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Cavalcanti

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Préliminaires
Préliminaires
par Miguel Amoros
Edition : Broché
Prix : EUR 12,00

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 La révolution aujourd'hui, 11 novembre 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Préliminaires (Broché)
Qu’est-ce que l’anti-industrialisme et que veut-il ?

Le courant anti-industriel émerge, d’un côté, du bilan critique de la période qui s’achève avec l’échec du vieux mouvement ouvrier indépendant et la restructuration globale du capitalisme, il naît donc entre les années 70 et 80 du siècle passé. D’un autre côté, il surgit dans la tentative naissante de retour à la campagne de cette époque et dans les explosions populaires contre la présence permanente d’usines polluantes dans les centres urbains et contre la construction de centrales nucléaires, de lotissements, d’autoroutes et de barrages. C’est à la fois, une analyse théorique des nouvelles conditions sociales qui prend en compte l’apport de l’écologie et une lutte contre les conséquences du développement capitaliste bien que les deux n’aient pas toujours marché ensemble. Nous pouvons le définir comme une pensée critique et une pratique antagonique nées des conflits provoqués par le développement de la phase ultime du régime capitaliste, lequel correspond à la fusion de l’économie et de la politique, du Capital et de l’Etat, de l’industrie et de la vie. En raison de sa nouveauté et aussi de l’extension de la soumission et de la résignation des masses déclassées, réflexion et combat ne vont
pas toujours main dans la main ; l’une postule des objectifs que l’autre ne veut pas toujours assumer : la pensée anti-industrielle lutte pour une stratégie globale de confrontation, alors que la lutte seule se réduit à la tactique, ce qui bénéficie seulement à la domination et à ses partisans. Les forces mobilisées ne sont presque jamais conscientes de leur tâche historique, alors que la lucidité critique ne parvient
pas toujours à éclairer les mobilisations.

Le marché mondial transforme continuellement la société conformément à ses nécessités et ses désirs. La domination formelle de l’économie dans l’ancienne société de classe se transforme en domination réelle et totale dans la société technologique moderne de masse. Les travailleurs maintenant massifiés sont avant tout des consommateurs. La principale activité économique n’est pas industrielle
mais administrative et logistique (tertiaire). La principale force productive n’est pas le travail mais la technologie. En revanche, les salariés sont la principale force de consommation. La technologie, la bureaucratie et la consommation sont les trois
piliers du développement actuel. Le monde de la marchandise ne peut plus être l’objet d’un projet autogestionnaire. C’est impossible de l’humaniser, il faut le démanteler.

L’ensemble des relations des êtres humains entre eux et avec la nature a
perdu son caractère direct, mais elles se trouvent médiatisées par des choses ou au
mieux par des images associées aux choses. Une structure séparée, l’Etat, contrôle
et règle cette médiation réifiée. Ainsi donc, l’espace social et la vie qui l’héberge
sont modelés en accord avec les lois des dites choses : les marchandises, la
technologie, celles de la circulation et celles de la sécurité, provoquent un ensemble
de divisions sociales entre urbains et ruraux, dirigeants et dirigés, riches et pauvres,
intégrés et exclus, rapides et lents, connectés et débranchés, etc. Le territoire dès
qu’il a été libéré par les agriculteurs s’est convertit en une nouvelle source de
ressources (une nouvelle source de capitaux, un décor et un support aux macros
infrastructures, un élément stratégique de la circulation). Cette fragmentation
spatiale et cette désagrégation sociale apparaît aujourd’hui sous la forme d’une
crise sous différents aspects qui sont tous en relation : démographie, politique,
économique, culturel, écologique, territorial, social… Le capitalisme a dépassé ses
limites structurelles, ou dit d’une autre manière, a atteint le plafond.
La crise multiforme du nouveau capitalisme est le résultat de deux sortes de
contradictions : les unes internes qui provoquent de fortes inégalités sociale, et les
autres externes responsables de la contamination, du changement climatique, de
l’épuisement des ressources et de la destruction du territoire. Les premières
n’excèdent pas le cadre du capitalisme car elles restent dissimulées sous des
problèmes de travail, de créance ou parlementaires. Les luttes syndicales et
politiques ne projettent jamais de sortir du cadre du tableau de l’ordre établi, et
elles s’opposent encore moins à sa logique. Les contradictions principales sont
donc produites ou bien par le choc entre l’épuisement des ressources planétaires et
la demande infinie qu’exige le développement, ou bien par le heurt entre les
limitations imposées par la dévastation et la destruction illimitée qu’implique une
croissance continue. Ces contradictions révèlent la nature terroriste de l’économie
de marché et d’Etat face à l’habitat et à la vie des gens. L’auto-défense face au
terrorisme de la marchandise et de l’Etat se manifeste aussi bien sous la forme de
luttes urbaines qui rejettent l’industrialisation de la vie – ou bien comme
anti-industrialisme – que dans la défense du territoire face à l’industrialisation de
l’espace. Les représentants de la domination, s’ils ne peuvent pas intégrer ses luttes
dans une opposition « verte », respectueuse de ses règles du jeu, les présenteront
comme un problème minoritaire d’ordre public afin de pouvoir les réprimer et les
anéantir.

