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Je comprends qu'on haïsse Michel Houellebecq. Parce qu'il n'épargne personne. (Ni la gauche, ni la droite, ni les cathos, ni les bobos, ni les babas, ni les soixante-huitards, ni les cadres, ni les hétéros, ni les homos, ni les profs, ni les jeunes... ni surtout les cons. Tout le monde en prend pour son grade, par exemple: 'les années Mitterrand, où la voracité financière avait atteint des proportions inouïes"). Parce qu'il n'hésite pas à être hyper-naturaliste, à décrire avec une crudité effroyable, au besoin pornographique, les pensées, les dires et les faits de ses personnages qui sont parfaitement plausibles. Pourtant, quelle lucidité et quelle précision d'analyse dans sa vision de la société et des générations soixante-huitardes et suivantes! Il doit à sa formation scientifique initiale (classes prépa, agro) à la fois une grande rigueur de raisonnement et une compréhension des avancées scientifiques du vingtième siècle, il aurait aussi fait à coup sûr un sociologue d'envergure, enfin cette âme sensible et tendre, j'en suis certain, qui cache son désespoir et sa propre douleur derrière un humour cynique souvent féroce, est celle d'un poête qui ne demanderait qu'à croire en l'amour. Ce livre choquant est une bonne clef pour comprendre les ressorts de la désagrégation de notre société et le malheur existentiel de l'homme d'aujourd'hui. J'ai non seulement lu avec fascination, mais souhaité relire car elle porte à réfléchir, cette chronique de notre temps sur lequel est porté sans complaisance un regard des plus impartiaux.
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Les particules élémentaires/Michel Houellebecq (Prix Novembre 1998)
C'est un véritable OVNI de l'édition française que ce roman de Michel Houellebecq. Un OVNI savoureux. Un régal bien goûteux et délicieux. Certains ont été jusqu'à en être écœurés : je les comprends en partie. On aime ou on n'aime pas Houellebecq et les plats qu'il nous sert.
Ce n'est certes pas de la littérature à la Flaubert ou Le Clezio. Mais MH n'a-t-il pas pour principe d'aller dans le sens de cette phrase de Schopenhauer : « La première et pratiquement seule condition d'un bon style, c'est d'avoir quelque chose à dire. »
Ainsi la langue est souvent crue, directe, provocatrice, sans circonlocutions, surprenante, riche de litotes et d'ellipses. Pas de recherche formelle, mais plutôt un style neutre avec quelques vagues cependant !! On ne s'ennuie pas et le passage du coq à l'âne qui déconcerte un temps finit par amuser. On saute allégrement sans transition aucune de la vulve flétrie des soixante huitardes attardées au paradoxe ERP et l'expérience d'Aspect sur la non localisation. Puis du becquetage indiscriminé des pigeons aux activités de substitution. Du grand art ! Il y a même des passages romantiques qui traduisent bien la grande sensibilité de l'auteur.
Des descriptions au scalpel comme ont dit certains critiques, une écriture clinique, froide et impersonnelle, souvent technique, un humour grinçant et une caricature factuelle genre bande dessinée : et voilà les armes de MH pour nous tenir en haleine tout au long de ces 300 pages où les thèmes de la misère affective et sexuelle de l'homme occidental, sa solitude existentielle sont constamment sous-jacents. La profondeur de la pensée de l'auteur ne peut alors échapper au lecteur attentif.
« Une fois qu'on a divorcé, que le cadre familial a été brisé, les relations avec ses enfants perdent tout sens. L'enfant, c'est le piège qui s'est refermé, c'est l'ennemi qu'on va devoir continuer à entretenir et qui va vous survivre. » (Réflexion de Bruno)
Le début de ce roman fait état d'un certain nombre d'arbres généalogiques qu'il faudra bien retenir vu le nombre de personnages secondaires qui participent à la vie du récit. Et deuxième point particulier : il faudra s'habituer aux multiples digressions scientifiques ou autres (comme dans La Carte et Le Territoire d'ailleurs), qui émaillent la narration . Parfois MH nous offre un véritable cours de sciences naturelles et de physique des particules.
