sur la participation de la Wehrmacht à des crimes nazis : von Kageneck admet la complicité de la Wehrmacht dans l’accomplissement d’atrocités, il fait donc parti des hommes qui ont décidé de mettre un terme définitif à la légende de la Wehrmacht « propre » reléguant aux SS le monopole de la sale besogne… Le mythe de la Wehrmacht propre doit beaucoup aux mémoires d’Erich von Manstein dans l’après-guerre, mais surtout au fait que la guerre froide naissante entraîne la fin d’un processus de dénazification en Allemagne de l’Ouest avec la décision de réarmer le pays et le recyclage de nombreux personnels militaires Allemands jusqu’au plus haut niveau décisionnel de l’OTAN.

Toutefois, Kageneck se distingue par une attitude équilibré, dans laquelle les crimes commis ne doivent jamais effacer l’héroïsme de nombreux soldats allemands au cours du conflit.

Contrairement à ses autres ouvrages (« La guerre à l’Est » et « Erbo pilote de Chasse ») pour traiter de la France occupée l’auteur ne peut faire appel que de manière secondaire à ses propres souvenirs, puisque sa période de présence en France est réduite à 4 mois en début de l’occupation : il s’appuie assez fortement sur les souvenirs d’Ernst Jünger et sur le journal du maréchal Fedor von Bock, ainsi que sur des témoignages émanant de simples soldats. Jean-Paul Bled confirme en introduction qu’Hitler n’a absolument aucune sympathie envers la France et les Français : la France est victime pour le Führer d’une double gangrène juive et nègre, dans Mien Kampf, Hitler parle de la France comme d’un pays en voie de négrification. Tous ces éléments vont dans le sens des analyses de Jean-Paul Cointet « Hitler et la France » merveilleux ouvrage dont j’ai procédé à une recension sur ce site. Selon Jean-Paul Bled qui signe une préface magistrale « Hitler n’envisage donc nullement d’accorder à la France de Vichy la place de brillant second à laquelle elle aspire. C’est la péché originel du régime, qui pris par cette illusion, va de concession en concession se laisser entraîner dans un engrenage fatal » : « la France est traitée comme un inépuisable réservoir de biens industriels, de produits agro-alimentaire et de main d’œuvre ».

L’occupation de la France par l’armée allemande, la troisième en un siècle commença à l’aube du 10 mai 1940 lorsque les premiers panzer-grenadiers du général Guderian prenaient pieds sur la rive gauche de la Meuse, appuyés par des Stuka qui mettent à mal le faible dispositif militaire français déployé à ce niveau : quarante-huit heures plus tard le fleuve était forcé sur plusieurs kilomètres, les panzers avaient traversé et venaient au secours de l’infanterie qui avait enfoncé les lignes ennemis, au soir du 14 mai 1940 la route d’Avesnes et de Saint-Quentin et par la même celle de Dunkerque était ouverte aux chars de Guderian. Les consignes adressées aux Landsers lors de la campagne de France étaient drastique « Soldats, vous vous trouvez désormais en pays ennemi. Battez-vous comme des héros, mais comportez-vous comme des chevaliers » avec de sévères condamnations à la clef pour ceux qui se conduiraient mal. Le sentiment qui domine chez les officiers qui ont vécu 14-18 est la satisfaction de voir effacée la honte du traité de Versailles. Mais cet enthousiasme des premières heures est tempéré par une très vive résistance des Français : le generaloberst Fedor von Bock qui commande le groupe d’armées B en Belgique et aux Pays-Bas est l’un des premiers à s’en apercevoir. Les chars du 16ème Corps d’armée ont été (Hoepner) ont été durement accrochés par les deux DLM (Division Légère Mécanisées) du général Prioux dans la région de Hannut. Ces combats difficiles avec les blindés français ont été surmontés grâce à l’efficacité des avions d’attaque au sol Stuka dont les bombes de 250 kg ont fait des merveilles. Un témoignage d’un lieutenant du 6ème régiment de panzers (3ème Panzerdivision) écrit à ses parents dans une lettre datée du 18 mai 1940 « nous remarquions avec effroi que nos canons de 37 n’arrivaient pas à bout des chars en face qui ne pesait que 18 tonnes mais disposaient d’une formidable armature. Il n’y avait que nos chars lourds, les Mark-IV (Panzer-IV) qui avec leur canon de 75 pouvaient s’imposer à eux et même aux chars bien plus lourds de 32 tonnes les redoutés B2 (il semble que le lieutenant évoque en fait les B1 Bis) » cela dit tout est relatif puisque le lieutenant indique que lors d’un face à face avec les chars lourds français, sur dix chars français, les Panzer-IV en éliminent six sur dix en moins de dix minutes…

Un autre élément marquant est l’absence d’antipathie foncière de la part des populations françaises qui n’hésite pas à trinquer avec du champagne avec les vainqueurs du jour, un peu surpris mais très content sur le fond : les témoignages de soldats allemands montrent bien l’absence d’antipathie à l’égard des Français. Ces phases de détente alternent avec des phases de combat intenses : les Français à partir du 5 juin 1940 se battent formidablement sur la ligne Weygand établie le long de la Somme et de l’Aisne, soit le dernier barrage avant Paris. Fedor von Bock attaque cette ligne Weygand avec trois armées et pendant trois jours des combats d’une violence inouïe se déroulent. Les Français possèdent des défenses bien installées et la ligne Maginot à l’Est est toujours opérationnelle, le 6 juin von Bock note « Lourde journée, journée de crimes il semble que nous soyons stoppés », mais en fin de journée le 6 juin il apprend finalement que l’ennemi a cédé devant la 4ème armée de Kluge et aussi devant l’aile gauche de Reichenau, au chemin des Dames. Et finalement la ligne Weygand cède après avoir fort bien combattue, mais les évènements consacre une victoire sans faute de Fedor von Bock qui est élevé par Hitler à la dignité de maréchal le 19 juin 1940 : sa carrière se terminera dans l’opprobre mis sur la touche par le Führer pour cause d’échec devant Moscou et Stalingrad.

Par la suite la résistance militaire française devient erratique un témoignage indique « nous ripostons rarement, pour ne pas pousser l’adversaire à intensifier sa résistance. Souvent il suffit de foncer sur lui en agitant des chiffons blancs. Déjà très démoralisé, il se rend ». La défaite des Français suscitent une extrême perplexité chez les généraux Allemands, selon un dialogue entre Brauchitsch et Bock « comment expliquez-vous cette incroyable célérité avec laquelle les Français se retirent devant nous ? Je crois que nous les avons battu bien plus lourdement que nous le croyons nous-mêmes ».

Le constat de von Bock se confirme par la suite dans son journal : « 21 juin : la détresse des réfugiés prend des dimensions inquiétantes. Le gouvernement français a gravement péché contre sa population en autorisant cette fuite en masse et en augmentant la panique en diffusant la propagande antiallemande ; 22 juin : les Français ont signé à Compiègne. Il paraît qu’ils s’attendaient à des conditions très dures, tout en les acceptants, car créées honnêtement par la victoire de la Wehrmacht ; 25 juin : les Français ont signé les conditions italiennes. Depuis une heure trente-cinq ce matin, les armes se sont tues. Je signe un ordre à mes armées : La guerre avec la France est terminée. En quarante-quatre jours les armées du groupe B auront défait les défenses néerlandaises et belges et écrasé les armées françaises et anglaises accourues à leur secours. Paris et les côtes françaises sont entre nos mains (…).

Pour le reste Paris fait l’émerveillement des soldats allemands, au demeurant sa réputation est depuis longtemps faite dans l’esprit des Allemands, la France c’est le paradis de l’amour : Kageneck indique que le terme « faire l’amour » est inconnu dans la langue de Goethe, mais commence à faire son entrée dans le vocabulaire du troupier allemand. Après une période rocambolesque d’aventures amoureuses stipendiées (plus ou moins), l’intervention de plusieurs oukases militaires et l’intervention d’Adolph lui-même dans le domaine des maladies vénériennes (dont les mauvaises langues disent qu’il aurait été atteint dans sa folle jeunesse…) la Wehrmacht a fini par instaurer des bordels pour la troupe placée sous son contrôle. Kageneck confirme la perception délétère de la France par Hitler avec le fameux couplet sur la décadence et la négrification de la race française. Le 19 juin 1940, deux jours après la demande d’armistice de Philipe Pétain, dans un discours au Reichstag Hitler demande des négociations de paix avec l’Angleterre : offre rejeté par lord Halifax sur instruction de Winston Churchill. Face à l’incapacité de pouvoir en terminer avec les Anglais dans le cadre de la bataille d’Angleterre, Hitler commence par murir son plan de conquête de l’espace vital à l’Est en supputant des discussions entre la Russie et la Royaume-Uni et estime que la neutralisation rapide de la Russie empêchera la Grande-Bretagne d’intervenir dans les affaires d’un continent européen dominé par l’Allemagne nazie : tout le monde connaît la suite de cette brillante cogitation stratégique…Toujours est-il que dans le monde rêvé de Hitler la France occupe selon Kageneck une toute petite place celle d’une sorte de glacis stratégique (à peine) et surtout de source biens industriels, de ressources agro-alimentaires et d’une importante main d’œuvre avec l’instauration par le gauleiter Sauckel du STO. Certains planificateurs proche de Ribbentrop rêve de la création « d’un empire colonial centrafricain » allant de l’océan Atlantique à l’océan Indien et permettant un approvisionnement en matière première d’un Empire continental nazi ; dans le désordre des élucubrations hitlériennes, cette proposition a un temps remplacé l’Ostreich (conquête coloniale de l’Est jusqu’à l’Oural et asservissement et extermination partielle des peuples slaves et « asiatiques »). Concernant la question déportation des Juifs dans un Etat Juif situé à Madagascar, Kageneck ne parvient pas à trancher si Hitler a réellement fait une proposition en ce sens au français (même si l’option Madagascar est présente dans tous les ouvrages traitant de la Shoah et des préparatifs afférents) : ce programme est d’ailleurs abandonné en juin 1940 pour cause de logistique insuffisante.

