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le 11 mars 2005
La lecture de ce roman qui débute par une diatribe des plus opportunes contre le puritanisme nauséabond, moralisateur et réactionnaire qui s'attaqua aux frasques de Bill Clinton, m'a laissé perplexe, partagé et après avoir refermé ce livre, il me reste un goût doux amer dans la bouche. "La tache" aborde un sujet très intéressant puisqu'il traite de la tolérance ou plutôt, de l'intolérance, sous bien des formes. Intolérance raciale, sociale, intolérance face à la liberté de disposer librement de son esprit et de son corps, intolérance engendrée par la guerre également car, presque un quart de siècle après la fin de la guerre du Vietnam, cette dernière marque toujours au plus profond et de manière indélébile (directement ou indirectement) bon nombre des personnages de ce roman.
Philip Roth explore les entrailles de ses personnages qui sont rongés et irrémédiablement modelés, psychologiquement sculptés par cette intolérance, mère de tous les vices.
"La tache" est un roman profondément cérébral, trop peut-être et Philip Roth nous entraîne dans quelques passages mortellement ennuyeux et exagérément statiques. Il ne fait pas de doute que, sans ces longueurs, sans ces lourdeurs pour le moins gênantes, ce livre eut été aussi bon que "Pastorale américaine" et "J'ai épousé un communiste" car Philip Roth est toujours capable, par épisodes, de nous transporter irrésistiblement dans des envolées narratives dont il a le secret.
"La tache" n'est certes pas, loin de là, le meilleur morceau du "triptyque américain" de Philip Roth mais, par contre, c'est peut-être celui qui nous donne le plus à réfléchir sur la condition de l'être humain en général et sur la condition de l'être humain vivant aux USA en particulier.
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le 7 janvier 2004
J'avoue que La Tâche est le premier livre de Philip Roth que je lis. Et il est excellent. Pele-mele s'y trouvent des critiques parfois subtiles, parfois violentes, de la societe americaine mais aussi _par le biais de Delphine Roux, personnage pas si secondaire du livre_ de la societe francaise. La societe americaine va mal, dit Roth, elle souffre de ses veterans, de sa pudibonderie, de son racisme passe et de la violence de son anti-racisme present, du puritanisme de sa frange droite et de l'ultra-feminisme de sa frange gauche. Le style de Roth est magnifique: il detaille la psychologie de ses personnages en leur empruntant leur langage. Certains effets stylistiques sont eux aussi surprenants et jouissifs, comme la maniere dont on apprend le passe cache de Coleman Silk.
Bref, a lire au plus vite. Et le Nobel pour Roth, ce serait merite.
Dernier petit bemol cependant, la traduction n'est pas a la hauteur: certaines expressions sont mal traduites et d'autres retranscrivent assez mal l'effet voulu par l'auteur.
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le 28 avril 2003
Rien de moins !
La Tâche n'est pas le premier bouquin de Roth que j'ai lu, mais c'est probablement le meilleur, depuis Le complexe de Portnoy, on avance en profondeur, en lègereté d'écriture (si si), on retrouve dans ce livre la "citadinité" de Paul Auster, le côté "sauvage" de Jim Harrison, le polar à la Jérome Charyn; bref un livre intelligent, suave et dense; c'est l'une des premieres fois où, en pleine lecture, je reprenais quelques pages avant pour le plaisir et plus on y revient, plus on y trouve du plaisir alors A LIRE, toutes affaires cessantes.
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le 5 novembre 2003
Ce livre est sublime, peut-être le meilleur de Philip Roth avec Le professeur de désir, mais si vous lisez l'anglais, achetez la version originale. La traduction est bâclée et indigne d'un auteur nobélisable comme Roth. La même remarque vaut pour Les Corrections de Jonathan Franzen (la traduction est encore pire).
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La Tache/ Philip Roth/Prix Médicis étranger 2002.
