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le 23 octobre 2009
Encore une véritable Tuerie que ce film pourtant réalisé après l'insurpassable "Les Damnés" .
Porté par un acteur éblouissant, Dirk Bogarde, le film est presque une histoire muette dont la musique de Mahler serait le véritable langage, voire l'hagiographie.
En cela , la prestation de Bogarde constitue une véritable gageure pour un acteur : Le personnage est seul du début à la fin , n' a quasiment aucun interaction avec d'autres personnages et très peu de dialogues . Dès lors le jeu de Bogarde, tout en intellect , se concentre sur des regards , des attitudes physiques traduisant les tourments de Gustav von Aschenbach . Il faut voir la beauté des expressions de Borgarde où s'entrechoquent tout à tour fatalisme , espoirs déraisonnés , remords et mort.
Et dieu, qu'il est difficile d'incarner ce personnage tant le sujet adapté du livre de Thomas Mann était aussi mince que casse gueule : Un artiste de la bourgeoisie usé aux préoccupations esthétiques proche du dandysme se rend à Venise après une attaque cardiaque. Lors d'un diner , la beauté d'un mineur Androgyne le terrasse , et Aschenbach va devoir lutter entre cette passion dévastatrice et sa propre moralité.
Les adhérents de Famille de France peuvent dormir sur leurs deux oreilles, à aucun moment la passion ne sera consommée. L'odyssée ici est mentale, Aschenbach se consumera d'amour pour le jeune éphèbe jusqu'à en crever.
Et tout cela mis en scène avec la maestria de Visconti qui met certainement en scène son film le plus sensuel : en abandonnant le langage aux pieds du Désir , le film se concentre sur les autres sens : l'ouïe avec la musique de Mahler , la vue - entre Venise , la lumière de Visconti , la beauté de ses acteurs - il y a de quoi s'en mettre plein les mirettes , l'odorat avec la lente dégradation du personnage qui passe lentement des salons parfumés de la bourgeoisie à celle de la mort , celle de Venise inéluctable et la sienne toute aussi annoncée.
En fait , Mort à Venise est comme 2001 a Space Odysse , un film philosophique qui prend son temps et son sens dans l'inaction totale .Contemplatif , Aschenbach attend la mort en croyant la repousser .
Mort à Venise parle de notre condition d'humain déchirante entre la raison et la passion, la beauté et la décrépitude, la fin d'une époque oisive pleine de raffinements à l'aube de la première guerre mondiale.
Véritable commentaire social sur le culte des apparences, cette bourgeoisie se terre dans ses palaces en pensant échapper au Choléra .Quand Bogarde meurt comme un chien seul sur la plage , le premier reflexe des passants est de se protéger d'une possible maladie infectieuse alors que celui-ci vient de mourir le caeur brisé.
Très Proustien dans sa narration, proche de la peinture impressionniste avec toutes ces ombrelles, Mort à Venise est un film bouleversant pour tous les spectateurs qui se donneront la peine de courtiser ce monument d'élégance.
Attention , contrairement à ce qui est « vendu » sur la jaquette , les bonus du film, un court making of et une galerie photo , ne dépassent pas 10 minutes.
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le 11 septembre 2009
Des images sublimées par la symphonie de Mahler. La mort annoncée confrontée à la bauté de la jeunesse, des images dissoutes dans les vapeurs de la mort qui rôde... A voir et à revoir...
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le 27 décembre 2011
Je me suis longtemps refusé à regarder ce film, les rares échos qui parvenaient jusqu'à moi faisiaent état d'un film aux penchants pédophiles en plus d'être ennuyeux. Et puis un jour je suis allé à Venise et j'ai également vieilli, considérant qu'il était maintenant tant pour moi de mon confronter à ce que certains qualifient "de plus grand monument de l'histoire du cinéma". Un grand moment dans ma vie de cinéphile, sans pour autant tomber dans le snobisme.

Je ne me lancerai pas dans une longue analyse, néanmoins plusieurs commentaires pour inciter ceux qui hésitents à le voir :

-La mise en image de Venise : Bien que l'action se situe principalement au Lido, on est happé par le côté somptueux de la réalisation, tout en toucher, sans grandiloquence. Il peut paraitre simple de filmer Venise, alors qu'il est au contraire difficile de ne pas sombrer dans les poncifs du genre.