Pour ce qui est de la France continentale les Allemands mettent en place un régime d’occupation auquel seule la zone sud non occupée va échapper jusqu’au 11 novembre 1942 (après l’opération Torch déclenchée en Afrique du Nord par les Etats-Unis et le Royaume-Uni le 8 novembre 1942). Cette administration militaire de la France occupée va être logée à l’hôtel Majestic sous la dénomination de Militärbefehlshaber in Frankreich fin juin 1940 et en plus des militaires cet appareil recevait 1100 fonctionnaires (au sein desquels officiera l’infâme docteur Werner Best). Kageneck décrit les différents secteurs composant la France occupée et estime que les hommes affectés en permanence à l’occupation en France étaient compris entre 80000 et 100 000 hommes.

Le premier commandant militaire de la France occupée est le général Otto von Stülpnagel qui s’installe à Paris à l’hôtel Talleyrand le 25 octobre 1940, il prend son commandement à Paris à la suite du général Albert Streccius premier chef de l’administration militaire depuis l’armistice. L’ambiance commence à se dégrader en France vis-à-vis des autorités d’occupation selon un rapport de situation daté de décembre 1940 rédigé par l’état-major du commandement militaire en France.

Assez curieusement, en page 125, Kageneck note que « (…) les lois antijuives de Vichy n’apparaitront qu’un an plus tard. La question juive n’est pas encore d’actualité en France de 1940, mais elle est en gestation (…) » cette affirmation est fausse dans la mesure où le premier statut des juifs est adopté en France en octobre 1940. Le régime de Vichy a instauré un premier statut discriminatoire des Juifs le 3 octobre 1940 (sans demande des autorités allemandes), avec des camps de détention pour des étrangers souvent juifs : donc on peut dire que Vichy a été bien au-delà des demandes allemandes de cette époque…

La mention d’Otto Abetz comme un jeune homme idéaliste et francophile témoigne de la part d’August von Kageneck d’une certaine naïveté pour ne pas dire plus… Jean-Paul Cointet dans son ouvrage « Hitler et la France » a remarquablement démontré que Abetz était en fonction pour utiliser les milieux collaborationnistes parisiens pour mettre une pression constante sur le régime de Vichy. Les éléments relatifs à la collaboration avec les points de vue de Laval et de Darlan sont corrects dans l’ensemble, mais n’apportent strictement rien à l’historiographie moderne de cette période, la question des protocoles de Paris sur la mise à disposition de certains points d’appui stratégique dans l’Empire français en Afrique du Nord et au Levant est déjà connu avec force détails.

Un élément majeur assez peu perceptible à partir de la littérature française est la situation difficile du commandement militaire allemand en France occupée après le lancement de l’opération Barbarossa : le lancement de cette opération militaire entraîne l’entrée dans la résistance du parti communiste français, une secte d’obédience stalinienne qui va multiplier les attentats contre des personnels allemands et entraîner une spirale infernale de répression qui débute par l’assassinat de l’aspirant Kurt Moser. La situation est critique pour le commandement militaire allemand en France occupé qui se trouve obligé de riposter par une prise d’otage : le général Stülpnagel va se servir de Vichy qui au demeurant n’attend que cela, avec notamment l’immonde Pierre Pucheux qui va s’engager dans une chasse aux communistes via une législation rétroactive et des juridictions spéciales. En se défaussant habilement sur Vichy qui réclame une souveraineté juridique sur la totalité du territoire français, le commandement militaire en France va se défausser d’une partie de la responsabilité des exécutions conduites en représailles et au lieu des 200 à 300 exécutions demandées par Hitler, 98 otages furent exécutés à Nantes et à Bordeaux. Par ailleurs Stülpnagel à bien compris que la politique des otages ne fait que renforcer la détermination de la résistance… Ce faisant il propose de réduire le nombre d’otages français et en accord avec Otto Abetz il est décidé de sélectionner une nouvelle catégorie d’otages : les juifs. Pour réduire le nombre des otages français demandé par ses supérieurs le Militärbefelhaber propose la déportation de juifs français dans des camps de concentration en Allemagne : Keitel accepte et les premières déportations commencent fin août 1941 au départ de Drancy : c’est un détail fort intéressant la déportation de juifs français car cela vient clairement réduire à néant la possibilité pour Vichy de protéger cette catégorie de personne, contrairement aux thèses d’Alain Michel… mais tout cela ne met pas fin aux exécutions conduites en représailles, Otto von Stülpnagel demande à sa hiérarchie d’être le seul décideur sur le territoire français, mais il essuie un refus et décide de démissionner en mentionnant bien les conséquences néfastes des exécutions massives d’otages… Keitel nomme à sa place son cousin le général Carl-Heinrich von Stülpnagel. L’arrivée du second commandant militaire en France correspond à une césure, désormais la sécurité des troupes allemandes en France va être partagé avec la SS, en la personne du HSSPF Carl-Albrecht Oberg : il vient de Radom en Pologne ou il a participé à l’extermination des juifs ou Helmut Knochen, accessoirement docteur en philosophie, est actif en France depuis juin 1940 traite des affaires de sécurité mais dans l’ombre de l’Abwehr. Concernant les déportations rien ne permet de dire que le nouveau commandant militaire en France ait ignoré les déportations de juifs négociées par Oberg/Laval/Bousquet et notamment la fameuse rafle du Veld’hiv au cours de laquelle la police française arrête 13000 juifs en majorité étrangers et promis à la déportation.

Au demeurant Carl-Heinrich von Stülpnagel a commandé la 17ème armée sur le front de l’Est de juin à octobre 1941 et connaissait très bien les exactions de masse conduites par l’Einsatzgruppe IVb rattaché à son armée.

Le paradoxe étant que Carl-Heinrich von Stülpnagel participe à la conjuration contre Hitler le 20 juin 1944, il se tire une balle dans la tête, mais survit et est transféré à Berlin, jugé et pendu fin août 1944.

De son côté Carl Oberg sera extradé en France et condamné à mort le 9 octobre 1954 : sa peine est commuée en détention à perpétuité et sera finalement discrètement libéré, avec Helmut Knochen par décision du général de Gaulle le 28 novembre 1962 dans le cadre d’un processus de réconciliation franco-allemand….

Dans son ouvrage inachevé Kageneck fait un constat désabusé sur cette fin étrange en estimant que ce n’est pas à l’historien de répondre. Un excellent ouvrage, lucide et sans concession avec quelques petites imperfections que l’on peut attribuer à son caractère de manuscrit inachevé : d’une manière générale, personne ne sort grandi de ce texte….


Le Rituel
Le Rituel
par Adam Nevill
Edition : Broché
Prix : EUR 22,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Un survival impitoyable : un magnfique ouvrage de terreur, 4 mars 2016
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Le rituel est un ouvrage qui a été récompensé par le British Fantasy Award en 2012. C'est un ouvrage écrit par un auteur excellent, qui possède réellement des qualités narratives, sur le plan thématique il plonge ses racines dans l’œuvre de Arthur Machen (le Grand dieu Pan) avec les aventures du "petit peuple" (fées et lutins) mais toujours traité sur le mode peur par Arthur Machen.

Howard Phillips Lovecraft s'est inspiré de l’univers de Machen pour rédiger "l'abomination de Dunwich" et plus près de nous quelques unes des meilleures nouvelles de Stephen King ont également empruntées des éléments hérités de Machen.

Adam Nevill fait de même, dans le registre terreur et signe un implacable survival qui met en scène les aventures d'un groupe de quatre anciens copains de faculté britanniques qui décident de faire une randonnée en Suède. Ce groupe va d'abord être dépeint avec beaucoup de finesse psychologique, et montre comment près de 20 ans plus tard les gens changent et cessent d’éprouver une véritable amitié pour se jeter à la figure les succès professionnels de certains et les échecs de quelques autres... Sur ce groupe de quatre personnes, deux sont en mauvaises condition physique ce qui va compliquer singulièrement la situation.

Le début paraît être une randonnée en forêt en Suède qui tourne mal en raison de la mauvaise condition physique de deux des protagonistes et d'une pluie oppressante, mais assez rapidement les quatre amis décident de prendre un raccourci qui n'en est pas un et vont s'enfoncer au cœur d'une forêt boréale vierge située à la frontière de la Suède et de la Norvège. Assez rapidement les randonneurs à bout de force vont être confrontés à la vision d'une carcasse d'animal dépecée accrochée en hauteur : un bien mauvais présage qu'ils ont le malheur d'ignorer et poursuivent leur chemin. Ils trouvent finalement une vieille cabane dans laquelle ils découvrent une bien sinistre chose empaillée et sont victimes de cauchemars mettant en scène la chose.

