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Les Ombres de l'angoisse Broché – 11 février 2005

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Description du produit

Extrait

Extrait de l'avant-propos :

Dans mon essai Freud et la question de l'angoisse1, je tente de démontrer que toutes les structures psychiques (aussi bien pathologiques que normales) s'organisent autour de l'angoisse inconsciente. Cette notion, très rarement abordée dans la littérature analytique, est, à l'instar de la découverte freudienne de l'inconscient, difficile à comprendre et à admettre. Comment, en effet, concevoir une angoisse qui ne s'éprouverait pas ?

En fait, quand elle ne s'éprouve pas - l'angoisse -, elle s'exprime sans arrêt en étant le motif du refoulement, refoulé qui rejaillit alors sous forme de symptômes névrotiques et/ou psychotiques, de perturbations psychosomatiques, d'organisation de la personnalité, de sublimations.

Il s'agira donc, à partir de ces développements, de démontrer en quoi les symptômes, réalisations des désirs inconscients par des voies substitutives, consistent en une fuite devant l'angoisse inconsciente, donc devant le désir responsable de l'angoisse, et empêchent du même coup tout processus évolutif du sujet.

Une fois cette démonstration faite, je tenterai d'appliquer cette réalité psychique à l'éclaircissement de différents thèmes tels l'angoisse existentielle et le narcissisme ainsi qu'à une tentative de compréhension du «collectif», donc du social.

C'est que le modèle psychanalytique de la formation de symptôme comme fuite devant le désir inconscient, fuite induite par l'angoisse inconsciente, me paraissait particulièrement éclairant pour tenter de mieux comprendre les aspects inquiétants de notre monde moderne quant à sa conduite de plus en plus irresponsable et incontrôlée. (Monde parce que la mondialisation, en transformant notre planète en un gros village, ne permet plus de parler uniquement de notre société occidentale : l'essentiel des pays, même pauvres, sont embarqués dans le même bateau, qu'ils le veuillent ou non.)

Un mot de l'auteur

J'aurais pu intituler mon livre " Comment l'angoisse entraîne l'être humain à se structurer des symptômes pour s'éviter d'avoir à connaître la réalité de ses désirs ? ".

" L'art du camouflage " aurait assez bien convenu aussi.

Freud disait que l'homme ferait n'importe quoi pour nier la réalité de sa sexualité. Il ne mentionnait pas l'agressivité qu'il faudrait évidemment citer pour compléter cette réflexion freudienne.

L'être humain fait effectivement n'importe quoi pour fuir ce qui l'angoisse le plus, à savoir ses désirs inconscients qu'il vit comme inavouables.

L'angoisse complètement intriquée à l'appareil psychique dès la toute petite enfance jouera chez l'adulte un rôle fondamental dans la façon qu'il aura de gérer son désir.

L'angoisse est archaïquement le témoin d'une douleur psychique liée à une montée d'excitations, puis secondairement d'une peur devant le désir (le prototype étant le désir oedipien) et toujours le signe de l'anticipation d'une perte possible.

Perte du plaisir lié à la prise en charge fusionnelle (c'est la mère qui pourvoit aux besoins pulsionnels et dispense donc du plaisir), perte de l'objet maternel (angoisse d'abandon car le bébé doit arriver à une certaine autonomie pour chercher par lui-même son plaisir), perte de l'amour de l'objet (l'angoisse de rejet apparaît quand le bébé s'aperçoit que la mère a également d'autres objets d'amour), perte du pénis (l'angoisse de castration apparaît au moment de la découverte des sexes par l'enfant), perte de l'estime du surmoi (l'image que le sujet a de lui-même risque d'être dégradée par rapport à l'idéal qu'il s'est construit et par rapport aux regards des autres, donc le milieu social).

Donc, traduit autrement, cette angoisse de la perte est une angoisse de prise d'indépendance, une angoisse de prise de risque à vivre car ces pertes devront être acceptées pour espérer une réelle assomption du sujet dont le désir est désarrimé de toutes ces emprises psychiques infantiles. Le problème de la névrose est bien l'incapacité de se détacher de ces scories infantiles qui tiennent la personne ligotée.

La pulsion (le mouvement vital) devant s'exprimer, donc le désir, sous peine de tomber malade, l'appareil psychique invente des stratégies pour permettre à l'inconscient de s'exprimer tout en évitant soigneusement de rencontrer l'angoisse qui pourrait survenir en croisant le chemin de la signification fantasmatique des désirs.

