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Les amateurs de jazz le savent très bien : ce disque paru sous le label Impulse (!) en 1970 est l'illustration de la session parfaite en terme de trio. « The Awakening » en vient même à procurer une ivresse indécente... Une ivresse artistique qui ne dira jamais son nom. Un plaisir d'écoute rarement atteint. Et si cette galette trouve encore Grâce aujourd'hui auprès de nous autres mélomanes et musiciens, c'est bien parce que la musique que l'on y entend est plus musicale que jamais. Extrêmement mélodique et en même temps si profonde, si complexe, si essentielle, le session que voici est d'une évidence absolue. Car, oui, "The Awakening", c'est l'évidence même du jazz, au delà des poncifs et des clichés. Les doigts du pianiste Ahmad Jamal montent et descendent librement sur l'échelle de Jacob. Agé de quatrevingt-quatre ans cette année et toujours en activité, comme en témoigne la parution de son tout dernier album Featuring Yusef Lateef Yusef - Live 2012 paru sous le label Village records, le pianiste apparaît ici, lors de cette session studio, beaucoup plus aventureux, et même beaucoup plus volubile qu'avec son trio historique aux côtés de Vernell Fournier et Israel Crosby (on réécoutera par exemple avec beaucoup d'enthousiasme et de passion At The Pershing et surtout The Complete Live at the Spotlite Club, tous deux enregistrés en 1958).

L'identité musicale d'Ahmad Jamal est toujours la même bien entendu, mais lors de cette session studio, le pianiste atteint des sommets insoupçonnés. Même les sessions captées live gravées à la même époque, que l'on trouve par exemple dans ce double album publié par le le label Impulse!, Poinciana Revisited & Freeflight, n'atteignent pas le niveau d'excellence de The Awakening. C'est vous dire à quel point c'est un disque que l'on peut se procurer les yeux fermés. Que l'on soit amateur ou néophyte en jazz, peu importe. La musique parlera toujours d'elle-même. Le répertoire choisi par le pianiste favorise les complications polyphoniques les plus hallucinantes qui soient (comment ne pas tomber à la renverse à l'écoute de cette introduction monumentale sur I Love Music avant que ne débarque la section rythmique?). Composée de sept pièces aussi réussies les unes que les autres dont trois compositions personnelles parmi lesquelles The Awakening, I Love Music et Patterns, l'oeuvre se compose aussi de standards : ainsi retrouve-t-on Dolphin Dance, une pièce composée par un autre grand pianiste (Herbie Hancock) et que l'on avait savourée dans Maiden Voyage (on sera d'ailleurs avisé d'écouter les deux versions ainsi que celle interprétée par Bill Evans dans l'un de ses tout derniers disques, le magnifique I Will Say Goodbye). You're My Everything est une composition de toute beauté signée Mort Dixon et Harry Warren, dont quelques versions inoubliables subsistent ci et là (personnellement, j'aime particulièrement la version donnée par le quintette de Miles avec John Coltrane dans Relaxin' With The Miles Davis Quintet).

Enfin Stolen Moments, composition magnifique et inoubliable que l'on pensait immortalisée à jamais par Oliver Nelson dans ce chef-d'oeuvre absolu qu'est The Blues And The Abstract Truth (galette publiée elle aussi par le label Impulse!) reste sous les doigts du pianiste un émerveillement sans nom (sens de l'espace, puissance des ostinatos, main gauche très appuyée). Last but not least, un dernier thème, une balade d'une douceur exquise, intitulée Wave, composée par le guitariste Antonio Carlos Jobim et qu'un certain Frank Sinatra reprendra d'ailleurs avec le guitariste-compositeur dans Sinatra/Jobim - The Complete Reprise recordings. Wave se trouve ainsi travesti sous la férule d'un trio en état de grâce. Entouré de Jamil Nasser à la contrebasse et de Frank Gant à la batterie, Ahmad Jamal grave là un disque d'une intensité peu commune (en quarante minutes, l'essentiel de son art est dit). The Awakening est bien entendu devenu une borne dans l'histoire du jazz et sa réputation n'est plus à faire. L'on pourrait passer des heures à disserter sur le goût de la variété rythmique et des couleurs harmoniques, des traits véloces du piano de Jamal, cet art de la rhétorique en jazz sans jamais flatter l'égo des musiciens et des auditeurs. Sans mélo, sans pathos et pourtant une certaine dramaturgie est belle et bien là (Stolen Moments morceau au cours duquel le trio confirme son extraordinaire sensibilité à la recherche harmonique. Le trio atteint de toute évidence un épanouissement harmonique qui confine à la beauté atemporelle. Chef-d'oeuvre absolu, forcément.
33 commentaires| 3 personnes ont trouvé cela utile. Ce commentaire vous a-t-il été utile ?OuiNonSignaler un abus
Sans doute techniquement pas le meilleur album d'Ahmad Jamal, mais ce "the awakening", enregistré les 2 et 3 février 1970 au Plaza Sound Studio de New York pour le label Impulse, bénéficie d'une prise de son assez exceptionnelle ! La dynamique, la résonance, les harmoniques, tout y est somptueux, tout y sonne merveilleusement juste ! Les compositions ne sont pas en reste non plus : "The awakening", "I love music", "Patterns", "Dolphin Dance" "y'ou my everything", Stolen moments", "wave" , autant de titres qui mettent en valeur le jeu très rythmique du pianiste pour un peu plus de 40:00 mn de jazz trio intimiste ...

Ahmad Jamal n'est plus accompagné sur ce disque de ses compères de la grande époque, Israel Crosby (b) et Vernel Fournier (d), il s'est toutefois dégotté une nouvelle section rythmique talentueuse composée de Jamil Nasser (b) et Frank Gant, (d) des musiciens qui servent son jeu à la perfection, formant ainsi un trio homogène d'un grande sensibilité, mais au groove implacable...

Un album qui sonnait pour ce grand pianiste comme une magnifique renaissance après un passage à vide une peu difficile au milieu de sixties....
1111 commentaires| 2 personnes ont trouvé cela utile. Ce commentaire vous a-t-il été utile ?OuiNonSignaler un abus
le 27 septembre 2007
Et par la même occasion un grand disque de plus pour le label Impulse!
Il suffit d'écouter le merveilleux "I love music", qui tient à la fois du miracle et de la leçon de piano. Le "reste" de l'album est tout aussi maîtrisé, quand bien même certains thèmes sont plus classiques. Les rappeurs américains ne s'y sont d'ailleurs pas trompé en y allant puiser de très bons samples (voir "The World is Yours" sur le 1er album de Nas).
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