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Comparé à quelques bootlegs parus ci et là et dont la plupart sont de qualité plutôt médiocre, ce « Bitches Brew Live » tout récemment édité par Sony/Columbia présente un double intérêt. D'abord une qualité sonore au dessus de tout soupçon. Là, c'est franchement réussi, pour ne pas dire exceptionnel. Son ciselé de la trompette de Miles, puissance des basses, jeu à la fois cristallin et roboratif de Corea... Grâce au travail impeccable de l'ingé du son (Reice Hamel), chaque instrument est mis en valeur. Le deuxième intérêt, c'est la parution de trois plages carrément inédites. Trois pièces issues d'un unique concert à Newport en juillet 1969. Ces trois premières plages sont d'autant plus passionnantes qu'outre la qualité sonore, on a là une configuration historique. Miles ne joue qu'avec sa section rythmique! En effet, Wayne Shorter qui devait être présent lors de cette performance fut coincé dans un embouteillage monstre. Bref, il ne put rejoindre Miles à temps... De mémoire de jazzeux, c'est la première fois que j'entends avec un pareil confort d'écoute ce qui fait désormais partie du « Lost Quintet » (entendez par là, Miles Davis/Wayne Shorter/Chick Corea/Dave Holland/Jack DeJohnette).

En effet, ce nouveau quintette de Miles n'a pas laissé de trace discographique (et Filles de Kilimanjaro fut enregistré avec Tony Williams et non pas avec Jack DeJohnette). Il n'existe donc pas à ce jour de « live officiel »... Miles en rageait d’ailleurs. Il en voulait terriblement à Teo Macero, le producteur de Sony/Columbia. La surprise est donc double ici puisque le quintette devient « quartette ». Miles est le seul soufflant... « The Really Lost Quartet », pourrait-on dire... Certes, le gig est assez court (trois thèmes seulement, 24 petites minutes), mais c'est d'une telle intensité qu'on se met à rêver: si seulement Columbia pouvait trouver d'autres traces de ce collectif exceptionnel...

En tout cas, ça commence très fort: dès l'ouverture de « Miles Runs The Voodoo Down », Jack DeJohnette est complètement déjanté. Le batteur possède une puissance de feu qui pourrait en laisser plus d'un sur le carreau… Ses frappes sont monstrueuses. Le collectif est en pleine mutation et offre un jazz-rock musclé, nerveux et d’une rare intensité. S'appuyant sur les ostinatos d'un Dave Holland qui n'a peur de rien (quelle assurance dans le jeu du jeune bassiste) et les envolées de Chick Corea, le trompettiste prend plaisir à développer des lignes thématiques abstraites, mais toujours accessibles. La concision, l’intensité et la nervosité dans chaque note sont autant de belles décharges d’adrénaline. On est bien sûr loin de Kind of Blue et de son côté contemplatif, mais quel son! La musique est ici jubilatoire et parle d'elle-même. Les deux autres thèmes sont « Sanctuary » (3'58) et « It's About That Time » (9'40). Durant ces vingt-quatre minutes, l'implication artistique des quatre comparses ne fait jamais défaut. La musique est compacte et forme un bloc hallucinant.

