undrgrnd Cliquez ici RentreeLitteraire nav-sa-clothing-shoes Cloud Drive Photos nav_WSHT16 Cliquez ici Acheter Fire Achetez Kindle Paperwhite cliquez_ici Bijoux en or rose

Commentaires client

4,5 sur 5 étoiles
19
4,5 sur 5 étoiles
Votre évaluation :(Effacer)Evaluez cet article


Un problème s'est produit lors du filtrage des commentaires. Veuillez réessayer ultérieurement.

René Girard a écrit ce livre en 1969. Il revisite en profondeur les grands romanciers qui ont approché ou décrit la vérité des sentiments car compris que le désir était de nature mimétique.

"Je désire ce que désire autrui" voire même "je désire ce que je pense que l'Autre (mon modèle, mon rival) désire" - Je puis désirer un désir imaginaire, et je le désirerai plus fort encore par mimétisme de l'Autre, ce qui conduit à l'attitude tant exploitée par les publicitaires "je ne désire un objet que parce que mon rival le désire".

Le modèle, c'est le médiateur du désir. A propos de Cervantès, et de son héros Don Quichotte, René Girard définit la nature triangulaire du désir mimétique :

"On peut toujours représenter [le désir] par une simple ligne droite qui relie le sujet et l'objet. La ligne droite est présente, dans le désir de Don Quichotte, mais elle n'est pas l'essentiel. Au-dessus de cette ligne, il y a le médiateur qui rayonne à la fois vers le sujet et vers l'objet. La métaphore spatiale qui exprime cette triple relation est évidemment le triangle."

René Girard découvre à la faveur d'une lecture critique riche des romans que "seuls les romanciers révèlent la nature imitative du désir." Les romans de Proust, Cervantès, Stendhal, Dostoïevski sont brillamment analysés à l'aune du désir mimétique, qu'avec talent, ironie et vérité ces grands écrivains ont su mettre en lumière.

Le mensonge romantique est celui de la vanité, camouflant le rôle essentiel que joue l'Autre dans les désirs. "Le vaniteux romantique veut toujours se persuader que son désir est inscrit dans la nature des choses, ou, ce qui revient au même, qu'il est l'émanation d'une subjectivité sereine, la création ex-nihilo d'un Moi quasi divin. Désirer à partir de l'objet équivaut à désirer à partir de soi-même : ce n'est jamais, en effet désirer à partir de l'Autre."

"Mensonge romantique et vérité romanesque" est une révélation. Ce livre exceptionnel est premier de l'oeuvre riche, féconde, brillante de René Girard.
55 commentaires| 16 personnes ont trouvé cela utile. Ce commentaire vous a-t-il été utile ?OuiNonSignaler un abus
le 28 novembre 2004
A travers l'expérience de quatre romanciers phares, RG engage les premiers balbutiements d'une recherche complexe et étonnament intelligente qui le conduira (et nous avec) vers l'explication, d'une simplicité et d'une évidence géniales, de ce qui engendre, structure, organise la société humaine. Ici, c'est le désir mimétique qui est dévoilé, ce fonctionnement triangulaire (sujet/objet/modèle-médiateur) qui brise l'espèce de rêve idéal du romantisme, à savoir la spécificité individuelle du désir. 1er d'une admirable série sous-tendue par le mécanisme de la victime émissaire, Mensonge romantique... est encore fondamentalement littéraire.
0Commentaire| 45 personnes ont trouvé cela utile. Ce commentaire vous a-t-il été utile ?OuiNonSignaler un abus
Mon thème favori étant celui de la liberté, je ne pouvais qu'être attiré par cet ouvrage et intéressé par les écrits de René Girard en général, dont je songeais depuis longtemps à aborder l'oeuvre.
Nous nous croyons libres dans nos choix, écrit l'auteur, mais il ne s'agirait là que d'une pure illusion romantique. Nos désirs sont de nature mimétique, selon un processus qui correspondrait au phénomène du désir triangulaire, selon la terminologie de René Girard qui distingue, dans une relation triangulaire (voire à double triangle, au fur et à mesure de la progression de la démonstration) entre un sujet, un objet et un médiateur (un autre sujet, pour lequel on éprouve soit de l'admiration, soit une rivalité, ou de la haine, le plus souvent un mélange de tout cela, par un effet complexe d'ambivalence des sentiments) de multiples ressorts de la nature humaine.