Dans un moment où la question sociale tend à se présenter comme une
question territoriale, seule la perspective anti-industrielle est capable de l’envisager
correctement. De fait, la critique du développement est la critique sociale telle
qu’elle existe maintenant, aucune autre n’est véritablement anticapitaliste car
aucune ne met en cause la croissance ou le progrès, les vieux dogmes que la
bourgeoisie a transmis au prolétariat. D’un autre côté, les luttes de défense pour la
préservation du territoire, en sabotant le développement, font que l’ordre de la
classe dominante chancèle : dans la mesure où ses luttes réussiront à reformer un
sujet collectif anticapitaliste, ces luttes deviendront la lutte de classes moderne.
La conscience sociale anticapitaliste se détache de l’unité de la critique et de
la lutte, c’est-à-dire de la théorie et de la pratique ; la critique séparée de la lutte
devient une idéologie (une fausse conscience) et la lutte séparée de la critique
devient un nihilisme ou un réformisme (une fausse opposition). L’idéologie défend
souvent un retour impossible au passé, ce qui fournit un excellent alibi à l’inactivité
(ou à l’activité virtuelle, ce qui revient au même), même si, sa forme la plus
habituelle se retrouve dans la sphère économique du coopératisme ou dans la
sphère politique du citoyennisme (version européenne du populisme). La véritable
fonction de la praxis idéologique est la gestion du désastre. L’idéologie aussi bien
que le réformisme séparent l’économie de la politique pour ainsi proposer des
solutions à l’intérieur du système dominant, qu’il soit dans un camp ou dans l’autre.
Et puisque les changements dérivent de l’application de formules économiques,
juridiques ou politiques, les deux nient l’action à laquelle elles substituent des
succédanés théâtraux et symboliques. Ils fuient l’affrontement réel étant donné
qu’ils veulent à tout prix rendre compatible leur pratique avec la domination, ou au
moins profiter de ses lacunes et de ses failles pour subsister ou coexister. Ils veulent
gérer des espaces délaissés et administrer la catastrophe, non la supprimer.
L’unité entre la critique et la lutte procure à l’anti-industrialisme un avantage
que ne possède pas l’idéologie : savoir tout ce qu’elle veut et connaître les
instruments nécessaires pour atteindre son but. Elle peut présenter d’une manière
réaliste et crédible les traits principaux d’un modèle alternatif de société, société
qui deviendra palpable dès que sera dépassé le niveau tactique des coordinations,
des associations et des assemblées, et abordera le niveau stratégique des
communautés combattantes. C’est-à-dire dès que la fracture sociale pourra
s’exprimer dans le sens du « nous » face à « eux ». Ceux d’en-bas contre ceux
d’en-haut.

Les crises provoquées par la fuite en avant du capitalisme ne font rien d’autre qu’affirmer a contrario la pertinence du message anti-industriel. Les produits de
l’activité humaine – la marchandise, la science, la technologie, l’Etat, les
conurbations – se sont compliqués en s’émancipant de la société et en se dressant
contre elle. L’humanité s’est réduite en esclavage par ses propres créations
incontrôlées. En particulier, la destruction du territoire due à une urbanisation
cancéreuse se révèle aujourd’hui comme la destruction de la société même et des
individus qui la composent. Le développement, tel le dieu Janus, a deux visages :
aujourd’hui, les conséquences visibles de la crise énergétique et du changement
climatique illustrées par l’extrême dépendance et l’ignorance de la population
urbaine, nous en montrent le second visage, la face cachée. La stagnation de la
production de gaz et de pétrole annoncent un avenir où le prix de l’énergie sera de
plus en plus élevé, ce qui augmentera le prix des transports et provoquera des crises
alimentaires (accentuées par le réchauffement climatique) et causera des
effondrements productifs. À moyen terme, les métropoles seront totalement
invivables et ses habitants se trouveront dans la situation de choisir entre refaire ce
monde autrement ou disparaître.

