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En littérature, trouver un roman européen à lire en France est d'une simplicité désarmante. Cela se complique déjà lorsque l'on doit se tourner vers des romans asiatiques ou sud-américains. Mais s'il y a un continent qui est cruellement sous-présenté en littérature, de genre ou non, c'est bien celle du continent africain. Fort heureusement, les éditions Gallimard éditent depuis 2006 une auteure d'origine Rwandaise exilée depuis 1972 de son pays et installée en France depuis 1992. Scholastique Mukasonga a reçu un certain nombre de prix pour son oeuvre dont, notamment, le prix Renaudot en 2012 pour Notre-Dame Du Nil. Après 3 romans et un recueil de nouvelles, elle publie l'année dernière un second volume au titre sublime : Ce que murmurent les collines. Regroupant 6 nouvelles pour un total de 174 pages seulement, l'ouvrage vient récemment d'être réédité en poche. L'occasion rêvée de découvrir une littérature autre.

Obligée de quitter son pays en 1972 pour Le Burundi puis accablée par le massacre d'une grande partie de sa famille durant le génocide Rwandais de 1994, Scholastique Mukasonga livre au cours de ces six nouvelles un portrait sincère de son pays d'origine. Comme une sorte de travail de mémoire, la rwandaise raconte, entre tendresse et tristesse, l'histoire du Rwanda. Sa plume légère se fait caustique lorsqu'elle explique comme les blancs ont bafoué la culture et les traditions rwandaises. Grâce à sa grande lucidité, Mukasonga n'épargne pourtant personne dans ses histoires. On retrouve bien évidemment les colons blancs et leurs détestables missionnaires, mais aussi des traîtres au Rwanda ayant participé à la destruction de leur propre société par bêtise ou cupidité. L'auteur n'hésite pas par exemple à pointer du doigt le racisme et l'intolérance dont est capable le peuple Rwandais lui-même dans le récit clôturant l'ouvrage, Un pygmée à l'école.

Pourtant, Ce que murmurent les collines s'avère vite bien davantage qu'une critique virulente contre la colonisation. Particulièrement éprise d'une certaine tradition orale, Mukasonga enchâsse des histoires à l'intérieur de ses histoires. Elle fabrique des poupées russes qui révèlent les secrets du Rwanda d'avant. Si l'on trouve beaucoup d'éléments autobiographiques dans ce recueil, on découvre également des légendes, à mi-chemin entre réalité et fantasmes, où la riche tradition rwandaise fleurie. Dès l'évocation de la rivière Rukarara dans la première nouvelle, Scholastique nous entraîne dans les méandres de l'histoire. Elle mélange presque à part égale la magie africaine à la vérité historique. Grâce à ses histoires, le lecteur apprend autant sur le passé du pays qu'il plonge tête la première dans un monde tout à fait différent du sien. Celui où le Mwami règne respecté de tous, où le nombre de vaches révèle la puissance d'un homme et où Le Malheur peut venir de bien des choses.

Ce respect de la tradition rwandaise conjugué au talent d'écriture de Mukasonga accouche d'un magnifique enfant, métisse de deux cultures. L'une sera celle d'une auteure en exil vivant dans un pays européen moderne, l'autre celle d'une femme qui n'a jamais perdu l'amour pour se patrie et sa culture. Ce savoureux mélange offre au lecteur de purs moments d'enchantement lorsqu'il écoute Mukasonga décrire sa rivière, lorsqu'il découvre la vérité sur la croix de bois dressée au sommet de la colline ou encore en revivant la poignante histoire de la fin du règne du roi Musinga. Ce que murmurent les collines aborde avec pudeur et poésie un monde aujourd'hui disparu qui survit à travers les mots et les mémoires. Et Mukasonga se souvient, elle raconte comment les blancs sont venus détruire sa culture, comment ils ont jeté à bas les traditions les plus vitales pour modeler le pays à leur guise.