Pour mieux le démontrer, car il s'agit d'une véritable démonstration que nous sert si brillamment René Girard, l'auteur s'appuie sur les oeuvres littéraires de grands auteurs, au premier rang desquels Cervantès, Proust, Stendhal et Dostoïevski qui, dans une sorte de progression étonnante, nous ramènent aux fondements de la motivation de nos actes, qu'il s'agisse de vanité (Stendhal, Le Rouge et le Noir), snobisme (Proust) ou encore idolâtrie haineuse (Dostoïevski).
L'explication est complexe, les analyses très fines, et on entre de plain-pied dans l'univers de la psychologie humaine, dans toute sa profondeur, abordant différents champs, de l'envie à l'hypocrisie, en passant par la coquetterie et jusqu'aux masochisme et sadismes.

Un ouvrage assez compliqué, que j'ai eu un peu de mal à finir (mais il est vrai que j'étais pressé d'aborder d'autres lectures qui m'attendaient), même si la démonstration est claire et progressive. J'ai eu un peu peur au départ d'être perdu par mon manque de culture littéraire (qui me faisait souhaiter, par honte, de lire rapidement certaines des grandes oeuvres célèbres analysées, comme par exemple Don Quichotte), mais l'auteur expose clairement les situations, les personnages en présence et les circonstances, ce qui rend parfaitement intelligible l'analyse pour quelqu'un qui n'a pas lu ces romans, jugés pas René Girard comme des oeuvres géniales.

Une lecture de haut niveau, un travail absolument brillant.
99 commentaires| 25 personnes ont trouvé cela utile. Ce commentaire vous a-t-il été utile ?OuiNonSignaler un abus
le 27 novembre 2006
C'est dans ce livre que René Girard expose sa théorie du désir mimétique. Les idées développées ne sont pas toutes nouvelles (le fait que notre prétendue identité personnelle nous vienne en grande partie d'autrui fait par exemple partie des fondamentaux du bouddhisme), mais son analyse est finement menée, et elle reste très accessible même si on n'a pas lu tous les romans auquels il fait référence. C'est certainement en commençant par ce livre qu'il faut aborder l'oeuvre de Girard, il permet de mieux comprendre les suivants.
0Commentaire| 24 personnes ont trouvé cela utile. Ce commentaire vous a-t-il été utile ?OuiNonSignaler un abus
René Girard a écrit ce livre en 1969. Il revisite en profondeur les grands romanciers qui ont approché ou décrit la vérité des sentiments car compris que le désir était de nature mimétique.

"Je désire ce que désire autrui" voire même "je désire ce que je pense que l'Autre (mon modèle, mon rival) désire" - Je puis désirer un désir imaginaire, et je le désirerai plus fort encore par mimétisme de l'Autre, ce qui conduit à l'attitude tant exploitée par les publicitaires "je ne désire un objet que parce que mon rival le désire".

Le modèle, c'est le médiateur du désir. A propos de Cervantès, et de son héros Don Quichotte, René Girard définit la nature triangulaire du désir mimétique :

"On peut toujours représenter [le désir] par une simple ligne droite qui relie le sujet et l'objet. La ligne droite est présente, dans le désir de Don Quichotte, mais elle n'est pas l'essentiel. Au-dessus de cette ligne, il y a le médiateur qui rayonne à la fois vers le sujet et vers l'objet. La métaphore spatiale qui exprime cette triple relation est évidemment le triangle."

René Girard découvre à la faveur d'une lecture critique riche des romans que "seuls les romanciers révèlent la nature imitative du désir." Les romans de Proust, Cervantès, Stendhal, Dostoïevski sont brillamment analysés à l'aune du désir mimétique, qu'avec talent, ironie et vérité ces grands écrivains ont su mettre en lumière.

Le mensonge romantique est celui de la vanité, camouflant le rôle essentiel que joue l'Autre dans les désirs. "Le vaniteux romantique veut toujours se persuader que son désir est inscrit dans la nature des choses, ou, ce qui revient au même, qu'il est l'émanation d'une subjectivité sereine, la création ex-nihilo d'un Moi quasi divin. Désirer à partir de l'objet équivaut à désirer à partir de soi-même : ce n'est jamais, en effet désirer à partir de l'Autre."

