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le 27 avril 2012
Après la relative déception qu'avait constitué "la possibilité d'une ile", retrouver un grand, un très grand Houellebecq dans "la carte et le territoire" est une immense joie : les 400 pages se dévorent d'un trait, comme on le ferait d'un banal thriller à l'américaine, sauf qu'ici, c'est le plaisir extrême d'une écriture à la fluidité sublime et d'un récit à l'intelligence stupéfiante qui guide nos pas et accélère les battements de notre coeur. De quoi parle "la carte et le territoire" ? Pas facile à dire, en fait... De tout et de rien, de nos destins inviduels de fils qui ont perdu leur père, d'amants qui ont loupé l'être aimé sans en faire pour autant un drame, d'êtres humains démunis face à la mort... Mais aussi de la transition du capitalisme vers... autre chose, et de l'impact de cette évolution sur la société française. Du statut de l'objet dans la culture du XXIe siècle. De la manière dont l'Art s'invente, avant de se vendre. De la vanité de la littérature - une vanité que ce livre contredit brillamment. Etc. etc. En fait, avec ses reprises textuelles de Wikipedia, son break étonnnant en forme de polar avec serial killer, l'inclusion hilarante de personnages réels, la mise en scène cruelle par Houellebecq de sa propre vie (?) et de sa future mort, "la carte et le territoire" est une jungle foisonnante de fictions au plus près de notre réalité, un labyrinthe mental dans lequel on se perd avec délices, jusqu'à l'engloutissement final. Un livre facile à lire, certes, comme si c'était là un défaut : une oeuvre littéraire d'autant plus immense qu'elle paraît modeste.
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Il y a plusieurs bonnes raisons d'aimer le nouveau Où-est-le-bec : tout d'abord, depuis "Extension", c'est sa première rentrée en douceur, sans polémique (pas vraiment de sexe, pas d'attentats, pas d'idéologie particulière, un livre "soft" en somme et néanmoins profond), sans scandale, sans fanfares ni trompettes, et même dans une surprenante sérénité ; preuve, si besoin en est, qu'on a là un vrai livre plutôt qu'un coup médiatique bien préparé.

Ensuite, la maturité littéraire saute aux yeux dès les premières pages. Le style n'a jamais été aussi précis, clinique même, tranquille, sans fioritures, juste parfaitement houellebecquien en fait. L'obsession de la description est cette fois poussée jusqu'à un point quasi comique (si il y a un disque dur portatif, on aura son poids, sa taille, sa marque, le nombre de plateaux...) quitte à recopier des pages entières de Wikipédia, mais bon, depuis Lautréamont, ce procédé ne nous parait plus aussi étrange.

L'écrivain aimant l'alternance roman d'anticipation/roman social, c'est dans la deuxième catégorie que se situe cette nouvelle mouture, et c'est tant mieux car c'est là qu'il est le meilleur à mon avis, la surcouche idéologique de sa science-fiction n'étant pas vraiment à mon goût. Cette fois, il s'agit de raconter, comme il le fait souvent, la biographie d'un artiste, Jed Martin, sa traversée de la vie, ses quelques joies, ses nombreuses désillusions, et surtout son œuvre, dont la thématique est le conflit entre le réel et sa représentation, le livre prônant la supériorité de la seconde sur le premier, notamment grâce... aux cartes Michelin.

D'autres thèmes assez disparates sont abordés dans ce foisonnement aussi dense qu'une belle végétation : la vie et la mort certes, mais aussi l'architecture, l'art pictural, la France, la célébrité accidentelle, le déclin du capitalisme, l'évanescence des entreprises humaines, le rapport au père, l'euthanasie, le meurtre, les enquêtes policières (et il y en a une, certes minimaliste, mais intéressante)... L'histoire est aussi l'occasion d'introduire une idée géniale : mettre en scène Michel Houellebecq lui-même, dont l'autoportrait est un des moments les plus jouissifs de toute son œuvre, entre lucidité et sadomasochisme, mégalomanie consciente et assumée, autodestruction voulue et revendiquée. Et puis, bien sûr, les habituels croquages de célébrités (Beigbeder en artiste raté mais aimé des siens, Patrick Le Lay en Père Ubu aviné et grossier, Jean-Pierre Pernaut en visionnaire !), qui valent le détour. C'est, enfin, probablement son livre le plus drôle. Un humour stoïque, décapant, totalement maîtrisé. Éclats de rire à prévoir durant la lecture.

