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Contenu rédigé par Cetalir
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Cetalir "Cetalir" (France)
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Trilogie de L'emprise, III : Ultime partie
Trilogie de L'emprise, III : Ultime partie
par Marc Dugain
Edition : Broché
Prix : EUR 19,50

2.0 étoiles sur 5 Heureusement, cela se termine...., 23 juillet 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Trilogie de L'emprise, III : Ultime partie (Broché)
Voici venu le temps de mettre un terme à la trilogie romanesque de Marc Dugain dans laquelle il décortique, sans concession, les combinaisons infinies et nauséabondes dans lesquelles se complaisent d’ambitieux hommes politiques, des hommes d’affaires cupides et des services secrets manœuvrant leur monde tout en tenant un dossier sur chacun.

Le beau pays qui accueille cette sympathique intelligentsia n’est autre que la France et, comme depuis le premier volume d’ailleurs, il ne sera pas très difficile de mettre un nom réel derrière la plupart des protagonistes clairement inspirés de notre histoire politique nationale récente…

Désormais, les institutions arrivées à bout de souffle, l’extrême droite menaçant de plus en plus de s’emparer du pouvoir, le temps est venu pour l’historien et romancier d’imaginer le coup d’état constitutionnel qu’est la mise en place par voie référendaire de la VIème République par celui qui vient d’être fraîchement élu Président de la Vème. Une façon aussi de couper l’herbe sous le pied de son ennemi personnel dont il a fait un Ministre d’Etat pour mieux le tenir à l’œil.

Marc Dugain met en scène dans cet ultime volet l’ensemble des personnages qui n’avaient pas encore disparu, victimes d’assassinats politiques déguisés sous des affaires criminelles. Il nous montre à nouveau en quoi l’ambition personnelle, l’amour des combinaisons, la pratique des coups-fourrés, la mégalomanie, la cupidité s’entremêlent, à des degrés divers, pour pousser des hommes et des femmes que seul l’accaparement du pouvoir politique, économique ou financier guide, au mépris d’un intérêt général qui n’est plus, depuis belle lurette, qu’une marionnette morte qu’on agite de manière bien pratique pour détourner l’attention ou proférer un lot de contre-vérités d’autant plus admissibles qu’elles sont grosses.

Malheureusement, et comme depuis le premier tome de la série, jamais nous n’avons été convaincus par cette incursion de l’auteur derrière le rideau secret de ce petit monde. Non parce que nous ne croyons pas à ce qu’il nous raconte (bien au contraire même…), mais simplement parce que le style d’habitude lyrique et travaillé de celui qui fut l’auteur de « La Chambre des Officiers » entre autres sombre ici dans une pauvreté et une facilité qui fait sans cesse penser à un roman de gare vite et mal écrit. D’autant que le dénouement de cette série de meurtres politiques manque quelque peu de crédibilité et que bien des ficelles pour y parvenir paraissent un peu grosses.

Bref, l’intention louable de dénoncer et d’alerter se trouve appauvrie par un propos faible et indigne de l’auteur. Un ratage de bout en bout.

Publié aux Editions Gallimard – 2016 – 272 pages

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Intégrale des Quatuors a Cordes
Intégrale des Quatuors a Cordes
Prix : EUR 14,00

3.0 étoiles sur 5 Un regard vers le romantisme allemand, 23 juillet 2016
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Intégrale des Quatuors a Cordes (CD)
Né en Ecosse mais ayant des origines de France, Eugen d'Albert n'eut de cesse que de s'établir en Allemagne dont il apprit la langue très jeune. Enfant surdoué, il fut pris par Liszt sous son aile comme pianiste et comme compositeur. Voulant réussir au plus vite et gagner la renommée en arriviste que son comportement ne fera que confirmer des années plus tard, il choisit de privilégier une carrière de pianiste international, vite acclamé tout en consacrant le peu de son temps libre à la composition (une symphonie, un concerto pour piano et deux quatuors principalement).

