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Kazuo Ishiguro a une manière bien à lui. Pas seulement un style, d'une clarté qui n'est jamais synonyme de pauvreté. Mais une manière de conduire le récit, qui peut d'ailleurs éventuellement lasser ceux qui lisent plusieurs de ses romans dans une même foulée. Soit, typiquement, un narrateur à la première personne, revenant sur tout ou partie de son passé, ne découvrant que peu à peu pour le lecteur les épisodes et les personnages les plus fondamentaux comme les plus anecdotiques. Doté d'une capacité d'analyse a posteriori, le narrateur ne confère jamais à son récit un sens de la perspective suffisant, ce qui fait que les éléments de compréhension qu'il donne au fur et à mesure obstruent la vision d'ensemble autant qu'ils finissent par la dessiner. La version ishigurienne du "unreliable narrator", ce narrateur auquel le lecteur ne doit pas faire entièrement confiance car ce qu'il avance est sujet à caution, est aussi pour lui une façon de faire ressentir au lecteur comment le narrateur accède à la conscience de ce qui est au coeur de sa vie, de ses expériences et perceptions, tout en montrant les limites de sa compréhension, voire son déni. Il n'est pas étonnant que The Remains of the Day /Les Vestiges du jour reste le roman le plus connu et prisé de Kazuo Ishiguro, parce que c'est bien celle de ses oeuvres qui se prête le mieux à cette manière, de par le sujet et le choix du personnage principal, mais aussi parce qu'elle est tenue de bout en bout.

When We Were Orphans /Quand nous étions orphelins, le 5ème roman d'Ishiguro (2000), n'échappe pas à ce schéma. Il était sans doute inévitable qu'Ishiguro finisse par choisir un narrateur détective (voir présentation de l'éditeur ci-dessus), dont l'enquête n'est rien d'autre qu'une quête de lui-même, de ses origines et de son rapport au monde. Il fallait également que le narrateur se trouve entre l'Angleterre et l'Asie, qu'il y soit question, comme dans Les Vestiges du jour, de l'entre-deux-guerres. Bref, lorsqu'on entame ce roman, pour peu qu'on connaisse un peu Ishiguro et ses romans précédents (cf. également le très beau An Artist of the Floating World /Un artiste du monde flottant), tout semble attendu et parfaitement en place.

Pourtant, comme toujours avec lui, Ishiguro arrive à subtilement déstabiliser son lecteur. Quand nous étions orphelins, pour le dire comme cela, est une oeuvre qui a la force de l'évidence et néanmoins quelque peu étrange. Faut-il croire qu'Ishiguro ne maîtrise pas sa matière pour que la partie du retour à Shanghai semble glisser entre les doigts, l'obsession de Christopher Banks frisant le plus souvent l'invraisemblable? Comment croire pleinement à ses tribulations finales dans un Shanghai en proie aux combats sino-japonais, en quête d'une chimère si évidemment chimérique qu'elle ne devrait pouvoir lui apparaître que comme telle? Il fait peu de doute pour moi que tout cela soit voulu par l'auteur. Reste qu'il faut que les lecteurs sachent qu'ils devront "suspendre leur incrédulité", que s'ils sont férus de vraisemblance à tout crin, ils risquent d'être déçus par les développements de ce roman. Ce serait dommage, car une fois acceptées comme autant de nécessités fictionnelles, ces invraisemblances ne sont qu'une des façons qu'a Ishiguro de souligner l'inanité de la quête. Plus le personnage proclame ou se laisse dire que le sort de l'humanité est entre ses mains - j'exagère à peine - plus il croit que son enquête personnelle ne pourra qu'extirper le mal à la racine, plus la confrontation à la vérité du monde aura de portée. Ce n'est pas juste que ce livre se conclue sur un désenchantement. Les yeux du narrateur se dessillent, mais ce mode de narration axé sur le retardement et cette insistance sur un narrateur déphasé, qui arrive toujours "trop tard", permettent également de donner au lecteur le sentiment d'un déphasage historique, d'une dé-synchronisation responsable d'un désenchantement profond et durable. C'est pour le dire autrement une manière diablement retorse et intelligente que de faire se répondre l'individuel et le collectif, la quête d'un personnage et le déroulement de l'histoire, qui ne se résume jamais à un simple cadre dans lequel viendrait s'inscrire un destin individuel. Si, comme d'autres de ses oeuvres, ce roman ne se terminait pas sur un sentiment diffus et des demi-teintes, on pourrait aller jusqu'à dire qu'il s'agit d'un tour de force. Ou plus exactement c'en est un, mais à la manière d'Ishiguro donc, dans la retenue et de façon toujours un peu oblique.

La prose comme toujours assez limpide d'Ishiguro se goûte mieux en anglais, je ne ferais pas de grande révélation en disant cela, et que ceux qui le peuvent feraient bien d'opter pour la langue originale. N'ayant lu que de longs passages mais pas l'intégralité de la traduction française, je ne la jugerai pas sur la longueur. Je dois dire que ce que j'ai lu du travail du traducteur, François Rosso, m'a convaincu. Il arrive, autant que faire se peut, à être au plus près de l'original, et ne perd que peu en précision et en élégance.

Voir également sur ce roman (et sur d'autres d'Ishiguro, je crois) le commentaire passionnant d'earthlingonfire sur l'édition précédente: Quand nous étions orphelins.
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