-La photographie : C'est bien simple, chaque scène est un tableau. On frôle la perfection.

-L'histoire : Le propos du film qui me paraissait a priori si problématique tourne autour de cette relation platonique pathétique entre un musicien sur le déclin et un jeune adolescent qui s'amuse de la décrépitude d'un vieux monsieur. Cette descente continue vers la mort est implacable, sidérante et à la fois émouvante.

-La musique : La Veme de Mahler, là encore un chef d'oeuvre qui décuple les sensations.

Une oeuvre profonde, inratable.

Techniquement, ce DVD n'est pas sans défaut, le master est poussiéreux. Vivement un nouveau master et une version BR.
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le 28 octobre 2004
La qualité du coffret est excellente et ce film grandiose et magique!
Les images sont du grand art!
En revanche , les bonus ne correspondent pas à ce qui est annoncé:
En particulier le documentaire "à la recherche de tadzio"
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que dire sur ce film qui est une véritable oeuvre d'art : tout y est réussi : la mise en scène, le jeu des acteurs -Bogarde est extraordinaire ; Silvana Mangano est sublime en mère sacrée-, l'extraordinaire beauté d'un Tadzio mythique -Bjorn Andressen que le maitre avait recherché pendant des mois au travers des pays Scandinaves -, le rythme, la musique, Venise : oui il n'a rien à dire il faut regarder enfin revoir ... film que Visconti a pu réaliser selon ses désirs à la suite du succès internationale des Damnés -sa tragédie Shakespearienne dans une famille aristocratique et industrielle de l'Allemagne nazie (le SS manipulateur se nomme von Aschenbach !) où on lui avait imposé Maurice Jarre pour la bande-son- il fait une transposition fidèle du récit de Thomas Mann même dans ses infidélités (Gustave devient un compositeur -double de Malher- au lieu d'être écrivain) et y rajoute quelques scènes tirées du Docteur Faustus (grand roman de Thomas Mann) donc bercé dans l'adagietto de la cinquième symphonie de Gustav Malher ce tableau filmographique est proche de la perfection. Fortement conseillé.
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le 13 août 2012
Luchino Visconti réalise "Morte a Venezia" en 1971, d'après le roman éponyme de l'écrivain allemand Thomas Mann. Il n'utilise pas les services d'un compositeur de musique de film, mais des extraits de musique classique, principalement la "5° symphonie" de Gustave Mahler et son sublime "Adagietto". Le présent coffret propose une version restaurée du film (destinée à devenir caduque par une prochaine sortie en blu-ray) et plusieurs bonus, dont quatre documentaires. Le premier, qui permet d'entendre Visconti expliquer son travail, n'est pas sous-titré en français ! Les autres, à savoir un documentaire sur le scénario (par le scénariste Nicola Badalucco), un autre sur la mise en scène et un dernier sur les costumes, tous d'une durée de 20 minutes, sont très intéressants, même si le troisième en fait des tonnes dans le registre "masturbation intellectuelle". Des galeries interactives et autres bandes-annonce complètent le programme. Il y manque le documentaire "A la recherche de Tadzio", fondamental pour épouser la conception de l'œuvre.

Si tout a été dit sur "Mort A Venise", il est peut-être encore possible de ramener ses détracteurs sur la voie de la rédemption : Comme de nombreux spectateurs, je n'ai pas du tout aimé le film la première fois que je l'ai vu. Je n'ai rien compris à sa structure évanescente, à son rythme indolent et à sa construction faussement dépouillée. Une seconde vision m'aura été nécessaire afin d'accéder à toute sa complexité, et plusieurs autres avant d'en atteindre toute (?) la profondeur. "Mort A Venise" ne raconte pas seulement le dernier voyage d'un artiste en quête perpétuelle de perfection qui finit par tomber amoureux d'un jeune adolescent à la beauté vierge et androgyne, proche d'une statue grecque. C'est avant tout l'histoire du temps qui passe... Ainsi, Gustav Von Achenbach, ce musicien au seuil de la vieillesse, se rend-il compte que l'essentiel de sa vie s'est écoulée. Après avoir recherché tout au long de son existence la beauté à travers son art, il finit par s'apercevoir qu'il a perdu la sienne à force de ne pas prendre conscience du temps qui passe, et qu'il est à présent trop tard pour vivre une jeunesse dont il n'a jamais profité. Faisons donc ensemble un petit tour d'horizon thématique de cette œuvre à la richesse incomparable :