Pour la suite, peu de surprise, même si c'est toujours un plaisir de réécouter l'intégralité du concert de l'Île de Wight (plusieurs éditions audiophiles existaient déjà, comme ici et , et enfin le film du concert, que je ne saurais que trop vous recommander, avait fait l'effet d'une bombe lors de sa parution y a quelques années (Miles Davis: a Different Kind of Blue). Bref, on ne saurait trop bouder notre plaisir. Rappelons seulement que le festival de l'Île de Wight fut un événement comparable à celui de Woodstock. Donné en août 1970 devant un public de cinq-cent mille personnes (sic) et dont la plupart, à cette époque bénie, étaient de joyeux hippies (Led Zeppelin n'était pas loin, tout comme Jimi Hendrix et Joni Mitchell...), le concert de Miles dura à peine une demi-heure. C'était assez pour un public composé essentiellement de rockeux. Quant au « Lost Quintet », il n'existe déjà plus: Miles a rajouté un clavier (Keith Jarrett) et un percussionniste (Airto Moreira). Wayne Shorter a cédé sa place à Gary Bartz (lequel cèdera la sienne à Dave Liebman). Dave Holland est cette fois-ci à la basse électrique (il a délaissé la contrebasse) et Jack DeJohnette est toujours à la batterie. En une demi-heure Miles enchaîne les thèmes, telle une suite surréaliste (« Call It Anything » lancera-t-il à la foule médusée et sortie de sa torpeur) mais l'amateur reconnaîtra « Directions », « It's About That Time », « Sanctuary », « Spanish Key » et bien sûr « Bitches Brew ». C'était carrément une ère nouvelle, une époque où les festivals programmaient aussi bien du jazz que du rock de qualité (Miles, Art Blakey, Jethro Tull, John Mayall, Frank Zappa and the Mothers, Sly and The Family Stone)... Faîtes-vous plaisir et ne passez pas à côté de cette joyeuse étrangeté.

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Photos et notes de livret de qualité. Ces dernières sont signées Michael Azzerad (critique et biographe de pas mal de groupes rock indépendants).
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le 19 février 2016
Première écoute, le CD finit dans un tiroir. Je lui donne une seconde chance quelques jours après : une musique dure, pas aimable, qui ne sourit jamais. Insupportable en fond sonore, tellement c'est crispant. Le son des claviers électriques de Corea et Jarrett est moche, mat, un peu voilé.
Mais peu à peu la magie opére, et au bout d'un moment on écoute ça en boucle. On s'habitue au son ingrat (par le fait des claviers. L'enregistrement lui est plutôt bon) et on guette les éclats de beauté qui surgissent sans avertissement : un phrasé de Corea, le sax de Gary Bartz et surtout, surtout Miles Davis, toujours imprévisible, toujours élégant, qui danse sur le volcan.
Car ces deux concerts, Newport et Wight, ce sont des volcans. L'énergie du groupe est phénoménale. De Johnette et Holland poussent les feux sans repos. Qu'est ce qu'ils avaient consommé avant d'aller sur scène ? C'est épuisant car la tension ne baisse jamais, les morceaux s'enchaînent sans interruption, mais de temps en temps, ca dégage les bronches d'écouter un truc pareil ! Un sommet.
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le 21 août 2013
Je ne peux pas ajouter grand chose au commentaire érudit et complet de freddiefreejazz, mais juste dire que ce live est fabuleux, de la lave en fusion, pour utiliser un lieu commun... Je n'aime pourtant pas les commentaires lyriques, mais il est difficile de parler d'un tel enregistrement sans se laisser aller à quelques complaisances de ce genre. Les rythmiques sont titanesques ; DeJohnette est fou, frénétique et toujours au-delà de ce qu'on pourrait attendre, pressant jusqu'à la transe ; la basse saturée (sur le deuxième concert) sonne gras et bitumeux, et la trompette lancinante de Miles Davis s'envole et fascine, par une tension constante et sans concession. L'urgence ne se relâche pas un instant, la furie n'a pas de répit, et le flot embarque l'auditeur ébahi avec une violence froide et brûlante à la fois, implacable et terrassante... Un grand disque, de jazz ou d'autre chose d'innommable sans doute (l'appellation n'a pas d'importance, et l'effervescence de l'époque autorise tout), qui vous envoûte et vous éblouit comme une hallucination... En plus, la qualité sonore est très bonne.
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le 13 avril 2013
Je suis fort satisfaite. Trebail très intéressant, une bonne interprétation et une bonne enregistrement. Aussi un dessin très curieux et singular.
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le 7 février 2013
Mouais c'est du jazz ... un peu plus perché que ce que je connaissais de Miles Davis. Sinon la qualité est bonne
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