"Mensonge romantique et vérité romanesque" est une révélation. Ce livre exceptionnel est premier de l'oeuvre riche, féconde, brillante de René Girard.
33 commentaires| 14 personnes ont trouvé cela utile. Ce commentaire vous a-t-il été utile ?OuiNonSignaler un abus
le 13 juillet 2015
La thèse de René Girard est certainement très intéressante. Si on ne la connaît pas, il faut s'y plonger: le désir spontané n'existe pas (ou presque), il est toujours le désir d'un médiateur, externe ou interne, qui induit non seulement un désir de l'objet désiré par le médiateur, mais éventuellement le désir, inassouvi (et pour cause) d'être le médiateur. C'est un apport original de l'auteur, et qui ouvre la voie à une vaste enquête sur les modes opératoires du désir, surtout concernant son déni de reconnaissance du médiateur.

En complément l'analyse historique, et donc de l'évolution progressive d'un monde de médiateurs externes à un monde de médiateurs internes, souligne avec pertinence la prévalence croissante de la double médiation (chacun est médiateur pour son médiateur), avec les cortèges de difficultés psychologiques que cela ne peut manquer de susciter. L'approche sociologique aurait pu être creusée un peu plus, mais elle a le mérite d'être abordée et d'ouvrir des horizons prometteurs.

Tout ceci est adossé à une analyse très fouillée et très intéressante de quelques grandes œuvres romanesques (Cervantès, Flaubert, Stendhal, Dostoïevski, Proust ...).

Alors pourquoi trois étoiles seulement? Attention, trois étoiles, c'est tout de même positif ("J'aime"). Mais je suis un peu agacé par cet esprit de systématisme qui est la marque de Girard, que ce soit à propos du désir ou de la violence (dans "La violence et le sacré"), qui le conduit à une lecture très sélective de tout ce qu'il analyse, et à des conclusions toujours partisanes. Que le mimétisme joue un rôle important dans le désir, on en conviendra aisément. Qu'il soit plus important que ce qu'on peut imaginer, soit. Mais que tout désir doive être analysé à l'aune de sa théorie est évidement outrancier.

Ce qui aurait pu être une pure révélation, élégante et féconde, devient une démonstration très pesante qui finit par s'épuiser dans la répétition et l'esprit partisan. Le problème de ces thèses universelles, c'est qu'elles s'appliquent tellement à toute situation qu'elles finissent par se diluer d'elles-même. Si le mimétisme est partout, c'est un peu comme s'il n'était nulle part. Prétendre qu'il est simplement caché quand il n'est pas visible est un peu facile comme procédé. Et la puissance créatrice de l'homme ne peut être ainsi balayée d'un trait; elle est, elle, évidente et bien visible. Or, elle est désir, désir de création, et ne répond pas à la loi de Girard, car le modèle dont elle a besoin n'est pas objet de mimétisme mais de dépassement du modèle!

De plus, on peut élever une autre objection fondamentale à sa thèse. En effet, selon Girard, si le désir est mimétique, alors le libre-arbitre disparaît. Sauf s'il concerne le choix (même inconscient) d'un médiateur plutôt qu'un autre, ce que je crois fermement, et qui ne me semble réfuté en rien par Girard. Don Quichotte choisit d'imiter Amadis, et pas Pierre, Paul ou Jacques. Que le désir soit affaire de médiateur et non d'objet ne supprime donc aucunement le libre-arbitre. Dieu que Girard est noir et pessimiste!

Bref, j'ai préféré "La violence et le sacré", que je trouve plus novateur et plus convaincant. Et je suggère par ailleurs la lecture de "Notre troisième cerveau" de Oughourlian, qui décline les découvertes sur le mimétisme de Girard (qu'il a très bien connu) en transposant les problèmes de la genèse du désir dans le domaine psychiatrique, avec un certain bonheur.
0Commentaire| 8 personnes ont trouvé cela utile. Ce commentaire vous a-t-il été utile ?OuiNonSignaler un abus
le 31 octobre 2015
J'ai lu ce livre en même temps que je découvrais Henri Guillemin via Youtube. Et je dois dire que ce livre peut expliquer l'histoire de France qu'exposait Guillemin. Je pense maintenant comprendre mieux mon pays, qui jusque là me paraissait un chaos angoissant. Pareil pour certaines agressions absurdes et subjectives de tous les jours, bien content de voir ça de loin maintenant.
Par contre c'est par chance que j'avais lu "Les Carnets du sous-sol" mais il me manque à lire "Le rouge et le noir", "Don Quichotte", et "A la recherche du temps perdu" pour savoir de quoi il parle. Je pense qu'il faut les lire avant celui ci.
D'ailleurs j'avais à peine compris Dostoievski ça et là mais l'analyse de Girard fait un appel d'air.