LA VANITE : Il ne faut pas appréhender "Mort A Venise" comme un film ordinaire, car il offre une expérience totalement différente en termes de narration et de conception de l'espace-temps. Contemplatives, les images nous disent que nous ne sommes plus dans une réalité tangible. Il aura fallu que je regarde le film plusieurs fois avant que je ne comprenne le rôle du gondolier qui amène notre personnage, malgré lui, à sa destination au début de l'histoire : "Caron", le passeur, a aidé le vieil homme à traverser le "Styx" vers l'autre monde... Nous sommes à présent de l'autre côté. Dès lors, la beauté absolue, au sens platonicien du terme, peut enfin se révéler sous les traits du jeune "Tadzio", adolescent éphèbe qui erre en tout lieu et qui pend corps sur la musique hypnotique de Gustave Mahler, dont le personnage principal est directement inspiré. Et c'est ainsi qu'au seuil de la mort, Achenbach prend conscience de la valeur de la vie, de la jeunesse et du temps qui passe... Luchino Visconti aura eu l'idée brillante de transposer le personnage d'Achenbach, écrivain dans le roman originel, en musicien. De cette façon, il parvient à hisser le récit à un niveau opératique d'une richesse thématique et d'une cohérence artistique vertigineuse : Un artiste qui s'est adonné toute sa vie à l'expression artistique la plus abstraite, la musique, probablement la plus encline à viser la beauté ultime de par son essence abstraite, découvre que cette beauté fantasmée existe dans la chair. Mais elle ne lui est plus accessible, car il est trop tard... La musique vient ainsi souligner la beauté de "Tadzio", renvoyant Achenbach à sa Vanité la plus évidente. Oui, "Mort A Venise" est purement et simplement... une Vanité. Alors certes, il s'agit d'une vanité à contre-sens, puisqu'elle ne met pas en scène une personne attachée à son apparence. Mais il est tout de même question de temps qui passe et de décrépitude, de fatalisme et de mort. Dans ce sens, la sublime ville de Venise, qui devient, à la fin du film, hideusement rongée par le choléra, en est la parabole flagrante !

LE SOUVENIR : Comme dans toute l'œuvre de Visconti, le rapport avec A la recherche du temps perdu de Marcel Proust est évident. Ceux qui connaissent l'anthologie de l'écrivain français y remarqueront de nombreuses références, sachant qu'elles étaient très importantes pour le cinéaste italien. Ainsi, certaines visions, le son d'une mélodie au piano, le parfum d'un bouquet de fleurs, tout ramène Achenbach à certains de ses souvenirs les plus marquants. Le film est alors parsemé de flashbacks (absents dans le roman) qui aboutissent à une construction narrative anti-chronologique, apportant davantage de subtilité au récit, le tout filmé dans une succession de travelling particulièrement raffinés. Le spectateur apprend ainsi, par petites touches, qu'Achenbach n'est pas fondamentalement homosexuel. Ce dernier, marié, aime les femmes. Il a fondé une famille, a vécu l'épreuve du deuil et de la tragédie. Son "coming-out" n'est nullement gratuit, mais devient au contraire l'aboutissement de son parcours. Soit une allégorie de l'homosexualité d'une finesse inégalée, qui nous rappelle que notre orientation sexuelle dépend de notre sensibilité ET de notre parcours. Alors que Luchino Visconti était homosexuel, tout comme Thomas Mann (et Proust) qui vécut un "coming-out" similaire à son personnage, il aura trouvé ici l'alchimie parfaite entre sa nature et celle de tous les hommes...

LE TROP TARD :
Oubliez les lignes rédigées plus haut. Achenbach est fondamentalement homosexuel. Il ne l'a jamais accepté. Une seconde théorie voit le jour : Nous sommes hétérosexuels ou homosexuels dès le départ, sans forcément le savoir ou l'accepter. C'est pourtant un parfait hétéro qui vous le dit. Alors voilà, lorsque notre héros s'aperçoit de sa condition réelle, il est trop tard... La vie est ainsi faite, qui retarde nos aspirations profondes et fait que nous pensons toujours avoir le temps de nous retourner. Nous avons tous des projets dans nos tiroirs, des fantasmes majeurs, mais qui les a tous réalisés ?