L’anti-industrialisme veut que la décomposition inévitable de la civilisation
capitaliste débouche sur une période de démantèlement des industries et des
infrastructures, de ruralisation et de décentralisation ; ou dit autrement sur une
étape de transition vers une société égalitaire, équilibrée et libre et non sur un chaos
social de dictatures et de guerres. Armé de ces fins augustes, l’anti-industrialisme
dispose de suffisamment d’armes théoriques et pratiques que peuvent mettre à
profit les nouveaux collectifs et les communautés rebelles, germes d’une
civilisation différente, libre du patriarcat, de l’industrie, du capital et de l’Etat.

Miguel Amoros, mai 2014


La Guerre d'Espagne : Révolution & contre-révolution (1934-1939)
La Guerre d'Espagne : Révolution & contre-révolution (1934-1939)
par Burnett Bolloten
Edition : Relié
Prix : EUR 45,00

4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 La trahison stalinienne dévoilée, 11 novembre 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : La Guerre d'Espagne : Révolution & contre-révolution (1934-1939) (Relié)
Ce livre fondamental parvient aux conclusions suivantes :

1 - Le Parti communiste d'Espagne (PCE) n'eut pas d'autonomie, ce ne fut pas un parti national, il fut dirigé, dans tous ses aspects stratégiques et dans la prise de décisions, par les soviétiques à travers leurs conseillers et les délégués du Komintern, et ce durant toute la Guerre civile espagnole, de même qu'auparavant pendant la Deuxième République.

2 - Les soviétiques conditionnèrent et eurent une influence déterminante sur les décisions militaires les plus importantes de la Guerre civile espagnole en favorisant toujours les intérêts propres (diplomatiques ou autres) de l'Union soviétique.

3 - Le PCE et les conseillers soviétiques ont poursuivi de manière implacable tous ceux qui refusaient d'obéir leurs ordres. Ceci explique les attaques envers Largo Caballero, le P.O.U.M. et l'acharnement contre les anarchistes. L'offensive contre Largo Caballero est l'objet de dossiers comme celui du 15 avril 1937 dans lequel il est proposé clairement d'"intervenir vigoureusement afin de hâter la résolution" (rappelons que peu de semaines après eut lieu la provocation qui allait conduire aux Événements de Mai 1937 à Barcelone et à la chute de Largo Caballero).
À propos du P.O.U.M., les rapports des agents soviétiques de février 1937 signalent le problème que représente l'implantation de ce parti et son rapprochement avec les anarchistes et évoquent la nécessité de défaire le P.O.U.M. pour ainsi neutraliser plus facilement le syndicat CNT. Certains comme Marty, conscients de la difficulté que représente l'élimination complète des anarchistes, disent franchement qu'"après la victoire nous prendrons notre revanche".

4 - L'envoi d'armement (payé très cher et par avance par le gouvernement espagnol) fut l'instrument fondamental du chantage auquel fut soumis de façon répétée la République espagnole. Ce fait fut soigneusement caché dans la propagande communiste basée sur l'"aide désintéressée" de l'URSS.

5 - À partir de la chute du gouvernement de Largo Caballero, le projet soviétique fut de contôler tous les ressorts du pouvoir étatique, surtout ceux qui concernaient les militaires et les policiers, tout en maintenant une façade institutionnelle républicaine. L'interprétation selon laquelle cela constitua un essai de "démocratie populaire" est tout à fait pertinent.

6 - La répression contre le P.O.U.M. correspondait au délire totalitaire soviétique mais c'était aussi un instrument pour affaiblir ceux que les soviétiques percevaient comme leurs adversaires principaux dans la quête pour le contrôle absolu de la République espagnole : les socialistes (en premier lieu les partisans de Largo Caballero, puis ceux de Prieto) et les anarchistes.