Peut-être "La carte et le territoire" est-il amené à devenir, comme "Les mots" pour Sartre, le livre préféré de ceux qui n'aiment pas Houellebecq...
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le 7 avril 2013
Deux étoiles ,une pour Jed Martin , le héros du livre et une pour son clone Houellebecq qui se met en scène sans aucune auto-dérision.Grosse déception : à vrai dire je m'y attendais un peu. Houellebecq aurait dû décrocher le Goncourt pour l'excellent et visionnaire " Plateforme " .Malheureusement un jury politiquement correct ne pouvait donner son prix à un écrivain qui ose écrire que "l'Islam est la religion la plus conne du monde" ( c'est je crois textuellement ce que dit un des personnage de ce roman sorti 3 mois trop tôt...juste avant les attentats du 11 Septembre 2001 ).
Alors pour décrocher ce fameux Goncourt il fallait un produit consensuel car au fond d'eux-mêmes les jurés ne pouvaient plus ignorer l'écrivain qui a révolutionné la littérature française depuis Sartre selon les critiques étrangers encore intéressés par la littérature française.
J'imagine la description qu'aurait faite Houellebecq de Raincy dans son époque "Particules élémentaires".Dans "La Carte et le Territoire" , pas un mot sur ce territoire de banlieue qui se réduit comme une peau de chagrin (la bien nommée)pour les autochtones lesquels s'en vont dans la Creuse et ailleurs transformer nos régions en Dysneyland pour touristes émergents Chinois , Russes ...Ce thème ne fait qu'une dizaine de pages tout comme d'autres thèmes ( l'Art , l'Architecture , l'Enquête de police ...)Finalement c'est un patchwork houellebecquien comme l'a justement écrit un internaute précédemment , très paresseux et à la limite d'un pastiche de ses obsessions , la sexualité en moins ( Goncourt oblige ...) Donc pas de colonne vertébral pour ce très mou roman que j'ai lu en diagonal tant il est vrai que j'attendais un redressement de ce fiasco littéraire .Relire Extension ...les Particules... Plateforme ...pour se rendre compte du ratage de ce roman pour people fatigués.
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A chaque nouveau roman, Houellebecq surprend. Il n'écrit jamais ce que l'on imagine qu'il va nous offrir, tout en faisant chaque fois la preuve de plusieurs constantes : une lucidité « visionnaire » sur notre époque, un humour aussi discret que décapant, une pertinence et une cohérence sur le fond, en arrière plan de l'histoire centrale du roman à proprement parler.

Cette fois il est question à la fois d'art contemporain, de relation entre père et fils, de la mort et de la transmission, avec une belle métaphore : celle de la cartographie, du territoire et plus encore du terroir. Houellebecq se livre par ailleurs encore plus personnellement qu'à l'habitude en se mettant lui-même en scène dans son roman, avec humour et détachement.

Houellebecq sera probablement un des rares auteurs de littérature française contemporaine à passer durablement à la postérité, tout comme il est déjà un des plus traduits, publiés et lus dans de nombreux pays du monde.

« La carte et le territoire » apparait comme son livre le plus abouti, comme un lauréat du Goncourt amplement mérité et, là sans aucun doute, comme son roman qui m'a personnellement le plus touché au cœur.
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le 26 février 2013
L'auteur des Particules élémentaires est devenu très tendance car il appréhende l'air du Temps, sans état d'âme. Dans une société désenchantée, dont des sociologues patentés se targuent de décréter qu'elle a perdu ses repères (ce que l'on qualifiait, naguère, de valeurs) le romancier désabusé nous livre, entre autres, une de ses visions significatives "Un hypermarché Casino, une station-service Shell demeuraient les seuls centres d'énergie perceptibles, les seules propositions sociales susceptibles de provoquer le désir, le bonheur, la joie..."
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Comme la phénolphtaleine pour les milieux basiques, Michel Houellebecq est un indicateur révélateur du lectorat français: il fait virer les grincheux à l'acide et provoque des réactions en chaine lorsqu'il obtient le Goncourt. A lire les divers commentaires sur son dernier roman, surtout les plus sévères, on se rend compte que beaucoup n'ont pas fini de lire La carte et le territoire. Qu'attend-on d'un Goncourt, un livre de recettes de cuisine, un scénario de blockbuster? Reprocher à Houellebecq son originalité et son style est un non-sens.