Je dois dire que l'exposé de René Girard met sérieusement en doute l'idée que j'avais de l'intelligence. J'avais lu "The essential Turing" et dans son analyse de l'intelligence artificielle, Alan Turing en était arrivé à la conclusion que l'intelligence artificielle était un "Imitation Game". C'est troublant parce que chez Girard c'est l'intelligence humaine qui est un "Imitation Game".
Et pour tout dire, le seul truc qui échappe à ce modèle c'est la création qui reste un mystère. Donc voilà un livre qui laisse avec plus de perspective et de questions qu'avant sa lecture. 5 étoiles bien méritées.
0Commentaire| 4 personnes ont trouvé cela utile. Ce commentaire vous a-t-il été utile ?OuiNonSignaler un abus
le 5 juillet 2008
Un livre impressionnant pour plusieurs raisons: une culture romanesque extrèmement vaste bien sûr, des lectures de Stendhal, de Proust ou Dostoievski d'une grande profondeur, un véritable décryptage en sous sol!!!! Surtout pour Dostoievski, dont les oeuvres sont parfois déroutantes...de même, la psychologie de J. Sorel est remarquablement exposée, loin des lieux communs habituels.
Curieusement d'ailleurs, un ouvrage pas trop cité par la critique officielle.
En revanche, une théorie du désir passionnante mais hégémonique, polymorphe, se déployant partout, à la limite de l'obsessionnel...un ouvrage parfois oppressant de ce fait...
0Commentaire| 13 personnes ont trouvé cela utile. Ce commentaire vous a-t-il été utile ?OuiNonSignaler un abus
le 10 décembre 2015
mais en fin de lecture, il faut relire un récit trop complexe, ce qui ne rend pas agréable la compréhension des sujets qui s'interpellent. Contenu et approches très judéo-chrétienne et la qualité de ce chercheur littéraire laisse au lecteur un questionnement sur les certitudes apportées dans ses analyses. Il me faudra re lire cet ouvrage avec attention pour dire l'importance de "Mensonges romantique et ....vérité romanesque"!
11 commentaire| Une personne a trouvé cela utile. Ce commentaire vous a-t-il été utile ?OuiNonSignaler un abus
« Mensonge romantique et vérité romanesque » est le premier ouvrage de René Girard, écrit en 1961 et il s'agit également de son plus lumineux essai. Il y expose avec génie ses intuitions sur la « nature mimétique du désir », expression qui fera date. L'ouvrage s'appuie sur une analyse de chefs d'œuvre de la littérature (Cervantès, Stendhal, Proust, Dostoïevski) pour démonter que l'autonomie du désir n'est qu'une illusion romantique : « Seuls les romancier révèlent la nature imitative du désir. Cette nature, de nos jours, est difficile à percevoir car l'imitation la plus fervent est la plus vigoureusement niée. Don Quichotte se proclamait disciple d'Amadis et les écrivains de son temps se proclamaient les disciples des Anciens. Le vaniteux romantique ne se veut plus le disciple de personne. Il se persuade qu'il est infiniment original. Partout au XIXe siècle, la spontanéité fait dogme, détrônant l'imitation. Ne nous laissons pas duper, répète partout Stendhal, les individualismes bruyamment professés cachent une forme nouvelle de copie. Les dégoûts romantiques, la haine delà société, la nostalgie du désert, tout comme l'esprit grégaire, ne recouvrent, le plus souvent, qu'un souci morbide de l'Autre » (page 29).

