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Contenu rédigé par Eric OD Green
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Commentaires écrits par
Eric OD Green (Paris, France)
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Palmyre
Palmyre
par Maurice SARTRE
Edition : Broché
Prix : EUR 14,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Le rétablissement des données historiques factuelles face aux approximations de certains auteurs..., 3 février 2017
Ce commentaire fait référence à cette édition : Palmyre (Broché)
L’ouvrage d’Annie et Maurice Sartre s’efforce de rétablir la vérité historique concernant la cité antique de Palmyre, dans le contexte dramatique de la destruction du site archéologique le plus célèbre de Syrie par les dégénérés de Daech en 2015 (sans compter les nouvelles destructions accomplies depuis lors). L’ouvrage des époux Sartre est au moins partiellement une réponse à un livre de Paul Veyne qui est un véritable tissu d’approximations et de contrevérité sur Palmyre. D’une manière générale c’est un ouvrage qui demande tout de même un certain effort intellectuel de la part du lecteur néophyte, mais qui permet d’acquérir des bases solides pour tenir la dragée haute à tous les savants de salon et aux médias qui font un mal terrible dans tous les domaines du savoir.

Sur la question du peuplement de Palmyre dès l’origine par des Arabes selon le lieutenant général Mustapha Tlass, il s’agit clairement d’une position politique issue de l’idéologie baathiste : sur le plan de la connaissance il est possible de considérer que le fond de la population de l’oasis est constituée d’Araméens. Elle est donc identique pour l’essentiel à la population sédentaire de la Syrien intérieure. A ce groupe ancien de population il s’est peut-être ajouté à une date plus récente une composante de langue arabe i.e des gens qui parlent une langue sémitique apparentée à l’Araméen, tout en étant différente de lui. Il n’existe aucune preuve concrète permettant de faire remonter cette présence au Xème siècle avant notre ère. La présence à Palmyre de dieux typiquement arabes comme Allat et les dieux cavaliers incite à conclure à leur existence au sein de la population de l’oasis, même si les Araméens de Palmyre peuvent avoir emprunté des dieux à leurs voisins nomades, sans installation de ceux-ci dans l’Oasis, même s’il serait étonnant de ne pas avoir eu des échanges matrimoniaux et la sédentarisation de quelques éléments nomades. Et de conclure sur cet aspect que le terme arabe est inconnu des textes sémitiques et qu’aucun groupe ne se qualifie de la sorte : c’est un concept Grec et Romain qui sert à désigner tout peuple non sédentaire, et ce terme possède à l’origine une connotation péjorative. Concernant les patronymes des gens importants de Palmyre qui seraient « arabes » : l’analyse des époux Sartre démontrent parmi les noms sémitiques qui forment la majorité, il existe aussi des noms grecs, romains et iraniens. Parmi les noms sémitiques beaucoup sont attestés dans la Syrie et ne sont pas spécifiquement arabes contrairement aux affirmations de M. Tlass. Les époux Sartre indiquent que le choix du nom ne se fait pas selon des critères ethniques et notamment le père de Zénobie portait le nom d’Antiochos et pourtant personne ne conteste qu’il fut palmyrénien. Beaucoup d’habitants de la Syrie qui sont des sémites portent des noms grecs ou romains, sans que cela mettent en cause leur origine. Les époux Sartre estiment qu’il s’agit d’un postulat ultranationaliste sans réalité historique et qui est de même nature que celui qui consiste à affirmer que les Français du XXIème siècle sont les descendants directs des Gaulois ou des Francs d’hier. La conception moderne de ce qui est « arabe » renvoi à celui qui parle arabe c’est-à-dire une langue appartenant au groupe des langues sémitiques. Toutefois concernant Palmyre, il est prudent de considérer que l’essentiel de la population est d’origine araméenne, mais les Sémites ne sont pas seuls et Palmyre a attiré des populations venues d’autres régions de l’Empire : des Romains des Grecs et d’autres encore et la langue officielle de la cité est le grec. Donc contrairement à ce que prétend Mustafa Tlass, Palmyre n’est pas une ville peuplée d’Arabes depuis une haute antiquité, sauf si l’on qualifie d’arabe tous les sémites : les sociétés du Proche-Orient romain sont cosmopolites et les individus eux-mêmes portent cette hybridation des cultures et vouloir les faire correspondre à une case unique ne peut que fausser la compréhension de ces sociétés multiculturelles.
Il en va de même pour l’affirmation de Paul Veyne concernant la domination de Palmyre par des groupes de tribus et non par un corps civique : les époux Sartre démontre que la société palmyrénienne est de fait divisée en groupes tribaux, mais les palmyréniens ont fini par être des sédentaires bien que conservant des liens avec le désert. Il convient toutefois d’éviter d’associer le mot tribu au concept de nomade car celui qui apparaît le plus souvent dans les inscriptions de Palmyre qui est une cité grecque et lorsque l’on parle de Palmyre on désigne bien par tribu l’institution habituelle de répartition des citoyens d’une cité grecque (tribus civiques).

Enfin voici un autre exemple d’imposture scientifique par Paul Veyne qui indiquait en 2015 que « cette ville araméenne n’était pas une cité syrienne comme les autres.. » : la réponse des époux Sartre est que tout est contestable ou faux dans le paragraphe de Paul Veyne (qui à mon avis se couvre littéralement de honte) : Palmyre devient une cité grecque, une polis, sans que l’on puisse en fixer précisément la date et dire que Palmyre est une cité grecque signifie qu’elle possède les institutions caractéristiques d’une cité, comme la plupart des villes de Syrie à cette époque. Comme beaucoup de cités de Syrie, Palmyre obtint sous les Sévères le statut « de colonie romaine » ce qui sous l’empire romain, compte tenu d’une attribution faite par l’Empereur signifie qu’il s’agit d’un statut juridique favorable, et que le droit romain l’assimile au territoire de la ville de Rome, c’est donc un privilège très recherché par rapport aux cités dites « pérégrines ». La ville de Palmyre a sans doute reçu son statut de colonie romaine sous le règne de l’empereur Caracalla (Marcus Antoninus Aurelius) et Palmyre semble avoir conservé son statut après la chute de Zénobie en 272.

Encore une fois Paul Veyne réalise une formidable approximation et écrit « les Palmyriens riches n’ont guère bénéficié d’une faveur distribuée de plus en plus largement dans tous l’empire : être fait citoyens romains » : jusqu’à ce qu’en 212 un édit de Caracalla étendit la citoyenneté romaine à tous les habitants libres de l’empire, la population se répartissait en trois grande catégorie : les citoyens romains ; les pérégrins et les esclaves. Si l’on met de côté les citoyens romains qui par définition relèvent du droit romain (civil et pénal) et de pouvoir s’enrôler dans les légions et sous certaines conditions (assez restrictives en vérité) pouvoir accéder aux fonctions administratives impériales. Tous les autres habitants de l’empire en étant des hommes libres sont dits « pérégrins » c’est –à-dire qu’ils relèvent du droit de leur communauté dans tous les domaines, ils sont donc des citoyens de leur cité et non de Rome. Au sein d’une cité comme Palmyre l’ensemble de citoyens qui font partie du corps civique sont donc des pérégrins, mais en revanche la cité possède une minorité de citoyens romains. Palmyre a fourni beaucoup de soldats à l’armée romaine et ceux-ci reçoivent la nationalité romaine lors de leur démobilisation (pour les troupes auxiliaires). Un autre cas de figure est celui d’une récompense accordée à un notable ou à un groupe de notables récompensés pour leur engagement au service de la cité ou leur loyauté envers l’empereur : c’est sans doute ce qui se passa pour la famille d’Odainath dont le père ou le grand-père reçut la citoyenneté romaine sous le règne de Septime Sévère puisqu’il porte comme gentilice (nom de famille) celui de l’empereur qui a accordé ce privilège.

Franchement, au-delà de ces quelques exemples, on s’aperçoit bien que toutes les données sont précaires et manipulables et que les gens de bonne foi peuvent être induits en erreur soit par des menteurs tenant d’une thèse politique qui aboutit à une lecture révisionniste de l’histoire. Plus énigmatique est le cas de Paul Veyne, qui a reçu le soutien tapageur de médias illettrés : dans son cas on pense surtout au fait qu’il a pu écrire « le livre de trop » : néanmoins l’ampleur des approximations et des erreurs débusquées jette un doute sur son travail d’historien, et c’est bien dommage, car c’est un homme que je respectais.


Messaline, la putain impériale
Messaline, la putain impériale
par Jean-Noël Castorio
Edition : Broché
Prix : EUR 26,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Une étude historiographique très complète de Messaline et de sa légende noire, 1 février 2017
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Messaline, la putain impériale (Broché)
L’ouvrage de Jean-Noël Castorio consacré à l’impératrice Messaline est une tentative de déconstruction des informations historiques Antiques relatives à la « Meretrix Augusta » et aussi une étude de la postérité du personnage de « la putain impériale » au travers de la littérature et des ouvrages. C’est un travail de qualité qui effectue un inventaire critique des sources et admet leur insuffisance lorsque celle-ci est avérée.
M Castorio, sans doute pour meubler l’insuffisance des informations directes disponibles sur Messaline se livre à un descriptif du futur empereur Claude qui a défaut d’être original rend l’ouvrage autoporteur. En une très belle phrase page 46 M Castorio donne l’essentiel sur Claude « D’un même rameau, généré par l’illustre Drusus avait donc bourgeonné le glorieux Germanicus que tout Rome se pressait pour admirer, et le faible et bancal Claude, que les siens cherchaient à tout prix à dissimuler ».

Sur le plan historique le nom de Messaline n’apparaît dans les sources historiques qu’après son mariage avec Claude : cela est assez normal pour beaucoup de femmes de la haute aristocratie qui ne sont nommées qu’à partir du moment où elles s’insèrent dans les liens matrimoniaux des grandes familles et a fortiori dans la Domus Augusta.

Assez curieusement c’est le court principat de Caligula (« un homme jeune et fou » selon la formule de Yann Le Bohec) qui place Claude dans une meilleure situation, puisque Caligula lui octroi le privilège de présider les jeux du cirque en son absence, mettant fin à l’interdiction de paraître en public qui avait été décidée par Auguste et Tibère (décision conjointe). Les motivations qui conduisent Claude à une nouvelle union sont incertaines et vont de la nécessiter de capter une dote somptuaire à une volonté de l’empereur lui-même selon une interprétation des modernes : Messaline aurait possédé une ascendance qui aurait conféré à son mari une légitimité suffisante pour pouvoir s’ériger en concurrent du princeps, en conséquence de quoi il aurait décidé de lié fermement la jeune femme à la maison impériale, et avec Claude, il n’y avait rien à craindre. M Castorio sans faire plus qu’énoncer cette hypothèse paraît tout de même la trouver plausible, en revanche il s’inscrit en faux contre les ambitions qui auraient poussé Messaline à épouser Claude parce que celui-ci avait une chance de pouvoir devenir empereur : par ailleurs on ne sait absolument rien des tractations qui eurent lieu mais on peut présumer que la célébration des noces correspondait au fait que toutes les parties étaient satisfaites, y compris bien sûr la famille de Messaline.

La date exacte du mariage de Messaline se situe dans une fourchette comprise entre 37 et 41 (l’hypothèse haute étant celle retenue par Ronald Syme) quant à son époux Claude on sait par Suétone qu’il n’était point un exemple de tempérance : goinfrerie, l’ivrognerie, la paresse la luxure…Rien qui corresponde réellement à ce qu’une jeune femme peut-être âgée de 14 ans peut espérer d’un homme qui est déjà intellectuellement et physiquement diminué. De même, bien que les sources soient totalement muettes sur le rôle de Messaline dans le déroulement du complot claudien présomptif contre Caligula (et que cette vacuité est reconnue par l’auteur qui la mentionne comme telle) il indique que « l’on peut néanmoins penser qu’il n’a pas dû manquer de mettre au service de son dessein les relations familiales de sa femme dans la haute société romaine (…) ».

Toujours est-il que la fin prématurée de Caligula est l’épisode qui permet à Claude d’accéder à la pourpre et à son épouse de devenir impératrice. On note d’une part que les récompenses ultérieurement accordées à Messaline vont plutôt dans le sens d’une épouse dévouée et exemplaire ce qui antinomique avec sa réputation ultérieure, en outre malgré des éléments controversés, Claude refuse l’octroi du titre d’Auguste à son fils Britannicus et en refusa aussi l’octroi à Messaline.