C'est à partir de se moment que va se dérouler une traque à mort entre une entité mal définie mais hostile et très puissante et les randonneurs : la course poursuite est haletante et vraiment effrayante...

Finalement la chose hideuse qui les traquent va parvenir à faire disparaître trois des randonneurs, tandis que le quatrième randonneur trouve refuge (pour son malheur) auprès d'un groupe de cinglés musiciens de Black Metal (Blood Frenzy) qui comptent bien l'offrir en sacrifice à la créature qui selon eux est un authentique dieu païen.

Le final est lui aussi incroyablement inquiétant et violent, avec un randonneur (Luke) qui n'a pas du tout l'intention de se laisser faire....

Croyez moi vous ne serez pas déçu par cet ouvrage fort bien écrit, qui réserve son lot de surprises macabres dans la grande tradition de la littérature de terreur anglo-saxonne. Bonne lecture à tous.


Heydrich, le visage du mal
Heydrich, le visage du mal
par Mario R. Dederichs
Edition : Broché
Prix : EUR 9,50

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Un ouvrage médiocre avec quelques informations à glaner avec un esprit critique, 4 mars 2016
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L’ouvrage de Mario R Dederichs qui est la seule biographie traduite en français de Reinhard Heydrich a été littéralement lynchée sur ce site, toutefois les critiques portées sont si vagues qu’il demeure incertain que le livre est réellement été lu. J’en propose donc une recension critique, qui sera assez dure sur le fond et sur la forme, mais demeurera factuelle.

Techniquement j’ai au moins trois reproche a adressé à l’auteur : une confusion de l’insigne à tête de mort des uniformes de SS avec ceux plus spécifiques de gardiennage des camps de concentration ; la seconde critique concerna la présentation systématique de Felix Kersten comme le médecin personnel de Himmler alors que Kersten était son masseur personnel, et au demeurant un homme de bien qui a réussi à sauver de nombreuses personnes en négociant avec Himmler, Kersten possède bien un diplôme mais en l’état je ne suis pas capable d’affirmer qu’il s’agit d’un doctorat en médecine (François Kersaudy a évoqué longuement le personnage de Felix Kersten dans son ouvrage « Les secrets du IIIème Reich »). La troisième critique concerne le dernier chapitre de l’ouvrage, dans lequel l’auteur entreprend d’une manière sordide d’obtenir des descendants de Heydrich une repentance particulière pour les actes monstrueux commis par ce dernier : cette démarche est particulièrement imbécile et méprisable.

Enfin en page 20 de l’introduction Dederichs écrits que Heydrich a été « un as hyper- décoré de l’aviation de guerre » : c’est bien entendu faux, Heydrich était un pilote de chasse des plus médiocres qui n’a jamais remporté une seule victoire, et au demeurant Dederichs indique bien dans le corps du texte sa médiocrité de pilote et l’interdiction faite de piloter qui lui fut signifié par Hitler, suite à un crash survenu au début de l’opération Barbarossa. Les informations publiées par l’auteur figurent en pages 131-132 et contredisent les propres propos de l’auteur sur l’aspect « hyper-décorés » de celui qui ne fut jamais un as de l’aviation allemande…

L’affirmation en page 134 que la déclaration de guerre aux Etats-Unis constituait de la part d’Hitler un respect du traité signé avec le Japon peut être contesté comme étant un acte irrationnel et fou qui signifie inéluctablement la fin du IIIème Reich : les décisions prises en 1941 ont fait l’objet d’un audit global de Ian Kershaw, et on trouve au demeurant d’excellentes choses de la part de François Kersaudy (notamment dans les secrets du IIIème Reich et dans l’ouvrage consacré à la conduite des opérations militaires par Hitler dans la collection maître de guerre).
Pour le reste l’ouvrage contient des informations sur Heydrich qui demeurent raisonnablement exploitables : sur la solution finale et la contribution de Reinhard Heydrich il est évident que les lecteurs de langue française ont fortement intérêt à se tourner vers l’ouvrage universitaire d’Edouard Husson « Heydrich et la solution finale » disponible en format de poche : c’est réellement un ouvrage de référence en la matière. Husson met d’ailleurs en garde sur le fait qu’il ne s’agit pas d’une biographie de Heydrich, mais un ouvrage relatif à la solution finale.
Concernant l’ouvrage de Dederichs, on doit noter que le traducteur Denis Armand-Canal, diplômé de l’ENS et agrégé de l’université en histoire de l’art et archéologie, a effectué un travail de contextualisation historique au moyen de notes de bas de page, qui sont similaire à un dispositif scientifique que pourrait avoir réalisé un historien spécialiste du nazisme : l’absence de mention de cet effort considérable dans les critiques que j’ai lu renforce mon impression sur la volonté de détruire à tout prix un ouvrage sans l’avoir lu. Donc l’ouvrage n’est pas excellent puisque le traducteur est obligé d’apporter des précisions nécessaires à la compréhension du texte, mais il a au moins le mérite d’exister.

Reinhard Heydrich est né en 1904 et a été baptisé selon le rite catholique romain et figure dans le registre des baptêmes sous le numéro 154 : le parrain fut le médecin accoucheur Julius Herman Lüdicke qui était le « frère » dans une loge maçonnique de Bruno Heydrich qui dirigeait le conservatoire local qu’il avait créé avec son épouse (pour l’état civil Reinhard Heydrich était Reinhard Tristan Eugen Heydrich). La marraine de Reinhard Heydrich était la baronne Elise von Heberstein : ces éléments montrent que Heydrich était issu d’une classe bourgeoise favorisée. On sait que Heydrich souffrit d’une encéphalite mais les données médicales manquent pour préciser d’éventuelles séquelles. Toujours est-il que le jeune Heydrich fut toujours un enfant difficile cabochard, hâbleur, avide de reconnaissance, casse-cou et colérique. Heydrich était doué pour la musique et appris le violon et le piano. C’était un homme doté d’une voix grêle et d’un rire chevrotant en désaccord avec son aspect physique. La passion pour la musique que lui avait communiqué son milieu familiale ne devait jamais quitter Heydrich mais la véritable passion d’Heydrich fut le sport : il pratiqua toutes sortes de sports et débuta l’escrime qui allait faire de lui un compétiteur de niveau international (Heydrich accordait sa préférence au sabre, plus viril selon lui). Comme beaucoup d’allemand de cette époque la défaite de 1918 signifia un véritable effondrement de son univers pour Heydrich qui avait été élevé dans la ferveur patriotique et la fidélité à l’Empereur : le souverain était contraint à l’exil et le confort douillet de la famille Heydrich allait être mis à rude épreuve. Les Heydrich firent partis des allemands qui curent sans peine à la légende « du coup de poignard dans le dos » résultant d’un complot ourdi par « les ennemis de l’intérieur » : les bolcheviques et les juifs. Il faut dire que l’Allemagne fut en proie à une agitation bolchevique qui fit craindre un instant son basculement dans l’orbite soviétique : ce n’est pas une impression, c’est un fait, avec notamment le mouvement Spartakiste de Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg (qui n’est pas le seul mais demeure de loin le plus connu). Le fait que le jeune Reinhard Heydrich est rejoint un corps franc ne donne pas forcément une indication sur le fait qu’il était prédestiné au nazisme, il convient d’être extrêmement prudent avec ce type d’explication a posteriori… A priori cet engagement ce fit dans le Freiwillige Landesjägerkorps. Cet engagement précoce est attesté par Reinhard Heydrich lui-même dans un questionnaire de la SS sur ses activités et mentionne le Freikorps Maercker et le Freikorps Halle pour les années 1919-1920 et une troisième entité pour la période 1920-1922. En fait, comme son idole Adolph Hitler il eut un rôle mineur mais réel d’estafette… après que les combats se soient terminés. Le témoignage a posteriori d’un ancien officier du corps franc indiquant à un biographe israélien de Heydrich le fait qu’il serait devenu extrêmement Völkisk à partir de cette période est une indication intéressante, mais elle demeure impossible à vérifier de manière concrète : je mets donc en doute les propos de Dederichs. Peu avant Pâques 1922 Heydrich obtient son baccalauréat avec d’excellentes notes et le 30 mars 1922 il est appelé à Kiel sous les drapeaux, dans la Marine et se découvre une vocation d’officier de marine (rien d’anormal ni d’extraordinaire). La promotion de Heydrich comme cadets, la Crew 22 commença par six mois d’instruction à bord du navire de ligne Brandebourg suivis de trois mois sur le voilier école Niobe et s’achève de juillet 1923 à mars 1924 par le service à bord du croiseur Berlin. Le 1er avril 1924 Heydrich est promu aspirant de marine et part pour un an de formation d’officier à l’école de Marine de Mürwik près de Flensburg. Reinhard Heydrich va très tôt faire la connaissance de Wilhelm Canaris alors capitaine de corvette à bord du Berlin, cette amitié naissance débute autour des talents de violoniste de Heydrich. Canaris invite Heydrich de manière régulière à partir de 1924 pour jouer de la musique avec sa femme Erika : Canaris impressionna le jeune Heydrich par son expérience et les deux hommes semblaient être sur la même longueur d’onde en matière politique. Canaris semble avoir beaucoup insisté sur la renaissance d’une Allemagne puissante et de visées impérialistes associées et fit part de sa haine contre l’occupation de la Rhénanie par la France : tout cela sonne juste, c’est un minimum pour deux patriotes allemands.