7 - Le développement d'une révolution sociale dans des zones importantes de l'Espagne républicaine (essentiellement en Catalogne et dans la région de Valence), contraire à la domination et aux intérêts stratégiques de l'URSS, provoqua un double processus dans la politique communiste : affaiblir par tous les moyens cette révolution sociale afin de renforcer le pouvoir institutionnel du PCE soutenu par les Russes. Les communistes étaient parfaitement conscients de l'existence de cette révolution comme il est énoncé dans un rapport de Marty d'octobre 1936 : "Les travailleurs gèrent les entreprises, mais ils ne savent pas comment les diriger. Les anarchistes ont le contrôle de tout."
Le succès que rencontrèrent les communistes dans la désactivation de cette révolution sociale et dans l'établissement de leur hégémonie est étroitement en relation avec la croissante démoralisation de la zone républicaine, dans laquelle le PCE et ses alliés isolèrent tous ceux qui avaient une activité autonome.


Debord : Le naufrageur
Debord : Le naufrageur
par Jean-Marie Apostolidès
Edition : Broché
Prix : EUR 28,00

10 internautes sur 12 ont trouvé ce commentaire utile 
2.0 étoiles sur 5 Quelques erreurs graves, 2 novembre 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : Debord : Le naufrageur (Broché)
Il y a quelques erreurs factuelles dans la biographie de Guy Debord par J.-M. Apostolidès comme celle-ci par exemple, page 476 : Apostolidès écrit qu'en 1991 Jaime Semprun se solidarisa avec Debord au moment de la rupture avec les héritiers Lebovici en faisant lui aussi pilonner ses livres... C'est faux, car en 1991, Jaime Semprun et Debord étaient en très mauvais termes suite à l'affaire Fargette qui donna lieu au texte de Debord signé par Martos et Baudet, L'Encyclopédie des puissances.

Jaime Semprun choisit au contraire de rester dans le camp des héritiers Lebovici en coéditant avec eux les Essais de George Orwell. Le communiqué cité par Apostolidès en note 27 (page 570) est un faux.
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Feb 7, 2016 2:54 PM CET


A nos amis
A nos amis
par Comité invisible
Edition : Broché
Prix : EUR 10,00

3 internautes sur 7 ont trouvé ce commentaire utile 
2.0 étoiles sur 5 Texte confus, 5 octobre 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : A nos amis (Broché)
La Société du spectacle de Guy Debord reste insurpassable tant que les conditions générales de cette période historique n'auront pas été détruites. Or il se trouve que les rédacteurs de "À nos amis" prennent leurs distances avec les situs, mais louent sans vergogne les Foucault et les Deleuze qui étaient des intellectuels liés à l'Université, et donc au pouvoir. Comprenne qui pourra...
Remarque sur ce commentaire Remarque sur ce commentaire (1) | Permalien | Remarque la plus récente : Jan 26, 2016 12:37 PM CET


L'Or du temps
L'Or du temps
par Michel Bounan
Edition : Poche
Prix : EUR 6,20

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 L'Or du temps, 5 octobre 2015
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'Or du temps (Poche)
La violence sociale qu'on voit se manifester aujourd'hui, à la fois politique, économique et interindividuelle, était autrefois limitée et freinée, à l'échelle de sociétés fermées, par la croyance en des dogmes religieux, irrationnels et souvent absurdes, auxquels presque plus personne n’ajoute foi à présent.
L'auteur du Temps du sida et de La Folle Histoire du monde se propose de montrer ici qu'en deçà des anciens dogmes religieux existe une conscience universelle, fondée sur des dispositions humaines très particulières, à la fois physiques et mentales ; et dont les religions ne sont que les enfants dégénérés. De cette conscience découle une morale, absolument incompatible avec la barbarie moderne ; ainsi qu'une liberté individuelle, un courage et une joie, dont notre époque a perdu jusqu'au souvenir.
Le choix se pose donc maintenant à chacun de nous de réintégrer son extraordinaire humanité, ou de s'enfoncer toujours plus profondément dans la barbarie.
Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : May 26, 2016 4:56 AM MEST


L'URSS : Collectivisme bureaucratique - La Bureaucratisation du monde, n° 1
L'URSS : Collectivisme bureaucratique - La Bureaucratisation du monde, n° 1
par Bruno Rizzi
Edition : Broché

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un livre longtemps caché, 15 mars 2015
Quatrième de couverture rédigée par Guy Debord :

Voilà le livre le plus inconnu du siècle, et c’est justement celui qui a résolu, dès 1939, un des principaux problèmes que ce siècle a rencontré : la nature de la nouvelle société russe, la critique marxiste de la forme de domination qui y est apparue.