On considère de manière assez unanime en histoire romaine que la fin de la République et surtout l’instauration du principat par Octavien après la défaite de Marc Antoine et de Cléopâtre : les femmes appartenant à la maison impériale (et de manière générale à l’aristocratie romaine) se trouve dès lors au cœur du jeu politique dans la mesure où c’est par leur ventre que se transmettait désormais le pouvoir : on sait que Livie exerçait une influence certaine sur Auguste qui prenait des notes lorsque le couple était occupé à discuter des choses importantes, Livie joua un rôle important dans les affaires familiales qui étaient désormais des affaires d’état : on voit donc poindre très tôt des femmes d’influences à la fin de la République et sous le principat augustéen : tout cela devait se faire avec beaucoup de discrétion et par ailleurs la propagande impériale fit de Livie une sorte d’idéaltype de la matrone parée de toutes les vertus possibles (et socialement nécessaire) en en faisant un modèle de chasteté (c’est-à-dire de fidélité conjugale à son époux), l’octroi de préséances et de droits nouveaux à Livie continua sous Tibère bien que ce dernier refusa qu’elle soit divinisée à sa mort : mais dans la pratique Livie était déjà le modèle de la femme de pouvoir sous l’empire romain, avec un titre d’Augusta et un rattachement à la gens Julia (Iula).

Concernant Messaline un trait majeur qui fut exalté par la propagande fut la fécondité, mais suite à sa terrible disgrâce, à la damnatio memoriae ordonné par le sénat aucun des supports de propagande ne nous est parvenu, il en va de même pour les images de Messaline puisque la condamnation du Sénat impliquait que ces éléments fussent détruits et les inscriptions qui la mentionnait martelées : un chapitre est consacré à la représentation physique de Messaline et aux travaux qui furent conduits en la matière, de nombreux débordements eurent lieu et actuellement c’est l’image conservée par le Louvre qui serait la plus proche de l’impératrice, mais pour une assez mauvaise raison selon l’auteur, puisque cela correspondrait en fait que l’image correspondrait mieux à la représentation actuelle de Messaline…

L’auteur propose un chapitre trois ou il donne la parole aux auteurs Antiques pour un portrait sans nuance de « la putain impériale » qui se trouve décrite selon le stéréotype du tyran dans l’antiquité c’est-à-dire sous forme de trois vices qui sont la saeuitia soit la cruauté, il y a ensuite l’avaritia, la convoitise et bien sûr, la libido, qui correspond à un désir effréné : ce chapitre comprend une taxinomie des victimes de Messaline en fonction de ses vices supposés ; au rang de la convoitise se trouve le célèbre complot qui aurait finalement été ourdi contre Valerius Asiaticus et possède comme complice L. Vitellius et les affranchis de Claude, sans grande surprise non plus l’aspect libido montre que Messaline avait des besoins sexuels impossibles à assouvir. Si l’on se base sur le témoignage de Pline l’ancien dans son histoire naturelle on possède clairement un indice sur le fait que la sexualité débridée de Messaline transgressait non pas seulement les règles de la bienséance, mais que le concours auquel elle se prêta, selon Pline l’Ancien, avec une esclave prostituée et ressortit vainqueur : on sait par les travaux sur la sexualité à Rome qu’il était surtout important de ne pas déroger à son rang et que manifestement, en étant l’opposé d’une bonne matrone romaine et en bouleversant les statuts sociaux, la sexualité de Messaline menaçait en réalité les fondements de la société romaine.

L’ultime transgression qui va causer la perte de Messaline est le mariage en secondes noces avec Caius Silius, alors même qu’elle est toujours l’épouse de Claude : on peut y voir un complot dirigé contre l’empereur Claude, ou mettant à profit son imbécillité légendaire, Messaline aurait tenté de l’évincer de la fonction impériale et de l’usurper avec le titre d’Augusta en profitant de la bienveillance de Caius Silius. Il existe par ailleurs une très énigmatique cérémonie associée à ce mariage qui pose question et n’a pas trouvé d’explication univoque mais paraît en grand décalage avec les nécessités d’un complot militaire qui aurait été nécessaire pour destituer Claude d’une manière certaine.

Le chapitre 5 relatif aux « différentes vies de Messaline » pose enfin la question de l’interprétation des textes des auteurs antiques et notamment dans certains cas d’une prise de distance notamment avec l’œuvre de Tacite, dont on sait bien que s’il fit autant œuvre de moraliste que d’historien, il demeure à ce jour l’une des sources historiographiques les plus solides à notre disposition. Deux auteurs français modernes reprennent les sources antiques avec confiance : il s’agit de Catherine Salles (Les bas-fonds de l’Antiquité) qui considère que le comportement de l’épouse de Claude n’est en rien particulier et que le comportement allégué correspond en fait à celui de tout un groupe de femmes de la haute société romaine et considère que « les débordements de Messaline ne sont pas une pure invention de moralistes scandalisés » : assez curieusement M Castorio estime que cette analyse, qui nous paraît au moins avoir le mérite de la simplicité serait une « simple transposition de Messaline et ses consœurs dans la société post-gaullienne de l’après mai 1968 ».

Une autre analyse intéressante est celle de Paul Veyne qui en 1980 estime qu’en s’affranchissant des canons de la bonne matrone Messaline s’affranchissait de la tutelle et du contrôle masculin avec une culmination de cette démarche libertaire dans le choix d’un nouvel époux (alors que tous les mariages de cette époque étaient des mariages arrangés ou les femmes servaient à la mise en place de stratégies matrimoniales destinées à consolider le statut des grandes familles patriciennes, mais aussi celui des riches familles plébéiennes et pour les plus puissantes d’entre-elles à se rapprocher du pouvoir impérial). L’analyse de Paul Veyne est traditionnelle dans son respect des sources antiques et novatrices dans sa déconstruction de l’épisode, assez curieux, de la prostitution présumée de Messaline dans un lupanar du faubourg de Suburre, avec des développements qui ne se retrouveront que dix ans plus tard dans le contexte des études sur la théorie du genre (l’aspect scientifique et respectable de cette doctrine). Tandis que le grand Pierre Grimal insiste sur l’exemple déplorable qu’aurait exercé la mère de Messaline Domitia Lepida.

On peut s’étonner de la condamnation des travaux de la jeune universitaire Virginie Girod qui est l’auteure d’un ouvrage de référence sur les femmes et la sexualité dans la Rome antique ainsi que d’une remarquable biographie d’Agrippine, la mère de Néron et qui considère sans ambages qu’il ne faut pas douter du comportement sexuel de Messaline. Pour M Castorio cette thèse serait seulement la marque du retour de la pudibonderie avec « le retour du mythe de la putain impératrice » : pour avoir lu les ouvrages de Me Girod, je puis au moins témoigner de l’absence de pudibonderie et d’une posture historiographique fondée sur les relations entre sexe et pouvoir dans la Rome antique qui paraît tout à fait valable.

D’autres développements historiographiques modernes tentent de décrire les actions de Messaline sous l’angle de « l’animal politique » mettent lourdement en cause la fiabilité de l’œuvre de Tacite qui ne pourrait dès lors qu’être lu au second degré, et cette lecture permettrait une interprétation politique (un mobile politique dirions-nous) de l’action de Messaline. En la matière, l’auteure majeure serait alors Barbara Levick dans sa biographie de l’empereur Claude parue en 1990 : l’historienne britannique classe alors les victimes de Messaline en trois catégories qui sont fonction de la capacité de nuisance prêtée par Messaline à ces personnages à l’égard de Claude. La conclusion de madame Levick « Messaline ne doit pas être considérée comme une adolescente nymphomane ; elle utilisait le sexe principalement pour compromettre et contrôler des hommes de pouvoir » : hors cette thèse très intéressante ne diffère en fait de celle de Virginie Girod que sur des questions de formulation, puisque en aucun cas l’activité sexuelle débordante de Messaline n’est contestée. Pour M Castorio le principal problème de l’analyse politique est qu’elle croit jusqu’à un certain point le récit des anciens, mais personne n’est capable de placer le curseur de manière rationnel en ce qui concerne la ligne de démarcation entre ce qui doit être cru par les historiens et ce qui peut être considéré comme une affabulation moralisatrice : si bien que comme le note M Castorio certains auteurs tranchent le problème en n’accordant plus aucune confiance aux données historiques Antiques. Cette déconstruction des récits anciens, culmine notamment dans l’œuvre de Sandra Joshuel, en 1995, avec un article dans lequel, la figure de Messaline ne serait que pure construction qui n’a d’autre raison que de procéder au dénigrement de l’empereur Claude, coupable d’avoir abandonné à une femme son auctoritas ainsi qu’à d’anciens esclaves (ses affranchis). Mais le problème est que si l’historien ne dispose plus de matériel historique pour écrire l’histoire, son récit aussi élaboré fut-il risque de n’être que pure fiction… M Castorio considère que cela permet au moins de disposer d’une manière précise des stéréotypes associés par la société romaine à Messaline.

L’ouvrage de monsieur Castorio est un travail très sérieux qui montre qu’il existe bien dans l’historiographie antique un modèle contrapunctique de la bonne matrone romaine qui est celui de Messaline, mais aussi de divers personnages féminins qu’il est possible d’identifier. Toutefois, la pauvreté des sources sur Messaline en tant qu’objet historiographique ne permet pas d’être conclusif sur les éléments historiques réels auxquels ce personnage est associé.


Blair Witch [Blu-ray]
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DVD ~ Valorie Curry
Prix : EUR 16,89

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Une excellente réalisation : enfin des images correctes et un son immersif, 29 janvier 2017
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Blair Witch [Blu-ray] (Blu-ray)
Blair Witch, troisième du nom est un excellent film de genre, alors que sincèrement le premier opus m'avait laissé songeur et le second absolument inerte. Cette fausse suite dont l'histoire est axée sur une nouvelle fouille de la forêt de Black Hills, au motif scénaristique de retrouver la sœur d'un des protagonistes de l'histoire est à mon avis plus proche d'un reboot ou d'un remake du premier. Le film dispose de bonne image malgré le parti pris scénaristique de la caméra à l'oreillette. Je ne vais pas me livrer à un spoiler donc retenez que l'histoire est cohérente, que six personnes sont impliqués dans des événements surnaturels présumé liés à la sorcière de Blair. Les acteurs sont tous efficaces et crédible , sans être des pointures. Les images proviennent cette fois de caméras numériques ce qui permet de disposer d'une restitution visuelle qui demeure très correcte. En outre, une portion importante du stress lié à cette opus est causé par une excellente utilisation de la restitution spatiale du son avec pour résultat une ambiance fort inquiétante qui va crescendo. Si vous cherchez un film de genre pour vous distraire, ce film constitue une excellente alternative : vous ne serez pas déçu de votre achat. Bonne séance à tous et à toutes.


Tout sur Mein Kampf
Tout sur Mein Kampf
par Claude QUETEL
Edition : Broché
Prix : EUR 14,90

10 internautes sur 10 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Une excellente contextualisation historique de la "Bible" nazie : très bien pour les débutants, 27 janvier 2017
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Tout sur Mein Kampf (Broché)
L’ouvrage de Claude Quetel « tout sur Mein Kampf » est un excellent ouvrage qui s’adresse surtout à un public de néophytes soucieux de parfaire leurs connaissances historiques sur la fameuse « bible » du nazisme, sans avoir à se plonger eux-mêmes dans le marigot fangeux de cet ouvrage abject. Pour l’avoir décortiqué dans sa version des éditions Sorlot, la lecture de ce pensum antisémite, raciste et antifrançais, est une épreuve dont on ressort sali et dégouté, mais comme l’indique M. Quetel sûrement pas convaincu (à moins d’avoir de sérieuses inclinaisons pronazies préalables à sa lecture).

