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le 31 mars 2010
« Frères humains, laissez-moi vous raconter comment cela s'est passé. »

Un notable d'aujourd'hui, tranquille fabricant de dentelles dans le Nord de la France, rencontre, pour ses affaires, Hans Frank, un client allemand. Les deux hommes se comprennent à demi-mot : ils se connaissent depuis quarante ans. Ils étaient officiers dans la SS pendant les années noires du Troisième Reich. Dans ces années-là, notre digne commerçant était le Dr Max Aue, diplômé en droit, officier de la SA, unité paramilitaire du Parti National Socialiste.
De 1933 à la fin du conflit il fut un fonctionnaire rigoureux et convaincu du régime nazi. Il nous invite, sans mettre de gants à sa plume, à reparcourir cette période de l'Histoire que la génération de « l'après » connaît peu : comment montrer, comment nommer ? Les bourreaux, eux, ne parlent jamais : ils se fondent dans le paysage. Les victimes, la plupart du temps se taisent : comment dire l'indicible ?
Le Dr Aue, lui, est sans états d'âme et sans remords, « libre de toute contrition ». Il ne regrette rien des massacres planifiés, organisés, auxquels il a participé. Cette épopée terrible et terrifiante, nous emmène à l'arrière-ban des conquêtes du Reich, de la Pologne à l'Ukraine, de Stalingrad à l'écrasement de Berlin Rien ne nous est épargné. Aucun recul possible. Le récit est cru, brutal, admirablement écrit et construit. Il nous faut boire ce vin jusqu'à la lie, le cœur entre les dents et rester un long moment, stupéfaits, anéantis et silencieux, la main posée sur la dernière page. Car cela fut !