Dans cet excellent roman, Philip Roth nous décrit une Amérique avec ses tares et ses qualités. Le personnage principal est un professeur et doyen d’université, Coleman Silk, juif et noir à la peau claire, âgé de 71 ans, « un homme extraverti à l’intelligence aiguë, un homme de la ville, charmeur, mains de fer dans un gant de velours, tenant du guerrier et du manipulateur. »
Accusé à tort de racisme puis critiqué du fait de sa relation avec une jeune fermière agent d’entretien illettrée de 34 ans, Faunia, Coleman va connaître une série de déboires qui nous sont contés par son ami écrivain, Nathan Zukermann. Un écrivain passionné de musique qui écrit :
« La musique que j’écoute après dîner n’est pas un palliatif au silence, mais bien sa substantiation : écouter de la musique une heure ou deux, le soir, ne me prive pas du silence, la musique, c’est le silence réalisé comme un rêve. »
Mais aussi un écrivain hanté par l’obsolescence de l’être alors qu’il assiste à un concert :
« Tandis que les spectateurs reprenaient peu à peu leurs places, je me suis mis à imaginer, de manière caricaturale, la maladie incurable qui, sans qu’on s’en soit aperçu, était déjà à l’œuvre en chacun de nous jusqu’au dernier. Je visualisais les vaisseaux sanguins qui se bouchaient sous les casquettes de base-ball, les tumeurs malignes qui bourgeonnaient sous les permanentes blanches, les organes qui avaient des ratés, qui s’atrophiaient, qui se bloquaient, les milliards de cellules meurtrières qui poussaient subrepticement le public entier vers le désastre imprévisible autant qu’inéluctable. »
Et si vous aimez Mahler, la page 418 recèle une analyse parfaite du troisième mouvement (Langsam) de sa 3é symphonie …un adagio pétrifiant. Une page d’anthologie.
Le comportement de Coleman heurte la bonne conscience hypocrite de l’Amérique alors que l’affaire Clinton/Lewinsky bat son plein. Nous sommes en 1998.
« En Amérique, ce fut l’été du marathon de la tartuferie :le spectre du terrorisme qui avait remplacé celui du communisme comme menace majeure pour la sécurité du pays, laissait la place au spectre de la turlute ; un président des États –Unis, quadragénaire plein de verdeur, et une de ses employées, une drôlesse de vingt et un ans folle de lui, batifolant dans le bureau ovale comme deux ados dans un parking, avaient rallumé la plus vieille passion fédératrice de l’Amérique, son plaisir le plus dangereux peut-être, le plus subversif historiquement : le vertige de l’indignation hypocrite. »
Coleman va se réfugier dans la solitude avec Faunia jusqu’au jour où le destin va venir à sa rencontre.
Un grand roman, assez complexe, abordant de nombreux sujets avec cette pudibonderie américaine latente comme toile de fond.
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le 20 mars 2015
A la lecture de la critique suivante : [.....]
j'ai eu envie de vérifier par moi même si "La vérité sur l'affaire Harry Quebert" était effectivement une réécriture de "La tâche". Certes, il s'agit d'un écrivain qui enquête également sur son maître en littérature devenu ami, certes les deux aînés sont accusés de "crime" ... mais pour le reste ?!!!
"La tâche" ne m'a pas laissée de marbre malgré une lecture parfois laborieuse. La longueur de certains paragraphes (des phrases qui s'étirent sur une page complète) m'a donne envie de sauter quelques passages. Malgré ça, j'y ai trouvé une très (trop) belle écriture où les travers de l'Amérique sont mis à nu. Un livre qui donne à réfléchir, un livre qui marque !
En résumé : si vous avez envie d'une vraie belle littérature, plongez vous dans "La tâche", si vous avez envie d'un vrai thriller, de celui qui se lit d'une traite, avidement, avec des personnages cocasses, des rebondissements jusqu'aux dernières lignes alors lisez "La vérité sur l'affaire Harry Quebert" !