On notera que ce livre publié chez Perrin possède une structure très claire, et vient compléter l’ouvrage de M. Vitkine (Mein Kampf : l’histoire d’un livre). Le fait déclencheur de l’ouvrage de Quetel est le fait que les droits d’auteurs du livre détenu par le Land de Bavière tombent dans le domaine public et qu’à l’heure actuelle, Mein Kampf puisse être édité par n’importe qui, à des fins qui ne sont pas seulement académique, on s’en doute aisément. Toutefois, je trouve un peu dommage que le point de départ cité par l’auteur soit une polémique qui a été entretenue par l’infâme Mélenchon le 22 octobre 2015 qui dans une lettre ouverte à la présidente des éditions Fayard qui travaillent à la mise au point d’une édition commentée et critique (comme cela a déjà été le cas en Allemagne) au prétexte que selon cette épigone du communisme « éditer c’est diffuser. La simple évocation de votre projet a déjà assuré une publicité inégalée à ce livre criminel. Rééditer ce livre c’est le rendre accessible à n’importe qui. Qui a besoin de la lire ? etc. etc. » Et Mélenchon de compléter dans un tweet sa diatribe délirante « Non pas Mein Kampf quand il y a déjà Le Pen » : la débilité de cette argumentation est patente : de mon point de vue l’ouvrage est essentiellement un objet historiographique en 2017.

Christian Ingrao, célèbre pour ses remarquables travaux sur le nazisme est montée au créneau contre Mélenchon, pour d’une part critiquer le lien entre Mein Kampf et la Shoah, et indiquer que le fait de ne plus toucher à Mein Kampf consistait à le laisser à la dérive sur Internet en le « sacralisant de manière négative », Ingrao argumente puissamment en faveur d’une édition critique de l’ouvrage pour cesser de réagir en anathème et de se comporter en historien. D’autant plus que l’historien pressenti pour piloter le projet des éditions fayard semble être le spécialiste de la Shoah Florent Brayard que l’on ne pourra pas soupçonner d’être complaisant à l’égard du pensum putréfié d’Hitler (il convient de préciser que sur le plan pratique il existe un contentieux personnel il existe une certaine inimitié entre Christian Ingrao et Florent Brayard). A priori Florent Brayard n’a ni confirmé ni infirmé son rôle dans l’édition critique de Mein Kampf, mais a évoqué une discussion d’historiens ce qui semble impliquer plusieurs contributeurs. L’édition critique est à ce jour repoussée à 2018 selon le traducteur embauché pour la circonstance…

L’ouvrage de Claude Quetel est très complet et permet parfaitement de contextualiser le livre et son auteur, disons que de son service militaire très courageux lors de la première guerre mondiale comme estafette régimentaire, titulaire de la croix de fer de seconde classe et de la croix de fer de première classe, jusqu’à son emploi par la Reichwehr pour infiltrer les mouvements politiques du début de la république de Weimar, l’ouvrage de Quetel donne un exposé clair et concis, même si je trouve que l’importance de Ernst Röhm est un peu minorée. Les causes de l’antisémitisme forcené d’Hitler sont examinées sans que l’on puisse trouver une explication univoque : la thèse de l’antisémitisme provenant de la capitulation allemande avec toute la théorie du coût de couteau dans le dos (coup bien sûr porté par des Juifs planqués à l’arrière…) est assez courante, sans me paraître foncièrement probante.

Claude Quetel rejette un peu vite la théorie des troubles psychiatriques développées dans les années 1970 par le grand historien Saül Friedlander : pourtant le concept d’antisémitisme rédempteur mis au point par cet auteur est particulièrement impressionnant et est tout à fait de nature à trouver sa source dans une psychose, thèse qui est appuyée en France par le professeur François Delpla. La théorie du psychopathe hystérique avait été soulevée en 1975 par John Toland dans sa biographie d’Hitler et trouvait sa source dans des comptes rendus médicaux qui dateraient de la période ou Hitler fut victime d’une cécité temporaire suite à une attaque au gaz. Les médecins allemands qui l’examinèrent alors ont considéré qu’une partie de sa cécité était d’ordre psychosomatique et provenait de ce qu’ils définirent comme une psychose hystérique. J’aouterai, que cette explication n’empêche nullement Hitler d’être un redoutable négociateur diplomatique entre 1933-1938 qui va bassement utiliser la peur des politiciens français et britannique d’être entraînés dans une nouvelle guerre avec l’Allemagne.
Les affres de la traduction françaises de Mein Kampf, avec la fameuse édition pirate de Sorlot est fort bien narrée, elle montre que par ailleurs d’autres instances militaires et diplomatiques avaient réalisées un travail de valeur sur Mein Kampf et qu’il n’existait pas de doute sérieux sur la malveillance fondamentale d’Hitler à l’encontre de la France et des Juifs, sans compter son projet d’expansion territoriale à l’Est. Les trois hommes d’état à prendre le plus au sérieux Mein Kampf furent Winston Churchill, Charles de Gaulle et Joseph Staline qui possédait une traduction qu’il avait fortement annoté.

François Poncet est fortement critiqué pour avoir embelli ses mémoires publiées en 1946, toutefois son livre a été réédité chez Perrin il y a un an et je conseille sa lecture aux passionnés d’histoire, au demeurant dans les Propos intimes et politique de Hitler, ce dernier se félicite d’avoir pu duper François Poncet tout en ayant une sérieuse rancune à l’encontre de l’ambassadeur français avec qui les relations s’étaient tout de même fortement dégradées.

Claude Quetel aborde la question des racines intellectuelles de Mein Kampf avec l’étude de différentes sources : dans l’ensemble ce travail est tout à fait correct et insiste largement sur la littérature Völkisch, ce terme étant traduit par racialiste avec l’inévitable lutte entre l’Aryen (dont la nature n’est jamais précisée par Hitler en dehors de racines germaniques et nordique, mais il y classe aussi les Berbères, pour une raison peu précise…). Tout au long du livre, l’antisémitisme est à son paroxysme, mais on trouve aussi une haine forcenée des « nègres » et la France qui doit être défaite par l’Allemagne lors d’une prochaine guerre est un pays en voie de « négrification ». Dans ses propos intimes, Hitler reviendra à la charge sur cette thématique en décrivant comment les politiciens américains juifs engagent des sous-hommes « nègres » pour leur servir de policiers…

Claude Quetel indique dans son ouvrage qu’il n’existe pas de lien privilégie entre Mein Kampf et l’islam : cela est vrai de l’ouvrage en lui-même, mais en revanche c’est oublier un peu vite les tentatives d’utilisation du grand Muphti de Jérusalem Al Husseini en recadrant l’antisémitisme en antisionisme et en finançant Al Husseini pour tenter de soulever les Arabes de Palestine, mais aussi lors du putsch manqué de Rachid Ali en Irak : c’est d’autant plus étrange que M Quetel parle bien d’Al Husseini.

Sur la portée des crimes commis par le nazisme, Claude Quetel s’efforce de ne pas retomber dans la querelle entre intentionnaliste et fonctionnaliste qui sont deux écoles historiques faisant une interprétation concurrente du nazisme, la première postule que les crimes du nazisme procèdent d’une volonté déterminée et structurée alors que les seconds considèrent que les crimes furent le résultat d’une impulsion donné par Hitler mais que leur réalisation procéda d’une structure polycratique. Claude Quetel campe sur une position médiane en indiquant que « tout n’est pas écrit dans Mein Kampf, mais tout y est dit ».

En revanche, la conclusion de M Quetel nous paraît assez abrupte « Faut-il le lire (Mein Kampf) si on n’est pas un professionnel astreint pour ce faire ? La réponse est non… » avant d’ajouter ce qui paraît contradictoire « Ou plutôt si, qu’on le lise, loin de tout interdit, de toute mise en garde, de toute savante explication. Le livre tombe des mains tout seul ».

C’est une conclusion très curieuse que de finalement refuser une édition disposant d’un dispositif critique et scientifique de Mein Kampf, car M. Quetel vient de nous en parler pendant 272 pages….Par ailleurs le journal de Joseph Goebbels a bien fait l’objet d’une édition critique chez Tallandier, avec des droits reversés à une fondation présidée par Simone Veil : c’est un grand succès technique et cela n’a suscité aucune controverse, je pense qu’il ne faut pas mélanger histoire et polémique pseudo-politique, surtout compte tenu de la nature des personnes à l’origine de cette dernière.


31 [Édition Collector] [Édition Collector]
31 [Édition Collector] [Édition Collector]
DVD ~ Sheri Moon Zombie
Prix : EUR 14,99

3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un excellent slasher de facture classique mais redoutablement efficace, 20 janvier 2017
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Les critiques qui ont été formulées à l'encontre de ce film sont en ce qui me concerne parfaitement injustifiées, bien sûr on peut argumenter sur le fait que le film est moins déjanté que la maison des 1000 corps ou bien the Devil Rejects, et loin du chef d’œuvre technique qu'est Halloween (avec un portrait d'enfant psychotique/psychopathe qui fait vraiment froid dans le dos).

31 est un slasher qui se présente sur le modèle d'un survival ou des proies sont sélectionnées de manière aléatoire pour participer à une sorte de remake des jeux du cirque, sauf que les gladiateurs ou les bêtes féroces sont remplacés par des tueurs sadiques particulièrement abjectes. Le 31 est un jeu qui se déroule sur une période de 12 heures avec un décor de friche industrielle glauque et des étapes marquées par l'apparition de nouveaux tortionnaires/tueurs psychopathes jusqu'au dénouement final. Le film donne lieu à des combats à mort d'anthologie à l'arme blanche et à la tronçonneuse, on y retrouve Malcom Macdowell en grand ordonnateur de ce jeu organisé pour satisfaire de grands pervers friqués. Parmi les tueurs psychopathes mis à contribution, la prestation effrayante de "Doomhead" qui est une sorte de boss de fin de niveau est remarquable et pourrait à elle seule justifier l'achat de ce film. En bref, si vous rechercher un slasher cruel mais scénarisé pour passer un bon moment, 31 est un choix des plus respectables, attention tout de même, le film a été interdit au moins de 16 ans...


SPQR. Histoire de l'ancienne Rome.
SPQR. Histoire de l'ancienne Rome.
par Mary BEARD
Edition : Broché
Prix : EUR 26,00

50 internautes sur 61 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Une bonne introduction généraliste à l'histoire de Rome mais beaucoup d'approximations et d'outrances, 19 novembre 2016
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L’ouvrage de Mary Beard consacré à l’histoire de l’ancienne Rome : SPQR suscite chez moi un sentiment ambigu qui va de l’admiration pour la qualité littéraire de l’ensemble, admirablement préservée par une traduction de très haute volée, à un sentiment plus mitigé : car je viens de passer à la lecture de la biographie de Germanicus rédigée par Yann Rivière, toujours aux éditions Perrin et je discerne très bien la différence abyssale de niveau scientifique entre l’ouvrage de vulgarisation de l’histoire de Rome à l’usage d’un public anglo-saxon très souvent intellectuellement très limité et les canons scientifiques de l’école française de Rome et d’Athènes auxquels je reste beaucoup plus attaché de par ma formation. Je dirais que l’histoire de Rome selon Mary Beard donnera l’impression ou plutôt l’illusion à une plèbe moderne de devenir intelligente alors que l’essentiel des éléments historiographiques de l’histoire de Rome restent en dehors de SPQR dans des ouvrages beaucoup plus sérieux sur le plan scientifique.

Au demeurant l’utilisation du sigle SPQR traduit la médiocrité de Mary Beard qui utilise ce sigle pour désigner l'ensemble de l'histoire de Rome alors que l'on sait depuis Monsen qu'il s'agit d'une expression mystificatrice de l’idéologie du principat d'Auguste et qui par ironie ne désigne plus que l'ombre des pouvoirs que détenaient le Sénat et les comices sous la République : une utilisation abusive du sigle pour "faire beau" en quelque sorte et indigne d'un historien professionnel...

Pour autant, je ne souhaite pas condamner d’emblée un effort de vulgarisation, mais plutôt mettre en garde les lecteurs intéressés contre les limites et les simplifications abusives auxquelles recourent Mary Beard dans son exposé. Certes, il est possible d’objecter qu’un ouvrage couvrant l’histoire de Rome de la naissance mythologique de la Cité à l’édit de Caracalla ne peut pas être complet et exhaustif : cela est vrai, mais pour autant il ne doit pas donner l’illusion de l’être et c’est un reproche que j’adresse à Mary Beard.