Les quatuors que nous découvrons ici regardent explicitement et ouvertement du côté du romantisme allemand. Le premier sonne comme une tentative d'hybridation entre le Beethoven de la maturité et Brahms, tandis que le deuxième fut écrit en hommage explicite à Brahms.Malgré les limites de ces oeuvres que les prestigieux musiciens à qui il les proposa en avant-première afin de recueillir leur assentiment ne manquèrent pas de formuler, l'ambitieux Eugen d'Albert refusa d'en modifier une ligne.

Fort bien écrites et animées de passages particulièrement mélodieux, ces oeuvres possèdent un certain charme mais n'atteignent pas le génie de ceux dont le compositeur tente de s'inspirer. Elles s'écouteront néanmoins agréablement d'autant que l'interprétation du Quatuor Rhienglod est aussi irréprochable que convaincante, bien mise en valeur par une prise de son transparente et sans agressivité.

Un enregistrement qui trouvera toute sa place dans une anthologie du genre ou pour les amateurs de curiosités rares.


Le grand marin
Le grand marin
par Catherine Poulain
Edition : Broché
Prix : EUR 19,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Une vie pas ordinaire, 19 juillet 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le grand marin (Broché)
Il n’y a pas d’âge pour publier son premier roman. C’est à 56 ans que Catherine Poulain connaît ce bonheur, recevant un accueil enthousiaste de la critique comme du public, couronnée de divers prix (Prix des Gens de la Mer, Prix du roman «Ouest-France»- Etonnants Voyageurs, Prix Joseph-Kessel, Prix Compagnie des Pêches, Prix Nicolas-Bouvier et Prix des Lecteurs «L’Express/ BFM TV). Pas mal pour un premier livre !
Il faut dire que la vie de Catherine Poulain n’a rien d’ordinaire. Fuyant sa ville natale de Manosque à vingt ans, elle file vers son obsession : rejoindre l’Alaska pour s’embarquer comme marin-pêcheur ! Un rêve fou parce qu’elle ne supporte pas d’être enfermée, de vivre entre quatre murs, de se conformer aux normes sociales. Son obstination finira par payer.

Une fois embarquée, elle n’aura de cesse que d’être considérée à l’égal des hommes, prenant ses quarts, éventrant morues noires et flétans au point d’en avoir les cheveux poissant de sang, manipulant les caisses dans la glace pilée à fond de cale.

C’est cette vie qu’elle a vécue pendant dix ans de liberté absolue, avant d’être renvoyée par les services de l’immigration américains en France, qu’elle nous conte. Lily, le très évident avatar de sa génitrice littéraire, est une jeune femme à l’apparence frêle mais au physique d’une robustesse à toute épreuve. Une fille éprise de liberté, décidée coûte que coûte à vivre une vie non ordinaire, cherchant à lui donner un sens en affrontant les défis. Auprès de ces pêcheurs tous un peu fous, tous marginaux, tous fuyant quelque chose, elle va trouver dans ce Grand Nord la fraternité dont elle a besoin.

Une chaleur qui compense l’environnement glacial en mer où seuls comptent la survie et le travail acharné, abrutissant, inhumain. Une exaspération vitale qui trouve sa nouvelle outrance une fois revenus à terre, pour une période la plus courte possible, à coup de consommation forcenée d’alcool dans tous les bars du patelin quand ce n’est pas la drogue qui permet d’atténuer la brutalité du monde dans lequel Lily a délibérément choisi de s’inclure.

Et puis, il y aura ce grand marin, tout aussi perdu et ravagé que Lily, ce pêcheur auprès de qui elle pourra redevenir femme, délaissant le temps de courtes escales, les cirés dégoulinants, les bottes percées, les paquets de mer glaciaux pour trouver la chaleur des corps qui s’accouplent passionnément.

Devenue bergère à la tête d’un troupeau de sept-cent brebis, Catherine Poulain n’a rien oublié de l’une de ses vies. Elle livre un roman déchirant de réalisme, qui éclabousse comme l’écume de ces vagues démentielles. Elle a cette capacité à nous plonger au cœur de ces existences à part, extrêmes, d’une dangerosité aussi assumée que désirée et qui ne peuvent convenir qu’à des tempéraments hors du commun et refusant de se soumettre. Un nouvel auteur est certainement né.