« Ceux qui tuent sont des hommes, comme ceux qui sont tués, c'est cela qui est terrible. Vous ne pouvez jamais dire : je ne tuerai point, c'est impossible, tout au plus pouvez-vous dire ; J'espère ne point tuer. »
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La sortie en poche des Bienveillantes, 18 mois après le coup de tonnerre de la première publication, offre l'occasion de juger plus sereinement le Goncourt 2006 dont la réception a été largement polluée par des débats somme toute annexes (Littel et son agent, Littel et les prix, Littel et la langue française...) mais rendus inévitables par le succès proprement incroyable du livre, qui en a fait l'objet d'une querelle littéraire (elles sont si rares qu'on peut s'en réjouir), puis un « sujet de société ».
Comme plus personne ne l'ignore, les Bienveillantes dépeint l'odyssée de l'improbable Maximilian Aue, nazi homosexuel, matricide, incestueux et néanmoins cultivé - il est aussi, entre autres qualités, à moitié français et en proie à de graves problèmes intestinaux. Acteur de la campagne d'Ukraine au sein des Einsatzgruppe, il suit l'avancée allemande jusqu'en Crimée puis à Stalingrad, avant, ayant été blessé, de servir d'officier de liaison entre la SS (et les camps de la mort) et Albert Speer (et l'appareil économique) puis de subir la débâcle finale.
Les critiques innombrables faites au roman ont parfois frappé juste : le personnage central est totalement improbable du fait de ses tares innombrables comme de ses traits contradictoires ; les descriptions de ses perversions sont fréquemment complaisantes ; l'onirisme (voulu par la structure mythique adaptée d'Eschyle) tombe fréquemment à plat (par exemple dans l'assommant chapitre « Air » sur la retraite poméranienne de Aue). D'autres ne me semblent pas devoir être retenues : non, le style n'est pas plat ou maladroit et c'est bien la preuve d'un réel talent de romancier que de dépeindre aussi admirablement les paysages et les ambiances des contrées traversées comme les états d'âme collectifs des combattants. Et que de personnages remarquables ! Il n'est pas donné à tout le monde de créer des types comme le beau-frère Von Uxküll, artiste ostracisé et néanmoins antisémite fanatique (sauf en matière de musique - admirable, sa déclaration d'amour pour Schönberg !), l'ami Thomas, nazi zélé et viveur, le monstrueux Dr Mandelbrot. Non, la lecture n'est pas rendue malaisée par l'abondance de termes allemands, les longs développements sur les rivalités bureaucratiques au sein de l'Etat nazi et plus généralement la documentation prodigieuse rassemblée par Littel, car c'est bien cet effort de réalisme qui donne finalement tout son prix au roman. Non, enfin, le personnage principal n'écrase pas le lecteur sous ses fautes : c'est peu dire que le narrateur nous tient à bonne distance (ce qui est admirablement explicité dans le brillant chapitre introductif).
Cet énorme roman charrie donc perles et maladresses, passages admirables (la rencontre avec le bolchévik, l'explication par Mandelbrot de l'opposition entre Juifs qui veulent devenir des Allemands policés et économes et Allemands qui veulent devenir comme les Juifs antiques, mais soumis à un Dieu völkisch...) et ratés, voire ridicules (le nez d'Hitler, ici proposé dans une version différente de celle de la première édition - on n'y gagne pas). Il lui manque la rigueur des classiques et le brio des génies pour prétendre au titre de chef d'oeuvre dont on l'a abusivement qualifié. Ceci dit, au regard de l'état actuel de la littérature française, c'est évidemment un OVNI à lire toutes affaires cessantes.
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le 27 avril 2012
Un des meilleurs livres que j'aie pu lire ces dernières années. Le genre de livre qu'on garde à son chevet. Pour les âmes sensibles certains passages sont d'une cruauté assez féroce mais ne reflètent malgré tout qu'une réalité passée. Cela nourrit la réflexion sur les conflits qui ont pu suivre et qui ressemblaient ou ressemblent à ces passages (Cambodge, Tchetchénie, Soudan, Burundi, .....) JL va chercher au plus profond de la "machine" sociale, politique ou administrative afin d'expliquer ce qui permet ou force à faire remonter l'homme, même instruit, à ses instincts primaires les plus violents. Le passage le plus fascinant pour moi se situe dans les chapitres expliquant la linguistiques, le tissu social,des pays de l'est traversés par les armées du Reich. C'est d'une complexité inouie et pourtant JL arrive à nous la faire comprendre facilement. Certains passages font penser qu'on est sous acide et on a plus l'impression de lire un livre, on le vit. Incroyable ! Le mélange de styles se révele alors vraiment fabuleux. On lit et on apprend ! Bravo également pour le style et le souci du détail de Jonathan Littell. Vraiment un ouvrage impressionnant. Je l'ai lu deux fois en deux ans .....
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le 20 novembre 2013
Quand j'étais petit j'ai lu "au nom de tous les miens" de Martin Gray qui m'a durablement marqué.

Quel bouquin ! quel boucan !!! Je suis complétement rincé, je fais des cauchemars.
Ce roman de 1300 pages extrêmement bien documenté comporte beaucoup de termes allemands mais l’écriture est limpide, le livre se lit d’une traite (enfin 4 jours tout de même presque à plein temps).
Il y a énormément de bons passages mais quelques longueurs aussi, notamment le chapitre AIR ou l'officier SS déballe ses turpitudes. Le dialogue avec le commissaire politique russe est un moment intense, les deux hommes comparant et justifiant les épurations nécessaires commises par leurs dictatures respectives.

"Les Bienveillantes" est un roman historique sur la seconde guerre mondiale, lors de la conquête de l’union soviétique et de son corollaire, la shoah par balle, racontée par un officier SS, docteur en droit et nazi convaincu. Il participa à l’organisation des massacres de masse principalement sur les populations juives locales mais également les communistes, les handicapés et les Tziganes. Son rôle était de tenir des statistiques, faire des rapports et parfois d’aller sur le terrain se rendre compte de visu. Par la suite rapatrié de Stalingrad vers les bureaux de Berlin, il supervisera la solution finale en compagnie d'Himmler, Höss et Eichman
C'est du point de vue de cet observateur que l’on découvre en détail la mise en place du mécanisme d'extermination.