Mary Beard part de l’idée que l’histoire de la Rome antique est une chose importante : avis auquel je souscris des deux mains. Car explique Mary Beard « aujourd’hui encore Rome nous aide à définir notre rapport au monde et à penser ce que nous sommes, depuis les hautes sphères de la théorie jusqu’à la comédie populaire, deux milles ans plus tard, elle continue de soutenir l’édifice de la culture et de la politique occidentales, de façonner ce que nous écrivons, notre vision du monde et la place que nous y occupons » : cette entrée en matière est sublime, Mary Beard indique que « Rome nous a légué certaines conceptions de la liberté et de la citoyenneté, mais aussi une idée de ce qu’est l’impérialisme ». Mary Beard explique que l’historiographie de la Rome antique a considérablement évoluée au cours des 250 dernières années et plus encore depuis la parution entre 1776 et 1778 de l’ouvrage d’Edward Gibbon, Histoire du déclin et de la chute de l’empire romain (encore faut-il préciser qu’il comme ne le fait pas Me Beard qu’il existe deux tomes, dont le premier est souvent cité, alors que le second relatif à l’histoire de l’empire Byzantin est fréquemment passé par perte et profit, alors que les deux volumes sont toujours édités dans la collection Bouquins). L’ouvrage de Gibbon a marqué le renouveau des études romaines dans le monde anglo-saxon et continue à susciter des polémiques en raison de l’argumentation de Gibbon qui pensait que l’avènement duc christianisme comme religion d’état sous Constantin avait sans doute causé la chute de l’Empire romain d’Occident (ou pour le moins fortement contribué à sa chute) dans la mesure aux nouvelles manières de considérer et de questionner les documents anciens, sans compter l’importance des découvertes archéologiques et climatologiques permettant à partir de de la calotte glacière du Groenland d’estimer l’impact de l’industrie romaine : si la question de l’approvisionnement alimentaire est une bonne chose, je suis plus dubitatif de voir Me Beard parler de « la question du genre » : d’une part les travaux sur la sexualité à l’époque romaine sont déjà assez bien avancés et d’autre part la formulation des pratiques sexuelles sous forme de théorie du genre est typiquement une problématique dont le formalisme est bobo et qui disparaîtra aussi vite qu’il est apparu, c’est-à-dire comme un vulgaire effet de mode.
L’ouvrage de Mary Beard ne s’intéresse pas à la chute de l’Empire romain d’Occident : sur ce point je suis enclin à lui donner raison : il y a à l’heure actuelle toute une littérature décliniste qui voit dans le déclin de Rome sous le choc des invasions barbares une sorte d’avertissement à l’Europe actuelle qui serait en voie de submersion par des vagues d’immigration islamique : c’est extraordinaire, des peuples « barbares » qui se sont souvent romanisées et christianisés au contact du monde romain et ont été dans un certain nombre de domaine les héritiers de Rome, particulièrement en France, sont assimilés au terme d’une effroyable contorsion historique à la civilisation islamique : du point de vue de la recherche historique c’est un raccourci simpliste et odieux.

L’histoire proposée par Mary Beard s’arrête donc en 212 de notre ère lorsque l’empereur Caracalla décréta que tous les habitants libres de l’empire devaient des citoyens romains à part entière : Me Beard considère que par cette décision on avait un aboutissement de la logique de Rome en manière d’octroi de la citoyenneté romaine, filiation qu’elle fait à juste titre remonter aux guerres « sociales » c’est-à-dire aux guerres entre Rome et ses alliées italiens : Mary Beard voit dans l’action de Caracalla l’aboutissement d’un processus d’expansion des droits et des privilèges de la citoyenneté romaine entamé près d’un millier d’année auparavant.

SPQR tente d’expliciter de de réfuter ou d’interpréter des mythes fondateurs de Rome.

La question de l’impérialisme romain a toujours été considérée comme une énigme, le grand André Piganiol a rédigé un ouvrage devenu classique que la montée en puissance de Rome des origines jusqu’à la fin de la République sous le titre « la conquête romaine », Jérôme Carcopino a lui-même rédigé la notion d’impérialisme romain dans un article resté célèbre, ou l’on découvre en quelque sorte un empire sans impérialisme, thèse qui est reprise par Yann le Bohec qui fait référence en France en manière de connaissance des questions militaires liées à Rome. Mary Beard estime elle-aussi que les motivations qui présidèrent à leur expansion militaire à travers le monde méditerranéen et au-delà « continuent de présenter l’une des plus grandes énigmes de l’histoire » ; en revanche en indiquant « qu’en bâtissant leur empire ils ne foulèrent brutalement au pied des peuples innocents, qui ne s’occupaient que d’eux-mêmes et vivaient dans une paix harmonieuse avant de voir apparaître à l’horizon des légions conquérantes » Mary Beard indique bien que « la violence de Rome s’exerçait seulement dans un monde où la violence était endémique et la plupart des ennemis de Rome n’étaient pas moins militarisés qu’elle », pour autant Mary Beard indique que l’histoire Romaine ne se limite pas à présenter Rome comme étant le petit frère violent de la Grèce, féru d’ingénierie, d’efficacité militaire et d’absolutisme : la réalité est infiniment plus complexe et certain critique romain comme Tacite sont resté fameux pour une formule mise dans la bouche d’un barbare, Arminius si ma mémoire est bonne « ils sèment la désolation et nomme cela la paix », pour autant cette critique supposée de l’impérialisme Romain attribué à Tacite est à prendre à notre avis avec beaucoup plus de distance : la biographie consacré à cet illustre historien romain par Pierre Grimal montre bien que celui-ci écrivant sous le règne de l’empereur Trajan était en fait favorable à une relance de l’expansion de Rome après la pose et les déconvenues survenus sous les empereurs Julio-claudien, en particulier sous Néron.
Assez curieusement Mary Beard fait commencer SPQR par la répression de la conjuration de Catilina par Cicéron en 63 avant JC, ce qui peut sembler curieux dans une histoire de Rome qui débute avec la naissance de Remus et de Romulus…En outre l’utilisation du vocabulaire moderne de conspiration terroriste pour décrire la conjuration de Catilina laisse un peu perplexe l’historien, toutefois la narration de Mary Beard est absolument passionnante, son ambition clairement affichée en page 22 est de considérer au travers de divers chapitres de considérer les premiers temps de l’histoire romaine avec bien sûr l’épisode légendaire de Remus et Romulus, en passant par le viol de Lucrèce, et accessoirement l’enlèvement des Sabines, pour poser des questions qui sont rémanentes depuis les historiens de l’antiquité, à savoir comment une petite ville ordinaire de l’Italie du centre a-t-elle pu croître au point de dépasser en importance toutes les cités du bassin méditerranéen et parvenir à la domination d’un empire romain, en clair qu’y avait -il de si spécial chez les Romains (si cela est bien le cas).

Pour une historienne Me Beard à une curieuse approche de la chronologie des évènements puisqu’elle décrète en page 22 que « s’agissant de Rome, commencer par l’origine même n’a guère de sens. C’est seulement à partir du Ier siècle av JC que nous pouvons enquêter en chaussant, pour y voir de près et dans le détail, des lunettes contemporaines ». Ce qui est absolument vrai comme l’indique Mary Beard c’est que la documentation la plus massive disponible sur l’histoire romaine est disponible à partir du 1er siècle avant JC avec une richesse sans égale : « il n’existe rien d’’équivalent aussi riche et varié pour Athènes au temps de la Grèce classique et il faudra attendre un millénaire pour trouver à Florence, au temps de la renaissance, une autre civilisation que nous puissions connaître d’une façon aussi détaillée » : c’est assez vrai même si un auteur comme Peter Green a pu réaliser un trésor d’érudition sur les guerres médiques et bâtir une formidable histoire allant de la période d’Alexandre le Grand à la bataille Actium qui fournit toujours une grille de lecture irremplaçable pour la compréhension de la naissance de ce que j’appelle personnellement « le monde moderne occidentale ».

Historiquement, Me Beard a raison, mais techniquement elle affaibli la cohérence de son propre exposé en indiquant que c’est seulement au cours du Ier siècle avant JC que les historiens romains se sont mis à étudier systématiquement leur passé. Bien sûr il n’y a aucun doute sur le fait que l’année 63 avant JC est particulièrement importante pour Rome qui frôla une nouvelle fois le désastre, mais Me Beard indique à juste titre que « vers 390 av JC des maraudeurs gaulois occupèrent la ville » : c’est un peu faible et ridicule comme formulation du sac de Rome par les Gaulois de Brennus que de parler de quelques « maraudeurs » quand on sait que c’est justement le souvenir de cette épisode peu glorieux de l’histoire romaine qui justifiera de manière (pas forcément justifié) le mandat de Jule César à conduire une expédition militaire en Gaule, l’épisode d’Hannibal faisant franchir les Alpes à 37 éléphants en 218 av JC est un peu ridiculisé sur cette histoire d’éléphants auxquels Me Beard dénie toute valeur militaire dans la suite de son ouvrage : les éléphants n’auraient servi militairement à rien alors que, l’on peut penser que psychologiquement cela était un atout considérable, d’autant plus que Mary Beard reconnaît la terrible correction infligée aux légions romaines lors de la bataille de Cannes en 216 avec des pertes romaines de 70 000 hommes en un seul après-midi : à ce sujet l’auteur se laisse emporter par son enthousiasme et compare la bataille de Cannes à la bataille de Gettysburg ou un premier jour de la bataille de la Sommes : si l’ordre de grandeur des pertes est sans doute pertinent, les conditions technologiques des trois batailles empêchent normalement de faire des comparaisons, c’est tout à fait anachronique, au point d’être ridicule : une analyse militaire sérieuse des guerres puniques a été réalisée de manière magistrale par Yann le Bohec et franchement il n’y a pas photo sur la qualité technique de l’exposé.

En outre si la conjuration de Catilina est un épisode fameux qui opposa effectivement des romains à d’autres romains, on peut considérer que l’exemple du conflit opposant Lucius Cornélius Sulla (Sylla) contre Marius et ses disciples montraient déjà combien la république romaine pouvait être menacée de l’intérieur avec un conflit dont la structure politique annonçait déjà l’opposition entre populares et optimates qui allait se cristalliser sous Jules César puis sous la guerre civile faisant suite à son assassinat. Le recteur Hinard a rédigé une biographie pénétrante et remarquable de Sylla qui montre bien l’ampleur du problème et la nature des proscriptions entreprises par Sylla, mesure qui seraient reprises par Octavien et ses alliés : toutefois Sylla ne trouve pas grâce aux yeux de Mary Beard qui y voit essentiellement un assassin et un personnage subalterne de l’histoire romaine : c’est une considération que je considère comme très approximative… pour le moins.

Par ailleurs, l’auteur indique que Cicéron trouve la mort sous « un gouvernement populaire » : ce qui est pour le moins étrange et ressort d’une mauvaise utilisation de populares, alors que Cicéron s’était fait le héraut des optimates ; mais que ce soit le premier triumvirat, ou bien le second ont peu dire que si des aristocrates ruinés et des aventuriers militaires achetaient largement le consentement de la plèbe par des mesures démagogiques et forts couteuses la notion de gouvernement populaire est complètement absurde et anachronique et pourquoi pas une démocratie populaire tant qu’on y est. Quant à la rhétorique fameuse dont était passé maître l’avocat Cicéron Me Beard indique « ils constituent toujours un modèle de l’art oratoire, dont les techniques persuasives sous-tendent certains des plus célèbres discours de notre temps, y compris ceux de Tony Blair et de Barack Obama » : à ce moment j’ai dû lâcher le livre, s’en était trop : comment peut-on comparer réellement les catilinaires ou même les philippiques à des slogans de marketing prononcés par des imbéciles pour des imbéciles !!!!!

Ensuite Me Beard essaye de voir dans quelle mesure Catilina aurait vu sa réputation salie par les informations à source unique provenant des lettres de Cicéron : à l’évidence c’est vrai et la nuance de son jugement emporte sur ce point notre adhésion. Par contre allez chercher des rémanences culturels de la fameuse formule de Cicéron jusqu’à quand Catilina abusera tu de notre patience ? Dans des tweets avec une petite perle en page 52 « Quo usque tandem abutere François Hollande, patientia nostra ? » : alors que Mary Beard convient parfaitement que les personnes qui utilisent encore cette formule ne savent rien de Cicéron et de Catilina : la persistance de mot d’esprit fameux n’implique nullement que les personnes les utilisant aient une quelconque connaissance de la Rome antique…

Le Chapitre intitulé « Au commencement » est une très bonne étude des mythes fondateurs de la ville de Rome : le travail de décryptage est de haut niveau et puissamment argumenté : la problématique centrale est cernée de main de maître : le recours à deux fondateurs Remus et Romulus, et un ensemble de faits peu héroïque qui vont du meurtre à l’enlèvement et au viol en passant par l’idée d’avoir pour premier citoyens romains une bande formé de criminels et de fugitifs : l’auteur croise habilement les récits de Cicéron et ceux de Tite-Live, avec les apports archéologiques lorsque cela est possible, c’est-à-dire avec beaucoup d’incertitude pour cette période lointaine, en outre l’auteur indique que ayant procédé au meurtre de son frère Romulus s’écria « ainsi périsse quiconque franchira mes remparts » tout un programme pour une ville qui deviendra lentement mais surement une puissance belliqueuse portées sur les guerres justes toujours conduites en réponse à des guerres d’agression étrangères (et à des guerres causées par des accords passé avec des états clients de Rome).