Deux personnages, deux demi-frères pour tout dire, affronte la vie avec des fortunes diverses. Bruno, professeur agrégé qui a connu une enfance perturbée et qui l'âge venu mène une quête quasi permanente du plaisir, grand amateur d'échangisme, et Michel, chercheur en biologie quelque peu illuminé , aux frontières d'une douce folie, taciturne solitaire, asocial sans grande pulsion, sans désir, sans amour.
La misanthropie récurrente de MH ne fait pas défaut à cette histoire. Ses thèmes favoris sont bien là : le déclin de la civilisation dont il rédige une satire cinglante, la déliquescence progressive des valeurs morales, l'atomisation sociale dès les années 70 , une analyse à la loupe sans concession et sans illusion, cruelle, cynique, implacable et réaliste de cette société, la dénonciation du libéralisme dans tous les domaines, un certain dégoût du monde dans le cadre d'une métaphysique pessimiste, l'obsolescence inéluctable des objets et des personnes. Les personnages sont obsédés par leur vieillissement et leur décrépitude, leur déclin physique et intellectuel avec « une baisse tendancielle du taux de plaisir », menant à une « entéléchie délétère ».
Plusieurs passages m'ont fait penser à L'étranger d' Albert Camus notamment dans les moments tragiques qui laissent une impression de détachement, d'absence de la part des personnages touchés par l'adversité. La solitude aussi quand l'on considère la vie de Michel : « Sa vie d'homme il l'avait vécue seul, dans un vide sidéral. Il avait contribué au progrès des connaissances : c'était sa vocation, c'était la manière dont il avait trouvé à exprimer ses dons naturels ; mais l'amour, il ne l'avait pas connu. »
Voilà donc un livre, comme disait un chroniqueur, qui donne matière à penser. L'influence qu'ont pu avoir Aldous et Julian Huxley est indéniable quand on considère la teneur de l'épilogue qui vient couronner ce bel édifice bien construit. Tout ce récit constitue en fait une historique du déclin d'une civilisation, celle des dernières décennies du XXé siècle, contée par un narrateur qui vit en l'an 2029, époque qui a vu l'avènement d'une « nouvelle espèce humaine asexuée et immortelle, ayant dépassé l'individualité, la séparation et le devenir » . Les travaux de Michel sur le codé génétique ont finalement abouti à l'homme génétiquement modifié. En effet la réplication d'un « code génétique sous une forme standard structurellement stable, inaccessible aux perturbations et aux mutations a permis l'apparition de cette nouvelle espèce dont toute cellule peut être dotée d'une capacité infinie de réplications successives. »
La conclusion est grandiose ; le débat gravit un échelon et le narrateur de déclarer : « L'histoire existe ; elle s'impose, elle domine, son empire est inéluctable. Mais au-delà du strict plan historique, l'ambition ultime de cet ouvrage est de saluer cette espèce infortunée et courageuse qui nous a créés. Cette espèce douloureuse et vile, à peine différente du singe, qui portait cependant en elle tant d'aspirations nobles. Cette espèce torturée, contradictoire, individualiste et querelleuse, d'un égoïsme illimité, parfois capable d'explosions de violences inouïes, mais qui ne cessa jamais pourtant de croire à la bonté et à l'amour. '.. » Sublime conclusion !
On ne sort pas indemne de cette lecture.
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La lecture de ce roman de Houellebecq m' a été très pénible. L'auteur dans ses intentions apparaît comme une sorte de Janus insaisissable. Il nous plonge d'une part dans un univers littéraire brillant , avec un montage romanesque soigné, un style ciselé comme le ferait un orfèvre des très belles lettres, bref un réel plaisir pour le lecteur qui se délecte de l'art certain du romancier.
L'autre face de ce Janus, est celle du fond du livre, de sa substance, de son objet.
Et là c'est la déception, presque le dégoût, en tous cas au fil des pages, un agacement certain.