Heydrich va recevoir une formation d’officier de renseignement, mais en fait cette appellation est trompeuse, car à cette époque il s’agissait d’une formation aux transmissions militaires, avec les règles de cryptographie, mais en aucun cas de renseignement au sens moderne de cette discipline : dans son ouvrage sur Heinrich Himmler, Peter Longerich insiste bien sur ce quiproquo qui est à l’origine du recrutement de Heydrich pour constituer le SD le service de sécurité et de renseignement de la SS. Mario Dederichs insiste sur le fait (page 52) qu’il n’y aurait pas eu quiproquos entre Himmler et Heydrich sur cette question, ou pour le moins qu’elle n’aurait pas joué un grand rôle aux yeux de Himmler : il est très difficile de trancher, mais en la matière Longerich est une source très fiable sur le plan scientifique. Après sa promotion au grade d’enseigne de vaisseau le 1er octobre 1926, Heydrich reçut une formation « d’officier de renseignement subalterne » ; il servit ensuite comme deuxième officier radio jusqu’en octobre 1928 et termine son service au grade d’enseigne de vaisseau de première classe. Ensuite jusqu’à son renvoi il fut affecté à la section « renseignement » de la base navale de Kiel. Pendant son temps de service dans la marine, Heydrich resta en contact avec Friedrich Karl von Eberstein le fils de sa marraine qui était membre du Stahlhelm et était entré dès octobre 1922 dans l’alliance d’urgence de Halle précurseur du NDSAP en Allemagne centrale. Finalement Heydrich rencontra la femme qui allait devenir son épouse Lina von Osten. Mais ses fiançailles avec cette jeune femme allaient être gâchées par une aventure sentimentale que Heydrich avait avec la fille d’un fonctionnaire très influent de la direction de la Marine qui se plaignit du comportement déloyal de l’enseigne de vaisseau Heydrich auprès de l’amiral Erich Raeder. Heydrich dû faire face à un tribunal d’honneur qui estima le comportement général d’Heydrich inexcusable et la sentence de Raeder fut le « renvoi pur et simple pour indignité » en mars 1931 : la curiosité vient du fait que le motif du renvoi ne figure pas dans le certificat des états de service de Heydrich qui obtint même des appréciations flatteuses sur ses qualités professionnelles et sportives. Le 1er juin 1931 Heydrich s’engagea dans les SA de Hambourg. Le 14 juin il arriva à Munich et décida de se présenter au Reichsführer SS Heinrich Himmler qui était alors grippé, apparemment Himmler est séduit par Heydrich et lui demande de mettre par écrit sa conception d’un service de renseignement pour le NDSAP. Avant d’intégrer la Maison Brune qui était le siège du parti à Munich l’ancien enseigne de vaisseau fut affecté le 14 juillet 1931 comme Untersturmführer SS (sous-lieutenant SS) dans le Gau de Hambourg et aux côtés d’une unité de SA (bataillon de marine) il participa à des combats de rue contre les « rouges » qui firent des morts et des blessés. Le 10 août 1931, Heydrich jeta les bases de son service de renseignement qu’il baptisa Ic sur le modèle des sections d’information de l’armée : cela a été l’acte de naissance du service de sécurité le SD qui allait s’étendre sur toute l’Allemagne puis sur une bonne moitié de l’Allemagne. Heydrich se mit immédiatement à collecter des informations sur les membres du parti, ces informations étaient inscrites sur des fiches rangées dans des boîtes à cigare. Les débuts de Heydrich et du SD furent extrêmement modestes, avec des moyens dérisoires, mais en juillet 1932 Heydrich devint officiellement comme chef du service de sécurité auprès du Reichsführer SS (Chef des Sicherheitsdienstes beim Reichsführer SS). Heydrich recruta dans son service de jeunes universitaires, de jeunes fonctionnaires et des hommes d’affaires : à ce sujet on ne peut que recommander l’excellent ouvrage de Christian Ingrao « Croire et Détruire ». En 1932, Heydrich eu une nouvelle fois à faire face au soupçon d’avoir un aïeul juif en la personne de Gustav Robert Süss : l’affaire fut traitée par le docteur Achim Gerke généalogiste et directeur du renseignement national socialiste trancha très rapidement la question en indiquant l’absence d’ascendance juive. Mario Dederichs s’interroge sur la rapidité avec laquelle la procédure fut conduite et rappel que Himmler demandait à ses principaux subordonnés un certificat d’aryanité remontant jusqu’en 1648 date des traités de Westphalie. Selon le témoignage de Felix Kersten, Himmler et Hitler auraient utilisé la hantise de Heydrich sur son incertitude d’avoir un ancêtre juif pour mieux le contrôler : en la matière Dederichs lui-même n’est pas affirmatif et cette affirmation doit être traitée avec la plus grande circonspection en l’absence d’éléments qui puissent être considérés comme définitivement conclusifs. Pour le reste la montée en puissance des SS et du SD est à peu près correctement décrite avec la persécution de toute l’opposition politique aux nazies après 1933 et la mise en service des premiers camps de concentration. La prise de contrôle de la Gestapa/Gestapo de Herman Goering est décrite : cette description reste sommaire et on lui préfèrera la version figurant dans le premier tome de l’édition de poche de la biographie d’Himmler par Peter Longerich et il en va de même pour le déroulement de la nuit des longs couteaux, même si il est absolument certain que Himmler et Heydrich eurent un rôle important à jouer dans la mise au pas de la SA et dans l’exécution de ses cadres taxés d’immoralités (on trouve un très bon témoignage de la perception de cet évènement par un hiérarque nazi dans le journal récemment publié en français d’Alfred Rosenberg et l’on peut compléter la perception de cette affaire vue de l’extérieur au moyen des éléments présents dans les mémoires de François-Poncet (souvenirs d’une ambassade à Berlin : 1931-1938) récemment rééditée. La nuit des longs couteaux (soi-disant putsch de Rom) marque l’effacement définitif de la SA à la grande satisfaction de la Reichwehr et consacre la montée en puissance définitive de la SS. Heydrich fut promu Gruppenführer SS (général de division SS). En 1936 Himmler et Heydrich contrôlaient la totalité de l’appareil policier allemand, le 17 juin 1936 Himmler devint chef de la police allemande, tandis que Heydrich devenait chef de la police de sécurité (Sipo par fusion de la Gestapo et de la Kripo) : Dederichs ne donne pas d’informations fausses stricto sensu mais le détail exposé par Peter Longerich est beaucoup plus complexe et le rôle de Himmler plus marqué.

Le chapitre 3 consacré à la planification de la solution finale insiste sur le rôle réel de Heydrich dans ce processus et dans la genèse et le fonctionnement des Einzatsgruppe : toutefois pour des personnes férues d’histoire ou ayant un intérêt professionnel pour cet aspect, il convient absolument de renvoyer à l’ouvrage d’Edouard Husson « Heydrich et la solution finale » beaucoup plus complet et d’un niveau scientifique supérieur irréfutable ; il existe bien sûr de très bonnes contributions de Christian Ingrao et l’ouvrage de Michael Prazan sur les Einsatzgruppe paraît être aussi une référence obligatoire : d’une manière générale la chronologie de la solution finale donnée par Dederichs est trop déterministe et mieux vaut se référer aux ouvrages précités, quitte à les compléter par les travaux de Saul Friedlander et de Robert Browning pour élargir les points de vue. De même le petit ouvrage de Philipe Burin « Hitler et les Juifs » possède un intérêt considérable et introduit un compromis intellectuel entre les hypothèses fonctionnalistes et les thèses déterministes.

On trouve également une excellente analyse critique de la conférence de Wannsee dans l’ouvrage devenu rare de Marc Roseman « ordre du jour génocide », avec ma recension assez fournie, car Dederichs expédie rapidement cet élément qui mérite une assez puissante investigation historique en une page (page 153 et 154). Les travaux de Christopher Browning sur la genèse de la solution finale sont cités en page 152 mais sont fort mal exploités, il faudra donc comme je l’indique se référer à l’ouvrage de Browning, qui est un grand classique disponible en format de poche dans la collection Point au Seuil.

Dederichs indique que Heydrich organisa un bordelle mondain, le salon Kitty d’après le nom de la tenancière et mère maquerelle : seize prostituées de haut-vol y officiaient et outre « leur talent professionnel » devaient posséder les langues étrangères et pendant des années le SD espionna les confidences sur l’oreiller des dignitaires du régime nazi et des diplomates étrangers : Dederichs indique que toute cela fut dépourvu de résultats concrets, ce qui est strictement conforme à la vérité

La participation du SD à l’annexion de l’Autriche et à celle de la Bohême-Moravie est traitée de manière juste. En revanche, les développements très longs sur les Einsatzsgruppen sont beaucoup trop longs, notamment sur la personnalité de quelques-uns de leurs chef dont Otto Ohlendorf et maque mal la carence d’informations sur le rôle personnel de Reinhard Heydrich dans la composition de ses commandos. La création du RSHA est décrite sommairement avec un exposé sommaire des fonctions d’Adolph Eichmann et une évocation évanescente de Werner Best : c’est très insuffisant et cela constitue une sorte de digression qui sert seulement à rallonger un ouvrage déjà trop bref. Le 24 septembre 1941, Reinhard Heydrich est nommé par Hitler suppléant du baron von Neurath tombé en disgrâce (et qui sera jugé à Nuremberg : un portrait très fidèle de Neurath figure dans les mémoires de François-Poncet, « souvenir d’une ambassade à Berlin 1931-1938 ») comme protecteur pour le Reich de Bohème Moravie. Pour le plus grand malheur des Tchèques, Heydrich fait preuve de la brutalité coutumière qui lui sert de méthode de travail et que tout Allemand « doit savoir que le Tchèque est un esclave et que chaque bonté est interprétée comme une faiblesse » et qu’il est impossible de vouloir germaniser cette racaille Tchèque c’est-à-dire la moitié de la population, qui selon Heydrich « pourrait plus tard aller gagner sa vie dans l’Arctique « ou nous construisons les camps de concentration des Russes » (page 143). On ne peut que frémir rétrospectivement à ce qui serait arrivé en France, lorsque en mai 1942, lors d’une visite de travail à Paris Heydrich envisageait d’appliquer à la France les méthodes qu’il avait appliqué à Prague, car il estimait que son « travail » dans le protectorat tchèque était terminé.

