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le 8 février 2005
Depuis "Le Vent Paraclet", Michel Tournier nous gratifie de vignettes en forme d'autobiographies. Son enfance culbute les délibérations de l'Académie Goncourt, ses ancêtres rencontrent son presbytère, ses voisins rappellent ses voyages. Et la boucle et bouclée. Il y a un peu de redite car la vie de Michel Tournier est simple, lucide et juste, mais pas romanesque. On lit tout cela avec un plaisir doux, comme on lirait les épopées -crédibles mais peu banales- d'un voisin revenant de guerre ou de voyage. Comme toujours, Michel Tournier écrit avec passion, avec justesse, avec vérité, dans ce style inimitable qui en fait presque pour le lecteur un ami, jeune d'esprit, cultivé, invisible mais présent. Michel Tournier a quatre vingts ans...
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L’écrivain Michel Tournier, né en 1924 à Paris, est l’auteur de plusieurs romans remarqués dont Le Roi des aulnes, couronné par le Prix Goncourt en 1970. Fin 2010, il démissionne du jury de l'Académie Goncourt et se contente d'en devenir membre honoraire. Journal extime est paru en 2002.
Si on sait ce qu’est un journal intime, il n’est pas interdit de s’interroger sur le sens du terme « extime », tout comme le correcteur d’orthographe de mon traitement de texte qui souligne le mot en rouge pour me signaler l’erreur. « Journal extime » est un néologisme forgé par l’écrivain : « En opposition au journal intime, un journal extime sonde l'intimité non pas de l'auteur, mais du territoire qui lui est extérieur. »
En somme, Michel Tournier nous propose, non pas de nous parler de lui, mais plutôt des autres. Le bouquin construit comme un véritable journal, s’étale en douze chapitres représentant chacun un mois où l’écrivain recompose une chronologie d’évènements divers dont il tient à nous entretenir.
Considérations météorologiques et influences sur le jardin de sa maison, un ancien presbytère de la vallée de Chevreuse qu’il habite depuis quarante-cinq ans. Personnalités croisées ou invitées chez lui, comme ces visites de François Mitterrand alors président de la République, venu déjeuner au plus grand scepticisme de sa mère « Tu ne me feras jamais croire une chose pareille ! ». Ou bien Ingrid Bergman longtemps sa voisine en 1957.
Ce sont aussi des anecdotes, comme celle où il nous raconte comment une balle du révolver d’André Malraux passa dans celui d’Henry de Montherlant avant qu’il ne se suicide avec ! Ou celle à propos des oreilles décollées de Gérard Philippe lors du tournage du film Le Diable au corps. Mais ce sont aussi des vacheries, sur Pascal « le monceau informe des Pensées » ou sur Voltaire qui « bénéficie en France d’une surévaluation monstrueuse ».
Comme toujours dans ce genre d’ouvrage, il y a du bon et du moins intéressant. On passe du coq à l’âne, mais c’est aussi ce qui fait le charme d’une telle lecture, d’une anecdote on passe à une réflexion métaphysique, de la description d’un arbre du jardin on enchaîne avec une citation relevée au cours d’une lecture.
Michel Tournier nous parle de tout et de rien, instructif souvent, savez-vous comment on reconnaît un crâne historique d’un crâne préhistorique ? je vous laisse le découvrir, souriant parfois, mais toujours sur un ton reposant adossé à une écriture fluide et simple car maîtrisée à la perfection. Une lecture agréable en somme.

« Grâce au Grand Prix des lettres de Monaco, je suis présenté à François Valéry, qui fait partie de son conseil d’administration. Je lui dis aussitôt l’admiration ardente que je nourris pour son père (…). Il me raconte également qu’à la fin de sa vie, Paul Valéry recevait la visite d’un jeune pompier assez rustique, dont on lui transfusait des doses de sang. Les relations particulières – et comme vampiriques – qui unissaient les deux hommes le laissaient assez perplexe. »
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le 8 janvier 2010
l'exercice du journal intime est compliqué. Il s'agit de ne parler que de soi tout en ayant l'air de s'intéresser au monde. Pas de style requit, tout fait ventre; de la neige qui tombe à la visite du curé.
Cet extime là n'est que de l'intime, encore...
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