Au terme d’une analyse magistrale, Mary Beard démontre que le mythe de Romulus est une réécriture de la fondation de Rome et est en fait une projection des débats, idéologies et angoisse que les Romains nourrissaient, pour en revenir au récit d’Horace, « ce n’est pas la guerre civile qui était le destin de Rome depuis sa création, mais c’est plutôt Rome qui projeta dans la figure de son fondateur les obsessions que lui causait un cycle apparemment interminable de guerres civiles ».

Mary Beard décrypte le mythe des Sabines en considérant les mots prononcés pour réconcilier leurs époux avec leurs pères (auxquels elles ont tout de même été ravies) sont une manière de conjurer la crainte des guerres civiles entre Romains, cela est accentuées par l’énigme des deux fondateurs de Rome en estimant qu’il s’agirait en fait d’une formulation a posteriori des problèmes de luttes fratricides qui seront quasiment toujours au centre des affaires Romaines depuis le VIème siècle avant JC jusqu’à l’assassinat de Jules César en 44 av JC et bien au-delà ne serait qu’après la mort de Néron…

Le mythe des Romains héritiers des Troyens et tout particulièrement d’Enée qui fuit à l’issue de la guerre de Troie emmenant son fils par la main et son vieux père dans ses bras et recréé sur le sol italien sa ville natale, sans oublier dans son errance son amour pour Didon la reine de Carthage. La légende d’Enée tout comme celle de Remus et Romulus est du domaine du mythe, les érudits romains s’interrogeaient d’ailleurs sur les connexions entre les deux mythes : car à l’évidence Rome ne pouvait pas avoir deux fondateurs et qui trouvera une certaine cohérence dans un arbre généalogique dans lequel Enée et Romulus était apparenté (avec notamment une construction assez complexe dans l’œuvre de Tite-Live).

Le mythe du viol de Lucrèce par Sextius Tarquin, fils de Tarquin le Superbe, dernier des rois étrusques de Rome est également très bien disséqué.

Une autre particularité identifiée par l’auteur réside dans l’octroi de la citoyenneté, cette pratique était très parcimonieuse, pour ne pas dire plus en Grèce, alors que bien que les Romains fussent souvent xénophobes et méprisant pour les peuples qu’ils jugeaient barbares, ils ont adopté progressivement une politique d’octroi de la citoyenneté très libérale aux habitants des territoires conquis : les provinces romaines reçurent de plus en plus facilement la citoyenneté romaine, avec l’apogée du processus sous Caracalla : mais bien avant cette époque le sénat romain devenait progressivement une institution possédant un caractère multiculturel : une première tentative avortée avait été fait par Jules César avec des Gaulois, puis sera reprise par l’empereur Claude.

Il me semble que Mary Beard effectue en revanche une interprétation trop moderne du concept ambiguë de Libertas, qu’elle assimile à une conception moderne de la liberté aussi bien pour la Révolution française que la révolution américaine et sa constitution : en la matière Yann Rivière dans son Germanicus apporte une contradiction érudite en indiquant que la Libertas était un concept nostalgique qui faisait référence à la défunte république romaine qui elle-même n’était au mieux qu’une oligarchie ploutocratique basée sur la puissance de quelles patriciens et riches plébéiens.

Le chapitre consacré à Scipion le Barbu et à l’expansion de Rome (Le grand bond en avant) est très intéressant et montre les mécanismes par lesquels une fort modeste cité, en raison de son expansion démographique : Rome commence à devenir la Rome que nous connaissons avec des légions et une frappe de monnaie ; mais une fois de plus Mary Beard introduit un anachronisme regrettable en qualifiant la fonction de tribun militaire de « colonel ». La description du conflit des ordres entre Plébéiens et Patriciens est très correcte, de même que la question des guerres sociales traitées ultérieurement.

En revanche, Mary Beard semble nourrir une solide rancune à l’encontre de Pompée le Grand et d’Octavien/Auguste pour des motifs assez superficiels, pour une raison inconnue elle semble considérer que Caligula était un personnage sympathique… ce qui laisse rêveur, dont la légende noire serait uniquement due à une reconstruction ultérieure et non aux actes d’un criminel fou : pourtant Mary Beard est moins regardante sur l’apport de Suétone à la biographie de Tibère et à sa présumée pédophilie dans son exil de Capri.

Disons que la période de ce que Ronald Syme avait qualifié de révolution Romaine dans un ouvrage classique datant de 1939, traduit en français en 1967 et dont une seconde édition est en cours de publication aux éditions Gallimard et qui correspond à la fin de la République romaine et à l’avènement du principat augustéen est traité de manière superficielle.

Le Chapitre intitulé « quatorze empereurs » fourni un assez bon éclairage sur la question, mais là aussi il y a une outrance qui fait de Marc Aurèle et de ses pensées une sorte de charlatan précurseur des théories du « développement personnel » : c’est assez fâcheux et grotesque de la part d’une spécialiste en histoire romaine : je renvoi le lecteur intéressé à la lecture de la biographie de Marc Aurèle par Pierre Grimal qui donne une interprétation complète des Pensées et de la deuxième sophistique, loin des développements pitoyables de SPQR.

Le concept de Romanité est examiné de manière correct et c’est une question qui est toujours en débat : les anglo-saxons répondent par la négative sur l’existence de ce phénomène, Yann Le Bohec y croit lui aussi assez peu et Peter Brown dans ses travaux opère une dichotomie entre des élites provinciales romanisée, et une population d’extraction beaucoup plus modeste qui reste à l’écart de cette apport culturel.

La conclusion finale de Mary Beard est assez déroutante, et surtout très décevante et paraît contradictoire avec les propos figurant en introduction « je ne crois plus, comme j’avais la naïveté de le penser autrefois que nous ayons beaucoup à apprendre des Romains directement ou d’ailleurs des Grecs et de toute autre civilisation ancienne. Nous n’avons pas besoin de lire les difficultés rencontrées par les légions romaines en Mésopotamie ou contre les Parthes, pour comprendre pourquoi les interventions militaires modernes au Proche-Orient peuvent être malavisées » : plusieurs des batailles conduites par Jules César, ainsi que la bataille de Cannes ont fait l’objet de cours dans des écoles militaires : en la matière les travaux de Yann Le Bohec apporte un formidable démentie à ce jugement abrupte et incompréhensible déconnecté d’ailleurs du contenu du livre.

En revanche, l’auteur admet qu’il nous reste une quantité énorme de chose à apprendre sur nous-mêmes et sur notre passé en nous confrontant à l’histoire des Romains et d’une manière générale à leur culture : c’est déjà beaucoup mieux.

Pour les lecteurs intéressés, je conseille vivement de compléter la lecture de SPQR par quelques ouvrages plus solide comme celui rédigé sous la direction du recteur François Hinard « Histoire Romaine des Origine à Auguste » qui est un must pour les amateurs d’histoire romaine ; pour l’histoire de l’Empire Romain d’Occident je renvoie à l’ouvrage considérable de Yann Le Bohec et aussi pour tous les aspects militaires : c’est une référence irréfragable ; sur le dispositif dynastique complexe élaborée par Auguste, je renvois à l’ouvrage de Yann Rivière « Germanicus » publié chez Perrin en 2016 qui est un modèle d’érudition classique sans anachronisme grotesque. Sur la fin de la république romaine, je pense que l’ouvrage en cours de réédition de Ronald Syme « la révolution Romaine » est toujours une référence scientifique des plus solides. Pour appréhender de manière plus solide les clefs du succès de Rome, il convient de se rapporter au maître ouvrage d’Eric Teyssier « Les secrets de la Rome antique » toujours chez Perrin. Enfin, pour une vue d’ensemble des Empereurs Romains du début à la fin, l’ouvrage d’Eric Schmidt « la mort des Césars » est un petit joyau de concision et d’écriture.
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A comme Apocalypse
A comme Apocalypse
par Douglas Preston
Edition : Broché
Prix : EUR 22,00

6 internautes sur 8 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Une formidable suite à Ice Limit : une lutte à mort contre une entité extraterrestre redoutable, 18 novembre 2016
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Si vous êtes un lecteur assidu de Douglas Preston et de Lincoln Child il y a de très fortes raisons pour que vous connaissiez le formidable roman d'aventure Ice Limit qui a été un grande succès de librairie, à tel point que comme l'explique les auteurs dans une postface à l'ouvrage A comme Apocalypse, il y avait des demandes incessantes à une suite de la part des fans.

Cet ouvrage a donc été conçu principalement pour être une suite du roman Ice Limit, disponible en format de poche, le nouveau livre qui est aussi une aventure de Gideon Crew a été conçu pour être autoporteur : des éléments contextuels relatifs à Ice limit et sa formidable et énigmatique météorite ferrique de 25 000 tonnes sont fournis de même que sur les terribles circonstances du naufrage du supertanker Rolvaag qui devait en assurer le transport grâce à un un système mécanique complexe conçu par Eli Glinn et son acolyte Ben Garza. Eli Glinn est un personnage récurrent des ouvrages de Preston et Child, mais il n'a été un personnage majeur que dans deux titres, le premier était Ice Limit et le second est le présent roman. C'est un manique du contrôle comportementale, dont les certitudes ont déjà causé la perte du Rolwag. Toujours est-il que le nouvel opus prend le relais là ou Ice limit s'arrête, c'est-à-dire après que la météorite est brutalement dégagée une réaction exothermique au contact de l'eau de mer.

La théorie utilisé dans ce livre est une théorie scientifique sur l'apparition de la vie sous forme d'apport de spores ou d'organisme microbien par des météorites pour expliquer l'apparition de la vie sur terre. Cette hypothèse est ici subtilement renversé puisque le processus fait de la météorite de 25 000 tonnes le porteur d'une forme de vie extraterrestre incroyablement puissante et hostile : une sorte de parasite qui se procure des cerveaux humains ou non d'ailleurs pour les asservir dans des machines à structure carbone/hydrogène/ silicium. Cette créature se trouve par 3000 mètres de fond et l'équipe qui doit évaluer la signification et contrer la menace se trouve embarquée sur un bâtiment de recherche très sophistiqué le Batavia.

Cet ouvrage vous fera plonger en enfer au moyen de sous-marins ultrarésistants en alliage de titane. L'aventure est haletante, les chapitres sont très cours et captivants : un super livre pour passer un bon moment. Le monstre extraterrestre est incroyablement puissant et doté de moyens de défenses redoutables. Hormis les plongées oppressantes et l'assemblage toujours inquiétant d'une arme nucléaire, vous assisterez à une levée progressive de l'énigme, avec un formidable épisode de mutinerie et des combats dans le navire de recherche. Sans compter une contamination de l'équipage qui vous fera penser au meilleur de The Thing ou à une épisode très réussi des X-Files sur des vers parasites en Arctique... Très bonne lecture à tous.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (4) | Permalien | Remarque la plus récente : Dec 5, 2016 12:03 PM CET


Desierto [Blu-ray]
Desierto [Blu-ray]
DVD ~ Gael García Bernal
Prix : EUR 14,99

4 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Une chasse à mort impitoyable dans une Amérique qui fait peur, 13 novembre 2016
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Desierto [Blu-ray] (Blu-ray)
L'histoire est relativement brève à narrer il s'agit d'une chasse à mort organisé dans le désert de Sonora entre des immigrés mexicains et un tueur aussi impitoyable que bon tireur. Il est bien évident qu'au delà de l'aspect scénaristique on retrouve une thématique qui est celle de l'immigration mexicaines aux Etats-Unis et pour lequel Donald Trump à proposé la construction d'un mur de 1600 km de long payé par le Mexique (ben tiens!!). Le profil du tueur est tout à fait intéressant et correspond presque caricaturalement à l'électorat de Trump : il s'agit de ce que l'on nomme aux Etats-Unis (ou j'ai longuement séjourné) "Pure White Trash" littéralement de la pure ordure blanche : en bref un personnage de petit blanc déclassé qui perd ses repères dans une monde globalisé et doit dans le film devenir un tueur pour continuer à exister. Sur le plan scénaristique c'est très bien vu car cela introduit une tessiture sociologique crédible. Le tueur est alcoolique et carbure eu Jack Daniel's à longueur de journée. En revanche ses tatouages et son pantalon de treillis peuvent laisser penser soit à un ancien taulard soit à un ancien Marine à la dérive (soit une combinaison des deux). Techniquement il est équipé d'un fusil Garand sporterisé par découpe du fut avant et équipé d'une redoutable lunette à réticule stadimétrique permettant des tirs de grande précision avec l'excellente munition de 30.06 utilisée par cette arme. Tous les tirs réalisées sont crédibles avec cette équipement redoutable bien qu'ancien. Le seul répit pour les fugitifs est d'utiliser les arroyos et les collines nombreuses dans cette région. La traque est d'autant plus haletante que le tueur possède un chien de chasse redoutable.
Bref un film d'action pur mais bien pensé, les images du Bluray sont très pures et l'ensemble est magnifique. Un très bon thriller.