On retrouve dans toutes ces histoires la beauté naïve d'un peuple qui ne savait pas encore à quel point l'homme blanc allait durablement affecter son mode de vie. On sourit tristement de la tentative de confondre le Dieu Esprit des blancs par Ngoga dans la sublime nouvelle Le bois de la croix. On pleure devant le destin tragique de Musinga spolié de ses titres dans La vache du roi Musinga. On s'étonne devant la légende de Titicarabi. En fait, on passe par tout un cocktail d'émotions devant les récits de l'auteure rwandaise. Pourtant, au-delà de l'important travail historique réalisé pour l'occasion (on trouve d'ailleurs à la fin de chaque nouvelle des précisions historiques), c'est aussi le regard plein d'amour que pose Scholastique Mukasonga sur son passé et sur les gens humbles peuplant les villages Rwandais qui touche certainement le plus. Derrière les puissants qui ont façonné le pays, il y a aussi ces petites gens, ces habitants qui n'avaient rien ou presque mais dont les qualités d'esprit et la bonté ne manquaient jamais.

Ce (trop) court recueil de nouvelles rwandaises nous transporte en un autre temps et un autre lieu. Il nous raconte l'histoire d'un peuple et d'un pays marqué par la tragédie...mais aussi par la beauté. Cette poésie qui se niche entre les lignes écrites par Scholastique Mukasonga donne une âme à son ouvrage. Peut-être celle du peuple rwandais ou plus certainement celui d'une grande dame qui veut, malgré tout, se souvenir.
Just A Word
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Dans ce court recueil de nouvelles, Scholastique Mukasonga décrit avec pudeur et sensibilité la douleur de devoir s’exiler pour échapper aux massacres ethniques qui ont frappé le Rwanda.

Elle donne à voir aussi et surtout comment le Rwanda en est arrivé à une telle situation à travers de courtes histoires qui illustrent à traits plus ou moins esquissés, de façon plus suggérée et voilée qu’explicite comme s’il s’agissait encore de n’offenser personne, la responsabilité de la puissance belge occupante.

On y comprend le jeu des alliances qui se sont noués sur un fond de racisme aussi bien des blancs envers les noirs que des ethnies entre elles. On en perçoit la fragilité extrême que le moindre changement d’orientation ne manquera pas de précipiter à bas pour semer alors sa suite de malheurs et de chaos.

En remontant aux décennies qui ont précédé le drame et son million de morts, elle nous suggère que tout était déjà en place, que la nouvelle religion imposée par la puissance occupante portait en soi, par sa négation des traditions, des cultes ancestraux et des croyances vernaculaires, un terrible revers, un effet boomerang prêt à frapper sans discernement.

Une fois encore, ce qui fait le charme de ces nouvelles c’est que tout ceci est abordé par le biais, suggéré au travers une série de sorte de petits contes africains qui nous font mieux connaître le pays dont elle vient. On peut les lire pour ce qu’ils sont mais ils portent bien plus que ce qu’ils racontent au premier degré.