Le désir est par nature « triangulaire », il s'appuie sur un médiateur externe (hors d'atteinte du sujet) ou interne (proche et bien réel) qui sert de référence et de modèle pour le développement du « mimétisme » : « Proust n'a cessé d'affirmer que la révolution esthétique du Temps retrouvé était d'abord une révolution spirituelle et morale ; nous voyons bien, maintenant, que Proust avait raison. Retrouver le temps c'est retrouver l'impression authentique sous l'opinion d'autrui en sa qualité d'opinion étrangère ; c'est comprendre que le processus de la médiation nous apporte une impression très vive d'autonomie et de spontanéité au moment précis où nous cessons d'être autonome et spontané. Retrouver le temps c'est accueillir une vérité que la plupart des hommes passent leur existence à fuir, c'est reconnaître que l'on a toujours copiés les Autres afin de paraître original à leurs yeux comme à ses propres yeux. Retrouver le temps s'est abolir un peu de son orgueil » (page 52).

On remarquera aussi comment Girard, il y a cela déjà 50 ans avait une vision prémonitoire du « mal-être » postmoderne qui est devenu aujourd'hui si commun : « Derrière toutes les doctrines occidentales qui se succèdent depuis deux ou trois siècles il y a toujours le même principe : Dieu est mort, c'est à l'homme de le remplacer. La tentation de l'orgueil est éternelle mais elle devient irrésistible à l'époque moderne car elle est orchestrée et amplifiée de façon inouïe. La « bonne nouvelle » moderne est entendue par tous. Plus elle se grave profondément dans notre cœur plus le contraste est violent entre cette promesse merveilleuse et le démenti brutal que lui inflige l'expérience. A mesure que s'enflent les voix de l'orgueil, la conscience d'exister se fait plus amère et plus solitaire. Elle est pourtant commune à tous les hommes. Pourquoi cette illusion de solitude qui est un redoublement de peine ? Pourquoi les hommes ne peuvent-ils plus alléger leurs souffrances en les partageant ? Pourquoi la vérité de tous est-elle enfouie profondément dans la conscience de chacun ? Tous les individus découvrent dans la solitude de leur conscience que la promesse est mensongère mais personne n'est capable d'universaliser cette expérience. La promesse reste vraie pour les Autres. Chacun se croit seul exclu de l'héritage divin et s'efforce de cacher cette malédiction. Le péché originel n'est plus la vérité de tous les hommes comme dans l'univers religieux, mais le secret de chaque individu, l'unique possession de cette subjectivité qui proclame bien haut sa toute-puissance et sa maitrise radieuse : « Je ne savais pas, remarque l'homme du souterrain, que les hommes puissent être dans le même cas et toute ma vie je cachais cette particularité comme un secret » (page 73).

Girard se fait également plus politique lors qu'il évoque les « imitations croisées » de la noblesse (les ultras) et de la bourgeoisie, à travers l'œuvre de Stendhal et la période de la Restauration. Les prolongements actuels sont encore bien palpables : « La justification historique des luttes intestines n'est plus guère qu'un prétexte. Ecartez le prétexte et la véritable cause apparaîtra. L'ultracisme passera ainsi que le libéralisme, mais la médiation interne ne passera pas. Et la médiation interne ne manquera jamais de prétextes pour entretenir la division en deux camps rivaux. La société civile, après a religieuse, est devenue « schismatique ». Envisager avec optimiste l'avenir démocratique sous prétexte que le « ultra », ou tels de leurs successeurs, sont destinés à disparaître de la scène politique, c'est faire passer à nouveau l'objet avant le médiateur et le désir avant l'envie. C'est agir comme le jaloux chronique qui confond toujours sa jalousie avec le rival du moment. Le dernier siècle d'histoire de France donne raison à Stendhal. La lutte des factions est le seul élément stable dans l'instabilité politique contemporaine. Ce ne sont plus les principes qui engendrent la rivalité, c'est la rivalité métaphysique qui se glisse dans les principes opposés à la façon de ces mollusques que la nature n'a pas pourvus de coquille et qui s'installent dans la première venue, sans distinction d'espèce » (page 154).