J'avais beaucoup aimé "Extension du domaine de la lutte" et un tout petit peu moins "Les particules élémentaires" et c'est sans à priori que j'ai commencé celui-ci. Houellebecq ne fait pas dans le consensus, mais comme j'adore les cartes en général et celles de Michelin en particulier, je me suis tout de suite senti en territoire ami (les cartes IGN, surtout celles de montagnes et leurs sinuosités absconses sont aussi un must, mais d'un abord plus délicat). Par contre je suis totalement refractaire au GPS qui est une arme de décérébration massive. Peut-être le prénom du héros m'a un peu décontenancé au début (Jed, c'est bizarre non? Enfin pourquoi pas et puis c'est un anti-héros après tout!).

Le portrait du père est très beau, architecte raté, très belles descriptions des désillusions de la vie et savoureuses digressions sur Le Corbusier.

Olga, la jeune russe, est totalement craquante, mais là tout dépend de l'imagination et du vécu de chacun. Comme les plus belles histoires d'amour elle s'arrête brutalement, comme dans la vraie vie, sans explications. C'est beau, mais c'est triste...

J'ai pas vraiment eu l'impression que Houellebecq avait une dent contre le milieu de l'art, j'y ai même plutôt vu un certain éloge de la peinture et le tableau de Houellebecq par Jed Martin m'est pratiquement apparu: un mélange de Holbein et de Bacon, le regard halluciné de l'écrivain, magnifique.

J'ai trouvé assez gonflé que l'auteur se mette en scène, auto-critique, narcissisme, bof on s'en fout c'est rigolo! Begbeider est attendrissant et le portrait clinique de Lepers est un régal.

La fin est assez gore mais le portrait du flic est très juste (beau paragraphe sur les animaux de compagnie). Les descriptions techniques d'objet (Audi, Bugatti Veyron, chauffe-eau, aèrent délicatement le récit comme de fines bulles de Champagne (quoique dans ce cas, c'est du gaz carbonique.)

Pour l'avoir vu et entendu dans quelques émissions (nocives?) j'aime beaucoup le personnage qu'est Houellebecq. Mais je comprends totalement que certains soient définitivement réfractaires à cet hurluberlu. Je ne recommanderais ce roman à personne, à moins que vous ayez bon goût?
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le 31 mars 2016
Facile à lire, bien que parfois fastidieux et décousu, parlant un peu de tout et un peu de rien, ne dérangeant pas grand monde et n'apportant rien de bien neuf, ce roman apparaît d'abord comme un florilège, une synthèse des obsessions de l'auteur.
Houellebecq s'y portraiture d'ailleurs en misanthrope, solitaire et détesté, parano mais philosophe. Grosso modo, la représentation qu'il adore donner de lui-même !
Car l'idée principale de ce livre est d'affirmer la supériorité de la représentation sur le réel. En effet, pour Houellebecq comme pour Huysmans, l'homme et l'animal se sont élevés au-dessus de la nature.
A côté de ça, on trouvera des réflexions convenues autour d'idées comme ''le libéralisme redessine la géographie du monde en fonction des attentes de la clientèle.'' Ou encore : ''c'est sa place dans le processus de production, et pas son statut de reproducteur, qui définit avant tout l'homme occidental'', le condamnant à une existence morne mais confortable, marquée par le travail, avant que n'arrive la déchéance physique, la lassitude du couple et finalement l'abandon. L'art, qui donne son sens à la vie comme le pensaient Huysmans et Schopenhauer, manquerait aujourd'hui de passion, d'émotion car il est ''coupé de toute spiritualité, de toute authenticité, pour devenir une activité purement industrielle et commerciale.'' Comme la vie de ces carriéristes obsédés par le fric ?
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le 23 avril 2012
J'apprécie l'auteur ( Les particules élémentaires, Extansion du domaine de la lutte, et autres poèmes... ), je lui reconnais un talent indiscutable. Néanmoins, Ce livre - couronné - n'apporte pas grand chose, sinon une certitude: Michel est un grand stratège, qui a compris les règles de son système.

Le comble! Il se fait entrer dans l'histoire, avec son pote Frédéric Beigbeder, tout aussi talentueux et narcissique. Ah! le pied de nez ultime.

Michel est un homme intelligent, il mérite sa couronne.

Mais je n'ai pas réussi à terminer son livre.