Toutefois, ce bellâtre de pacotille qui était dur avec les faibles et faible avec les forts avait pris la fâcheuse habitude se de pavaner dans une Mercedes décapotable, en l’absence de gardes du corps : cette situation allait prendre fin grâce à l’opération « Anthropoïde » qui consista pour les Britanniques à infiltrer des parachutistes tchèques formés au Royaume-Uni par le Special Operation Executive (SOE). Sept soldats de l'armée tchécoslovaque en exil au Royaume-Uni, dont Gabcík, Kubis et des hommes de deux autres groupes quittèrent l'Angleterre à bord d'un Handley Page Halifax de la Royal Air Force dans la nuit du 28 décembre 1941 pour être parachutés en territoire tchécoslovaque. L’attentat a lieu le 27 mai 1942. Le chef du commando Josef Valcik, et les deux exécutants Gabcik et Kubis : le pistolet mitrailleur Sten de Gabcik s’enraye, et Kubis lance une grenade, qui pourrait être de type Gammom ou bien une grenade antichar modifiée, sur le véhicule de Heydrich : des éclats de métal transpercent la banquette arrière et Heydrich est sérieusement blessé, toutefois c’est le crin de cheval servant au rembourrage de la banquette qui va provoquer une septicémie responsable du décès de l’infâme bourreau nazi le 4 juin 1942.

Dederichs estime que Heydrich possédait une personnalité pathologique qui l’aurait encouragé à rechercher une fin prématurée : donc un comportement suicidaire.

Les représailles à l’encontre du village de Lidice furent terribles ; et les parachutistes tchèques pris au piège dans les sous-sols d’une église livrèrent un formidable baroud d’honneur. Cela n’empêche pas de considérer que l’assassinat d’un dignitaire nazi par les alliés fut un terrible fiasco. Le chapitre sur l’assassinat de Heydrich est le dernier de l’ouvrage à mériter une lecture (même si l’opération du SOE n’est pas traitée en détail). Le dernier chapitre « le Cœur de fer et les impénitents » est odieux et s’attaque à la famille de Heydrich et à ses descendants, c’est totalement hors sujet : du journalisme pour une presse de caniveau…


Mahomet et Charlemagne
Mahomet et Charlemagne
par Henri PIRENNE
Edition : Poche
Prix : EUR 8,00

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un ouvrage remarquable mais dépourvu de dispositif contextualisant moderne, 29 février 2016
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Mahomet et Charlemagne (Poche)
L’ouvrage d’Henri Pirenne médiéviste belge est publié tel qu’il l’a été en 1935, c’est-à-dire sans préface d’un auteur moderne, et sans dispositif scientifique qui viendrait présenter sous forme de notes de bas de page les compléments indispensables à une compréhension fine de l’ouvrage par un profane ou un amateur éclairé : c’est éminemment regrettable, d’autant plus que Pirenne par sa méthode comparatiste et sa prise en compte très sophistiquée des aspects sociaux, économiques et culturels est considéré par l’école française des annales comme le précurseur de cette école historique. En l’état, si la compréhension de la thèse centrale de l’auteur reste accessible, il existe de nombreux passages qui auraient nécessité une contextualisation moderne.

Le constat central de Pirenne concernant l’Empire Romain est son caractère méditerranéen : de ce caractère central découle une unité qui se communique par la possession de cette Mare Nostrum qui permet à l’empire de communiquer avec toutes ses provinces, en dépit du caractère Grec de l’Orient et de la prépondérance latine en Occident. Henri Pirenne estime que les provinces du Nord : Belgique, Bretagne, Germanie, Rhétie, Norique, Pannonie ne sont que des glacis avancés contre la barbarie (une comparaison avec « la géopolitique de l’Empire Romain » de Yan Le Bohec serait particulièrement intéressante et je prépare une recension de l’ouvrage de Le Bohec qui contiendra une estimation critique). Le grand lac est indispensable à l’approvisionnement de Rome en blé d’Afrique. Le caractère méditerranéen s’affirmerait davantage selon Pirenne depuis le IVème siècle, car Constantinople, la nouvelle capitale est avant tout une ville maritime, alors que Rome qui n’est que consommatrice en raison de sa nature de grand entrepôt. C’est en Orient que ce concentre la navigation, et à cette époque les Syriens sont les véritables routiers des mers. Les Syriens porteurs d’une puissante culture hellénisée sont présents un peu partout et notamment à Marseille, et il en va de même des Juifs qui sont marins mais aussi surtout courtiers et banquiers avec une influence considérable dans la vie économique.
Pour assurer la sécurité de cet Empire entouré de barbares, il a suffi pendant longtemps de la garde des légions aux frontières : le long du Sahara, sur l’Euphrate, sur le Danube, sur le Rhin. Bien sûr le IIIème siècle est celui d’une crise avec des irruptions de Francs, d’Alamans de Goths qui pillent la Gaule, la Rhétie, la Pannonie, la Thrace descendant même jusqu’en Espagne : les empereurs Illyriens refoulent les envahisseurs et rétablissent la frontière, mais du côté des Germains il ne suffit plus du limes, mais il faut maintenant une défense en profondeur : on fortifie donc les villes de l’intérieur, ces villes qui selon Pirenne sont les centres nerveux de l’Empire. Toutefois, il n’est plus question de se fermer aux barbares, la population diminue et les soldats deviennent de plus en plus des mercenaires : on aboutit à une situation dans laquelle on recrute des Germains à la fois pour la troupe mais aussi pour le travail de la terre. Ceux-ci ne demande pas mieux que des s’embaucher au service de Rome. Henri Pirenne estime que l’Empire sur ses frontières se germanise par le sang, mais pour tout ce qui y pénètre on observe un processus de romanisation.

Concernant la chute de l’Empire Pirenne estime qu’il disposait de forteresse contre lesquelles les barbares étaient impuissants, des routes stratégiques et un art militaire consommé ainsi qu’une diplomatie de qualité capable de diviser les adversaires de l’Empire. En revanche, l’Empire avait contre lui l’obligation d’avoir des armées sur ses frontières d’Afrique et d’Asie, alors qu’il devait aussi faire face à des troubles. Toutefois concernant les barbares germaniques il n’y avait selon l’auteur aucune force morale : ils n’étaient guidés par aucune haine religieuse ou ethnique, bien au contraire ils admiraient l’Empire et « voulait s’y établir et en jouir ». Toujours selon l’auteur, les barbares germaniques ne se jetèrent pas spontanément sur l’Empire : ils furent poussés par l’arrivée des Huns qui entraina le refoulement des Goths sur l’Empire de même les Ostrogoths défaits furent rejetés sur la Pannonie et les Wisigoths fuirent sur le Danube : ils furent finalement reçus avec le consentement de l’Empereur avec le statut de fédérés, mais l’opération fut bâclée et on leur assigna pas de terre, ils révoltèrent en 377 et déferlèrent sur la Méditerranée qu’ils convoitaient. Ce terrible fiasco conduisit le 9 août 379 à la bataille d’Andrinople (qu’Alexandre Barberro a étudié dans un ouvrage intitulé « le Jour des barbares » dans la collection Champ Flammarion). Au cours de la bataille d’Andrinople l’empereur Valens fut tué et les troupes impériales vaincues : le bilan fut terrible toute la Thrace fut pillée à l’exception des villes. Les barbares arrivèrent à Constantinople qui leur résista comme plus tard elle résistera aux Arabes.