L'argument repose sur la mise en parallèle des destinées de deux demi-frères censés représenter les deux aspects possibles et principaux de la dégénérescence de nos sociétés contemporaines. L'un est bien sur scientifique, rationnel, introverti, caricatural dans son image d'intello des sciences, l'autre est l'archétype de ce qu'on nomme aujourd'hui le bobo, version soixante huitarde.
La réunion de ces deux visions siamoises d'un univers occidental désenchanté se fait par le truchement d'un séjour en un camping pour enseignants, où par le biais, notamment de mises aux normes sexuelles, l'éventualité d'une sortie de ce nihilisme postmoderne apparaît comme possible. Evidemment le substrat de ces interrogations - réponses, est un discours très individualiste, très narcissique, très politisé qui encombre le propos jusqu'à la nausée. Pourquoi? Car sans doute Houellebecq ne se prive d'aucune liberté pour s'épancher et se complaire dans ces évocations parfois très niaises de l'univers bobo, ou déjantées de zones sociologiques où la bonne mesure est celle d'un individualisme exacerbé dissimulé derrière de pseudos tribus.
Il y a un côté "déclin de l'empire américain" dans les nombreuses évocations sexuelles de ce roman. Le sexe est normé, forcé, amplifié comme métaphore absurde d'une émancipation qui ne se produit pas, et de bonheurs terrestres desquels le Moi vacillant doit se ressourcer.
Au final, un livre très bien écrit, mais sur un fond bien pâteux, alambiqué, caricatural par moments, forcé presque toujours.
Rendre les illusions et désillusions humaines par ce propos était un enjeu. Désolé, mais je préfère de loin la manière dont d'autres écrivains l'ont si bien fait depuis Balzac jusque Kundera.
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le 20 octobre 2015
Lu en octobre 2015. Il me fallait retourner en arrière des lectures récentes pour comprendre le succès de Houellebecq à l'origine. D'abord c'est bien écrit, soigné, non prétentieux. Ensuite c'est un observateur très fin de notre société et pour un livre écrit en 1998 ces observations sont très fines, même si elle ne plaisent pas toujours car Houellebecq est brutal. Le sexe - le cul - est omniprésent le scientifique est très documenté, pour le coup les choix de futur sont erronés, mais c'est sans conséquence. Le prétexte du roman, l'histoire de deux demi-frères est noire. Fondamentalement exaspérante de lâchetés. Mais bon, c'est du Houellebecq. J'apprécie d'autant mieux à présent "la carte et le territoire", "soumission". J'ai détesté "l'impossibilité d'une île". Bref, Houellebecq est un bon écrivain qui ne laisse pas indifférent. Tant mieux !!!
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le 18 octobre 2002
C'est un livre assez déroutant. Le scandale de la parution, la personnalité de l'auteur, le goût de la provocation (parfois un peu facile), la recherche de thèmes à la mode, sont autant d'aspects du livre qui invitent le lecteur vigilant à de la réserve, voire de la défiance. D'un point de vue formel, le livre n'est pas sans défauts, non plus; notamment, les longs passages pseudo-scientifiques, incompréhensibles pour la plupart (des non initiés, cela va sans dire) en lasseraient plus d'un. Et pourtant, presque fatalement, on s'accroche, on est emporté, non par l'intrigue (assez ténue), mais par cette intimité qui s'installe avec un narrateur désabusé, souvent ironique et d'une drôlerie irrésistible. Cependant, ce qui constitue peut-être le paradoxe de ce livre, c'est que, alors qu'il décrit un univers d'une noirceur difficilement soutenable le lecteur en sort comme grandi par la réflexion qui lui est proposée, par cette métaphysique glauque qui semble affûter son acuité visuelle. De ce point de vue, chapeau, Houellebecq !