Publié aux Editions de l’Olivier – 2016 – 373 pages

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Remarque sur ce commentaire Remarques sur ce commentaire (2) | Permalien | Remarque la plus récente : Jul 19, 2016 6:13 PM MEST


Parallax
Parallax
Prix : EUR 19,49

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Un disque prenant, 12 juillet 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Parallax (CD)
La recette du trio britannico-suédois s'appuie sur quelques principes aussi simples (en apparence) qu'efficaces. Au centre, véritable figure de proue qui conduit toute la ligne mélodique, le piano omniprésent. En appui, une contrebasse volontairement lourde, marquant les temps forts, renforçant une atmosphère souvent pesante. En fond, une batterie d'une finesse remarquable, toute en dextérité et en nuances infinies : un vrai régal ! Quant aux partitions, elles jouent sur des staccati constants, un large recours à des séries d'accords qui amènent de brusques changements de rythme ou de style, renouvelant sans cesse l'attention d'un auditeur hyptnotisé par des tempi d'une rapidité extrême, emporté par une maestria instrumentale rare. Voici donc une fabuleuse bande de musiciens qui prend un plaisir extrême à jouer, à repousser ses propres limites techniques pour nous happer dans un voyage musical très personnel et très prenant. Une sacrée réussite !


La Petite Femelle
La Petite Femelle
par Philippe Jaenada
Edition : Broché
Prix : EUR 23,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Un admirable plaidoyer, 12 juillet 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : La Petite Femelle (Broché)
De façon un peu surprenante, la figure dramatique de Pauline Dubuisson semble alimenter la création littéraire. Après le très romancé « Je vous écris dans le noir » de Jean-Luc Seigle, c'est Philippe Jaenada qui publie une bibliographie très documentée de celle qui fut considérée et traitée comme la plus grande femme criminelle de son temps, au tout début des années cinquante.

C'est par hasard que l'auteur a croisé son personnage. Au vu de ce qu'il en avait lu, il se disait que cette femme devait avoir été un monstre et que sa condamnation à la perpétuité pour le meurtre de son amant à vingt-quatre ans était largement justifiée.

Mais, au bout d'un an de recherche acharnée, douze mois durant lesquels il éplucha en détail le dossier d'instruction, la presse et tout ce qui pouvait se rattacher à ce drame, sa perception des choses changea. Comme il nous l'explique de façon aussi précise que convaincante, Philippe Jaenada est désormais convaincu que Pauline Dubuisson fut avant tout la victime du jugement moral de son temps.

Jugée par un jury composé de sept hommes et d'une seule femme (qui la sauva de la décapitation), mal défendue par un avocat mystique, vilipendée par des accusateurs d'une violence et d'une outrance qui allèrent jusqu'à choquer le public venu assister en masse au procès, chargée comme jamais dans un dossier d'instruction bâclé, réarrangé et partial, la meurtrière indubitable (bien que très vraisemblablement totalement involontaire comme le démontre l'auteur) fut avant tout jugée parce qu'elle refusait de se conformer aux us de son temps.

Pauline était en effet une femme libre, belle, indépendante, rêvant de devenir médecin. Une femme élevée à la dure par un père qui voulait en faire le fils qu'il ne trouvait pas dans sa mâle descendance. Une fille qui comprit très tôt le pouvoir qu'elle détenait sur les hommes et prit des amants parmi les forces d'occupation allemande avec lesquelles frayait de façon plus ou moins compromettante son père. Une femme qui couchait sans être mariée et qui refusait de se conformer au dogme de l'époque qui voulait qu'une femme ne pût être rien d'autre qu'une bonne épouse et une mère de famille pendant que le mari adoré bossait pour faire vivre sa famille.

Jaenada aurait certainement fait un brillant défenseur de l'accusée. Et comme il est un homme de lettres à part, au style bien particulier, il ne peut s'empêcher de glisser de longues et drolatiques digressions où de nombreux épisodes de sa vie personnelle ou amoureuse, enchâssées dans des séquences de parenthèses dont il a le secret, surgissent comme de puissants miroirs expliquant les déviances, défendant le droit de vivre ou de penser autrement, pardonnant à distance ce que la bonne société refusa délibérément de pardonner à une jeune femme quelque peu égarée et tourmentée.