L’auteur estime que sans Constantinople les barbares auraient atteint la mer une zone vitale de l’Empire, mais finalement après les avoir vaincu Théodose les installe en Mésie. Toutefois, un processus de déliquescence inexorable de l’Empire romain d’Occident est lancé : en 476 la chute de Romulus Augustule en 476 livrera la Provence aux Wisigoths : toute la méditerranée occidentale est perdue. L’Orient lui-même menacé sur le long du Danube ne pouvait rien faire : « si les barbares avaient voulu détruire l’Empire ils n’avaient qu’à s’entendre pour y réussir. Mais ils ne le voulaient pas. » Assez curieusement, si l’on met de côté les anglo-saxons qui ont conquis la Bretagne, la moins romanisée des provinces de l’Empire, tous les autres continuent à considérer l’Empereur comme un souverain éminent : Théodoric gouverne en son nom, le roi Burgonde Sigismond lui écrit en 516-518 avec la plus grande déférence et Clovis se fait gloire de recevoir le titre de Consul : pas un n’ose prendre le titre d’Empereur, pour avoir un nouvel Empereur d’Occident il faudra attendre Charlemagne. Cette situation a priori étonnante est causée selon Pirenne par le fait que la Romania, légèrement réduite vers le Nord, subsiste dans son ensemble, évidement elle est fort atteinte mais elle continue à vivre par sa masse : rien en l’a remplacée, personne ne proteste contre elle. Au milieu de la décadence il n’y a qu’une force morale qui résiste l’Eglise, et pour l’Eglise l’Empire subsiste toujours ; même si l’Eglise a des relations conflictuelles avec les empereurs de Byzance elle leur reste fidèle. Henri Pirenne considère que les Ostrogoths, Wisigoths, Vandales et Burgondes gouvernent à la romaine reprenant à leur compte des structures administratives d’une efficacité supérieure qu’ils n’ont pas la capacité de remplacer : « C’est sous ces rois nouveaux, l’ancien régime qui dure, avec bien des pertes sans doutes » (dans le domaine culturel). On constate une seule nouveauté qui est la gratuité de l’armée grâce au partage des terres : l’Etat est allégé de ce terrible budget. Pour Pirenne, il n’y a pas de plus grande erreur que de croire que l’idée impériale ait disparue avec le dépècement des provinces occidentales de l’Empire par les barbares : l’empereur de Constantinople, le Basileus exerce toujours une autorité théorique sur l’ensemble même s’il ne gouverne plus. Toutefois, Henri Pirenne narre en détail la puissante tentative de reconstitution de l’Empire par Justinien (527-565) : on peut donc considérer que la persistance de la Romania tant vantée par Pirenne n’était pas satisfaisante pour Constantinople : celle-ci dispose d’une flotte puissante et de l’appui de l’église et en Italie elle peut compter sur l’appui des grandes familles romaines, et en Afrique sur la clientèle des réfugiés de l’aristocratie Vandale. Avant d’entreprendre sa campagne de reconquête Justinien fait la paix avec l’Empire Perse en 532. Justinien dirigea son offensive contre les Vandales en 533 et en une seule campagne Bélisaire triomphe de l’usurpateur Gélimer et s’empare de toutes la côte d’Afrique jusqu’à Ceuta, Justinien se hâte d’y établir un limes et reprend immédiatement en main le gouvernement du pays au sein duquel tout le système administratif romain qui a été conservé. Après la mort du jeune roi des Ostrogoths Athalaric, immédiatement à la fin de la campagne d’Afrique Justinien décida d’intervenir et Bélisaire s’empara de la Sicile complétant ainsi la conquête de l’Afrique : acclamé par la population il marche alors sur le Nord, entre à Naples et entre à Rome en 536. L’Afrique et l’Italie reconquise, Justinien se tourne vers l’Espagne et profite de dissensions : les Romains occupent maintenant toutes les côtes de la mer Tyrrhénienne, sauf la Provence (cédée par Justinien aux Francs) et la royauté Wisigothique qui reconnaît la suzeraineté impériale est coupée de la mer : la méditerranée est redevenu un lac Romain. Toutefois, la période suivante de 565 à 610 est l’une des plus désolée de l’histoire de Byzance : la guerre sévit à toutes les frontières : les Perses, les Slaves et les Avars se jettent sur l’Empire et en 568 les Lombards envahissent l’Italie du Nord et l’Empire cède bientôt sur tous les fronts, l’évènement le plus important de cette période étant l’invasion lombarde.

A cette continuité de l’idéal et de l’idée impériale Romaine, même réduire à un magistère moral et à des échanges commerciaux jamais interrompus en méditerranée, Henri Pirenne estime que l’expansion de l’Islam au VIIème siècle. Au demeurant cette percée militaire foudroyante est surprenante, car comme l’Empire Romain, l’Empire Perse a pris des mesures défensives minimales contre des tribus de bédouins provenant de la péninsule Arabique sans estimer qu’ils représentaient une réelle menace militaire. Pour Pirenne le succès de l’attaque Arabe en 634 s’explique par l’épuisement des deux empires précités à la suite de la longue lutte qui les a opposé et qui est couronné par la victoire d’Héraclius sur Chosroês, mais cette remontée en puissance de l’empire romain d’Orient a pour corollaire l’épuisement. Et c’est par pan entier que l’empire croule devant les Arabes. Se pose alors de savoir qu’elle est la différence avec les Germains qui ont été absorbés par le monde Romain, si l’on considère comme le fait l’honneur que les effectifs étaient similaires, avec les Arabes qui ne le seront pas. Selon Pirenne les Germains n’avaient rien à opposer au christianisme de l’Empire tandis que les Arabes sont poussés par une foi nouvelle qui les rend inassimilables : mais pour le reste les Arabes n’ont pas plus de préventions que les Germains à l’encontre de l’Empire et vont assimiler rapidement les aspects scientifiques Grecs et les arts Perses : cette réponse de Pirenne est toutefois ambiguë et l’auteur nuance son propos en considérant que « Islam veut dire soumission à Dieu et Musulman veut dire soumis. Allah est un et il est logique dès lors que tous ses serviteurs aient pour devoir de l’imposer aux incroyants, aux infidèles » (pp 128-129). Quant à la soi-disant tolérance à l’égard des gens du livre Chrétiens et Juifs : « (L’Islam) n’exige que l’obéissance à Allah, obéissance extérieure d’êtres inférieurs, dégradés, méprisables, qu’on tolère mais qui vivent dans l’abjection » c’est en ignorant la foi des infidèles que l’on peut les en détacher et que l’on peut les amener à Allah : donc là où le Germain se romanise en entrant dans la Romania, le Romain au contraire s’arabise dès qu’il est conquis par l’Islam (Pirenne pp 129-130). En se christianisant l’Empire avait changé d’âme et en s’islamisant, il change à la fois de corps et d’esprits. L’Islam introduit un nouveau monde sur les rivages de la méditerranée où Rome avait répandu le syncrétisme de sa civilisation. Une coupure géopolitique et culturelle est introduite « aux bords du Mare Nostrum avec désormais deux civilisations différentes et hostiles ». Henri Pirenne constatait qu’au début du XXième siècle la civilisation européenne avait réussi à se subordonner la civilisation Orientale, elle ne l’a pas assimilé : on retrouve des arguments très proche du choc des civilisations de Samuel Huntington.

Un élément majeur de la thèse de Pirenne est que la mer qui était le centre de la Chrétienté en devient la frontière : l’unité de la Méditerranée est brisée. L’auteur fait une chronologie très pointue des campagnes militaires musulmanes : et c’est très bien car cet aspect est souvent traité de manière subalterne ou bien pas traité du tout.

La conséquence de tout cela est que cette interruption des échanges par la méditerranée va entraîner un déplacement de l’activité politique et économique vers le Nord et créer les conditions nécessaires à l’émergence d’un nouvel Empire d’occident dont les carolingiens seront le centre. Il me semble que Pirenne sous-estime beaucoup la dynastie mérovingienne et attribue un rôle très secondaire à Clovis qui sur le plan militaire a été pourtant un allié précieux de l’église gallo-romaine. De même, il se montre assez cassant avec la personnalité de Charles Martel, qui est finalement réduit à un simple usurpateur, mais dont les campagnes militaires (pas toujours couvertes de succès) sont reconnues. Le rôle de Byzance est bien décrit et je m’en félicite, même si les querelles théologiques dont parle Pirenne sont essentiellement devenus des questions de spécialistes pointus.

En 800 Charles (Carolus Magnus) a conquis la Saxe, la Bavière, anéanti les Avars et attaqué l’Espagne (avec des résultats qui demeurent modestes…), mais presque toute la chrétienté occidentale est en ses mains. Le 25 décembre 800, Charles coiffe la couronne impériale et le pape consacre cet empire chrétien. Charlemagne y reçoit son titre suivant la procédure en vigueur à Byzance, par l’acclamation : mais sur le fond le nouveau souverain n’est pas un empereur de plus avec celui de Byzance : sur le plan formel il devient le seul véritable empereur. Pour Henri Pirenne l’Empire de Charlemagne est le point d’aboutissement de la rupture par l’Islam de l’équilibre européen l’autorité de pape ne s’étend plus au-delà de l’Europe Occidentale, et en outre la conquête de l’Espagne et de l’Afrique par l’Islam fait du roi des Francs le maitre de l’Occident chrétien.


Le Chant des dunes
Le Chant des dunes
par John CONNOLLY
Edition : Broché
Prix : EUR 22,00

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5.0 étoiles sur 5 Un roman particulièrement sombre : un grand cru des aventures de Charlie Parker, 20 février 2016
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Chant des dunes (Broché)
Le détective Charlie Parker se trouve en convalescence après avoir été quasiment laissé pour mort par les tueurs de l'Homme Vert.

Le nouvel épisode aurait pu être une simple transition la longue série de ses aventures. Charlie Parker décide de trouver refuge dans une petite localité, sans doute plus accueillante, la petite ville de Boreas. Les débuts de la convalescence de Parker sont laborieux, même avec le soutien de ses amis Louis et Angel. Toutefois, cet opus possède une force magistrale : le détective au repos va devoir se confronter à une des incarnations du mal les plus odieuses du début du XXème siècle qui selon Friedrich Nietzsche "devait être l'âge classique de la guerre". Une série de meurtres ,a priori sans grand intérêt, va réveiller les instincts professionnels de Parker : on peut dire que cela sera une partie importante de sa thérapie.