LA DIMENSION ONIRIQUE : Le personnage d'Achenbach, qui pénètre dans la ville de Venise bien en vie, est paradoxalement déjà mort. Car il est venu ici en convalescence, après avoir subit une attaque cardiaque. Il fallait donc une narration propre à cet état irréaliste, qui commence évidemment par l'absence quasi-totale d'interaction entre Achenbach (inoubliable Dirk Bogarde) et les autres protagonistes. C'est ainsi qu'en plus des flashbacks cités plus haut, le réalisateur ajoute quelques flashforwards venant déstructurer davantage la progression narrative. A deux reprises, le spectateur ne sait plus s'il a été brièvement transporté dans le futur ou s'il a juste voyagé dans l'esprit délirant du personnage principal. Cette subjectivité désarmante, loin du gimmick auteurisant, atteste de ce qui nous aide tous à rejoindre la mort : La possibilité d'un ailleurs, de quelque chose qui nous échappe, qui nous accompagne dans un possible au-delà. C'est ainsi que "Tadzio", à la fin, semble se fondre dans un horizon maritime scintillant, comme s'il était la promesse d'un passage vers un ailleurs salvateur.

LA SOCIETE : Ici encore, Visconti fait preuve de finesse : Si sa condition de bourgeois fait d'Achenbach une personne relativement hautaine et précieuse, méprisant le peuple, il n'en est pas moins respectueux des valeurs essentielles. Dès lors, il n'est pas question pour lui de se laisser aller à ses instincts primaires. Son amour impie devra rester platonique, et la honte devra le frapper. Le film exprime les angoisses d'un homme aux prises avec ses propres démons, expose une réflexion sur la culture entant que remède contre le mal et sur l'amour coupable. Mine de rien, le script est d'une virtuosité sans égale lorsqu'il s'agit de caractériser les personnages, qui ne tombent jamais dans la caricature ou dans la facilité, mais demeurent, envers et contre tout, l'incarnation totalement plausible d'êtres humains de chair et de sang, tel qu'il était coutume de les dessiner dans le Réalisme italien de l'âge d'or du cinéma transalpin, faisant écho à la dimension autobiographique du roman de Thomas Mann. La lutte des classes et la dictature de l'opinion publique sont alors parmi les thèmes les plus exposés du film, tout en finesse et en discrétion.

Voilà donc pour ce petit tour d'horizon, bien trop court évidemment, en ce qui concerne la profondeur d'un des films majeurs de l'histoire du cinéma. Vous qui ne l'avez pas aimé, donnez lui une seconde chance. Il demeure, avec La Dolce vita, un de ces films incompris par les spectateurs tardifs qui les auront fantasmés comme des films funs, sans en saisir -ce qui est normal de toute manière- la grande complexité, la grande richesse, et qui auront été profondément déçus par leur première vision. Au cas où vous changeriez d'avis, sachez que "Mort A Venise" est le second volet de la "Tétralogie allemande" de Visconti, après Les damnés et avant Ludwig ou le Crépuscule des dieux, qui s'inspirait des thématiques mythologiques et décadentes de Wagner et Thomas Mann. Malheureusement, sur les quatre titres prévus, le réalisateur n'en finalisa que trois...
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le 10 novembre 2009
Des acteurs impressionnant de réalisme, des décors tout en subtilité et une histoire d'une trés grande beauté. On retrouve toute la grâce du cinéma de Visconti.
A voir :)
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le 3 janvier 2009
Une méditation qui touche l'absolu, parce qu'elle prouve la Beauté, l'Art, l'Amour, la Passion, la Nature, l'Immortalité du souvenir.
Mais ce film ne serait peut être rien sans l'Adagietto de Mahler, compositeur de génie qui est aussi grand que Beethoven, à mon avis.
Dirk Bogarde est époustouflant : il parle dans ses silences, dans ses ruminations proustiennes. C'est aussi l'un des films les plus malsains qu'il m'ait été donné de voir - tout est épuré dans le profane, Visconti réussit à tirer une beauté du Mal, une ambiguïté dans cette relation à distance entre une figure androgyne et cet artiste possédé. Par son passé. Par son aspiration au beau absolu. Alors, quand il rencontre la Beauté dans toute sa perfection, il tremble, frissonne, et rentre "en" lui. Il ne parle presque jamais de tout le métrage. Dehors, un "soupçon" de choléra l'entoure, mais il est ailleurs. Il est en-dedans, il sait qu'il est déjà mort dès le premier regard. Il suit cette beauté qui le corrompt. Elle va partir, il ne la reverra jamais. Pour résister, il essaie de se parer du masque de la beauté, comme pour s'imprégner de ce spectre ; l'artifice n'est pas assez incarné. Sous le soleil vénitien, le masque fond. Alors, quand la beauté lui indique l'horizon, il touche l'éternité.
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Le livre de Thomas Mann m'avait déçu et je n'avais pu le terminer. Sans doute ai-je essayé de le lire trop tôt, et c'est aussi pour cela que je n'avais jamais été attiré par le film de Lucino Visconti. J'ai réparé cet oubli et ce que j'ai vu a touché une fibre sensible. Bien sûr, les éléments esthétiques du film sont formidables : les décors de cet hôtel du Lido, la plage illuminée où se déroule les tranches de vie de cette société bourgeoise confinée, la musique de Gustav Malher, si prégnante, tout cela est formidablement bien construit. Lucino Visconti connaît son métier et trace, par ses mouvements de caméra lents, ses points de vue distants, une ode à la contemplation et à l'intériorisation qui fait partager au spectateur les affres et tourments d'Aschenbach.