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le 27 janvier 2001
Ce livre est destabilisant car une lecture au 1er degré ne peut suffire pour le comprendre et donc l'apprécier, mais est néanmoins nécessaire à la mise en condition que Houellebecq veut imposer à son lecteur. Les références faites au Meilleur des Mondes de A. Huxley ne sont pas gratuites, car la reflexion finale va dans le même sens, mais avec une ironie décuplée. Dérangeant mais juste. Une cruelle prise de conscience. A lire.
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le 25 juillet 2015
Livre reçu en très bon état et dans les temps annoncés.

C'est un livre qui n'est pas "exaltant" ... il résume assez bien au fond ce qu'est la vie des gens ici en Occident ... depuis le 20ème siècle et jusqu'à maintenant : on est "bien", libre, sans besoin réellement non assouvi ... et pourtant : seuls les anxiolytiques et autres anti-dépresseurs et peut-être
beaucoup de Fric et ... bon, la beauté, la jeunesse, l'intelligence celle créatrice .. pourraient ensemble améliorer quelque chose ...
Plus de religion (ou alors les simagrées du style de ceux + ou - issues de la religiosité -ou philosophie : ça fait mieux qd même ! lol !- indoue)
et ma foi l'Islam tente d'occuper une place demeurée libre ... et en lisant ce livre d'avant l'impact musulman chez nous, je ne peux m'empêcher d'y penser et bon pour les "mecs" ça sera super, pour moi ... et celles qui m'ressemblent faut ptet bien penser à sauter du 10ème de not' appart.

Que sera²
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500 PREMIERS REDACTEURS D'AVISle 19 décembre 2010
`Les particules élémentaires' est un roman d'anticipation qui raconte, à travers l'itinéraire de deux demi-frères bien différents, le déclin de la société occidentale durant la seconde moitié du XXème siècle pour ne pas dire le déclin de l'humanité tout court.
Michel HOUELLEBECQ est d'abord un excellent narrateur, érudit et provocateur. En effet son style est fluide, ses réflexions pertinentes mais d'un autre côté, on pourrait lui reprocher de passer pour: obsédé sexuel, raciste, homophobe, pédophile, gore (lorsqu'il évoque les snuff movies)...
Ses considérations philosophico-scientifiques ne sont pas toujours très claires (euphémisme).
Son style et son côté sociologue ont certainement influencé un auteur comme Frédéric BEIGBEDER (du reste `fan' du GONCOURT 2010).
En tout cas HOUELLEBECQ essaie d'apporter des réponses à des questions existentielles; il en apporte même une essentielle via les travaux de DJERZINSKI...
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le 21 août 2003
"Si Houellebecq n'a pas de style, c'est que le style n'existe pas" nous dit son estimable confrèe Dantec dont on découvrira bien assez tôt la fantastique érudition littéraire. Le roman le plus aboutis de l'auteur nous donne à voir tous les symptômes d'une humanité en pleine déliquescence qui ne sait plus quoi faire de sa formidable liberté et la soliture égotique qui en découle, ne parvenant plus à mettre des mots sur son manque d'amour. Les question les plus dérangeantes sont abordées au travers d'une histoire simple et extrêmement bien construite. les particules nous font éprouver le sentiment de dérangement intime propre aux grandes vérités, c'est aussi la marque de oeuvres majeures.
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le 31 mars 2016
Facile à lire mais dénué d'humour, ce roman est emblématique du style si particulier de Houellebecq. Ainsi, traversé de descriptions d'une férocité balzacienne, le récit est encombré d'excursions scientifiques, d'informations culturelles, de notices biographiques et surtout de digressions sociologiques banales qui sont autant de scories et nous font sauter d'abord des lignes, puis des paragraphes entiers et finalement des pages. De plus, l'auteur radote les mêmes obsessions, véritables antiennes qu'on trouve formulées presque à l'identique dans ses autres romans.
Au total, ce projet ambitieux, sorte de chronique sociale des années 1960 à 1998, se révèle caricatural et rapidement lassant puisqu'on n'y apprend pas grand-chose qu'on ne sache déjà.
Après que le bouquin me soit plusieurs fois tombé des mains, j'en arrêtai la lecture vers la page 130.
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