C’est en 1939 que le trotskiste italien Bruno Rizzi a publié, par lui-même, à Paris, les première et troisième parties (mais non la deuxième) de son ouvrage La Bureaucratisation du monde, signé Bruno R., et rédigé en français.

Condamnées aussitôt par Trotski et la Quatrième Internationale, les thèses de Rizzi, qui apportaient la première définition de la bureaucratie en tant que classe dirigeante, ont été systématiquement ignorées par deux générations de compagnons de route ou pseudo-critiques du stalinisme ; qui le plus souvent ont été les mêmes hommes, changeant de mensonges selon le vent, faisant toujours mine de s’apprêter à enfoncer une porte ouverte depuis trente ou quarante ans, mais en nous vendant en prime leurs propres clefs, et finalement reculant toujours devant l’ampleur titanesque de l’effort, qui aurait mis fin à leur emploi. Eux ne seront réédités par personne.

D’autres ont pillé Rizzi avec une assurance d’autant plus tranquille que ceux-là préféraient l’ignorer. Les rares détenteurs d’un livre si bien disparu qu’il n’en existe même pas un exemplaire à la Bibliothèque nationale, en ont tiré discrètement parti pour trancher du chercheur de pointe, et aimeraient ne pas perdre cette réputation : depuis 1968, les divers experts en contestation qui détiennent un stand chez presque tous les éditeurs français ont exhumé toutes sortes d’écrits moins brûlants, mais jamais Rizzi, qu’ils n’ignoraient pas tous.

L’Américain Burnhamfut le premier à se faire un nom, avec "L’Ère des organisateurs", en récupérant tout de suite cette critique prolétarienne de la bureaucratie, la travestissant pour son compte en éloge inepte d’une hausse tendancielle du pouvoir de décision et de compétents «managers» dans l’entreprise moderne, au détriment des simples détenteurs de capitaux. Et plus tard la revue française Socialisme ou Barbarie, reprenant la dénonciation du stalinisme, a manifestement trouvé dans cette œuvre fantôme de Rizzi la principale source de ses conceptions, de sorte que l’originalité que les commentateurs consentent à reconnaître, sur le tard, à ce foyer de réflexion désormais éteint, paraîtrait assurément plus considérable si tout le monde continuait à cacher Bruno Rizzi.

Le lecteur d’aujourd’hui apercevra aisément quelques erreurs dans la compréhension stratégique des forces en jeu au très sombre moment où ce texte a paru. Les soulèvements des travailleurs, de Berlin-Est en 1953 au Portugal en 1974-75, ont depuis beaucoup amélioré la théorie de Rizzi. Notre parti n’a pas eu raison en un jour ; il a développé sa vérité à travers deux siècles de luttes changeantes. Aujourd'hui encore, il n'a pas tout à fait raison, puisque l'on peut encore survivre et falsifier à côté de lui. Mais déjà la société dominante qui ne sait plus se gérer, ne sait même plus lui répondre.

Les erreurs étaient plus nombreuses et plus lourdes dans l’étude suivante (Quo Vadis, America ?), recueillie par Rizzi dans l’édition originale de "La Bureaucratisation du monde", et donnée alors comme «la troisième partie» de l’ensemble inachevé. La réédition d’un texte historique ne doit rien ajouter qui puisse en diminuer l’homogénéité ; alors surtout que les intellectuels de quatre décennies ont osé ne pas y répondre.
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Colle Ne Fait Pas le Collage (la) (DVD)
Colle Ne Fait Pas le Collage (la) (DVD)
DVD ~ Berreby Gérard
Prix : EUR 9,00