La production de symptômes est le signe de ces montages complexes aveugles (aveugles car s'opérant à l'insu du sujet).

C'est pourquoi je parle d'ombres de l'angoisse.

° Ombres parce que le symptôme permet à l'inconscient d'agir dans l'ombre en toute tranquillité en excluant toute prise de responsabilité du sujet.
° Ombres en tant qu'ombres portées de l'angoisse inconsciente sur la scène extérieure de la réalité.
° Ombres aussi parce les symptômes occultent la réalité de l'angoisse, donc du désir.

Les effets sont loin d'être négligeables car paradoxalement, bien que déguisé par le symptôme, le désir inconscient s'exprime avec plus de brutalité de cette façon que par le biais d'une sublimation, processus au cours duquel le sujet est approximativement " au courant " de ce qui se joue.

Cette question du symptôme renvoie à la question de la responsabilité.

En effet, faire le choix (inconscient évidemment) du symptôme consiste à vouloir jouir (terme plus juste que réaliser le désir) sans rien vouloir savoir sur le sens de cette jouissance. Et chercher à savoir le contenu de son désir consiste invariablement à rencontrer l'angoisse, ne serait-ce, a minima, que l'angoisse de séparation, car chercher à cerner son désir, donc penser, introduit ipso facto une séparation de l'autre. Le désir singulier de chacun n'est jamais superposable à celui du voisin ; vouloir assumer sa vérité implique obligatoirement d'être seul (incroyablement seul) avec son désir.

Lorsque ce mécanisme de la formation de symptôme touche au collectif, le problème de cette responsabilité prend des proportions importantes.

En effet lorsque la complicité entre les désirs déguisés du discours dominant (idéologie telle que celle véhiculée par la publicité consumériste, responsables économiques, politiques, spirituels, etc.) et les désirs déguisés de la population prend en masse, tout devient possible jusqu'aux pires horreurs. La déresponsabilisation et l'infantilisation de la grande masse sont renforcées et elle va se sentir totalement amendée de laisser libre cours à ses désirs les plus inavouables sous forme de symptômes.

Très proches de nous, nous avons par exemple vu en ex-Yougoslavie des snippers tuer des enfants, des femmes et des vieillards dans les rues pour la " bonne cause " de la purification ethnique. Il a suffi qu'un chef criminel promulgue le concept de purification ethnique et le prenne sur les épaules pour que des individus, pour beaucoup probablement des " braves types " avant la guerre, mettent à profit cette situation pour assouvir leur désir criminel sous prétexte de se battre pour la patrie (le symptôme est ici ce mensonge auquel croit le sujet ; sans cette duperie de lui-même, on ne parlerait pas de symptômes mais de perversion, autre duperie mais organisée différemment).

Ce mensonge (ne rien vouloir savoir du désir et de l'angoisse associée), à la fois fondateur de l'inconscient et parallèlement aliénant le sujet, que la psychanalyse tente de comprendre, semble de plus en plus actif dans notre monde où seul le commerce (des biens et des personnes) et la passion perverse pour l'argent semblent devenir l'unique référence pour le plus grand nombre.

Le déni de l'inconscient accélère la perte de substance humaine (de l'âme) en préparant un avenir (en construisant un présent ?) de l'humanité particulièrement inquiétant.

Déni pour s'éviter la blessure d'orgueil insupportable que si peu de notre vie nous maîtrisons.

Être capable de repérer son désir (ou de simplement reconnaître sa réalité) et de le gérer au mieux me paraît être déjà une immense gageure. Il est évident dans ce cas qu'au préalable, il faille admettre que nous ne sommes pas maîtres de notre désir, mais seulement le dépositaire et, au mieux, le gestionnaire. Admettre la réalité de l'inconscient n'est pas autre chose.

Que penser alors de la folie de la maîtrise des événements qui animent notre monde contemporain ! Plus on veut maîtriser, plus ça échappe. Les États-Unis, champion en la matière, sont la preuve expérimentale de l'échec de cette conception défensive de l'homme (qu'il aurait prise sur sa conduite). Ne citons qu'un exemple avec la tentative américaine de plus en plus délirante de contrôler la diététique de ses concitoyens. Plus les programmes contre l'obésité se multiplient, plus il y a d'obèses (essentiellement chez les pauvres). Or l'obésité, dans beaucoup de culture, est signe de prospérité. Jamais s'est-on demandé pourquoi ce sont les plus démunis qui sont préférentiellement obèses ? Que leur restent-ils d'autres pour exister que de s'identifier à cette représentation de la prospérité dans une société par ailleurs elle-même " obèse " (surabondance des biens de consommation) qui méprise l'individu au profit du collectif en le rendant totalement indigent d'un point de vue culturel, en le crétinisant pour qu'il soit une meilleure proie des publicitaires, donc ici des industries agro-alimentaires.