La compréhension du roman peut être facilité par la connaissance du front de l’est, ne serait-ce que par la vulgarisation que permettent des documentaires tels que « le monde en guerre » ou « les grandes batailles ». Ceci pour saisir la tactique suicidaire d’Hitler dans les différentes batailles du front russe, la méfiance de la Wermatch à l'égard de la SS ainsi que les luttes internes au sein même de l’ordre noir.
La lecture de 2 anciens concentrationnaires, « l’état SS » du sociologue Eugen Kogon et du « Cœur conscient » de Bruno Bettelheim, psychiatre, peuvent aider pour la compréhension de l'état d'esprit des SS.

Comment une civilisation qui a vu naître de grands philosophes, scientifiques, compositeurs, Marx et Freud, a t-elle pu démocratiquement élire un névropathe et le suivre dans ses chimères.
Chacun peut s’informer grâce aux écrits d’historiens émérites ou par les milliers de témoignages. Le roman "Les Bienveillantes" donne une explication de cette période sombre de l’humanité.
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le 24 septembre 2010
Si vous désirez profiter de l'illustration pratique de la notion de "Pavé littéraire", je vous conseille vivement de jeter un coup d'aeil sur Les Bienveillantes de Littell. Parce qu'avant même de l'entamer, son gros poids XXL super lourd (1500 pages écrit mini-minuscules) a de quoi vous assommer. Passée cette première constatation bassement matérielle, tâchons de situer le roman.

Paru en 2006, roman foisonnant d'une densité proche du carbone, Les bienveillantes marque le premier pied dans le plat d'un jeune auteur américain qui a la bonne idée d'écrire en français : Jonathan Littell, fils de l'écrivain et reporter Robert Littell. La critique s'est tout de suite enthousiasmée à la sortie de son gros bébé (à grand coup de "roman de l'année" et autres épigraphes flamboyants). A juste titre, puisque le petit prodige, né en 1967, ce qui lui faisait 39 ans à la sortie du roman, impressionne par la qualité de son travail. Un travail reconnu et récompensé : il a valu à Littell le prix Goncourt et le Grand Prix du roman de l'Académie française 2006. Belle entrée en matière, donc...

De quoi en retourne-t-il ?

Les bienveillantes nous plonge directo texto dans l'enfer de la seconde guerre mondiale. L'originalité - même si Littell n'est pas le seul - tient au fait qu'il adopte comme point de vue non pas celui, plus courant, de victime, mais celui, éminemment plus dérangeant, de bourreau : le narrateur, par l'intermédiaire d'une sorte de journal, nous confie, de façon tout à fait intime, ses actions, le rôle qu'il a tenu durant la guerre, rouage qu'il incarnait, en tant qu'officier, au sein de ce monstrueux système de destruction massif qu'était le troisième reich. C'est ainsi qu'il nous emmène en Europe de l'est, à Kiev (l'un des plus horribles massacres de l'histoire y a été perpétré, au ravin de Babi Yar : 30 000 juifs victimes de ce que les historiens ont appelé par la suite la "shoah par balles", allongés nus dans des fossés boueux, les vivants chevauchant les morts, les exécuteurs pataugeant dans une marre de sang, véritable vision d'horreur portée par une inhumanité abjecte...), puis Stalingrad (peu avant qu'elle ne tombe sous l'armée russe), puis Berlin avant la défaite... Le lecteur suit ainsi, par les rapports du narrateur, l'inéluctable érosion d'un système voué à l'extinction.