2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Détournement dans la plus pure tradition situationniste, 29 octobre 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Colle Ne Fait Pas le Collage (la) (DVD) (DVD)
Gérard Berréby se met ici en scène et, par la même occasion, livre une leçon magistrale sur rien. Ou plutôt sur le rien, le vide, enfin ce à quoi les avant-gardes du XXe siècle ont aspiré.
Et cela donne un vaste détournement dans la plus pure tradition situationniste. L'événement s'est tenu le 4 avril 2012 au Théâtre de Gennevilliers, en lever de rideau d'une pièce de l'Institut des Recherches Menant à Rien. Gérard Berréby propose un aperçu des oeuvres qui ont menacé l'image.
Des expérimentations cinématographiques de Hans Richter au "Manifeste contre rien", signé entre autres par Piero Manzoni, en passant par "Hurlements en faveur de Sade" de Guy-Ernest Debord, film sans images. Dans ces oeuvres, le vide prend la place de la forme, sonore ou plastique, pour in fine faire un éloge du rien.


Histoire désinvolte du situationnisme
Histoire désinvolte du situationnisme
par Xavier Lucarno
Edition : Broché
Prix : EUR 11,50

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
1.0 étoiles sur 5 Nul, 28 juin 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Histoire désinvolte du situationnisme (Broché)
Le livre de Xavier Lucarno est d'une médiocrité affligeante, c'est une pauvre chose. Se voulant drôle, le livre est plat, lourdingue, à côté de la plaque. Pas une fois il ne réussit à susciter le sourire. Si l'on souri, c'est de la bêtise de l'auteur, qui ne parvient même pas à dissimuler son aigreur. Nul et non avenu.


Les Fables de Maître Lie
Les Fables de Maître Lie
par Lie Tseu
Edition : Broché
Prix : EUR 16,00

4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Magnifique, 15 juin 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les Fables de Maître Lie (Broché)
Composées entre le IVe et le IIIe siècle avant notre ère, Les Fables de Maître Lie, ou Lie-tseu, sont un des trois écrits primordiaux du taoïsme, avec le Lao-tseu (ou Tao-Tö-King) et le Tchouang-tseu. Venues de ces temps lointains, Les Fables de Maître Lie semblent agir comme la bombe à dépoussiérer le temps des pensionnaires du moratorium, dans l’Ubik de Philip K. Dick. Cette savante marqueterie de fables sans morale, de remarques sans suite, de méditations sans logique, de bribes apparemment disparates, s’ordonne en un tableau nimbé des chatoiements et des irisations propres aux songes d’une vie meilleure. S’y dessine un archipel d’îles imaginaires dont chacune constitue un joyau singulier. La liberté de ton, l’audace critique et la dérision à l’endroit des préjugés les mieux établis nous fournissent par contraste la mesure de l’étroitesse de nos pensées et de nos moeurs.

À lire Les Fables de Maître Lie, on se prend à rêver qu’à défaut de « rendre aux hommes l’étincelle prométhéenne », elles puissent suffire, en redorant pour un temps « le blason des chimères », à en tirer quelques-uns du cauchemar éveillé collectif où nous maintient la décomposition de notre univers factice. Effet de la relative désaffection dont il fait l’objet, le Lie-tseu a été peu traduit en français. On n’en recense guère que trois traductions complètes. Jugeant qu’aucune d’elles ne rend justice à un texte qui mérite mieux, nous en proposons une nouvelle, due à Jean Levi, dont nous avons déjà publié une traduction du Tchouang-tseu. Elle s’attache à rendre tangible l’enchantement de ces paraboles où la Joconde de l’utopie imprima son sourire.


La lampe hors de l'horloge - réflexions anti-industrielles sur les possibilités de résistance
La lampe hors de l'horloge - réflexions anti-industrielles sur les possibilités de résistance
par Collectif
Edition : Broché
Prix : EUR 8,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Excellent, 31 mai 2014
Qu’est-ce que l’anti-industrialisme et que veut-il ?