Car en vérité, la petite localité de Boreas cache de bien noirs secrets. Au cours de son aventure Parker va être confronté à des tueurs vicieux autant qu’impitoyables qui vont raviver les instincts de chasseur et de justicier de Parker que l'on pouvait penser bien émoussé.

Cet opus fait intervenir des personnages récurrents de l'univers de Charlie Parker avec notamment ses inséparables amis Louis et Angel qui plus que jamais seront ses anges gardiens, mais aussi l'effrayant et ambiguë "collectionneur".

Le texte de John Connolly possède une trame historique en relations avec la seconde guerre mondiale très bien intégrée dans l'intrigue et ayant fait l'objet d'une recherche documentaire minutieuse, ce qui doit être souligné.

Tous les éléments sont réunis pour faire de ce livre une aventure passionnante de Charlie Parker. Un grand cru à consommer sans modération...

Bonne lecture à tous.


Spartacus, chef de guerre
Spartacus, chef de guerre
par Yann Le Bohec
Edition : Broché
Prix : EUR 17,90

4 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Une étude remarquable avec un traitement critique de l'information, 20 février 2016
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Spartacus, chef de guerre (Broché)
L’ouvrage de Yann Le Bohec consacré à Spartacus est un travail remarquable d’analyse des données historiques et de réfutations des mythes à vocation politique qui ont été développés par une historiographie marxiste d’obédience soviétique, plus éprise de lutte des classes que de vérité historique. Selon Le Bohec la vulgate marxo-hollywoodienne a donné naissance à plusieurs erreurs : Spartacus aurait été un bon tacticien et un fin stratège parce qu’il aurait servi dans l’armée romaine et les premiers révoltés auraient été d’excellents combattant en raison de leur métier de gladiateurs. Sur le premier point, Le Bohec estime que la preuve de l’appartenance de Spartacus à l’armée romaine est loin d’être acquise, en tant que Thrace il n’aurait pu au mieux être un officier subalterne dans les rangs des alliés (socii). De même, les gladiateurs étaient formés pour conduire un combat individuel et il est hautement improbable qu’ils aient pu vaincre des légionnaires (forme d’escrime différente et armes de spectacle pour les gladiateurs).

Pour Yann Le Bohec l’analyse du mythe de Spartacus et des éléments authentiques a été négligé parce que l’aspect militaire de l’aventure de Spartacus a été oublié et négligée. L’aspect documentaire fait, comme souvent chez Le Bohec l’objet d’une analyse critique : les histoires de Salluste sont intéressantes dans la mesure où Salluste est « une source primaire indirecte » qu’il est nécessaire de compléter par des sources secondaires comme Caecilius de Kalé Akté auteur d’un ouvrage intitulé les guerres serviles, mais dont il ne subsiste pas grand-chose, Le Bohec espère que les écrivains de l’Antiquité l’ai connu et utilisé. Il subsiste trois auteurs du IIème siècle avant JC, siècle des Antonins : Florus un latin, Plutarque et Appien d’Alexandrie, deux grecs qui adoptent un style relativement neutre pour traiter des évènements. Appien est considéré comme un vrai historien avec une division originale de son œuvre sous un aspect géographique. Les guerres civiles romaines ont été placées à part et il a placé l’épisode de Spartacus dans cette subdivision.

Son origine est bien la Thrace selon Le Bohec qui indique que ceux-ci par leur culture et leur langue appartenaient au monde indo-européen et étaient apparentés aux Illyriens habitants de l’ex-Yougoslavie. Les Thraces étaient des guerriers réputés qui combattaient avec une lance et un poignard et se protégeaient avec un petit bouclier de cuir appelé pelte. Ils étaient de bons cavaliers et avaient intégré à leur panthéon un dieu appelé par les archéologues « le cavalier Thrace ». Ils sont entrés en conflits avec Rome à plusieurs reprises. L’ensemble des Thraces a appuyé en 88 Mithridate roi du Pont (partie nord de l’Anatolie) et c’est pour cette raison que Scylla les a combattue et les a vaincus en 86 avant JC. De 84 à 74, ils ont de nouveau apporté leur soutien à Mithridate et ils n’ont été soumis que provisoirement en 72/71. Rome les a ensuite confiés à des rois issus de leurs ranges leur imposant un protectorat avant de créer officiellement une province de Thrace en 46 après JC. Le Bohec examine les différentes hypothèses sur la carrière de Spartacus et estime qu’il est né vers 93 et a été capturé vers 75, injustement puisqu’il était un homme libre, puis transféré à Rome et malgré ses protestations vendu comme esclave et enfermé dans une caserne pour gladiateurs. Spartacus avait rencontré à Rome une femme originaire du même pays que lui et elle aussi esclave : il en fit sa compagne et elle put le suivre tout le reste de sa brève existence. Cette femme était une prophétesse et une adepte du culte de Dionysos.

Pour Le Bohec le portrait physique de Spartacus ne pose aucun problème dans la mesure où personne ne sait à quoi il ressemblait, mais puisque il a été acheté pour être gladiateur on peut simplement estimer qu’il devait être très fort. Il possédait des qualités de chef de guerre, du courage de l’autorité et de l’intelligence.

Yann Le Bohec donne une description très précise de l’armée romaine qui était fort bien organisée et disposait de soldats qui devenaient des professionnels : Spartacus et ses compagnons révoltés avaient peu de chance de l’emporter : pourtant comme le constante l’auteur ils ont tenu la campagne pendant près de deux ans. L’auteur rappelle que tous les gladiateurs n’étaient pas des esclaves. Si la gladiature célébrait à l’origine un mort sa nature a évoluée, le rite est devenue un spectacle offert au peuple pour le charmer et l’honorer dans le cadre de l’évergétisme : il s’agissait d’une pratique socio-politique qui a été particulièrement étudiée par Paul Veyne et qui consistait à flatter le peuple en lui offrant des spectacles et des monuments (cadeaux collectifs dénommés munera). La séance de combat était demandée par un numerarius (celui qui payait), à Rome s’était le prêteur et dans les cités d’Italie les magistrats municipaux on n’importe quel citoyen aisé qui s’adressait à un laniste, le directeur d’une école caserne prison appelé ludus. Les gladiateurs appartenaient à des origines sociales très diverses, beaucoup d’entre eux étaient des esclaves, souvent des prisonniers de guerre ou encore des condamnés, même si à leur côté on retrouvait aussi des hommes libres volontaires et à une certaine époque on vit même des femmes combattre entre elles. Leur vie était souvent courte, ajoute Le Bohec et il leur arrivait de combattre jusqu’à la mort ; certains obtenaient leur libération et portait le titre de rudiarius.

Historiquement, l’insurrection de Spartacus fut précédée par des mouvements similaires de plus ou moins grande ampleur : en 217 av JC la situation difficile de Rome face à Hannibal entraîna une conjuration d’esclaves qui fut découverte en pleine ville au Champ de Mars. En 198, la cité de Setia en Italie centrale connue une vraie révolte qui associait des esclaves africains et des otages remis par les carthaginois en vertu du traité mettant fin à la deuxième des guerres Puniques. Toutefois, c’est la Sicile qui fut la terre la plus touchée avec « deux guerres serviles » identifiées comme telles par les historiens. Le premier conflit dura de 135 à 132 et le second est attesté en 104-101. Yann Le Bohec conteste le fait qu’il s’agisse de guerres de libération nationale postulées par certains historiens.

L’insurrection déclenchée par Spartacus commença en Campanie à Capoue située à 20 km de Naples. La caserne dans laquelle vivait Spartacus appartenait à un certain Cneius Lentullus Batiatus laniste parfaitement inconnu jusqu’à ce moment. La caserne de gladiateurs comprenait 200 personnes, dont seulement 70 vont suivre Spartacus dans son échappée, peut être suggère Le Bohec en raison d’un programme « trop personnel ». Le projet de Spartacus était de quitter le ludus avec ceux de ses collègues qui accepterait de le suivre : programme qui en soit était déjà extrêmement dangereux, car Rome ne laisserait jamais impunie une telle action. Les hommes qui suivirent Spartacus se caractérisaient par une certaine diversité ethnique, il s’agissait d’une part de Thrace, tandis que les autres qui avaient une forte réputation de propension à la violence étaient des Gaulois et des Germains. Les évadés furent poursuivis à partir de Capoue et réussirent à repousser leurs assaillants malgré un armement initial de mauvaise qualité qui fut immédiatement remplacé par celui des vaincus. Spartacus et sa troupe prirent le chemin du Vésuve à 25 km dans le Sud-est.

Dès qu’ils furent sur le Vésuve les gladiateurs virent accourir à eux des esclaves en rupture de ban que les auteurs anciens appelaient des fugitivi. La troupe fut aussi rejointe par quelques hommes libres sans que leur nature ait retenu l’attention des historiens anciens. Spartacus fit conduire des raids dans la région pour pourvoir à la subsistance de ses compagnons. Spartacus obtint que le butin obtenu fût partagé entre tous de manière équitable, cette magnanimité conduisit à gonfler les rangs des fugitifs.