Propos intimes et politiques : Tome 2, mars 1942 - novembre 1944
Propos intimes et politiques : Tome 2, mars 1942 - novembre 1944
par Adolf Hitler
Edition : Broché
Prix : EUR 25,00

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5.0 étoiles sur 5 Un ouvrage remarquablement traduit et disposant d'un dispositif critique de tout premier ordre, 1 novembre 2016
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Propos intimes et politiques : Tome 2, mars 1942 - novembre 1944 (Broché)
François Delpla propose donc le second tome des propos intimes et politiques dont l’essentiel a été noté au cours des 14 premiers mois de la campagne de Russie qui débuta le 22 juin 1941 ; il existe de rares ajouts postérieurs. Il s’agit d’un formidable travail de traduction et de vérification du texte qui avait été publié en 1952-1953 par François Genoud. Le premier tome avait été révisé au moyen de l’édition de Werner Jochmann, l’utilisation de la version de Jochmann n’a pas été possible pour le second tome traduit par le professeur Delpla en raison d’une lacune entre le 21 mars et le 31 juillet 1942 : pour cette raison, la traduction due à François Genoud n’a pu être révisée qu’à partir d’un autre ouvrage dû à Henry Picker, paru en 1963 et traduit en français par René Jouan en 1969. On pouvait donc redouter un texte incomplet, mais la comparaison de l’édition Picker avec celle de Genoud datant de 1953 montre que Heim, le secrétaire qui révisait les textes collectés par un premier scribe avaient conservé le texte de son subordonné, ce qui fait que la vérification de la traduction à partir d’un original allemand a été possible, sauf sur un point, une page du 26 juillet qui a été reproduite sans vérification à partir de l’édition de Genoud.

Il convient d’avertir le lecteur immédiatement, si cet ouvrage, tout comme le premier tome paraît être un document particulièrement utile pour la compréhension de la psychologie de Hitler et de sa manière de pérorer à partir d’une culture générale d’autodidacte vague mais incomplète, l’ouvrage n’apporte aucune révélation sur la conduite des opérations militaires lors de l’opération Barbarossa : c’est une chose à priori curieuse, mais pas incompréhensible dans la mesure où cette problématique occupait déjà presque à temps complet l’emploi du temps du Führer. Il est probable qu’Hitler aura eu à cœur d’aborder d’autres thématiques, ce qui paraît normal même pour un tel psychopathe : au demeurant on voit bien avec quelle récurrence maladive la question de la « juiverie » revient dans les propos délirants du dictateur.

L’arrêt des notes le 7 septembre 1942 demeure un mystère comme l’explique le professeur Delpla, probablement dû à une période de tension extrême entre le dictateur et ses généraux : assez curieusement on dispose d’un document fragmentaire publié dans la collection Tempus, « Hitler parle à ses généraux » qui bien qu’incomplet montre que les conférences militaires ont été prises et conservées sous forme de procès-verbaux : cette source est d’ailleurs mentionnée par François Delpla dans l’édition américaine de 2002, qui serait apparemment la plus complète.
D’une manière générale le professeur Delpla pose dans sa conclusion générale la question de la valeur historique des propos intimes et conclu à l’existence d’une source majeure qui aurait été injustement mise de côté parmi les documents secondaires. Personnellement, je pense que François Delpla prend régulièrement avec succès le contrepied des avis défendus par le reste de la profession des historiens spécialisés dans l’étude du troisième Reich et de l’histoire de la seconde guerre mondiale : son « Montoire » en est l’illustration la plus flagrante : une démonstration intellectuellement brillante qui va totalement à l’encontre des données admises sur la proposition d’une collaboration militaire française faite par le maréchal Pétain à Hitler. Personnellement, je pense que les « propos » ont une vraie valeur historique, mais ne sont pas un instrument de compréhension « unique » à la seconde guerre mondiale : pour autant je précise bien que les ignorer pour un historien spécialisé dans cette période est une véritable faute professionnelle, car la compréhension d’Hitler demeure la clef de tout le système. En la matière, je pense que le journal de Joseph Goebbels st très supérieur sur le plan historique, même s’il faut être un chercheur expérimenté pour en tirer la substantifique moelle. J’accord un intérêt certain au journal de Rosenberg, car il n’a pas été rédigé pour être publié et montre à quel point son auteur était un personnage creux et insipide : mais plus que cela c’est l’utilisation croisée de toutes les sources qui permet de se forger une intime conviction scientifique et c’est pour cette raison que les deux tomes des propos intime traduits et annotés par François Delpla figure en bonne place dans ma très vaste bibliothèque.

On trouve dans ce tome 2 un petit florilège de jugements qui laissent perplexes sur les capacités de discernement de Hitler qui indique notamment (page 30) « Si j’avais à voter pour Cripps ou pour Churchill, je préférerais mille fois un porc sans caractère comme Churchill, ivre 30% de la journée plutôt que Cripps ; car d’un homme comme Churchill qui s’use à cause de son âge, de son tabagisme aigu et de son ivrognerie il y a moins à craindre que d’un intellectuel bolcheviste de salon typique comme Cripps » : une pensée pénétrante pour l’homme politique qui lui tient tête seule depuis juillet 1940 et dont le Bomber Command s’apprête à dévaster les grandes métropoles allemandes, alors que Stafford Cripps restera le personnage subalterne qu’il a toujours été….

Sur les Juifs : « L’honorabilité comme principe de base de l’économie commerciale a décliné à mesure qu’on a permis aux juifs de s’extraire du ghetto. Car la juiverie, cette chose des plus pourrie qui mérite d’être mise en pièce, a fait dépendre le prix de l’offre et de la demande, qui n’ont rien à voir avec la qualité du produit. » « Aucun homme raisonnable ne comprend la jurisprudence élaborée par les juristes, qui doit beaucoup à l’influence des juifs ».

« L’actuelle politique allemande d’aujourd’hui à l’Est n’a pas de précédent historique. Certes il y a eu autrefois répétés et d’une certaine envergure sur les frontières orientales du Reich. Mais ses combats étaient suscités par les populations situées à l’Est de ces frontières qui nous donnaient tout simplement le choix entre le combat et la disparition » : Hitler méconnaît gravement l’histoire des conquêtes conduites par les chevaliers teutoniques et par les cruels porte-glaives de Livonie et estime qu’un « intérêt pour l’Est, la planification ambitieuse d’une colonisation ne se rencontrait pas à l’époque impériale » : c’est assez exact sur le fond mais très contestable sur les développements géopolitiques du Saint-Empire Romain germanique ; toutefois contrairement à des imbéciles comme Heinrich Himmler et Rosenberg, Hitler a compris tout le potentiel politique que possèdent les grands empereurs germaniques et refuse de les voir « traités comme des parjures » et « Charlemagne comme le bourreau des saxons » : cette mise en avant des Saxons était l’une des lubies du Reichsführer SS Himmler, quant à la remise en cause de la grandeur Romano-Germanique elle était au centre des élucubrations de Rosenberg. Bien qu’il soit sans aucun doute un admirateur de la puissance de l’Empire romain, Hitler indique son mépris pour le titre d’Empereur et ce qu’il pense de Napoléon : « Tout le tragique du destin de Napoléon est de ne pas avoir senti qu’en prenant ce titre et en instituant une cours et un cérémonial impériaux il s’abaissait au rang de dégénérés et se dotait d’une cage remplie de singes ».

Parlant sans doute de son cas particulier Hitler estime « que placer le meilleur à la tête de l’Etat, c’est un grand problème, dont la solution comporte toujours une source d’erreur », suit un passage avec une étude des différents régimes politique qui est un authentique morceau de bravoure… à la fin duquel Hitler conclu que le Reich allemand doit être une république et le Führer doit être élu, en étant bien sût doté d’une autorité absolue : l’élection émane non du peuple mais du Sénat, et l’élection sera tenu secrète, à huis clos comme l’élection du pape (sic) et dans les trois heures suivant l’élection, les membres du parti, de l’armée et de l’administration devront prêter serment au nouveau Führer, avec une confusion totale de l’exécutif et du législatif : en bref un véritable galimatias, mais un galimatias qui montre que Hitler à bien penser que son règne s’inscrirait dans la durée et qu’il aurait le jour venu un successeur.

L’ouvrage est émaillé de propos antisémites et antichrétiens avec une petite perle en page 80 : « le terrorisme n’est absolument qu’une croyance juive diffusée par le christianisme » suivi concernant les Etats-Unis et le Royaume-Uni de : « bien que la juiverie par le fait qu’elle a acquis des positions dominantes dans la presse, le cinéma, la radio et l’économie et qu’en Amérique, elle domine les sous-hommes et avant tout les nègres par la force de son organisation, ait déjà passé la corde au cou tant en Angleterre qu’en Amérique, nos vaillant bourgeois tremblent rien qu’à l’idée d’articuler un seul mot contre les juifs ».

Concernant le Royaume-Uni, Hitler en rajoute une couche concernant l’enjuivement du régime en page 84 « Et de la même façon qu’un homme déviant comme l’actuel roi d’Angleterre est entraîné dans une dégringolade absolue par les Juifs les prêtres et une bourgeoisie lâche (…) ». Concernant le sort des juifs on est conduit à imaginer le pire en page 86, même si dès cette époque, la solution finale du problème juif ne se réduit plus à une simple déportation dans des contrées hostiles (à supposer que cela fut réellement le cas…) : « Les juifs ont des complices dans le monde entier et se sont les champions de l’adaptation aux différents climats. Les Juifs prospèrent partout même en Laponie en en Sibérie »…

Hitler alimente sa réflexion sur la vision géopolitique et raciale du Grand Reich allemand qui doit voir le jour après la guerre avec différentes considérations racistes concernant la Norvège, les polonais et les tchèques (mais pas seulement) : « on ne doit pas perdre de vue que cette guerre, lors de la paix ne sera gagnée que si l’on maintient un Reich pur et de haute qualité raciale. Car par exemple notre force vis-à-vis des Etats-Unis qui n’auront guère plus d’habitants que nous sera la dimension très supérieure de notre noyau racial germanique et le fait qu’il comporte quatre cinquième de Germains ».

Concernant la France en page 106 il considère avec suspicion les déclarations de l’amiral Darlan, supposé être un super-collaborateur pro-allemand avec le minable histrion Jacques Benoît-Mechin : or, Hitler ne mentionne aucune sympathie à l’égard de Darlan et le soupçonne à propos de la mention de la prise de précautions pour l’avenir, et Hitler d’indiquer très clairement que « le devoir de la France pour les cinquante prochaines années est avant tout d’apurer la dette de Versailles ».

Concernant la sécurité intérieure du Reich, en cas de mutinerie, Hitler indique que « le fait d’abattre quelques centaines de milliers d’hommes composant la vermine ferait apparaître comme inutile d’autres mesures » : un véritable humaniste Adolphe.

L’infâme pornographe antisémite Julius Streicher, pourtant tombé en disgrâce reçoit un satisfecit de Hitler pour avoir amené les ouvriers au mouvement nazi dans « la capitale du marxisme » Nuremberg : bien sûr on s’en douterait c’est grâce à un courageux combat contre les Juifs qui étaient l’essentiel des chefs du KPD mais aussi de la social-démocratie…

Hitler insiste sur la cruauté de l’Eglise au moment de l’inquisition et déclare « Nous sommes aujourd’hui beaucoup plus humain que l’Eglise : Le commandement « tu ne tueras point », nous le faisons observer en pendant le meurtrier tandis que l’Eglise, aussi longtemps qu’elle a disposé d’un pouvoir exécutif, le martyrisait de la manière la plus odieuse, le coupait en quatre et que sais-je ».