A biens des égards, le roman est indigeste. Indigeste par sa longueur (c'est vrai qu'on s'embarque quand même pour une paire de pages), indigeste dans sa forme (les paragraphes sont des blocs massifs, monolithiques, qui s'étalent parfois sur plusieurs pages, et les phrases sont tantôt ciselées, tantôt longues, si longues qu'on en voit par le bout), mais aussi indigeste sur le fond, puisque Max Aue, le narrateur, il faut l'avouer, est un personnage dégueulasse, qui dérange franchement, et qui aurait sans aucun doute beaucoup gagner à passer entre les mains d'un Monsieur Freud histoire de démêler le sac de nouilles emmêlées que consiste sa personnalité. Inceste (il baise sa saeur jumelle dès son plus jeune âge), matricide (il n'aime pas vraiment sa maman et lui fait savoir de manière concrète), indolence (pour lui, la mort des milliers de juifs dont il permet l'exécution se résume à un petit travail de comptable : des chiffres, et des quantités, simplement. Qu'il faut gérer.), le narrateur cumule dans l'ignominie. Et puis, il y a surtout ce détachement total par rapport à ce sujet qu'il traite : la mort de ces millions d'innocents qui ne suscite chez lui aucun remord, aucun dégoût, pas la moindre étincelle de culpabilité ou d'émotion. L'extinction de peuples entiers qu'il constate avec ce regard froid, détaché, d'un petit comptable accaparé par ses chiffres, additions, soustractions. Ça fait froid dans le dos. Et c'est sans compter aussi sur ses délires extravagants, le plus souvent sexuels (fantasmes homosexuels et scatologiques qui peuvent prêter à rire ou à pleurer, en fonction de votre sensibilité et de vos goûts, mais qui en tous les cas sont clairement inspirés par l'aeuvre de Sade, une référence que les critiques ne semblent pas avoir assez développé).

Quant au style, il alterne entre le rapport de sondage purement fonctionnel (aussi glacial et droit qu'un joli salut hitlérien), et la prose à n'en plus finir d'un Proust, avec des phrases incontinentes qui mettent un temps fou à courir après leur point final, et le lecteur, de retrouver son souffle en hoquetant. Tout cela sert évidemment la narration (soulever l'inhumanité du régime tout autant que les circonvolutions éclatées de l'attirail dérangé qui fait office de conscience au narrateur). Donc, rien à dire.

Du côté des références, il faut évoquer l'aeuvre de Grossman, le russe : Pour une juste cause, et Vie et destin. Sur la seconde guerre, vue côté est. Eschyle aussi, et grec celui-là, puisque le titre du roman, mais aussi l'existence même du narrateur (mâtinée sauce tragédie grec) fait indiscutablement référence à ses Erinyes vengeresses... Autre référence déjà cité : Sade, le marquis plein d'imagination. Pour les délires érotico-volcaniques.