La vie de Pauline Dubuisson fut aussi courte que dramatique, elle qui finit par se suicider à trente-neuf ans, victime à nouveau d'une presse qui en fit un personnage hystérique alors qu'elle tentait de trouver sa place comme médecin au Maroc et qu'elle pensait avoir trouvé le grand amour.
Jaenada signe là un ouvrage puissant qui, bien que très épais (plus de sept cent pages), se lit avec passion et compassion, arrachant de nombreux rires et sourires lorsque l'auteur semble s'égarer ' de façon très maîtrisée à vrai dire ' dans la contemplation de sa propre existence quelque peu extraordinaire. Un Must.

Publié aux Editions Julliard ' 2015 ' 714 pages

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Lalo / Complete Songs
Lalo / Complete Songs
Prix : EUR 24,90

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Admirable, 10 juillet 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Lalo / Complete Songs (CD)
Une fois sorti de la Symphonie Espagnole et de son concerto pour violoncelle, la connaissance qu'ont les amateurs du répertoire pourtant riche de Lalo s'arrête souvent là. Pourtant, Edouard Lalo fut tout au long de sa vie un mélodiste et l'enregistrement de l'intégrale des trente-cinq mélodies proposé ici nous démontre la qualité et l'étendue d'un répertoire où se révèle le goût français.

Puisant son inspiration souvent chez les grands poètes (Musset, Hugo, Chateaubriand entre autres), lolo n'hésite cependant pas à bouleverser l'ordre des strophes, voire à réécrire quelques vers si cela est de nature à servir sa mise en musique. On passe de l'amour exalté au champêtre le plus charmant, de la critique sociale au bucolique dans une invention qui ne cesse de se renouveler.

L'importance de la diction est ici fondamentale et nous savons que c'est l'un des domaines d'excellence de Tassis Christoyannis. Lalo, on le comprend ici, est un peu le pendant français de Schubert. Du coup, la maîtrise absolue du chant et la belle complémentarité pianistique de Jeff Cohen, tout en légèreté et subtilité font de ce coffret une superbe réussite. Mille mercis !


La femme sur l'escalier
La femme sur l'escalier
par Bernhard Schlink
Edition : Broché
Prix : EUR 19,50

Aucun internaute (sur 1) n'a trouvé ce commentaire utile :
2.0 étoiles sur 5 Très moyen, 9 juillet 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : La femme sur l'escalier (Broché)
S’inspirant d’un tableau de Gerard Richter, Bernhard Schlink élabore un roman dans lequel le tableau d’une femme descendant un escalier devient un prétexte dans un jeu complexe et pervers entre trois hommes et une femme.

Au centre, celle qui descend l’escalier, dans une attitude et un regard qui permet à chacun d’interpréter la toile à sa façon selon qu’il désire y voir la soumission d’une femme au pouvoir de l’homme ou le jeu d’une séduction assumée d’une femme tenant un homme sous son pouvoir.

Quant au trio masculin, il est directement lié à cette créature énigmatique. S’y trouve le mari de la femme, un riche industriel allemand également commanditaire et propriétaire du tableau ; le peintre qui, outre le fait d’avoir réalisé l’œuvre, n’en a pas moins profité pour subtiliser l’épouse pour en faire sa compagne et sa maîtresse ; enfin, un jeune avocat, chargé d’élaborer un contrat aussi inhabituel qu’étrange pour régler les conflits de pouvoir, les rancunes et les coups bas entre les deux hommes qui se disputent celle qui descend l’escalier.

Après avoir disparu dans des conditions rocambolesques, le tableau réapparaîtra de nombreuses années plus tard dans le musée d’art de Sidney en Australie, terre où celle qui a tenu en ses rets et à sa façon les trois hommes a choisi de s’établir pour y finir sa vie.

Commence alors une ultime partie entre les quatre protagonistes, des décennies après les faits. Une partie pour reconnaître ses échecs, accepter ou pardonner, tenter de comprendre, redessiner à sa façon le passé, le présent ou le futur, gratter ce qui se dissimule sous la surface des apparences dans un huis clos que les conditions climatiques vont finir par transformer en une sorte d’enfer.

