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J'ai essayé Rostropovitch, Yo-Yo Ma, Truls Mørk (et quelques autres), aucune des versions qui me sont venues à l'oreille des suites pour violoncelle seul de Jean-Sébastien Bach n'égale celle du néerlandais Anner Bylsma et de son Stradivarius Servais (en prêt du Smithsonian).

Enregistré en 3 jours de janvier 1992 à l'Académie des Arts et des Lettres de New York City, la version ici proposée se démarque dans les détails (la prise de son, le son de l'instrument même, la délicatesse du virtuose, une certaine radicalité romantique aussi, Bylsma est fidèle mais reste libre dans son approche) de celles d'instrumentistes évidemment au-dessus de tout reproche (voir la liste plus haut et y ajouter vos violoncellistes favoris). Par exemple, j'aime beaucoup Mørk et ses Suites ont la tenue qu'on attend d'une pointure telle que lui, hélas, techniquement parfaite, son interprétation manque d'émotion, de culot et garde un petit côté clinique qui empêche de totalement s'y abandonner, de goûter pleinement à l'intense bouffée méditative (rêveuse, presque) que pareilles merveilles se doivent d'inspirer. Ici, avec une captation simplement époustouflante, une interprétation alliant la passion à la nuance (car il en faut !), toute la beauté intime de ces six suites en apesanteur est rendue à la perfection.

Les suites pour violoncelle seul de Bach ? Tout le monde connait, voyons (quoique, passé l'ultra usité prélude de la première suite, j'ai quelques doutes...)! Alors seule la crème, le haut du haut du panier, se doit d'être dégusté et, à ma connaissance, nulle autre performance n'égale celle d'Anner Bylsma qu'on se doit donc de platement, respectueusement remercier.

Enregistré à l'institut des Arts et des Lettres de New York City
du 29 au 31 janvier 1992
avec le violoncelle Stradivarius "Servais" (Suites 1 à 5)
et le violoncelle piccolo à 5 cordes (fabriqué au Tyrol vers 1700)
(suite 6)
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Tout d'abord, je dois vous avouer que je fais partie de ceux qui ont acheté ce disque à sa sortie, mais aussi de ceux qui n'ont pas compris l'engouement unanime de la critique. Je restais un peu sur ma faim après les premières versions de Byslma 1979 et celle de Wispelwey sortie peu avant en 1990. Je trouvais le phrasé de Bylsma quelque peu maniéré, les passages lents trop classiques, les changement brusques déconcertants, la sonorité du violoncelle assez peu chaleureuse...

Je suis resté tout de même intrigué par cette version qui semblait vouloir exprimer quelque chose que je ne pouvais pas saisir ou apprécier à sa juste valeur et je l'ai réécouté plusieurs fois dernièrement notamment suite à une conversation sur le commentaire critique de EB sur une autre edition de cette version.

Finalement, j'ai décidé d'écrire enfin un commentaire pour exprimer le chemin parcouru.

Je pense maintenant que:

- cette version est radicalement baroque et ne se situe pas dans la continuité de la première version de Bylsma. Elle est extrêmement baroque car elle est jouée comme un récitatif et procède d'une approche presque purement rhétorique plus que musicale au sens où on l'entend aujourd'hui. Elle relie cette oeuvre aux passions de Bach en géneral et à la passion selon St Jean et ses récitatifs en particulier. Elle relie aussi ces suites aux sonates et partitas pour violon et à la chaconne en particulier.
- les changements de rythmes brusques et les sons atypiques qui sortent de son violoncelle et peuvent au premier abord gêner, s'intègrent naturellement dans cette approche de récitatif à la fois sèche et extrêmement expressive.
- cette approche a été influencée par le dépouillement, la simplicité et le caractère vocal de la première version de Wispelwey mais aussi par ses expériences de transcriptions des sonates et partitas pour violon seul et de la partita pour flute.
- cette vision a influencé durablement la perception de ces suites par les auditeurs (en élargissant aussi le public de ses suites) et les versions ultérieures de violoncellistes comme Queyras, Cocset, Wispelwey lui même dans sa deuxième version, Bailey...
- Par ses sonorités inouies et inédites, la puissance de sa rhétorique dans tout ce que cela a d'émotionnellement direct et intellectuellement exigeant, ses rythmes bondissants et endiablés qui unissent de facon improbable des voix et des timbres très différents, son caractère presque percussif à certains moments, elle ouvre aussi la voie à de possibles interprétations "post-modernes" de ces suites.
22 commentaires| 5 personnes ont trouvé cela utile. Ce commentaire vous a-t-il été utile ?OuiNonSignaler un abus
le 19 octobre 2015
J'adore le violoncelle et là, je suis gâté. Je l'écouterais tous les jours ! Je ne suis pas musicien donc je ne peux pas porter de jugement "éclairé" ni sur le jeu de l'interprète ni sur la technique d'enregistrement. Je juge ma discothèque en général à l'aune du plaisir que j'éprouve.
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