En conclusion : un roman dérangeant, qui laisse dans la gueule du lecteur un goût un peu amer. Beaucoup d'ingrédients mélangés, et une morale que l'on peut critiquer (difficile de savoir où Littell veut en venir exactement, si tant est quil veuille en venir quelque part...). Par contre, le roman donne envie de se (re)plonger dans cette page à la fois tragique et fascinante de notre histoire. Et rien que pour ça, il vaut peut-être le (long) détour.
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le 11 octobre 2009
J'adore ce livre ! Voilà c'est dit . Je ne lis pas beaucoup de livres d'auteurs contemporains , je l'ai lu quand on ne parlait pas beaucoup de ce livre , une critique à la télévision m'avait intriguée . Un SS homosexuel pris dans la tourmente de l'histoire .
Ce livre m'a donné envie d'en savoir plus sur la Seconde Guerre Mondiale et de discuter avec ma grand-mère , à cause du livre de M.Littell un nouveau lien s'est créé avec ma grand-mère et je lui en serais éternellement reconnaissante . Il a peut-être quelques erreurs mais comme il le dit 'c'est un roman' , pour ce livre fût un tremplin pour discuter , pour réaliser encore mieux ce qu'était la Seconde Guerre Mondiale . Et puis rien n'empêche pas personne , avec les moyens d'aujourd'hui , de chercher , de lire pour en savoir plus sur ces années qui ont marquées le monde !
J'ai a-do-ré les envolées lyriques de Maximilien , quand il va voir sa mère et fait face à son beau-père , ce passage m'a beaucoup marquée . Quand il est 'enrolé' dans les SS , quand il participe à la campagne de Russie , le siège de Lenningrad etc
M.Littell écrit un très bon français , chapeau ! Il reste un de mes livres favoris et je suis sur le point de le lire une deuxième fois , Maximilien , bizarrement me manque !
Encore merci pour ce merveilleux livre M.Littell et tout ce qu'il m'a apporté !
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le 15 janvier 2014
À relire ce gros roman longtemps (au regard du temps médiatique) après sa sortie, je me dis qu'il est décidément aussi raté que fascinant.
Raté, parce que son narrateur personnage ne fonctionne pas. Car il opère comme pur prétexte à nous "promener" dans le théâtre fou du nazisme (Stalingrad, Hőss, Frank, Speer, Himmler, Eichmann.... il aura tout vu Aue... au mépris de la vraisemblance) et, en même temps, relève d'une prétention à la justesse, alors qu'il s'agit évidemment d'un personnage purement "livresque", composé de souvenirs de lecture, de films... romanesques et historiques, jamais charnel, jamais dense, malgré l'accumulation d'éléments sur son corps.
C'est comme si, en voulant faire une oeuvre totale, impressionnante, Littell n'avait pas su choisir. Il en fait trop, son roman est trop chargé et le fil se perd.
En même temps, ce livre demeure impressionnant. Et même ses défauts me donnent plus à penser que bien des petites réussites impressionnistes.
Et un livre qui supporte la relecture ne saurait être raté... s'il n'est pas non plus le chef d'oeuvre qu'on a dit.
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MEMBRE DU CLUB DES TESTEURSle 13 septembre 2013
Voilà une oeuvre qu'on n'abandonne pas facilement. Elle m'a tenue en haleine pendant plusieurs semaines, le temps de lire ce pavé de 1401 pages (moins d'un kilo quand même, 675 g sur ma balance de cuisine!). J'ai été pris par l'histoire de Maximilien Aue, cet officier SS qui raconte son sort personnel pendant la guerre, sur le front de l'Est d'abord, jusqu'à Stalingrad, puis à Berlin jusqu'à la fin du Reich, décrite de façon hallucinante. Alors que cette période ne m'intéressait pas particulièrement, je me suis rendu compte que toute cette histoire de la Seconde Guerre Mondiale était encore proche, qu'elle vivait au travers de nos parents et grands-parents, que le destin du monde s'y référait encore. Plusieurs remarques:
- la narration d'abord: l'auteur est un vrai conteur. Passé la surprise des premières pages, on suit le héros sans déplaisir dans ses pérégrinations européennes. J'ai appris beaucoup de choses sur la période historique, on sent que le background de Littel est solide, même si on a pu lui reprocher ici ou là des invraisemblances. Les personnages réels sont bien décrits, et les personnages fictifs sont plausibles!
- le poids de l'administratif: l'auteur passe de longs moments à détailler les rouages administratifs de la SS, les petites intrigues, les rivalités avec la Wehrmacht, les plans de carrière. Toutes ces petites choses de la vie courante sont bien décrites et elles prennent le pas sur les reste. On ne s'interroge pas souvent sur le sens de notre action dans notre boulot quotidien, c'était le cas aussi le cas à la SS.
- le mystère du Mal: c'est là bien sûr le point crucial du roman. Comment des êtres comme Maximilien Aue et les autres officiers SS, souvent cultivés, humanistes, issus d'une civilisation ancienne, ont pu en arriver à détruire, exterminer, des femmes et des enfants? L'auteur ne répond pas à la question. Maximilien semble faire partie d'un engrenage infernal, qu'il accepte pourtant. Je pense qu'il faut lire d'autres auteurs (Hannah Harend..)pour essayer de comprendre.
- le caractère de Aue: au delà même du drame hitlérien, le caractère de Maximilien Aue est marqué par l'absence apparente de morale, l'impossibilité d'appréhender l'autre. Aue vit dans un narcissisme complet, ce qui le fait apparaître détaché même au milieu des pires horreurs. J'y retrouve une notion d'"isolisme" sadien, une vision tragique de l'existence qui fait qu'on est toujours seul, avec son moi, ses pulsions, son élan vital.