En maître de la progression de la tension dramatique, Bernhard Schlink explore les infinis rouages de l’amour, de la perversité, de la manipulation, de la vieillesse et des luttes de pouvoir qu’il soit artistique, politique, financier ou simplement sentimental et psychologique.

Du coup, c’est ce foisonnement qui fait aussi la limite d’un roman tentaculaire, dense dont bien des circonstances, très improbables, finissent par en affaiblir le propos. L’écriture étant en outre assez quelconque, on trouvera là plus un assez bon roman d’été qu’un roman coup de cœur et indispensable.

Publié aux Editions Du monde entier – Gallimard – 2016 – 255 pages

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Libertango
Libertango
par Frédérique Deghelt
Edition : Broché
Prix : EUR 22,50

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Magnifique partition !, 3 juillet 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Libertango (Broché)
Tous les passionnés de musique comme tous les amoureux de romans bien construits, bien écrits qui emportent et transportent les lecteurs dans une quête hypnotique devraient trouver leur compte dans ce dernier et septième roman de l’ex-journaliste Frédérique Deghelt.

Tout avait plutôt mal commencé pour Luis. Fils d’émigrés espagnols chassés par la guerre civile et venus se réfugier en France, il vit entre un père odieux, une mère aussi stupide qu’absente et une sœur d’un égoïsme absolu. Mais il est surtout frappé d’ostracisme, victime de camarades de classe qui n’hésitent pas à railler son corps rachitique et tordu, son bras gauche paralysé, son élocution gauche.

Aussi Luis se réfugie-t-il dans un monde qui lui est propre, celui de la radio où il écoute les concerts et la musique avec une passion totale, développant peu à peu sans s’en rendre compte un savoir immense. Jusqu’au jour où il fera la rencontre fortuite sur un quai de Seine d’un jeune matelot jouant de l’accordéon, frappé de la qualité de l’oreille du jeune garçon. Un musicien qui s’appelle Astor Piazzolla et qui va lui ouvrir le chemin du monde professionnel de la musique.

Désormais arrivé à un âge avancé, Luis accepte de se laisser interviewer et filmer par une jeune femme résolue qui s’est fait une spécialité de réaliser des documentaires sur celles et ceux qui ont su trouver et tracer des chemins hors du commun. Car Luis sera devenu, entretemps, un immense chef d’orchestre aussi respecté qu’adulé.

C’est ce parcours à rebours que l’on découvre peu à peu. Un parcours où chaque épreuve se gagne par une combinaison sans cesse renouvelée de travail, de chance, de talent, d’abnégation, de capacité à voir, écouter, interpréter autrement.

Doté d’une énergie inaltérable, Luis se lancera à corps perdu dans la musique, défiant les conventions, forgeant des ponts entre les genres inconciliables que sont à son époque musique classique, jazz et tango. Il deviendra l’assistant des plus grands avant de voler de ses propres ailes.
A travers l’histoire personnelle de Luis, de ses succès, de ses relations aux femmes et aux autres, c’est l’histoire de notre époque jusqu’à la barbarie terroriste et folle actuelle que nous conte Frédérique Deghelt avec un souci du détail, de l’exactitude que respecteront tous les connaisseurs de musique classique exigeants.

C’est aussi l’ambivalence du lien entre l’interviewé et l’intervieweuse qui peu à peu se dessine, humanisant un personnage marqué par le destin et muré dans une retraite distante pour causes de drames personnels et collectifs dont nous finirons par tout comprendre.

Frédérique Deghelt signe un superbe roman, passionnant, maîtrisé de bout en bout, éblouissant et profondément vrai. Un roman qui retrace fidèlement la difficulté du monde musical aussi.

Publié aux Editions Actes Sud – 2016 – 310 pages

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Veracruz
Veracruz
par Olivier Rolin
Edition : Broché
Prix : EUR 13,00

1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Un alcool violent, 2 juillet 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Veracruz (Broché)
En bourlingueur et navigateur confirmé, Olivier Rolin, qui fait avant tout profession d’écrivain, sait que les voyages et les villes exotiques sont sources d’histoires et de mystères.