Mais surtout, il s'agit d'une histoire de chair et de coeur, d'amour et de mort dans cette ville confite où se répand le choléra. Il s'agit du frémissement de l'amour, non pas de l'attirance vulgaire de la chair comme peuvent le démontrer quantité de productions cinématographiques où la lascivité le dispute à un érotisme de pacotille, mais d'un amour pur, d'un appel à la pureté de l'absolu, où la tentation de la chair, si elle est présente incidemment, est reléguée à sa juste place. Aschenbach vit la contradiction absolue entre ses postulats artistiques (tout est esprit dans l'art et la beauté) et la réalité où la beauté prend chair, et devient inatteignable.

Film esthétisant à souhait, l'oeuvre de Visconti est une ode à l'adolescence, cette période où chaque être va décider de la part d'enfance il va garder dans son âme d'adulte pour le restant de ses jours. Dans le cas présent, c'est la quête de la beauté, gardée dans l'âme d'Aschenbach, qui se matérialise devant ses yeux sous les traits de Tadzio. Un ultime rappel nostalgique de l'enfance avant le grand repos.

Un grand film.
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Visconti, avec Mort à Venise, nous offrait un pur moment de cinéma total. Sous sa houlette, Thomas Mann, Goethe (son dernier amour, qui avait inspiré Mann), Gustav Mahler et Proust se sont donnés rendez-vous dans cette inimitable symphonie européenne et crépusculaire.

Un compositeur, aussi académique que fatigué, arrive à Venise pour espérer renouer avec une inspiration morte. C'est un homme distant, salement embourgeoisé, rongé par le temps, empêtré dans ses blocages esthétiques et moraux, las de tout, las surtout d'une recherche du Beau qui n'aboutit pas, la faute à une conception morte-née. Persuadé que le réel est impuissant à nous offrir cet idéal qu'est la fusion des sens et de l'esprit, il a sa solution : oublier les sens et se concentrer sur l'esprit, quitte, pour cela, à escamoter toute réalité humaine de l'existence en invoquant formalismes et concepts. Sa rencontre avec l'éphèbe Tadzio, incarnation terrestre, charnelle, de ses idéaux supérieurs, va le renvoyer tel un terrible miroir à ce qu'il a toujours cherché à nier : sa sourde et inexorable décrépitude, à l'image de la grande cité vénitienne promise aux catastrophes et à l'engloutissement. Une fièvre dionysiaque, amoureuse, physiologique, finira d'agiter cet être trop tardivement incarné.

Visconti filme de manière bouleversante la corrosion de l'édifice moral et spirituel de son personnage, dont le dernier acte restera gravé comme l'un des plus grands moments du cinéma européen et même mondial. Les longs plans-séquences, les jeux de regards, les zooms et travellings purement viscontiens sont devenus inoubliables. Chef-d'œuvre de mise en scène, d'émotion, de profondeur ; drame intime, mélancolique et musical sur fond d'apocalypse... chef d'œuvre d'un maître inégalé.

Un chapitre essentiel dans la carrière de tout cinéphile qui se respecte !
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