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le 26 février 2016
Acheté sur le conseil radiophonique d’Arnaud Viviant, pour qui il s’agit du « dernier grand roman du XXème siècle ». Le doyen d’une université américaine est poussé à la démission suite à une accusation de racisme. En apparence le roman s’attaque à la diffamation (un seul mot prononcé, à double sens !), mais sans véritablement aller au-delà du constat d’injustice. Le récit central porte en réalité sur le choix de cet homme de cacher ses origines : l’un de ces ancêtres est noir, mais sa peau de couleur blanche lui permet de dissimuler cet héritage (le titre original, « the human stain », est d’ailleurs à double sens, de ma compréhension : stain signifiant la tache mais aussi la teinte). Philip Roth vagabonde d’un portrait à l’autre (le doyen, sa maîtresse, ses enfants, une collègue délatrice…), mais le plus réussi est sans doute celui d’un vétéran du Vietnam, victime de stress post-traumatique et psychopathe meurtrier. Le délire intérieur est parfaitement rendu, en total décalage avec un ton d’ensemble plutôt posé.
La vision (lucide ?) par un écrivain contemporain d’une Amérique torturée et mal dans sa peau.
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le 1 juillet 2007
Coleman Silk est né dans l'Amérique de la ségrégation. Cet événement fondateur l'incitera à se réinventer une identité tout en luttant contre tous les conformismes, sans que cela lui épargne d'être accusé à tort de racisme, ni quand septuagénaire il vivra une histoire d'amour très charnelle avec une jeune femme illettrée d'être la cible d'un féminisme radical incarné par une intellectuelle Française. A travers cette histoire d'une vie, Philip Roth nous raconte cette autre Amérique, puritaine, des working poors, bien-pensante et corsetée, incapable de panser la plaie béante du Vietnam, à laquelle des portraits complexes et nuancés des autres protagonistes évitent tout manichéisme. C'est une formidable ode à l'individualisme et à la liberté, écrite avec densité, nervosité et humour, où chaque phrase, chaque mot est à sa place. Vraiment une lecture contemporaine incontournable.
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le 2 janvier 2004
Le livre de Roth est comme un alambic qui distille les blocs sociaux et humains, qui les regarde s'effriter, se frustrer, se dévorer les uns les autres. A l'image des blocs humains, les paragraphes monolithiques ou le texte se substitue aux personnages pour les mieux comprendre, pour les creuser jusqu'aux plus intimes fondations. Roth fait s'exprimer la vérité dans les monologues des consciences qui se bousculent.
Si l'on peut reprocher des longueurs ici et là, si l'on a parfois envie de demander à Roth de cesser ses explications et réexplications (M. Roth, vos lecteurs ne sont pas absolument idiots, rassurez-vous!), on doit cependant reconnaitre la finesse exceptionnelle de sa plume - malgré l'horrible traduction faite par dessus la jambe, et je pèse mes mots.
Portnoy dressait un bilan douloureux - malgré le ton jouissif du roman éponyme - et se bornait aux incompréhensions et contradictions levées par sa vie. Trente ans plus tard, Nathan Zuckerman, narrateur homodiégétique, a plus de recul sur le monde, comprend les choses et se permet de garder des mystères tels quels quand ils ont la nécessité d'être mystères. Zuckerman, la voix de Roth, a mûri, a vu grandir la force des absurdités, de la contrainte sociale, et s'élève par rapport à celle-ci dans une sagesse indiscutable.
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Il y a des pages jubilatoires tant l'excellence s'impose, notamment tous les chapitres sur Delphine Roux, la prof de fac française, il y a des bons procédés d'écriture, sur le mari brisé par le Vietnam et les méthodes d'aides aux vétérans, il y a de l'humour et une bonne analyse de tous les personnages. Il y a l'affaire Lewinski savoureusement dénoncée qui sert de prétexte, bref il y a une richesse passionnante dans ce roman, toutefois je reste mitigée sur le tout, gênée par la structure du récit. Tout est dit (ou presque) dès le départ, si bien que la suite n'apparaît parfois que comme des développements venant (bien) tard, des impressions de redites. Certains passages m'ont ennuyée jusqu'à ce que je retombe sur des pages grandioses qui me fassent tomber le livre des mains pour souffler, d'admiration et non plus d'ennui ! C'est un très bon roman, mais je ne dirais pas "chef d'oeuvre" comme les critiques veulent nous l'imposer depuis la rentrée, sinon je n'y aurais pas trouvé de longueurs. Mais ça n'est jamais qu'un avis personnel...
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