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17 juillet 2016
L’invention de la photographie pourrait-elle remonter au Moyen-âge ? Tel est le postulat de cette BD construite à la manière d’un polar. Cela peut paraître farfelu, mais d’après Néjib, les moyens techniques existaient pour faire de la photographie à l’époque, du moins en théorie. Le fait qu’elle n’ait pas été inventée avant le XIXe siècle fait partie des mystères de l’Histoire. L’auteur en profite pour avancer une théorie, des plus audacieuses, selon lequel le Saint Suaire serait un faux fabriqué selon les principes chimiques de la « camera oscura » à des fins de propagande.

« Stupor Mundi » (Stupeur du monde), tel était le surnom de Frédéric II, empereur du Saint-Empire romain éclairé et érudit qui eut maille à partir avec la papauté. Celui-ci dût concilier son rôle de chef des croyants dans un monde menacé par l’obscurantisme et sa passion pour les sciences et la philosophie. A cette époque, les principales découvertes venaient d’Orient, là où la civilisation arabe connut un rayonnement majeur, mais malgré cela, les savants n’y étaient pas toujours à l’abri d’un imam intolérant. Frédéric II leur accordait volontiers sa protection pour leur permettre de mener leurs recherches l’esprit tranquille.

S’inspirant librement de la vie du suzerain et de ses contemporains, Néjib a conçu un récit reposant sur l’opposition entre l’ombre et la lumière. Cette fameuse « camera oscura » sert de parabole pour illustrer de façon pertinente la lutte qui se jouait à l’époque entre le pouvoir politico-religieux et le monde des sciences et des arts, quelques siècles avant la philosophie des Lumières. Le personnage du savant Hannibal, en exil, apparaît pour sa part ambigu. S’il est bien du côté du savoir et des sciences, on devine qu’il est prêt à tout pour recevoir les lauriers de la gloire grâce à sa découverte.

Peu engageant au premier abord, le dessin tient d’un minimaliste poussé mais chaque trait est à sa place, les perspectives et les cadrages semblent couler de source, en accord parfait avec l’histoire qui du coup reste d’une bonne fluidité. Les paroles alternent parfaitement avec les silences, ce qui, étant donné la teneur du sujet et une certaine complexité du scénario, est appréciable. Néjib a des choses à dire, il veut que ça se sache et pour cela va droit au but. Et ça fonctionne.

Comment ne pas voir dans l’œuvre de cet auteur né en Tunisie un message adressé aux extrémistes religieux de son pays qui tentent d’avoir la mainmise sur le pouvoir politique ? Mais son message a également une portée universelle. Car c’est actuellement un vent maudit qui souffle sur tous les continents, alimenté par les peurs, la bêtise et l’ignorance. Si « Le Nom de la Rose » devait avoir son équivalent en bande dessinée, « Stupor Mundi » serait celui-là. Une des bonnes surprises de l’année, cela va sans dire.
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