Ce roman est une vraie "misère" qui ne vous lâche plus, vous trotte dans la tête et vous force à vous poser des questions.
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le 11 avril 2015
Je tiens d'abord à préciser que je suis encore en train de lire ce livre, il ne me reste que 190pages, mais aussi que je n'ai seulement que 16ans. Je m'interesse beaucoup à cette période de l'Histoire et cet ouvrage m'a permis de revivre les horreurs de la Seconde Guerre Mondiale mais cette fois ci du côté des bourreaux.
J'ai trouvé ce livre par hasard sur la table de chevet de ma tante, celle ci m'a fortement déconseillé de le lire, au vu de mon âge, elle même n'a jamais dépassé les 150pages. La 4e de couverture m'avait laissée sur ma fin et je voulais en savoir plus sur ce personnage, aux paroles froides et crues concernant sa vie, ses actes et son rôle au sein du Parti Nazi.
C'est ainsi que j'ai attaqué ce pavé de 1400pages, avec courage et patience. En effet le narrateur nous explique les raisons de cette biographie au début de l'ouvrage, puis enchaine sur ses mémoires, que j'ai lu au début un peu abstraitement mais qui petit à petit m'ont de plus en plus interessée.
J'ai été passionnée par les 'aventures' du personnage à travers le Caucase, puis Stalingrad et Berlin sous les bombardements. Mais c'est aussi la traversée du personnage en lui même qui m'a beaucoup intéressée.
Evidemment j'ai été choquée par certaines scènes d'horreur, comme la Shoah par balles, ou la description de certains camps de concentration, mais aussi les relations du personnage avec sa soeur, ainsi que ses relations homosexuelles. Mes amis m'ont souvent critiquée en qualifiant ce livre de 'porno-gay-nazi' mais c'est simplement parce qu'ils ont eux aussi été choqués par ceertaines scènes.
J'ai découvert par cette oeuvre, l'organisation méticuleuse et précise du Parti et de la SS, mais aussi la mentalité des nazis.
Je recommande Les Bienveillantes à toute personne s'intéressant à cette époque, de tout âge et ayant le courage d'attaquer ce pavé, mais ne vous inquiétez pas, une fois lancé rien ne vous arretera!
Mon commentaire peut peut être paraitre naif, mais je ne vois pas l'intérêt de dévoiler l'intrigue de l'histoire, par contre je vous conseille l'artcle de wikipédia à propos de ce livre, qui est vraiment bien fait et m'a permis de comprendre beaucoup de choses!

bonne lecture (:
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le 19 octobre 2006
Voilà une somme, parfois ardue à suivre, mais qui tient la distance. Difficile et dérangeant de s'imaginer dans la peau d'un bourreau, surtout s'il est un homme "ordinaire", cultivé, probablement intelligent, avec ses amours, ses haines et également ses perversions.

De tout le roman, car c'est avant tout un roman - très bien documenté, Littell a du passer beaucoup de temps dans les écrits des historiens, les minutes des procès de l'après guerre et les cartes d'état-majors - je reste frappé par le rationnalisme morbide qui se dégage de la narration. le "héros" se décrit avec une distance impressionnante, une véritable analyse déviante et désincarnée, sans sentiments pour ses victimes ni vraiment pour ses proches et amis. Il semble vouloir nous pousser à nous demander si, en en de mêmes circonstances, nous aurions été, nous aussi, identique à cet homme.

C'est peut être la description actuelle la plus réussie de ce que l'homme peut avoir de monstrueux en lui. Je ne connais de comparable dans cette analyse que le livre de Robert Merle "la mort est mon métier" qui se base sur le vie de Rudolf Hoess, le concepteur et chef du camp d'Auschwitz.

Cela dit, ce roman ne doit pas constituer la seule référence dans ce domaine. Ce serait réducteur et malsain. Je vous invite à lire Primo Levi, Raul Hilberg, Léon Poliakov qui font oeuvre d'historien et de témoignage dans ce domaine. Bref, c'est un livre qui invite à la réflexion et c'est en cela qu'il est le plus réussi.
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