Hitler indique son peu d’intérêt pour le livre majeur d’Alfred Rosenberg, « le Mythe du XXème siècle » dont il considère qu’il ne pourra jamais être un écrit officiel du parti nazi en lui refusant le statut « de document pontifical du parti », alors même que Rosenberg estimait être le père fondateur de l’église du national-socialisme (il est à ce sujet très intéressant de se rapporter à ses mémoires traduites en français il y a un an et dont j’ai effectué la recension sur ce site, pour voir à quel point Rosenberg se trompait sur le rôle que Hitler lui attribuait réellement) : on apprend que le lectorat nazi de base du Mythe était des plus limité, et que c’est essentiellement la condamnation maladroite ce cet infâme pensum antichrétien qui a été la cause de son succès de librairie….Hitler ajoute avec cynisme « Pour ma part, comme beaucoup de Gauleiters je n’en ait lu qu’une petite partie, car pour moi aussi son langage est trop dur à comprendre » : une superbe épitaphe.

L’ouvrage est d’une très grande richesse avec des considérations sur la colonisation de l’Ukraine et le traitement ignoble qui sera réservé aux sous-hommes ukrainiens qu’Hitler refuse de dissocier des Russes, comme le voudrait Rosenberg : on voit à quel point les références et la symétrie avec l’Empire britannique est importante : ce dernier étant à bien des égards le modèle du développement à l’Est du national-socialisme.

Je recommande l’achat et la lecture des deux tomes des propos intimes d’Hitler avec la traduction et le dispositif critique de François Delpla, aucun passionné de la seconde guerre mondiale ne pourra regretter la lecture d’une telle source, sans la surestimer et sans la sous-estimer : bonne lecture à tous.
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Le monde de l'antiquité tardive : De Marc Aurèle à Mahomet
Le monde de l'antiquité tardive : De Marc Aurèle à Mahomet
par Peter Brown
Edition : Poche
Prix : EUR 9,00

8 internautes sur 8 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un ouvrage d'une formidable intelligence et d'une érudition magistrale, 25 septembre 2016
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Le monde de l'antiquité tardive : De Marc Aurèle à Mahomet (Poche)
Peter Brown est un universitaire d’origine britannique qui a enseigné ensuite aux Etats-Unis à Berkeley et à Princeton, bien qu’il soit relativement inconnu du grand public français on peut considérer qu’il est un auteur historique majeur inventeur du concept d’antiquité tardive. Ce concept d’Antiquité tardive est parfois à tort considéré comme un concept bobo qui écarterait la notion de chute de l’Empire Romain d’Occident : en la matière je serais plus réservé que des contempteurs modernes comme Bryan Ward-Perkins (« la chute de Rome ; fin d’une civilisation »).

La lecture effective de l’ouvrage de Peter Brown incite à une plus grande modération car sa thèse est fort complexe à défaut d’être aussi originale que l’on veut bien le dire. Au demeurant, l’introduction de l’ouvrage est de très bonne qualité et rappelle effectivement que les travaux de Brown sont très proches de ceux d’Henry Pirenne, avec « Charlemagne et Mahomet » un ouvrage fort intéressant que j’ai commenté lorsqu’il a été réédité (enfin) en 2016 dans la collection Tempus des éditions Perrin, et s’il est vrai que Peter Brown a insisté ultérieurement sur sa dette à l’égard de Pirenne, il eut été bien plus simple de placer les travaux en question dans les notes de bas de page ou a minima dans la bibliographie de son ouvrage. De même, on constate une assez forte parenté intellectuelle avec un ouvrage d’Henri Irénée Marrou « Décadence romaine ou Antiquité tardive ? » qui est disponible dans la collection Point Histoire (H29), mais qui était un ouvrage paru à titre posthume. Toujours est-il que la parution de l’œuvre de Marrou a contribué à amortir de manière considérable la charge scientifique de l’œuvre de Brown en langue française.
Pour Brown, le monde de l’Antiquité tardive s’étale entre 200 ap JC et 700 et montre comment le monde de cette période s’est écarté de la civilisation « classique » et comment les bouleversements de cette période ont déterminé l’évolution de l’Europe occidentale et du proche Orient. Pour Peter Brown il est question de mutation et de continuité du monde antique dans le monde antique du pourtour méditerranéen pourtant comme il l’écrit lui-même dans l’avant-propos « En Europe Occidentale, dès 476, l’Empire romain s’effondre. Vers 655 au Proche Orient, l’empire perse disparaît » : donc Brown ne méconnait pas le principe de la disparition des grands empires, mais considère que l’approche historique qui serait une grandeur et une décadence de l’empire romain vu d’Occident ou de l’empire perse sassanide vue de Perse est trop facile. Pour Peter Brown les changements radicaux de cette période expliquent pourquoi l’Europe est devenue chrétienne et le Proche-Orient musulman.

Cette thèse a été défendue avec brio par Henri Pirenne, toutefois, cet auteur c’est davantage prononcé sur les raisons de la concentration des pouvoirs au nord de l’Europe aboutissant à l’empire de Charlemagnes et à la montée en puissance de l’Islam, plutôt qu’en une étude des provinces orientales de l’empire romain d’Occident et de l’empire romain d’Orient que dans l’ouvrage de Brown. Au demeurant, si Pirenne utilise de nombreux développements consacrés à la société qu’il observe, il a également conservé des développements militaires, ce qui n’est pas le cas de Peter Brown. Le champ d’exploration de Brown gravite autour de la Méditerranée orientale.

Toutefois, j’insiste bien sur le fait que les développements de Peter Brown sont tout à fait intéressants et méritent largement d’être connu par des lecteurs passionnés d’histoire.

Concernant l’empire romain d’Occident, Brown indique « que sous la République (qui administre déjà un gigantesque empire) et au début de l’Empire, les Romains ont repoussé leurs frontières aussi loin que possible pour assurer la protection et l’enrichissement du monde classique tel qu’il existait déjà depuis des siècles sur le pourtour méditerranéen », on ne peut qu’abonder à cette analyse et ce flux de vie méditerranéen est à son apogée au IIème siècle ap JC avec un Empire qui est à l’apogée de sa puissance et un flux qui pénètre en Afrique du Nord et au Proche-Orient. En revanche, je suis un peu surpris par la phrase suivante : « De 200 à 700, l’un des problèmes majeurs est de maintenir à travers un empire aussi vaste un mode de vie et une culture nés dans une étroite bande côtière émaillées de cités Etats ». En 476, l’empire Romain d’Occident disparaît, donc en fait une bonne partie de l’empire romain meurt définitivement, certes, l’Empire d’Orient avec Byzance demeure puissant, mais même avec Justinien et les campagnes militaires conduites par Bélisaire ont demeure loin du compte de la préservation de l’Empire romain. Sur le plan technique et historique, faire un amalgame dans la continuation des deux parties de l’Empire ne me paraît pas du tout justifié. L’infrastructure routière immense de l’Empire d’Occident va disparaître assez vite faute de travaux de maintenance : elle était bien sûr un élément majeur des échanges commerciaux, mais encore plus un élément clef de la stratégie militaire impériale permettant le déplacement rapide des Légions d’une province à une autre et on sait très bien par les travaux de Le Bohec que l’infrastructure routière était un élément déterminant de ce qui a été sans doute nommé à tort comme le Limes (alors que cette notion de glacis ne fait nullement référence à des défenses linéaires constituées de fortification, mais plutôt à un ensemble de villes garnison fortifiées partiellement : et de telles installations connaissent déjà des limites inquiétantes de la Germanie au Danube sous le règne des Julio-claudiens : ce point a d’ailleurs été remarquablement étudié par Pierre Laederich dans les Limites de L’Empire qui est une exégèse militaire de l’œuvre du grand Tacite).
Peter Brown considère qu’en 200 l’empire Romain se maintien grâce à l’illusion qu’il a d’être encore un monde extrêmement petit, mais il a commis l’imprudence de s’éloigner du pourtour méditerranéen ; c’est un état gouverné par une aristocratie dont la culture, la langue et les goûts sont d’une étonnante uniformité. En occident la classe dirigeante est une élite tenace qui domine l’Italie, l’Afrique le Midi de la France et les vallées de l’Ebre et du Guadalquivir ; en Orient l’ensemble de la culture et des pouvoirs locaux est entre les mains « de la fière oligarchie des cités grecques », et l’auteur d’ajouter que dans tout le monde grec aucune différence de vocabulaire ni de prononciation ne peut trahir les origines de tout citoyen instruit : ce qui est exacte la civilisation Romaine est comme la démontré Paul Veyne une civilisation gréco-romaine ce qui semble bien correspondre au concept modéré de romanité, mais non de romanisation car Peter Brown note avec exactitude que ce verni de culture ne s’étend pas à la totalité de la population avec des populations locales qui demeurent attachées à des dialectes ou à des langues régionales. L’époque des Antonins marque l’apogée des sophistes grecs (la deuxième sophistique sous Marc Aurèle décrite par Pierre Grimal) avec des constructions majestueuses qui coïncident avec le règne d’Hadrien (117-138) et celui de Septime Sévère (193-211). C’est à la fin du IIème siècle que la culture grecque se fige et forme le lit de la tradition classique à travers tout le Moyen-Age.

Brown estime que le thème central de son ouvrage est celui de la modification et de la redéfinition des frontières du monde classique vers 200 ap JC et que cette approche conceptuelle change de la problématique habituelle du « déclin et de la chute de l’Empire Romain » : il faut dire que l’auteur à une vision très particulière de l’Empire Romain puisque selon lui ce déclin « n’affecte que la structure politique des provinces occidentales de l’empire romain, laissant intact le centre culturel de l’Antiquité tardive qui est la Méditerranée et le Proche-Orient ». Certes, l’auteur a raison de dire que les pays barbare de l’Europe occidentale des VI et VIIème siècles perçoivent toujours l’Empire Romain, tel qu’il survit à Constantinople comme le plus grand état du monde civilisé. A contrario on assiste à partir de 224 à la montée en puissance de l’empire perse des Sassanides qui débarrasse l’état perse de sa culture grecque.

Brown estime que ce ne sont pas les dates retenues par l’histoire qui ont le plus de signification : chacun sait que les Goths ont ravagé Rome en 410 et pourtant les provinces occidentales perdues par l’Empire seront influencées par la civilisation romaine pendant des siècles : cela est correcte si l’on admet que le processus culmine avec la restauration de l’Empire d’Occident par Charlemagne. A l’opposé la montée en puissance de la Perse depuis la révolte de Fars de 224 entraîne une victoire irréversible du Proche-Orient sur les Grecs avec l’avènement de la cour d’Haroun Al-Rachid (788-809) : concrètement cela signifie que les provinces orientales de l’Empire sont conquises par l’islam après 640, elles s’écartent de l’orbite de Byzance et sont « orientalisées » même si dans un premier temps il y aura une diffusion très riche de la culture philosophique grecque au sein de l’Empire Arabe, notamment grâce à l’héritage d’un clergé coopte et syriaque finissant, au moyen de traductions.