Le désir mimétique se prolongé également dans l'analyse de la dialectique du maître et de l'esclave, dans le chapitre sur l'ascèse du héros. A force d'admire le médiateur, le sujet en devient l'esclave : « Le Napoléon de Tolstoï illustre cette marche à l'esclavage par la plus grande maîtrise. Comme tous les bourgeois, Napoléon est un parvenu qui doit son succès à l'instinct ascétique de la médiation interne. Comme tous les bourgeois, il a confondu cet instinct ascétique avec l'impératif catégorique d'une morale absolument désintéressée. Mais Napoléon découvre au sein de son triomphe, que rien n'est changé en lui, et cette découverte le désespère. Il veut traquer dans le regard d'autrui un reflet de cette divinité qui lui échappe encore. Il veut être un empereur de « droit divin », proclamer sa volonté urbi et orbi, exiger de l'univers entier qu'il obéisse. Le maître cherche l'objet qui lui résistera, Stavroguine ne le trouve pas. Napoléon finit par le trouver. Les Napoléon sont beaucoup moins rares que les Stavroguine dans l'univers de la médiation interne. Ce n'est pas un destin aveugle qui s'acharne contre l'ambitieux, c'est la dialectique de l'orgueil et de la honte qui se poursuit implacablement au faîte des honneurs. Le trou de néant se creuse toujours dans l'âme du grand homme » (page 192).

Pour Gérard l'important est donc de découvrir la réalité du désir et de dévoiler le médiateur pour s'en libérer. Il affirme ainsi, dans le chapitre sur L'Apocalypse dostoïevskienne : « La violence du désir n'est plus un criterium de spontanéité. La « lucidité » de notre époque sait reconnaître la présence du sacré dans les désirs qui paraissent les plus naturels. La réflexion contemporaine découvre les « mythe » et la « mythologie » dans chacun de nos désirs. Le XVIIIe siècle démystifiait la religion, le XXe siècle démystifiait l'histoire et la philologie, notre époque démystifie la vie quotidienne. Pas un désir n'échappe au démystificateur patiemment occupé à construire sur tous ces cadavres de mythes le plus grands mythes de tous, celui de son propre détachement. Lui seul, semble-t-il, ne désire jamais. Il s'agit toujours en somme de convaincre les « Autres » et surtout de se convaincre soi-même que l'on est parfaitement et divinement autonome » (page 304).

Sa conclusion, lumineuse, peut se résumer par cette ultime citation : Toutes les conclusions romanesques sont des « Temps retrouvé » (...) « J'abhorre Amadis de Gaule et l'infini bataillon de sa race... » Ce sont les romanciers eux-mêmes, par la voix de leur héros, qui confirment enfin ce que nous n'avons pas cessé d'affirmer tout au long de cet ouvrage : c'est dans l'orgueil qu'est le mal, et l'univers romanesque est un univers de possédés. (...) De médiate qu'elle était dans le corps du roman l'unité romanesque se fait immédiate dans la conclusion. Les conclusions romanesques sont forcément banales puisqu'elles répètent toutes littéralement la même chose. Cette banalité des conclusions romanesques n'est pas la banalité locale et relative de ce qui fut naguère « original » et peut le redevenir à la faveur, d'abord, de l'oubli et, ensuite, d'une « redécouverte » et d'une « réhabilitation ». C'est la banalité absolue de ce qui est essentiel dans la civilisation occidentale. Le dénouement romanesque est une réconciliation entre l'individu et le monde, entre l'homme et le sacré. L'univers multiplie des passions, se décompose et retourne à la simplicité. C'est « l'analusis » des Grecs et la seconde naissance des Chrétiens que fait songer la conversation romanesque. Le romancier rejoint dans ce dernier moment tous les sommets de la littérature occidentale ; il rejoint les grandes morales religieuses et les humanismes supérieurs, ceux qui élisent la part la moins accessible de l'homme. (...) « Karamasov, s'écria Kolia, est-ce vrai ce que dit la religion, que nous ressusciterons d'entre les morts, que nous nous reverrons les uns les autres, et tous, et Ilioucha ? - Oui, c'est vrai, nous ressusciterons, nous nous reverrons, nous nous raconterons joyeusement ce qui s'est passé... ».

D'une réjouissante limpidité... La littérature au secours de nos âmes.
0Commentaire| 2 personnes ont trouvé cela utile. Ce commentaire vous a-t-il été utile ?OuiNonSignaler un abus

Avez-vous besoin du service clients? Cliquez ici