" Prenez-vous en charge, maîtrisez votre vie " disent ceux qui savent (les dirigeants de toute obédience), alléguant que la pléthore de choix dans notre société permettrait à chacun de mieux trouver sa place alors que le quadrillage idéologique et consumériste interdit de plus en plus au sujet d'exister sinon en se coulant dans les identifications collectives. Discours cruel pour ceux qui n'ont aucun moyen (économique mais surtout intellectuel) de choisir sinon d'être ballottés et pris en otage par le discours dominant.

Évidemment, malgré cette énorme forteresse défensive que constitue le discours contemporain, l'angoisse s'éprouve chez de plus en plus de personnes.

Au lieu de nier cette angoisse en l'étouffant, ne serait-il pas plus intelligent de " l'écouter " et d'en traduire le message pour un mieux-être à la fois individuel et collectif ?

Cette nécessité de mieux-être n'est même plus une question d'éthique ou d'humanisme mais bien d'intelligence car les effets de la méconnaissance de l'inconscient, outre d'induire individuellement des souffrances chez la personne, a des effets collectifs dévastateurs sur notre planète, donc sur le l'écosystème qui nous abrite et nous fait vivre.

Christian JEANCLAUDE,
auteur

Détails sur le produit

  • Éditeur ‏ : ‎ DE BOECK SUP; 1er édition (11 février 2005)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 151 pages
  • ISBN-10 ‏ : ‎ 2804147916
  • ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2804147914
  • Poids de l'article ‏ : ‎ 259 g
  • Dimensions ‏ : ‎ 16 x 1.3 x 24 cm
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À propos de l'auteur

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J'ai publié à ce jour 3 livres de référence à la fois accessibles et exhaustifs, soit :

* FREUD ET LA QUESTION DE L'ANGOISSE [2001,2003, 2008,2016] dont la 4ème édition en sorti en février 2016.

Vous trouverez le descriptif détaillé sur de nombreux sites, dont Amazon.

Ce livre a été considérablement augmenté depuis son lancement en 2001 pour aboutir à une forme en 4ème édition extrêmement complète. A la fois ouvrage de référence pour les professionnels et les étudiants en psychologie et toute discipline en lien avec le relationnel (orthophonie, éducation spécialisée, enseignement, profession infirmière, etc.), livre de culture indispensable à toute lecteur qui veut comprendre les fondements des conduites humaines individuelles et collectives, j'ai vraiment beaucoup travaillé le style dans l'espoir de permettre à tout néophytes de la psychanalyse de pénétrer l'univers passionnant de l'inconscient.

Dans cette 4ème édition, commente aussi en détail l'ouvrage freudien "Inhibition, symptôme et angoisse" de 1926 qui a été au cœur d'un bouleversement théorique profond de la théorie freudienne.

L'ANGOISSE N'EST PLUS UN SYMPTOME MAIS UN SIGNAL D'UNE IMPOSSIBILITE.

Ecouter son angoisse devient alors fondamental pour pouvoir réajuster sa vie : la chute du niveau d'angoisse sera l'indicateur des bonnes décisions !

En espérant aussi amener le lecteur à lire ce livre majeur de Freud.

J'ai passé des années sur ce bouquin et il est devenu mon propre référentiel dans ma pratique analytique pour décrypter la grammaire de l'inconscient de mes analysants.

Outre des retours prestigieux tel son introduction dans des programmes de formations aux médecins et psychologues par le Pr Jean BERGERET à Lyon 2, son utilisation dans des séminaires etc., j'ai eu beaucoup de plaisir en apprenant que tel lecteur avait totalement revisité son analyse à la lueur de la lecture du livre, que des psychanalystes ne pratiquaient plus de la même façon, et cerise sur le gâteau pour moi : qu'il était accessible et bien écrit.

J'ai tellement "sué" à l'écrire que cette dernière critique me va droit au cœur.

Si la maxime " ce qui se conçoit bien s'énonce bien" s'applique à mon livre, alors j'ai atteint un des buts que je m'étais assigné.