Le Sénat fut informé de la révolte et de l’échec de la répression et prit en main la gestion de l’affaire : il faut bien comprendre que Rome était surtout préoccupé par la rébellion de Sertorius en Espagne contre qui Pompée avait été envoyé et agression de Mithridate en Orient avec l’envoi d’un certain Lucullus. A priori une révolte servile n’était pas de nature à ébranler les fondements de la puissance de Rome et l’affaire fit d’abord jugée secondaire, bien qu’il fût absolument capital d’enrayer un désordre que les romains avaient en horreur. Le Sénat confia le règlement de l’affaire à un homme qui avait été préteur Caius Claudius Glaber qui portait sans doute le titre de propréteur. Le Sénat lui confia 3000 hommes seulement, recrutés à la hâte sans réelle homogénéité : il semble que les hommes n’appartenaient pas au milieu des citoyens romains, il est possible d’estimer qu’ils n’étaient pas des légionnaires mais plutôt des socii, peut-être même des fantassins légers. Glaber décida d’encercler le Vésuve, Spartacus parvint à contourner le dispositif de Glaber au moyen de cordage en sarments de vigne. Les assiégeants s’enfuirent et leur camp fut pris et pillé. C’est la deuxième victoire de Spartacus et une sévère défaite pour les Romains.

Par la suite Spartacus organisa des raids en Campanie et en Lucanie : une nouvelle fois le Sénat romain décide d’envoyer le préteur Publius Varinius, sur lequel il n’existe pas plus d’informations que sur Claudius Glaber. La campagne conduite par Varinius fut un nouvel échec : les Romains engagèrent au plus 6000 hommes, tandis que Spartacus avait fait des esclaves une véritable armée, organisée pour une véritable guerre : selon Le Bohec c’est à partir de ce moment que les qualités d’organisateur et de tacticien permettent de considérer Spartacus comme un chef de guerre. Les 70 gladiateurs révoltés étaient devenus 7000 esclaves insurgés, puis 60 000, 90 000 et enfin plus de 100 000. Une scission avec un autre révolté Crixus causa la perte de ce dernier et les 10 000 combattants qui survécurent au désastre rejoignirent à nouveau Spartacus.

Yann Le Bohec estime que Spartacus avait réussi à organiser une vraie armée avec infanterie lourde, légère et cavalerie avec deux lacunes qui allaient causer son échec final, son incapacité à recourir à la poliorcétique et l’absence de marine. Rome réagit une nouvelle fois en envoyant un propréteur Quintus Arrius et deux consuls Lentullus et Gellius : les moyens mis à leur disposition étaient de deux légions soit 10 000 fantassin lourds. Le propréteur parvient à infliger une lourde défaite à Crixus qui trouve la mort au cours de la bataille. De son côté Spartacus envisage d’abord une sortie d’Italie par le nord : Spartacus et son armée d’esclave affrontent le proconsul de Gaule Cisalpine, le déroulement de la bataille n’est pas connu mais son bilan montre que les Romains ont perdu 10 000 hommes sur le champ de bataille dont le gouverneur lui-même. Néanmoins, Spartacus décide de faire route vers le sud après sa victoire à Modène, ce revirement après une victoire importante est expliqué par Orose et Appien qui estiment que le chef des fugitifs était en fait pris au piège, coincé par les Apennins à l’ouest, l’Adriatique à l’est, le consul Lentulus au nord et le consul Gellius au sud.

L’hypothèse de Le Bohec est que Spartacus et les esclaves révoltés cherchaient avant toute chose à quitter l’Italie car ils ne pouvaient attendre aucun pardon et aucune pitié de la part de leurs adversaires. Le non dépassement de Modène s’explique sans doute par la difficulté de franchissement de cols bien gardés, et en outre Pompée allait revenir des Espagnes ou il finissait de vaincre Sertorius et représentait une menace très sérieuse pour les fugitifs. Le premier projet de Spartacus fut de prendre une nouvelle route pour le retour et de passer par Rome, toutefois l’absence totale de connaissance en poliorcétique ne permettait pas sérieusement d’envisager de réussir là où Hannibal avait lui-même échoué. Toutefois, il était possible de ravager la banlieue de Rome et de semer la terreur au sein des propriétaires fonciers. La menace de Pompée étant sérieuse, il ne restait qu’une voie possible le Picenum. Il est possible qu’au cours de son périple Spartacus soit parvenu à vaincre l’un des deux consuls envoyé à sa poursuite, même si les éléments font défauts.

Après l’échec du propréteur Glaber, du préteur Varinius et des Consuls Lentullus et Gellius l’affaire fut considérée comme extrêmement grave au Sénat : il était ridicule de nommer un dictateur pour résoudre l’affaire, mais il fallait désigner une personne qui aurait une prestance supérieure à celle d’un Consul : Marcus Licinius Crassus fut donc accepté pour remplir la tâche consistant à vaincre Spartacus. A l’automne 72, Crassus reçut des effectifs importants pour remplir sa mission avec une armée de six à dix légions c’est-à-dire 50 000 fantassins lourds, de l’infanterie légère, de la cavalerie et des troupes d’élite (Crassus disposait aussi d’une armée privée qu’il mit au service de la République). Les débuts furent médiocres avec la bataille qui se déroula vers la fin de l’année 72 av JC près de Fanum Fortunae et se solda par un échec. Finalement Crassus compris qu’il devait se montrer plus prudent et conduisit un coup de main contre un camp séparé ou se trouvaient 10 000 esclaves : cette fois les Romains l’emportèrent, 6000 fugitifs furent tués et 900 furent fait prisonniers.

Spartacus gagna Thurii qui possédait un port bien connu, il entreprit des négociations avec des pirates ciliciens pour envoyer 2000 de ses hommes en Sicile pour tenter d’y rallumer une guerre servile, la Sicile était connue pour ses esclaves rebelles et indisciplinés, mais ce projet échoua, les pirates reculèrent devant les nombreuses difficultés. Finalement, les rebelles furent rejoints par Crassus à Rhegium qui fit usage contre eux de la poliorcétique offensive qui consista en la construction d’un mur dont Spartacus essaya en vain d’empêcher la construction. Une fois le mur achevé il voulut le percer en tentant une sortie et essuya de lourdes estimées à 12 000 hommes sur une journée pour des pertes Romaines très faibles. La bataille se termine néanmoins par la rupture de l’enceinte, un pan du Vallum étant arraché : le siège de Rhegium se terminait par une victoire de Spartacus et une défaite de Crassus, mais de manière inexorable les Romains reprenaient le dessus…

Après l’épisode de Rhegium l’issue est bien connu le sort de Spartacus et des esclaves révoltés va se jouer au cours de 3 batailles. La première fut la bataille de Silarus (Sele) en Campanie dans les environs de Pestum, cette bataille serait l’antépénultième conduite par Spartacus selon l’analyse de Le Bohec. Comme pour l’épisode de Craxus se sont à nouveau des Gaulois qui sont en cause et qui se sont séparé de Spartacus pour des raisons d’approvisionnement : les hommes était placé sous la conduite de deux chefs Gannicus et Castus. Informé de leur mouvement Crassus envoya contre eux deux officiers qui commandaient douze cohortes soit environ 6000 hommes. Les Romains Pontinus et Marcus Rufus envisagèrent d’abord de tendre une embuscade mais durent renoncer : ils eurent même de la chance puisque le gros de l’armée romaine les rejoignit en prenant position sur les auteurs, les Gaulois arrivaient par un versant mal orienté et le terrain était glissant. Ce fut un désastre pour les fugitifs qui perdirent 35 000 morts sur le terrain. Cela marquait enfin une grande victoire pour les Romains et Crassus fut en mesure de récupérer un important butin et récupéra aussi les 5 aigles que ses prédécesseurs avaient perdu, et cinq faisceaux avec leur hache, preuve que des magistrats supérieurs avaient été vaincus. Les 5 aigles tendraient à démontrer que les troupes de Spartacus auraient détruit cinq légions soit 25 000 hommes perdus.

La bataille de Petellia est assez mal connu et correspondrait à un raid organisé par Spartacus, toujours est-il que Crassus envoya un légat et un questeur contre Spartacus et les Romains essuyèrent une dernière défaite…La dernière bataille entre Romains et esclaves eut lieu en mars 1971 dans la zone frontalière entre la Lucanie et l’Apulie : cette dernière bataille fut décisive dans la mesure où elle mit fin à la guerre, selon Le Bohec elle peut aussi être classée dans « les batailles d’anéantissement ». Cette ultime confrontation opposa de 40 800 à 70 000 insurgés contre l’armée de Crassus, Spartacus tua son cheval, probablement pour montrer sa détermination et conscient du fait que son histoire touchait à sa fin. Il tenta d’approcher Crassus pour le tuer, mais cela ne fut jamais possible bien qu’il réussit à tuer deux centurions. La bataille fut longue, Spartacus fut blessé par un javelot à la cuisse, et il fut tué selon Le Bohec « il mourut avec courage et honneur ; son corps ne fut pas retrouvé, et sans doute ne fut-il pas recherché ». Les auteurs anciens les plus crédibles estiment que le bilan de cette bataille fut de 60 000 morts et 6000 prisonniers chez les vaincus contre 1000 morts chez les Romains.

Crassus s’occupa des 6000 prisonniers en les faisant crucifier le long de la voie Appienne qui reliait Rome à Cordoue.
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