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On ne présente plus Jean Delumeau, homme certes discret mais immense historien des mentalités dont la carrière traversa trois grandes thématiques : l’histoire de la peur et de l’espérance, la réflexion sur le Christianisme et enfin l’Italie de la Renaissance. A près de 90 ans, ce jeune homme à l’esprit alerte et toujours animé par la passion historique nous propose un ouvrage intitulé La seconde gloire de Rome (Xvème-Xvème siècles).
L’historien se demande tout au long des trois cents pages comment Rome qui, au Moyen Âge, ne comptait plus que très peu d’habitants, est devenue aux 16e et 17e siècles une ville peuplée, florissante, rayonnante. J’y travaille actuellement au rythme de quatre à cinq heures par jour.

Delumeau revient d’une certaine manière à ses premières amours car il consacra le début de sa longue carrière d’historien, au sortir de Normale Sup, à la ville éternelle où il vécut d’ailleurs plusieurs années. Il résume d’ailleurs son ambition très simplement : « faire comprendre les raisons et les moyens par lesquels ce redressement spectaculaire devint possible et se réalisa contre toute attente et en dépit d’obstacles de tout genre : financiers, religieux, militaires et politiques. »

Son essai est conçu en deux grandes parties intitulées « Résurrection 1450-1559 » puis « Rome capitale mondiale 1560-1660 ». Sur cette période de deux ans Rome parvint à effectuer un rétablissement d’autorité et de prestige que le Moyen Age lui avait progressivement ôté. Il faut rappeler à se titre que sous le règne de l’empereur romain Trajan la ville comptait un million d’habitants, il n’en restait plus guère que 20 000 au début du XVème siècle. La plus grande ville du monde avait été ramenée en un peu plus d’une dizaine de siècles au rang de petite ville de province. L’habitat n’y est encore dense que dans le secteur du Capitole. Lorsque le pape Martin V entra dans Rome en 1420 – après l’exil en Avignon (1309-1377) et le grand Schisme (1378-1417) -, il trouva, rapporte Platina, la ville « tellement dévastée et dépeuplée qu’elle ne paraissait plus avoir un aspect civilisé. Les palais semblaient sur le point de s’écrouler, les édifices sacrés étaient en ruine, les rues désertes, fangeuses et abandonnées, marquées par la pauvreté et la pénurie. Que dire de plus ? On n’y trouvait plus trace de civilisation urbaine. Comme si les citoyens n’étaient plus que de simples locataires. »

Cette bien triste condition de la ville est encore rappelée au XVIème siècle par le poète de la Pléiade Joachim du Bellay dans ses Antiquités de Rome :

Nouveau venu qui cherche Rome en Rome
Et rien de Rome n’aperçois
Ces vieux palais, ces vieux arcs que tu vois
Et ces vieux murs c’est ce que Rome on nomme
(…)
Rome de Rome est le seul monument

Enfin Montaigne ajoute dans son Journal de voyage une note supplémentaire à ce bien triste état des lieux – à noter que l’auteur des Essais fait ici usage de la troisième personne : « on ne voïoit rien de Rome que le ciel sous lequel elle avait été assise et le plan de son gite ; que cette science qu’il en avoit estoit une science abstraite et contemplative, de laquelle il n’avoit rien qui tombast sous les sens ; que ceux qui disoient qu’on y voyoit au moins les ruines de Rome en disoient trop…, ce n’estoit rien que son sépulcre ». Décidément la réalité était bien triste pour cette ville qui fut pendant des siècles la cité la plus vaste et la plus prospère du bassin méditerranéen. Le bilan est sombre et pourtant Rome est à la veille de sa résurrection.

Les facteurs qui jouèrent en faveur de Rome furent évidemment multiples ; d’abord l’effacement de Constantinople comme métropole chrétienne après la prise des Turcs en 1453, « le tropisme vers l’art et la culture antiques qui se manifesta en Italie et d’abord en Toscane dès le début du XVème siècle et la volonté des papes d’affermir leur pouvoir dans l’église et dans l’état pontifical. »

Delumeau souligne par ailleurs le développement du népotisme qui favorisa le développement de la ville : « Dans l’histoire de la monarchie non héréditaire des papes, le népotisme a constitué une originalité importante. Les succès de la nouvelle Rome sont incompréhensibles sans la prise en compte de cette innovation à la fois politique et culturelle, contrebalancée, il est vrai par un lourd passif moral et religieux. Mais sans le népotisme, la ville rénovée entre le XVème et le XVIIème siècles aurait été moins riche et moins séduisante.