Le courant anti-industriel émerge, d’un côté, du bilan critique de la période qui s’achève avec l’échec du vieux mouvement ouvrier indépendant et la restructuration globale du capitalisme, il naît donc entre les années 70 et 80 du siècle passé. D’un autre côté, il surgit dans la tentative naissante de retour à la campagne de cette époque et dans les explosions populaires contre la présence permanente d’usines polluantes dans les centres urbains et contre la construction de centrales nucléaires, de lotissements, d’autoroutes et de barrages. C’est à la fois, une analyse théorique des nouvelles conditions sociales qui prend en compte l’apport de l’écologie et une lutte contre les conséquences du développement capitaliste bien que les deux n’aient pas toujours marché ensemble. Nous pouvons le définir comme une pensée critique et une pratique antagonique nées des conflits provoqués par le développement de la phase ultime du régime capitaliste, lequel correspond à la fusion de l’économie et de la politique, du Capital et de l’Etat, de l’industrie et de la vie. En raison de sa nouveauté et aussi de l’extension de la soumission et de la résignation des masses déclassées, réflexion et combat ne vont pas toujours main dans la main ; l’une postule des objectifs que l’autre ne veut pas toujours assumer : la pensée anti-industrielle lutte pour une stratégie globale de confrontation, alors que la lutte seule se réduit à la tactique, ce qui bénéficie seulement à la domination et à ses partisans. Les forces mobilisées ne sont presque jamais conscientes de leur tâche historique, alors que la lucidité critique ne parvient pas toujours à éclairer les mobilisations.

Le marché mondial transforme continuellement la société conformément à ses nécessités et ses désirs. La domination formelle de l’économie dans l’ancienne société de classe se transforme en domination réelle et totale dans la société technologique moderne de masse. Les travailleurs maintenant massifiés sont avant tout des consommateurs. La principale activité économique n’est pas industrielle mais administrative et logistique (tertiaire). La principale force productive n’est pas le travail mais la technologie. En revanche, les salariés sont la principale force de consommation. La technologie, la bureaucratie et la consommation sont les trois piliers du développement actuel. Le monde de la marchandise ne peut plus être l’objet d’un projet autogestionnaire. C’est impossible de l’humaniser, il faut le démanteler.
L’ensemble des relations des êtres humains entre eux et avec la nature a perdu son caractère direct, mais elles se trouvent médiatisées par des choses ou au mieux par des images associées aux choses. Une structure séparée, l’Etat, contrôle et règle cette médiation réifiée. Ainsi donc, l’espace social et la vie qui l’héberge sont modelés en accord avec les lois des dites choses : les marchandises, la technologie, celles de la circulation et celles de la sécurité, provoquent un ensemble de divisions sociales entre urbains et ruraux, dirigeants et dirigés, riches et pauvres, intégrés et exclus, rapides et lents, connectés et débranchés, etc. Le territoire dès qu’il a été libéré par les agriculteurs s’est convertit en une nouvelle source de ressources (une nouvelle source de capitaux, un décor et un support aux macros infrastructures, un élément stratégique de la circulation). Cette fragmentation spatiale et cette désagrégation sociale apparaît aujourd’hui sous la forme d’une crise sous différents aspects qui sont tous en relation : démographie, politique, économique, culturel, écologique, territorial, social… Le capitalisme a dépassé ses limites structurelles, ou dit d’une autre manière, a atteint le plafond.

La crise multiforme du nouveau capitalisme est le résultat de deux sortes de contradictions : les unes internes qui provoquent de fortes inégalités sociale, et les autres externes responsables de la contamination, du changement climatique, de l’épuisement des ressources et de la destruction du territoire. Les premières n’excèdent pas le cadre du capitalisme car elles restent dissimulées sous des problèmes de travail, de créance ou parlementaires. Les luttes syndicales et politiques ne projettent jamais de sortir du cadre du tableau de l’ordre établi, et elles s’opposent encore moins à sa logique. Les contradictions principales sont donc produites ou bien par le choc entre l’épuisement des ressources planétaires et la demande infinie qu’exige le développement, ou bien par le heurt entre les limitations imposées par la dévastation et la destruction illimitée qu’implique une croissance continue. Ces contradictions révèlent la nature terroriste de l’économie de marché et d’Etat face à l’habitat et à la vie des gens. L’auto-défense face au terrorisme de la marchandise et de l’Etat se manifeste aussi bien sous la forme de luttes urbaines qui rejettent l’industrialisation de la vie – ou bien comme anti-industrialisme – que dans la défense du territoire face à l’industrialisation de l’espace. Les représentants de la domination, s’ils ne peuvent pas intégrer ses luttes dans une opposition « verte », respectueuse de ses règles du jeu, les présenteront comme un problème minoritaire d’ordre public afin de pouvoir les réprimer et les anéantir.