Brown ne méconnait pas les invasions barbares, comme cela a été sous-entendu avec malveillance par Ward-Perkins, mais considèrent qu’en 240 l’Empire Romain doit résister aux invasions barbares (pages 28) et à l’instabilité politique, des épreuves auxquelles l’empire n’est pas du tout préparé : la crise de 240 à 300 met en lumière le contraste entre le noyau méditerranéen de l’empire et le monde plus primitif et plus fragile qui borde ses frontières, sur le plan géopolitique, il est assez juste de dire que la guerre est surtout une réalité pour les provinces du Nord de l’Empire : Brown estime que Rome est avec la Chine le seul des grands états de l’ancien monde qui aient tout fait pour créer une oasis de paix civile parmi des sociétés qui ses sont toujours déchirées. Toutefois, avec la création d’une Perse régénérée en 224 et la formation d’une confédération gothique dans le bassin du Danube après 248 et l’irruption de nombreuses bandes guerrières le long du Rhin, l’Empire est en guerre sur tous les fronts été ne possède pas les moyens d’un tel engagement militaire, malgré des sursauts remarquables, qui plus est l’empire est menacé régulièrement de l’intérieur pars des usurpateurs ou des « empires d’urgence » comme les appels Brown avec Postumus en Gaule, en Grande Bretagne (Bretagne alors) et l’Espagne de 260 à 268, sans compter bien sûr Zénobie de Palmyre qui contrôla une partie des provinces orientales de l’Empire de 267 à 270. Comme le note Peter Brown l’empire romain est sauvé par « une révolution militaire » qui s’apparente beaucoup à une succession de coup d’état mais aussi avec le développement d’une cavalerie lourde impressionnante et un passage des effectifs des légions de 250 000 à l’époque d’Auguste à 600 000 hommes au prix d’un incroyable accroissement de la pression fiscale, si bien que des citoyens se plaignent sous l’empereur Dioclétien « qu’il y a plus de collecteurs d’impôts que de contribuables » : on voit bien toute la modernité de cette thématique, un état bureaucratisé à outrance qui accroit les impôts jusqu’à causer sa propre ruine !!!. La nouvelle armée romaine permet toutefois de remporter des succès retentissant qui vont considérablement retarder la chute de l’Empire d’Occident, avec Gallien qui met en échec les barbares en Yougoslavie et en Italie du Nord en 258 et 268, Claude II le Gothique pacifie les marches danubiennes en273 et Galère écrase la menace Perse en 296 : la contrepartie évidente est que les Empereurs « Illyriens » de l’époque sont le plus souvent d’anciens soldats de très obscure condition tel Dioclétien qui est le fils d’une affranchi Dalmate, ou encore Galère qui a été gardien de troupeau dans les Carpates… Le règne et de Constantin est évoqué de manière très correcte avec la montée en puissance non seulement du christianisme mais aussi et surtout d’une aristocratie de service rémunérée avec la nouvelle monnaie d’or le solidus. On assiste à une consolidation en trompe l’œil de l’empire romain d’Occident, le développement des langues romanes en Gaule et le recul du celte (y compris en Espagne) ne doit rien à l’empire puisqu’il survient surtout au IV et Vème siècle sous l’influence permanente des propriétaires fonciers, des collecteurs d’impôts et des évêques de langue latine. Après le IIIème siècle, de nouvelles régions collaborent avec l’état romain pour la première fois : les provinces danubiennes fournissent les soldats et les empereurs « du siècle de la restauration » découvrent avec enthousiasme la vie à la Romaine.

Paradoxalement, l’empire est de moins en moins en sécurité : le long du Rhin et du Danube les riches demeures et les résidences impériales se dressent avec ostentation à proximité des pays sous-développés d’Europe centrale et la disparition de ces barrières renforce par endroits les frontières de l’Empire, le Romains se sentant de plus en plus isolés et unis face à un univers extérieur menaçant : dans les limites de ce monde clos, chacun est considéré comme romanus et l’Empire est désormais dénommé Romania. Les provinciaux des régions orientales, qui deviennent aussi les plus dynamiques sont des Romains à part entière, ils se donnent le nom de Romaioi qu’ils garderont pendant tout le millénaire suivant et dans le proche Orient médiéval, l’Empire Byzantin est toujours nommé Rum, pour Rome, et les Chrétiens sont des Romains, c’est-à-dire Rumi.

Peter Brown procède à un exposé très riche et argumenté de la vie culturelle et spirituelle dans la partie orientale de l’Emipre Romain et démontre que les « hellènes » inventent au début du Moyen-Age le langage classique de la philosophie, dont les pensées chrétienne, juive et islamique jusqu’au XIIème siècle ne sont que des dérivés. Au IVème siècle, ces idées sont l’unique espoir des penseurs civilisés de l’Empire, les chrétiens les partages aussi dans la mesure où ils se considèrent eux-mêmes comme des hommes civilisés et en Occident ou la vie intellectuelle est moins riche, parque non encouragée par un milieu universitaire à prédominance païenne, les penseurs chrétiens deviennent pratiquement les seuls héritiers de Plotin. Le christianisme est solidement enraciné dans toutes les grandes cités de la Méditerranée : à Antioche comme à Alexandrie, l’Eglise est probablement le plus grand groupe religieux et certainement le mieux organisé : c’est dans cette partie du monde romain qui sort à peu près indemne des troubles de la fin du IIIème siècle que le christianisme progresse le plus vite. Brown explique que de secte à la marge de la culture romaine, le christianisme est devenue une église prête à absorber une société entière : la conversion d’un empereur romain au christianisme, celle de Constantin n’aurait sans doute pas eu lieu si elle n’avait été précédée par la conversion du christianisme à la culture et aux idéaux du monde romain. Mais cette conversion de l’empire romain au christianisme sera un phénomène complexe, pas forcément linéaire, avec des ressacs comme celui marqué par le règne de l’empereur Julien que les chrétiens désigneront sous le surnom de « l’apostat » qui est propulsé sur le trône par une armée gauloise sans illusion et qui est le premier empereur réellement instruit depuis un siècle : Julien parle au nom de la Communauté des Hellènes, il représente les classes supérieures des cités grecques d’Asie Mineure. Il va s’en suivre une réaction païenne du règne de Julien qui n’est pas un effort pour retrouver les beaux jours du règne de Marc Aurèle, mais plutôt un règlement de compte avec « les collaborateurs », Julien s’inquiète du développement rapide du christianisme dans les classes inferieures, mais ceux qui sont réellement l’objet de sa haine sont les membres des classes supérieures grecques déjà compromises sous les règnes de Constantin et de Constance II. Julien était décidé à faire disparaître le christianisme des classes dirigeantes de l’Empire, mais il meurt lors d’une campagne en Perse en 363. En revanche ce que Julien n’a pas vu ou pas compris c’est que le christianisme est capable de transmettre la culture classique d’une élite au citoyen ordinaire : selon Brown les évêques chrétiens sont les missionnaires de la culture, à laquelle ils s’identifient : le christianisme est surtout une religion populaire et citadine, et sin implantation dans les zones urbaines de l’Empire a permis un alphabétisation des masses, et dans une province aussi reculée du centre que la Cappadoce, les évêques prêchaient en grec et recrutaient des prêtes dans des monastères hellénophones afin de les disperser dans les campagnes ce qui fit que jusqu’au XIVème siècle on parlait grec en Cappadoce. Cette influence christiano-héllénophone a été un élément majeur pour la partie orientale de l’Empire, avec bien sûr Byzance et en Egypte également le christianisme stimule la diffusion du copte littéraire. Au terme d’un processus long parfois marqué par des débordements de violence chrétiens, le christianisme s’affirme au cours des dernières décennies du IVème siècle comme la principale religion de l’Empire. A partir du règne de Théodose Ier les païens et les hérétiques sont progressivement privés de leurs droits. Et dès le VIème siècle la puissance financière de l’Eglise est colossale puisque les revenus de l’évêque de Ravenne s’élèvent à 12000 pièces d’or alors que c’est le salaire perçu par un gouverneur de province. La chute de l’empire romain entre 400 et 476 le centre de gravité de l’Empire bascule définitivement de l’Empire d’Occident défunt à un monde centré sur Byzance et son environnement stratégique et géopolitique : on notera que les invasions barbares qui sont considérées comme la cause la chute de Rome sont très bien traitées dans les pages 99 à 103, et que la conclusion est finalement assez proche de celle d’Henri Pirenne à savoir que « les barbares » souhaitent la conservation des structures de contrôle administratif de l’Empire d’occident e sont en réalité très fortement influencés et impressionnés par la culture romano-chrétienne, avec le mot fameux de Théodoric « tout Goths ambitieux veut ressembler à un Romain, mais seul un Romain pauvre voudrait être un Goth ».

Dans les Balkans contrôlés par la cour de Constantinople, les militaires romains appliquent les règles apprises au IVème siècle et une dose de force, d’argent et de faculté d’assimilation neutralise les effets de l’immigration Wisigoths dont une aristocratie s’intègre en acceptant des postes de commandement militaires ou serve la diplomatie de l’Empire en Orient : face à un empire romain d’Orient puissant et habile, les barbare ne peuvent rien de concret, c’est ce qui explique qu’Alaric dû abandonner les Balkans pour l’ouest et se trouve face au ventre mou de l’Empire d’Occident déjà très affaibli par une série d’épreuves militaires, économiques et fiscales (avec des élites sénatoriales qui poussent leur avantage jusqu’à l’exemption fiscale pure et simple dans un contexte de déliquescence des finances publiques de Rome et de Ravenne…).

L’empereur Justinien, dont Pierre Maraval a rédigé une formidable biographie décide de récupérer ce qu’il considère lui appartenir : les provinces d’occidents, sa démarche est purement opportuniste et ne prend nullement en compte la libertas du Sénat de Rome et il est prêt à agresser tout pape qui refuserait à coopérer avec ses projets ecclésiastiques, toutefois, pendant des siècles les armées byzantines protégeront les privilèges de l’église romaine : Justinien est l‘héritier direct et involontaire de l’idée d’un « empire chrétien » le saint empire romain en Europe occidentale qui préfigure d’un certaine manière la restauration de l’Empire Romain sous Charlemagne. Pour Justinien, une décennie très favorable s’ouvre en 530 avec une reconquête des provinces d’Afrique facilitée par l’effondrement du royaume fondé par les Vandales et en 539 les Ostrogoths sont chassés de Rome et demandent la paix. En revanche, ces succès considérables y compris en Occident sont sévèrement menacés en 540, lorsque la Perse, gouvernée par Khosrô Ier Anocharvan rompt les accords de paix signés avec Byzance et l’empire d’Orient doit concentrer ses ressources sur un système défensif considérable destiné à protéger la capitale, de facto les provinces occidentales ont donc une nouvelle fois délaissées, avec un nouvel effondrement de la frontière danubienne et la pénétrations des Slaves très en avant en territoire romain. Dès 559, Constantinople est menacée par la renaissance des grandes confédérations, des nomades turcs, héritière de l’empire d’Attila, les Bulgares, puis les Avars. Toujours aussi déterminé, Justinien parvient à sauver son règne du naufrage et la résistance ostrogothe est brisée en 552 et en 554 de vastes régions de l’Espagne méridionale tombent sous le contrôle de Byzance, après 560 l’Afrique est pacifiée et les forteresses byzantines gardent une frontière plus ambitieuse que celle tenue par l’empereur Trajan : mais comme pour Trajan, le problème géopolitique de l’Empire laissé par Justinien est son étendue pas forcément très sécurisée. Le principal antagoniste de l’empire Romain d’Orient est l’Empire perse régénéré qui est lui-même d’une étendue vaste et absolument pas homogène : toutefois il exerce une pression exceptionnelle sur les frontières de Byzance pendant tout le VIème siècle.

Toutefois, le destin de l’Empire perse est scellé par l’apparition de l’islam et par un empire Arabe qui s’étend inexorablement à partir de 641, et lorsque les armées musulmanes atteignent le plateau iranien elles n’y trouvent que l’anarchie. L’Islam va constituer une donnée politique et géopolitique majeure avec le tournant des VII et VIIIème siècle, dans l’histoire de l’Europe et du Proche Orient, avec une lutte acharnée et interminable contre Byzance. Au cours des dernières décennies du VIIème siècle les frontières entre les mondes chrétien et musulman se durcissent considérablement. En 680-681 le sixième concile œcuménique de Constantinople décide que les patriarcats d’Antioche, de Jérusalem et d’Alexandrie ne font plus parti du monde chrétien byzantin et en 695 on assiste la diffusion des premières pièces de monnaie entièrement Arabes, en 699 l’Arabe remplace le grec à la chancellerie de Damas, et entre 706 et 714 la construction de la grande mosquée veut éclipser la magnificence des églises impériales de Syrie et de Palestine : la méditerranée orientale commence à prendre une visage islamique. Les califes de Damas jouent leur autorité dans cette confrontation avec le Rum, l’Empire Byzantin. Peter Brown donne une grande portée à l’action militaire de Byzance, car il estime que « Byzance sauve l’Europe, mais en repoussant les musulmans de Syrie, les empereurs byzantins perdent pour toujours le Proche-Orient ».

L’ouvrage de Peter Brown est d’une incroyable richesse et mérite vraiment d’être lu et relu par tous les passionnés d’histoire Antique et du Moyen-Age : c’est réellement un maître ouvrage d’une érudition formidable !!!


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