Publié aux Editions Gallimard – 2014 – 140 pages

Retrouvez mes notes de lecture sur thierrycollet-cetalir.blogspot.com
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le 10 mai 2014
Ces nouvelles constituent une excellente introduction au monde restitué par Scholastique Mukasonga. Ceux qui auront regretté dans "Notre Dame du Nil" l'absence de glossaire trouveront ici, à la fin de certaines nouvelles, des explications de terme, de petites notes historiques ou un aparté sur la construction des prénoms. Ces nouvelles constituent un ensemble fantastique et attachant, même si la douleur n'est jamais loin, même si le malheur frappe aux portes de tous ou presque. Le regard d'un homme sur un le petit bout de bois d'une croix qui danse sur la hanche d'une femme nue invite cette dernière, plusieurs mois après, à se remémorer. Les rois reviennent à la vie, sont racontés par le don d'une vache. Les aventures de Titicarabi, qui n'ont de sens que dans un monde ancien. Les femmes parlent de ce monde, où présent et passé d'emmêlent, l'expliquent avec expérience. Le regard d'un homme qui se détourne, qui tourne le dos au souvenir d'une exclusion, d'un pays où la mort est et fut si présente. Si le regard du celui qui ne comprend pas, invite à se taire, Scholastique Mukasonga rompt le silence en faisant danser ses mots. Un murmure qui invite au rêve, un murmure dans les brumes des légendes.
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"L'iguifou" contait essentiellement l'histoire et les conséquences du génocide des Tutsi par les Hutu au Rwanda. Ici l'auteure nous narre des contes Tutsi.
La lecture manque de fluidité du fait du nombre élevé de personnages et objets aux noms difficiles pour nous. Les deux derniers textes sont des nouvelles plus classsiques et ne présentent pas cet inconvénient. Un peu déçu après cette lecture.
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Voyant qu'il s'agissait de "nouvelles rwandaises", j'ai espéré trouver ici des fictions courtes menant en quelques pages à un retournement ou une révélation comme souvent dans ce genre littéraire tel qu'il est pratiqué avec art par les Anglo-saxons ou en Amérique latine. Hélas, il s'agit plutôt de sortes de souvenirs d'enfance racontés par une narratrice qui semble être le double souvent assez amer de l'auteure. Lesdites "nouvelles" finissent souvent de manière lourde, factuelle, voire explicative. On quitte le livre sur quelques lignes qui atteignent carrément un summum de platitude (comment Gallimard a-t-il pu publier cela?).
La nouvelle "Le Malheur" est peut-être un petit peu plus imaginative que les cinq autres, moins engluée dans le souvenir ou le contexte historique d'une période de déliquescence des structures et traditions rwandaises au début du 20e s (quand un grand-père se remémore) ou plus tard dans ce siècle quand il s'agit de l'enfance de la narratrice.

Le Rwanda des nouvelles de Mme Mukasanga est, par le souvenir des ainés, celui de la colonisation, des Belges qui ont mis fin à la royauté traditionnelle qui assurait, semble-t-il, un certain équilibre des forces quoique plutôt favorable aux Tutsis (dont la famille de la narratrice). Epoque aussi de l'évangélisation musclée et des conversions de façade ou ronds de jambes devant les Blancs pour obtenir un accès à l'enseignement pour les enfants (surtout des fils). "Un Pygmée à l'école" révèle que le cadre colonial n'a cependant pas encore mis fin, au temps de l'enfance de la narratrice, au violent mépris traditionnel dont étaient victimes les Pygmées (Mutwa) y compris de la part des Tutsis, pourtant eux-mêmes en perte de vitesse depuis la fin de la royauté.

Bref, l'auteure présente un Rwanda amer, imbibé de violence ancienne (entre ethnies, entre voisins, et ce, bien avant 1994). Un Rwanda bouleversé par la colonisation, certes, mais dont l'auteure, pour une raison que j'ignore, semble prendre beaucoup de soin à faire un portrait peu sympathique. Les quelques passages un peu plus tendres ou qui révèlent de la débrouille ou de l'entraide sont hélas vite assombris.

Le livre pourrait cependant intéresser le lecteur qui a vécu dans la région (Kivu, Burundi et Rwanda) au temps de la colonisation belge. Il y trouvera un autre regard sur la mise en place et les conséquences de celle-ci. A la fin de chaque nouvelle, Mme Mukasonga donne quelques "notes à l'attention du lecteur curieux". Il s'agit souvent de brèves informations historiques.
On devine également au fil des pages quelques usages et traditions (dont les personnages déplorent souvent la perte) qui pourraient servir de fonds à des nouvelles plus colorées, plus nuancées, ouvertes sur un imaginaire plus large abordé avec un peu plus de poésie.
Peut-être Mme Mukasonga pourrait-elle lire Lyonel Trouillot? (Et qui oserait prétendre le contexte historique, économique, politique et social d'Haiti nettement plus paisible, facile et agréable que celui du Rwanda!?).
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