Dans un moment où la question sociale tend à se présenter comme une question territoriale, seule la perspective anti-industrielle est capable de l’envisager correctement. De fait, la critique du développement est la critique sociale telle qu’elle existe maintenant, aucune autre n’est véritablement anticapitaliste car aucune ne met en cause la croissance ou le progrès, les vieux dogmes que la bourgeoisie a transmis au prolétariat. D’un autre côté, les luttes de défense pour la préservation du territoire, en sabotant le développement, font que l’ordre de la classe dominante chancèle : dans la mesure où ses luttes réussiront à reformer un sujet collectif anticapitaliste, ces luttes deviendront la lutte de classes moderne.

La conscience sociale anticapitaliste se détache de l’unité de la critique et de la lutte, c’est-à-dire de la théorie et de la pratique ; la critique séparée de la lutte devient une idéologie (une fausse conscience) et la lutte séparée de la critique devient un nihilisme ou un réformisme (une fausse opposition).L’idéologie défend souvent un retour impossible au passé, ce qui fournit un excellent alibi à l’inactivité (ou à l’activité virtuelle, ce qui revient au même), même si, sa forme la plus habituelle se retrouve dans la sphère économique du coopératisme ou dans la sphère politique du citoyennisme (version européenne du populisme). La véritable fonction de la praxis idéologique est la gestion du désastre. L’idéologie aussi bien que le réformisme séparent l’économie de la politique pour ainsi proposer des solutions à l’intérieur du système dominant, qu’il soit dans un camp ou dans l’autre. Et puisque les changements dérivent de l’application de formules économiques, juridiques ou politiques, les deux nient l’action à laquelle elles substituent des succédanés théâtraux et symboliques. Ils fuient l’affrontement réel étant donné qu’ils veulent à tout prix rendre compatible leur pratique avec la domination, ou au moins profiter de ses lacunes et de ses failles pour subsister ou coexister. Ils veulent gérer des espaces délaissés et administrer la catastrophe, non la supprimer.
L’unité entre la critique et la lutte procure à l’anti-industrialisme un avantage que ne possède pas l’idéologie : savoir tout ce qu’elle veut et connaître les instruments nécessaires pour atteindre son but. Elle peut présenter d’une manière réaliste et crédible les traits principaux d’un modèle alternatif de société, société qui deviendra palpable dès que sera dépassé le niveau tactique des coordinations, des associations et des assemblées, et abordera le niveau stratégique des communautés combattantes. C’est-à-dire dès que la fracture sociale pourra s’exprimer dans le sens du « nous » face à « eux ». Ceux d’en-bas contre ceux d’en-haut.

Les crises provoquées par la fuite en avant du capitalisme ne font rien d’autre qu’affirmer a contrario la pertinence du message anti-industriel. Les produits de l’activité humaine – la marchandise, la science, la technologie, l’Etat, les conurbations – se sont compliqués en s’émancipant de la société et en se dressant contre elle. L’humanité s’est réduite en esclavage par ses propres créations incontrôlées. En particulier, la destruction du territoire due à une urbanisation cancéreuse se révèle aujourd’hui comme la destruction de la société même et des individus qui la composent. Le développement, tel le dieu Janus, a deux visages : aujourd’hui, les conséquences visibles de la crise énergétique et du changement climatique illustrées par l’extrême dépendance et l’ignorance de la population urbaine, nous en montrent le second visage, la face cachée. La stagnation de la production de gaz et de pétrole annoncent un avenir où le prix de l’énergie sera de plus en plus élevé, ce qui augmentera le prix des transports et provoquera des crises alimentaires (accentuées par le réchauffement climatique) et causera des effondrements productifs. A moyen terme, les métropoles seront totalement invivables et ses habitants se trouveront dans la situation de choisir entre refaire ce monde autrement ou disparaître.

L’anti-industrialisme veut que la décomposition inévitable de la civilisation capitaliste débouche sur une période de démantèlement des industries et des infrastructures, de ruralisation et de décentralisation ; ou dit autrement sur une étape de transition vers une société égalitaire, équilibrée et libre et non sur un chaos social de dictatures et de guerres. Armé de ces fins augustes, l’anti-industrialisme dispose de suffisamment d’armes théoriques et pratiques que peuvent mettre à profit les nouveaux collectifs et les communautés rebelles, germes d’une civilisation différente, libre du patriarcat, de l’industrie, du capital et de l’Etat.

Miguel Amorós
Mai 2014


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