Au XVIème siècle, signe d’un véritable renouveau, Rome a doublé sa population puisqu’on compte plus de 50 000 habitants mais rappelons qu’à l’époque Venise compte plus de 100 000 habitants, Naples près de 150 000, Milan plus de 90 000. On est encore loin des pics démographiques de la ville des César. Notons d’ailleurs que le sac de Rome par Charles Le Quint en 1527 va laisser la ville en lambeaux mais cette dernière n’interrompra pas pour autant sa rénovation jusqu’à son apogée sous le règne du pape Urbain VIII (1623-1624) protecteur des plus grands artistes de son temps et de nombreux lettrés dont Campanella. Delumeau ne manque pas cependant de rappeler l’une des plus tristes responsabilités de l’église de l’époque : « Malheureusement le pape Barberini permit le procès et la condamnation de Galilée (1633) à qui, encore cardinal, il avait rendu un hommage appuyé. »

Reste que la rénovation de Rome est d’abord, au-delà des transformations religieuses ont été rendues possibles « grâce aux modifications physiques apportées aux rues, aux places, à la distribution de l’eau, à l’habitat et au tissu urbain. Le souci d’accueillir les pèlerins dans une ville noble et impressionnante et la volonté des papes d’apparaître à la fois comme chefs d’une religion et comme monarques, élus mais absolus, d’un Etat indépendant expliquèrent ici un exceptionnel vouloir édilitaire. » Le plus incroyable ce fut l’incroyable travail de construction d’églises et de palais réalisés entre 1450 et 1600.

Delumeau revient aussi longuement sur le foyer artistique que fut Rome grâce à l’action des papes et qui firent de la ville la capitale de l’art. Elle devient en quelque sorte le musée de l’Europe au XVIIème siècle.

La seconde gloire de Rome est un ouvrage indispensable à tous ceux qui souhaitent comprendre comment cette ville réussit deux fois à plus de mille ans de distance à être la capitale du monde. Le style limpide de Jean Delumeau nous ouvre les portes une fois de plus de l’Histoire !
Archibald PLOOM (CULTURE-CHRONIQUE)
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« La seconde gloire de Rome » de Jean Delumeau est un essai de 300 pages qui dresse le bilan de la « résurrection » de Rome entre 1450 et 1660. Il ne s'agit pas d'une histoire complète et détaillée de ces deux siècles, mais plutôt une réflexion historique sur le renouveau d'une ville moribonde, après le grand schisme de 1417, qui va recouvrir de manière éblouissante sa réputation de ville la plus brillante de l'Occident.

Le texte de Delumeau se veut avant tout explicatif et touche à de multiples domaines : la religion, la finance, la politique et même l'art de la guerre. Les principaux acteurs de ce retour en grâce de la ville éternelle sont bien entendu les papes qui se succèdent sur le trône de Saint Pierre et rendent à la Ville sa place de capitale religieuse mondiale.

Le symbole le plus emblématique de la période est sans aucun doute la basilique Saint Pierre et les œuvres majeures de plusieurs artistes sont le destin se confond alors avec celui de Rome : Michel Ange, Raphael ou Titien.

Dans sa version livre de poche, l'essai de Jean Delumeau est accompagne de deux cartes de la ville et d'une très riche bibliographie. Il s'achève sur les inquiétudes et les menaces qui pèsent à nouveau sur Rome à la fin du XVIIe siècle. Si Rome ne s'est pas faite en un jour, elle ne semble pas pour autant devoir se soustraire au rôle qui est le sien dans l'histoire du monde.
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le 15 janvier 2014
C'est un livre très détaillé, très bien écrit, très agréable à lire, une mine d'informations sur la Rome de cette époque
0Commentaire| 3 personnes ont trouvé cela utile. Ce commentaire vous a-t-il été utile ?OuiNonSignaler un abus
Sur le ton de la conversation,Jean Delumeau nous offre une description de la Renaissance de Rome,période pendant laquelle des Papes peu exemplaires en matière de vertus chrétiennes ont fait revivre les fastes de la Rome Antique,en déployant fastes,fêtes et architectures.
La galerie de portraits est haute en couleurs (ceux qui veulent en savoir davantage peuvent relire Pastor) et l'analyse du sens politique des oeuvres pontificales est étayée par la longue expérience de Jean Delumeau de ces sujets.Bien écrit,agréable à lire,"la seconde gloire de Rome" n'apporte pas de nouvel éclairage mais fournit une synthèse experte sur le sujet et plaira à tous les amoureux de Rome.Les ouvrages ne manquent pas à ceux qui souhaiteront approfondir la période...
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le 23 mai 2013
Jean Delumeau nous offre un beau panorama de la Rome papale, des prémices de la Renaissance jusqu'à l'apogée du baroque. Il nous montre comment, alors que Rome à la fin du Grand Schisme d'Occident était dépeuplée et à moitié en ruines, elle a vu se succéder des papes mécènes et humanistes qui ont su attirer les meilleurs artistes et redonner tout son lustre à la Ville Eternelle, en particulier grâce à une remarquable politique d'urbanisme et d'infrastructures.

Une excellente synthèse, écrite dans un style fluide et grand public.
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le 16 mai 2016
Magnifique guide historique pour accompagner une visite de Rome ! On découvre pas à pas les deux siècles, 1450-1650, témoins du redressement de la ville, en dépit du sac de 1527. Le rôle des papes constructeurs de la Renaissance va de pair avec la redécouverte de l'antiquité latine. L'affirmation de la puissance religieuse romaine se joue également en contrepoint de la Réforme protestante et de la menace ottomane. La Ville éternelle porte aujourd'hui encore les splendides traces de cette écrasante sollicitation du pouvoir temporel de la part de l'Eglise pour mieux manifester la puissance de Dieu. Le destin du christianisme peut-il aujourd'hui s'affranchir de ce Temple dont la gloire devait dépasser celle de tous les autres, y compris celui de Salomon ?
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