Allez, je retourne bouquiner Musso!
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Jed est le fils d' un architecte qui est en fin de vie. C' est aussi un artiste qui est passé de la photographie à la peinture, puis a mélangé la photographie et la peinture pour revenir à la peinture. Pour valoriser le catalogue d une exposition il fait appel à un écrivain. Houellebecq est cet écrivain dont le commentaire va contribuer au succès de cette exposition. Pour le remercier Jed va offrir à Houellebecq son portrait. Celui-ci va prendre tellement de valeur qu' il sera le mobile du meurtre de Houellebecq. Nous reviendrons quand même à notre personnage.

Je crois qu' en ce moment et depuis un Roman Français, le principal sujet des auteurs semble être l' égotisme et l'égocentrisme.
Houellebecq dans ce domaine ne fait pas les choses à moitié. Mais l' ensemble nous donne pour rester dans la métaphore de la carte un atlas un peu décousu. Nous pouvons nous étonner par exemple de ce passage qui nous fait passer dans le roman noir. Le fil conducteur devient très vite Houellebecq et non plus notre personnage.

C' est dommage car le style est vraiment là, la qualité de l' écriture aussi, et la documentation est indéniablement précise. Mais que la littérature devient pauvre quand le sujet devient non plus l' égocentrisme mais désormais l' égotisme.

Si nous revenions à la littérature ! Désolé Mr Houellebecq votre livre ne mérite pas l' intérêt que l' on y porte. Et cela malgré les renvois d' ascenseur à ceux qui tiennent des émissions littéraires, et à vos règlements de compte dans les médias. Et ne me dites pas qu' il faut le prendre au second degré, car dans ce cas vous avez oublié ce que l' on appelle l' autodérision, mais votre immodestie doit vous en empêcher !

Pour ce qui est des prix littéraires nous savons donc comment cela se passe. De façon très française ce qui compte ce n' est pas la qualité du travail mais celle de la brosse à reluire ! Il est donc important de le faire pour les critiques littéraires ! Ceux-ci devant manger ils ne peuvent ostensiblement pas critiquer ceux qui les nourrissent. Et quand en plus un auteur sulfureux encense ostensiblement Mr Beigbbeder-les critiques et leur microcosme ne se sentent plus d' aise ! Un auteur qui ne crache plus dans la soupe autant le récompenser. Pas étonnant que le prix soit donné dans un restaurant, bon appétit messieurs ! Et au diable la littérature et les lecteurs.
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La Carte et le territoire de Michel Houellebecq est un roman tout à la fois drôle et triste, sur le thème classique et schopenhauerien du monde comme représentation.

Dans un registre tour à tour cocasse et sinistre (la maladie, la mort), il nous raconte l'existence du peintre Jed Martin, dont la vie entée sur notre quotidien est supposée s'achever vers 2040 (légère anticipation), dans une Europe complètement désindustrialisée, où la nature reprend ses droits (« La trace des chemins qui avaient pu parcourir la forêt était depuis longtemps effacée. »).

Inutile d'insister sur la facilité narrative, l'habileté et l'inventivité dont fait preuve l'auteur, qui va jusqu'à mettre en scène son propre assassinat, confirmant son talent de page-turner. Michel Houellebecq, qui n'est pas formaliste, écrit clair et ne tortille pas.

Livre sur l'art, avec ses partis pris (Picasso et Le Corbusier sont carrément nuls, pour Houellebecq), le roman promène un regard décalé et distancié sur le monde contemporain, cultivant une fausse platitude et une pseudo-neutralité qui, on le suppose, cachent pas mal de sarcasmes, étouffent quelques ricanements. Observateur narquois des travers de l'époque (envahissement par l'objet, prédominance de la technique, toute-puissance de l'argent, omniprésence du spectacle), Houellebecq fait mouche parce qu'il voit juste.

On pourra toujours soutenir que son effort de contextualisation ne manquera pas d'entraîner un vieillissement accéléré du roman (car qui se souviendra dans trente ans de Frédéric Nihous, Alain Gillot-Pétré ou même Jean-Pierre Pernaut ?).