Un quart de siècle après, celui (le narrateur) qui fut marqué à vie par une histoire passionnelle dont la brièveté fut à l’image de l’intensité tente encore de comprendre. Il venait à Veracruz pour donner un cycle de conférences sur Proust. Des lectures décalées pour lire et voir le romancier de façon décomplexée et surtout non conventionnelle. Car lui, l’intervenant anonyme, n’est pas un homme de conventions mais plutôt un esprit libre qui va tomber raide amoureux d’une beauté locale rencontrée par hasard à un dîner tenu en son honneur.

Très vite, il devient impossible de se quitter. Tandis qu’il ne lui cache rien de sa vie, elle s’enferme dans le mystère cachant son identité, là où elle habite, ce qu’elle fait pour vivre. Une fille à la beauté sulfureuse et au caractère bien trempé, accompagnée d’un Luger dont elle ne se sépare jamais et avec lequel elle rit à dégommer d’un tir instinctif de monstrueux papillons de nuit vernaculaires.

Et puis, un jour, elle disparaît tout aussi mystérieusement qu’elle apparut. Désespéré, l’amant abandonné qui a depuis belle lurette renoncé à rentrer au bercail s’abîme dans le bar dont le nom El Ideal sonne comme l’antithèse de sa promesse. Un rade crasseux, écrasé de soleil, où il s’écroule chaque soir comme un ivrogne désespéré que le tenancier finit par mettre gentiment dehors, l’heure de la fermeture venue.

Sans crier gare, parviennent quatre récits anonymes. Quatre courtes histoires qui laissent à penser qu’elles ont un lien, indécodable, mystérieux lui aussi, avec celle qui fut sa fulgurante compagne aztèque. Quatre récits donnant le point de vue de quatre personnages participant aux mêmes scènes de vie. Des acolytes peu amènes entre un prêtre défroqué et tourmenté par ses pulsions sexuelles, un pistolero jaloux comme un poux et prêt à émasculer le père putatif qui abuse de sa fille adolescente avec une compulsion bestiale. Et au milieu de ces trois rustres, une femme qui navigue, augurant d’un drame dont on entend les signes annonciateurs sous les hurlements d’une tornade qui s’abat sur la ville.

Quatre récits qui n’apportent que de nouvelles interrogations sans régler aucune question. Quatre fulgurances aux relents de violence et de stupre, trempées dans une langue farouchement imagée, musclée et traversée d’expressions espagnoles comme les éclairs de cette fin du monde que l’on sent prête à tomber sur l’ensemble des protagonistes hagards.

Un livre très maîtrisé, étrange, à déguster comme un alcool violent.

Publié aux Editions Verdier – 2016 – 128 pages

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Violin Concerto No. 1 Op42 in d-Dur
Violin Concerto No. 1 Op42 in d-Dur
Prix : EUR 21,00

5.0 étoiles sur 5 Remarquable !, 26 juin 2016
Ce commentaire fait référence à cette édition : Violin Concerto No. 1 Op42 in d-Dur (CD)
Comment expliquer que les concertos pour violon de Gernsheim soient absolument inconnus et jamais joués ???? Après les avoir écoutés dans ce superbe enregistrement, on en trépigne de rage car voici des oeuvres qui n'ont pas grand-chose à envier aux classiques que sont les Brahms, Bruch ou Mendelssohn par exemple !

Tout respire ici le romantisme allemand dans ce qu'il a de plus noble, de plus élégant et de plus exaltant. Pas une mesure n'est à retirer ! Le deuxième concerto s'offre en outre le luxe, après à peine une minute d'orchestre, d'une cadence infernale donnant au violoniste l'occasion de démontrer son talent. Un talent immédiatement reconnaissable d'ailleurs avec le beau son et la technique irréprochable de Linus Roth, un virtuose encore trop peu connu par chez nous et qui mérite franchement le détour.

Même si la fantaisie qui complète l'enregistrement est en-dessous des concerti, voici un disque qui s'impose de toute urgence et bien servi par une belle prise de son, en outre ! Un régal...


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