Je l'ai conçu pour qu'il puisse être consulté à tout moment en fonction des besoins (l'index m'a demandé un travail fastidieux !). Si on accroche à la conception psychanalytique de l'angoisse, la vie s'en trouve bouleversée à jamais et dans ce cas, Freud et la question de l'angoisse est une source à laquelle il est toujours possible de s'abreuver.

Je crois sincèrement être très honnête intellectuellement dans tous mes ouvrages et ma rigueur scientifique n'y ajoute que du poids.

Anecdote : quand j'ai mis le point final au manuscrit en 2000, j'avais un sentiment insupportable de n'avoir rien résolu de cet affect si mystérieux de l'angoisse à cheval entre le corps et l'esprit. Je n'avais pas compris ce que j'avais écrit comme souvent quand on est pris par une sorte de nécessité créative (c'est vrai de tous les créateurs). C'est que j'étais bien plus étroit et limité que mon inconscient qui m'avait bousculé violemment pour écrire ce bouquin. Avec le temps, je me suis familiarisé avec cet objet comme s'il n'était quasiment plus de moi et j'arrive enfin à lui donné du crédit en comprenant que l'angoisse ne peut pas aboutir à être expliqué univoquement mais qu'elle ouvre en permanence vers un questionnement sur la vie. L'angoisse est la vie car elle oblige au mouvement et au questionnement.

* FREUD ET SON HERITAGE [2010], essai qui regroupe un exposé complet de la théorie psychanalytique, une réflexion approfondie sur la technique de la psychanalyse et enfin des réflexions sur des sujet divers concernant l'humain à partir du corpus théorique de la psychanalyse.

J'ai voulu écrire un vrai livre d'introduction à la psychanalyse qui soit à la fois une plongée dans la saga freudienne, donc dans l'histoire de la psychanalyse ainsi qu'une plongée dans les méandres de l'inconscient sans pour autant être jargonneux.

Je ne fais ni cadeau à Freud, ni critiques destructrices (Freud-bashing) car cet homme, très mal écouté d'ailleurs quoiqu'en disent ses détracteurs, a fait preuve d'une clairvoyance et d'une persévérance pour pénétrer l'âme humaine qui dépassent le commun. Ce qui ne l'empêchait pas d'être fin politique pour asseoir la psychanalyse, voire parfois particulièrement rusé.

Il me paraissait indispensable pour comprendre un peu quelque chose à la psychanalyse de nouer son histoire à ses découvertes.

J'ai beaucoup travailler l'écriture et remarques qui me font le plus plaisir sont celles qui font référence à la facilité de lecture sans pour autant être tomber dans une caricature de la psychanalyse.

Le psychanalyse est complexe pour finalement aboutir une vérité première : que la vérité est insupportable à l'humain.

C'est bien pourquoi cette discipline est sans arrêt remise sur la sellette depuis sa naissance (j'en parle dans le livre) et en même temps bien accrochée car il faut bien le dire, surtout pour ceux qui veulent en tirer les bénéfices en s'engageant dans un travail analytique : elle est irremplaçable. La parole singulière qui s'épanouit en séance et qui, par ses effets de vérité, transforme la rapport au monde des analysants avec, à la clef, une amélioration considérable de la qualité de vie, est l'invention freudienne par excellence. J'essaye de rendre compte, de faire ressentir cette force de la parole analytique en abordant la technique analytique dont le mystérieux transfert.

* LES OMBRES DE L'ANGOISSE [2005]).

Je vous renvoie vers les rubriques ad hoc de mon site (www.psy-psychanalyste.com) ou vers le site de l'éditeur, encore vers Google books, passiondulivre.com (http://www.passiondulivre.com), etc. pour le descriptif de mes ouvrages.

(Démarche aussi très fructueuse : " christian jeanclaude " dans Google et vous disposerez d'environ 200 références.)

J'écris également de nombreux articles sur internet (désormais regroupés sur mon site Internet) et dans diverses revues (L'Erre, Envie d'école, ...).

Ma formation universitaire en biologie (écologie à l'Enesad de Dijon, psychophysiologie et primatologie à l'Université de Strasbourg, éthologie humaine à l'Université Laval de Québec) confère à mes écrits psychanalytiques un style singulier, à la fois mélange de grande liberté et de beaucoup de rigueur.

En plus d'apporter du matériel pour nourrir la pensée des lecteurs coutumiers de la psychanalyse, j'espère aussi ouvrir l'interprétation psychanalytique des événements individuels et collectifs aux lecteurs d'un horizon plus large. [3]

Christian Jeanclaude

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