On ne manquera pas de s'étonner de quelques œillades en direction des catholiques (la figure du prêtre d'aujourd'hui est épargnée et l'auteur est même supposé s'être fait discrètement baptiser), avec une violente charge contre l'euthanasie. S'étant rendu près de Zurich, où son père, qui était atteint d'un cancer de l'anus, vient de quitter la vie en recourant aux services de la société Dignitas (dans un établissement voisin d'un bordel !), Jed Martin s'en prend à une responsable qui lui présente le dossier de son père : « La femme reprit le dossier, pensant visiblement que l'entretien était terminé, et se leva pour le ranger dans son armoire. Jed se leva aussi, s'approcha d'elle et la gifla violemment. Elle émit une sorte de gémissement étouffé, mais n'eut pas le temps d'envisager une riposte. Il enchaîna par un violent uppercut au menton, suivi d'une série de manchettes rapides. Alors qu'elle vacillait sur place, tentant de reprendre sa respiration, il se recula pour prendre de l'élan et lui donna de toutes ses forces un coup de pied au niveau du plexus solaire. Cette fois elle s'effondra, heurtant violemment dans sa chute un angle métallique du bureau ; il y eut un craquement net. La colonne vertébrale avait dû en prendre un coup, se dit Jed. »

Manifestement désireux de ne pas se cantonner au lectorat des Inrocks mais de trouver bon accueil également dans les colonnes de La Revue des Deux Mondes ou de La Croix, Houellebecq s'attache à tenir sous contrôle sa propension à la déconnade de taupin, dévoilant juste chez son héros (ou antihéros) « un univers érotique typiquement masculin à base de salopes goulues, aux lèvres avides, se déplaçant généralement par deux. »

Truffé de notations astucieuses et de références savantes (Hildegarde de Bingen, William Morris, Van der Rohe, le Tractatus...), l'auteur réussissant même à « caser » une véritable page de critique littéraire consacrée à l'œuvre aujourd'hui passablement oubliée de Jean-Louis Curtis (Goncourt 1947), le roman est nourri d'apports documentaires sans doute de seconde main (Wikipédia), sur les sujets les plus variés (l'histoire de la ville de Beauvais depuis la nuit des temps, l'oligospermie, l'introduction du bichon !), tous dégagements qui feraient remplissage s'ils n'étaient à considérer avec toute l'ironie qui convient.

Champion du rapprochement insolite ou incongru (« un garagiste de Périgueux, une escort-girl de Limoges »), d'une imprévisibilité burlesque (sic), Houellebecq s'amuse et nous amuse (Claude Vorilhon en gérant de bar-tabac, c'est rigolo, non ?).

Dans le sillage de Sartre (nausée, vomissements pages 127, 246, 274...), mais de loin, de Georges Perec (les choses, la sociologie des classes moyennes supérieures), de moins loin, et surtout de Bret Easton Ellis (de beaucoup plus près), Houellebecq s'adonne sans retenue au name dropping, cite des marques de voitures de luxe (prestige à ses yeux du break de chasse Audi) ou d'appareils photographiques sophistiqués, et sert à ses personnages des mets tout aussi raffinés qu'inattendus (« Il commanda un coleslaw allégé et un poulet Korma » ou encore « Olga opta pour un gaspacho à l'aragula et un homard mi-cuit avec sa purée d'ignames »), à la manière d'American psycho.

Sur une esthétique gris neutre (« Le temps promettait d'être gris, couvert, probablement jusqu'au soir » lit-on page 406, de façon assez emblématique du roman), le sentiment de tristesse est directement induit par l'usage récurrent des mots triste (et morose, abattu, sinistre...) et tristement (« Mais ce soir, sans savoir pourquoi, il trouvait cela singulièrement triste. »).

Comme un bon morceau qu'il nous passe, dans une fine allusion pleine de subtilité, Houellebecq souligne par l'italique des mots ou groupes de mots, à l'évidence pour stimuler le lecteur, attirer son attention, entretenir avec lui une certaine connivence, et parfois, tout simplement, pour donner un peu de relief à une platitude.

Son parti-pris de « gris neutre » le tient à mi-distance du langage quotidien et de l'académique, avec un usage rare et un peu détourné du subjonctif, comme un gag (« Il semblait que les secondes, et même les minutes, s'écoulassent avec une foudroyante rapidité. »). Préférant « quand même » à tout de même, « par contre » à en revanche, « rentrer » à entrer (et même « rapporté », dans « il lui avait rapporté son tableau », quand Jed a offert son portrait peint à l'écrivain, pour apporté), il ne laisse guère passer qu'une ou deux formulations proches du pataquès (« Il aurait trouvé indigne à la mémoire de son père de brader cet endroit » ; « Sans soucis, sans responsabilités, sans désirs ni sans craintes»).

Passablement équivoque et sacrément ficelle, Michel Houellebecq paraît assuré, avec ce cinquième roman, d'un score exceptionnel au hit-parade des ventes. Quant à savoir quelle place lui réservera l'histoire de la littérature à l'horizon 2040, qui pourrait le dire ?
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